Bienvenue sur SWRPG !

Créé en septembre 2006, ce RPG situé dans l'univers Star Wars a démarré à l'aube de la Guerre des Clones. Nous avons cependant pris une trajectoire bien différente de celle de la saga. 18 ans plus tard, nous voilà dans un univers parallèle aux films de George Lucas, un univers unique dans lequel nos propres personnages ont eu (et auront) un impact sur sa destinée.

Contexte: Il n'y a pas si longtemps que ça, dans une galaxie lointaine, très lointaine... L'Ancienne République influençait les quatre coins de la Galaxie, guidée et protégée par les légendaires Chevaliers Jedi, gardiens de la paix et de la justice. De nombreuses années plus tard, on dénombre de nombreux régimes successifs, mais aucun n'a réussi à s'imposer durablement. Empire Démocrate... Empire Sith... Voilà que les différents chemins empruntés nous ramènent donc à une République Fédérale, sans que l'on soit assuré qu'elle parvienne à durer dans le temps. Une République Fédérale qui décide de miser sur la nouvelle Garde Républicaine, vouée à remplacer un Ordre Jedi dont on refuse le dogme si particulier.

Pendant ce temps, Sith, Séparatistes et Chasseurs de Primes ont su se préserver à différentes échelles de l'échec de l'Ancienne République. Tandis que l'Ordre Sith a connu récemment sa fin sur Cathar, laissant la place à différents cultes bien moins influents mais tout aussi dangereux, les Chasseurs de la Guilde de Dantooine n'ont jamais été aussi nombreux, parcourant les mondes à la recherche de primes qui en valent le coup. La Confédération des Systèmes Indépendants, elle, résiste aux fluctuations du temps et se préserve des menaces extérieures en n'hésitant pas à agir lorsqu'il le faut, comme l'en atteste son intervention musclée sur Cathar. La même Cathar qui avait accepté d'accueillir les Vestiges de l'Empire suite à la scission de l'Empire Sith, et qui aujourd'hui se retrouve sous la tutelle des Séparatistes.

Les temps sont sombres, le ciel annonce de mauvais présages comme c'est le cas à chaque nouvelle ère. Les relations entre les grandes puissances ne sont pas au beau fixe, les Sith sont de nouveaux reclus dans l'ombre -là où ils sont les plus menaçants- et les Jedi se terrent sur Endor, bien décidés à ne pas dévoiler leur présence à ceux qui leur sont hostiles et bien décidés à s'en tenir à leur but éternel : l'étude de la Force.

Jamais une ère de SWRPG n'aura été si indécise et pourtant, il y aura toujours quelqu'un pour bouleverser l’échiquier galactique. Comme ce fut le cas ces huit dernières années. Peut-être que tu seras cette personne, qui sait? Notre Galaxie t'attend !

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Star Wars RPG

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    #36

    Post n°36
    Auteur : Atreïs Helcar

    Atréïs était resté assis à la table de la salle de briefing improvisé. Il savait déjà que ses ordres seraient au mieux interrogés, au pire contestés. C’était naturel, dans un chaos pareil, aussi invraisemblable qu’inattendu. Il lui appartenait d’écouter chacun. De rediriger ceux qui en avaient le besoin ou la nécessité. Pour l’heure, c’était à lui de tenir les rênes, le temps de pouvoir les rendre à Osso, quand elle aurait repris le contrôle de la situation. Chose qui n’arriverait pas de sitôt, il en était intimement persuadé.

    June n’avait pas reparu, mais il l’entendait donner ses ordres dans la cour de la caserne. Et également s’excuser. La nouvelle lieutenante avait décidément bien du mal à se faire à son statut d’officier de la Marine… Une autre leçon qu’il conviendrait de lui enseigner lorsque le calme serait revenu, si elle-même comptait parmi les survivants. Mais elle aurait fort à faire quoi qu’il en soit. L’un des foyers initiaux identifiés de l’insurrection se situait dans la Ville Basse, un endroit où d’ordinaire, des bandits de bas étage s’affrontaient pour le contrôle tout relatif de quelques mètres carrés, qui ne manquaient jamais d’être repris par leurs adversaires le lendemain ou dans l’heure.

    Alors que fallait-il en conclure ? Que ces voyous de cour d’école étaient parmi les insurgés était une certitude. Après tout, leur propre condition était une révolte en soi contre un système qu’ils pensaient injuste. De là à mener une révolte, c’était difficile à imaginer, encore plus à prouver. Mais ce serait un début. Il porta la main à son oreillette.


    - Lieutenante King. Nous allons rechercher avec Madame Tel’Illma les noms, adresses et habitudes des principaux leaders des petites bandes locales. Je soupçonne qu’ils soient impliqués, de près ou de loin. Lorsque vous aurez repris le contrôle du second Quartier, prévenez nous, vous aurez vos cibles. Oh, et… Faites comme bon vous semble… Mais ramenez moi des informations précises. Carte blanche.

    En réalité, les noms défilaient dores et déjà sur son champ de vision, propulsés au premier plan par son IA qui fonctionnait à plein régime. La base de données séparatiste était impressionnante de détails, preuve en était s’il en fallait une que si les criminels étaient connus, c’était bel et bien les moyens d’arrestation qui manquaient. Leurs profils étaient affreusement communs et ennuyeux. Des enfants délaissés, des adolescents laissés seuls et sans éducation, une ascension sociale inexistante et un basculement inévitable… Bref, un ennui. Il suffirait de quelques balles bien placées pour les soulager de leurs douleurs, mais ce serait inutile. Comme la mauvaise herbe, les têtes repousseraient bien assez vite, et rien n’aurait changé.

    Il se dirigea vers la fenêtre. June était déjà en discussion avec Dizer. Mauvaise idée. Elle allait perdre sa nouvelle autorité sur ses soldats, alors que si il y avait un moment où leur fidélité était nécessaire, c’était bien à cet instant.


    - Madame Tel’Illma. Sortez moi les dossiers des soldats de la caserne. En particulier le soldat Dizer. Origines, recrutement, entraînement, connexions, transmissions extraplanétaires, tout ce que vous pourrez trouver.


    Tout cela faisait beaucoup de choses à gérer pour June. Mais elle saurait gérer. Il en avait la certitude. Au contraire de Parker qui restait planté là, comme un idiot, suffisamment discret pour ne pas être remarqué.

    - Commandant, au lieu de bailler aux corneilles, rendez vous utile. Vous allez accompagner madame Osso, et vous répondrez de votre grade de sa survie, suis-je claire ? Je vous relève de votre commandement de cette caserne.

    Il se retourna brusquement vers lui et vint se placer tout proche, ses yeux noirs plantés dans ceux porcins du commandant déchu. De cette distance, il ne pouvait pas manquer l’étrange similarité entre Irons et une certaine Lieutenante qui l’avait déjà humilié, des semaines en arrière.

    - Peut-être qu’ainsi, vous serviez à autre chose qu’à souiller des tasses de caf et vos fonds de culotte. Rompez.

    Mais alors qu’il imaginait être enfin débarrassé de l’encombrant personnage, ce furent Arnon et Leiel qui firent irruption dans la salle. Le premier le salua immédiatement, comme à son habitude bien rangée, la seconde avait l’air ailleurs. L’un comme l’autre étaient ridicules dans leurs uniformes de combat. Le premier n’était pas fait pour, excellant bien plus dans le combat de l’information, derrière les lignes ennemis, en d’autres termes, là où il l’envoyait. La seconde, quant à elle, n’était simplement pas là pour mener une guerre. Juste pour survivre.

    Arnon exposa son plan à la Commandante qui l’écoutait sans dire un mot. C’était dangereux et sans doute un peu bancal, mais c’était efficace, pour le moins. Il finit son explication alors qu’elle se massait les joues et le menton en réfléchissant et en consultant les cartes annotées.


    - Sergent Tregar, où en êtes vous pour l’escorte de madame Osso ?


    - Deux B1 en provenance du Prédateur, Commandante. Plus, ce serait trop visible.


    - Parfait. Vous y adjoindrez mon magna-garde ainsi que le commandant Parker qui s’est porté volontaire pour protéger la sous-préfète.

    Puis, elle écouta la remarque d’Arnon. Il avait raison évidemment, et il y avait fort à parier qu’ils trouveraient plus de pourris que d’honnêtes politiciens. Un simple hochement de tête suffit à lui faire comprendre que le message avait été reçu. Puis, elle les congédia, se massant les yeux. Elle n’allait pas rester là non plus. Elle attendit simplement quelques minutes avant de regarder Atanae.

    - Madame Tel’Illma. Retournez sur le Prédateur et contactez le Lieutenant Vasburg. Je veux savoir ce qu’il se passe au plus profond de la Ville Basse, et transmettre les informations au Lieutenant King.

    - Bien sûr, Commandante.

    Enfin, il était seul. Cette fois, personne pour l’empêcher d’agir. Il avait sa tenue de combat et son fusil, c’était tout ce qu’il lui fallait. Les décombres et les ruines n’étaient pas différents des forêts de Qiilura dans leur utilisation. Il suffisait d’être plus malin que ses proies, et ce ne serait clairement pas compliqué. Surtout lorsque la proie n’était lui-même qu’un pantin. Clhyde Drex’ler était un Dévaronien à l’intellect limité, mais aux connexions très intéressantes. Notamment une. Bergen.

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      #37

      Post n°37
      Auteur : June King

      L'équipe dirigée par la lieutenante King était enfin réunie devant les portes d'entrée de la caserne et entièrement prête pour démarrer l'opération visant à rétablir à nouveau l'ordre et la sécurité dans la capitale de Raxus Secundus. La jeune officière en était pleinement persuadée à cet instant : cette mission - si on pouvait la qualifier comme telle - allait être un bon moyen pour prouver qu'elle était indiscutablement prête à revendiquer son statut de lieutenante, ainsi que prouver son envie d'aller plus loin dans la hiérarchie et dans sa carrière militaire. Et pour témoigner de tout cela, elle allait faire de cette mission un exemple en la menant à bien. Face aux portes de la caserne, qui laissaient apercevoir l'horreur et la détresse de l'autre côté, June se retourna vers ses unités. Droite, uniforme sans un pli, mains jointes dans le dos, fusil KiSteer 1284 à l'épaule et regard assuré. Elle savait que ses mots allaient avoir un rôle important dans la motivation du groupe et que sa posture refléterait sa détermination, son ambition. Le groupe n'avait certainement jamais vécu ce genre de situation et ne savait absolument pas comment gérer la révolte. D'ailleurs, sans même les questionner, June put comprendre tout cela en regardant leurs yeux affolés, Les fines gouttes de sueur qui commençaient à perler sur leur peau, les pulsations de leurs veines qui se faisaient plus rapides, leurs traits qui se tiraient, et pour certains leurs membres qui tremblaient sans pouvoir les contrôler. C'était plus sûr, cela n'allait pas être une mince affaire avec ce groupe d'amateurs qui ne possédait le statu de militaire que sur les documents. Malheureusement, June allait devoir s'en contenter. Regardant tour à tour les visages apeurés des soldats, la petite Lorrdienne hésita un instant sur l'approche qu'elle allait employer. Allait-elle être franche ? Stricte ? Froide ? Mais il fallait bien prendre la parole maintenant qu'elle leur faisait face.

      « — J'imagine que c'est une première pour vous. Visiblement, vous n'avez jamais eu à faire face à ce genre de situation, et il semble que vous n'ayez aucune idée de la manière de procéder, débuta-t-elle avec un mépris évident pour confirmer leurs craintes. J'ai le regret de vous dire que je m'en moque éperdument. Je n'attends que le meilleur de vous-même. Si d'aventure l'un d'entre vous venait à être blessé ou à mourir dans cette mission, cela ne fera que témoigner de votre incompétence et de votre nullité en tant que soldat, lança-t-elle sans aucune retenue et sans ménager ses mots. Vous devrez m'obéir aveuglement et sans poser de questions, sans contestations et exécuter mes ordres sans broncher ! ordonna-t-elle, marquant une pause tout en fixant les yeux de Dizer. Ce que vous êtes censée savoir, reprit-elle pour répondre à la dernière demande de la soldate, c'est que vous avez simplement à suivre mes ordres, faire ce que je vous dis de faire. Tout se passera bien si vous avez l'intelligence de m'écouter, conclut-elle avant de porter son index gauche sur son oreillette. »

      Venant d'offrir une nouvelle fois un spectacle d'autorité ridicule, en recherchant, à la fois, froideur et réconfort pour ses unités, June porta son index gauche à son oreillette pour appuyer légèrement dessus et entendre mieux la voix qui y sortait. De l'autre côté, la commandante Irons donnait ses instructions et les premières cibles à abattre. À abattre ? Non. Non, bien sûr, il ne fallait pas abattre tout de suite les cibles. Certes, cela pourrait régler tout de suite la situation et calmer la population ; voire même la dompter si elle venait à perdre ses petits cheffaillons. Mais, si elle avait bien appris quelque chose lors de ses nombreuses missions : c'était qu'il fallait toujours soutirer des informations au préalable avant d'abattre le véritable ennemi. Toute cette révolte n'était qu'une facette, des paillettes pour les yeux. Il y avait autre chose derrière, quelque chose de bien plus dangereux aux desseins obscurs et aux grandes ambitions. La population n'était qu'un outil et la capitale un grand terrain de jeu. C'était peut-être cela qu'il fallait dire aux soldats, au lieu de leur faire peur avec des paroles peu rassurantes ? Regardant de nouveau ses unités, June reprit la parole.

      « — Nous allons nous occuper du second quartier de la capitale. D'après les informations, plusieurs petites bandes locales se disputent le territoire et parmi eux il y aurait des leaders de la révolte. Nous allons les neutraliser et reprendre le contrôle total du quartier. Nous avons l'autorisation d'utiliser tous les moyens, expliqua-t-elle en observant les visages des soldats qui doutaient à cet instant. Par tous les moyens, j'entends pour arrêter les leaders afin de pouvoir les interroger et soutirer des informations. Ne faites pas l'erreur d'en tuer un, rassura-t-elle ses unités tout en regardant la capitale en feu depuis l'entrée de la caserne. Bien sûr, vous avez carte blanche pour éliminer comme vous le souhaitez les pitoyables larbins, conclut-elle au même instant où une nouvelle explosion retentit quelque part dans la ville. »

      ***

      Dehors, de l'autre côté des murs de la caserne militaire où les nombreuses rues de la capitale ne ressemblaient plus qu'à un champ de ruine : June ouvrait la marche. Il était hors de question de laisser l'un des soldats devant et de finir dans un ridicule guet-apens que le leader n'aurait pas pu voir arriver du fait de son inexpérience sur un champ de bataille. Aucun des soldats n'avait quitté une fois Raxus Secundus, et leurs connaissances militaires en opération sur terrain étaient limitées. Il était donc invraisemblable d'en laisser un ouvrir la marche. Et même si les unités connaissaient mieux la capitale que la petite Lorrdienne qui venait d'arriver, cette dernière pouvait compter sur les indications du conseiller Saad, avec qui elle communiquait directement via son oreillette et qui lui donnait la direction en temps réel. Lui assurant une vraie image d'une officière militaire qui avait appris son nouvel environnement bien avant son arrivée. Même si une part de sa fierté était en jeu en voulant ouvrir la marche et prouver son professionnalisme, June n'en restait pas moins sur ses gardes et prête à dégainer son fusil à tout instant. Continuant de s'enfoncer dans la capitale pour rejoindre le second quartier, elle put comprendre qu'il n'y avait aucune rue d'épargnée. Les civils ayant encore un endroit où se cacher se barricadaient en fermant fenêtres, volets et portes ; laissant les plus malchanceux pleurer, crier et fouiller à travers les gravats à la recherche de survivants ou de biens personnels, ou bien à leur triste sort en abandonnant tout espoir en restant assis silencieusement dans un coin. Des images difficiles à supporter, surtout mélangé à cette odeur de poussière et de brûlé qui envahissaient l'air. Devant un tel spectacle, il ne serait pas surprennant qu'un des soldat craque ou ne vomisse.

