Académiquement correct
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Post n°10
Auteur : Leiel OssoSief SAAD
Korvax et Osso regardaient, assez stupéfaits, la Sergente se débattre avec la porte. Le Conseiller à la Défense se fit silencieusement la remarque que, parfois, les secondes semblent bien plus longues qu' à l'accoutumée. Interminables, même. Mais King réussit malgré tout à vaincre la porte pour quitter la pièce. Korvax se tourna vers Osso, les joues encore rouges de son humiliante remarque.
- Je me demande ce qu'elle a voulu dire.
- A quel propos ?
Flottait encore sur le visage de la Sous-Préfète une expression de surprise amusée.
- Le geste qu'elle a eu, au moment de partir.
- Quel geste ? Excusez-moi, je ne vois pas à quoi vous faites référence.
- Sa main. Une sorte de...
Il tenta maladroitement de reproduire le mouvement, sans réellement y parvenir.
- J'ai pensé que cela devait avoir une signification. Elle est lorrdienne.
- King ? Mais je croyais qu'elle était orpheline... Elle connaît le langage cinétique ?
- Peut-être. C'est ce que cela m'a évoqué.
La remarque plongea Osso dans ses pensées, ce qui permit au Conseiller de prendre son courage à deux mains.
- Je dois vous dire, madame, que votre remarque au sujet de...
- Je sais, monsieur Korvax. Vous devez faire plus attention à ce qui se dit. Je ne vous en veux pas, mais faites un effort.
Le vieux Conseiller, qui attendait des excuses, écarquilla les yeux avant de s'empourprer à nouveau. Il balbutia.
- Mais bien sûr, madame. Je... ferai attention.
Son orgueil piqué le poussa toutefois à rajouter.
- Intéressant parallèle entre légitimité politique et valeur militaire, ne trouvez-vous pas ?
- Oh, sur la vertu d'une représentation démocratique ?
Osso se pencha vers Korvax, tout sourire.
- Je vous rappellerai simplement que vous non plus, vous n'êtes pas élu, Conseiller.***
Sur son datapad, les questionnements d'Osso s'empilaient : pourquoi des yeux noirs ? Est-ce iris et pupille ? Absence de pupille ? Une drogue de sythèse, de combat, récréative ? Une blessure à la tête ? La Sous-Préfète semblait attacher une importance particulière aux yeux de ses interlocuteurs du jour, puisque ceux étrangement lumineux de June n'y échappaient pas. Il regrettait le départ de Tel'Ilma. Ses rapports étaient toujours précis, organisés, lisibles. Elle parvenait à mettre en lien des éléments sans point commun visible à première vue. Maintenant qu'elle était remplacée par deux organiques et deux droïdes, il avait accès plus rapidement à ce qu'il cherchait, mais ne pouvait s'empêcher de se dire qu'il manquait quelque chose. Cela devrait attendre. Il devait s'occuper de la Sergente.
Justement, elle était là, scrutant la ville et plus loin la plaine fertile à travers la baie vitrée.
- Sergente ? Pardonnez-moi de vous déranger. Je suis M. Saad, nous nous sommes vus précédemment.
Il eut pour elle un sourire avenant, qui éclairait son regart d'une lueur d'amusement.
- La Sous-Préfète m'a confié la tâche de vous accompagner à vos quartiers. Elle insiste pour que vous soyez accueillie au mieux de nos capacités. Si jamais quelque chose ne vous convenait pas, nous tenons à vous satisfaire en rectifiant au plus vite la situation. Si vous le voulez bien, je vais vous conduire à la Caserne de la Préfecture. N'hésitez pas à me faire part de vos remarques.
Saad, sans être un géant, surplombait largement la petite Lorrdienne. Il se cachait dans son approche civile et relativement décontractée une certaine rigueur militaire, dans sa posture, dans certains de ses gestes.
Mais se mêlait à ce cadre formel une élégance plus fluide, quelque chose de très codé, de très ancien et de très moderne qui était tout à fait étranger à d'autres, comme Osso. Saad était un pur produit de la société raxienne et contrairement à ses concitoyens, il avait connu la plupart des échelons de l'immense échelle sociale sur laquelle la population de la planète se répartissait. Il tirait de ses expériences une aisance à évoluer dans bien des milieux, l'amusement du spectateur en permanence accroché à ses lèvres ou à son regard, et un Westar-34 caché dans son dos, sous sa veste fendue.
- Je vous propose une chose, glissa-t-il à la Sergente engoncée dans son impeccable uniforme. On va survoler la ville d'un peu haut. Ca vous permettra de vous faire une idée des lieux, voire même de vous donner des idées d'exploration. Vous venez de Géonosis il me semble. Vous allez voir, c'est très différent ici.
La pluie de la matinée avait rincé l'atmosphère de la poussière des champs. Le soleil avait bien entamé sa descente, le zénith passé ne cachait plus le croisant de Prime dans le ciel clair. Saad ouvrit la portière du véhicule pour permettre galamment à King de monter. L'assistant de la Sous-Préfète pris les commandes de l'appareil, décolla de la plate-forme du quatorzième étage, s'inséra habilement dans la circulation et commenta la visite.
- La tour de la Préfecture est la plus haute structure à des milliers de kilomètres. On la voit de très loin d'ailleurs. Nous sommes dans la plaine bessalienne. Le fleuve... là, vous voyez ? Le Du Bessal, il ne passe plus à l'intérieur de la ville, les méandres changent constamment son cours. D'ici, on comprend mieux les choses. Les quartiers sont concentriques, la ville est circulaire. Ce n'est pas la Préfecture qui est au centre, le centre a... bougé, avec le fleuve, pendant un temps, et puis les anciens ont laissé le fleuve gagner sa liberté. Aujourd'hui, ce serait davantage la cathédrale... un beau quartier ancien, mais progressivement dévoré par son voisin fortuné.
Saad passa trois-quart d'heures à décrire la ville, son architecture majestueuse mais assez lourde ( grandes portes, immenses fenêtres, mais jamais plus haut que quatre étages), ses quartiers ( des finances, du commerce, des tribunaux, chics ou perdus...), abreuvant King d'anecdotes historiques, amusantes, bien senties, et de recommandations sur les cantinas, les restaurants plus chics, les musées... Au-delà des anciens murs d'enceinte, des champs s'étalaient à perte de vue, des forêts broussailleuses vu de dessus. A l'horizon, on devinait à peine la silhouette d'autres villes.
Et puis, sentant une certaine lassitude de sa passagère, il piqua entre les speeders pour revenir au pied de la Préfecture. Qu'il parle ou qu'il se taise, Saad cherchait avant tout à mettre à l'aise son hôte. La libérer de l'obligation de répondre, la libérer de son propre discours en se taisant, ou la laisser s'exprimer à loisir, de toute façon, il était là pour qu'elle ne se sente pas trop seule. Il l'accompagna jusqu'au bureau du Commandant Ethan Parker, la cinquantaine bien tassée passée tranquillement derrière la paperasse, plus intimidé par l'uniforme parfait que par la petite Lorrdienne.
- Sergente, vous êtes la bienvenue dans la Caserne de la Préfecture. Le Lieutenant va vous conduire à vos quartiers.
Saad proposa à June de l'attendre dehors si elle voulait faire un tour, ou pourquoi pas, vider quelques cartouches dans le simulateur à côté. Il savait ce qu'elle allait trouver : une chambre fonctionnelle mais spartiate, le nécessaire sans le superflu. Curieux, appuyé contre la portière de son airspeeder, il pariait avec lui-même sur le fait qu'elle trouve ses appartements convenables, ou qu'elle décide qu'elle ferait mieux de s'installer ailleurs. Et si elle décidait de rester, il retournerait à ses propres obligations. Il était patient. Il le saurait bien assez tôt. -
Post n°11
Auteur : June KingRaxus Secundus...
Observant à travers les immenses fenêtres du palais le paysage de cette nouvelle planète encore inconnue qui s'offrait entièrement devant elle, June se plongea une nouvelle fois dans ses pensées, comparant Raxus Secundus avec les nombreuses planètes qu'elle avait déjà visitées au cours de ses aventures en tant que contrebandière et depuis plusieurs années comme soldate confédérée. Lorrd, Corellia, Manaan, Hoth, Géonosis ou encore Félucia, pour ne citer qu'elles. Chacune avait sa propre identité lorsqu'on prenait le temps de contempler les lieux - sauf depuis l'espace où Raxus ressemblait à n'importe quel autre caillou telurique. Cependant, June réalisa qu'elle n'avait jamais pris le temps d'observer attentivement le paysage de la planète sur laquelle elle se trouvait, à l'exception de Lorrd, sa planète d'enfance, et de Géonosis, la capitale de la Confédération qu'elle connaissait très bien. La capitale de Raxus Secundus, Raxulon, se révélait être à la fois originale et impressionnante de par son architecture totalement circulaire, ce qui contrastait de manière significative avec l'horizon sauvage et les vastes champs qui s'étendaient à perte de vue. Les bâtiments construits selon un design unique semblaient se fondre harmonieusement dans le paysage de la planète. Leurs formes complexes et composées de structures métalliques et de verrières étincelantes conféraient à la ville une atmosphère à la fois futuriste et industrielle. Cependant, malgré l'impressionnante ingénierie architecturale, June se demandait si cette esthétique lui plaisait réellement. Elle qui était plus habituée à des environnements froids ou secs, plus organiques et naturels, plus artificielles et militaires. Néanmois, elle ne pouvait s'empêcher d'admirer la complexité de Raxulon, lui reconnaissant un esthétisme unique.
Face à cette peinture, June resta silencieuse, scrutant les détails de la ville à travers les immenses baies vitrées du palais, en se demandant comment elle allait s'adapter à cet environnement. Mais pas le temps de se laisser envahir par des questionnements qui n'auront nullement de réponses, puisqu'une personne venait d'interrompre sa concentration en prononçant son grade à haute voix. Se retournant par surprise, elle vit l'assistant Saad s'approcher d'elle, accompagné d'un large sourire rayonnant. L'assistant était démesurément grand. Trop grand même. La jeune sergente semblait être une naine à côté de ce géant. Se redressant autant qu'elle pouvait afin de gagner désespérément quelques millimètres lorsqu'il était à côté, June n'écouta que d'une oreille ce qu'il disait - trop concentrée à vouloir être aussi grande que lui. Mais comprenant qu'elle ne pouvait définitivement pas le vaincre sur ce terrain, elle décida finalement de relâcher ses efforts en affichant une légère moue, écoutant d'une oreille distraite le reste du monologue de l'assistant qui l'invita chaleureusement à explorer la capitale en sa compagnie, offrant une visite en airspeeder qui permettrait d'admirer les différents sites depuis les hauteurs, avant de la conduire jusqu'à ses appartements situés à la caserne de la préfecture. À la proposition de l'assistant ; June sembla fortement intéressée par l'opportunité de découvrir de plus près ce nouvel endroit qui lui était encore inconnu, plutôt que de l'observer à travers une simple baie vitrée. Répondant avec un franc et sincère "oui" à la fin de la proposition de Saad ; la jeune Lorrdienne se sentit presque impatiente de voyager à bord de l'airspeeder et de partir à la découverte de l'histoire et de la géographie de Raxus en compagnie d'un autochtone qui lui servirait de guide.
...
Dans les hauteurs, à bord de l'airspeeder, la sergente ne savait plus où donner de la tête, tant son regard était captivé à chaque seconde par chaque petit détail qui se dévoilait soudainement devant ses yeux émerveillés. June agissait comme une petite fille face à un monde de merveilles en scrutant et enregistrant tout ce qu'elle voyait. La tour de la préfecture en était un parfait exemple. Cette imposante tour pouvait donner le vertige à quiconque osait la contempler trop longtemps depuis le sol, avec son architecture mêlant harmonieusement le baroque et le gothique dans un style futuriste blanc saisissant. Ou bien encore, le fleuve Du Bessal, qui autrefois serpentait le coeur de la capitale Raxulon, mais qui, au fil des années et de sa course naturelle, avait fini par suivre un nouvel horizon en s'éloignant des quartiers de la capitale. Cependant, le clou du spectacle était sans conteste la conception même de la capitale, avec ses contours entièrement circulaires et ses quartiers parfaitement agencés en cercles concentriques. Pendant la visite, June manqua plus d'une fois de passer par-dessus le airspeeder lorsqu'elle se penchait dangereusement par la portière afin d'observer la vue d'en bas, ou en se levant et s'appuyant sur le pare-brise, dans un réflexe irrépressible pour s'approcher de plus près d'un élément qui avait capturé son attention.
« — Et ça, qu'est-ce que c'est ? questionna-t-elle l'assistant lorsqu'il passait à côté d'un bâtiment inconnu. Et les grandes portes là bas ? pointa-t-elle du doigt pour désigner ce qu'elle regardait. Et les champs, plus loin, vous cultivez quoi ? s'intéressait-elle à tout. »
La visite aurait pu se prolonger indéfiniment de la même manière, mais la fatigue du voyage à bord du Prédateur et la discussion qu'elle avait eue avec la sous-préfète rattrapèrent rapidement la jeune confédérée. Dans un moment d'épuisement passager, June s'installa lourdement sur le siège passager du airspeeder, essayant tant bien que mal de dissimuler un bâillement sauvage tout en étirant ses bras. C'est à ce moment-là que l'assistant Saad prit la direction de la caserne.
...
Arrivant devant la caserne de la préfecture, June remercia chaleureusement l'assistant d'avoir pris le temps et la peine de lui faire découvrir la capitale depuis son airspeeder et de lui avoir transmis de nombreuses informations sur son histoire, avant de se diriger ensuite en sa compagnie vers le bureau du lieutenant Ethan Parker. Encore un lieutenant, pensa-t-elle en entendant Saad prononcer ce grade. Pour June, cela représentait un premier objectif à atteindre, et voir autant de lieutenants autour d'elle renforçait son désir de gravir les échelons et de devenir à son tour une officière supérieure. Elle voulait prouver à son mentor qu'elle était capable de tenir ses promesses, de devenir générale et de devenir la meilleure tireuse d'élite de toute la Confédération. Mais pour le moment, elle devra se contenter de saluer respectueusement et conformément au protocole son supérieur lorsqu'elle le rencontrerait. Face à la porte du bureau du lieutenant Parker, avant de le rencontrer, June esquissa un sourire discret en réalisant que l'assistant Saad la mettait au défi de montrer ses talents de tireuse d'élite, avec une subtile allusion en prétextant "vider quelques cartouches" dans un simulateur. Il était évident qu'il était au courant de sa spécialité de sniper, toutes les informations figuraient dans son dossier professionnel qui avait certainement été consulté par les personnalités importantes du palais. Mais, elle ne pouvait pas refuser un tel défi. Se tournant vers lui avec une expression à la fois espiègle et calculatrice, June accepta avec enthousiasme cette proposition.
