Bienvenue sur SWRPG !

Créé en septembre 2006, ce RPG situé dans l'univers Star Wars a démarré à l'aube de la Guerre des Clones. Nous avons cependant pris une trajectoire bien différente de celle de la saga. 18 ans plus tard, nous voilà dans un univers parallèle aux films de George Lucas, un univers unique dans lequel nos propres personnages ont eu (et auront) un impact sur sa destinée.

Contexte: Il n'y a pas si longtemps que ça, dans une galaxie lointaine, très lointaine... L'Ancienne République influençait les quatre coins de la Galaxie, guidée et protégée par les légendaires Chevaliers Jedi, gardiens de la paix et de la justice. De nombreuses années plus tard, on dénombre de nombreux régimes successifs, mais aucun n'a réussi à s'imposer durablement. Empire Démocrate... Empire Sith... Voilà que les différents chemins empruntés nous ramènent donc à une République Fédérale, sans que l'on soit assuré qu'elle parvienne à durer dans le temps. Une République Fédérale qui décide de miser sur la nouvelle Garde Républicaine, vouée à remplacer un Ordre Jedi dont on refuse le dogme si particulier.

Pendant ce temps, Sith, Séparatistes et Chasseurs de Primes ont su se préserver à différentes échelles de l'échec de l'Ancienne République. Tandis que l'Ordre Sith a connu récemment sa fin sur Cathar, laissant la place à différents cultes bien moins influents mais tout aussi dangereux, les Chasseurs de la Guilde de Dantooine n'ont jamais été aussi nombreux, parcourant les mondes à la recherche de primes qui en valent le coup. La Confédération des Systèmes Indépendants, elle, résiste aux fluctuations du temps et se préserve des menaces extérieures en n'hésitant pas à agir lorsqu'il le faut, comme l'en atteste son intervention musclée sur Cathar. La même Cathar qui avait accepté d'accueillir les Vestiges de l'Empire suite à la scission de l'Empire Sith, et qui aujourd'hui se retrouve sous la tutelle des Séparatistes.

Les temps sont sombres, le ciel annonce de mauvais présages comme c'est le cas à chaque nouvelle ère. Les relations entre les grandes puissances ne sont pas au beau fixe, les Sith sont de nouveaux reclus dans l'ombre -là où ils sont les plus menaçants- et les Jedi se terrent sur Endor, bien décidés à ne pas dévoiler leur présence à ceux qui leur sont hostiles et bien décidés à s'en tenir à leur but éternel : l'étude de la Force.

Jamais une ère de SWRPG n'aura été si indécise et pourtant, il y aura toujours quelqu'un pour bouleverser l’échiquier galactique. Comme ce fut le cas ces huit dernières années. Peut-être que tu seras cette personne, qui sait? Notre Galaxie t'attend !

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Star Wars RPG

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De Charybde en Scylla

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  • Le ChroniqueurL Hors-ligne
    Le ChroniqueurL Hors-ligne
    Le Chroniqueur
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    #1

    Post n°1
    Auteur : Atreïs Helcar

    Comme souvent, Atréis, ou plutôt Elfriede Vasburg, avait les mains enfoncées dans les poches de son blouson. Comme souvent, sa coiffure était des plus rudimentaires, laissant ses mèches rebelles faire ce qu'elles voulaient. Comme souvent, il affichait un air sérieux, sous cette apparence. Finalement, il s'y faisait, à ce corps étranger. Il était temps, certes, mais ce n'était pas gagné d'avance. Et maintenant qu'il contrôlait son corps, il allait falloir contrôler son esprit. L'affiner, l'affûter, le polir. Et cela commençait aujourd'hui. Si il avait grandement profité de la pause accordée par ses supérieurs d'un point de vue physique, ce n'était rien comparé à ce qui l'attendait.

    Il leva la tête vers le palais préfectoral. Une bâtisse d'une taille respectable, qui n'avait certes pas la grandeur de ce que le Gurlanin avait pu voir sur Géonosis ou Cato Neimoidia, mais qui se fondait parfaitement dans le décor ambiant. Pas d'excès de dorures et d'argenteries en extérieur, pas de garde aux multiples décorations aussi factices qu'encombrantes, uniquement un classicisme sobre et efficace, finalement une éloge miniature de Raxus Secundus : discrète, qui valait le détour, mais loin des grandes planètes de la Galaxie. Il avait pu lire sur l'Holonet les splendeurs de Coruscant, de Nar Shaddaa, de Corellia, de Naboo, de Dantooine, et Raxus n'était en rien comparable à celles-ci. Le monde agricole avait quelque chose de reposant, d'apaisant, pourtant, Atréis sentait qu'il y avait quelque chose qui courait sous la surface. Une impression d'agitation cachée, qui n'attendait qu'une chose, d'être dévoilée. Peut-être se trompait-il, mais il n'était pas là par hasard. Il y avait ses ordres bien sûr, mais pas uniquement. Il le découvrirait bien assez tôt.



     

    Atanae Tel'Illma avait bien du mal à se concentrer aujourd'hui. Surtout, elle ne parvenait pas à fixer son attention plus de quelques secondes sur un dossier, sans que ses pensées ne se mettent à vagabonder. Car son esprit était entièrement focalisé sur sa soirée de la veille, laquelle était parsemée de trous noirs, d'espaces béants laissés vides dans sa mémoire, qui la rendaient anxieuse, voire paranoïaque. Même assise à son bureau, elle ne pouvait pas s'empêcher de se retourner, de scruter la pièce vide, comme si elle s'attendait à voir quelqu'un apparaître par magie. Mais à chaque fois, ses craintes étaient infondées. Ou bien était-ce autre chose ? Avait-elle réellement peur, ou bien espérait-elle ? Craignait-elle de voir une ombre surgir de cette nuit, ou bien l'attendait-elle ? Elle ferma les yeux, son visage dans ses mains, et étouffa un léger cri qui s'arrêta lorsque son holocom sonna. L'accueil ?

    -Madame Tel'Illma, votre rendez-vous est arrivé.

    -Mon rendez-vous ? Je n'ai pas de... Pardonnez moi, faites monter, je vous prie.

    La Wroonienne n'eut pas à attendre très longtemps. Qu'est ce qui lui prenait, tout à coup ? Elle n'avait aucun rendez-vous ! Rien à son planning ! Pourquoi tout le monde agissait comme si tout était normal ? Etait-elle la seule à voir que quelque chose clochait ? Elle inspira, profondément, une fois, deux fois. Il n'y avait pas de raison, bon sang. Elle se leva et lissa sa tenue lorsqu'on frappa, avant d'inviter son « rendez-vous » à entrer. Une jeune Humaine brune se tenait dans l'encadrement de la porte. Légèrement négligée, elle inclina légèrement la tête devant Atanae et prit place sans qu'on ne l'y invite face à elle, croisant les jambes et les mains. L'assistante ne releva pas, et s'assit à son tour, avant de commencer :

    -Je suis navrée, mais je n'ai pas trace de ce rendez-vous, et...

    -Je n'avais pas de rendez-vous, madame Tel'Illma.

    Elle venait de la couper brutalement. Sa voix était chaude, douce, mais ferme, ce qui coupa la chique de la Wroonienne immédiatement. La brune fouilla dans sa poche intérieure puis sortit un badge. Difficile d'ignorer ce que c'était. Même pour elle.

    -Lieutenant Elfriede Vasburg. Avant toute chose, comprenez que je préférerais que ma présence ici ne soit pas trop ébruitée, j'espère que vous pourrez rester discrète à ce sujet. Je vous rassure également, vous n'avez aucune raison de vous inquiéter. J'aimerais simplement que nous discutions de Madame la sous-préfète Osso. Une femme avec laquelle vous avez travaillé, me semble-t-il ?