      Alors que June et son groupe entrèrent dans le second quartier, la jeune officière remarqua un homme masquant son visage sous la capuche de son manteau noir, apparaissant suspect comme s'il voulait se cacher ou disparaître au plus vite après avoir remarqué le groupe. Ne souhaitant pas le perdre de vue, June continua d'avancer sans faire de mouvement qui pourrait l'interpeler. Malheureusement l'un des soldats émit une remarque à son sujet et le suspect se mit à courir précipitamment lorsqu'il croisa le regard de la lieutenante et entendit la remarque !

      « — Tss! claqua-t-elle sa langue en apercevant le fuyard prendre ses jambes à son cou. Sergent Staim, Bid et B1m, prenez cette rue. Les autres avec moi ! donna-t-elle comme directive afin de rattraper le suspect. »

      D'après les informations de Saad, les rues du second quartier se reliaient toutes entre elles, ce qui allait grandement aider June à rattraper le suspect. Durant la chasse, Sief Saad informa aussi que le second quartier est le quartier le plus pauvre de la capitale. Ici règnait de nombreux trafics illégaux : alcools, drogues, esclaves, armes. Tant de choses que de nombreux politiciens ont voulu combattre, sans jamais parvenir à les éradiquer entièrement. Certains avaient même été de mèche avec eux, et profitaient des trafics pour faire venir une certaine clientèle. En regardant de plus près, il y règnait aussi une véritable entraide entre citoyens, contrastant avec les autres quartiers où tout le monde était individuel. Ici, dans le second quartier, tout le monde s'épaulait, n'hésitant pas à se sacrifier pour le bonheur des autres. Bien sûr, si la personne faisait partie de la bande locale dominante.

      Parvenant finalement à encercler le suspect en rejoignant le deuxième groupe qui venait de l'autre côté de la rue, le suspect mit ses doigts dans sa bouche et siffla aussi fortement qu'il le pouvait, lorsqu'il se retrouva acculé. En quelques instants, June et le groupe furent encerclés à leur tour par de nombreuses personnes en manteaux noirs et armées de diverses armes. Certains faisaient tourner des chaînes de moteur dans les airs ; d'autres menaçaient le groupe à l'aide de bouts de bois ; quelques-uns frappaient dans leurs mains et un seul pointait un blaster directement vers le sergent Staim du haut des gravats. Certainement qu'il le prenait pour le chef du groupe. Il fallait avouer que June n'avait rien d'impressionnant du haut de sa petite taille, ce qui ne manqua pas de la froisser un peu. Alors que l'homme qui tenait le blaster félicitait le suspect qui avait été pris en chasse pour avoir amené tout ce beau monde dans le piège, il ordonna en criant à ses hommes de fouiller et de menotter les militaires. Bien sûr, rien que ces mots avaient suffi à June pour esquisser un sourire et comprendre qu'il venait de signer son arrêt de mort. Sans un mot et avec une dextérité qui lui était propre ainsi qu'une rapidité qui ne pouvait être suivi que par des yeux correctement entraîné, June avait désarmé le chef en tirant avec son KiSteer droit sur son blaster, tout en lui blessant la main.

      « — Toute résistance ou fuite est futile, menaça-t-elle le chef. B1m, B4m, abattez le reste du groupe comme vous le souhaitez, je me charge de ce soi-disant chef. Sergent Staim, avec moi, ordonna-t-elle en s'avançant sans attendre. »

      Alors que les droïdes neutralisaient le reste du groupe selon leurs souhaits, June ramassa le blaster et se plaça face à ce pitoyable chef en pointant son arme entre ses deux yeux.

      « — Pour qui travailles-tu sombre minable ? Cracha-t-elle avec mépris, tout en appuyant le canon du blaster sur son front. »

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        #38

        Post n°38
        Auteur : Leiel Osso

        L'uniforme était celui d'un planton, un peu trop grand pour elle, un peu ridicule. Les cheveux blancs en chignon sous la casquette, le holster à la taille, Leiel complétait le tableau avec la cigarette qu'elle observait pensivement. Elle ne comptait pas la fumer, elle avait refusé le feu proposé par Venkhor, puisque dans son état de fragilité la consumer serait d'une bêtise crasse. En écoutant Veral, elle laissait ses doigts glisser sur le tube de papier, se placer plus ou moins loin d'un bout, une phalange, deux, deux doigts, lesquels, par-dessus, par-dessous, singeant sans y penser la classe sociale, l'origine planétaire, le niveau de richesse, l'appartenance à telle corporation...

        Intérieurement, elle maudissait la mauvaise fortune qui la privait d'une information gagnée avant l'heure, Légion, ce groupe mentionné par Veral, et de l'avantage qu'elle pouvait avoir sur lui. Le Sergent Venkhor réduisait l'intérêt de leur relation à peau de chagrin. Avec l'escorte qu'on leur attribuait, avec le magna-garde à leur côté, il semblait tout à fait vraisemblable que la teneur de leurs conversations seraient entendu, maintenant, plus tard... Impossible donc de parler cartes sur table.

        La cigarette entre le pouce et l'index. Corporations technologiques, mécaniques, de recherche. Une part non négligeable des revenus de la planète. Elle releva la tête quand Veral mentionna « une bénédiction », « les bonnes décisions ». Le concept lui parut formidable. Certaines décisions seraient ontologiquement bonnes alors. Cela simplifierait tant les choses. Cette certitude, cette assurance d'avoir raison, d'être dans le bien.

        Quelles décisions étaient bonnes, pour Veral ? La violence rapide et publique ? La terreur par vertu de l'exemple ? Osso imaginait que le message relevait plus du domaine de « la décision difficile » que de « la bonne » : être impitoyable, incorruptible, redoutable. Leiel changea la position de ses doigts sur la cigarette. Elle tint le tube de papier entre les dernières phalanges de l'index et du majeur. Les artistes, les gens à la mode qui ne le restent pas forcément bien longtemps, ceux qui se veulent à la pointe de quelque chose d'aussi insaisissable que la culture.

        La remarque de Veral impliquait qu'elle était en mesure de prendre d'autres décisions que « les bonnes ». Il avait absolument raison. Le champ des possibles lui était ouvert, même s'il se refermait à mesure que le temps passait. Il fallait retourner à la Préfecture. En levant la tête, de la cour de la caserne, on devinait sa haute tour partiellement masquée par un nuage de fumée. Elle passerait par les égoûts... bien sûr. Evidemment. La question du dégoût et de l'indignité ne se posait même pas. Il fallait retourner là où le pouvoir s'exerçait.

        En silence toujours, elle observait le monde se remettre en place et refaire sens autour d'elle. Un instant, elle se demanda si elle était le cancer ou le vaccin de la planète, pour finalement écarter cette idée : qu'elle soit l'un ou l'autre, son objectif était de vaincre, de toute façon. Des pans de discours s'écrivaient dans son esprit. Les premières actions à mener se classaient, trouvaient leur place, le grade de leur urgence. La vraie cruauté de la situation n'était pas qu'elle puisse avoir le mauvais rôle, ce qui n'existait que pour les perdants, évidemment. Non, c'était que seule, elle ne pouvait rien, qu'elle avait besoin de tous, tous les Conseillers, les Secrétaires, les Assistants, les Comités, les Agents, les Officiers... tous. Ils étaient tous nécessaires et utiles, et invariablement, ils pouvaient tous avoir trahi. Trahi quoi, la planète, la CSI, une Maison particulière, les intérêts d'une Banque Galactique, l'idée de neutralité discrète de Raxus... peu importait. Elle avait besoin d'un socle qui par son instabilité présente ruinait déjà son efficacité.

        Osso jeta un dernier regard à Irons. Est-ce qu'elle aimait ce qui se produisait ? Indépendamment des pertes organiques, est-ce que le fait de remettre de l'ordre dans le chaos lui était satisfaisant ? Elle inclina brièvement la tête dans sa direction. Il faudrait la remercier de lui avoir sauvé la vie. Lui demander pour ses yeux. L'idée lui sembla cocasse, soudain. Comme si elle appartenait à une époque lointaine et révolue.

        La petite équipe se mit en route. Jusque là, elle n'avait rien dit, l'autorité lui ayant été retirée par la force des choses. Elle emboîta le pas à Veral, flanquée des deux droides, le magna-garde un peu à l'écart tout en restant à proximité. Parker traînait déjà derrière.

        - Je préférais un autre uniforme, Sergent Venkhor. La caquette était plus large, ou mes cheveux ont poussé. Et puis le chemin emprunté était bien plus agréable.
        - Pardon ? demanda le Commandant.
        - Rien Parker, cela ne vous concerne pas. Vous avez une étrange manière de voir les choses, Sergent. Duale. Dichotomique. Les bonnes décisions. La dureté de la loi. L'extermination des opposants. Et de l'autre côté, la vermine. Je ne suis pas relativiste, toutes les morales ne se valent absolument pas. Mais je ne suis pas aussi tranchée.

        Si Osso avançait sans problème, Parker soufflait déjà.

        - On ne peut pas aller un peu moins vite ?
        - Restez derrière, si vous ne suivez pas, Parker.

        L'idée l'affola un instant et il mit plus d'énergie dans sa marche forcée.

        - J'espère être plus pragmatique. Les théories du pouvoir sont nombreuses, Sergent Venkhor. Jusque là, ma politique repose sur deux principes principaux. Tracer une direction, et résoudre les problèmes. Est-ce que ce que j'ai commencé va finir tordu, dénaturé par ce qui est en train de se produire ? Est-ce que la direction que j'ai prise est la bonne ? Pour le moment, l'urgence est de résoudre les problèmes.

        Ses pas suivaient ceux du Sergent sans y penser. Se superposait dans son esprit la conversation d'il y a plusieurs mois, dans la forêt, puis les fermes, la route, les grandes exploitations agricoles de la Plaine Bessalienne. Parker sursauta à une explosion éloignée qu'elle remarqua à peine. Pas de danger immédiat, alors pourquoi s'en faire tout de suite. Elle ne maîtrisait rien, il fallait laisser le contrôle à d'autres qui feraient mieux qu'elle. Tant qu'ils atteignaient la Préfecture, distribuer des ordres ou des impératifs aurait été contreproductif. Pragmatisme. Lâcher le pouvoir pour le récupérer après.

        La cigarette dans la main, escortée par hommes et machines, une pointe d'angoisse lui transperça tout de même la poitrine. Pas à l'idée de mourir. Elle était toujours loin, cette idée, comme si ça ne pouvait arriver qu'aux autres, comme si elle-même allait vivre pour toujours. Non, la vieille angoisse, la primordiale. L'incompétence. Leiel se savait capable. Plus capable que ce qu'elle n'avait jamais imaginé. Avait-elle le savoir-faire pour exploiter ces capacités ? Resterait-elle inutile et faible, ou prendrait-elle le dessus par la vertu de ce qu'elle avait appris, compris, perfectionné ? Il y avait un, plusieurs traîtres dans la Préfecture, elle en était certaine. Ses doigts glissèrent sur le cylindre blanc : tenu entre le pouce et l'annulaire, index et majeur touchant à peine le tube. La position typique de sa main l'intrigua quand elle la reconnut : c'est comme cela que l'on fume, chez l'élite des Maisons.





        Dizer avait totalement perdu l'attitude fermée, agressive et contestataire qui la définissait depuis qu'elle était arrivée à la Caserne, et tout le groupe s'en rendait compte avec un étonnement plus ou moins verbalisé. La Dévaronienne suivait King sans poser de question, attentive, concentrée, même si un élancement douloureux traversait ses côtes parfois, figeait un instant une grimace sur ses lèvres. Elle apprenait. Comment avancer dans les rues qu'elle pensait si bien connaître, comment tenir son arme pour pouvoir s'en servir le plus aisément possible, comment se placer pour avoir le meilleur champ de vision possible. Enfin, son rôle avait un sens. Elle ne savait rien faire de ce qui était attendu, mais au moins, maintenant, elle avait un objectif. C'était tout ce qui lui manquait.

        Alors elle suivait June sans un mot, courait quand elle courait, obéissait aussi vite que sa compréhension de la situation le lui permettait. Cela lui rappela une autre époque, il n'y avait pas si longtemps, mais qui lui semblait dater d'une autre vie. Tout avait toujours été bordélique, sa famille, son rapport aux autres, ses rêves et ses déceptions. Jusqu'à ce qu'elle rejoigne une bande, même pas un gang, une bande de gosses et de jeunes adultes qui versaient leur révolte adolescente sur les murs de la capitale et fauchaient de quoi bouffer aux étals en riant. Leur chef avait lentement changé, dans son discours, dans ses méthodes, dans ses idéaux. Le ressentiment s'était fait colère, et la colère s'était transformée en sabotage. Sauf qu'il y avait eu des blessés. Dizer réalisa au moment où on l'arrêtait que rien ne justifiait qu'un inconnu perde une main parce qu'elle en avait marre d'un monde qui n'avait pas de sens. Elle ne résista pas quand elle fut séparée de son copain de l'époque, accepta la sanction : le cadre militaire lui ferait le plus grand bien.

        Dans les pas de King, qui courait, qui ordonnait, qui tirait si vite et si proprement que Dizer n'était pas certaine d'avoir bien compris ce qu'elle venait de voir, elle trouvait enfin un sens. Staim ne lui avait rien appris. June, elle, serait son professeur.

        Staim, au contraire, souffrait immensément de la situation tout en tentant de garder la face. La réalisation qu'il pouvait perdre des hommes l'écrasait depuis le matin. Ce serait, décidait-il, la pire chose qui puisse arriver : que l'un des membres de sa brigade ne rentre pas ce soir. L'état de la ville, de sa ville, lui retournait le cœur. La détresse autour d'eux l'appelait, l'attirait irrésistiblement, parce qu'il pouvait faire quelque chose pour aider ces gens, il pouvait réorganiser ce qui avait été détruit, il pouvait contacter les secours, il pouvait s'assurer qu'aucune bombe, aucune mine ne vienne démolir un peu plus le tissu social dans lequel il pensait avoir sa place.

        Mais rien ne ressemblait à ce qu'il connaissait. L'urgence égoïste de la population affolée le déconcertait et il lui était impossible de comprendre pourquoi soudain King courait après l'un plus que l'autre. Au moins, dans le Second Quartier, la solidarité s'exprimait plus visiblement qu'ailleurs. Des groupes risquaient leurs vies pour déblayer les ruines qui retenaient l'un des leurs, mettaient en commun les ressources à leur disposition pour créer de toutes pièces des salles de soin, des équipes de recherche de ceux qu'on ne retrouvait plus, des lieux dans lesquels accueillir les plus vulnérables, les plus fragiles.

        Alors quand King se mit en chasse, Staim obéit parce que c'était un ordre, mais il devait bien admettre qu'il était incapable de comprendre comment elle avait sélectionné un groupe plus qu'un autre. Et quand la nasse se referma sur eux, ses angoisses explosèrent. Bid, Dizer, même les droïdes risquaient d'y rester. Livide, reconnaissant même deux ou trois visages dans le groupe, il était prêt à faire un geste, à aller négocier, parler, expliquer, à faire ce qu'un type bien aurait fait, essayer de comprendre, essayer d'écouter. Et les deux B1 commencèrent à faire feu sur les insurgés.

        Tod Bid ne disait rien, mais de toute façon, il ne disait jamais grand chose. En revanche, le sentiment d'insécurité et de danger le rendait plus alerte que de coutume, ce qui atteint son paroxysme non pas quand les droïdes ouvrirent le feu, mais quand il réalisa que le type qui restait vivant, celui que King était sur le point d'interroger, était le gars qui lui avait demandé ce composant du système de refroidissement du moteur aérien du Buirk'alor de la caserne deux mois auparavant. Alors il ne dit rien de plus. Qui sait. Peut-être que Whiskerz ne dirait rien non plus ? Peut-être qu'il n'y avait pas, dans le fond, de raison de s'en faire ?





        Linder, Capitaine de la Caserne de la Plaine Bessalienne 3, gérait comme il le pouvait la situation en aboyant des ordres plus ou moins rapidement obéis.