« — Une fois mon rendez-vous avec le lieutenant terminé, ça sera avec grand plaisir, expliquait-elle en ne parvenant pas à masquer son sourire malicieux. »
Se retournant de nouveau face à la porte du bureau du lieutenant en se tapotant les joues pour faire disparaître ce sourire afin de reprendre son sérieux, June frappa à la porte et la franchit une fois invitée à entrer. De l'autre côté, un lieutenant d'une cinquantaine d'années, affichant plus, était noyé sous une paperasse plus haute que lui et observait la jeune Lorrdienne de la tête aux pieds.
« — Sergente June King, matricule MB-99. Je suis venue depuis Géonosis sur ordre de la lieutenante Gladmoore, accompagnée par la commandante Irons, afin d'assumer le rôle de première formatrice pour les futures recrues de l'académie militaire confédérée de Raxus, se présenta-t-elle d'une voix ferme, adoptant une posture parfaitement droite, les bottes serrées, mais saluant son supérieur de la main gauche, comme elle en avait l'habitude. Vous avez sans doute été informé de mon arrivée, j'aimerais prendre possession de mes quartiers dans les plus brefs délais afin de pouvoir commencer à travailler dès que possible, ajouta-t-elle d'un ton sec, prenant exemple sur l'attitude rigoureuse de sa supérieure. » -
Post n°12
Auteur : Leiel OssoSi Saad avait trouvé June assez agréable, les nouvelles qui s'affichaient sur son datapad ne l'étaient pas autant. Bergen avait eu de la visite et s'était répandu en imprécations auprès d'Osso qui, pour une fois, n'y était pour rien. Les messages s'empilaient. Ce qu'il en comprenait était que la Sous-Préfète avait enfin reporté le poids de la faute sur l'ancien Conseiller, mais qu'elle lui avait assuré qu'elle « verrait ce qu'elle pourrait faire ». Dans l'esprit de Saad, cela n'augurait rien de bon pour Leiel qui devrait naviguer entre les espoirs de Bergen et les attentes de ses supérieurs confédérés. L'assistant d'Osso eu un soupir amusé. Concentré sur le flot d'informations qui se déversait sur son écran, il ne voyait pas le temps passer.
Ce qui n'était pas le cas du Commandant Parker, qui se retrouvait avec la petite Lorrdienne sur les bras. Non seulement la dernière fois qu'il s'était trouvé dans cette situation, les choses s'étaient mal passées (le souvenir de la folle furieuse qui avait retourné la caserne lui avait laissé des brûlures d'estomac tenaces), mais en plus, Parker soupçonnait que si la Sergente était moins gradée que lui, ce n'était qu'une façade : la mission de King, quelle qu'elle soit, allait faire passer ses besoins ou ses envies avant les siens, et l'idée l'accablait encore un peu plus.
Néanmoins, c'est avec un sourire de circonstance qu'il accueillit King. Et puis il devait admettre qu'elle n'était pas aussi impressionnante que Vasburg. Qui n'était même pas en uniforme quand elle s'était pointée d'ailleurs. Pas comme la Sergente dont l'attitude et la tenue semblaient exemplaires.
- Sergente, bienvenue à la première caserne du secteur de la Préfecture. Nous avons pour ordre de faciliter au mieux votre séjour et nous avons mis à disposition des quartiers, bien sûr.
Parker jeta un regard presque paniqué à son Lieutenant, Walter Extar, qui fit « non » de la tête.
- Ah... heu... Nous devions aussi vous proposer un speeder...
Déjà, il s'engluait mentalement dans les précisions à donner à l'affaire. Il n'aurait pas dû en parler, de toute façon, King n'était pas encore censée le savoir.
- Mais il n'est pas encore arrivé ! Voilà. Nous nous en occupons, soyez-en sûre. Entre temps, vous avez accès aux parties communes, au simulateur, aux communicateurs. Et si vous avez besoin de quoi que ce soit, nous avons ordre de vous le fournir. Lieutenant, accompagnez la Sergente.
Le Lieutenant Extar s'était proposé de porter le barda de June, mais il n'insista pas quand elle garda la main fermement dessus. Lui aussi avait conservé du passage d'Elfriede Vasburg le sentiment amer d'être au mieux un amusement pour la représentante de la CSI. Il aurait espéré mieux, plus glorieux, mais les fonctions militaires dans la capitale raxienne ne lui permettaient pas vraiment de briller au combat ou à l'entraînement. En fait, ce qui brillait le plus chez lui étaient les boutons de sa vareuse. Pourtant, la sergent King ne lui semblait pas aussi impressionnante que sa collègue, mais l'expérience l'avait échaudé. Il utilisa un pass pour ouvrir les portes automatiques de la chambre de June puis il lui tendit la plaquette métallique.
- Vos quartiers, Sergente. Le mess sert les repas à 8h, 13h et 19h, mais ils sont souples sur les horaires, et puis ça vient de l'extérieur. Ca fait belle lurette qu'on a plus de cuisine. Ah oui, la vapodouche est un peu capricieuse, mais si vous flanquez un bon coup dans le moteur, ça redémarre très bien. Et puis la chambre d'à côté, c'est Dora Dizer. Elle est en patrouille, vous la croiserez demain sans doute, mais je dois vous prévenir : elle écoute de la musique tout le temps, et fort en plus.
June pouvait s'en rendre de mieux en mieux compte : la tenue de la caserne n'était pas ce qu'on pouvait appeler stricte. Les lieux étaient bien tenus, mais c'était le résultat des efforts des droïdes rattachés au poste militaire, et pas vraiment de ceux des organiques dont les fonctions semblaient largement administratives. Une certaine décontraction imprégnait les lieux, pas désagréable en soi, mais probablement pas tout à fait réglementaire.
D'ailleurs, ses quartiers eux aussi profitaient de l'esprit quelque peu laxiste de la caserne. La chambre en elle-même remplissait ses fonctions parfaitement. Mais on trouvait deux oreillers et une couverture de plus pliée sur le lit. La salle de rafraîchissement avait probablement été rafistolée plus au moins au dernier moment. Une goutte d'eau régulière faisait sonner le lavabo métallique, une indentation dans la paroi de la douche indiquait sans doute où frapper pour la faire redémarrer. On avait vécu ici, mais pas récemment. Les quartiers étaient bien tenus, et pour les rendre plus agréable, on avait remplacé les cintres dans l'armoire, les ampoules dans les éclairages, on avait sans doute changé la chaise du bureau, échangé les vieux draps pour un ensemble plus neuf. En somme, quelques efforts avaient été concédés. Pas assez pour transformer radicalement ce bastion oublié en forteresse rigide et martiale.
Le Lieutenant espérait sincèrement que tout convienne à la Sergente. Il la regardait parfois comme si elle allait se changer en malras et lui sauter au visage. Il avait mal au genou, maintenant, quand il pleuvait, cadeau de Vasburg, encore elle. Alors s'il pouvait éviter de mettre en rogne la nouvelle venue, c'était aussi bien.
Dehors, Sief Saad gardait les yeux rivés sur son écran. Sa soirée était entièrement réservée pour la Sergente. Il se doutait de ce qu'elle allait trouver sur place, et des remous que sa présence provoquerait dans ces lieux trop tranquilles. Et c'était parfaitement bien comme ça. Il était temps que Raxulon, la belle endormie, rouvre un peu les yeux. Ca commencerait par la petite Sergente. Saad était convaincu qu'elle saurait se faire respecter. Et pour être honnête, il avait hâte de voir ce que ça pourrait donner. -
Post n°13
Auteur : Super PNJAtanaé n’avait plus goûté à la liberté depuis longtemps, si l’on considérait la Préfecture comme sa prison aux barreaux dorés. Sauf que maintenant qu’elle était dehors, elle se rendait compte qu’il était bien difficile de se créer sa propre vie. Pleine d’espoir et de projets, elle avait claqué la porte du bureau, non sans laisser une fenêtre ouverte, comme d’habitude, mais l’attitude de la sous-préfète Osso avait été claire : il n’y aurait pas de retour en arrière possible, et il n’y aurait pas non plus de passe-droit. Elle était livrée à elle-même, désormais, sans rien d’autre que ses connaissances et ses maigres talents pour survivre. Sauf que ces talents n’étaient d’aucune utilité lorsqu’il s’agissait de manger ou de s’abreuver. La réalité était bel et bien là : Atanaé Tel’Illma était une gratte-papiers efficace mais sans envergure, habile mais peu volubile. En somme, elle était une administratrice comme les autres.
Et cela, elle l’avait compris lorsqu’elle avait cherché à joindre le Lieutenant Vasburg. Le souvenir de la femme aux cheveux noirs de jais, au sourire moqueur et charmeur, aux yeux impénétrables jetait en elle un trouble insondable qu’elle ne pouvait élucider. Et malheureusement pour la Wroonienne, il lui semblait qu’à nouveau, Elfriede Vasburg, officier de Marine, était inapprochable. Ses appels résonnaient dans les vents stellaires, ses messages restaient des bouteilles jetées à l’océan, désespérées et introuvables. Quoi qu’elle essayât, rien ne revenait à elle.
Il était vrai aussi qu’elle ne suivait pas, pour une fois, les indications qu’on lui avait donné. Vasburg lui avait dit de solliciter la Sergente June King. Non, elle avait dit qu’elle serait en contact sous peu. Mais comment le pourrait-elle, elle n’était ni de l’armée, et plus au gouvernement. Elle savait, grâce aux informations glanées avant son départ, qu’une Lorrdienne répondant à ce nom avait accosté sur Raxus Secundus à bord d’une frégate séparatiste. Alors… Etait-ce à elle de faire le premier pas ? Après tout, comment cette… June pourrait bien avoir connaissance de son existence ?
Son travail de recherche ne fut pas bien long. Posée devant son ordinateur personnel, holocom à la main et clavier sous l’autre, elle passait des appels, comme si elle n’avait jamais quitté la Préfecture. Sa frénésie était entâchée d’échecs désormais, puisqu’elle n’avait plus la carte de la sous-préfète à faire jouer, mais à force d’insistances et de questions, elle finit enfin par obtenir le contact qu’elle désirait. Celui-ci la fit sourire : le Commandant Parker et le Lieutenant Extar avaient eu maille à partir avec la Lieutenante, et peu importaient leurs suppliques et revendications. Les deux militaires étaient sur Raxus Secundus pour incompétence ou incapacité, et la CSI n’avait que faire de ce genre d’individus. Se faire remettre à leur place par une officière avait été classé sans suite, et les deux hommes s’étaient réfugiés derrière leurs jérémiades pour garder la face. Heureusement que les troupes régulières raxiennes étaient peu nombreuses… Cela évitait les ragots. Mais pas l’oeil et l’oreille d’Atanaé Tel’Illma qui appela la petite garnison. Le droïde réceptionniste ne fit aucun réel effort, à croire que le dilettantisme raxien avait déteint sur lui. Ou bien n’était-il pas programmé pour cela, n’étant qu’un protocolaire. Ce fut dans un « Je vous mets en relation avec la messagerie de la Sergent King » robotique que la communication se coupa.
-Bonjour Sergente King. Je me nomme Atanaé Tel’Illma, et je suis l’ancienne assistante personnelle de madame la Sous-Préfète Leiel Osso. J’ai contacté l’une de vos collègues, le Lieutenant Elfriede Vasburg de la troisième flotte…
A cet instant, elle se rendit compte qu’elle n’avait rien, absolument rien à offrir si ce n’était une volonté d’être utile autrement et ailleurs.
-Je souhaite travailler avec la Confédération, plus efficacement que tout ce que j’ai pu faire jusqu’ici. Je souhaite travailler avec le Lieutenant Vasburg, qui m’a dit de passer par vous. Accepteriez-vous une rencontre ? D’avance, merci, Sergente. Mes respects.Atréïs -
Post n°14
Auteur : June KingSurprise. Voilà l'état dans lequel se trouvait June lorsqu'elle découvrit le lieutenant de la caserne avec la tête enfouie sous des piles de feuilles en face de lui, longeant tout le bureau et qui tombèrent toutes au sol après avoir été frappé par la présence de la petite Lorrdienne qui se tenait droite devant lui. Curieuse réaction pour quelqu'un censé être informé de son arrivée. L'atmosphère du bureau était particulière, mais agréable : les meubles et bureaux étaient modernes et impeccables, propres, sans la moindre trace de poussière ; les volets étaient mi-fermés pour éviter l'éblouissement du soleil et le sol, en bois sombre, résonnait agréablement sous les talons. Un environnement propice au travail et non pour des siestes, comme celle qui venait de se terminer pour le commandant, se réveillant sur son fauteuil, installé derrière un bureau voisin avant de sursauter en fixant le lieutenant d'un air paniqué en remarquant la présence de la jeune sergente après avoir bâillé lourdement. Une réaction pitoyable qui laissait June assez dubitatif et qui remettait en question son professionnalisme et son sens de l'exemplarité. Cela n'était pas digne d'un séparatiste. Même s'il tenta de reprendre rapidement le contrôle de son attitude en observant attentivement la jeune Lorrdienne, ses expressions faciales trahissaient sa véritable assurance. Bien qu'il essayait de convaincre la sergente en lui adressant un salut chaleureux et en lui exprimant sa satisfaction de la voir séjourner dans la caserne, quelque chose clochait. Surtout lorsqu'il se mit à énumérer certaines choses, tels que ses quartiers et la disponibilité d'un speeder personnel, tout en jetant de nombreux coups d'œil en direction du lieutenant. Cela voulait tout dire. Rien n'était prêt. Rien n'avait été anticipé, et il avait clairement oublié l'arrivée de la jeune confédérée. June ne prit aucunement la peine de répondre aux explications peu convaincantes du commandant, lui adressant seulement un regard de dégoût. Si celui-ci n'était pas en mesure de gérer correctement l'arrivée de la formatrice dans la caserne militaire de la préfecture, alors qu'elle était sous sa responsabilité, pourquoi lui accorder une réponse ? Même si elle ne l'estimait guère, June salua tout de même son supérieur à la fin de son monologue et suivit le lieutenant qui ouvrit le chemin pour lui montrer ses futurs appartements, sans décrocher le moindre mot.
