Bienvenue sur SWRPG !

Créé en septembre 2006, ce RPG situé dans l'univers Star Wars a démarré à l'aube de la Guerre des Clones. Nous avons cependant pris une trajectoire bien différente de celle de la saga. 18 ans plus tard, nous voilà dans un univers parallèle aux films de George Lucas, un univers unique dans lequel nos propres personnages ont eu (et auront) un impact sur sa destinée.

Contexte: Il n'y a pas si longtemps que ça, dans une galaxie lointaine, très lointaine... L'Ancienne République influençait les quatre coins de la Galaxie, guidée et protégée par les légendaires Chevaliers Jedi, gardiens de la paix et de la justice. De nombreuses années plus tard, on dénombre de nombreux régimes successifs, mais aucun n'a réussi à s'imposer durablement. Empire Démocrate... Empire Sith... Voilà que les différents chemins empruntés nous ramènent donc à une République Fédérale, sans que l'on soit assuré qu'elle parvienne à durer dans le temps. Une République Fédérale qui décide de miser sur la nouvelle Garde Républicaine, vouée à remplacer un Ordre Jedi dont on refuse le dogme si particulier.

Pendant ce temps, Sith, Séparatistes et Chasseurs de Primes ont su se préserver à différentes échelles de l'échec de l'Ancienne République. Tandis que l'Ordre Sith a connu récemment sa fin sur Cathar, laissant la place à différents cultes bien moins influents mais tout aussi dangereux, les Chasseurs de la Guilde de Dantooine n'ont jamais été aussi nombreux, parcourant les mondes à la recherche de primes qui en valent le coup. La Confédération des Systèmes Indépendants, elle, résiste aux fluctuations du temps et se préserve des menaces extérieures en n'hésitant pas à agir lorsqu'il le faut, comme l'en atteste son intervention musclée sur Cathar. La même Cathar qui avait accepté d'accueillir les Vestiges de l'Empire suite à la scission de l'Empire Sith, et qui aujourd'hui se retrouve sous la tutelle des Séparatistes.

Les temps sont sombres, le ciel annonce de mauvais présages comme c'est le cas à chaque nouvelle ère. Les relations entre les grandes puissances ne sont pas au beau fixe, les Sith sont de nouveaux reclus dans l'ombre -là où ils sont les plus menaçants- et les Jedi se terrent sur Endor, bien décidés à ne pas dévoiler leur présence à ceux qui leur sont hostiles et bien décidés à s'en tenir à leur but éternel : l'étude de la Force.

Jamais une ère de SWRPG n'aura été si indécise et pourtant, il y aura toujours quelqu'un pour bouleverser l’échiquier galactique. Comme ce fut le cas ces huit dernières années. Peut-être que tu seras cette personne, qui sait? Notre Galaxie t'attend !

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Star Wars RPG

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Nharqis'Al

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    #1

    Post n°1
    Auteur : Leiel Osso


    Phlox ALOTRAN




    Sief SAAD



    Une fois n'était pas coutume, Sief Saad resta dans le bureau de la Sous-Préfète quand celle-ci reçut enfin M. Phlox Alotran, Ambassadeur sociétal de la Compagnie Hyporienne de Machinerie. L'assistant personnel de la Sous-Préfète gardait une certaine nonchalance élégante qu'Osso lui enviait, surtout qu'elle-même ne se sentait pas particulièrement à l'aise face au borgne et au diamant qui lui faisait office de deuxième œil.

    Ce fut un droïde qui entra dans son bureau en premier. Il tenait une boîte ouvragée et un trépied qu'il déplia pour y poser le contenant. Derrière lui, Phlox Alotran, tout sourire, se frottant les mains, pris son temps pour le suivre, ménageant l'effet.

    - Bonjour ! Bonjour Sous-Préfète Osso ! C'est un honneur de vous voir, vous le savez. Vous avez quitté si vite la soirée que je n'ai pas pu vous saluer une dernière fois !

    Le pas de l'Hyporien fut si déterminé que Saad, d'instinct, glissa discrètement la main sur la crosse de son Westar, les yeux braqués sur la scène, attendant le moindre signe de Leiel. Mais celle-ci se montrait simplement stupéfaite : Alotran avait saisi sa main et c'est avec les lèvres qu'il y déposait un baise-main qu'elle trouva absolument odieux. On ne touche pas la peau, c'est le protocole que tous suivaient. Sauf le borgne. A quel jeu jouait-il ?