        - Non, pas dans les cellules ! Vous vous êtes assurés que personne n'a d'arme, alors c'est pas la peine de les enfermer. Ces gens cherchent un abri, alors trouvez-moi de l'eau, démerdez-vous, allez dans le secteur d'à côté s'il le faut, mais ramenez-en.

        Le Lieutenant Tran se préparait à obéir au dernier ordre quand Linder le prit par le bras et l'entraîna à l'écart.

        - Pas vous, Tran. Vous, vous allez me prendre qui vous savez sous le bras et filer à la Préfecture.

        Yidib Tran cligna des yeux pour toute réponse, essayant de remettre en ordre les bribes de sens de l'ordre de son Capitaine.

        - Vous voulez que je traverse les faubourgs, que je passe le pont qui a probablement au moins été miné, que je file entre les immeubles défoncés pour me présenter comme une fleur à la Pref avec ce type qui refuse de parler ?
        - Exactement. Non ! Non, vous allez prendre le speeder et survoler ce merdier ! Je ne sais pas ce que c'est que l'instrument qu'il avait dans la poche, vous non plus, personne ici ne le sait. On sait qu'il avait ça sur lui, qu'il était armé et qu'il a planqué son blaster, on sait qu'il est tordu, mais on n'a ni les moyens, ni le savoir pour interroger un gars comme ça, alors vous allez l'embarquer fissa et le déposer à la Préfecture où ils sauront quoi en faire !

        Tran pensa immédiatement à sa sœur. Elle ne délirait plus depuis qu'elle avait eu accès à des soins plus poussés récemment, mais elle ne manquerait pas de paniquer. Lianna avait toujours eu tendance à fausser compagnie aux gens qui s'occupaient d'elle et aujourd'hui était certainement le jour où il devrait s'assurer qu'elle ne pourrait pas le faire.

        - On pourrait aussi attendre que ça se calme, non ? Il n'y a déjà pas assez de monde dans la caserne pour gérer ce merdier, alors moi en moins...
        - Vous prenez Xim avec vous. Je veux ce type le plus loin d'ici possible. C'est ça, ou je le descends dans l'arrière-cour.

        501-Z-1M avait déjà fait chauffer le speeder et Tran boitillait aux côtés de son prisonnier menotté. Le type n'avait l'air de rien. Un quidam, un gars qu'on croise tous les jours. Mais il était sciemment entré dans la caserne en se faisant passer pour un rescapé du désordre épouvantable qui régnait dans le faubourg, armé, équipé de cette chose qui devait, sans doute, être un communicateur, mais qui pouvait tout aussi bien être autre chose.

        Le Lieutenant était encore en train de se demander ce que ce type si ordinaire et extraordinaire à la fois pouvait bien vouloir aux gens de Raxulon quand le speeder décolla. Sa banalité teintait tout et tous de la même corruption. Tout devenait suspect, et Tran détestait cela.

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          Auteur : Arnon Veral

          Osso était complètement retournée, c’était un fait. A ce stade de l’histoire, il était évident que la Sous-Préfète était sortie de sa zone de confort. Si elle avait très probablement saisi les implications théoriques de ma prophétie auto-réalisatrice lors de notre petit entretien privé, elle n’avait jamais imaginé être confrontée à la pratique. La pratique était maintenant là et elle frappait à notre porte. Irons ne montra aucune émotion particulière, elle faisait son travail et coordonnait les actions sans affect. Deux B1 et un magna-garde, nous n’aurions pas un soldat de plus pour traverser les égouts et nous rendre à la Préfecture. Intérieurement, j’éprouvais un mélange de fascination et de mépris face à l’incurie de la CSI. Raxus Secundus était acquise à la cause, une petite planète tranquille pour laquelle personne -avant Osso bien sûr- n’avait envisagé d’investir dans la sécurité. Raxulon était censée être la ville la plus dotée en sécurité de la planète et elle s’était retrouvée débordée en quelques heures. Le gros et flasque Parker viendrait avec nous. Lorsqu’Irons prononça son nom, ce dernier sembla se ratatiner un peu plus dans son uniforme, visiblement soucieux de se faire oublier. Ce Parker était le maillon faible, je l’avais remarqué dès mon arrivée, en dépit de son grade de Commandant, il n’avait aucune prise ni aucune autorité sur la situation. Il était dépassé, en tout cas un peu plus que nous tous. Je ne montrais rien de mes doutes, me mettant au garde-à-vous devant ma supérieure et disparaissant avec ma petite troupe.

          Les B1 avançaient sans sourciller, suivis du magna-garde. Les soldats d’airain de la CSI n’éprouvaient ni peur, ni émotion. Ils combattraient quoi qu’il arrive. Nous entreprîmes de sillonner les couloirs et les coursives du bâtiment. Des explosions retentissaient à intervalles réguliers, parfois elles étaient lointaines, parfois elles étaient très proches, soulevant une couche de poussière. Je me questionnai alors : que pouvaient-ils encore faire exploser ? La ville était à feu et à sang et les troupes qui la défendaient étaient confinées dans les bâtiments d’intérêt. Y avait-il encore des forces qui combattaient ou tentaient de calmer les insurgés dans Raxulon ? Des insurrections similaires avaient éclaté dans d’autres villes. Mon esprit faisait défiler les idées à toute allure, cherchant à comprendre, mais à chaque fois se résignant. Pour l’instant, ma mission était simple : ramener Osso à la préfecture. Alors que nous nous enfoncions dans des couloirs de plus en plus étroits, Osso qui avait commencé à fumer, s’approcha de moi. A sa remarque, je ne lui offrais qu’un sourire en coin, énigmatique et cynique. J’avais moi-même commencé à fumer ma cigarette, de manière bien moins aristocratique qu’Osso qui renvoyait Parker dans les cordes alors que ce dernier qui traînait les pieds à l’arrière tentait de s’impliquer dans la situation.

          -Ma vision a été affinée par l’expérience. Les dissertations sur les opposants valent en temps de paix, mais malheureusement les faits me donnent raison. L’objet de notre petite discussion l’autre jour était précisément d’éviter ce qui vient de se passer. Nos ennemis eux n’ont pas eu de questionnement, ils ont tout simplement attaqué. La Commandante Irons le sait, le commandement de la CSI aussi, maintenant il restera deux questions. La première est une question d’habillage, qui réussira à trouver une solution politiquement correcte et en adéquation avec les idéaux de la CSI. La deuxième question est plus complexe, elle concerne les conséquences d’une telle attaque, qu’en fera la CSI ? Quelles conséquences pour Raxus Secundus ?

          Et implicitement : quel avenir pour le mandat d’Osso ? En effet, la jeune Sous-Préfète de Raxus Secundus était iconoclaste, elle avait relancé des projets extrêmement onéreux et ces derniers avaient façonné autant de critiques que d’admirateurs. La première catégorie saurait utiliser les évènements contre elle…Arguant sans doute que tout cet argent réinvesti -y compris dans l’Académie Militaire- n’aurait pas été efficace. Qu’importait que l’Académie était toute fraîche ni qu’elle n’aurait pas pu encore fonctionner. La politique dans un système qui n’assume pas son autorité était terrible. On chercherait un fusible et un responsable. Les complaintes de Parker retentirent à nouveau, suivis d’une réponse sèche de la Sous-Préfète. Je me retournais vers le Commandant, il suait à grosses gouttes, dans un uniforme de bureau qui semblait le comprimer. Les petits yeux porcins de Parker étaient apeurés et son visage empourpré détonnaient avec le masque de fer des droïdes qui nous accompagnaient. Les paroles sèches et dédaigneuses d’Osso à l’encontre du Commandant parachevèrent sa disgrâce. Parker était un idiot, du moins c’était ainsi qu’on l’avait présenté, mais il avait tout de même le grade de Commandant. Il pouvait donc encore servir.

          Leiel Osso continua ses questionnements. Elle redoublait d’effort pour nous suivre dans les couloirs de plus en plus étroits et les escaliers qui nous emmenaient au sous-sol du bâtiment, à l’endroit où se trouvait l’accès des égouts. Recrachant une volute de fumée, je me retournais vers Osso après avoir pris un moment de réflexion à ses questions :


          -Vous avez assurément fait les bons choix. Vous êtes simplement un peu trop…Idéaliste. La situations que nous vivons ici demandera une réponse très pragmatique. La CSI cherchera sans doute un fusible, ce fusible, il faudra bien le choisir car la population demandera des comptes. A partir de là, tout le monde se positionne actuellement pour ne pas être ce fusible. Si la situation s’améliore, la CSI tentera de prendre les lauriers, si elle se dégrade, ils punirons le responsable. Votre avenir et plus encore l’avenir de vos projets dépendra de ce que vous ferez à la Préfecture.

          Osso jouait quitte ou double, mais ça, elle était trop intelligente pour ne pas s’en être rendu compte. Nous descendions un escalier complètement obscur, les explosions résonnaient à travers les parois de béton. Fouillant dans mon sac-à-dos qui contenait mon uniforme et du matériel, j’allumais une lampe, balayant du faisceau les marches et les parois obscures. Une odeur d’humidité flottait dans cette atmosphère surréaliste. Parker semblait avoir abandonné tout espoir de récupérer son autorité, humilié au point d’être placé sous la responsabilité d’un sous-officier. J’aspirais à nouveau de la fumée de ma cigarette, la nicotine m’aidant à réfléchir.

          -Une fois à la Préfecture, nous devrons être plus malins que les traîtres. Si nous les démasquons rapidement, je pense que nous pourrons reprendre en main la situation. Vous devrez vous affirmer comme étant celle qui commande, pour le reste, je m’en occuperai. Par contre, il va falloir que vous me fassiez confiance, et ce quoi qu’il arrive.

          Un plan commençait à se dessiner dans mon esprit. Il prenait forme alors que nous atteignons le sous-sol. Nous arrivâmes dans une sorte de cave tapissés de béton nu. Des tuyaux et des machines serpentaient sur les murs, sinuant dans les recoins de la pièce. Nous arrivions dans les entrailles de la ville. Les arrivées d’eau, d’électricité et d’énergie, les sorties de déchets et d’eaux usées. Le bruit métallique des pompes et des vannes rythmait le silence de cette pièce. Les explosions étaient encore audibles, mais le bruit sec était étouffé, plus lointain. C’était comme si nous étions coupés du monde, prêts à descendre dans les étages inférieurs de la ville. Je trouvais alors ce que je cherchais : une bouche d’égout. Il s’agissait d’une écoutille verrouillée qui se trouvait dans un coin du sous-sol. Comme je l’avais anticipé, les égouts n’étaient pas si simplement accessibles dans Raxulon, c’était donc la partie la plus sécurisée de la ville. J’ordonnais à un droïde d’ouvrir l’écoutille. Ce dernier s’exécuta, tournant le volant métallique.

          Les choses se mettaient en place. Je jetais un coup d’œil à Parker. Il semblait épuisé, apeuré et au bord de la crise cardiaque. Osso était préoccupée, mais elle tenait le coup. Il était temps pour moi de mettre en application la première partie de mon plan. Je m’approchais de Parker et l’apostrophais, ce dernier me jeta un regard inquiet, comme s’il s’attendait à subir une nouvelle brimade. Je me mis au garde-à-vous.


          -Nous sommes maintenant prêts à entrer dans les égouts, Monsieur. Avec votre autorisation, je vais prendre le commandement transitoire de notre escorte. Je prendrai la tête, les deux droïdes B1 et vous-mêmes escorterez Madame la Sous-Préfète et le magna-garde fermera la marche. La Préfecture n’est pas très loin, nous devrons marcher pendant environs cinq cent mètres.

          Mettant ce qu’il restait de ma cigarette entre les lèvres, j’activais mon datapad, projetant la carte holographique que j’avais pu récupérer. Comme je l’avais anticipé, Parker s’enhardissait, se donnant de la contenance face à ce regain d’autorité inespéré. Il était théoriquement le plus gradé, et en bon bureaucrate opportuniste, il ne laisserait pas passer une occasion d’assurer son autorité. Parker était suffisamment malin pour tenter de se placer, je ne m’étais pas trompé. Il hocha la tête d’un air entendu.

          -La manœuvre est la suivante, nous avançons en formation en silence radio et une fois sur place, les B1 émettront sur canal crypté nos identifiants pour que ceux qui se trouvent à la Préfecture nous ouvrent. Une fois sur place, vous reprenez l’autorité sur notre groupe et nous ferons en sorte que la Sous-Préfète soit mise en sécurité pendant qu’elle distribue ses instructions.

          Parker fronça les sourcils alors qu’il étudiait la carte, faisant mine d’y comprendre quelque chose. Pour être honnête, je n’étais pas un opérationnel, mais j’usais de cette confiance en moi qui m’avait toujours sauvé la mise. Mon esprit avait toujours été ma meilleure arme et une fois de plus, mes analyses s’annonçaient vérifiées : j’avais bien cerné Parker. Ce dernier se jetait dans mon plan sans le savoir. Certains auraient vite fait de me traiter de manipulateur, mais dans cette situation, nous serions tous gagnants : Osso pourrait restaurer son autorité et tirer les marrons du feu, Parker éviterait une disgrâce presque consommée auprès d’Irons. Parker m’indiqua qu’il validait le plan, se donnant un air aussi sérieux que grave. Je jetais mon mégot au sol, l’écrasant sous la semelle de mon brodequin et je me tournais vers Osso, la gratifiant d’un sourire entendu et d’un clin d’œil complice. Sans doute avait-elle compris que je tramais quelque chose. Me mettant devant le petit groupe, je donnais mes ordres.

          -Nous allons entrer dans les égouts. Le trajet ne sera pas long, environs cinq cent mètres. Une fois entré dans les égouts, je ne veux aucun bruit, silence total. Aucune communication, silence radio. Je prendrai la tête du groupe, suivi des deux droïdes B1 qui escorteront la Sous-Préfète, assistés du Commandant. Le magna-garde fermera la marche. Pendant toute la traversée, la Sous-Préfète sera sous la responsabilité du Commandant Parker. Je vais inspecter les alentours, vous restez ici jusqu’à ce que je vous fasse signe.

          Même dans cette situation de crise, mes talents de meneur d’hommes se dévoilaient. Lorsque j’étais au BSI, j’avais pu avoir accès à certaines de mes évaluations et il apparaissait qu’en réalité mais talents de commandement étaient très médiocres, j’arrivais en revanche à bien analyser les profils de ceux qui étaient sous ma responsabilité, cela me permettait à chaque fois de tirer mon épingle du jeu en satisfaisant tout le monde et en réglant les conflits. Je pouvais ainsi organiser les équipes tout en étant respecté. Le rôle d’éminence grise m’avait toujours convenu, taillé sur mesure. Malheureusement, Irons avait décidé de m’envoyer sur le terrain et même si je feignais être dans mon élément, il était clair que la dangerosité de la mission était bien au-dessus de mes capacités. Avec un peu de chance, il n’y aurait personne dans les égouts. Détachant délicatement la lanière de cuir de mon holster, je sortais mon arme de poing, ôtant la sécurité.

          Je jetais alors un coup d’œil à la trappe étroite, béante. A l’intérieur, seulement l’obscurité. J’inspirais lentement, ma lampe-torche entre les dents, je saisissais le métal froid de l’échelle rouillée. Une odeur pestilentielle aux relents méphitiques m’assaillit la gorge. Même si les égouts de Raxulon étaient très bien organisés et sécurisés, ils n’échappaient pas à la règle générale : les systèmes d’évacuation des eaux usées restaient des nids à déchets. Alors que je descendais, l’obscurité m’enveloppa, j’entrais dans le Tartare, je franchissais les portes d’un monde souterrain engendré par Chaos. J’entrais dans les profondeurs d’un univers jusque-là inconnu, caché des yeux de tous. La descente dura quelques dizaines de secondes lorsque mes semelles claquèrent sur une nouvelle dalle de béton nu. Je saisissais ma lampe-torche, faisant danser le halo autour de moi. Les égouts avaient été rénovés avec du béton, mais les voûtes de pierres étaient encore présentes. Des tuyauteries diverses se déployaient sur des murs qui se lézardaient aux endroits où les tuyaux les traversaient. Sur ma gauche, un parapet surplombait une rigole dans laquelle s’écoulait un liquide brunâtres. Des bruits d’écoulements résonnaient et mes yeux commençaient à s’adapter à l’obscurité totale, captant le moindre rayon de lumière. Ma lampe balaya de nouveau les environs, mon nez aussi commençait à s’adapter à l’odeur de moisi mélangée à celle des déchets. Plusieurs embranchements naissaient à une dizaine de mètres de là, sans plan détaillé, il était impossible de se repérer dans les égouts. Comme je l’avais anticipé, il n’y avait pas âme qui vive. Terminant ma ronde, je relevais le faisceau de ma lampe, le faisant clignoter en passant ma main devant. Les droïdes ne tardèrent pas à descendre, accompagnés de Parker et d’Osso, suivis du magna-garde qui ferma l’écoutille derrière lui. Nous étions maintenant totalement seuls, dans l’obscurité. Les droïdes allumèrent leurs lampes. Seuls les chuchotements de Parker se firent entendre.