Une fois à l'extérieur du bureau du commandant, le lieutenant Extar prit la peine d'accompagner sa nouvelle collègue jusqu'à ses quartiers. Fraîchement débarquée dans la caserne, cette dernière ne connaissait pas encore les lieux et avait besoin d'une présence à ses côtés pour éviter de se perdre - du moins, jusqu'à ce qu'elle s'acclimate et mémorise son nouvel environnement. Alors que le lieutenant utilisait un pass pour ouvrir les portes des appartements de l'instructrice King, en lui remettant ensuite la plaquette, il expliqua brièvement les instructions de la caserne afin qu'elle puisse se familiariser avec l'ambiance et les règles à suivre. Écoutant attentivement ce qu'il avait à dire, June commença à froncer les sourcils en se posant plusieurs questions intérieurement tout en tapotant légèrement du talon pour signaler son mécontentement. La caserne de Raxus était à l'opposé de celle de la base militaire de Géonosis. Le laisser-aller semblait être la règle d'or et tout semblait permis. Que faisaient le commandant et le lieutenant ? Étaient-ils les seuls officiers supérieurs ? Le réveil se faisait-il à sept heures ? Trois repas par jour, et les retards étaient autorisés ? Les chambres étaient toutes confortables avec un supplément de draps ? La musique était autorisée dans les dortoirs ? Où était la patrouille de cette Dora ? D'ailleurs, quelle patrouille ? June n'avait croisé personne lors de sa traversée dans la caserne, et elle n'était pas grande, elle aurait dû en croiser. Pourquoi n'en avait-elle pas aperçu une ? Posant son petit sac personnel à ses pieds, June soupira profondément tout en se massant lentement et régulièrement ses sourcils, fermant les yeux en contrôlant sa respiration. Elle faisait tout son possible pour se retenir de hurler sur le lieutenant qui semblait ne pas saisir la négligence dont il faisait preuve, tout comme le commandant - qu'elle jugeait depuis le début comme inapte au poste de directeur de la caserne et ne méritant absolument pas son grade. Lorsque June rouvrit les yeux en expiration bruyamment pour capter l'attention du lieutenant ; elle dit d'un ton autoritaire en fixant les yeux de son collègue, à l'image même de sa mentore :
« — Retournons au bureau de l'incompétent, il est temps de remettre de l'ordre, lieutenant ! s'exclama-t-elle en ne laissant nullement de place pour une quelconque réponse. »
Le retour se déroula comme à son habitude, avec l'impression que le trajet était plus court et rapide qu'à l'aller. June et le lieutenant Extar - qui était resté silencieux tout au long du trajet -, finirent par atteindre les portes du bureau du commandant. S'arrêtant devant elles, June hésita un instant de faire ce qu'elle avait l'intention de de faire, avant de finalement se décider de continuer et de mettre son oeuvre à exécution. Elle savait qu'il était trop tard pour faire machine arrière, surtout quand elle jeta un regard furtif au lieutenant qui était visiblement nerveux et mal à l'aise. À cette vue, elle ressentit un certain plaisir malsain. Peut-être était-il terrifié à l'idée de ce qu'elle s'apprêtait à faire, même s'il n'en avait aucune idée précise. Une satisfaction grandissante s'empara d'elle lorsqu'elle l'observa du coin de l'oeil, sûr de rien. La sergente progressait petit à petit et bientôt, elle serait capable d'inspirer la peur et le respect, à l'instar de la lieutenante Gladmoore, lorsque cela serait nécessaire pour imposer la crainte et l'obéissance. Bien sûr, ce n'était pas quelque chose à utiliser en permanence, il était important de savoir manier cet art correctement et avec discernement ainsi qu'au moment opportun, plutôt que de manière capricieuse. Reprenant ses esprits en secouant discrètement la tête, June inspira profondément et ouvrit les portes avec détermination. À présent, c'était tout ou rien. Avançant d'un pas assuré, les mains jointes dans le dos et le menton relevé, elle se tint face au commandant Parker, qui semblait être manifestement plus absorbé par autre chose que par les problèmes de la caserne ou par la sergente. Debout avec une posture droite, dominante son horizon et un visage impassible, June fixa les yeux du commandant et prit la parole d'un ton autoritaire, supérieur, mais surtout glacial.
« — Commandant Parker, vous êtes un échec en tant que supérieur et responsable de cette caserne. Vos méthodes pathétiques et votre manque total d'autorité sont une insulte à l'armée confédérée. Vous avez démontré votre incompétence à maintenir la discipline et à inspirer le respect. Votre gestion laxiste et votre présence fantomatique ne font que ternir cette institution, déclara-t-elle sur un ton méprisant en regardant le commandant dans les yeux. Je vous rappelle que nous sommes dans une caserne militaire, pas dans un club de vacances, ironisa-t-elle alors que le commandant tentait de l'interrompre. Silence, commandant ! Vos paroles sont sans importance. Ne vous attendez à aucune clémence de ma part. Ce que j'ai vu, lu et entendu sur vous et votre caserne ne me permet pas de vous accorder le moindre respect. Votre incompétence ne sera plus tolérée, affirma-t-elle sur un ton autoritaire, tandis que le commandant restait silencieux, évitant son regard. N'essayez pas de me défier. Je suis ici sur la demande personnelle du colonel Graff et de la commandante Irons ainsi que d'autres hauts gradés de la Confédération. Ma mission est de rétablir la discipline et de former de véritables soldats séparatistes, pas de vulgaires réservistes incapables d'effectuer cent pompes d'affilée ou de tirer à côté d'une cible immobile comme vous le faites, ajouta-t-elle en énumérant plusieurs noms pour renforcer son autorité, même ceux qu'elle n'avait jamais rencontrés. D'ailleurs, parlons des pompes. Depuis combien de temps n'en avez-vous pas fait ? questionna June en affichant un visage de dégoût en observant le commandant. À partir de maintenant, je prends le commandement de la caserne. Quittez mon bureau et installez-vous là-bas, indiqua-t-elle en désignant un bureau au hasard dans un coin sombre. Lieutenant Extar, vous allez trier cette montagne de paperasse qui est sur votre bureau et en remettre la moitié entre les mains du commandant. Il aura enfin quelque chose à faire avec tout ce temps libre dont il semble si bien profiter, ajouta-t-elle en s'amusant à torturer davantage le commandant avec un sourire narquois, savourant chaque instant. »
Comment cela avait-il été possible de la part d'une simple sous-officière ? Une simple sergente donnant une leçon et un ordre aussi violent à un officier supérieur, et ce dernier ne prenant même pas la peine de réagir, ne serait-ce qu'une seconde ? June savait que tout ceci n'allait certainement pas être sans conséquences, et qu'elle devrait tôt ou tard répondre de cette action. Après tout, elle venait de destituer complètement de toutes ses fonctions un commandant, un supérieur hiérarchique. Mais la satisfaction d'avoir agi pour ce qui était juste et bon était immense, sans oublier le fait qu'elle avait ressenti quelque chose de fort en elle qui lui avait donné ce courage soudain pour le faire. Comme une petite voix intérieure la guidant. Dorénavant, elle se rendait compte qu'elle était capable de prendre des décisions importantes et d'assumer des responsabilités bien plus grandes qu'auparavant. Certes, le commandant ne s'était absolument pas défendu, et son lieutenant était resté silencieux pendant l'intégralité du monologue de la petite sergente, semblant transparent. Mais, ce fut tout de même une première victoire et un premier test réussi. Savourant sa conquête en observant le commandant s'exécuter sans aucune forme de contestation en allant s'installer sur le bureau voisin, en s'excusant presque lorsqu'il se leva, June redressa son uniforme en tirant sur les extrémités avant d'annoncer qu'elle devait régler quelque chose avant de s'attaquer au travail. Sortant de la pièce du commandant - nouvellement devenue la pièce de la sergente - ; June se dirigea à l'extérieur de la caserne pour y retrouver l'assistant Saad, qui patientait encore près de son airspeeder.
« — Rebonjour monsieur Saad. Je m'excuse de vous annoncer ça brusquement, mais je vais devoir rester ici pour remettre de l'ordre et réveiller la caserne qui semble totalement endormie. La discipline manque cruellement et étant désormais la directrice de ce lieu, je vais avoir énormément de travail, s'excusa-t-elle en faisant comprendre qu'elle allait être occupée. Malheureusement, nous allons devoir remettre notre petite séance de tir à une prochaine fois, affichait-elle une grimace en annonçant cela. Mais, vous savez où me trouver. Et lorsque tout sera plus calme, alors nous pourrons vider quelques cartouches ensemble, retrouva-t-elle le sourire en s'imaginant tirer comme elle aimait le faire. »
S'excusant une nouvelle fois en saluant amicalement l'assistant Saad, June se dirigea à nouveau vers le bureau. Son bureau. Mais à peine avait-elle pénétré dans la caserne qu'un droïde protocolaire fit une apparition soudaine, surprenant la sergente qui poussa un court cri avant de poser sa main gauche sur son buste dans un réflexe inutile tout en essayant de retrouver un souffle normal. Regardant le droïde d'un air assassin en lui demandant violemment ce qu'il voulait, ce dernier répondit d'une manière ennuyeuse qu'un message privé l'attendait et qu'elle pouvait le consulter via son datapad, son holocom ou l'ordinateur du commandant qui lui appartenait dorénavant. La caserne disposait donc d'un droïde protocolaire ? Première nouvelle, se dit-elle intérieurement avant de réaliser que l'ordinateur du commandant avait changé de propriétaire sans même l'avoir touché une seule fois ou en avoir fait la demande. Troublée par ce qu'elle venait d'entendre et de se dire silencieusement, ses yeux se mirent à briller comme à leur habitude. Partant rapidement sans remercier le droïde pour retourner dans ses quartiers afin d'y récupérer son datapad, June pouvait déjà sentir la pression de ses nouvelles responsabilités peser sur ses épaules. Tout allait s'enchaîner rapidement à présent. Utilisant le pass magnétique que le lieutenant Extar lui avait remis plus tôt pour entrer dans ses appartements, June récupéra son datapad professionnel ainsi que son holocom. Le travail venait de commencer réellement. Allumant sans attendre le datapad, elle put y apercevoir un message en attente de la part d'une certaine Atanaé Tel'Illma. Écoutant le message en marchant dans les couloirs pour rejoindre le bureau du commandant, Atanaé, dans son message, semblait vouloir travailler étroitement avec la Confédération maintenant qu'elle n'était plus au service de la sous-préfète Osso. Mais surtout, elle voulait passer par la jeune sergente pour entrer en contact direct avec le lieutenant Vasburg, l'une des nombreuses personnalités de la commandante Irons, ou d'Atréïs, peu importe sa véritable identité après tout. Soupirant légèrement de déception après avoir espéré que le message soit pour sa future académie, June répondit tout de même au message avant d'entrer dans le bureau du commandant.
« — Cela serait avec joie de vous recevoir, Madame Tel'Illma. Vous pouvez me retrouver à tout moment à la caserne de la préfecture, plus spécifiquement dans le bureau du commandant, que j'occupe à présent, répondit-elle, sans vouloir éterniser sa réponse en précisant ni heure ni jour, seulement l'endroit où la retrouver. »
Une fois son message envoyé, June pénétra dans le bureau du commandant et put avec amusement apercevoir ce dernier tenant une feuille dans chaque main, visiblement débordé par le travail qui n'en finissait pas. Esquissant un léger sourire narquois en sa direction, elle demanda ensuite l'attention du lieutenant et du commandant.
« — Je vois que vous travaillez durement. C'est bien, tâchez de continuer comme ça à l'avenir, dit-elle d'un ton autoritaire, signifiant qu'elle attendait une amélioration. Sachez que pour votre plus grand plaisir, la paperasse sur vos bureaux pourra attendre demain avant d'être terminée. J'ai fort à faire et je ne veux pas être dérangée par vos bruits de feuille, expliqua-t-elle en s'installant sur le fauteuil du commandant, désormais le sien. Retirez-vous de mon bureau et assurez-vous que tous les membres du personnel, ainsi que toutes les unités, soient au courant du changement de commandement. Tout manquement à mes règles sera sévèrement sanctionné, menaça-t-elle ses collègues. Demain, je veux tout le monde dans la cour d'entraînement à cinq heures précises, aucun retard autorisé, s'exclama-t-elle en posant son datapad et son comlink sur le bureau, regardant ensuite le lieutenant et le commandant quitter la pièce. »
Une fois seule dans la pièce de commandement qui était dorénavant la sienne, June prit son datapad professionnel et consulta immédiatement plusieurs profils de formateurs séparatistes qui pourraient être utiles pour l'aider à former les prochaines recrues de l'académie de Raxus. En tant que formateur, elle avait accès à certaines bases de données ainsi qu'aux profils de ses confrères instructeurs. Bien évidemment, son profil était également visible par ses collègues. Faisant défiler les fiches les unes après les autres en conservant les plus intéressants, June attendit aussi la venue de cette fameuse Atanaé Tel'Illma. Il n'y avait aucun doute, June venait de commencer sa nouvelle aventure avec détermination. -
Post n°15
Auteur : Leiel Osso- C'est que... à la base... c'est moi, l'armur...
Le Lieutenant Extar n'eut pas le temps de finir sa phrase que la tornade lorrdienne avait déjà reconfiguré les bureaux. Et pire ! Parker ne disait rien, n'osait rien dire, même s'il était rouge comme un rôti de nerf cru, congestionné comme s'il allait s'étouffer dans la minute. Extar tria les documents aussi rapidement qu'humainement possible, et s'enfuit du bureau en espérant que la tempête s'apaise.
Le Commandant, lui, n'avait plus assez de documents derrière lesquelles se cacher. Bouffi de scandale et d'humiliation, il était réduit à remettre le nez dans des papiers vieux de plusieurs semaines alors que son bureau, son propre bureau ! était réquisitionné par cette... cette quoi en réalité ? Sergente, elle n'aurait ni droit ni ascendance. Formatrice détachée... la chose était moins claire, d'autant plus qu'elle traînait dans son sillage l'aura d'autorité qui allait avec l'état-major de la CSI. Lui... il n'avait jamais quitté sa planète natale. Ni même son continent d'origine. Doué pour rester en place en bougeant le moins possible, Parker avait fait son trou sans dépenser d'énergie et carrière par entropie. Il était là alors que d'autres partaient, il fallait bien le faire grimper dans les échelons.
Et la situation, il aurait pu l'accepter pour plusieurs raisons. La première, c'est que toute jeune qu'elle soit, June King semblait particulièrement sérieuse dans l'exécution de sa mission, et qu'il reconnaissait certains... manquements de sa propre part. Elle avait donc, automatiquement, préséance sur lui, même si la chose pouvait être discutable. Ensuite, King n'était pas là pour durer. Il en avait vu, de jeunes officiers tout feu tout flamme qui avaient fini par se décourager et demander leur mutation. La Sergente serait partie dans quelques mois, l'année prochaine au plus tard, et la caserne retrouverait le cours normal de son activité.