    Atanae était sous le choc, étourdie. Elle ne parvenait pas à réfléchir comme d'habitude, ni à répondre avec son verbe habituel. Elle sentait qu'elle allait bégayer alors qu'il n'y avait aucune raison, comme si elle ratait une information-clé dans ce début de discussion. Et surtout, plus elle observait la dénommée Vasburg, plus elle se sentait étrange. Elle ne l'avait jamais vue, à aucune moment, elle en était certaine, alors pourquoi lui faisait-elle cet effet là ?

    -Je... Oui, j'ai partagé son bureau quelques... semaines, ou mois... Lorsque Monsieur Dae'Mid, son prédécesseur, était en poste. Une Humaine... remarquable, et pas que physiquement.

    L'autre la regardait droit dans les yeux. Son regard était noir, intense, tranchant avec son sourire en coin. Elle savait l'effet qu'elle avait sur elle, c'était impossible autrement... Vasburg semblait attendre autre chose, pourtant.

    -Elle... elle était assez agitée dès lors que... elle abordait certains sujets. Je sais qu'elle a outrepassé plusieurs fois nos prérogatives, et qu'elle a été reprise par monsieur le sous-préfet pour cela. Mais elle était, non, elle est efficace, et organisée. Je... Je crois qu'elle fera une bonne dirigeante.

    Vasburg hocha de la tête, toujours souriante, alors qu'Atanae passait les minutes suivantes à énumérer des dossiers publics sur lesquels elles avaient travaillé ensemble, appuyant sur son sérieux et sa méticulosité.

    -Parlez sans détour, ma chère. Est-ce là ce que vous pensez réellement ?

    -Ou... oui. Madame Osso n'est certes... pas une native de Raxus, cela se voit, mais je crois bien qu'elle a les intérêts de la planète et de la Confédération à cœur.

    -Très bien. Je vous remercie de ce temps si précieux que vous m'avez accordé.

    Les deux femmes se relevèrent de concert, et Vasburg salua son hôtesse d'un mouvement de tête avant de se diriger vers la porte.

    -A... Attendez, je dois être sûre ! Vous ai-je déjà vue ?

    Un simple sourire pour réponse. Un léger sourire timide. Puis elle disparut.


     

    Delmach Sapoj passait une mauvaise journée. Une de plus, était-il tenté de se dire. En tant que secrétaire de Leiel Osso, il était à la fois aussi proche des arcanes du pouvoir qu'éloigné. C'est à dire que son seul contact avec la puissance était les dossiers qu'il pouvait tout juste effleurer du doigt. Cette situation dégradante, fruit de l'esprit tordu d'une politicienne retorse, l'insupportait. Pourtant, il devait faire avec, bon gré, mal gré. Au moins, il avait gardé un poste au palais préfectoral, ce qui n'avait pas été chose aisée, même si il avait fallu pour cela se laisser humilier. Mais il aurait sa revanche, un jour ou l'autre ! Bon, pas aujourd'hui, car il devait taper des dizaines de rapports, ni demain, car madame Osso avait quantité de rendez-vous à honorer et il devait aider à les préparer... Mais un jour, oui ! D'ailleurs, dès qu'il quittait son lieu de travail, son esprit surchauffait, fourbissant des plans machiavéliques, tous plus vicieux les uns que les autres. Pour un peu, il en rirait aux éclats, un grand rire maléfique ! Ce jour-là ne faisait pas exception, et c'est la tête ailleurs qu'il quitta le palais préfectoral, les yeux vissés sur la pointe de ses chaussures, comme d'habitude. Il marchait d'un bon pas énergique, réfléchissant cette fois-ci à la possibilité de placer une bombe dans son foutu siège, lorsqu'il heurta quelque chose (ou quelqu'un) et tomba à la renverse, cul par dessus tête.

    Qui était l'idiot qui... Une main se présenta devant lui pour l'aider à se relever, qu'il rejeta avec mauvaise humeur.

    -Faites attention, bon sang !

    Il se releva en s'époussetant, sans prendre garde à l'autre, déterminé à reprendre son chemin, mais un bras lui barra la route. Il souffla par le nez et regarda son agresseur. Un petit bout d'Humaine qui lui cédait une bonne tête, brune. Renversé par ce machin-là.

    -Monsieur Sapoj ?

    -Lui-même. Auriez-vous l'obligeance de me laisser passer ?

    -Je souhaite vous parler. De madame Osso.

    Il ne répondit pas. Voilà qu'on le poursuivait jusqu'en dehors des murs de la préfecture pour ça !

    -Et je souhaiterais que vous m'obteniez un rendez-vous demain à la première heure, en privé, avec elle.

    Alors ça ! Elle ne manquait pas de toupet, celle-là ! Il s'apprêtait à l'envoyer sur les roses, lorsqu'elle écarta un pan de sa veste, laissant briller un insigne qui le fit déglutir et taire en même temps. Il n'avait pas intérêt à moufter. Tout le monde savait ou se doutait que les organiques de l'armée n'était pas de simples soldats. Ils n'étaient jamais juste des troufions. Alors il n'allait pas prendre de risques, car on ne pouvait jurer de rien.

    -E... écoutez, madame Osso est mon employeur et je ne peux pas... en parler ici. Je... Vous aurez votre rendez-vous demain à 9 heures, madame, et je... je vous en parlerai demain si vous le désirez. S'il vous plait ?

    L'autre sourit. Il détestait déjà ce foutu sourire. Celui qui annonçait les ennuis.

    -Parfait. A demain.

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      #2

      Post n°2
      Auteur : Leiel Osso

      • Ah, madame !
        - Sapoj. Vous êtes là tôt. Je ne vous attendais pas avant une bonne heure. Tout va bien ?

        Osso traversa la pièce blanche d'un bon pas et s'assit à son bureau, toute aux retards que son expédition avec monsieur Veral, fort agréable au demeurant, avait constellé dans son emploi du temps. Delmach Sapoj la suivait à pas plus lourds et plus lents. Ses épaules basses, les coins affaissés de son immense bouche sans lèvre retinrent les premiers gestes de la Sous-Préfète. Elle posa les poignets sur le bord de la table et fixa l'Heptooinien avec calme. Il était compliqué pour le proche-humain de savoir vraiment ce qu'elle pensait. Sa fâcheuse manie de ne vouloir rien laisser paraître ne l'arrangeait pas du tout, surtout quand il savait quel type de personne elle était véritablement.

        - Veuillez m'excuser. C'est à propos de votre premier rendez-vous ce matin.
        - J'ai encore un peu de temps pour le préparer. Que dois-je savoir ?
        - Eh bien... c'est une militaire, madame.
        - Ah ? Soyez plus précis.
        - C'est... tout ce que je sais, madame.

        Leiel écarquilla ses yeux mauves, surprise.

        - Sapoj, reprenez-moi si je me trompe, mais vous travaillez pour moi et une part non négligeable de vos responsabilités est d'éviter que n'importe qui n'entre ici. Quel est son grade ? Comment s'appelle-t-elle ? Que veut-elle ?
        - Je... je ne sais pas, madame, mais...

        La neutralité des expressions de la jeune femme s'était envolée. La colère froide coulait d'elle comme les buées glacées de l'azote liquide. Un doigt menaçant se leva en direction du secrétaire.

        - Je vous pensais modérément intelligent. Au moins assez pour garder ce poste plus longtemps qu'un mois et demi.
        - Il s'agit d'une organique de l'armée, madame !

        Une organique ? Ils étaient peu nombreux, dans les armées de la CSI. Principalement des officiers. Etaient-ils assez rares pour faire peur à l'Heptooinien ? Rares ou puissants ?

        - Qu'est-ce que vous voulez dire ?
        - Elle m'a montré sa plaque. Je n'ai pas eu le temps de bien voir, mais... c'est quelqu'un d'important, madame. De... de plus haut.
        - Qui vous dit que ce n'est pas une plaque en plast ? Vous n'avez même pas pu la contrôler !

        Sapoj s'inclina respectueusement, comme si cela pouvait dérouter une partie de l'irritation de la Sous-Préfète.