          -C’est une…Infection…Quelle horr…

          Je posais ma main sur son épaule, mon index sur la bouche pour lui intimer de se taire. Mon regard croisa celui d’Osso, faiblement éclairée par la lampe, ses iris violets renforçaient l’aspect surréaliste de notre expédition. Les explosions semblaient s’être calmées, peut-être car nous ne les entendions plus sous terre. Faisant un signe à mes compagnons d’infortune, je donnais l’ordre de prendre la formation.

          Je pris le chemin d’un petit tunnel où les eaux usées ruisselaient lentement. Il n’y avait plus de parapet ici, mais simplement une corde maintenue par des piquets. Une seule personne pouvait passer à la fois et j’avançais le premier, quelques mètres devant Osso et Parker, encadrés des deux droïdes B1. Ma lampe balayait de l’avant, il n’y avait rien à part le bruit de l’eau. Les relents putrides se firent plus insoutenables encore. Si nous étions dans les enfers, nous traversions le Styx. Je réprimais des hauts-le-cœurs en observant le liquide verdâtre qui s’écoulait dans la rigole. Nous n’avions pas le temps de nous attarder. Nous avançâmes en empruntant plusieurs tunnels, ayant effectué environs une bonne moitié de notre marche. Aucun incident n’avait jusqu’à présent entaché notre expédition. Une petite lumière apparut alors au loin, sans que je puisse l’identifier. Mon poing se leva, pour indiquer aux autres de stopper leur marche. La petite lumière ne bougeait pas, elle semblait collée au sol. Après avoir attendu une bonne minute, j’avançais lentement. Une masse informe apparut sur le sol et il me fallut un moment pour comprendre de quoi il s’agissait. Une odeur infecte envahit l’air, cette fois, il ne s’agissait pas des égouts ni des eaux usées, cette odeur, je la reconnaitrais parmi toutes les autres : de la viande avariée. La pourriture. La masse informe laissa apparaître un bras blanchâtre et je réalisais qu’il ne s’agissait pas de lampe, mais des bandes réfléchissantes des uniformes des égoutiers de Raxulon qui se trouvaient au sol. Il y avait trois corps entassés là, portant encore leurs combinaisons de service et les casques orange de sécurité. Je fis signe à ceux qui me suivaient d’avancer. Une fois qu’ils furent à côté de moi, je désignais les cadavres. Parker vomit immédiatement dans la rigole alors que je me tournais vers Osso, un mouchoir sur le nez et le bas du visage pour me protéger de l’odeur. Je chuchotais à son oreille.


          -Ils sont là depuis plusieurs jours. C’est arrivé bien avant les émeutes…

          Avec mon pied, je déplaçais les masses de membres, trouvant enfin ce que je cherchais. Il y avait trois corps, je saisissais les badges, les insérant dans la poche de mon uniforme. Cela servirait sans doute plus tard. Des cadavres, j’en avais vu un certain nombre de par mes fonctions au BSI et même si je faisais partie d’une division administrative, j’avais suffisamment côtoyé mes collègues pour savoir qu’ils constituaient toujours une pièce du puzzle. Ceux-là détonnaient avec la situation : ils étaient là depuis trop longtemps, les émeutes n’avaient commencé que depuis quelques heures. Ces égoutiers avaient disparu et personne n’était venu les chercher. Personne non plus ne semblait s’être inquiété de leur évanouissement dans la nature…En tout cas si c’était le cas on ne les avait pas retrouvé. Je ne pouvais pas exclure que ces éléments soient totalement décorrélés de ce qui se passait ici, mais mon instinct me disait le contraire. Je fus pris à mon tour d’un nouveau haut-le-cœur. Je voulais quitter cet endroit et réussir à mettre la Sous-Préfète en sécurité. Je fis un signe au petit groupe, nous devions avancer. Je redoublais de vigilance. Le faisceau livide et timide de ma lampe-torche continua de balayer les pierres froides et immémoriales qui constituaient ces égouts. Le vendre endormi d’une ville à feu et à sang.

          Nous continuâmes notre avancée pendant encore quelques minutes, franchissant désormais une pente légèrement inclinée qui bordait un plus grand écoulement d’eaux. Là où quelques instants auparavant les flux semblaient s’étioler, il y avait ici une bonne profondeur. J’avançais lentement, ma main bien assurée sur la poignée de mon arme. En dehors du claquement de nos semelles sur le glacis et du gargouillis de l’eau dans les conduites, rien ne perturbait la sérénité de cet endroit. Je repensais aux contes qu’on me racontait dans mon enfance, à ces histoires de créatures étranges et menaçantes qui se tapissaient dans le noir. La bête immonde qui se cachait dans l’armoire ou sous le lit des enfants, la gueule garnie de crocs et la bave dégoulinante, chassant à l’affût. Je chassais ces pensées régressives, nous n’étions plus des enfants et les seules bêtes qui se tapissaient dans l’ombre de ces égouts putrides n’étaient pas celles qu’on croyait.

          Nous arrivâmes enfin au pied d’une échelle : celle-ci indiquait clairement une arrivée sécurisée. Nous étions arrivés à l’entrée de la Préfecture. Avec ma lampe, j’inspectais l’écoutille qui était sécurisée et close. Nous allions devoir faire appel au personnel de la Préfecture. Me retournant vers un des droïdes, je lui ordonnais d’envoyer un message crypté avec les identifiants du Commandant Parker afin qu’on vienne nous chercher. Pendant qu’il faisait cela, je faisais signe au magna-garde et à l’autre droïde de couvrir nos arrières pendant que j’inspectais l’autre côté. Il fallut une bonne dizaines de minutes dans un silence pesant pour que le bruit métallique de l’écoutille se fasse entendre. Un homme nous fit signe avec deux droïdes B1 qui l’accompagnaient.

          -La Sous-Préfète et le Commandant en premier. Les droïdes ensuite. Je remonte en dernier.

          La concentration ne devait pas faiblir, il suffirait d’un moment d’inattention et d’une mauvaise rencontre pour que tous nos efforts soient anéantis. Je fus le dernier à gravir l’échelle, sachant que je ne regretterais pas cet endroit infect. Une fois au sommet, on referma l’écoutille derrière nous. L’homme qui nous avait ouvert, un certain Yiha Devol, se présenta comme étant un des membres de la sécurité de la Préfecture, comme l’indiquait son uniforme. Parker, conforté dans sa position par mes agissements se présenta comme l’officier le plus gradé.

          -Je suis en charge de la sécurité de la Sous-Préfète Osso. Elle doit rejoindre son équipe afin de constituer un cellule de crise. Ne perdons pas de temps je vous prie. Où en est la sécurité de la Préfecture ?

          Devol indiqua que le bâtiment était confiné et qu’il avait été barricadé avec toutes les forces disponibles. Comme attendu, la Préfecture disposait forces importantes qui lui permettraient de tenir. Parker folâtrait, explorant les lieux communs, renforcé dans sa position de chef de l’escorte. Une fois de plus, je souris discrètement à Osso, pour la dissuader d’intervenir. Parker faisait bien le travail et il s’exposait. Maintenant, la Sous-Préfète devrait demander à voir ses Conseillers et moi je me contenterais de conserver ma position d’observateur. Avant de partir, je me contentais d’envoyer un message crypté à Irons sur mon datapad, indiquant que nous avions réussi à atteindre la Préfecture sans encombre et que les lieux étaient sécurisés. Un poids de moins dans cette situation ubuesque. Une petite victoire. Alors que nous nous apprêtâmes à gravir les escaliers qui nous emmenaient aux étages supérieurs de la Préfecture et aux bureaux, je me tournais discrètement vers Osso, parlant à voix basse.

          -A partir de maintenant, faites moi confiance, quoi qu’il se passe.

          Ce qui allait se passer, je l’avais pensé durant toute notre traversée des égouts. La Sous-Préfète aurait sans doute du mal à comprendre voir à accepter mes actions, mais j’en étais convaincu maintenant…C’était l’unique façon que nous aurions de démasquer les traîtres. Il n’y aurait pas de torture, pas d’interrogatoire. Nous allions devoir mener un enquête et garder la tête froide, avoir le maximum d’informations avant de confondre les instigateurs de cette machination…Lorsque nous serions suffisamment en confiance, nous piégerions les chefs. J’avais l’avantage d’avoir déjà eu affaire à Légion sur Cato Neimoidia. J’avais appris à mes dépends qu’attraper un de leurs agents ne suffirait pas à comprendre ou à endiguer leurs méfaits, notre objectif devait demeurer les chefs. Pour l’instant, Leiel Osso allait devoir reprendre la main sur ce qui se passait à la Préfecture. La jeune Sous-Préfète s’était démontrée calme et déterminée, ce qui était à mettre à son crédit.

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            Post n°40
            Auteur : Atreïs Helcar

            • Bordel, y’a du monde ici, ramenez vous !

              Arnon et Leiel avaient-ils trop tergiversé ? Sans doute pas, mais la déveine, à la manière de l’odeur de putréfaction qui reste dans les narines, collait aux uniformes des loyalistes confédérés. En haut des escaliers, la voix avait explosé. Conséquence ultime du manque de chance chronique du petit groupe, il avait suffit d’un rien pour qu’on les remarque. Si proche du but, si proche du palais préfectoral… Bientôt les tirs de laser s’abattirent sur le petit groupe, au petit bonheur la chance pour les forcer à reculer. Les deux B1 se mirent immédiatement en couverture, et le magna-garde se posta devant Osso.

              Pour ce dernier, les ordres étaient clairs : protéger la sous-préfète. Le reste n’avait pour l’heure pas d’importance, et si elle vivait, c’était l’essentiel. Ses optiques en fibre de carbone renvoyaient tout ce qu’il enregistrait à l’IA de son maître, qui lui n’en ratait pas une miette, son attention divisée entre sa propre expédition et celle de la politicienne. Le plan d’Arnon/Adriel était une réelle folie, maintenant qu’il y pensait, mais ça restait le moins pire de tous. Dans sa tête, il jura. Ils étaient livrés à eux-même. Qui sait si Parker ne se montrerait pas utile, quitte à ce que ce soit à son corps défendant ?

              En haut des escaliers, il y avait là suffisamment d’hommes pour barrer la route au groupe. Mais avaient-ils idée de ce sur quoi ils tiraient ? Sans doute pas. Simple réaction. Des moutons de Panurge assoiffés d’une revanche ou d’une justice qu’on leur promettait par ailleurs. A 8, armés de blasters de moindre facture, ils pouvaient faire du mal, et d’ailleurs, un B1 souffrait déjà d’une trace de carbone sur son épaule, mais rien qui l’empêchait de bouger.




              June avait beau douter encore et encore de ses propres compétences, à un moment, il lui fallait bel et bien se rendre compte de sa propre efficacité. En un éclair, elle avait renversé une situation largement compromise. Et tout aussi rapidement, elle avait pris le pli et les traits de sa désormais commandante : pas de quartiers. Le groupe de rebelles auquel elle avait fait face n’avait pas eu la moindre chance contre l’expérience de la Lorrdienne. Se rendrait-elle compte par elle-même de son efficacité nouvelle, ou faudrait-il encore la mettre sur la voie ? L’adrénaline n’aidait sûrement pas à la réflexion, et elle avait de toute façon autre chose à faire. Le blaster braqué sur le front du meneur ne semblait servir qu’à faire rouler les yeux dans leurs orbites de manière plus rapide et déraisonnée.

              - Va te faire foutre, @£!&% ! T’es qu’une Cette femme est méprisable mais n'entâchez pas sa réputation par une insulte odieuse ! de plus pour la Confédération, toi comme les autres vous allez finir bouffés par votre propre moule !

              La main de l’homme était désormais plus proche du moignon que du membre complet, et il semblait désormais inenvisageable d’en tirer quoi que ce soit de réellement cohérent, tant les insultes sortaient de sa bouche comme autant de vipères. La douleur le faisait enrager, ses pupilles dilatées par la haine ne faisaient que renforcer la folie de son regard injecté de sang et de rage. Il se tenait le poignet de sa seule main valide et affrontait le profond regarde de June sans la moindre hésitation, comme si rien ne pouvait lui arriver.

              Par chance, ou par hasard, ce fut à cet instant que Staim revint vers June. Il tenait par le cou un autre prisonnier, celui-ci bien plus jeune, bien plus voûté aussi, que le reste de la petite escouade. Menotté, il n’avait pourtant absolument pas l’air de celui qui chercherait à s’enfuir, si on exceptait son petit regard de fouine qui allait dans tous les sens comme pour trouver une issue. Ou bien simplement les explosions et tirs faisaient résonner en lui son instinct de survie et il prenait garde à ne pas perdre la moindre menace de vue. Toujours était-il que son courage, ou absence de courage, ne faisait aucun doute, puisque la vision des corps lui octroya un haut-le-coeur qui fit qu’il rendit presque son quatre heures. Staim lui bourra le dos, puis s’adressa à June.


              - Lieutenant King. Je ne sais pas ce qu’il vous a dit, mais celui-ci m’a dit qu’il avait d’importantes informations à donner à « notre chef ». Du coup, je vous l’amène.

              D’une pression sur l’épaule qui n’aurait pourtant pas fait ployer un Gand, il fit mettre à genoux le jeune homme qui releva sa tignasse rousse et ses yeux verts vers June. Son regard plaintif indiquait tout de la lâcheté qui l’habitait. Ses lèvres s’ouvrirent puis se refermèrent plusieurs fois, avant qu’un son ne sorte enfin de sa bouche, un bredouillement absolument inaudible que Staim lui intima de répéter intelligiblement à l’aide d’une nouvelle pression en forme de baffe derrière la tête.

              - Je… Je… C’est… C’est le bordel… Mais c’est pas notre faute ! C’est lui ! C’est lui qui a filé le truc aux chefs ! Et après ça, ils parlaient plus fort, ils tapaient plus fort aussi ! C’était lui, mais je sais pas qui c’est, il… On l’a jamais vu, juste entendu !

              La peur lui bloqua la voix, au fond de sa gorge, brutalement. Et la balle qui lui passa à travers la tête également, explosant sa boîte crânienne en multiples fragments de chair, d’os, de cartilage et de cervelle, se répandant allègrement sur le sol et le visage de la néo-lieutenante.



              Spoiler : Spoiler
              HRP
              Arnon, Leiel, le combat est long, difficile car vous êtes dans une sale position. La Préfecture, si vous l’atteignez, est plus ou moins sauve du fait de la présence de la milice préfectorale. Quelques pertes mineures à déclarer.
              June, tu pourras reprendre le second quartier. Partant de là, la ville commencera à revenir sous un certain contrôle. En tout les cas, la situation se stabilise entre ordre relatif et chaos résiduel.
              Bon courage à vous !