Non, ce qui était insupportable pour Parker, c'était que King avait confisqué son bureau. Celui du milieu, le plus grand, avec le comm' le moins vétuste, l'air conditionné juste sur le côté, et le fauteuil tournant. Devant une telle injustice, le Commandant profita de son assignation à la paperasse pour envoyer discrètement un message bien senti à la Préfecture. Après tout, c'est elle qui le mettait dans pareille situation, c'était à elle de régler le problème... en envoyant, de préférence, King en orbite de Prime.
Pendant ce temps, les soldats Dora Dizer, Tod Bid, B1-11m, B1-43m et le Sergent Dom Staim revenaient de leur patrouille techniquement inutile. Raxus était un monde calme, sans crise civile récente, à la criminalité faible. Les casernes avaient cependant perduré dans le temps, revenant même un instant à la mode lors de l'entrée de Secundus dans la Confédération. L'engouement fut de courte durée : sans entraînement militaire à proprement parler, les recrues « populaires » ne servaient pas à grand chose sur les fronts galactiques. Seuls les fils et filles des grandes familles pouvaient se permettre d'étudier hors-monde et de faire plus brillamment carrière que leurs concitoyens plus modestes. Alors les patrouilles n'avaient rien de militaire. La présence des soldats dans la caserne avait simplement un effet apaisant sur la population. Parfois, si la police en faisait la demande, les militaires l'assistaient sur certaines interventions. Et c'était bien suffisant.
Ce manque de but avait lentement corrompu l'idée pivot de la grandeur de l'armée. Les patrouilles modernes servaient davantage à se faire graisser la patte qu'à insuffler un sens de l'ordre légitime chez les habitants de la planète.
Ce fut la raison pour laquelle Dizer donna un coup de coude dans le panneau coulissant de la porte du bureau du Commandant pour accélérer le mouvement et pénétra la pièce en brandissant un sachet de pâtisseries qu'un local avait bien voulu « offrir » aux militaires.
- Hey Chef ! J'ai vos préfffff... aïe !
Son arrêt brutal n'avait pas été perçu assez vite par ses camarades qui lui rentrèrent dans le dos et protestèrent brièvement avant de réaliser la raison de la manœuvre surprise. Staim toussa brièvement dans son poing, fit un pas de côté pour se placer à la gauche de Dizer, alors que Bid prenait place à la droite de la Dévaronienne, suivi par les deux B1 Bim et Bam.
- Sergent Dam Staim, première caserne de la Préfecture au rapport, Commandant !
Mais le Commandant ne répondait pas. Au lieu d'examiner l'état de la patrouille, il fixait King comme si elle allait à nouveau exploser. Le jeune Tolothien fut bien obligé de poursuivre.
- Rien à signaler, monsieur !
La peau sombre, la coiffe très blanche, Staim ne savait plus à quel saint se vouer. Dizer, de son côté, avait balancé le sac de choux à la crème au Lieutenant Parker qui avait eu la chance de rester de l'autre côté de la porte quand elle se ferma, mais n'avait pas eu assez de fortune pour rattraper correctement le paquet : il avait écrasé les pâtisseries et leur fourrage maculait à présent son uniforme. Dizer, elle, n'en menait pas large non plus, fixant la Sergente avec effroi. Son salut, quoi que réglementaire, ne venait que trop tard après son arrivée en fanfare et la Dévaronienne n'osa pas chasser sur le champ de son visage la longue mèche rose vif qui sortait de sa casquette. Cependant, lentement mais sûrement, la défiance revint s'immiscer dans ses efforts de discipline et la main qui saluait attrapa délibérément les cheveux pour les glisser derrière son oreille.
Bid, lui, petit Twi'lek vert aux longs lekkus enroulés autour de son cou, semblait bien plus placide que ses camarades, probablement parce qu'il se moquait un peu des enjeux qui se déployaient sous ses yeux. Il avait fait la patrouille, il n'était pas officier, il ne pouvait rien lui arriver de vraiment fâcheux. Son salut, par conséquent, était un peu mou et son garde-à-vous ne tenait pas la distance.
Les deux membres de la patrouille qui brillaient par leur tenue exemplaire étaient les deux droïdes B1 surnommés « Bim » et « Bam ». Ils attendaient qu'on les présente à la nouvelle venue sans broncher, mais suffisamment attentifs pour comprendre que la hiérarchie de commandement dans la situation actuelle n'avait aucun sens.
Staim attendait depuis trop longtemps que son Commandant lui présente la nouvelle venue alors il décida de prendre les choses en main pour alléger, si c'était possible, l'atmosphère glaciale de l'endroit.
- Heu... Hmm. Sergent Staim, donc, voici les soldat Dizer, Bid et Bim... B1-11m et B1-43m, madame. Est-ce que je peux savoir qui...
C'est alors que l'information, passée en coup de vent il y a un moment, refit surface dans sa mémoire.
- Aah, mais vous êtes la formatrice, n'est-ce pas ! De vous avoir vue au bureau du Commandant, je dois dire que j'ai eu un peu peur que quelque chose de grave ne soit arrivé. On vous a dit pour le speeder ? Il avance, au sol ça passe très bien, mais... en... l'air...
Son regard était lentement mais irrésistiblement attiré par les gestes plus ou moins discrets de Parker qui enchaînait les mouvements de main pour interrompre son Sergent.
- Heu... ravi de faire votre connaissance, Sergente !
L'équipe était au complet : les cinq organiques de la caserne étaient présents, ainsi que deux droïdes plus chanceux, ou talentueux, que les autres. Et tous se demandaient à quelle sauce ils allaient être mangés.
- C'est que... Daroda est Mirialan, madame...
Osso leva des yeux lourds sur son secrétaire.
- Et ?
- Eh bien... c'est que... deux de vos Conseillers sont déjà Mirialan et...
- Sapoj, pour la dernière fois, je me fiche de la race des candidats ! Je veux les meilleurs, les mieux adaptés à la fonction, ceux qui auront les meilleures idées et la race, le sexe, l'âge de celui ou celle que je retiendrai n'ont aucune importance. M'avez-vous enfin comprise ?
- Mais... pour la représentation populaire, ça pourrait...
- Quelle représentation populaire ? Les Conseillers ne sont pas élus. Je ne suis pas élue. A la limite les Gouverneurs des Provinces, et encore... c'est un vote censitaire ! Et puis vous m'agacez. Reprenez la liste. Quand vous aurez défini intelligemment, j'insiste, les candidats à la fonction de Conseiller aux Finances, on triera tout ça ensemble et on avisera. Et dépêchez-vous !
Déjà l'Heptooinien disparaissait derrière la porte du bureau blanc et Osso se permit un long soupir. Bergen la mettait dans une position intenable. Assigné à résidence, il ne pourrait même pas devenir le prétexte à une cérémonie publique qui aurait pu servir d'intronisation de son successeur. Successeur qui n'existait pas encore, d'ailleurs, même si les candidatures spontanées n'avaient pas manquées. Elle-même espérait convaincre Byron Oï'Tavel de briguer le poste : il apporterait, en plus des qualités qu'elle lui reconnaissait, son nom, celui d'une des Maisons de la planète, une légitimité décuplée, un regain de popularité, peut-être. Et le soutien des Oï'Tavel et de leurs alliés.
Ses pensées furent interrompus par un toc à la porte.
- Quoi encore, Sapoj ! Ne me faites pas croire que vous avez fini !
- Madame, excusez-moi, ce n'est que moi.
- Pardon. Entrez Saad. Je ne vous attendais pas si tôt. Comment les choses se sont-elles déroulées ?
Le sourire narquois de Sief Saad ne tombait pas de ses lèvres.
- Ah, madame, vous auriez sans doute aimé voir cela.
- Vous l'avez battue au tir ?
- Du tout. Nous n'avons pas eu l'occasion de nous voir, après tout.
- Que voulez-vous dire ?
- Eh bien il semblerait que la Sergente King ait assez de ressort pour entreprendre la refonte de la caserne de la Préfecture.
- Quoi... déjà ?
Saad hocha la tête, tout sourire.
- J'ai reçu une plainte du Commandant Parker en personne, dénonçant les exigences intolérables et le manque de respect de la hiérarchie de la part de la Sergente King. Il réclame sa délocalisation dans une autre caserne.
- Cela tombe très mal... Avec le départ de Bergen... imaginez si Parker démissionnait ?
Ils échangèrent un regard faussement effaré, puis éclatèrent de rire.
- Aaah. Vous irez la chercher pour quatorze heures. Je m'en voudrais de contenir ses élans et refuser à la caserne de la Préfecture un réveil en fanfare. Peut-être qu'elle saura manoeuvrer dans ces eaux troubles. Peut-être qu'elle sera davantage qu'un pion et sera véritablement utile à l'Académie, après tout. Demain quatorze heures dans mon bureau, monsieur Saad.
- Ce sera fait, madame.
- C'est que... à la base... c'est moi, l'armur...
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Post n°16
Auteur : Super PNJ- Cela serait avec joie de vous recevoir, Madame Tel'Illma. Vous pouvez me retrouver à tout moment à la caserne de la préfecture, plus spécifiquement dans le bureau du commandant, que j'occupe à présent .
Telle était la réponse renvoyée par la Sergente King. Laconique, courte, minimaliste, même. Atanaé se demanda soudainement si elle faisait bien de contacter cette soldate dont elle ne connaissait rien, finalement, tout ça dans cet espoir fou de revoir quelqu’un d’autre qu’elle ne devait même pas connaître. Mais elle suivait les consignes qu’on lui donnait, et ce trait de caractère, elle le portait au plus profond de sa chair, finalement. Et puis, il lui fallait admettre que la réponse était intéressante. Pourquoi préciser de la retrouver au bureau du commandant ? Que signifiait « l’occuper à présent » ?
Pour Atanaé, il était évident désormais que la jeune femme avait dû entrer en collision avec le commandant Parker. Celui-ci, à l’époque, s’était déjà plaint des pratiques de la CSI, et en particulier de Vasburg. Si King était du même moule, alors il y avait fort à parier que la confrontation serait terrible entre les deux. Tout du moins verbalement. L’homme, même en tant qu’officier supérieur sur Raxus Secundus, n’avait pas une once d’autorité, et encore moins d’influence, celle-ci se limitant à peine à la caserne. L’armée raxienne était une blague courante dans la population, qui s’enorgueillait plutôt d’un passé certes belliqueux, mais glorieux et indépendant. Dorénavant, on avait plutôt tendance à plaisanter sur ce genre de sujets.
« Je dormais bien avant de rejoindre l'armée, parce que je savais qu'ils veillaient sur moi. Pendant mon service, je dormais mal parce que c'est moi qui montais la garde. Depuis la fin du service, je ne peux pas dormir du tout parce que je sais quel genre de « gardiens » veillent sur nous. » Cela plaçait le niveau d’estime des Raxiens pour leurs soldats. Mais cela ne concernerait sans doute pas Atanaé, qui n’avait rien à voir avec eux. Elle était une administrative, et étrangère qui plus est. Mais elle savait ce qu’elle faisait, contrairement à beaucoup qui se contentaient de se laisser porter par le courant. Vêtue de son meilleur tailleur, pantalon et veste noire qui faisaient ressortir le teint de sa peau et ses cheveux violine, elle était totalement parée. Elle se présenta à la caserne où le droïde protocolaire local lui indiqua le bureau proprement dit.
La caserne était un bazar immonde. Inutile de se demander plus longtemps pourquoi la sergente King avait décidé de prendre le commandement, surtout en venant de la part de la CSI. En même temps, absolument personne n’avait besoin d’eux. Une fois de plus, elle se demanda ce qu’elle faisait là, puis elle se ressaisit, et toqua à la porte du commandant. Ce fut sans réelle surprise qu’elle posa les yeux sur les deux soi disant officiers supérieurs avant de les reporter sur la Sergente. Elle inclina doucement la tête avec un léger sourire.
- Sergente King, c’est un honneur. Je vous remercie de m’avoir permis de vous rencontrer si tôt, et je remercie également votre collègue, le Lieutenant Vasburg, de m’avoir donné votre nom.
Elle savait très bien qu’elle mettait directement les pieds dans le plat. Mais après tout, si elle tenait vraiment les officiers, il ne devrait pas y avoir de problèmes...Atréïs -
Post n°17
Auteur : June KingLes jambes croisées l'une par-dessus l'autre sous le bureau ; le dos parfaitement droit ; le menton dominant l'horizon ; les yeux fixant le datapad tenu fermement dans la main droite : June était assise triomphalement sur le confortable fauteuil pivotant du commandant, tandis que ce dernier, visiblement déshonoré par la nouvelle venue, se retrouvait dorénavant obligé de rester derrière le bureau voisin. La sergente ne daignait même plus accorder la moindre attention à celui qu'elle avait destitué brutalement de ses fonctions lorsqu'il prit place derrière son nouveau bureau, se concentrant pleinement sur la recherche de formateurs séparatistes en faisant défiler avec son autre main les nombreux profils pour configurer son prochain groupe d'instructeurs. L'expression qu'elle affichait légèrement à cet instant démontrait un certain sadisme, un malin plaisir à profiter de la situation, surtout lorsqu'elle ressentait le regard du commandant la parcourir. Pour accentuer davantage sa domination et accroître son emprise sur ses collègues, June prit la télécommande du climatiseur et appuya avec autorité sur le bouton rouge, provoquant l'arrêt immédiat de l'air conditionné. Cette simple action de sa part devait faire comprendre au commandant, ainsi qu'au lieutenant, que la caserne allait connaître un changement drastique à partir de maintenant. Désormais, elle redeviendrait un véritable bastion militaire confédéré où l'on formait de fiers soldats Raxiens, de puissants soldats séparatistes, et qu'ils n'avaient pas le moindre mot à dire. La caserne n'était pas un lieu pour des jeux d'enfants avec du sable et des pelles. Non, c'était un endroit dédié à l'apprentissage de la discipline, de l'honneur, du respect, du courage et de la dignité. Toutes ces valeurs militaires que le commandant avait visiblement abandonnées depuis longtemps.