        - Madame, c'est un officier de l'Armée. Si elle vient seule, c'est que ce qu'elle doit vous dire est confidentiel et important. Si je peux donner mon humble avis, elle fait partie des services spéciaux et... et c'est cohérent avec sa manière d'être, si je puis dire.

        Ah. C'était donc ça. Leiel détourna les yeux sur la petite sculpture blanche, l'ogive de pierre qui semblait s'envoler. Son élan restait près d'elle parce que de toutes les œuvres d'art qui peuplaient cet espace, c'était la seule qui lui appartienne vraiment. Et la seule qui, peut-être, lui ressemble. Serait-ce sa seule victoire ? La seule chose qui lui reviendrait en propre quand elle aurait tout perdu ?

        - Je comprends. La prochaine fois qu'une chose pareille se reproduit, exigez la plaque pour vérification. Raxus Secundus est peut-être d'un intérêt mineur pour la politique générale de la Confédération, mais la Préfecture est la plus haute instance de la planète. Même si cette personne n'est sans doute pas « n'importe qui », les visiteurs, quels qu'ils soient, sont tenus de respecter les règles. Si jamais cela pose problème, Sapoj, refusez l'entrée.
        - Mais madame...
        - Refusez l'entrée. Vous pouvez retourner à vos affaires.

        Le secrétaire s'inclina avant de rejoindre son propre bureau. Elle le suivit des yeux, sombre. En arrivant, elle portait encore en elle les conversations échangées avec Veral et s'en repaissait, comme on se souvient d'un goût ou d'un parfum délicieux. Déjà, ce plaisir secret s'éloignait. Et le retour aux affaires s'avérait plus inquiétant que prévu.

        Une part non négligeable de la paranoïa de Leiel était alimentée par la certitude que la police politique viendrait frapper à sa porte. Son dossier était incomplet, volontairement lacunaire, certes, et cela pouvait susciter interrogations et inquiétudes. Mais quoi de plus suspect qu'un alibi parfait ? Elle savait que toutes les questions trouvaient, à plus ou moins long terme, une réponse, que l'ensemble était normalement blindé. Cependant l'erreur était toujours possible. Et rien n'était plus inquiétant qu'une erreur insoupçonnée.

        L'absence de protocole renforçait ses craintes. Venir voir le dirigeant d'une planète dans son bureau semblait indiquer un entretien officiel. Venir le cueillir dans son lit racontait une toute autre histoire. Dans ce cas là, plus besoin de s'encombrer avec les us et les règles. Cette étrange militaire trouvait sa place entre les deux extrêmes. Allait-elle venir seule ? Qui l'accompagnerait ? Une arrestation n'aurait jamais été annoncée... alors que voulait-elle ? Pourquoi jouer sur le rapport de force ?

        En refusant l'entrée, finalement, elle mettait Sapoj en première ligne, ce qui ne la dérangeait pas le moins du monde, et forçait le porte-à-faux pour son futur interlocuteur un peu trop présomptueux. Soit il accepterait de suivre les protocoles, et cela rendrait plus facile la préparation de la rencontre, soit il forcerait le passage, ce qui donnerait à la Sous-Préfète un angle supplémentaire à utiliser dans son propre arsenal d'outils rhétoriques, sémantiques et politiques.

        Elle avait devant elle un peu plus d'une heure, qu'elle voulait consacrer à la chasse aux détails dans les dossiers de ses autres rendez-vous. L'ensemble était déjà prêt, bien sûr. Le hasard n'était pas vraiment le bienvenu et ses méthodes demandaient plus de temps, mais portaient leurs fruits. Les recherches préparatoires effectuées par Atanae Tel'Illma ne décevaient jamais Leiel. En revanche... rien pour ce premier entretien. Alors elle le mit de côté pour pouvoir se concentrer sur le reste, sur ce sur quoi elle avait un pouvoir.

        Le comm' sonna, la tirant de ses pensées.

        - Votre premier rendez-vous, madame.
        - Faites la entrer, Sapoj.

        Le temps que la porte s'ouvre, le temps d'apposer son sceau officiel à un document, le temps de lever les yeux. Ah. Malgré toutes les options qu'elle avait envisagées... non, elle ne s'était pas attendu à ça. Devant elle s'avançait une des secrétaires que Roussimoff avait amenées avec lui lors de la rencontre avec sa délégation. Elle se souvenait parfaitement d'elle, de sa mèche blanche, bien sûr, mais surtout de ses yeux noirs, si sombres qu'il était impossible de savoir où s'arrêtait la pupille. Si bien que Leiel s'était demandé si la lumière était en faute, ou s'il s'agissait d'une race de proche-humain dont elle ne connaissait pas encore l'existence. Et maintenant, ces yeux noirs étaient là, devant elle. La Sous-Préfète se leva en signe de bienvenue et ne laissa rien paraître. C'était à l'autre de parler. Si cet entretien était un piège, il était trop tard pour reculer, à présent.
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        #3

        Post n°3
        Auteur : Atreïs Helcar

        Delmach Sapoj. La plaque à son nom semblait ridiculement grande vis à vis de sa place, de la taille de son bureau, et de l’importance de l’Heptoonien qu’il avait en face de lui. Comme toujours, le Gurlanin avait ses mains fermement enfoncées dans ses poches, un sourire aux lèvres, et il fixait silencieusement son interlocuteur, ce qui ne manquait invariablement pas de gêner la victime de ce regard aussi froid que sombre. S’étant présenté en avance vis à vis de l’heure supposée de rendez-vous, Atréis, ou plutôt Elfriede à cet instant, s’était assis face au secrétaire qui semblait vraiment dans ses petits souliers. Nul doute que la sous-préfète, que l’on disait très à cheval sur les consignes et la rigueur, lui avait passé un souvent. Mais il s’en moquait, ce n’était pas son problème, à chacun sa mission. Et la sienne devait être de servir de paillasson à cette politicienne, étant donné qu’il tremblait comme une feuille, et ce, avant même qu’elle n’arrive.

        -Je… Votre insigne, madame. S’il vous plait.

        Il haussa un sourcil. Tiens, se trouvait-il finalement un peu de courage dans ce monsieur ? Il en désespérait presque. Avec des gestes lents, il le posa sur le bureau. Brillant, mais usé. Evidemment, puisque ce n’était pas réellement le sien. Actuellement, il était la Lieutenant Elfriede Vasburg, et c’était tout ce qu’il avait besoin de savoir.

        -La raison de votre visite… S’il vous plaît ?

        -Confidentiel.

        -Mais… Je dois en informer madame la-

        -Elle le sera bien assez tôt. Je vous avais demandé de me parler d’elle, de souvenir. Pas de m’interroger.

        -Ou… Oui, bien sûr ! Madame la sous-préfète n’est pas originaire de Raxus Secundus, mais de Garqi. C’est une ingénieure agronome versée dans tout ce qui est cultures, et qui a été formée politiquement par son prédécesseur, Monsieur Dae’mid, qui est désormais préfet de Cato Neimoidia. Il lui a appris les choses à la dure, en la prenant comme assistante, et elle s’en est si bien tirée que la suite s’est faite naturellement, quand bien même cette transition ne soit pas mal vue par certains mais… Elle vous en parlera mieux que moi.

        -Je vois. Intéressant. D’aucuns la décrivent comme jeune et idéaliste, et volontaire. Pensez vous que ce soient là des traits qui s’accordent avec une politicienne au sein de la CSI ?

        -Ce n’est pas à moi de-

        -C’est à vous que je le demande.


        Les yeux noirs fixaient toujours le secrétaire, ni cillant presque jamais. Malgré sa position décontractée, elle avait la tête de quelqu’un tendu, en alerte constante, et capable de le passer à travers son bureau… Et ce foutu sourire… Décidément, entre la militaire et la politicienne, il aurait toujours le mauvais rôle.


        -Elle… manque peut-être un peu d’expérience, c’est vrai et elle… fait sans doute des erreurs…

        -Comme s’absenter de son bureau à peine nommée ?

        L’autre devint encore plus blanc. Quelle était cette fichue militaire encore ?!