              *


              Irons était une femme d’action, bien avant que le Gurlanin n’endosse son identité. Toujours présente au feu, une combattante d’élite, capable de grandes choses, mais qui aurait été invariablement ralentie par des capacités tactiques finalement limitées. Ce n’était pas le cas d’Atréïs. Son instinct pour la chasse et le chaos faisaient de lui un prédateur redoutable, et l’ajout d’une IA capable de retransmettre les informations venues de toute la Galaxie en temps réel ne faisait qu’augmenter son degré de dangerosité. Heureusement pour Valkoinen qu’il lui devait beaucoup et qu’il était isolé sans elle, sans quoi le retourner aurait fait de lui un pantin d’une habileté rare…

              Sur les toits des immeubles bas et des maisons en flammes et en ruines, il courait d’obstacle en obstacle. Son fidèle fusil dans le dos battait contre le bas de ses reins à chaque foulée, lui rappelant sa présence rassurante et sa mission. Dans le même temps, il compulsait les dossiers, ou les faisait lire à son IA qu’il accueillait dans sa tête de plus en plus facilement. Clhyde Drex’ler était un trafiquant d’épices et de bâtons de la mort, rien qui vaille l’oeil du DCRS, surtout que son activité était minime, cachée derrière un commerce peu reluisant de pièces détachées qu’il partageait avec un cousin, Byob Pertit. Mais à force de recherches, Atréïs avait pu mettre la main sur un lien étonnant. Il était peu envisageable qu’un élément pareil se retrouve à mener une révolution d’ampleur sur une planète d’ordinaire aussi calme. Sauf lorsqu’on avait toutes les cartes en main. Sauf quand on ne la menait pas vraiment… C’était sa connexion avec Bergen, le conseiller en disgrâce, qui intéressait le chasseur.

              L’homme avait beau être âgé, il était comme tous les politiciens. Accroché à sa place. A son statut et à son misérable pouvoir. Sans doute espérait-il récupérer ce qui était le sien, mais pour gouverner sur quoi ? Des ruines ? La défiance d’un peuple ? Tout sous les yeux du Gurlanin criait la vanité et la stupidité du potentiel commanditaire de cette révolte. A moins qu’il ne fut pas seul ? Quoi qu’il en soit, si sa présomption se révélait juste, il était évident que ce soulèvement était un coup monté de longue date, peut-être même datant de la nomination d’Osso. Ou bien était-ce vraiment ce groupuscule ? Légion ? Pour l’heure, il y avait trop d’hypothèses, et surtout trop d’inconnues. Mais le nom de Bergen revenait. Une fois qu’il en aurait fini, Irons irait le voir… Ou Vasburg, qui sait ?

              De toute façon, il devait mettre son esprit en place, car il approchait de sa cible. Une cantina miteuse, dans les quartiers sales, qui abritait vraisemblablement un QG de minables. Le temps était loin depuis sa bagarre dans le bar de Cato Neimoidia. Maintenant, il était bien plus fort. Entraîné. Et surtout déterminé. L’odeur du sang planait sur la ville, et bientôt sur sa langue. Le goût ferreux ne manquerait pas de se manifester lorsqu’il serait au contact, c’était certain.


              - Commandante ? Ici Naavis.

              - Je t’écoute.

              - Nous avons des données. A priori quatre types avec des fusils accompagnent Clhyde. Deux autres individus présents, ils sont tous armés, mais nous ne pouvons pas confirmer si ils sont une menace ou non…


              - Alors autant ne prendre aucun risque.

              La voix de la caporale de l’autre côté s’éteignit un instant. Pouvait-elle seulement accepter ce genre de décisions de sa supérieure ? Une mise à mort de six personnes, sans jugement ni analyse préliminaire ? D’un ton calme, elle reprit.

              - Bien, commandante. Je transfère les données satellite à votre IA.

              Atréïs ne répondit pas, récupérant les données. Le tir devait être rapide et précis. Il ne voulait pas s’embarrasser des autres. Seul Clhyde l’intéressait, et si Naavis n’avait pas su donner de noms, c’était sans doute qu’ils n’étaient pas nécessaires. Arrivé proche du lieu, il se posa sur un mur. Au loin, les explosions, les cris et le chaos s’étaient considérablement réduits. Comme souvent, la révolte s’étouffait d’elle même et ne resterait bientôt que les plus déterminés, et c’était dans ceux-là qu’il faudrait frapper.

              Lorsqu’il mit son œil sur la lunette du DLT-20A, il inspira à fond. Toutes ces heures d’entraînement allaient payer. Il connaissait la vitesse des projectiles. Le temps de latence entre son tir et le coup au but. L’anticipation qu’il devait avoir. L’influence du vent, de l’environnement, du soleil, l’inclinaison de la visée. Dans les simulations, tous les mouvements étaient scriptés. Là, tout serait erratique. Aléatoire. L’humain était à prendre en compte. La conscience. Peut-être même l’instinct de survie. Ca n’avait pas d’importance pourquoi, mais c’était un paramètre. Nouvelle inspiration. Il se rappela soudainement l’attitude détendue de June lorsqu’elle pressait la gâchette, des mois en arrière, sur Géonosis, lors de son entraînement en tant que simple soldat. Avant de le trahir aussi… Cruelle ironie…

              Ce fut au moment où il se disait cela que le doigt pressa la gâchette. Deux secondes, trois dixièmes. Le laser frappa un premier homme. Le tireur répéta l’opération encore cinq fois. Il savait qu’il n’avait qu’un temps limité. En à peine quinze secondes, la première phase était terminée et il pouvait voir l’efficacité de celle-ci. Six cadavres trônaient aux pieds de Clhyde. Puis un septième coup partit, et la jambe du Dévaronien fut emportée. Remettant le fusil dans son dos, un sourire mauvais aux lèvres, Atréïs ne se pressa pas outre mesure pour entrer dans la pièce. Il savait qu’il avait fait le nécessaire. Il rentrait en vainqueur, pas en soldat. Au milieu des six cadavres, sa cible se tenait la jambe en chouinant.


              - Pu… @£!&% ! T’es qui ? Qu’est ce que tu fous là ?!

              - Bonjour Clhyde. Je suis la commandante Aureliana Irons. Et j’ai… beaucoup de questions à te poser.

              Puis la rousse porta sa main à son oreillette.

              - Naavis ? Carte blanche pour le faire parler. Je te le ramène à la caserne.

              Un test. Grandeur nature. Naavis avait tout intérêt à le réussir si elle ne voulait pas subir les foudres du Gurlanin...
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              #41

              Post n°41
              Auteur : June King

              La haine de ce médiocre chefaillon, au regard assassin et aux larmes qui dégoulinaient pathétiquement de ses yeux, pouvait presque être catégorisée comme mélodramatique, tant la beauté de son désespoir se faisait ressentir comme une fine sonate grotesque jouée sur un violon désaccordé au doux parfum de défaite embaumant les lieux. Contempler ce vermisseau gisant sur ses genoux en serrant les dents de douleur et fusillant du regard celle qui le dominait dans une tentative lamentable de résistance, tout en agrippant désespérément ce qui lui restait de sa main avec la seule qui pouvait encore bouger, était un moment jubilatoire pour la fraîchement promue lieutenante. Enfonçant davantage et cruellement le canon du blaster sur le front de ce prétendu chef ; June avait presque atteint l'apogée de son plaisir personnelle à l'idée de détenir totalement le contrôle de cette situation et d'avoir le droit de vie ou de mort sur cet insecte insignifiant. Plus rien ne semblait pouvoir perturber sa folle délectation malsaine, et ses yeux, témoignant de son triomphe, brillaient d'une étrange lueur. D'autant plus que les paroles de ce pitoyable vaurien des bas-fonds, qui aboyait ne faisaient qu'accroître l'amusement sadique et le sourire carnassier de la jeune Lorrdienne. Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin. Et celle-ci arriva à son terme lorsque le sergent Staim présenta une sorte de serpillère humaine face à elle. Ce misérable Raxien, pas plus âgé qu'elle, n'hésita pas à donner toutes les informations qu'il détenait en sa possession tout en se prosternant presque de vénération devant les pieds de la petite séparatiste. Une scène tellement déshonorante qu'il serait insultant de le comparer à un cloporte, car même ces créatures dégoûtantes possédaient plus de dignité que cette ridicule limace.

              Bien sûr, les informations que détenait ce ver de terre étaient toujours plus intéressantes que d'écouter les hurlements de ce prétendu chef. D'ailleurs, lassée d'entendre sa voix insupportable résonner à travers les décombres, June pressa la gâchette du blaster sans même daigner regarder ne serait-ce qu'un instant sa cible - trop occupée à observer ce que le sergent avait ramené jusqu'à elle. La détonation surprit toutes les personnes dans les alentours, sauf les B1 qui semblaient indifférents à la situation. La tête du chef avait explosé depuis l'arrière de son crâne dans une gerbe de sang et de cervelle mélangés en se répandant violemment sur le sol et les gravats. Tout en continuant d'écouter le jeune Raxien qui n'osa plus relever la tête après cette action ; June demanda d'un simple geste un mouchoir en tissu au sergent Staim pour s'essuyer sa main gauche afin de retirer les quelques gouttes de sang insolentes qui s'étaient déposées sur elle. Une fois la main essuyée et après avoir écouté les pleurs et les informations de ce pitoyable insecte, June lui demanda de se relever et de la conduire jusqu'au responsable, ou tout au moins jusqu'à celui qui détenait davantage d'informations. Mais à peine le premier pas effectué qu'une balle venait se loger dans la tête de l'informateur, répandant à son tour un mélange organique écoeurant.

              Son visage recouvert de chair et de cervelle, June ordonna dans la seconde à toutes les unités de se mettre à couvert. Pourquoi ne l'avait-elle pas senti ? Pourquoi n'avait-elle pas envisagé l'éventualité d'une attaque à distance, elle qui était pourtant sniper ? Non, elle le réalisait juste après s'être mise à couvert : l'état euphorique dans lequel elle se trouvait l'avait aveuglée. C'était là son erreur, être trop sûre d'elle sur un champ de bataille - elle n'était pas en entraînement. Elle n'était qu'une lieutenante fraîchement promue et rien d'autre, elle avait encore beaucoup de travail à effectuer pour être à la hauteur et des espérances de la lieutenante Gladmoore et de son nouveau supérieur. Mais elle ne devait pas douter. Pas maintenant, du moins. Reprenant ses esprits en secouant la tête et en se dégageant les yeux de quelques morceaux organiques, elle se mit sur le ventre et regarda à travers les décombres l'origine du tir et l'emplacement du tireur. Le petit jour par lequel elle regardait lui donnait une vue entière sur la direction d'où venait le tir. Si la tête du jeune Raxien avait explosé jusqu'à en éclabousser le visage de la lieutenante qui était au-dessus, cela voulait dire que le tir venait des hauteurs et qu'il avait fait ricochet à l'intérieur du crâne. De ce qu'elle avait vu, les Raxiens n'étaient pas des guerriers nés, et encore moins de bons militaires, le tireur allait donc certainement faire l'erreur de débutant la plus courante chez les snipers : oublier la réflexion de la lumière dans la lunette. Bingo !

              Prenant son KiSteer en main et visant le toit d'un immeuble partiellement détruit, mais encore debout grâce à la Force, June trouva enfin le tireur. Il n'était pas Raxien. Et vu ses lekkus, il était plus que probable que ce soit un Twi'lek. Que faisait-il sur Raxus Secundus ? Mais hors de question de se poser des questions, l'heure était à l'action et surtout à l'arrestation de cet ennemi. Prenant une grande bouffée d'air mêlé à la poussière pour expirer doucement et réguler sa pression sanguine afin de mieux contrôler ses mouvements, June visa l'épaule du Twi'lek qui dépassait légèrement. Il n'y avait que deux ou trois centimètres, mais cela suffisait pour la tireuse d'élite que devenait de plus en plus la jeune Lorrdienne. Reprenant une nouvelle bouffée d'air en bloquant sa respiration et en se concentrant pour ne plus rien entendre autour d'elle, sauf le vent qui soufflait plus ou moins fort par endroits, June pressa la détente et toucha sa cible qui émit un cri de douleur et de surprise, révélant ainsi à tout le monde sa position exacte.

              « — B1m, B4m montez dans l'immeuble et cherchez le Twi'lek, ordonna-t-elle d'une voix perçante, laissant tout le monde surpris par la description qu'elle venait de faire. Sergent, faites le tour et bloquez la sortie arrière. Dizer, vous prenez à droite. Bid... marqua-t-elle un instant d'hésitation en le regardant. Vous restez ici, à l'abri, on ne sait jamais. Je vais à gauche ! »

              Tandis que June laissait Bid devant l'entrée principale de l'immeuble et courait vers la gauche pour bloquer une éventuelle sortie de secours, le sergent se plaçait à l'arrière du bâtiment, bloquant la seconde entrée, et Dizer prenait position du côté droit. Pendant ce temps, les droïdes grimpaient rapidement les escaliers pour atteindre le toit et appréhender le Twi'lek. Cependant, l'arrestation de l'assassin fut plus rapide que prévu, car June entendit des cris d'effroi depuis l'extérieur où elle était positionnée, indiquant que les droïdes avaient déjà localisé et maîtrisé le tireur. Compte tenu de cette situation, June comprit qu'il n'était pas nécessaire de bloquer davantage les autres issues et les rues adjacentes. Elle rassembla donc tout son groupe aux pieds des escaliers, privilégiant la sécurité à l'intérieur, entre quatre murs, plutôt que de risquer d'exposer la source d'information en pleine air et d'être une cible facile.

              Face au Twi'lek menotté et blessé à l'épaule, June ne prit aucunement la peine de s'abaisser à son niveau pour débuter la conversation. Au contraire, elle semblait déterminée à paraître plus grande qu'elle ne l'était vraiment, reprenant son attitude arrogante et méprisante envers tout ce qui se tenait devant elle. Les bras croisés et parlant d'un ton autoritaire, elle ordonna au prisonnier de divulguer tout ce qu'il savait concernant la révolte et les comploteurs agissant dans l'ombre. La jeune Lorrdienne voulait clairement conclure cet interrogatoire le plus rapidement possible, étant consciente de l'importance du temps et de la nécessité de mener à bien sa part du travail, afin de parvenir à l'élimination de la cible principale et de rétablir la sécurité dans la capitale. Malheureusement, le Twi'lek ne se montra pas coopératif et semblait même trouver la situation amusante. Curieusement, cela agaça davantage le sergent Staim que la lieutenante. Pour une raison obscure, la simple vue du Twi'lek semblait le dégoûter et l'énerver, proche de la haine pure. De plus, il sortit son blaster et le garda en main, comme pour se rassurer face à cette menace. June avait remarqué cette réaction, elle pouvait la comprendre : c'était la première véritable mission du sergent, et la pression était énorme. Ou peut-être y avait-il autre chose ?

              « — Alors ?! s'exclama la lieutenant pour le faire parler. »

              « — Je ne dirais rien. Vous êtes foutus, vous avez déjà perdu et vous le savez, notre chef va nous conduire à la victoire totale, répondit-il lorsqu'il prit la parole pour la première fois. Et la victoire est proche. La capitale est déjà tombée, vous n'arriverez jamais à nou- »

              PEW !

              Alors que le prisonnier se mettait enfin à table, le sergent lui tira dans la tête à bout portant sans prévenir. La source d'information cruciale pour vaincre l'ennemi venait de repeindre les escaliers avec son sang, sa cervelle et quelques morceaux d'os par-ci, par-là. Un long silence s'installa après ce désastre. S'essuyant une nouvelle fois le visage et une partie de ses cheveux, la lieutenante regarda le sergent sans prononcer un mot, sans exprimer la moindre émotion. Elle se contenta simplement de le regarder dans les yeux. L'ambiance venait de changer d'un claquement de doigts et la pression autour de la lieutenante se faisait de plus en plus lourde et oppressante, donnant aux organiques des difficultés pour respirer correctement. Pour les plus observateurs du groupe, les yeux de la jeune Lorrdienne avaient même changé de couleur quelques instants, laissant toute sa colère s'exprimer à travers eux. Fort heureusement, June reprit quelque peu ses esprits lorsque la radio du Twi'lek s'activa et qu'une voix demandait de l'autre côté si tout se passait bien. Depuis la radio, l'interlocuteur informait aussi que des séparatistes venus de Géonosis étaient présents sur Raxus et que cela n'était pas prévu et qu'il fallait redoubler d'attention. Il semblait paniqué à l'idée de devoir affronter des militaires venus d'ailleurs. Mais le plus compliqué allait arriver lorsqu'il demanda de répondre. Le Twi'lek était mort et la voix de l'homme de l'autre côté de la radio était peut-être le chef de cette stupide révolte, il fallait agir maintenant. Prenant la radio en main, June allait faire quelque chose qu'elle n'avait jamais réellement fait jusqu'à présent, sauf pour s'amuser. Mais il fallait le tenter. Prenant une grande bouffé d'air, elle expira doucement et débuta la conversation.