    Sans adresser un seul regard à Saad, Phlox, d'un mouvement de bras grandiloquent, ordonna au droïde d'ouvrir la boîte. De l'intérieur, un cri aigu se fit entendre, qui fit sursauter Leiel.

    - Madame ! Un cadeau, pour vous. Un cadeau qui ne peut convenir qu'à vous !

    Décidément, rien dans la situation ne semblait anticipable ou même simplement prévisible. Osso se dit qu'elle devrait terminer cet entretien immédiatement : plus le temps passait, et plus il semblait qu'Alotran envahissait l'espace, prenait de la place, si bien qu'elle aurait souhaité retourner derrière l'abri de son bureau au lieu de se trouver au centre de ce débordement. Cela aurait rendu l'expérience tout à fait inutile. Elle n'aurait rien appris, rien compris si elle s'arrêtait là. Après un hochement de tête de Saad, elle s'approcha du présent.

    - Regardez !

    L'intérieur de la boîte se tenait une cage à écran de force et au centre, un grand oiseau était perché sur une barre métallique. Plumage blanc, les yeux, le bec et les serres rouges ou rougis, la créature semblait souffrir de la lumière et baissait à moitié sur ses globes écarlates ses paupières pâles.

    - Un gobeur-d'yeux ithorien ! Quand j'ai su qu'il existait, je savais que c'était le cadeau pour vous. Regardez ! Il est comme vous ! Ses œufs sont délicieux, paraît-il. Ils ressemblent à des yeux. C'est pour ça que ça les énerve, les gens, les voleurs. Laissez-le dans sa cage, ou il risque de confondre ses affaires avec les vôtres !

    Même le rire d'Alotran passait sous sa peau, contractait Leiel d'une colère sourde, latente, incompréhensible. Des inconvenants, elle en voyait défiler dans son bureau par paquets chaque jour. Les Viginti n'étaient pas des moindres, loin de là. Mais lui... lui chatouillait des niveaux insoupçonnés d'irritation chez la Sous-Préfète. Tout en lui la répugnait : la balafre, le mauvais goût absolu du diamant, l'éclat de l'oeil survivant, son attitude, son bagou, sa voix... Un autre qu'elle l'aurait balancé dans un donjon et oublié pour toujours.

    Osso, plus pour se détourner du spectacle de l'Hyporien, se tourna vers la bête enfermée. L'animal était beau, sculpté par l'évolution de son espèce en une sorte de flèche verticale. Cela lui fit penser immédiatement à sa première possession, cette colonne diagonale blanche posée sur son bureau, seule chose qu'elle possédait vraiment dans cette pièce. L'oiseau s'agitait parfois, mais contraint par le champ de force, abandonnait rapidement ses velléités d'évasion. Un nouveau cri remonta de son abdomen par vagues, jaillit du bec rouge, morne, vaincu.

    - Ils sont rouges, de coutume. Complètement rouges ! Les plumes ! Je savais que ça vous plairait !

    Alotran la fixait elle, un sourire incompréhensible sur les lèvres, avide et intrigué à la fois. S'attendait-il à ce qu'elle apprécie la créature ? Elle détestait les animaux. Le savait-il en choisissant ce présent-là ?

    - Il est magnifique, M. Alotran. Mais je vous en prie, installez-vous. Je n'ai que peu de temps à vous consacrer, malheureusement.

    D'un geste, elle l'invita à rejoindre le fauteuil en face du bureau derrière lequel elle se réfugia. Heureusement que Saad était là. Si elle avait été seule, elle aurait pu déclencher les droïdes de sécurité pour abattre ce type insupportable. Il aurait fallu nettoyer le bureau. L'image du temps perdu et du soulagement coupable persistèrent dans son esprit une seconde, l'encourageant à sourire poliment à son tour.

    - Ah, bien sûr ! Les commandes. Elles sont en route, aucun problème.

    Comment réussissait-il à se vautrer dans ces sièges ? Une jambe croisée sur l'autre, on aurait cru à un Berenger mal élevé. Ses mains... ses mains caressaient le cuir du fauteuil comme pour en tester la qualité. Son œil unique traînait partout dans la pièce, et sur elle aussi. Un nouveau fantasme de décapitation fit sourire Leiel.