Alors que l'air frais du climatiseur s'arrêta soudainement de s'engouffrer entre les jambes de la jeune sergente - laissant s'installer une sensation de chaleur étouffante et lourde -, les portes coulissantes du bureau du commandant s'ouvrirent avec fracas, laissant entrer une tornade. Une femme, visiblement fière de ramener un sachet de pâtisserie, le brandissait face à elle tout en interpellant le commandant avec un irrespectable «chef». Elle fut bousculée par le reste du groupe, qui se composait de trois organiques et de deux B1 ! Pourquoi diable des B1 les accompagnaient ?! Et pourquoi étaient-ils les seuls à paraître professionnels ? June fronça légèrement des sourcils, laissant la confusion s'installer chez les autres personnes présentes dans la pièce, pensant certainement que son regard leur était destiné. Mais June devait faire bonne impression et ne pas se laisser distraire ou paraître méfiante ; elle devait rester à l'image qu'elle venait de donner depuis le début. Prenant une grande inspiration par le nez, elle expira doucement par la bouche, puis se concentra à nouveau sur son datapad au moment où le sergent qui accompagnait le groupe, et qui semblait être le seul vrai militaire et responsable, parvenait à relever le niveau en rendant un court rapport au commandant. Patientant sagement devant son supérieur pour qu'il prenne l'initiative de la présenter à sa nouvelle collègue, fraîchement débarquée sur Raxus, le sergent fut désappointé de voir le commandant plus occupé à fusiller d'un regard noir la sergente qu'à faire les présentations. Ne laissant pas cette situation le déstabiliser, le sergent se dirigea directement vers elle. Lorsqu'il se présenta, June releva légèrement les yeux avant de les reposer sur son datapad, qu'elle éteignit en le déposant sur son bureau. Elle regarda de nouveau le sergent en posant ses coudes sur le bureau tout en joignant ses mains et en entrelaçant ses doigts, tel qu'elle l'avait fait face à la sous-préfète, puis écouta attentivement ses mots, commençant, comme à son habitude, à analyser les gestes et les micro-expressions faciales, ainsi que les différentes intonations dans sa voix chez son interlocuteur.
« — Montrez un peu de retenue, sergent, commença-t-elle à dire d'un ton autoritaire mais indulgent. Il est inutile de vous extasier devant l'arrivée d'un nouvel élément. Faites preuve de professionnalisme, lui rappela-t-elle d'une manière amicale mais empreinte d'une supériorité assumée. Respectez votre grade et servez d'exemple à vos collègues, ordonna-t-elle fermement. Maintenant que cela est dit, je vous présentes à mon tour mes respects, sergent, dit-elle en ne changeant nullement de position ou de ton. »
June ne pouvait dorénavant plus faire marche arrière, et cela suscitait en elle quelques doutes quant à l'image qu'elle projetait aux autres. Faisait-elle le bon choix ? Intérieurement, elle s'excusait pleinement pour son comportement et sa façon de parler. Malheureusement, elle allait devoir endosser le rôle de la méchante à présent, celle qui instaurerait un règne de terreur et priverait les soldats de leur petit confort. Elle était consciente que les changements radicaux qu'elle s'apprêtait à mettre en place risquaient de ne pas être bien accueillis, surtout venant d'une simple sous-officière qui n'était pas originaire de Raxus et qui n'était là que depuis quelques heures à peine. Elle savait que désormais, il serait difficile de changer l'image qu'elle avait déjà laissée transparaître. Alors qu'elle allait reprendre la parole, l'écran de son datapad s'alluma et afficha une notification envoyée par le droïde protocolaire de la caserne. Celui-ci l'informait de la bonne réception physique de madame Atanaé Tel'Illma en lui indiquant le chemin à suivre jusqu'à son bureau. Comprenant qu'elle allait devoir abréger la petite réunion qui avait lieu dans le bureau du commandant, June reprit la parole avec l'assurance d'un véritable officier supérieur.
« — Vous me ferez de plus longues présentations une prochaine fois, sergent, s'excusa-t-elle en abrégeant la conversation. Je dois recevoir une personne importante, entamer la refonte totale des lieux et envoyer de nombreux holomessages, précisa-t-elle en se levant de son fauteuil. Toutefois, je profite de la présence de l'ensemble des membres de ce bastion pour vous informer que, à partir d'aujourd'hui, tout va changer, sans entrer dans les détails pour l'instant. Vous recevrez toutes les informations demain, ajouta-t-elle en se redressant davantage et en scrutant chacun d'entre eux. Comme je l'ai déjà dit au lieutenant et au commandant, je veux tout le monde dans la cour d'entraînement à cinq heures précises. Aucun retard ne sera toléré, ni aucune excuse, termina-t-elle sur un ton autoritaire, sans laisser place à une quelconque réplique. »
Reprenant place sur son fauteuil après avoir donné son premier ordre en tant que nouvelle directrice de la caserne de la préfecture, son regard se porta ensuite sur son datapad qui l'alerta une nouvelle fois. Le hasard faisant bien les choses, ce fut tout de suite après son monologue que le droïde protocolaire annonça l'arrivée imminente de la assistante Tel'Illma. Décrochant son regard du datapad pour le porter à nouveau sur les membres présents, elle put lire en eux comme dans un livre ouvert. C'était à la fois étrange et effrayant. Pourquoi ne cachaient-ils pas mieux leurs émotions ? N'avaient-ils jamais appris à rester impassibles devant une critique ou un ordre ? Pas besoin de lire les expressions faciales du sergent Staim, elle pouvait sentir d'ici la méfiance qu'il lui portait. Elle pouvait aussi apercevoir de la colère chez la soldate Dizer, son visage était facile à lire pour n'importe qui, par ailleurs. Le soldat Bid, quant à lui, semblait curieux et en même temps inquiet. Tandis que B1-11m et B1-43m restaient stoïques, à l'image même des B1. L'atmosphère dans la pièce était tendu, et June ne pouvait s'empêcher de ressentir une pointe d'agacement chez certains membres présents. Pour se protéger et imposer son un peu plus son pouvoir qu'elle détenait à ce moment, elle renvoya tout le monde.
« — Vous pouvez disposer. »
À peine avait-elle terminé son discours auprès des membres de la caserne, qu'Atanaé Tel'Illma pénétra dans la pièce. Se levant de nouveau de son fauteuil, elle invita chaleureusement l'ancienne assistante à prendre place sur l'un des fauteuils présents devant son bureau, tout en ordonnant au commandant et au lieutenant de quitter la pièce à leur tour. Ils n'avaient pas à être présents durant ce rendez-vous qui ne les concernait nullement.
« — Honneur partagé, madame Tel'Illma, répliqua June en prenant place sur son fauteuil. D'après votre message, vous souhaiteriez travailler plus étroitement avec la Confédération, et plus particulièrement avec le lieutenant Vasburg ? demanda-t-elle en marquant un instant de silence pour observer son invitée. Je peux facilement vous mettre en relation avec lui. Cependant, comprenez qu'il me faut davantage d'informations sur votre demande, expliqua-t-elle en laissant comprendre qu'elle ne pouvait pas déranger le lieutenant inutilement. » -
Post n°18
Auteur : Leiel Osso- Mais ça veut dire quoi ? Le Commandant est démis ? C'est elle qui prend sa place ? Elle est Sergente !
- Et ça veut dire quoi « tout va changer » ? Qu'est-ce qui va changer ?
- Le Commandant doit signer une autorisation pour...
- Taisez-vous !
Staim, assailli de questions et d'angoisses de toutes parts ne pouvait y répondre. Ils attendaient une sorte de consultant, qui resterait à la caserne pour une poignée d'heures dans la semaine et ils se retrouvaient avec une gradée qui s'était mis en tête de tout changer. Changer quoi, d'abord ? Ca fonctionnait très bien comme ça. Quelles conséquences pour eux ? Quels enjeux pour le Commandant ? Pour le Lieutenant ? Et pour lui et ses hommes ?
- Taisez-vous. Un peu de calme. Pour le moment, on n'en sait rien et on en saura plus demain. Entre temps, vous me briquez vos quartiers...
- Mais c'est déjà fait !
- Dizer ! Vous me briquez vos quartiers, vous me faites l'inventaire des stocks des cuisines et de l'armurerie...
- Mais ça va prendre des...
- Bid ! Bouclez-là ou ça va partir en consigne ! Où j'en étais... Les inventaires, le rangement. On va partir là-dessus, ça lui donnera des prises en moins pour nous tomber dessus.
Dizer croisait les bras, soufflant sur sa mèche rose avec exaspération.
- Elle va rester longtemps ?
- Je... j'en sais rien. On va faire avec. De toute façon, ils finissent tous par partir.
Sauf lui. Le Sergent Staim était entré dans la carrière par conviction. Natif de Gerenomon, il était passé par une demi-douzaine de casernes avant d'échouer définitivement ici, réalisant avec déception que ce serait sans doute ce qui pouvait lui arriver de mieux. Difficile de partir pour les étoiles quand on venait de Raxus. Difficile de s'illustrer au champ d'honneur quand l'essentiel de ses missions était de s'assurer que le Commandant récupérait bien un des bakchichs attendu de la journée. Il ne détestait pas son travail. Simplement, il en avait perdu le sens et s'accrochait à ce qu'il avait devant lui pour ne pas sombrer. Quelqu'un comme King remettait tout cela en question. Cela aurait pu être une bonne chose si des tentatives infructueuses n'avaient pas déjà eu lieu. Staim le savait comme tout le monde. L'inertie était irrésistible et même si une caserne fonctionnait plus efficacement qu'une autre, l'absence de véritable but faisait que chacun, à un moment ou à un autre, retombait dans ses travers.
- Mouais. Avec tout ça, on garde nos permissions quand même ?
- Je suppose, Dizer.
Le manque de certitudes et de confirmations faisait serrer les dents à la Dévaronienne. Qu'on lui dise quoi faire et ce serait fait, mais qu'on lui foute la paix ensuite. Plus jeune et à la dérive, elle avait trouvé dans sa courte carrière militaire à la fois une punition et un cadre nécessaire, puisqu'elle était arrivée là sur décision de justice. Ce qu'elle avait contesté et combattu au début s'était avéré bien plus positif que son milieu d'origine. Si elle s'opposait encore verbalement à l'autorité des uns et des autres, elle comprenait le sens de la hiérarchie, le cadre qu'elle représentait, l'organisation du monde autour d'elle. En plus, elle recevait une solde. Finalement, elle tenait à la Caserne, à ses membres, même au Commandant qui faisait partie de cette famille reconstituée.
- Heu, Sergent, quand elle a dit cinq heures, c'est de l'après-midi, hein ?
Bid était un peu plus problématique, puisque ce qui l'intéressait, c'était d'en faire le moins possible. Sur un champ de bataille, il n'aurait jamais tenu plus d'une journée. Mou et lent, jamais enthousiaste, il suivait le groupe parce qu'il ne pouvait pas faire autrement. Le principe de conservation d'énergie lui tenant chaudement à cœur, il apparaissait en général en dernier et disparaissait en premier, trait que Staim tentait de combattre en se plaçant derrière le Twi'lek quand ils partaient en patrouille et en allant le chercher dans ses quartiers le matin avant tout le monde. Tod Bid ne s'en formalisait pas. Rien ne paraissait grave à ses yeux à part la seule calamité possible : qu'on lui demande plus que ce qu'il n'était préparé à faire. C'est-à-dire pas beaucoup, à part les quelques réparations que son statut de mécanicien lui permettait de faire sans se faire d'ampoules aux doigts.
- Non soldat. Cinq heures, ça veut dire le matin. Je vais voir Parker. Il aura peut-être plus de précisions.
Dans le courant de l'après-midi, toutes les chambres furent refaites, en gardant à l'esprit le confort des occupants plus que les consignes réglementaires. Les maigres provisions de cuisine furent passées en revue, certaines, périmées furent jetées au passage, mais comme l'essentiel venait de dehors cela ne posait aucun véritable souci. Staim revit le menu des deux semaines à venir, appelant les traiteurs, laissant entendre qu'il pourrait y avoir quelques changements mineurs. Mais sans confirmation du Commandant, il ne pouvait s'avancer davantage. Vint ensuite l'épineux souci du transport. Le leur, un Buirk'alor vétuste, flottait au-dessus du sol mais ne prenait plus les airs comme il aurait dû le faire. Les réparations traînaient depuis un bon moment, puisque pour les patrouilles, rien ne les obligeaient à voler et que leur présence devait se faire connaître surtout dans les rues. Dans l'impossibilité d'obéir aux consignes de la Préfecture qui étaient de fournir un transport correct à la Sergente King, Staim se décida à appeler l'administration pour qu'on leur envoie au moins de quoi effectuer les réparations sur place.
C'est à ce moment-là que Dizer, qui avait probablement fini ses tâches avant tout le monde, poussa le volume au maximum dans ses quartiers pour écouter, dans les conditions les plus proches du réel possibles, un libretto hutt particulièrement explosif.
- Première Caserne de la Préfecture, Sergent Staim, on m'a dit de contacter votre poste.
- C'est à quel sujet Sergent ?
- Notre transport est toujours immobilisé. Nous avons demandé un remplacement ou du matériel pour réparer le moteur auxiliaire, mais nous n'avons toujours rien reçu.
- Ouiii, je vois votre demande dans le dossier. C'est une question de temps, d'ici deux ou trois semaines...
- Semaines ! Non ! Attendez. Nous avons reçu l'assurance de pouvoir accueillir le Sergent June King dans les meilleurs conditions et nous avons ordre de mettre à sa disposition un transport. Si le transport ne fonctionne pas, on fait quoi !
- Veuillez patienter, je vous mets en relation avec le service concerné.
- Merci...
C'était bien le troisième service concerné avec lequel on le mettait en relation, et, inhabituellement, les choses semblèrent immédiatement prendre un tournant favorable.
- Sergent Staim, je suis Lanz Larp du Conseil à la Défense. Nous sommes au courant de votre mission, veuillez nous excuser du retard. Nous vous envoyons un nouveau véhicule et un mécanicien pour réparer celui qui vous est attribué.
- Dans combien de temps ?
- D'ici demain. Nous sommes désolés de ne pas pouvoir aller plus vite, les dossiers se sont croisés et...
- C'est formidable ! Je peux conserver votre comm' ?
- Absolument, mais a priori le Commandant Parker doit déjà l'...
La suite fuit noyée dans un torrent d'aigus assourdissants et de basses à faire vibrer les murs.
- Je vous rappelle !
- Pardon ? Je n'entends...
- JE VOUS RAPPELLE !
D'un pas aussi martial qu'outré, Staim alla tambouriner à la porte de Dizer, où Extar et Bid s'étaient déjà retrouvés.
- Faut qu'elle baisse, ça peut pas...
- QUOI ?
- FAUT QU'ELLE BAISSE LE SON !
- JE SAIS ! DIZER ! DI-ZER !
Brusquement, le vacarme disparut, le bref silence soudain incongru, et la porte glissa pour s'ouvrir.
- Quoi ?
Pas de salut, pas d'excuses. Dizer bidouillait quelque chose qui comportait plusieurs écrans, des composants internes éventrés et des fils qui se répandaient partout, un fer à souder à la main et des lunettes sur le front.