        -Evidemment, tout cela restera entre nous, monsieur Sapoj. Nous y allons.

        Il hocha, fébrilement, avant d’appeler sa supérieur par l’holocommunicateur. Étonnamment, il masquait remarquablement bien sa peur et son désarroi. Il montra la porte à Atréis, puis se rassit, alors que le Gurlanin en franchissait le pas. Sourire aux lèvres, toujours habillé de la même façon, il croisa les mains dans le dos en s’approchant. Sa coiffure désordonnée et sa tenue décontractée contrastaient avec l’habit officiel de la politicienne. Comme lors de sa première visite, il trouvait l’ensemble d’un goût… discutable, et surtout, absolument pas le sien. Trop ostentatoire, trop blanc. Plongeant la main dans sa poche intérieure, il sortit son insigne, et le posa sur le bureau devant Leiel, tout en s’annonçant.

        -Lieutenant Elfriede Vasburg, détachée de la troisième Flotte. Mes hommages, sous-préfète Osso. Je m’en voudrais de gaspiller votre temps, alors j’irai droit au but, si vous me le permettez. J’imagine que vous avez des questions concernant ma présence dans ce bureau, à la fois aujourd’hui, et il y a quelques jours, et j’y répondrais plus tard. Mais avant cela, j’aimerais que vous-même répondiez aux miennes. Voyez cela comme un échange d’informations entre personnes de bonne volonté réciproque.


        Il prit place, qu’elle le lui propose ou non. Il n’allait pas faire des ronds de jambe devant une arriviste et une parvenue, ça lui déplaisait déjà suffisamment d’être là à l’heure actuelle.

        -Qu’avez vous pensé des membres de cette délégation ?

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          #4

          Post n°4
          Auteur : Leiel Osso

          Intéressant, ce refus du protocole. Elle s'était assise sans qu'on l'y invite, parlait vite, prenait les choses en main. Leiel s'installa lentement, les yeux mauves posés sur les noirs. Le Lieutenant Vasburg faisait mine de jouer cartes sur table, mais elle était présente à une grande partie de la réunion. Elle ne venait pas glaner des informations sur la délégation Roussimoff. Elle venait chercher des informations sur la Sous-Préfète. Sa manière de penser, d'organiser les informations, de choisir ce qu'elle dirait ou qu'elle tairait.

          Alors Osso prit son temps. Elle observa ostensiblement son interlocutrice. Elle commença par faire glisser l'insigne sur son bureau, afin de le regarder attentivement. Elle le repoussa vers Vasburg, et détailla la jeune femme. Oui, jeune encore. De l'aplomb et de la négligence. Une coiffure désordonnée qui n'avait rien de militaire, des vêtements qu'on pourrait trouver sur le dos d'un contrebandier. Une attitude à la fois sûre d'elle et blasée. Si jeune ? Et des yeux... noirs. Etait-elle vraiment humaine ? C'était, en tout cas, la première fois qu'elle se trouvait devant des yeux si étranges. Leiel n'aimait pas les premières fois, ni les imprévus. Ni les ordres.

          Quand elle finit par parler, on côtoyait doucement la limite de l'incorrection. De longues minutes s'étaient écoulées. Ses poignets reposaient sur le bout des accoudoirs, elle se tenait droite, calme, attentive. Et elle alla vite.

          - Flere est un génie mathématique qui a bienheureusement jeté son dévolu sur l'agronomie, ce qui l'a conduit à bouleverser tout un pan du commerce planétaire. Ses modèles économiques sont repris par des entreprises de toutes les tailles, de tous les types, dans tous les domaines. Avec des résultats variables, parce que les mathématiques ne font pas tout, et que le facteur « organique » intervient toujours. Heureusement qu'on peut compter sur les droïdes. Redoutable esprit de synthèse. Il pense simultanément sur plusieurs niveaux, ce qui le rend parfois difficilement compréhensible pour le profane. Cependant, ses théories sur les économies d'échelle et sa modélisation des théories d'échange sont, à mon sens, révolutionnaires. Un homme précieux à bien des égards.

          Elle enchaîna sans s'interrompre.

          - Deurteiker. Plus problématique de mon point de vue, mais capital dans une autre dimension. Le carnet d'adresse de cet homme est proprement phénoménal. S'il adhère à un projet, on peut être sûr qu'il sera mené à bien. En revanche, son opposition peut causer de sérieux retards, une incompréhension partielle ou totale de ce qui doit être accompli par les éléments en lice, et finalement le rejet de la démarche qu'il n'aura pas endossée. Sa réputation en interne ne m'intéresse pas. La seule chose qui compte est son efficacité, qui semble acquise. Ce qui l'est moins est ce qu'il pense de ma manière de réorienter l'économie. Si jamais je ne parviens pas à le convaincre que cela va dans sa direction, alors je me dirige vers des oppositions en cascade. Ce qui, bien évidemment, me contrarie déjà.

          - Veral. Curieux homme qu'Arnon Veral. Désuet, pris dans un passé dont il ne se défait pas, ou difficilement. Intelligent, cultivé, incisif. Un sens moral développé, et la conviction profonde que la Confédération est un bienfait. Très au fait du terrain, proche des gens qu'il représente. Au-delà de ses propres intérêts, d'ailleurs. Sa position dans la délégation Roussimoff était celle d'un paratonnerre. C'est lui qui a le plus parlé, le plus risqué, en tout cas face à moi. Mais ce qu'il a dit venait de lui, et non des autres. Il a réussi à imposer sa voix, alors que techniquement, c'est lui qui était en position de faiblesse par rapport à ses camarades. Des idées précises sur les changements à entreprendre dans la politique agricole et économique de la planète. J'ai eu l'occasion de le revoir. Et... peut-être lui proposerai-je un poste dans mon administration.

          - Et nous arrivons à notre ami commun, monsieur Roussimoff. Probablement le plus intelligent des quatre. Sans aucun doute celui qui est à l'origine de la réunion de ces profils si différents, aux aptitudes si vastes, pour offrir un panorama économique aussi large. Ce qui me conduit à me poser la question du calendrier. Je suis aux affaires officiellement depuis à peine plus d'un mois. Pour monter son projet, il lui a fallu du temps. En plus du temps pour obtenir une entrevue avec moi. Je m'interroge donc sur la date à laquelle il a su que le Préfet Dae'mid me laissait sa place. Bien sûr, je peux me tromper. Il est sans doute extrêmement réactif, et a su ce qui se passait en même temps que tout le monde. Mais il se trouve que vous êtes dans mon bureau, et que vous étiez à ses côtés il y trois jours, Lieutenant Vasburg. Vous comprendrez que ce rapprochement me soit assez surprenant. Si bien qu'il va me falloir un peu plus de temps pour penser à monsieur Roussimoff avant de vous répondre. L'image que je me forgeais de lui n'est plus en adéquation avec celle je perçois à présent.


          Pendant son monologue, Leiel avait tourné son regard en dedans. Elle revoyait des chiffres, des gestes, des postures, elle reliait ses pensées. Mais maintenant, les yeux tournés sur Vasburg donnaient une toute autre impression. Attention, concentration. Curiosité.

          - Si vous n'avez pas de questions, j'aimerais savoir en quoi je puis être véritablement utile à la Confédération, et à vous, Lieutenant. Ces informations vous sont largement connues. Le fait qu'elles passent par mon propre filtre vous donne peut-être une idée de la politique que je vais mener sur Raxus Secundus, mais ce seront au mieux des conjectures. Une fois que j'aurai fini de répondre à toutes vos demandes, peut-être pourriez-vous me dire ce que vous êtes venue faire, par deux fois en quelques jours, dans mon bureau, sans vous annoncer, sans vous faire connaître ?

          Leiel se pencha un peu plus en avant, posant ses avant-bras blancs sur le bord du bureau, cette fois, et croisant ses doigts. Elle affichait un sourire poli, en décalage avec son regard mauve dont elle ne pouvait cacher l'exaspération.