    - C'est parfait. Monsieur Alotran, vous officiez dans le cadre d'un programme plus vaste qu'une simple commande gouvernementale. Vous nous assurez bien que les prochaines commandes d'Hypori seront à destination de Raxus, n'est-ce pas ?

    Un prêté pour un rendu. En accroissant le volume des échanges entre les planètes, l'Arborescence stimulait production et commerce. C'était visible, et c'était ce que les observateurs attendaient : des retombées favorables aux conséquents investissements consentis.

    - Oh, sans doute, sans doute. Vous savez, en toute honnêteté, je ne m'occupe pas de cela. Des céréales... oui, bien sûr. Sans doute.
    - Vous êtes bien Ambassadeur sociétal. Ce sont des choses dont nous devrions discuter, ne pensez-vous pas ?
    - Oui, bien sûr. Bien sûr ! C'est juste que les céréales, ça ne m'intéresse pas beaucoup. Ca se fera, oui. Bientôt je pense. Ce qui m'intéresse, c'est Raxus, pour être honnête.
    - Que voulez-vous dire ?

    Osso plissa les yeux, interdite.

    - Eh bien... belle planète, ici. Jolie. Des arbres, la mer... Atmosphère tout à fait respirable, gravité parfaite, et la nourriture ! Un bon endroit pour passer des vacances, ou une retraite.
    - Vous me perdez, monsieur Alotran. Mon temps est compté, comme le vôtre j'en suis sûre. Pourriez-vous aller droit au but ?
    - Oh, oui. Oui, bien sûr. C'est juste que je me demandais pourquoi ne pas faire affaire avec Prime. Prime, de la matière première partout, des coûts de production réduits.
    - Nous avons nos propres contrats avec Raxus Prime. Ils ne concernent pas l'Arborescence.
    - Oh, pardon. Pardon ! Je n'ai pas été assez clair. Je me disais qu'au lieu de multiplier les contrats avec vous, peut-être que NOUS aurions intérêt à nous recentrer sur Prime.

    Pendant qu'il parlait, Osso s'était adossée à son siège. Il n'était pas seulement une nuisance. Ce type était dangereux.

    - Vous sortiriez du cadre de l'Arborescence, ce qui aurait un coût punitif pour votre entreprise. Votre gouvernement s'est engagé vis à vis de la Fondation. Vous-même, en tant que fournisseur, vous êtes engagés.
    - Bien sûr ! Bien sûr. Peut-être que la durée de cet engagement pourrait être réduite ? Les intérêts publiques et privés ne sont pas faits pour trop se mélanger, n'est-ce pas. Pas trop. Et puis, je défends ici les intérêts de ma société, et non de ma planète. Hypori peut se débrouiller sans vous. Sans nous aussi.
    - Néanmoins, pendant cinq ans, vous allez devoir honorer nos accords. Si je conçois maintenant que la chose vous rebute, il n'est plus temps de revenir en arrière. Nos commandes ne seront pas prises en otage. Si vous ne représentez pas votre gouvernement planétaire, mon déplaisir lui serait retransmis, vos intérêts directs en souffriraient. Alors... pourquoi ces remarques, monsieur Alotran ?

    Elle s'était avancé dans son siège, coudes sur le bord de la table, doigts joints. Il n'était plus temps de se cacher. Elle était chez elle, sur son propre terrain, à défendre ses propres intérêts.

    - Je ne peux m'empêcher de me demander pourquoi votre société vous a choisi comme Ambassadeur auprès de la Préfecture d'un des membres fondateurs de l'Arborescence. Les vôtres sont généralement choisis pour leur capacité à arrondir les angles. Or depuis que vous êtes entré ici, vous ne faites que les aiguiser.
    - Ah ! Ha ha ! Oui, oui, c'est vrai, juste remarque. Eh bien je suis actionnaire majoritaire de la CHMUM, vous voyez. Je fais un peu ce que je veux. Et ce que je veux, c'est faire des affaires, de vraies affaires. La politique, tout ça...

    Il eut un geste vague de la main.

    - Je veux... beaucoup de choses. Comme être rassuré.

    Leiel haussa un sourcil.