Devant le spectacle, Staim essaya de garder son calme et de lui rappeler posément où elle se trouvait, mais Extar prit les devants, lui hurla dessus qu'elle allait respecter le règlement et pas faire de vagues. La Dévaronnienne l'écouta sans broncher, répondit par un laconique « oui chef », et referma d'une pression du doigt le panneau de sa porte. Extar, satisfait du résultat, tirait un peu sur sa vareuse encore mouillée pour se donner un air plus respectable que de coutume.
- Voilà comment il faut faire, Sergent. Bien. Maintenant fichez-moi le camp et...
Et le deuxième mouvement du libretto reprit où il s'était arrêté.
A son bureau blanc, Osso attendait que le comm' fasse son œuvre et la mette enfin en relation avec le vaisseau. La situation ne lui plaisait pas particulièrement, la plaçant dans une position où elle pouvait difficilement gagner. Son but, pour le moment, était de ralentir la chute de Bergen, assez pour pouvoir en profiter politiquement tout du moins, sans s'attirer les foudres et de ses soutiens, et de l'administration militaire. Il eut été plus simple de le laisser apprécier les conséquences de ses actions, mais l'homme restait une institution, avec le poids que ce statut lui conférait.
- Sous-Préfète Osso. Je souhaite contacter la Commandante Irons au sujet du Conseiller... de l'ex-Conseiller Bergen.
Elle se tut, légèrement avancée sur son bureau, grossissant sa projection holographique, pensant déjà à l'acceptation, au refus, aux compromissions qui se profilaient dans la réponse à venir. Leiel cherchait clairement à courtcircuiter Vasburg, mais Irons ne lui avait pas paru très réceptive dans le bref moment où elle l'avait croisée et le parcours personnel de la Commandante ne lui avait rien révélé, si ce n'était qu'il était curieusement succinct. Mille raisons pouvaient expliquer ce vide relatif, mille sentiers pouvaient bifurquer devant elle. Et comme à chaque fois, elle devrait choisir le meilleur. Parallèlement, un autre enjeu saillait sous les faits : à qui revenait l'autorité, une Commandante de la CSI, aux pouvoirs encore mal définis, ou une dirigeante planétaire ?
- Mais ça veut dire quoi ? Le Commandant est démis ? C'est elle qui prend sa place ? Elle est Sergente !
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Post n°19
Auteur : Atreïs HelcarLe Prédateur était revenu à bon port, si l’on pouvait dire. L’escale de Raxus Prime avait été des plus intrigantes et intéressantes, et dorénavant, il était temps de replonger dans les affaires plus courantes, tout en composant avec cette nouvelle trame de fond qui se dessinait petit à petit. Tant de choses encore à découvrir et à comprendre, de plans à élaborer et à exécuter, de gens à recruter… Et tout cela devait être mis au placard sous l’injonction d’une sous-préfète arriviste qui lui demandait des comptes. Bien sûr, elle ne pouvait pas savoir qu’Irons et Vasburg étaient une seule et même personne. Cela ne tombait absolument pas sous le sens, et malgré quelques coquetteries bien à lui, Atréïs avait fait en sorte de brouiller les pistes, et Valkoinen avait fait du bon travail également. Mais il ne pouvait pas ignorer plus longtemps la dirigeante raxienne. On finirait par le lui reprocher. Il avait simplement fait communiquer par l’un des droïdes de bord qu’il viendrait dès son retour.
Mais ce retour, hors de question de le faire seul. A ses côtés, l’imposant magna-garde IG-100 se tenait droit, parfaitement programmé pour assurer la sécurité de la commandante Irons. Acheminé directement depuis Raxus Prime suite à l’ordre communiqué par Atréïs, il avait été remis en état spécialement pour assurer l’escorte de l’espion, et ne répondre qu’à lui. Sa peinture noire lui donnait un côté menaçant et le distinguait des autres IG, qu’Atréïs ne pouvait plus encadrer suite à l’attentat sur Géonosis. Déjà, avoir celui-ci à ses côtés requérait une certaine force d’esprit.
- Tregar, Naavis. Prévenez June que je passerai la voir aussitôt que possible. Tenez moi au courant de sa situation.
Lorsque la commandante séparatiste posa le pied sur le sol raxien, il était déjà tard dans l’après-midi. Inconsciemment ou non, il avait choisi une heure tardive de manière à laisser le temps à sa subordonnée de se préparer, et sans doute aussi pour mener la vie dure à l’arriviste qui se permettait d’essayer de court-circuiter Vasburg. Bien sûr, beaucoup d’organiques auraient été ravis de rendre service à une politicienne contre service ultérieur, mais le fait qu’il représentait à la fois le juge et le parti rendait la situation inconfortable pour lui. Il contrôlait les pièces des deux côtés de l’échiquier, mais cela ne voulait pas dire qu’il devait faire n’importe quoi. Bergen était quantité négligeable pour lui, mais pour autant, si Osso se plaignait, il devrait se justifier devant Valkoinen. Alors il faudrait la jouer fine.
Atanaé s’était inclinée devant June. Elle avait croisé les regards dépités et les épaules voûtées des militaires, cachant un certain amusement. L’armée n’avait jamais été sa tasse de thé, malgré sa rigueur que l’on qualifiait de militaire, une sorte d’appréhension mêlée d’incompréhension à la vue des uniformes. En tout cas, jusqu’à ce qu’elle rencontre Vasburg. Elle était à l’opposé de tout ce qu’elle imaginait. Loin des paresseux raxiens ou des droïdes confédérés. Elle était animale, envoûtante, étrange… une aventure à elle seule.
- En effet, Sergent King. Le lieutenant Vasburg et moi nous sommes déjà rencontrées et… je dirai que sa manière d’être a changé ma façon de voir les choses et de voir mon rôle. J’ai souhaité quitter mon rôle d’assistante afin d’embrasser un chemin plus global, plus universel. Le Lieutenant me semblait pouvoir bénéficier d’une aide extérieure.
Elle sourit doucement à June, attendant sa réponse. La petite soldate semblait bien plus imposante que tous les autres militaires réunis, son œil froid et analytique lui rappelait le sien, qu’elle croisait tous les matins dans le miroir. Sa tenue droite et découpée retombait parfaitement sur son corps tendu qui la rendait d’autant plus impressionnante. Quelque part, elle se sentait ridicule.
Accompagné de son magna-garde, vêtu de son uniforme brun officiel, Irons dégageait un charisme froid et inspirait un certain respect. Son absence d’armes ne faisait que renforcer sa position de chasseuse, celle qui n’avait pas peur de rentrer tête la première. Ses cheveux roux lancés vers l’avant masquaient son front blanc mais laissaient ses yeux noirs paraître et transpercer l’âme et l’esprit des faibles qui la regardaient. Ici, elle était l’alpha, et elle le savait. Les raxiens n’étaient rien pour elle. Pas même des proies dignes d’un Gurlanin. A peine des Gdan.
En voyant l’Heptooinien Sapoj derrière son bureau, il eut un sourire. Le tourmenter une fois avait été un plaisir, une seconde serait un délice. Véritable paillasson pour la sous-préfète, il subirait fatalement l’inconséquence de la commandante. Pourtant, il n’avait rien à dire, c’était elle qui l’avait sollicité.
-Bonsoir. Je n’ai pas de rendez-vous, mais je compte sur vous. Je veux voir madame Osso, à sa demande. Je suis la Commandante Irons, du Prédateur. -
Post n°20
Auteur : June KingDéjà débordée par son nouvel agenda et les nombreuses responsabilités et autres problèmes qui allaient certainement les entourer pour les prochaines semaines : la sergente King, nouvellement autoproclamée directrice de la caserne militaire de la préfecture de Raxus Secundus - après avoir destitué violemment de ses fonctions l'ancien directeur, le commandant Parker -, venait d'annoncer d'un ton ferme son premier ordre à l'unique groupe militaire organique que composait la caserne avant d'inviter l'ancienne secrétaire, madame Atanaé Tel'Illma, à prendre la parole, après l'avoir aimablement accueillie dans son nouveau bureau. L'invitée semblait être quelqu'un de soigné et de poli. Souhaitant ne rien laisser échapper à sa vigilance ; ses yeux scrutaient les moindres petits détails présents autour d'elle - enregistrant toutes les informations utiles et utilisables. Le ton que prenait l'ancienne secrétaire face à la petite Lorrdienne impeccablement revêtue de l'uniforme confédéré, se voulait amical et surtout émotionnel. Il était vrai que ce genre de comportement pouvait facilement fonctionner sur June, elle qui était très réceptive émotionnellement. Mais totalement drapée dans son rôle de sergente autoritaire, prête à gravir les échelons et devenir rapidement lieutenante, June se maîtrisa et resta le plus stoïque possible face à son invitée.
« — Je peux parfaitement comprendre ce sentiment et ce besoin de changement ou d'évolution, acquiesça June en redressant légèrement son dos. Toutefois, comprenez qu'il vous faudra à nouveau servir sous les ordres d'un supérieur, si vous faites cela. Et plus particulièrement sous les ordres d'un militaire. Cela n'aura rien à voir avec votre précédent rôle, avertit la jeune sergente de la difficulté à venir tout en restant assise, jambes croisées et mains jointes sur le fauteuil. Bien sûr, si vous venez jusqu'à moi aujourd'hui, cela veut dire que votre détermination n'est plus à prouver, conclut June en sortant son datapad, prête à rédiger un message à l'attention du lieutenant Vasburg. »
Alors que June écrivait les premières lignes de son message à l'attention de son supérieur, le lieutenant Vasburg, tout prêtant une oreille attentive à la réponse de Tell'Illma ; June sursauta brusquement dans son siège en relevant vivement la tête de son datapad pour scruter avec affolement son environnement avec une pointe d'anxiété. Une musique assourdissante venait de se manifestait et était si forte que tous les murs tremblaient sous les basses qui décrochaient les quelques tableaux présents et de faire voler la poussière du plafond. Se demandant un instant ce qu'il se passait, June eut presque la réponse suite à l'attitude du lieutenant Extar qui cachait son visage entre ses mains en secouant la tête, tandis que le commandant arborait une grimace inquiétante qui voulant dire que cela n'allait pas arranger les affaires de la caserne. Mais presque aussi vite que cette musique était apparue, la musique cessa, laissant un silence pesant derrière elle et les oreilles bourdonnants avec la craindre de son retour imminent. Que venait-il de se passer ?
« — Lieutenant ?! Commandant ?! interrogeait tour à tour June d'un ton sec. »
Malheureusement, aucune réponse ne fut donnée après son interpellation, car la musique fit son retour aussi brutalement que la première fois. Cette fois-ci était celle de trop. June se leva de son fauteuil en s'excusant auprès de la secrétaire Tel'Illma tout en lui expliquant qu'elle allait revenir rapidement, puis franchit les portes du bureau, laissant le lieutenant et le commandant dans l'inquiétude la plus profonde et la pire des crainte. Dans les couloirs, il n'était pas difficile de repérer l'origine de la musique ; suivre le son qui devenait de plus en plus fort à chaque pas était la solution. Rapidement, June arriva devant la porte de la chambre du soldat Dizer, où se trouvait le reste du groupe. Ne prêtant aucune attention au sergent ni aux soldats, June frappa à plusieurs reprises avec son bras cybernétique gauche sans vraiment forcer, cabossant la porte par la même occasion. Il était hors de question qu'un tel comportement puisse continuer. Bien sûr, étant donné la force du bras cybernétique, il était impossible de ne pas avoir entendu le bruit de l'autre côté de la porte, et presque instantanément après, la musique s'arrêta et la porte s'ouvrit, laissant apparaître Dizer avec un fer à souder à la main et des lunettes sur le front. C'était une caserne militaire, pas un spatioport où l'on s'amusait à réparer des tas de ferraille inutiles ! Sans proférer un seul mot, la jeune sergente poussa violemment de l'épaule la soldate Dizer contre l'encadrement de la porte de ses quartiers avant de pénétrer dans la pièce. À l'intérieur, son regard scrutateur balayait chaque recoin avec une intensité glaciale. Les mains jointes derrière son dos et une posture d'une autorité incontestable, la sergente évoquait l'image même d'une supérieure terrifiante, prête à sévir impitoyablement au moindre indice susceptible d'entraîner un renvoi ou une terrible punition. S'arrêtant finalement devant l'objet qui avait perturbé l'ensemble de la caserne par sa nuisance sonore, June appela le sergent à ses côtés.
« — Les changements commencent dès à présent. Veuillez utiliser votre blaster et détruire cet objet, sergent, ordonna-t-elle d'un ton glacial et autoritaire, ne laissant aucune place à la réplique tout en sortant de la chambre. Vous pouvez féliciter votre amie, grâce à elle, vous perdez une heure, lança-t-elle en se retournant vers le reste du groupe. Demain, à quatre heures précises, dans la cour d'entraînement, aucun retard ni excuse, réitéra-t-elle avec la froideur d'un bourreau. À moins que la vie de civil ne vous manque, conclut-elle en esquissant un sourire aussi cruel que celui de Gladmoore. »
---
Dans les couloirs, avançant péniblement avec ses jambes tremblantes et un palpitant qui menaçait de lâcher à tout instant, June essaya de se ressaisir après cette terrible expérience. Avait-elle poussé son rôle et sa punition trop loin ? Tout était nouveau pour elle, surtout cette attitude qu'elle venait de revêtir. Un goût amer et des remords la submergèrent, mais en même temps, une étrange satisfaction et un plaisir coupable l'envahirent.
Une fois de retour à son bureau, un silence de cathédrale avait envahi la pièce. Le lieutenant Eskar avait la tête contre son bureau, les mains posées sur l'arrière de son crâne, totalement dépité par toute cette journée ; le commandant Parker lisait religieusement sa paperasse, accoudé à son nouveau bureau, et Madame Tel'Illma patientait. Lorsque June reprit place sur son fauteuil, elle s'excusa de nouveau auprès de l'ancienne secrétaire, récupéra son datapad et relut le message qu'elle était en train de rédiger. Le message... message envoyé ? Pourquoi le message qui ne comprenait qu'un seul mot était envoyé ? Affichant un grimace d'inquiétude, June savait qu'elle venait une nouvelle fois de gaffer. Mais était-ce vraiment involontaire ? Après un bref moment de réflexion, elle comprit qu'elle avait dû appuyer sur le bouton "envoyer" en sursautant. Elle prit une profonde inspiration pour calmer ses nerfs, puis sourit à Atanaé et l'invita à reprendre là où elle s'était arrêtée avant d'être interrompue. Feignant l'innocence, June écouta attentivement Madame Tel'Illma, puis copia son texte précédent pour le compléter et termina le message qu'elle avait initialement voulu envoyer. Le premier message était une erreur, peu importe, le second ne le serait pas.