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            #5

            Post n°5
            Auteur : Atreïs Helcar

            L’exposé était aussi rapide qu’inutile aux yeux du Gurlanin, qui resta impassible, de marbre, affichant uniquement son petit sourire. D’aucuns diraient suffisant. D’autres simplement confiant. Mais il n’était là que pour une seule et unique raison, troubler. Les pistes, et les gens si possible. Et manifestement, ça fonctionnait plutôt bien sur la jeune femme qui se tenait devant lui. Atréis lui donnait à peine une trentaine d’années, et encore. Très jeune donc, surtout pour un poste pareil. De facto, sinon dangereuse, au moins intelligente et efficace. En somme, quelqu’un dont l’avis se devait de compter. Pourtant, il avait un drôle de sentiment devant son comportement. D’un côté, elle voulait se montrer calme, maîtresse de l’environnement, des lieux et d’elle-même. De l’autre, son débit de parole qui semblait voué à le noyer sous les informations inutiles et ses yeux qui lançaient des éclairs lui laissaient entendre qu’elle n’était pas aussi sereine. La question était pourquoi. Peut-être avait-elle quelque chose à cacher (qui n’en avait pas), ou simplement la présence d’une militaire hors-sol l’irritait ? Ou un mélange des deux, ou tout autre chose. Après tout, il débarquait dans ce bureau, et ne pouvait pas s’y ancrer, refusant dès lors tout contrôle d’Osso sur lui.

            Cela étant dit, il avait déjà réussi à obtenir les premières informations qu’il était venu chercher. Veral semblait faire l’unanimité sur ses qualités, mais il se trouvait bien peu de monde pour parler de ses défauts. A côté de ça, il se demandait aussi comment classer cet ordre exposé par la sous-préfète. Elle avait délibérément omis les à-côtés dont il avait fait brièvement partie, pour se concentrer sur les quatre principaux protagonistes. Fallait-il voir dans ce classement une hiérarchie dans la tête de Leiel ? Peut-être. Mais sans doute pas d’importance… De dangerosité, sans doute. Ou bien se faisait-il simplement des idées, et elle voulait simplement le mettre mal à l’aise en essayant de le confronter à sa propre attitude.

            La jeune fille brune resta silencieuse, un long moment, assimilant les informations essentielles, les digérant pour les synthétiser, éjectant les détails inutiles. « Moi, je, mon bureau... » Décidément, elle aimait parler d’elle, autant que se donner en spectacle. Il n’était pas là pour elle, au départ, mais il semblait qu’il faudrait en passer par là. Finalement, elle reprit son insigne, le rangeant dans sa poche avec une certaine nonchalance, avant de répondre, sur un ton neutre, une pointe d’amusement dans la voix.


            -Votre jugement me sera précieux à tous points de vue, sous-préfète, et je vous remercie de l’avoir partagé avec moi. Comme vous dites, j’ai une vision un peu plus globale de ce que vous comptez faire de Raxus Secundus, et il est certain que cela sera suivi avec grand intérêt.

            Son sourire s’élargit légèrement, ses jambes se croisèrent, une main passa dans ses cheveux, se décoiffant légèrement.

            -Tout d’abord, je tiens à préciser que je me suis annoncée à chaque fois, Madame Osso. Le fait est que vous n’avez pas tenu à parler de mes estimées et éphémères collègues, ce qui en dit suffisamment long. Mais je ne suis pas ici pour parler de moi, comme vous l’aurez compris. La CSI s’intéresse de près à la situation de la planète, car votre nomination a quelque peu agitée les strates de la société Raxienne. Comme vous l’avez dit vous-même, celle-ci était sans doute connue avant même que vous ne soyez au courant.


            Nouvelle pause. Marcher sur un fil tendu, toujours. Alterner les masques, les apparences, les identités.

            -Contrairement à ce que vous pensez, sous-préfète, je ne suis pas votre ennemie. Pas plus que je ne suis votre alliée, à cet instant, d’ailleurs. Je n’ai guère le loisir de côtoyer la vie politique, ni le désir d’ailleurs. Non, ce qui m’intéresse, tout comme vous, c’est l’avenir de cette délégation, et son passé. Et vous êtes la mieux placée, à cette heure, pour m’en parler. Vous avez revu Monsieur Veral, comptez sur lui, si j’en crois vos dires, et vous avez arrêté des avis sur chacun d’entre eux. C’est précisément la raison de ma présence dans ce bureau, aujourd’hui, comme il y a trois jours.

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              #6

              Post n°6
              Auteur : Leiel Osso

              « Le fait est que vous n’avez pas tenu à parler de mes estimées et éphémères collègues, ce qui en dit suffisamment long. »

              La seule remarque l'avait poussée, malgré tous ses efforts, à arquer un sourcil blanc. Cet agent de la Confédération, organe omniprésent mais lointain, venait lui donner une leçon de morale politique sur la place essentielle des petites mains méritantes ? Et venait la juger sur ce plan pour n'avoir pas mentionné les... les secrétaires ! Mais parallèlement à cette pensée outrageuse, un signal d'alarme se mit en marche. Elle avait été formée à cela, reconnaître les piques, comprendre la direction dans laquelle elle était poussée, cultiver le calme et la maîtrise afin de désamorcer le piège. Seulement Elfriede Vasburg ne l'attendit pas en route. La phrase suivante pétrifia Leiel.

              « La CSI s’intéresse de près à la situation de la planète, car votre nomination a quelque peu agité les strates de la société Raxienne. »

              C'était à prévoir, c'était attendu, elle en avait déjà ressenti les secousses, mais ces secousses montaient-elles déjà si haut ? Etaient-elles interprétées comme des menaces d'instabilité à venir ? D'incompétence ? Et malgré sa formation, malgré le fait qu'elle ait compris la manœuvre, elle ne put redresser le cap. Vasburg l'avait ferrée, et elle avait mordu à l'appât. Les phrases suivantes furent entendues plus qu'écoutées. Non, sa gestion était encore trop jeune pour qu'on envisage de la démettre. Elle ménageait encore suffisamment les différentes délégations pour ne pas se créer d'inimitiés dangereuses dès les premiers jours de son mandat. D'ailleurs, elle avait des plans. Pour les Xeri Vinginti, pour l'urbanisme, l'agriculture, le commerce extérieur, le tourisme, la pêche, la culture, la chimie, les fabriques de droïdes, la flotte défensive... Liste interminable de dossiers plus ou moins vastes qui nécessitaient son attention.

              Ses doigts pianotèrent le bord de l'accoudoir, mouvement automatique et involontaire. Il était trop tôt. Certains de ses choix étaient critiquables, mais pas irrationnels. Et sa logique était pensée, réfléchie, lissée, dirigée vers un objectif : le bien de la planète, condition sine qua non de sa réussite. Si elle ne parvenait pas à mettre en place les réformes nécessaires à une série de bouleversements économiques, sociaux et culturels, elle perdrait son poste. La voix du Gossam lui revint, qui expliquait les équilibres précaires, les lenteurs qui viennent forcément de guider et non d'imposer. Allait-elle trop vite ? Dae'mid n'aurait pas fait la même chose, sans doute. Mais il l'avait choisie pour sa détermination, et son indépendance. Seulement, à l'image de son ancien mentor se substitua le sourire du Lieutenant.

              Qu'avait-elle laissé voir de son trouble ? Qu'avait compris Vasburg ? Leiel n'avait rien dit de ses doutes et de ses certitudes. Mais elle était tombée dans un piège vieux comme la galaxie : le trou bien visible, qui cache la présence du deuxième derrière, bien plus discret. Peut-être qu'elle avait contenu le pli de ses lèvres, ou le tremblement de ses doigts. Elle lissa lentement les pans du sarong violet brodé de nacre et d'argent. Paraître était le meilleur moyen de détourner, de laisser entendre ce qu'elle n'avait jamais dit, de pousser au « coup d'état de la pensée ». On ne sait pas, et comme l'esprit déteste le vide, on remplit avec tout et n'importe quoi. Plus de calme, rien ne transparaissait. Ses doutes ne voulaient rien dire de ses capacités et sa peur de l'échec devait refluer, ou elle serait vu comme la gamine qu'elle s'efforçait de faire disparaître.