    - Rassuré sur quel sujet, monsieur l'Ambassadeur ?
    - Sur nos liens ! Bien sûr ! Je veux m'assurer que pour le bien de notre... coopération, nous puissions nous revoir. Pour le suivi des commandes, pour la passation de nouvelles. Vous voyez. Histoire que j'ai moins l'esprit à chercher des contrats plus avantageux ailleurs.

    Cela n'avait aucun sens. Absolument aucun. Mais Leiel doutait. N'était-elle pas incapable de voir quelque chose qui se déployait, comme des tentacules, dans cette pièce ? Elle le savait, en dedans, qu'une sorte de piège se mettait en place. Mais si la CHMUM se défilait, ce n'était certainement pas Raxus qui allait en souffrir. Alors ? Elle se leva.

    - Bien ! Monsieur Alotran, je suis ravie d'avoir pu vous rencontrer.

    Mais lui restait assis, insensible à l'injonction sous-entendue : l'entretien était terminé.

    - Je suis sûre que nos secrétariats respectifs resteront en contact pour s'assurer que tout se déroule au mieux.
    - Quoi ? Oh oui. Oui ! Bien sûr !

    Cette fois, Alotran plaqua bruyamment les mains sur les accoudoirs du fauteuil blancs et se leva, d'un bond. Osso le savait, se déversait d'elle, en ce moment d'exaspération absolue, ces vrilles incontrôlables générées par la Force. Dans le cerveau d'Alotran, le désir de quitter la pièce, de faire ce que Leiel voulait qu'il fasse, commençait à s'imposer, si bien que même M. Saad le sentait. La Sous-Préfète regrettait ce manque de maîtrise. Elle regrettait surtout de ne pas suggérer à l'importun de passer par la fenêtre pour arriver plus vite en bas du bâtiment.

    Alors qu'il se dirigeait vers la porte, l'Ambassadeur sociétal fit volte-face pour revenir vers Osso, stupéfaite. Les seuls qui résistaient étaient ceux qui luttaient inconsciemment contre les pensées parasites ou réalisaient la présence de cette emprise invisible, ce qui était suffisant pour la neutraliser. Dans quelle situation Phlox était-il ?

    - Mais nous nous reverrons, n'est-ce pas ? J'aime offrir des cadeaux. Celui-ci vous a plu, bien sûr.

    A la grande horreur d'Osso, Alotran qui paraissait toujours aussi à l'aise avait saisit une statuette et la retournait pour l'observer à loisir. Il ne semblait plus sur le chemin du départ. Si elle ne le mettait pas dehors maintenant, il trouverait le moyen de rester dans son bureau toute la journée.

    - Qu'est-ce que vous faites ! Vous ignorez jusqu'à ça ! Ne touchez pas les œuvres !

    Un petit sourire contrit, et la sculpture retrouva son socle.

    - Rien de grave, pas de mal ! Je ne vois pas bien de loin. Madame, au plaisir de vous revoir rapidement !

    A cela, Osso ne répondit pas. Elle fixa la porte jusqu'à ce que celle-ci se soit refermée dans le dos de l'insupportable Phlox.

    Dans sa cage, l'oiseau blanc poussa un cri.

    - Que pensez-vous de ce phénomène, monsieur Saad.

    L'assistant personnel de la Sous-Préfète se détendit imperceptiblement quand la porte close les isola du reste de la galaxie.

    - Je vais commencer par vérifier que... ce charmant volatile ne cache pas de surprises plus discrètes. Avez-vous un endroit préféré pour son... stockage ? J'imagine qu'il ne restera pas dans votre bureau. Ensuite, madame, je ne saurais expliquer pour quelle raison, cet homme vous déclare la guerre. Le fait qu'il envisage la possibilité de saborder sa propre entreprise dans le but de vous nuire est assez éloquent.

    Leiel regardait l'oiseau blanc dans sa cage trop petite. Albinos, comme elle. Mangeur d'yeux. Elle aussi ? C'était l'image recherchée ? Qu'avait-il dit... « les gens », « les voleurs »... Osso était sociable, « les gens » représenteraient-ils des personnes particulières ? Jusqu'ici, la Préfecture était irréprochable, et elle espérait bien que la situation reste ainsi longtemps. Alors non, elle n'était pas une voleuse. Ou il était là pour la mutiler elle ? Quand elle montrerait la première faiblesse ?