« — Je viens d'envoyer un message au lieutenant Vasburg, expliqua-t-elle à son invitée, sans mentionner son erreur dans son premier message. Je ne peux malheureusement pas vous promettre une rencontre rapide, mais vous pouvez séjourner à la caserne jusqu'à sa prochaine venue, sourit-elle pour la rassurer. »***Mes respects, Lieutenant Vasburg.
Madame Atanaé Tel'Illma, qui m'a certifié vous avoir déjà rencontré, souhaite mettre ses talents d'assistante à votre service et élargir ses compétences au sein de votre équipe. J'ai donc pris l'initiative de l'inviter à rester à la caserne militaire de la préfecture de Raxus Secundus jusqu'à votre prochaine visite. -
Post n°21
Auteur : Leiel OssoLes ruines fumantes de la sono empuantissaient l'air des modestes quartiers de Dora Dizer. Staim avait obéi à l'ordre donné sans hésiter et n'avait même pas réalisé que la Sergente King était repartie honorer par sa présence son invitée. Le blaster à la main, il fixait bêtement le défunt appareil, se demandant avec un effroi grandissant comment il allait gérer la suite.
- Ok. Je vais la tuer.
- Heu Sergent ?
- Je vais lui pulvériser les ovaires, lui défoncer les rotules. Je vais lui percer les dents. Et verser du métal en fusion dans ses orbites.
- Dizer...
- Je vais la noyer dans de l'acide, la refiler à poil à un rancor...
- Dizer.
- Sergent, pour demain ?
- Je vais lui ouvrir la gorge à la verticale, là, des deux côtés de sa trachée de merde...
- Dizer !
- Et je vais verser du sel dans la plaie. Je vais droguer son @£!&% de caf ou non...
- Pour demain, il faut vraiment...
- DIZER !
Le cri de Staim eut pour effet de réduire au silence tout le monde en même temps. Mais la Dévaronnienne n'avait pas fini son énumération.
- Je crois que je vais la bouffer.
- Dizer, ça suffit.
Elle souffla sur sa mèche rose avec colère, braqua ses yeux noirs sur le Sergent.
- @£!&% vous aussi, je devrais vous fumer...
- Bien. Parfait. Maintenant, calmez-vous bordel et écoutez-moi !
- Quand elle dit quatre heures, c'est de l'après-midi ?
- Bid, si vous êtes encore là dans trois secondes, je vous fous au trou.
Ils n'étaient plus que deux dans la chambre, Dizer tendue, sombre et rigide, bras croisés, et Staim qui cherchait ses mots en essayant de calmer ses propres nerfs.
- Ecoute. On a déjà vu ça. Tu te souviens, quand tu es arrivée ?
La grimace de Dora dévoila un instant ses canines.
- Ca n'a rien à voir, cette roulure a dézingué mon...
- Tu te souviens de combien tu as passé de semaines au mitard avant de savoir parler à tes supérieurs ?
- Mais je vais très bien lui parler, vous allez voir ! Ca va être clair comme ma main dans sa...
- Merde ! Dizer ! Tu as appris plus que ça ! Tu vaux plus que ça ! La puissance par la maîtrise !
Avec un geste exaspéré de la main, la Dévaronnienne tourna le dos à son Sergent, ruminant maintenant imperceptiblement la liste interminable de ses récriminations.
- Perception, conscience, intelligence, respect...
- Oui, ça va... le respect de la hiérarchie, la hiérarchie qui protège, la protection par l'honneur, l'honneur par la puissance, la puissance par la maîtrise...
Staim eut un petit rire désabusé.
- Tu vois que tu écoutes parfois.
- Elle a pété ma sono.
- Est-ce qu'elle a eu tort ?
- Et vous... vous auriez pu désobéir, merde.
- Bien sûr que non. Vous méritez une sacrée consigne, Soldate Dizer. Désobéissance, menaces, insultes envers un supérieur, non, deux supérieurs...
- Si Parker et Extar étaient là, ils en auraient aussi pris pour leur grade !
- Quatre supérieurs. Vous apprenez, Dizer. Mais qu'est-ce que vous apprenez lentement.
Toujours de dos, toujours raide de colère, elle tourna quand même la tête vers Staim, réprimant un léger sourire.
- Je veux une autre sono.
- Sur votre solde.
- Rhaaa... je ne m'excuserai pas.
- Vous vous excuserez si elle vous le demande. Vous fixerez un point au-dessus de sa tête et vous direz ce qu'elle veut entendre.
- Ha. Ca c'est pas dur, elle est minuscule.
Ce fut au tour du Tholothien d'étouffer un sourire.
- Vous savez ce que je pense de vous, Dizer. Vous êtes une plaie, mais vous avez de bons côtés. N'allez pas tout gâcher en fonçant tête baissée. Elle partira, ils partent tous.
Elle lui fit face alors, plus abattue qu'il ne l'aurait pensé.
- Je suis consignée ?
- Non. Je n'ai rien entendu de toute façon, votre boucan m'a rendu temporairement sourd.
Cette fois-ci, ils ne cherchèrent pas à masquer leurs sourires.***
Deux femmes fort occupées venaient de quitter le bureau de la Sous-Préfète quand M. Sapoj, avec autant de déférence que possible, invita la Commandante Irons à les remplacer.
Osso n'était pas derrière son bureau. Non loin de la porte imposante, son regard avait été retenu par une sculpture apparemment bénigne. Pas la plus grande, pas la plus épurée, pas la plus ornementée. Une sorte de grand ruban de pierre d'un gris doux et commun. Un nœud qui présentait sans cesse la même face aux yeux du spectateur. Un seul verso, aucun recto.
Cependant, à l'entrée d'Irons, la jeune femme ne s'attarda pas dans ses considérations. Elle marqua tout de même un temps d'arrêt devant le magna-garde, noir, menaçant, chargé de promesses désagréables, se pencha même vers lui, curieuse.
- Est-ce déjà le temps de la violence ?
La phrase n'était pas faite pour être entendue. Une remarque personnelle, tout au plus, une pensée sauvage et vite réprimée sous un vernis plus social. Elle s'était déjà redressée, pâle dans une robe blanche. Seuls ses lèvres et ses pupilles étaient violettes.
- Commandante Irons, je ne saurai assez vous remercier pour votre retour si prompt. A nouveau, laissez-moi vous présenter mes excuses si vous n'avez pas été accueillie ici comme votre rang l'exigeait. Je souhaite que votre présente visite se déroule cette fois sous de meilleurs auspices.
D'un geste, elle l'invita à l'accompagner jusqu'à son bureau et à prendre place dans un des larges fauteuils blancs qui lui faisaient face. Osso s'assit à son tour, un sourire poli sur les lèvres, avant de s'expliquer.
- Je suppose que vous préférez cibler directement le cœur du sujet. André Bergen a commis une faute et doit être puni. Nous savons tous deux laquelle, vous étiez là. Les circonstances de son explosion n'ont que peu d'intérêt.
La voix de l'ex-Conseiller retentit dans sa mémoire. Non, il n'avait pas été ni subtil ni inspiré. Ni chanceux. Mais revenir en arrière étant impossible, il assumerait.
- Si mes informations sont exactes, la Lieutenante Vasburg a demandé son assignation à résidence. Les choses ne peuvent en rester là. Enfin si, bien sûr, il peut rester chez lui indéfiniment à se ronger les sangs et préméditer des représailles potentielles. Mais ce n'est pas une sanction. C'est au mieux un état provisoire, pour mener à autre chose.
La capacité de nuisance de Bergen était connue. Homme politique incontournable sur la planète depuis quarante ans, sa disparition encore discrète ne le resterait plus longtemps. Révéler au public son dernier coup d'éclat forcerait les uns et les autres à choisir un camp. Personne ne gagnerait à un clivage, même théorique. Personne ne gagnerait à échanger une loyauté pour une autre.
- Restent donc la sanction et son application. Si j'ai voulu vous parler, c'est pour tenter de vous convaincre de laisser la Préfecture gérer cet... incident en interne. Je veux être parfaitement honnête avec vous : il ne sera pas humilié publiquement, personne ne saura ce qui s'est passé. Il recevra même des honneurs pour sa longue et fructueuse carrière. Mais monsieur Bergen n'aura plus de crocs. Les allégeances politiques coalescent autour d'intérêts communs. Si c'est... l'âge qui éloigne André Bergen des affaires, alors il n'y a rien à sauver. En revanche, si l'affaire est sue, certains pourraient considérer que sa maladresse est une cause à défendre. D'autres projets pourraient en être retardés. Comme celui de l'Académie militaire.
Sa main s'ouvrit, comme pour chasser une pensée.
- Pardonnez-moi. Je vous ai assuré d'aller au cœur du problème le plus vite possible. Alors voilà. Laissez-moi gérer la situation, s'il-vous-plaît. Bergen sera puni. Pas publiquement. Mais définitivement.
Le vieux Conseiller l'aurait emmerdée jusqu'à la fin. Bien sûr, si Irons décidait pour on ne sait quelle raison qu'intervenir dans les rouages cachés d'une administration planétaire relevait de ses compétences, la situation serait plus délicate. Cette idée intriguait Osso. De son point de vue, l'affaire était pliée. Depuis longtemps. Seulement Irons était là. Silencieuse mais attentive. Avec ses yeux noirs. Saad n'avait rien trouvé, ni drogue, ni substance ni espèce proche-humaine avec des pupilles si profondément sombres. Leiel les trouvait étrangement beaux. Froids, méthodiques. Prédateurs. Elle sourit poliment. -
Post n°22
Auteur : Atreïs HelcarAtréïs avait pris la décision de laisser venir à lui la discussion. Osso était dans une position de demandeuse, et n’aurait donc pas d’autre choix que de dévoiler ses cartes. Un statut qui aurait été dangereux pour le Gurlanin, étranger à ce monde et désintéressé, surtout. Et puis, il avait compris que la sous-préfète, sans être une oratrice exceptionnelle, avait pour habitude de mener les débats à sa convenance. Il ne comptait donc pas lui retirer cet honneur, et s’était préparé en conséquence. Sans un regard pour Sapoj qui ne lui inspirait qu’un vague mépris qui tenait plus de son attitude dégoulinante d’hypocrisie que d’une xénophobie ordinaire, il pénétra le bureau déjà connu, prenant la peine de jeter un léger regard sur la décoration. Dans son dos, le magna-garde s’arrêta, surplombant largement la Commandante.
Ni l’un, ni l’autre ne s’offusquèrent de l’attention portée en premier lieu sur le droïde. C’était compréhensible, il devait être rare qu’une telle machine se retrouve sur le sol raxien, d’ordinaire paisible, pacifique, et profondément ennuyeux. Sans marquer la moindre offense, il accepta de suivre la gouvernante et de s’asseoir, ne froissant pas un pli de sa tenue. Seuls ses cheveux, légèrement en bataille, pouvaient être caractérisés de désordonnés. Le reste était à l’aune de l’armée séparatiste : droit et sans un défaut, prêt au combat et sans concession. Sans doute un mal pour un bien. S’enfonçant dans l’épais fauteuil, il écouta la plaidoirie de la femme blanche. Simple, sans équivoque, sans détour. En cela, elle se rapprochait de Valkoinen et de Katinsale, deux femmes qui trempaient dans la politique mais ne prenaient pas de pincettes avec lui. Lorsque enfin il put prendre la parole, ce fut sans esquisser de sourire ni de geste.
- Sous-préfète Osso, je comprends bien votre désir de préserver la fragile intégrité politique de votre planète. En cela, nous suivons la même voie, si l’on excepte l’échelle à laquelle nous agissons.
Libre à elle d’interpréter comme elle le désirait cette information. De notoriété publique, l’armée avait une autorité naturelle et, bien qu’illégale, parfaitement soutenue par les grandes corporations qui tenaient ainsi les planètes les plus mineures dont faisait partie Raxus Secundus… A l’inverse de Prime, ce qui expliquait aussi la différence de traitement.
- Je peux comprendre votre demande, sans pour autant la cautionner. Vous l’avez dit, j’étais là. Peu importent ses raisons ou son cheminement de pensée, une telle vindicte est inacceptable, encore plus venant d’un homme ayant tant compté dans la vie politique de sa planète. Que dirait-on si nous laissions les représentants cracher sur le système qui les met en place ?
Il marqua une pause, attendant que Leiel ne comprenne le sous-entendu, avant de reprendre.
- De plus, quand bien même le Lieutenant Vasburg soit une subalterne pour moi, je n’ai pas à la déjuger. C’est une officière compétente et capable de prendre ses décisions seule. Si elle a jugé de la nécessité de faire traduire en justice le conseiller Bergen, alors je n’irai pas contre sa décision.
Il s’accouda au siège, se délectant de la situation.
- Pour finir, vous outrepassez la voie officielle, sous-préfète, en me demandant d’annuler l’ordre d’un officier de la Confédération. Court-circuiter ainsi la hiérarchie est également passible de sanctions. Mais j’oublierai ce détail si tant est que cela ne se reproduise pas, en remerciement du fait que vous cherchiez à excuser votre planète de ma précédente… expérience.
La discussion aurait pu, aurait du s’arrêter là. Osso serait repartie la queue entre les jambes, et elle n’aurait sans doute plus jamais entendu parler de Vasburg ou d’Irons, Bergen aurait été jugé sur Géonosis et probablement simplement déchu publiquement de tout ses statuts. Mais une idée se distillait dans l’esprit d’Atréïs. La sous-préfète avait beau être une politicienne… Elle avait ses connexions et sans doute avait-elle également besoin d’alliés. Il se leva finalement, comme pour mettre fin à la discussion.
- Puisque vous parlez de l’Académie, madame Osso, je vous serais gré de m’accompagner jusqu’à votre caserne, où réside à présent le Sergent King, je crois. Concernant le Conseiller Bergen… Je parlerai au Lieutenant Vasburg de vive voix afin de relâcher votre homme. Je compte sur vous pour que la sanction soit à la hauteur de son acte. -
Post n°23
Auteur : June KingUne fois son rendez-vous avec l'ancienne assistante terminé, June put souffler quelques instants pour décompresser en s'enfonçant dans son nouveau fauteuil, tout en commençant à faire le point silencieusement sur tout ce qui venait de se passer, et ce, très rapidement. Son jeu de nouvelle directrice stricte et sévère était sans doute bluffant, tant elle copiait la façon de faire de sa mentor, mais cela la rendait nerveuse et mal à l'aise. Cette attitude nuançait drastiquement avec son véritable caractère empathique et émotionnel - bien qu'un plaisir malsain commençait à se développer, lui offrant même un léger rictus de satisfaction après chaque décision. Inspirant longuement et profondément, June se remotiva en se frappant les joues avec les paumes de ses mains et décida d'une nouvelle occupation. Se redressant sur son fauteuil, elle fit face à l'écran d'ordinateur présent sur le bureau du commandant Parker, qui était dorénavant le sien après l'avoir destitué de ses fonctions par la force. Elle se plongea dans une longue consultation des différents dossiers de la caserne militaire de la préfecture, tout en lisant les nombreux rapports sur divers incidents qui les accompagnaient. La caserne ne rayonnait absolument pas par sa réputation, et les faits d'armes des soldats étaient inexistants.