              - Si je vous ai laissé entendre que je vous considérais comme une ennemie, je vous prie de m'excuser. Je me serais mal exprimé et je le regrette. Vous représentez la Confédération dans ce bureau, comme je représente la planète. Il ne doit pas être question ici de mésentente. Je suis prête à accéder à vos demandes. Souhaitez-vous avoir accès aux dossiers préfectoraux concernant les membres de la délégation Roussimoff ?

              Leiel mourait d'envie de demander ce que l'on disait d'elle dans les couloirs de Géonosis. Cela n'avait aucun sens, d'ailleurs. Mais qui avait fait remonter leurs doutes ? Quelles « strates » s'étaient plaintes, et pourquoi ? Frustration ? Complots ? Manigances ? Elle prit une inspiration plus longue, pour se laisser le temps d'éloigner ces pensées difficilement contrôlables.

              - Ai-je pu répondre à vos questions sur les membres de la dite délégation ? Je vous ai donné mon avis sur chacun d'eux, mais est-ce suffisant ? Que cherchez-vous exactement ?

              Trop occupée par ses appréhensions, elle réalisa qu'elle devait reprendre plus attentivement le fil de la conversation, mais passa à côté de la mention de Veral, seul nommé pourtant. Ses doigts passèrent sur le senseur du comm'.

              - Tel'Illma, pourriez-vous m'apporter les dossiers sur les membres de la délégation Roussimoff, s'il vous plaît ? Roussimoff, Flere, Veral et Deurteiker.

              Elle eut un léger sourire avant de demander :

              - Lieutenant Vasburg, voulez-vous aussi les informations que nous avons sur vos anciennes collègues du secrétariat ?

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                #7

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                Auteur : Atreïs Helcar

                Etrange femme... Atréis n'avait même pas haussé la voix, n'avait rien dit de particulièrement étonnant, et pourtant, voilà qu'elle perdait déjà tout ses moyens... Face à un Lieutenant de la Marine, du moins officiellement ? Que serait son comportement si elle devait se retrouver un jour face aux plus puissants préfets, ou militaires, si déjà de simples questions la déroutait ? Il est vrai qu'elle n'était en poste que depuis peu, et voir une militaire débarquer dans son bureau était sans doute une surprise désagréable avec laquelle il fallait composer. Pourtant, les imprévus étaient monnaie courante dans son métier, lui semblait-il. Il décida finalement de passer outre, même si il nota sa nervosité. Celle-ci était imprimée dans un coin de sa tête, et déjà il se demandait si il pouvait l'exploiter, et comment d'autres le pouvaient. Après tout, il n'était lui-même qu'un novice, mais s'en cachait bien mieux. Et surtout, d'autres bien plus intelligents étaient à l'affût. A commencer par cette délégation, et tout un tas d'autres...

                La brune planta ses yeux dans ceux de la blanche. Elle s'exprimait différemment, à présent, la manière était plus directe, plus vive, plus... honnête en somme. Atréis préférait ça, largement. Cela lui correspondait plus. D'ailleurs, ce changement d'attitude l'incitait presque à donner à manger à cette jeune politicienne qui lui semblait perdue dans ce bureau trop grand et ses vêtements trop blancs. Aussi, lorsqu'elle lui proposa d'accéder à ses dossiers, il répondit :


                -Toutes les informations sont intéressantes, sous-préfète. Je gage que vous n'avez aucun dossier sur moi, ni sur les autres secrétaires, ou bien celui-ci sera très fin. Pourtant, c'est bien moi que vous avez face à vous. Loin de moi l'idée de vous apprendre comment vous comporter. Mais je ne doute pas que cette... entrevue, vous apporte beaucoup à l'avenir. Comme à moi, d'ailleurs, je prends volontiers les dossiers que vous aurez à me fournir.




                Atanae avait déjà rangé sous clé les dossiers, classés comme sensibles, lorsque sa patronne lui demanda de lui amener. Déjà ? Elle savait qu'elle était en rendez-vous, mais quel genre d'invité pouvait bien avoir besoin de ce genre d'informations ? Surtout qu'elles étaient précieuses. Mais Tel'Illma garda ses interrogations pour elle, se dépêchant de se rendre dans le bureau de la sous-préfete. Elle toqua rapidement, puis pénétra la pièce, qu'elle traversa rapidement, pour se tenir à gauche de Leiel Osso, et leva finalement les yeux vers l'interlocutrice de la politicienne. Sans comprendre pourquoi, elle déglutit. Des yeux noirs comme le charbon le plus concentré. Un petit sourire aussi timide qu'assuré. La veste de cuir. Les traits décontractés. Celle-là même qu'elle avait vu la veille, dans son propre bureau. Celle qui lui avait posé des questions sur Leiel. L'avait-elle dénoncée ? Avait-elle dévoilé ce qu'elle lui avait dit ?

                Et surtout, planait ce doute sur qui était réellement cette femme, qui la regardait droit dans les yeux désormais. A nouveau, Atanae se sentit partir dans un état seconde. A nouveau, elle était incapable de réellement mettre des mots sur ce qu'elle ressentait, et surtout, un nom sur cette femme brune qui la troublait. Elfriede Vasburg, avait-elle dit, mais pourquoi ne parvenait-elle pas à fixer ce nom, simplement, comme des dizaines d'autres ? Elle n'entendit pas qu'on lui parlait, ni ne vit qu'on lui faisait signe. Aussi, ce fut simplement par réflexe qu'elle quitta le bureau...




                Atréis vit la jeune femme rentrer, et la regarda droit dans les yeux. La Wroonienne avait de quoi être destabilisée. Le souvenir lui revient rapidement, mais il le chassa vite de sa tête, de manière à se concentrer uniquement sur les dossiers. Mais les yeux bleus de la jeune femme revenaient inlassablement sur lui. Au point que l'assistante n'entendait même pas les ordres de sa supérieure. Etonnant, tout de même.

                Une fois que la jeune femme fut partie, le Gurlanin tira à lui les différents dossiers et les consulta rapidement, tout en parlant :


                -Une délégation agricole n'est pas une menace réelle pour un pouvoir, tout nouveau soit-il. Qu'ils aient des revendications, des doléances, ils ne pourront empêcher les fermiers de cultiver leurs terres. Aussi, je dirais que le jeu se trouve ailleurs.


                La brune releva la tête vers son interlocutrice.

                -Ou bien y'a-t-il autre chose que la Confédération serait tenue de connaître pour vous protéger en cas de besoin ?

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                  #8

                  Post n°8
                  Auteur : Leiel Osso

                  Dans l'univers idéal de Leiel, il existait un dossier sur tout et chacun, et elle y avait accès. Fort heureusement pour elle, la galaxie était moins parfaite. Elle-même et son identité fluctuante se perdaient dans des banques de données incomplètes, partiellement détruites, ou piratées. Peut-être que son plus grand allié était l'impossibilité d'être curieux de tout, et tout le temps. Personne ne reconstituait les puzzles qui n'avaient pas d'usage immédiatement. Ce qui poussa la jeune femme à reconnaître que le Lieutenant avait raison. Si elle avait été fidèle à ses velléités de contrôle, elle aurait dû ordonner une enquête sur les secrétaires de la délégation Roussimoff. Peut-être qu'elle le ferait à l'avenir. Peut-être même secrètement.

                  - Merci mademoiselle Tel'Illma.

                  Leiel saisit les dossiers, jeta rapidement un œil dessus avant de les confier à Vasburg.

                  - Vous devriez trouver ici tout ce qui est officiel. Et ce qui a été ajouté à l'issue de la rencontre. Tel'Illma, pourriez-vous faire une copie pour le Lieutenant ?