    - Saad, veuillez approfondir les recherches en cours sur M. Alotran. Remontez aussi loin que vous le pouvez. Est-ce qu'il aurait des liens avec Raxus ? Est-ce qu'il aurait pu, à un moment ou à un autre, être considéré apte au poste de Sous-Préfet ?

    La jeune femme avait l'impression qu'il était encore dans la pièce. Comme si son empreinte s'était enfoncée dans l'espace. Elle eut envie de jeter la statuette qu'il avait touchée. Mais elle ne lui appartenait pas. Leiel se voulait irréprochable, alors elle se retiendrait.

    - A propos. Madame ? Que pensez-vous de quelques leçons de tir ?

    L'hésitation se prolongea un moment. L'idée était ridicule. L'idée était séduisante.

    - Peut-être que... cela me détendrait, monsieur Saad. Vous ne pensez pas que je crains quelque chose.
    - Pas dans la Préfecture, madame. Mais la galaxie est vaste.
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      #2

      Post n°2
      Auteur : Leiel Osso

      Le simulateur avait été privatisé pour la soirée. A part les quelques droïdes indispensables au fonctionnement du lieu, ceux qui gardaient la Sous-Préfète Leiel Osso et monsieur Sief Saad, de l'extérieur le bâtiment semblait vide et inhabité. Dans la salle, sur une table, plusieurs blasters étaient disposés en éventail.

      - Si vous voulez bien, je commencerai avec le DL-18. Il est léger, efficace, assez précis. La difficulté pour vous serait son système de visée. A bras tendu, il faudra vous entraîner un peu. Le DE-10, bonne arme, un peu plus lourde mais plus équilibrée. Vous le prendrez mieux en main que le DL, à mon avis.

      Leiel se saisit de la crosse du DE et l'arme ne lui parut pas particulièrement pesante. Mais ça, c'était bras replié. Quand elle le tendit, elle sentit presque immédiatement la tension musculaire se répartir sous sa peau. La danse la maintenait en forme mais cet exercice là, elle ne le pratiquait pas. Déjà le canon commençait à trembler.

      - Non, retirez votre doigt de la gâchette. Remontez le bras, dans l'alignement de l'épaule. C'est le meilleur moyen de viser. Là. Voilà, c'est exactement cela que vous devez éviter. Vous crispez votre poignet, et cela tord la ligne. L'axe doit être parfait.

      Déjà, elle reposait le blaster sur la table. L'angle de la crosse ne lui plaisait pas.

      - Et celui-là ?
      - Kueget LN-21. Léger, défensif. J'ai pensé qu'il vous plairait.

      Esthétiquement, ce dernier lui convenait un peu plus que les autres. Sa taille également : plus court, plus ramassé. Mais son poids étonna la Sous-Préfète, ainsi que le cache à l'arrière de la crosse.

      - Décharges incapacitantes. Parfait pour vous défendre. Sur des organiques.
      - Et les droïdes ?
      - Inefficace. Et celui-ci ? Un Westar-34. Excellente arme. La mienne, d'ailleurs.
      - Je n'aime pas trop son design...

      Saad sourit en coin, amusé par la remarque.

      - Celui-là ?
      - Le Relby-23, madame. Vous n'allez pas l'utiliser souvent, voire, je l'espère, jamais. Sa sécurité... relevez le canon, dans l'axe de l'épaule... voilà. La sécurité n'est pas très sensible, on a rapporté quelques incidents lors de son utilisation. Mais c'est rare. Qu'en pensez-vous ?
      - Léger... joli, aussi, même si je le trouve un peu long.
      - Attention, ils sont tous déchargés et pèseront davantage quand vous serez en entraînement.

      L'acte de tirer appela aussitôt l'image de Phlox Alotran dans l'esprit d'Osso. Mais elle fut remplacée très vite pas une autre, plus ancienne, qui fit fleurir un cercle noir au milieu d'une chemise blanche. Elle baissa le bras.

      - C'est ridicule, Saad... je ne serai jamais dans une position où ce sera à moi de faire feu.
      - Si je puis me permettre, vous n'avez aucun moyen concret de garantir une sécurité parfaite à qui que ce soit. Ni pour vous, ni pour votre entourage. Je peux me trouver dans l'incapacité de vous protéger. Une IEM désactivera vos gardes.
      - Vous expliquez ça comme si la Préfecture allait subir un siège, monsieur Saad...