              « — Je suis là, répondit-elle en imitant parfaitement la voix du Twi'lek. »

              « — Parfait, rejoins-nous au spatioport du second quartier. Faut qu'on dégage d'ici avant de se faire choper, expliqua l'homme de l'autre côté de la radio. »

              « — Ça marche, j'arrive, termina-t-elle la conversation en imitant à nouveau la voix du Twi'lek que le sergent avait tué. »

              June n'avait jamais vraiment pris le temps de développer ce talent, bien qu'elle s'amusait à imiter ses amis de temps en temps. Le faire dans une telle situation, et surtout sans échauffer sa voix au préalable, était une prouesse remarquable. Son désir de renouer avec ses origines lorrdiennes et le fait de s'entraîner de nouveau au langage cinétique lui avaient rappelé que son peuple excellait également dans l'imitation orale et mimétique. Après cette performance, le reste du groupe était laissé sans voix, découvrant ainsi un aspect supplémentaire de la lieutenante.

              « — Par contre, plus de tête explosée pour aujourd'hui, c'est bien compris ! s'exclama-t-elle après ses unités dans un ras-le-bol général. »


              ***

              La chance était du côté de June cette fois-ci. Elle avait l'occasion d'arrêter l'un des organisateurs de la révolte de Raxus, de reprendre le contrôle total du second quartier de la capitale, et de prouver qu'elle méritait officiellement son grade de lieutenant. Mais pour l'heure, il fallait agir, vite et bien. À l'intérieur du spatioport, caché parmi les quelques gravats jonchant le sol et, aussi terrible que cela puisse être, les cadavres ensevelis sous des morceaux de béton, June pouvait apercevoir distinctement la piste d'atterrissage où un transporteur léger se trouvait au centre. Le vaisseau était certainement destiné à quitter la ville le plus rapidement possible, que ce soit pour rejoindre un autre vaisseau en orbite et s'enfuir de la planète, ou pour se cacher dans un lieu bien à l'abri des regards indiscrets en attendant que la situation se calme. Autour du vaisseau se trouvaient deux gardes lourdement armés. Ils tenaient entre leurs mains des blasters à répétition légers de type T-21, des armes principalement utilisées par les républicains. Comment s'étaient-ils procuré ces armes ? Travaillaient-ils avec la République ? Était-ce un coup monté par cette faction pour fragiliser la Confédération ? Peu importait. Mettant ces pensées de côté et continuant d'observer son environnement, June put remarquer aussi un homme se tenant à l'entrée du vaisseau, en train de discuter avec quelqu'un à l'intérieur - certainement le pilote ou d'autres ennemis. Elle n'entendait pas ce qu'ils disaient, mais d'après ses mouvements, il était clair que ce dernier était en train d'expliquer qu'ils allaient bientôt partir sans attendre leur ami.

              « — B1m, tu prends le garde de droite, et B4m, celui de gauche, commença-t-elle en donnant ses ordres pour éliminer les gardes. Sergent, vous éliminez le pilote depuis le cockpit. Faites le tour avec les droïdes. Dizer, tu as certainement une grenade aveuglante avec toi. Tu l'enverras lorsque les autres terroristes sortiront du transporteur, expliqua-t-elle en étant sûre qu'il y avait d'autres personnes à bord. Bid, tu procéderas à l'arrestation une fois que tout le monde sera neutralisé. De mon côté, je vais aller en hauteur pour avoir une meilleure vue d'ensemble et vous soutenir à distance, termina-t-elle en donnant ses instructions et en faisant signe de commencer l'opération. »

              Une fois que tous les protagonistes étaient en place pour démarrer l'opération et empêcher l'évasion des criminels par voie aérienne, June fit signe aux B1 de neutraliser les gardes au T-21 dans les mains. Cette première étape fut un succès, et sans tarder, ce fut au tour du sergent de neutraliser le pilote. Malheureusement, le pilote parvint à se protéger au dernier instant et reçut le tir du blaster dans l'épaule en se déplaçant sur sa gauche, manœuvrant par la même occasion le transporteur qui se déporta dans le même sens jusqu'à frapper violemment le mur. L'opération venait de prendre une tournure que June n'aimait pas, d'autant plus que Dizer, prise d'un réflexe de panique, lança une grenade flash qui éblouit tout le monde sur le tarmac du spatioport, y compris la Lorrdienne qui regardait à travers sa lunette de sniper. Lorsque la vue commença à revenir et que la douleur oculaire s'estompa, June se concentra de nouveau et regarda à travers sa lunette de visée, puis comprit que tout n'était pas encore perdu. Deux personnes à l'intérieur du transporteur étaient tous à terre et ne bougeaient pas, probablement inconscientes à cause du choc de la collision, une chance. Les gardes armés de blasters T-21 étaient vraisemblablement morts, tués par les B1. Le pilote semblait également neutralisé en raison du choc et de sa blessure, mais pouvait à tout moment surgir. Même si tout ne s'était pas déroulé comme prévu, le résultat était là, tous étaient neutralisés. Du côté des forces militaires, les B1 étaient en train d'aider le sergent à se relever, et Dizer se frottait les yeux en jurant dans toutes les langues qu'elle connaissait. Quant à Bid, il était en train de menotter les terroristes, y compris le pilote qu'il avait réussi à maîtriser. Parmi tous, c'était le seul à avoir fait correctement son travail.

              Se retirant de son viseur, June rejoignit le reste du groupe présent sur le tarmac. L'opération fut, en quelque sorte, un succès, bien qu'elle se dit intérieurement qu'elle arrangerait et modifierait les détails des arrestations dans son rapport. Alors que les B1 rassemblaient les criminels, qui étaient solidement menottés par les soins du soldat Bid ; June porta sa main à son oreillette pour annoncer l'arrestation d'une partie des agitateurs à son supérieur. Mais avant d'annoncer la bonne nouvelle, elle réalisa qu'il manquait quelqu'un : l'homme qui se trouvait devant le transporteur ! Ce fut à ce même instant qu'une personne interrompue la petite fête et fit son entrée dans le spatioport en applaudissant. Tout au moins, en revenant là où il se tenait plus tôt. C'était bel et bien l'homme qui se trouvait devant les portes du transporteur. Cependant, ses vêtements étaient déchirés et on pouvait apercevoir son torse étrangement brillant. En réalité, il s'agissait d'un augmenté, un cyborg mesurant près de deux mètres de haut. Plus précisément, c'était un adepte du chrome. Il avait remplacé tous ses os d'origine par du titane, certains de ses muscles étaient en fibre de carbone, des implants visibles étaient greffés sur ses tempes et ses yeux étaient des optiques améliorées aux pupilles rouges. Un véritable danger au corps-à-corps. Mais ce qui était encore plus surprenant dans tout cela, était la pilule qu'il venait d'ingérer devant tout le monde. Après l'avoir prise, il commença à s'agiter frénétiquement, criant de plus en plus fort. Ses muscles se contractèrent presque instantanément et ses veines ressortaient jusqu'à éclater par endroits. C'était sans doute cela que voulait expliquer le jeune Raxien avant de mourir.

              Fonçant sans crier gare et à toute allure sur le membre le plus faible du groupe, il n'y eut que June qui réagit suffisamment vite pour bloquer son coup de poing à l'aide de son avant-bras cybernétique pour protéger Bid. Cependant, la puissance de cette chose était telle que June fut projetée en arrière sur plusieurs mètres, entraînant avec elle le soldat et laissant en panique le reste du groupe qui n'avait rien vu venir. Souriant face à la faiblesse de ses adversaires, le cyborg se concentra ensuite sur les droïdes, ignorant totalement le reste du groupe organique qu'il jugeait inintéressant pour ce combat. Fonçant une nouvelle fois aussi vite que l'éclair sur les deux droïdes, ces derniers parvinrent à bloquer son attaque en s'entraidant, l'un tenant l'autre dans le dos pour qu'il ne tombe pas sous le poids du coup. Cependant, les attaques du cyborg s'enchaînèrent rapidement, et B1m, qui retenait les coups, commença à tomber sur ses genoux, ne parvenant plus à résister, même avec l'aide de B4m. Pendant ce temps, le sergent et Dizer étaient en train d'aider la lieutenante et le soldat Bid à se relever. L'adversaire avait surpris tout le monde, et cela avait légèrement froissé la petite Lorrdienne, mais si elle n'avait pas agi de la sorte, Bid serait certainement mort avec le crâne écrasé. Regardant son avant-bras, qui lui avait sauvé la vie, elle fut étonnée que ce dernier ne possédait aucune marque ni aucune rayure. Le métal qui composait son avant-bras cybernétique était si résistant qu'un coup comme celui qu'elle venait de parer n'avait subi aucun dégât. Malheureusement, face à cet adversaire, June n'aurait aucune chance en un contre un, elle le savait. Mais les droïdes, eux, pouvaient y arriver. Reprenant son fusil, June visa rapidement la tête du cyborg pour y décrocher un tir afin d'attirer son attention. Même une balle en pleine tête n'avait aucun effet sur lui, son crâne devait, lui aussi, être en titane. Mais ce qu'elle obtint fut ce qu'elle voulait : l'attention du cyborg !

              « — B1m, B4m attrapez ses bras, hurla-t-elle aussi fort qu'elle le pouvait pour être sûre qu'ils puissent entendre l'ordre. Les autres ramassez les T-21, continua-t-elle d'hurler. »

              Alors que le cyborg frappa de nouveau June, qui parvint cette fois-ci à ne pas être repoussée en arrière sur plusieurs mètres en se protégeant avec son avant-bras cybernétique, elle répliqua en frappant le visage de son ennemi aussi fort qu'elle le pouvait. Cependant, comme prévu, cela n'eut aucun effet, et très vite, elle réalisa son erreur. Lui possédait deux bras améliorés, et elle ne pouvait pas se protéger suffisamment vite pour parer un autre coup. Le cyborg frappa l'estomac de June, qui en vomit presque instantanément et brisa certainement une côte au passage. La douleur était si violente que June s'écroula sur les genoux en se tenant les entrailles. Faible et incapable de bouger à cet instant, elle était totalement à la merci de son ennemi. Cependant, les B1 suivirent les ordres de la lieutenante et attrapèrent chacun un bras du cyborg, qui n'arrivait plus à bouger. Reculant ensuite de son adversaire en rampant à moitié et en se tenant le ventre, June ordonna d'une voix faible et sifflante aux autres membres du groupe de tirer sans sommation sur le cyborg avec les T-21. Même si l'alliage du cyborg était résistant, il allait être mis à rude épreuve sous une pluie de blaster T-21. Alors que le sergent Staim et la soldate Bid tiraient sur le cyborg pendant que les B1 le tenaient fermement par les bras, la soldate Dizer entra en scène avec une arme pour le moins inattendue. Lorsqu'elle sortit du transporteur des criminels, elle se présenta avec un RPS-6, un bazooka capable de percer n'importe quel blindage. Hurlant à tout le monde de courir, la soldate tira un missile en plein sur le cyborg, qui explosa en une pluie de chair et de métal.

              Se remettant sur ses pieds en tenant son ventre et en marchant difficilement, June s'approcha de ce qui restait du cyborg. Par une chance incroyable, elle trouva le flacon contenant les pilules que le cyborg avait avalées avant de devenir fou.

              « — Lieutenante King pour la commandante, commença-t-elle une communication au comlink en haletant. Le chef des révoltés du second quartier a était neutralisé, expliqua-t-elle en doutant légèrement du terme "neutralisé" pour expliquer cette flaque de sang et de métal. »

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                Auteur : Leiel Osso

                Si l'exploration des égoûts était une première pour Leiel Osso, ce n'était pas le cas de Mia Seldann qui avait eu sa part de pataugeage dans la fange plus discrète des villes souterraines. En revanche, impossible de se faire à l'odeur, et la Sous-Préfète, sans doute plus délicate que sa version antérieure, sentait son estomac se soulever.

                Jusque là, le plan de Venkhor avait permis au groupe de progresser régulièrement et, surtout, sains et saufs. Le glissement de pouvoir entre le Sergent et le Commandant intriguait Osso, puisque pour elle Parker n'était rien, à la différence de Veral dont les compétences se révélaient précieuses. Mais elle ne dit rien. Les ordres étaient clairs : silence, et en plus d'être clairs ils étaient cohérents avec leur situation.

                Et puis le petit jeu entre les deux hommes la distrayait. Privée de tout pouvoir, jusqu'à sa propre voix, elle observait le Commandant qui se remplumait au fil de l'avancée, gorgé d'importance, et Venkhor qui s'effaçait pour lui laisser la place. Le terme qui lui venait à l'esprit était « ingénierie sociale ». La manipulation de forces interpersonnelles pour se placer dans une position avantageuse. Intéressant que Veral exploite ce talent-là, devant elle, sans discrétion. Pas surprenant. Son dossier le laissait entendre à demi-mots puisqu'il s'était placé avec succès dans le sillage de plus puissants que lui, jusqu'au moment où une nouvelle opportunité se présentait. Efficace. Sans scrupule. Dangereux donc, mais son allié, jusqu'à présent.

                Et d'alliés, elle allait en avoir besoin. En tas répugnant, les corps en décomposition des agents de la Préfecture lui rappelèrent à quel point sa position était précaire. Pourquoi tuer des égoutiers ? Pour prendre leur place. Pour aller où ils pouvaient aller. Pour s'infiltrer plus loin dans la chair de la Préfecture. L'analogie, l'araignée-cafard qui sortit de la pile de cadavres, l'odeur épouvantable à laquelle il était impossible d'échapper finirent par rendre Osso malade et elle s'écarta soigner sa nausée de l'autre côté du corridor.

                Parker, entre tous, se pencha sur elle, à peu près aussi livide qu'elle l'était naturellement. D'un geste de la main, elle l'arrêta, se redressa, plia un coude sur la moitié inférieure de son visage et progressa un peu plus dans le tunnel presque sans attendre Veral. Elle ne vit pas ce qu'il préleva sur les corps. C'est à peine si elle pensa aux hommes qui avaient perdu leur vie ici, pris par surprise dans une guerre dont ils ignoraient jusqu'à l'existence. Il fallait s'éloigner de cet endroit, parce que l'objectif, avant toute chose, restait la Préfecture. Alors elle accéléra le pas.

                Un écho provoqué par un droïde lui rappela soudain cette sordide histoire de diagona sur Sharlissia. Plus que les explosions qui avaient secouées la ville, l'idée qu'un monstre pareil puisse circuler dans la fange la rapprocha de Veral, sans doute plus à même de la défendre que Parker. Comme à son habitude, elle ignora les droïdes qui se perdaient régulièrement dans l'angle mort de sa pensée. Les machines ne valaient pas les vivants, ce qui, au sein de la CSI, sans être absurde, pouvait passer pour curieux.

                La boue des égouts salissait ses bottes et le bas de son pantalon d'uniforme. Pour penser à autre chose, elle se dit qu'elle pourrait quand même faire une intervention sur le Shadownet vêtue de la sorte, que cela donnerait un caractère martial et déterminé à l'intervention, avant de reconsidérer la chose. Non. Elle avait un rôle à tenir et cela n'était pas celui-là. Venkhor vérifia les environs, leur signifia d'avancer. Bientôt, ils étaient sous la trappe qui menait des égoûts jusqu'aux étages supérieurs, dans les sous-sols de la Préfecture. Enfin. Enfin sur son territoire, enfin elle pourrait agir.