                  La question resta sans réponse. La Sous-Prefète n'y prêta pas immédiatement attention. En revanche, elle finit par tourner la tête vers Athanae.

                  - Tel'Illma ?

                  Mais l'assistante s'éloignait déjà et quittait le bureau. Leiel la suivi du regard, intriguée d'abord, ennuyée ensuite. Il faudrait lui parler. Elle connaissait la Wroonienne et son humeur égale. Cette bulle dans laquelle elle semblait prise était hautement inhabituelle.

                  Cela devrait attendre. Pendant que Vasburg survolait les dossiers, elle en profitait pour l'observer plus à loisir. La trentaine bien tassée. Lieutenant de Marine. Des yeux étranges. Elle qui aimait tant les dossiers, que venait-elle vraiment faire ici ? Pourquoi s'intéresser à la délégation Roussimoff ? Et cette remarque, sur la Confédération et sa protection éventuelle. Oui, il lui manquait des informations, ce qui était désagréable, mais aussi potentiellement problématique.

                  - Votre question m'intrigue, Lieutenant. Pourquoi considérez-vous que la délégation Roussimoff soit avant tout dangereuse ? Son potentiel de nuisance est contrebalancé par leurs propres intérêts. Ils ne peuvent couper la branche sur laquelle ils sont assis. Or ils bénéficient de subventions publiques, ils viennent demander des ajustements fiscaux, une réorientation de certaines lois... qui doivent honnêtement être revues de toute façon. Leur désir d'adaptation de la politique économique de la planète est compréhensible... et sain. Il revient aux groupes privés défendre leurs propres intérêts.

                  Mais pourquoi évoquer « le jeu » ? Une « protection » ?

                  - Je dois avouer que je ne m'attendais pas à... une ingérence de la Confédération dans une gestion politique somme toute courante. Une ingérence que vous présentez comme tournée en ma faveur, mais que je n'ai pas demandée. Non que je la refuse... je n'en vois pas l'intérêt immédiat. Mais il est possible que je n'ai pas toutes les cartes en main, n'est-ce pas.

                  Leiel se pencha un peu en avant dans son siège, le regard mauve fixé sur les yeux noirs.

                  - Que dois-je savoir, Lieutenant Vasburg ? Votre intérêt pour la délégation Roussimoff m'intrigue de plus en plus. Vous laissez entendre que je suis passée à côté de quelque chose. Vous avez toute mon attention. Que me manque-t-il pour compléter le tableau ?

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                    Post n°9
                    Auteur : Atreïs Helcar

                    Le Lieutenant leva tout juste la tête des dossiers, un sourcil levé. Voilà que la sous-préfète se mettait à extrapoler sur ses propos, désormais. Nouvelle surprise désagréable aux yeux du Gurlanin, qui commençait à se dire qu'il perdait sérieusement son temps ici. La jeune Humaine n'était pas dénuée d'intelligence ni d'intérêt, pourtant, mais tout devait se mélanger actuellement dans sa tête, d'où son incapacité à saisir l'essence même de cette discussion. Il est vrai qu'il avait volontairement brouillé les cartes d'entrée de jeu pour être le seul maître de la discussion, mais il aurait espéré un peu plus de répondant de sa part. D'autant plus qu'elle ramenait tout à elle, et elle seule. Ce qui l'exaspérait au plus haut point. La brune reposa le dossier sur le bureau, et croisa les mains devant elle. Des mains étrangement fines et immaculées.

                    -Je ne considère pas votre petite délégation comme dangereuse, pas plus que je ne la trouve importante pour la Confédération. Ce ne sont que des cadres importants sur Raxus, mais ils ne sont rien en dehors, pour autant que je le sache. Si je puis me permettre, ne cherchez pas un double sens à mes mots.


                    Elle garda le silence quelques secondes, la regardant droit dans les yeux.


                    -Lorsque je parle de jeu, j'évoque là un intérêt, un but. En d'autres termes, leur objectif n'était sans doute pas de porter à votre connaissance des considérations techniques, mais simplement de se montrer indispensable à vos yeux pour les réformes futures, ce qui, il me semble, est bien engagé, au vu de la façon dont vous considérez leurs revendications.

                    Elle s'étira, allant contre tout convenance ou bienséance primaire. Elle commençait déjà à en avoir assez.

                    -La Confédération ne commet pas d'ingérence. Vous avez juré loyauté à la CSI comme je l'ai fait à son armée, me semble-t-il. Et ce serment implique un certain nombre de choses de la part de chacune des parties, ce que je me permets de vous rappeler. Vous êtes jeune, inexpérimentée à ce poste. Il est normal que la CSI se montre conciliante à votre égard. Encore plus lorsque vous perdez trois jours sur un début de mandat à évoquer de simples pratiques culturales.

                    Cette fois, elle se frotta les yeux.

                    -Je ne suis pas là pour vous conseiller, encore moins pour vous menacer, si vous vous posez la question. Comme je l'ai dit, c'est effectivement cette délégation qui m'intéresse, car je pense que quelque chose d'autre s'agite en coulisses. Pas uniquement Roussimoff, Flere, Deurteiker, ni leurs compagnies. Mais autre chose.


                    Elle se leva. Elle en avait terminé, de son côté. A nouveau, Atréis ne doutait pas avoir semé le trouble dans son esprit. Peut-être se trompait-il. Mais il le saurait bien vite.

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                      Auteur : Leiel Osso

                      Leiel pondérait l'absence de réponse directe ou d'information exploitable quand Vasburg laissa tomber : «Encore plus lorsque vous perdez trois jours sur un début de mandat à évoquer de simples pratiques culturales.»

                      Ce fut comme un glissement de terrain, une réorganisation de l'espace mental, 180° de bouleversement des représentations. Elle avait compris cette entrevue comme une joute, comme un combat, et ce n'était pas le cas. Cette femme, ce Lieutenant de marine n'était rien, non, pas rien. Un rouage, un outil, un coin dans la porte. Dont la technique d'approche était somme toute assez simple : dire tout, et son contraire. L'entrevue devait lui apporter de grandes choses, mais c'était à la Préfecture de fournir les informations. Vasburg n'était ni une ennemie, ni une alliée. Elle n'était pas là pour lui expliquer quoi faire, ou comment « se comporter », mais elle se permettait de donner un avis personnel sur la politique menée jusque là, avis totalement illégitime. Elle représentait la CSI... mais n'était, jusqu'à preuve du contraire, qu'un siphon à informations.

                      Ah. Oui, il aurait fallu le comprendre plus vite, bien sûr. Cependant, tournée de cette façon, la situation se présentait sous un jour plus rassurant. Vasburg n'était pas vraiment là pour elle. Leiel était un bonus sur lequel revenir plus tard. Un moyen de ne pas perdre de temps, un os à ronger. Finalement, le Lieutenant s'était montré bien plus sincère qu'elle ne l'avait elle-même été. Qu'était-elle venue chercher ici ? Des informations sur les membres de la délégation Roussimoff, et leurs intérêts à moyen terme.

                      Il serait toutefois inexact de limiter sa présence à ces questions. Le fait était qu'elle connaissait un membre de l'équipe avant qu'elle ne vienne ici. Quels étaient les liens qui unissaient cette femme au gigantesque André ? Osso se demandait si elle avait correctement interprété les informations dont elle disposait. Ils se connaissaient, assez pour que Roussimoff la fasse entrer dans le groupe, sous couvert de la vertueuse profession de secrétaire. Se pouvait-il qu'il vienne de l'embaucher et qu'il ne connaisse rien d'elle ? Fort peu probable. Complices, ou moyen de pression ? Impossible de le savoir dans l'immédiat.