      L'assistant personnel sourit à nouveau, de l'amusement au fond des yeux.

      - Nous ferons en sorte que les choses n'en arrivent jamais là, madame, et puis nous trouverons bien un trou par lequel vous faire passer de toute façon.
      - Monsieur Saad...
      - Reprenez. Bras tendu d'abord. On verra les autres positions d'urgence ensuite. Axe de l'épaule... Non, pas comme... attendez. Vous voulez vraiment essayer de profil d'abord ? Je ne sais pas où vous avez vu ça...
      - Je pourrais tenir l'arme à deux mains ? Ca tremblerait moins.
      - Absolument, mais pour trouver le bon blaster, il faut en passer par là. Ca ne va pas. Redressez le poignet, sans écraser la crosse. Si vous voulez vous mettre de profil, faites ça bien. Non, votre menton n'a pas besoin de toucher votre bras. Gardez... vous tremblez déjà ?
      - C'est lourd...
      - Baissez le bras. Essayez le Westar.
      - Il est gros...
      - Il est léger, la crosse est évidée. Ce qui signifie que vous allez devoir trouver votre point d'équilibre plus en arrière. Soupesez-le d'abord.

      L'arme occupait bien les deux mains blanches de Leiel. Elle lui semblait étrangement légère, rassurante. La seule fois où elle avait tiré, c'était avec un SE 14C. Il lui semblait que l'odeur de l'arme flottait encore dans l'air, qu'elle sentait toujours l'énergie qui jaillissait du canon dans le frémissement ses doigts. Il était plus lourd, peut-être. Sans doute. Le déversement d'adrénaline ne permettait pas d'être sûre. La superposition du passé et du présent rendait l'expérience désagréable.

      - Madame, écoutez moi. Il faut d'abord se contenter de se préparer à l'usage que vous allez faire de l'arme. Potentiellement, bien sûr. Ce sera dans une position défensive ou intimidatrice. Vous pourriez, si vous le souhaitez, ne charger que des cartouches incapacitantes. Pour les débutants, c'est plus rassurant de savoir qu'on tire sans risquer de tuer. Cela élimine certaines hésitations.

      Leiel n'avait rien à opposer à la remarque. Ne pas tuer retirait la culpabilité. Mais cette dernière extrémité était parfois nécessaire. Les yeux bleus surpris revinrent à sa mémoire. La profonde surprise. Il n'avait pas eu mal. Il était... confus. Et puis il était tombé en arrière et elle avait collé son dos au mur pour glisser jusqu'au sol. C'était... il y a longtemps. Cela faisait toujours aussi mal.

      - Je comprends. Mais un droïde ne serait pas arrêté par une décharge paralysante. Et puis si je m'entraîne, je peux envisager de toucher une épaule ou une jambe.

      Saad eut un petit rire qu'il réprima sur le champ.

      - Excusez-moi madame. Pour toucher un endroit précis du corps, il faut déjà pouvoir toucher la cible. Si je puis me permettre.
      - Vous êtes parfois absolument désagréable, monsieur Saad.
      - Mes excuses, madame. Reprenez le Westar, levez-le. Alignez l'épaule et le bras... Menton levé... bien ! C'est mieux. Vous tremblez vite. Gardez à l'esprit que si l'adrénaline est votre alliée en cas de danger, elle a aussi un coût. Vous allez trembler. Beaucoup plus que vous n'imaginez. Cela ne joue pas en votre faveur, ni pour viser, ni pour intimider. On change de position. De face, deux bras tendus devant vous. C'est la position la plus simple. Bien. Bien, vous avez centré le canon de l'arme, vous pouvez viser de manière plus stable. Parfait. Baissez les bras. Nous devons évoquer quelque chose.

      Même vide, l'arme était lourde. Osso réalisait que si affrontement il y avait, il devrait être le plus bref possible, sans quoi elle perdrait tous les avantages que le blaster donnait, tout en souffrant de toutes les pénalités de la résistance armée.