                Avec soulagement, elle gravit l'échelle pour abandonner, espérait-elle définitivement, les égoûts pour les couloirs de maintenance dans les sous-sols de la Préfecture. Parker surprit largement l'édile. Déterminé, volubile, il expliqua à Devol que sa mission était de la plus haute importance, ce qui était vrai, inutile de lui retirer ce détail, et qu'il s'assurerait personnellement que la Sous-Préfète arrive à ses bureaux. Veral fit un clin d'oeil à la blanche. Logiquement, il avait prévu de pousser le Commandant à occuper la lumière. Le transformait-il en paratonnerre ? Une attaque aurait-elle lieu dans l'enceinte même du bâtiment le plus important de la capitale ?

                Osso ne voulait y croire. Pourtant tout allait dans ce sens : l'ampleur de la révolte, l'immensité des dégâts causés en si peu de temps, l'organisation discrète que cela avait demandé... les corps dans le tunnel. Elle hocha la tête à l'attention de Veral. Oui, elle lui laissait le champ libre, espérant malgré tout que les choses n'en arriveraient pas là.

                Soudain, un éclat de voix éclata à l'étage supérieur. Le bruit aigu des tirs de blaster résonnèrent dans la structure étroite. Parker se jeta à l'abri sur le champ et Osso n'eut rien le temps de faire que le magna-garde se jetait devant elle, la bousculant pour la coincer entre le mur et lui alors que Leiel, dont les réflexes martiaux ne valaient pas grand chose, peinait à comprendre ce qui venait de se passer.

                Un laser creusa une rigole fumante dans le mur au niveau de sa tête. Elle se replia sur elle-même, assise sur ses talons, mains sur la tête, oubliant totalement qu'elle était armée. Un impact manqua d'arracher l'épaule d'un B1, elle ne voyait plus Devol et Veral avait disparu de son champ de vision. Non non non ! Pas ici ! Pas maintenant ! Plus que la tentative de meurtre, ce fut la perte de temps qui bouleversa Osso. Il fallait qu'elle avance ! Il fallait que la Préfecture soit assez sûre qu'elle puisse faire une différence. Il fallait qu'elle se défende

                La présence de l'arme lui revint tout à coup. Elle saisit alors le blaster dans le holster à sa taille, tendit le bras, toujours accroupie, dans la direction des escaliers et allait faire feu lorsqu'une des poignes automatisées du droïde d'Irons attrapa son arme pour la faire disparaître quelque part d'inaccessible dans sa propre armure. Le message était clair : si elle voulait survivre, et que ses camarades survivent, alors elle ne mettrait pas un peu plus de chaos dans une situation déjà compliquée.

                Osso feula sa frustration inutilement. Entre deux salves, le magna-garde saisit son épaule, la poussa à nouveau à l'abri, aux côtés de Parker qui avait eu le bon sens s'abriter derrière une commande de contrôle. Leiel doutait qu'elle puisse bloquer vraiment les tirs de blaster, mais c'était mieux que rien et maintenant, le droïde pouvait avancer sans s'occuper d'elle. De là où elle était, elle vit Veral faire feu méthodiquement, mais ne pouvait apercevoir ce qui se passait dans les escaliers.

                Elle entendit juste le crépitement statique du bâton de force qui se mettait en marche et elle aurait pu jurer que le son se déplaçait vers le haut, comme si la machine avait grimpé sur le mur ou se déplaçait au plafond. L'étrangeté lui serra le cœur et elle fit comme Parker : elle plaqua les mains sur sa tête et remonta les genoux contre sa poitrine en priant toutes les puissances existantes de vivre assez longtemps pour voir la suite de cette journée.

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                  Post n°43
                  Auteur : Arnon Veral

                  Nous étions désormais en sécurité, tout du moins c’était ce que je croyais. Parker fanfaronnait toujours, s’attribuant désormais la traversée des égouts. Alors qu’il s’enhardissait, sa bedaine semblait prendre de plus en plus de place sous sa veste. Cet homme avait quelque chose de répugnant, mais il me serait très utile. Alors que je m’apprêtais à gravir l’escalier -dernier rempart qui nous séparait de la Préfecture et donc d’un endroit complètement sécurisé- les tirs fusèrent. Mes yeux s’écarquillèrent, à l’instar du lapin prit dans les phares de la voiture. Ma main se positionna immédiatement sur mon holster, saisissant la crosse de mon arme. Mais j’étais trop lent.

                  -Merd… CONTACTS !

                  Trop lent, tout se déroula comme au ralenti dans une forme de panique. De là où j’étais et même si j’étais le seul engagé sur l’escalier, je ne voyais que des ombres et les flashs de lumière des blasters qui tiraient et fusaient de partout. Les tirs fusaient, et même si tout ne dura qu’une fraction de seconde, je la ressentit comme une éternité. Instinctivement, je m’étais mis en travers ses escaliers, protégeant avec mon corps Osso, le temps que cette dernière soit prise en charge. Les deux B1 m’avaient attrapé pour se mettre en travers et firent feu. Il me fallut encore quelques secondes pour reprendre mes esprits et dégainer mon arme. Deux coups partirent vers le haut des escaliers, mais je ne reçus pour unique réponse qu’une avalanche de tirs, autour de moi Parker était déjà en train de s’enfuir au fond de la petite salle pour se mettre à l’abri, Osso était sous la protection du Magna-Garde, disposée à l’endroit où se trouvait Parker. Quant à Devol, il avait rejoint la Sous-Préfète et me hurlait des choses incompréhensibles. C’était le chaos et un frisson me parcourut l’échine, tentant moi-même de me replier, je vis l’un des droïdes encaisser des tirs à ma place et je finis par moi-aussi me mettre à l’abri en me laissant choir de l’escalier.

                  -Droïdes, repliez-vous !

                  Les B1 reculèrent lentement, moi-même cette fois plus assuré et à l’abri, je fis feu quatre fois, ce qui eut pour effet de rendre les tirs de nos adversaires moins précis. De là où j’étais, je ne pouvais pas voir nos adversaires, je ne pouvais pas non plus savoir combien ils étaient. Je ne voyais que des ombres qui s’agitaient, entendre les semelles qui claquaient sur le sol et bien sûr voir les flashs lumineux des tirs. Mon regard balaya la petite salle, sans surprise, il n’y avait aucune autre issue. Il était miraculeux que nous n’ayons pas eu de blessé. Il fallait réagir et vite, trouver quelque chose. Il fallait une idée, j’entendais déjà les semelles claquer sur le sol et les éclats de voix au niveau de l’escalier. Les assaillants n’allaient pas tarder à comprendre que nous manquions de puissance de feu et qu’il ne leur faudrait que mener un assaut en bonne et due forme pour venir nous cueillir et nous liquider. Le Magna-Garde avait activé sa lance et s’apprêtait à repartir à l’assaut.

                  L’idée vint presqu’instantanément. Une idée qui aurait pu nous coûter notre vie mais pourtant, il n’y avait pas d’autre alternative. Je ne voulais pas laisser la Sous-Préfète aux mains des insurgés. Ces bruits de tirs et de blasters me rappelaient le front, la Forge Stellaire. Une bataille qui était perdue d’avance. Un frisson me parcourut l’échine à l’évocation mentale de ces souvenirs. Le jour où j’avais tout perdu. Non, je ne perdrais pas tout une seconde fois. Je m’étais approché du Magna-Garde et déclinais mes instructions, je savais que certains de ces droïdes disposaient de deux missiles dorsaux. C’était notre chance. Il n’y aurait pas de seconde chance, il faudrait viser juste et que le missile puisse s’introduire par l’ouverture de l’escalier. L’explosion balaierait les insurgés…Elle risquait également d’endommager les murs. Je regardais Devol et ses deux droïdes B1, avec les nôtres, cela faisait quatre. Il fallait tenter cette action, c’était la seule qui permettrait de les prendre de court et reprendre l’avantage. Ces insurgés étaient armés mais n’avaient pas de formation militaire avancée…Moi non plus, mais ceux qui m’accompagnaient le croyaient. L’équilibre fragile était menacé, je devais reprendre l’avantage et garder ma contenance. L’image était souvent plus déterminante que le fond.


                  -Deux B1 et monsieur Devol, avec moi. Les deux autres B1 resteront avec le Commandant et la Sous-Préfète. A mon signal, nous montons à l’assaut. Préparez-vous ! Nous n’aurons pas deux occasions !

                  J’étais comme galvanisé, retrouvant des sensations que j’avais toujours voulu ressentir. Un mélange d’excitation et de terreur. Je ressentais comme des ondes glaciales qui s’étendaient de mon dos jusqu’au ventre…Je me sentais vivant. A mon signal, le Magna-Garde se courba, armant un des missiles, il se mit en position dans l’escalier, les tirs fusaient toujours. Mon bras se leva pour lui donner le signal.

                  -Couvrez-vous les oreilles et mettez-vous à l'abri, ça va secouer !

                  J’avais ôté la sécurité de mon arme, pistolaser à la main. Mon bras s’abaissa alors que je mettais mes mains sur les oreilles pour couvrir mes tympans, une gerbe d’étincelles jaillit derrière le missile qui partit à toute allures dans un sifflement. Le petit engin téléguidé fonça à travers l’escalier. L’explosion fut terrible, balayant la poussière et faisant vibrer le sol et les murs. Aux cris guerriers se succédèrent des gémissements et des hurlements de douleur. Mon uniforme était couvert de poussière, j’avais perdu l’équilibre avec l’explosion. Arme à la main, je me retournais vers les droïdes et Devol, comme galvanisé par notre succès.

                  -En avant ! Ne faites pas de quartier !

                  J’avançais à toute allure, suivi par les droïdes et Devol qui fermait la marche. Gravissant les escaliers, je sentais mon excitation monter, le sang battait mes tempes. J’arrivai dans une pièce qui était tapissée de sang et de débris, plusieurs corps avaient été démembrés par l’explosion mais trois se trouvaient au sol. Un homme blessé psalmodiait des choses incompréhensibles, je lui tirais à bout portant au niveau de la poitrine pour l’achever. Un autre fut achevé par un des B1. J’aperçus une femme qui semblait tenter de se relever pour courir vers son arme en dépit de son pantalon maculé de sang du coin de l’œil. Elle tentait de s’échapper dans un de nos angles morts. Le coup partit, je la touchais au niveau de la hanche, dévoilant une fois de plus mes piètres aptitudes de tireurs, ce fut suffisant pour lui arracher un hurlement de douleur et la plaquer au sol. M’approchant, je la saisissais par les cheveux sans ménagement et lui assénais deux très violements coups de crosse au niveau de la tempe. Devol de son côté avait passé en revue l’endroit, une sorte de parking sous-terrain où se trouvaient encore des véhicules du personnel de la Sous-Préfecture. La sortie avait été bloquée avec des grilles amovibles mais elles avaient été forcées, ce qui expliquait l’intrusion des insurgés. Le membre de la sécurité se retourna vers moi.

                  -La zone est sécurisée. Il faut se dépêcher, d’autres pourraient revenir.

                  J’acquiesçais, demandant à un des B1 de prendre en charge la prisonnière qui gisait, inconsciente au sol. Je retournais au niveau des escaliers avec le Magna-Garde, demandant aux B1 d’escorter la Sous-Préfète et le Commandant. Parker poussa un gémissement de terreur et de dégoût lorsqu’il vit le sang et les corps répandus et disloqués par l’explosion. Je me contentais de le prendre par l’épaule et de le pousser sans ménagement pour le forcer à avancer, nous n’avions plus le temps. Devol nous conduisit à l’autre bout du parking où se trouvait une porte lourdement blindée et verrouillée. Je me trouvais à l’arrière de la petite troupe avec les quatre B1, arme toujours à la main. De nouveaux cris résonnèrent.

                  -Il faut se dépêcher monsieur Devol, d’autres arrivent !

                  Devol faisait son maximum, on lui répondit à travers une petite caméra. L’homme dut donner son matricule et on le contrôla. Il indiqua qu’il était avec nous. Malheureusement, un nouveau groupe d’insurgés venait d’apparaître, cette fois littéralement enragé à la vue des corps qui gisaient au sol. Le groupe hurlait des insultes, ils étaient comme possédés et ils nous virent.

                  -Protégez la Sous-Préfète et le Commandant !

                  Le Magna-Garde s’était immédiatement mis en travers d’Osso et trois des droïdes B1 se mirent à mes côtés, nous fîmes feu. L’autre B1 portait la prisonnière et se rapprocha de Devol. Les échanges de feu se durcirent, mais heureusement, la porte s’ouvrit à cet instant. Je fus le dernier à entrer, tirant deux nouvelles salves. Malheureusement, je ne le vis que trop tard, un tir de blaster me toucha au niveau du bras, la douleur irradia mon corps alors que j’étais projeté contre la porte. Je poussais un gémissement alors qu’un des B1 me tira à l’intérieur, refermant la porte derrière nous. Je me relevais péniblement, observant ma blessure, le tir m’avait seulement frôlé, arrachant une partie de la manche de mon uniforme et me laissant une plaie. Devol se rapprocha de moi et m’indiqua qu’il me conduirait à l’infirmerie. La mission était accomplie…La première phase tout du moins.

                  Nous étions au niveau inférieur de la Préfecture et nous empruntâmes un ascenseur qui nous amena au rez-de-chaussée. Là une infirmière me prit en charge pendant que Devol se faisait le maître des lieux. La femme me confirma que ma blessure était douloureuse mais pas si sérieuse, elle entreprit un bandage. Parker semblait avoir reprit sa contenance, se posant à nouveau en officier responsable de la mission.


                  -Les Conseillers se trouvent dans la salle du Conseil avec une escorte mais le bâtiment est complètement bouclé. Les trappes de confinement ont été rabattues pour boucler toutes les issues. Nous avons également postés tous nos effectifs au niveau des points importants afin de pouvoir riposter en cas d’intrusion.

                  Parker, qui y voyait là une nouvelle occasion de se mettre en avant, se positionna devant Osso. L’homme semblait avoir encore une fois changé de personnalité. Il roulait désormais des mécaniques :

                  -Et les forces de la Préfectures sont-elles prêtes à mettre un terme à ce merdier ? L’astroport est-il fonctionnel ? Pouvons-nous envisager une évacuation ?

                  Devol fronça les sourcils. L’homme-porc qui lui faisait face était maintenant devenu bien autoritaire. Il y avait là une dichotomie totale avec son comportement au sous-sol où même la Sous-Préfète s’était montrée plus courageuse, désireuse de prendre les armes. Je ne disais rien, observant la scène. Il n’y avait pour moi aucune surprise, Parker était un incompétent, un officier qui était très à l’aise avec une coupe de champagne dans les dîners mondains ou dans son bureau à signer des papiers et des ordres. Il n’y avait aucun problème à ce genre de profils -je l’avais été moi-même à ma manière- mais sa lâcheté était irritante. Il y avait fort à parier qu’il tenterait de sauver sa peau à la moindre occasion. Devol ne masqua pas sa surprise mais tenta de répondre avec le respect qu’imposait le grade de Parker.

                  -Mon Commandant, nous ne disposons que de forces limitées et elles sont utilisées pour confiner la Préfecture. Les insurgés sont sur toute la planète, nous devons absolument préserver et défendre ce bâtiment qui est le centre névralgique de toute réponse…C’est ce qui figure dans les instructions du cabinet de la Sous-Préfète Osso…

                  Devol n’était pas un militaire, c’était un membre de la sécurité, il n’était donc pas soumis à la hiérarchie de l’armée. Parker masqua sa déception. De mon côté, je regardais le bandage fait par l’infirmière et la remerciai. Nous étions tous vêtus d’uniformes endommagés ou souillés. Il était temps de passer à la deuxième partie du plan. Je pris donc la parole.

                  -Sauf votre respect mon Commandant, je crois que nous devrions coller au plan et aux instruction du Commandant Irons. Nous devions rejoindre la Préfecture afin que Madame la Sous-Préfète Osso reprenne la situation en main. Nous avons accompli, grâce à votre travail, la première partie de nos objectifs, je comprends tout à fait que vous mourriez d’envie de retourner vous battre dans les rues…Mais pour l’instant je pense que nous devrions rester en sécurité ici et veiller à la sécurité de la Sous-Préfète dans ses fonctions. Mettons la prisonnière en détention et sous surveillance, nous nous occuperons d’elle ensuite et conduisons Madame la Sous-Préfète à la salle du Conseil pour qu’elle puisse s’entretenir avec ses Conseillers.