                      Mais alors pourquoi n'était-elle pas restée à la réunion, trois jours plus tôt ? Probablement pour la même raison qu'elle avait sous les yeux à l'instant même : la sphère politique ennuyait le Lieutenant qui s'étira et préféra se lever pour mettre fin à la conversation. Sa volonté de conduire l'échange s'était manifestée depuis le début de leur rencontre et avait induit Osso en erreur. Elle s'attendait à ce que le Lieutenant masque son véritable objectif, travestisse les faits pour la prendre au piège. L'erreur était de taille, et avait orienté tout l'entretien qui prenait fin maintenant. Vasburg partait. Soit elle renonçait à obtenir ce qu'elle voulait, soit elle avait déjà atteint son but. La Sous-Préfète lista ce qu'elle-même avait fourni : les dossiers, et... son avis personnel.

                      Leiel passa pensivement un pouce sur sa lèvre puis se leva à son tour, pour accompagner poliment le Lieutenant vers la porte, ce qui lui laissa le temps de penser un peu plus avant.

                      Curieuse insistance sur les objectifs de la délégation. Évidemment que ses membres avaient des idées en tête. Mais le fait qu'ils puissent être la pointe d'une arme levée contre la Préfecture n'était pas une perspective enthousiasmante. Les Vinginti, bien sûr, venaient à l'esprit en premier. Mais ils étaient loin d'être les seuls éléments saillants de la société raxienne. Une prise de participation extérieure était toujours possible... une privatisation totale des grands laboratoires ? Cela devrait passer par elle. Non, trop d'hypothèses, pas assez d'éléments. Vasburg ne lui avait rien donné qu'elle ne possède déjà, et Osso n'était pas plus avancée.

                      - Si vous avez de nouvelles informations, Lieutenant Vasburg, n'hésitez pas à nous les transmettre, comme nous mettrons à jour les dossiers que mademoiselle Tel'Illma va vous confier.

                      Que savait-elle avec certitude... Trop peu. En partant du principe que cet agent des services spéciaux n'ait pas vraiment autre chose qu'une intuition et soit venu ce matin les mains vides, c'est aux membres de la délégation qu'elle s'intéressait, puisque c'était les seules informations qu'elle était sûre de trouver ici. Roussimoff... elle n'aurait pas besoin de se manifester dans son bureau, d'autant plus que sa présence induisait un lien avec lui. A méditer. Flere, pire, Deurtekeur, possiblement... seulement elle devait posséder des dossiers au moins aussi complets que les siens, depuis le temps qu'ils étaient dans le circuit. Ah... mais alors...

                      - Lieutenant, ce fut un plaisir. Saluez monsieur Veral de ma part.

                      C'était un coup à l'aveugle, les risques de se tromper étaient conséquents et l'interprétation que ferait Vasburg de cette dernière phrase dépassait ses pouvoirs de prédiction. Qu'importe. Outsider de la délégation, la rareté des informations le concernant devait justifier cette pêche à l'aveuglette. Impossible de connaître la raison de cette curiosité. Pas tout de suite, en tout cas. Pas avant de savoir pour qui exactement le Lieutenant travaillait.

                      - Et Tel'Illma ? Je souhaite vous voir, dès que vous aurez un moment.

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                        Auteur : Leiel Osso

                        Un moment plus tard, Leiel leva la tête et fit signe à son assistante d'approcher avant de reprendre sa conversation.

                        - Entrez Tel'Ilma. Excusez-moi, Conseiller. Cela concerne donc nous deux, et je vous attends cet après-midi pour en discuter.

                        La Sous-Préfète mit fin à l'holocom' et sourit poliment à la Wroonienne.

                        - Tel'Ilma, ne restez pas debout, asseyez-vous. Est-ce que tout va bien ? Avez-vous besoin de la journée ?

                        Athanae avait retrouvé son sérieux, mais la crainte de reproches éventuelles tiraient ses traits. Elle semblait presque fatiguée, plus anxieuse. Leiel n'avait connu de la Wroonienne que sa régularité, en tout. Excellente technicienne, parfaitement organisée, mémoire remarquable et analyse fine. Pour le reste, la jeune femme était toujours restée une énigme pour Osso. La distance qu'elle conservait dans son travail ne permettait que d'imaginer ce qu'elle faisait en dehors, ce que la Sous-Préfète avait renoncé à découvrir.

                        Son comportement plus tôt n'avait paru que plus étrange. Et son attitude à présent, trop raide, les sourcils légèrement froncés, indiquait bien un malaise rémanent.

                        - Non, je vous remercie. Tout va bien à présent.

                        Leiel haussa un sourcil, Tel'Ilma hésita une seconde puis enchaîna :

                        - Le Lieutenant Vasburg. Je l'ai déjà croisée. Peut-être... plusieurs fois.
                        - Peut-être ?
                        - Je l'ai déjà croisée. Je crois. Je ne suis pas certaine.
                        - Venant de vous, cette incertitude est inattendue. Poursuivez.

                        Cela demanda un effort visible à la Wroonienne, qui continua néanmoins.

                        - Il me semble... que je l'ai rencontrée. Un soir. Je me souviens de ses yeux. De sa manière de sourire. Mais... impossible de me rappeler exactement des circonstances exactes. Ensuite, elle est venue, ici, pour vous voir.
                        - Vous l'aviez croisée avant son passage ici ?
                        - Je... crois, oui.
                        - Lui avez-vous parlé ?

                        Osso s'adossa à son siège, contrariée.

                        - Elle voulait savoir ce que je pensais de vous. Je n'ai rien dit qui ne vous nuise, au contraire.
                        - Non Athanae, ce n'est pas ça.

                        La Sous-Préfète lâcha un soupir bref, agacée.

                        - Je ne vous reproche rien. Seulement je n'apprécie pas qu'on tourne autour de mes collaborateurs. Quelque soit la raison. Je suppose qu'elle a parlé à Sapoj.

                        Tel'Ilma hésita. Cela ressemblait à une question, mais l'intonation n'était pas juste.

                        - Je ne saurais dire, madame.
                        - Hmm. Bien. Je vous remercie. Appelez Sapoj en sortant.

                        L'Heptooinien remplaça la Wroonienne. Lui non plus n'en menait pas large, mais par expérience, il avait plus de raisons de s'inquiéter d'une convocation que l'assistante. Osso n'était jamais tendre avec lui. Ou alors il fallait craindre un retour de bâton à courte échéance.

                        - Sapoj, asseyez-vous. Vous avez vu le Lieutenant Vasburg ce matin.
                        - En effet madame, quand elle est venue à son...
                        - Combien de fois l'avez-vous rencontrée avant aujourd'hui ?
                        - Heu... deux... deux fois.
                        - Dans quelles circonstances ?
                        - Eh bien ici. Ici et... dans la rue.
                        - Elle s'est présentée à vous à l'extérieur de la Préfecture. Que vous a-t-elle demandé ?

                        Sapoj ouvrit plus grand ses petits yeux paniqués.

                        - Elle voulait savoir ce que je pensais de vous, madame.
                        - Et ?
                        - Je n'ai été qu'élogieux, madame !

                        C'en était trop. Les intérêts légitimes de la CSI ne souffraient pas ni délai, ni pudeur mal placée, mais ces méthodes-là flirtaient avec l'abus d'autorité.

                        - Bien. Je vous remercie, Sapoj. Vous pouvez retourner à vos affaires. Oh. Et avancez le rendez-vous du Conseiller Korvax. Notre réunion sera sans doute plus longue que prévue.

                        L'entretien avec l'amirale Zan'nta impliquait la présence du Conseiller à la sécurité. Celui-là même qui pourrait affecter un agent à la surveillance de Vasburg. Rien de vraiment sérieux. Simplement, le Lieutenant semblait évoluer dans un cercle qui intriguait Osso. Inutile de savoir précisément ce qu'elle faisait. En revanche, se pencher sur ceux à qui elle s'intéressait pourrait peut-être apporter quelques réponses. Mais bien d'autres questions étaient d'une autre urgence. Leiel tendit la main, hésita une seconde nécessaire pour remettre de l'ordre dans ses arguments. Il était tôt et la journée s'annonçait bien remplie. Elle appuya sur le senseur de l'holocom'.

                        - Sapoj, veuillez faire entrer M. Demesmaeker. Merci.

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