      - Je vous écoute.
      - Mettons que nous partons sur le Westar. A mon sens, c'est l'option la plus simple, parce que la meilleure, en terme de poids, de puissance, de sécurité. Vous n'allez jamais avoir le temps de tendre le bras.
      - Pardon ?
      - Réfléchissez. L'arme ne sera pas sur vous, elle sera... dans un tiroir de votre bureau, accrochée sous la table, elle sera à portée, mais il faudra la saisir, viser, tirer. Pas le temps de tendre un bras.
      - Alors à quoi tout cela sert-il ?
      - A savoir qu'en cas de besoin vous avez une alternative. Et c'est tout. Vous êtes ici avec moi parce que posséder une arme sans savoir s'en servir est dangereux. Mais le blaster que vous allez choisir devra rester dans le tiroir. Vous me comprenez ?

      Osso fronça les sourcils comme un gamin qu'on aurait repris. Saad chargeait l'arme avec des cartouches d'entraînement. Inutile de faire des trous dans les murs, la simulation compterait les points.

      - Prenez le. Voilà, bras tendus ? Jamais le doigt sur la gâchette tant que le champ de tir n'est pas dégagé.
      - C'est plus lourd... et ça penche vers l'avant.
      - Vous avez deux mains, trouvez le point d'équilibre. Je lance la simulation : contentez vous de toucher la cible. On part sur du statique, prenez votre temps.

      Saad disparut derrière elle et Leiel fut plongée dans le noir. Puis l'éclairage se ralluma, différent. Elle voyait ses bras, rien d'autre. Puis une spirale noire, blanche et jaune s'afficha devant elle, comme suspendue dans le vide. Osso leva les bras, tenta de garder le canon de l'arme au centre de son champ de vision, puis fit feu, avec application, à plusieurs reprises.

      Après cinq coups, la spirale disparut, et dans son dos, Saad éclata de rire. Elle se retourna, particulièrement vexée.

      - Monsieur Saad !
      - Pardonnez-moi madame... C'est... c'est un bon début !
      - Ne vous moquez pas de moi !
      - Vous avez touché deux fois la cible. Tout en haut, à gauche.

      L'assistant personnel de la Sous-Préfète trouvait le résultat visiblement hilarant. Leiel, beaucoup moins.

      - Envoyez la suite.
      - Houla, quelle suite, madame. On reprend. La chose qu'il faut retenir de votre... non, pas exploit... exercice, c'est que les deux tirs sont assez rapprochés. Vous devez serrer trop fort la main droite. Attendez.

      Il passa derrière elle, lui fit tendre les bras, les mains sur ses poignets. Sa proximité étrangla Leiel. Elle cessa brusquement de respirer, le cœur battant.

      - Détendez-vous. Vos deux mains sur la crosse, la main droite dessus. Vous voyez ? Vous sentez la pression de vos doigts ? Vous serrez moins fort à gauche.

      C'en était trop. Osso fit un pas en avant, baissa les bras, cherchant son souffle. Sief Saad l'avait laissé faire, stupéfait, percevant trop tard le malaise. Il lui fallut du temps pour parler.

      - Madame, pardonnez-moi. J'aurais dû vous demander l'autorisation. Je suis désolé.

      Elle tourna seulement la tête vers lui, secoua ses bras comme pour les ranimer et repris sa position. Saad, n'osant plus la toucher, était passé sur le côté et dans un silence concentré, corrigeait du bout d'un doigt seulement la position de la Sous-Préfète.

      D'une voix douce et basse, tout en améliorant l'angle du canon, il lui dit :

      - Vous pouvez m'en parler, si vous le souhaitez.
      - Envoyez la suite, monsieur Saad, je vous prie.

      Sur les cinq tirs suivants, quatre étaient dans la cible, trois à gauche, mais un autre égaré en bas à droite.

      - On reprend. Corrigez votre position. C'est parti.

      Pendant les deux heures qui suivirent, Leiel ne parvint jamais à toucher la cible cinq fois d'un seul tenant. Elle se demandait quelle divinité lui avait permis, il y a des années, d'abattre l'homme qui la protégeait tout en protégeant leur maître d'un seul tir. Depuis combien de temps n'y avait-elle plus pensé ? Depuis combien de temps n'avait-elle plus éprouvé cette culpabilité écrasante ? Mais sur toutes les sessions de tir, les plus réussies étaient, toujours, celles où elle imaginait Jayce en cœur de cible.

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