                  Devol acquiesça, ordonnant à ses deux B1 de ramasser la prisonnière et de la mettre dans une des cellules sous surveillance. Nous nous changeâmes à nouveau. J’avais investi une petite pièce attenante et avait revêtu avec difficulté l’uniforme de sous-officier de marine qui se trouvait dans mon sac. En quelques minutes, je revenais vêtu de mon caban et de mes souliers de cuir, casquette sous le bras. Lorsque la Sous-Préfète et Parker réapparurent, je me rapprochais d’Osso pour lui parler.

                  -Maintenant, c’est à vous de jouer. Nous suivrons vos instructions mais je suggère que le Magna-Garde ne vous lâche pas d’une semelle.

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                    #44

                    Post n°44
                    Auteur : Atreïs Helcar

                    Lentement, la commandante Irons poussa du bout de la bout un gravats qui traînait devant elle, retenant la carcasse inanimée d’un B1 qui avait vu de bien meilleurs jours. Couverte de traces noires de blaster, l’enveloppe métallique n’avait plus aucune utilité autre que témoigner de ce qui s’était passé ici. L’insurrection avait été réprimée selon les méthodes usuelles : trancher la gorge des meneurs et laisser le calme retomber en espérant le moins de pertes possibles. C’était le seul moyen, dans un tel cas, de s’en tirer à bon compte. La réalité était brutale, la CSI avait été prise au dépourvu, le gouvernement local également, et ce n’était pas les politiciens raxiens qui allaient réellement faire quelque chose. Heureusement qu’il y avait quelques militaires présents, sans quoi, la révolte aurait probablement gagné le palais princier. Et derrière, il aurait été autrement plus compliqué de s’en sortir.


                    Le Gurlanin grogna en se penchant devant l’immense tas de ferrailles et de béton qui se tenait devant lui. Un immeuble effondré avec plusieurs dizaines de morts, rien d’inhabituel certes, mais vexant pour celui qui se voulait à la pointe des renseignements. Et son grognement n’avait que peu à voir avec les morts, plutôt au fait que toute cette agitation lui avait pesé dans les bras et les jambes, le courbaturant plus que de raison. Quand il pensait qu’il était là pour le Consulat et qu’il se retrouvait à se faufiler dans des lignes rebelles… Ce n’était pas une déchéance, mais un sacré coup d’arrêt pour lui. Il passa une main dans la touffe rousse qui lui servait de chevelure. Il n’avait que le sentiment que Légion, ce fameux groupuscule, était derrière cette attaque, sans aucune preuve autre que son instinct. Il était donc toujours au point de départ. En revanche, June King, Arnon Veral et Leiel Osso manquaient à l’appel, ce qui était finalement pire qu’au départ. Quant aux Consuls, il valait mieux éviter d’y penser.


                    Finalement, il n’en était nulle part. Rien n’avait avancé, ou progressé, pire, tout lui donnait la sensation de reculer. Il lui fallait se recentrer, reprendre de zéro pour comprendre ce qu’il avait raté, et pour cela, il devait retourner au Prédateur. Il n’y avait pas grand-chose d’autre à faire de toute façon pour le moment, puisque sa présence ici n’était plus vraiment nécessaire. Et puis, il fatiguait sérieusement. Les voyages stellaires, les injonctions de Valkoinen, la diplomatie avec Osso, les confrontations avec King, tout cela l’épuisait, d’autant plus alors qu’il continuait de s’adapter au matériel robotique qu’on lui avait implanté pour le sauver. Lentement, il porta la main à son oreille.



                    -Sergent ? Nous allons repartir. Prépare le Prédateur, Tregar, nous avons beaucoup à faire.


                    Beaucoup à faire, et beaucoup à laisser derrière. Toute cette planète, pour commencer, qui avait été bien trop souvent au milieu des discussions. Il laisserait à d’autres le soin d’apporter des réponses sur ce qu’était cette fichue « Légion », il y avait d’autres personnels compétents dans la CSI, et lui en avait soupé. A l’heure actuelle, il n’était pas capable de réaliser quoi que ce soit. Il fallait qu’il obtienne des informations, des directives, de la part de sa supérieure. Des directives… Sans s’en rendre compte, Atréïs avait besoin d’ordres.

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                      #45

                      Post n°45
                      Auteur : Atreïs Helcar

                      Le retour jusqu’à la corvette était un calvaire pour l’agent qui souffrait d’un mal de crâne terrible. L’addition à son cerveau de parties cyborg était un renfort bienvenu pour le combat, mais son utilisation laissait le Gurlanin sur les rotules à chaque fois, comme si il nécessitait d’un temps d’adaptation. Ce qui était probablement le cas, et il en payait le prix désormais. Ses pas le traînaient de manière plus automatique qu’autre chose vers le Prédateur, alors qu’il lui semblait que son crâne était scié en deux, l’empêchant de simplement réfléchir.


                      L’accueil sur le vaisseau fut des plus froids, alors même que la caporale Naavis s’enquérait de manière insistante de son état. Lassé et épuisé, il finit par la regarder d’un œil noir, rassemblant ses dernières forces. Un œil si noir qu’il la ramena directement à l’état de proie pour le chasseur naturel qu’était Atréïs. Peu importait la forme qu’il employait, dans la chaîne alimentaire, il se situait immanquablement au dessus. Et il ne manquerait pas de le lui rappeler sitôt qu’il irait mieux.


                      Il s’enferma immédiatement dans sa cabine, ses vêtements et ses armes jonchant le sol rapidement. Ses tempes vibraient, à deux doigts d’être percées, son champ de vision réduit au strict minimum lui faisait voir des couleurs inexistantes dans l’espace blanc et son corps tout entier refusait de lui obéir pleinement. Les courbatures brutales de la migraine, différentes de celles qu’il ressentait après le combat, le firent s’avachir et se prostrer sur son lit. La Commandante Aureliana Irons, terrassée par sa propre cybernétique, n’était à cet instant qu’une proie facile pour quiconque entrerait. Heureusement qu’il avait sélectionné ses hommes lui-même. Au moins, cela lui donnait, entre deux poussées de douleur, la sensation d’être dans une relative sécurité. Mais cela ne durerait pas. Juste le temps de se reposer, quelques heures...


                      La nuit n’avait pas vraiment été reposante. La migraine qui lui cisaillait le crâne ne l’avait pas vraiment laissé en paix, et les informations affluaient à vitesse grand V dans son cerveau, retransmises directement par IA. Situation des différentes planètes, breaking news sur les attaques de Raxus Secundus, rapports du SIS, bulletin météo et atmosphérique, tout s’enchaînait à une vitesse folle pour le cerveau du Gurlanin qui n’avait aucun moyen d’enregistrer tout cela, encore moins dans son sommeil. En fait, il fallut que son cerveau se coupe totalement, épuisé, pour que l’afflux s’arrête et lui offre quelques heures de repos. Juste ce qu’il fallait pour repartir au minimum de ses capacités. C’était une horreur. Une situation qu’il ne connaissait pas, malgré son expérience. Il lui fallait absolument un technicien, quelqu’un pour l’aider.


                      La seule chose qui l’aiderait maintenant serait la douche. Sous la vapeur brûlante, il se retrouva à y passer bien plus de temps que nécessaire. C’était comme si l’eau chaude pouvait le nettoyer de toutes ses exactions, comme si il se purifiait l’âme. Et bien sûr, le bruit et la sensation de l’eau roulant sur sa peau le relaxait enfin. Quelle nuit de merde, quelle mission de merde. Il ne comprenait rien de ce qu’il se passait, il lui manquait des informations en nombre, et ce n’était pas les données qui l’aideraient. Alors autant essayer de se détendre. Mais peine perdue. A peine quelques minutes sous l’eau qu’il recevait déjà une communication.


                      -Commandante Irons ? Il faut que vous veniez voir ça. C’est important.


                      Tregar. Comme d’habitude le Besalisk ne se perdait pas en circonvolutions inutiles. Droit à l’essentiel au mépris de toute convenance militaire. Un de ces jours, il faudrait lui rappeler son droit à se déconnecter pendant dix minutes… Mais ce n’était pas pour demain la veille. Et puis, il fallait reconnaître au Sergent que c’était nettement plus agréable de composer avec quelqu’un qui ne faisait pas de ronds de jambes qu’avec les droïdes qui préféraient énoncer des instructions tout sauf claires. Ou avec des politiques qui ne manquaient pas de passer par mille tournures de phrases…


                      Il prit le temps de s’habiller malgré tout. Uniforme officiel, soigné et coiffé, il aurait l’air fatigué, mais au moins, ce serait avec une certaine dignité. A nouveau, il croisa son propre regard dans la vitre. Et maintenant ? Cette insurrection n’avait abouti à rien d’autre que des morts inutiles. Qu’est ce qui avait bien pu motiver tout ces types à mourir pour une cause perdue ? Il était évident qu’elle était vouée à l’échec, face à des droïdes et à l’armée, quel système aurait permis à leurs projets de se réaliser ? Soit il était en présence d’idiots finis, soit il y avait autre chose de latent, qu’il ne parvenait pas à pointer du doigt.


                      Son arrivée en salle de briefing n’était clairement pas à la hauteur de ses espérances. Il lui suffit de passer devant un hublot pour voir sa mine déconfite et comprendre qu’il ne faisait pas vraiment bonne impression. Néanmoins, le Besalisk eut la présence d’esprit et la décence de ne pas chercher à faire de trait d’esprit, pour une fois. Un regard d’Irons lui fit comprendre que c’était à lui de prendre la parole.


                      -L’information nous est arrivée grâce à l’un des droïdes qui a nettoyé derrière King, commandante. C’est un vrai coup de chance pour nous.


                      Il afficha sur l’holoprojecteur une image d’un corps qui semblait méconnaissable.


                      -Quand je dis coup de chance, c’est qu’il a à moitié brûlé suite à un incendie provoqué par la bataille. Du coup, ses fringues étaient bouffées par le feu, et ça nous a permis de voir ça.


                      Il zooma directement sur le corps, et plus précisément, sous l’omoplate droite. C’était discret, mais suffisamment remarquable. Une sorte de… phénix s’affichait. Certes, c’était inhabituel, mais pas totalement improbable. Hormis le mauvais goût patent, rien qui justifiât de sortir du lit un officier supérieur. Mais Tregar n’en avait pas terminé.


                      -C’est là où ça devient franchement étrange. Par pure routine, on a checké son identité. Ce type n’est pas un citoyen séparatiste. De ce qu’on a, il vient de Yaga Minor. Et il s’est jamais identifié nulle part.


                      L’Imperium. Ces enfoirés de l’Imperium avaient donc infiltré Raxus Secundus ? Mais pourquoi faire ? Cette planète supposément insignifiante n’était pas vraiment des plus importantes. A moins qu’ils aient quelque chose à voir eux aussi avec cette insurrection. La fatigue cumulée du Gurlanin couplée aux informations fit bouillir son sang un instant.


                      -Je prends le relais, Sergent. Mettez nous en orbite pour l’instant, que l’on soit un peu tranquille, et attendez mes instructions.


                      Ses subordonnés saluèrent et laissèrent la commandante tranquille. Celle-ci se dirigea vers un hublot pour regarder l’astroport raxien. Cette donnée changeait beaucoup de choses. Lui qui ne savait pas exactement où il allait devrait marcher sur des œufs désormais. Composer avec des rebelles était une chose. Avec l’Imperium, c’en était une autre. Mais d’abord, rassembler ses hommes. Il porta la main à son oreille.


                      -Sergent King. Ici la commandante Irons. Le Prédateur vous attend pour faire le point rapidement. Tâchez de venir au plus vite, c’est d’une importance capitale.

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                        Post n°46
                        Auteur : Atreïs Helcar

                        La mâchoire serrée, Atréïs, sous sa forme désormais habituelle de la Commandante Irons, se tenait bien droit devant l’holocommunicateur qui d’un moment à l’autre le mettrait en relation directe avec la Générale Suprême Valkoinen. Il redoutait la confrontation plus que n’importe quelle autre tâche. Non pas par peur -il avait déjà bien trop frôlé la mort et la chute pour ça-, mais par dégoût de ce qui se tramait. L’injustice régnait dans ces discussions, où il n’était qu’avili, réduit à un simple rôle d’exécutant dont la parole n’avait aucune valeur. Il ne parlait pas à la Générale comme à une égale, mais bien comme un subordonné s’adresse à son supérieur. Et cette laisse, ce collier à son cou le rendait hargneux, aigri. Pourtant, lui aussi en profitait avec ses propres subordonnés. Mais il ne se faisait pas encore à l’idée. C’était trop récent. Quelques mois, années, ne suffisaient pas à effacer une vie de liberté.


                        Seulement, il devait aussi composer avec la voix de la raison. Il avait perdu sa raison première de rejoindre la CSI, protéger Qiilura, et devait donc composer avec ce qui lui restait. Pire, il devait désormais sa carrière et sa vie à la Générale Suprême. Son honneur lui dictait d’être reconnaissant. Son instinct de survie l’instruisait d’être déférent. Sa tête lui hurlait de rester à sa place, pour qu’elle même restât à la sienne. Finalement, il entra dans le générateur d’hologramme. La Générale pourrait le voir. Pour une fois, il n’était pas dans un état lamentable. Il était soigné, il était digne et, malgré la fatigue. Au moins avait-il cela pour lui. Rapidement, la voix froide de la Générale retentit dans ses oreilles.


                        -Commandante Irons. J’espère que vous venez, vous, avec de bonnes nouvelles.



                        Ca partait mal. Les réseaux d’informations tournaient en boucle sur les attentats de Raxus Secundus, ceux de Cato Neimoidia, malgré la censure usuelle. On ne pouvait pas ignorer des bâtiments effondrés ou en flammes dans les différents systèmes de la Confédération. Ca ne durerait pas, mais c’était déjà suffisant pour mettre Valkoinen sur les dents.


                        -Une seule, Générale Suprême. L’insurrection a été matée, sans intervention de la flotte en orbite. Nous avons circonscrit le problème à la capitale, heureusement. Les pertes sont acceptables pour une attaque de la sorte.


                        -Vous savez ce que l’on dit, Commandante. Tout ce qui vient avant le « mais » n’a pas d’importance. Je vous écoute.


                        -Générale, nous n’avons pas l’absolue certitude, mais nous avons trouvé un corps de rebelle endommagé que nous avons identifié comme un citoyen Impérial du nom de Konrad Echtner, originaire de Yaga Minor. Ce qui nous amène à la première conclusion que l’Imperium est impliqué. Cependant, et je vous envoie l’image, nous avons également retrouvé sur lui un étrange tatouage.


                        La Générale se mordit la lèvre en voyant l’image du tatouage arriver. Cela confirmait ses craintes, à savoir que Cinder avait raison. Et cela, c’était intolérable. Le colonel cyborg l’avait devancée. D’un geste de la main, elle arrêta la Commandante.


                        -Cela confirme certaines craintes, Commandante. Nous avons récemment appris qu’un groupe criminel se faisant appeler l’Oiseau de Feu, opérant en territoire impérial, avait également des rancoeurs contre la CSI. En voici une preuve formelle.


                        La femme porta deux doigts à l’arête de son nez, réfléchissant quelques instants. Cela changeait beaucoup de choses, et en même temps… En même temps, elle pourrait tourner cela à son avantage. Il était temps que les choses bougent, elle le savait.



                        -Vous m’avez apporté ce dont j’avais besoin, Commandante. Félicitations pour votre réussite. Je vais vous faire transmettre les coordonnées d’un aide de camp du Grand Amiral Konstantine de l’Imperium. Il est temps que les exactions de ces groupes de sauvages cessent, et pour cela, nous devons travailler de concert. Faites le nécessaire avec eux. Vous avez ma confiance pour cela. J’ai échangé récemment avec le Grand Amiral sur Borosk. C’est un homme raisonnable, il saura vous faire orienter. Quant à moi, j’ai du travail. J’attends votre rapport au plus vite, Commandante.

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