Ouvrant le premier rapport, celui-ci expliquait l'échec du soldat Bid dans une tentative d'arrestation d'un voleur. Après une course-poursuite à pied dans les rues de Raxulon, le suspect s'était échappé en empruntant une ruelle sombre et avait "mystérieusement" disparu. Le rapport, rédigé par le sergent Staim, semblait avoir omis certains détails pour ne pas entacher davantage l'image du soldat. Bien que cela ne surprît nullement June, un soupir s'échappa tout de même d'entre ses lèvres. Il faut dire que parmi tous les organiques qu'elle avait rencontrés jusqu'à maintenant, le soldat Bid ne se démarquait pas particulièrement. Le peu qu'elle avait pu voir de ce soldat laissait entrevoir quelqu'un de timide, réservé, restant en arrière et négligeant dramatiquement son physique, obéissant aveuglément et sans se poser de questions. Ce genre de soldat bon à être utilisé en patûre et en première ligne pour distraire l'ennemi. Ouvrant tout de même un second dossier, dans l'espoir de trouver quelque chose de positif parmi l'horreur qui s'annonçait en épluchant chaque dossier, son enthousiasme s'éffondra rapidement. Ce nouveau rapport faisait mention de l'état pitoyable des armes de la caserne. Rédigé par le lieutenant Extar, il détaillait longuement ce qui n'allait pas. Les armes énergétiques étaient jamais entretenues et abîmées, les munitions manquaient, les batteries des blasters à plasma n'étaient jamais chargées et certaines étaient mortes, les armes à projectiles étaient rouillées, les bâtons électromagnétiques étaient défaillants... la liste semblait interminable. Pourquoi ce rapport avait-il été mis de côté ? Et surtout, pourquoi le lieutenant, était à n'en pas douter, plus professionnel et sérieux que le commandant ?
Lisant d'autres rapports avant de comprendre qu'elle venait d'arriver dans une caserne pitoyable et à l'abandon, June voulait des réponses immédiatement. Relevant son regard, elle le dirigea naturellement vers le commandant Parker, qui... dormait ? Pourquoi diable dormait-il la tête sur le bureau en train de baver sur la paperasse qu'il devait traiter ? S'agaçant fortement de son attitude irresponsable et indigne de son rang, June frappa de colère et des deux poings sur son bureau en hurlant le grade de son supérieur, ce qui le réveilla d'un sursaut impressionnant. Ne maîtrisant pas sa force à cet instant, elle laissa même une marque sur le bureau à cause de son avant-bras cybernétique. Se levant de façon impulsive, elle foudroya du regard le commandant tout en s'avançant vers lui d'un air menaçant. Les personnes présentes dans la même pièce qu'elle à ce moment précis purent être témoins, durant une fraction de seconde, que les yeux de la jeune Lorrdienne avaient changé de couleur pour revêtir un rouge agressif, rempli de haine.
« — Soyez-en sûr, commença-t-elle à dire d'un ton brûlant en s'adressant au commandant sans le nommer. Avant que je ne m'en aille, vous ne serez plus rien, conclut-elle simplement en se retournant, plus calme, apaisée, vers le lieutenant. Lieutenant Extar, je vois que vous êtes le seul supérieur digne et respectable dans cette caserne lamentable. Les rapports que vous avez rédigés sont importants et affiche une lueur d'intelligence dans cet établissement composé de médiocres. Si cela ne vous dérange pas, j'aimerais visiter la salle d'armement. Votre rapport sur l'état pitoyable des armes est alarmant, précisa-t-elle en lui signifiant clairement qu'elle avait lu plusieurs de ses rapports, contrairement à cet incapable de commandant. »
S'avançant dans les couloirs, la tête haute et les mains jointes derrière le dos, la petite sergente suivit avec une élégance et un prestige calculés le lieutenant Extar jusqu'à la salle d'armement de la caserne pour la visiter et constater d'elle-même l'ampleur du désastre. Même si son autorité était impressionnant depuis qu'elle avait pris le contrôle de la caserne, June se sentait à la fois perdue et envahie d'un pouvoir qui la grisait. Elle avait des moments de doute, pensant parfois qu'elle allait trop loin dans ses choix ou ses mots, mais il n'y avait malheureusement personne pour tenter de l'arrêter dans sa folie grandissante et sa soif insatiable de pouvoir. Sans doute trop lâche ou trop faible pour lui tenir tête. En dépit de ses pensées secrètes souhaitant qu'on la stoppe avant qu'elle ne sombre définitivement dans un sadisme malsain, l'envie d'aller plus loin, d'être crainte et respectée, s'intensifiait de minutes en minutes.
Une fois à l'intérieur de la salle d'armement en compagnie du lieutenant ; June eut la désagréable surprise d'apercevoir deux droïdes B1, debout dans un coin de la pièce. Ils étaient là, silencieux et apparemment hors service, dans un état de veille pour recharger leurs batteries. Il s'agissait en réalité de Bim et Bam, dont elle avait lu plusieurs rapports vantant leur travail et mentionnant leur remarquable professionnalsime durant leurs missions - tout au moins, plus profesionnels que les pathétiques organiques que composaient cette caserne. Il semblait, du moins pour le moment, qu'ils ne poseraient aucun problème particulier à la jeune Lorrdienne puisqu'ils étaient éteint. Néanmoins, June gardait un œil vigilant sur eux, prête à réagir au moindre signe d'activité hostile ou inattendu. Bien qu'elle faisait de nombreux efforts sur elle-même pour apprendre à faire de nouveau confiance aux droïdes, la méfiance demeurait était encore présente. Elle préférait rester en alerte plutôt que d'être prise au piège. Regardant ensuite les fusils rangés et accrochés à la verticale, crosse vers le bas, contre un mur : June put constater l'état inquiétant des armes. L'Intérieur du canon des fusils à projectiles étaient encrassés par la poudre et d'autres complètement rouillés par leur non utilisation ; les armes énergétiques n'étaient pas nettoyées et aucune batterie n'étaient chargées et les armes de corps-à-corps trainaient un peu partout dans la salle et n'étaient pas rangé entre-elles, sans oublier l'état de propreté catastrophique de cette pièce. Heureusement que le lieutenant Extar l'entretenait du mieux qu'il pouvait, sinon, cette pièce dans laquelle les B1 se rechargeaient actuellement seraient digne d'un local pour poubelles. Tournant ensuite son attention vers les rangées de fusils accrochés à la verticale, crosses vers le bas, contre un mur : June put constater l'état inquiétant des armes. Les canons des fusils à projectiles étaient entièrement encrassé par de la poudre brûlée, et certains étaient complètement rouillés par leur manque d'utilisation. Les armes énergétiques n'étaient pas nettoyés et les batteries complètement déchargées. Les armes de corps-à-corps traînaient un peu partout dans la salle, sans être correctement rangées. De plus, la propreté de la pièce était loin d'être à la hauteur des normes attendues. Si le lieutenant Extar n'avait pas fait de son mieux pour l'entretenir un minimum cette salle, elle ressemblerait davantage à un dépotoir qu'à un endroit de stockage pour des armes de combat.
« — Lieutenant, vous n'avez pas à gérer tout ceci seul. Demain, toutes les unités de la caserne devront entièrement nettoyer leurs armes après leur entraînement matinal, expliqua-t-elle en se tournant vers l'officier. »
À peine avait-elle terminé sa phrase que les droïdes Bim et Bam se réveillèrent en émettant un bip strident, signalant que leur batterie était pleinement chargée. Se retournant brusquement vers les B1, June surveilla leurs mouvements avant de décider de les ignorer et de quitter la pièce avec le lieutenant. À l'extérieur de la salle d'armement, marchant dans les couloirs pour rejoindre de nouveau le bureau du commandant, qui était dorénavant le sien, June expliqua au lieutenant qu'il y aurait un couvre-feu à partir de vingt-deux heures dès ce soir. Toutes les chambres devraient être plongées dans noir. June ne parvenait plus à se contrôler, sa folie la dévorait, grignottant petit à petit sa raison, et elle laissait cette perversité grandir en elle sans chercher à lui résister. Elle savourait ce jeu dangereux en mettant à l'épreuve toutes les unités de la caserne, afin d'identifier qui craquerait en premier et qui oserait lui tenir tête. Mais visiblement, personne n'avait eu encore le courage de s'opposer à elle - si bien qu'elle put, visiblement, dormir paisiblement dans ses nouveaux quartiers...
Bien que la nuit, de son côté, ait été paisible et sans incident, June eut du mal à trouver tout de suite le sommeil. Blottie au fond de son nouveau lit, qui était étrangement confortable, elle fut assaillie par de nombreux regrets et une honte passagère. Elle se retrouva seule avec ses pensées dans le silence de sa chambre. Pourquoi avait-elle choisi d'adopter cette attitude et ce comportement autoritaire ? Elle n'avait rien d'une tortionnaire et encore moins d'une dictatrice sans cœur. En y réfléchissant plus profondément, quelques larmes s'échappèrent de ses yeux et décida de se cacher sous les draps, dans un réflèxe inutile, et pleura silencieusement avant de s'endormir lourdement, causé par la fatigue et les nombreux rendez-vous de la journée.***
Le lendemain, peu avant quatre heures du matin, June attendait de pied ferme que toutes les unités viennent dans la cour d'entraînement de la caserne. Elle s'était levée bien avant tout le monde, avait déjà fait son sport du matin, pris une douche après, et s'était habillée de façon protocolaire, comme elle avait désormais l'habitude de le faire depuis qu'elle était devenue instructrice sur Géonosis. Comptant les minutes et voyant l'heure du rendez-vous approcher, la petite Lorrdienne prit dans ses mains son datapad, prête à barrer les noms des retardataires et parfaitement déterminée à les priver de toute grâce matinée, sinon d'un retour à une vie de civil où ils pourront pleinement profiter de leur lit. Sans pitié, June était prête à anéantir la carrière de quiconque dans la caserne qui oserait défier son autorité et ses règles. -
Post n°24
Auteur : Leiel OssoDans le couloir, on pouvait déjà entendre, à trois heures vingt-cinq, le tapotement plus ou moins discret du Sergent Staim à la porte du Soldat Bid. Plus que l'intensité du son, ce fut l'intervalle entre le commencement de la séquence saccadée et son interruption lorsque la porte s'ouvrit enfin qui finit par faire sortir Dizer de ses quartiers.
- Parfait, Dizer, on se retrouve... c'est pas trop tôt Bid ! Et vous n'êtes pas prêt ?
- Juste, une fois que c'est fini, on peut se recoucher, Sergent ?
- Non mais qu'est-ce que vous imaginez...
La Dévaronienne s'éloigna de la scène familière pour se servir une tasse de caff, avant de réaliser qu'à cette heure-ci, rien ne serait prêt, évidemment. Les écouteurs vissés aux oreilles, elle pianotait sur les surfaces qu'elle rencontrait, s'arrêtait parfois pour marquer un rythme effréné avec deux doigts et chacun de ses mouvements semblait un pas de danse différent du précédent.
B1m et B4m se tenaient déjà au garde-à-vous dans la cours, vingt minutes avant le début de la revue. Le Lieutenant Extar arrivait à la même conclusion que Dizer : personne n'avait préparé de caff, surtout pas la Dévaronienne, évidemment, et lui non plus. Il s'éloigna en pestant, bientôt suivi par le Commandant Parker qui soupira lourdement devant l'absence de boisson énergisante.
A moins dix, il ne manquait que Staim et Bid. Ils arrivèrent à moins deux, Bid visiblement pas bien réveillé, à moins que ce ne soit son état normal. Le Twi'lek pris place aux côtés de Dizer, toujours enfermée dans son expérience musicale quoique individuelle pour une fois, et fit l'effort surhumain de se redresser lorsque le Lieutenant Extar ordonna un tonitruant : « Garde-à-vous ! »
Staim vit la silhouette menue et intimidante de la Sergente King s'avancer vers la ligne que formait la petite équipe de la Première Caserne du quartier de la Préfecture. Tout le monde était là à l'heure, en uniforme, en ligne, au garde-à-vous, à son immense soulagement. Dizer ne semblait plus aussi remontée que la veille, Bid se tenait à peu près correctement, Extar et Parker fulminaient dans les mesures du réglementaire. Tout était parfait, le test était, pour le moment, réussi et Staim laissa l'espoir que tout se passe bien dessiner un léger sourire sur ses lèvres. Jusqu'au moment où il réalisa que le doigt de Dizer tapotait imperceptiblement la couture de son pantalon d'uniforme. Et que ses écouteurs étaient toujours enfoncés dans ses oreilles.***
- A six heures ?
- Je ne fais que répondre aux exigences martiales de la Commandante Irons, monsieur Saad.
- J'ai cru comprendre qu'il s'agissait d'une invitation plus que d'un ordre, madame.
- Certaines invitations ne peuvent se refuser. Je suis curieuse, je dois vous avouer.
Le véhicule de la Préfecture conduisait Osso et son assistant à la Caserne. La Sous-Préfète réajustait les pans pourpres de son manteau sur son pantalon blanc.
- Quelque chose m'intrigue délicieusement. Irons hier a laissé entendre qu'elle envisageait de laisser le cas Bergen à nos bons soins, « sous condition ».
Saad laissa l'officielle poursuivre sa pensée qu'il ne suivait pas tout à fait.
- Un prêté pour un rendu. Une sorte de : « vous m'en devez bien une ». Un échange de bons procédés.
- Eh bien, madame ?
- Réfléchissez, Saad. Nous arrivons doucement à la définition de nos rapports hiérarchiques. Le postulat est simple : la situation relève du ressort d'Irons. Irons accepte d'infléchir sa décision. En l'échange de...
- Jusque là, rien ne me semble si curieux.
Osso se pencha un peu vers Saad qui lui faisait face, les coudes sur les cuisses, les mains jointes.
- N'êtes vous pas intrigué, monsieur Saad ? La perspective d'un rapport qui ne soit pas un rapport purement hiérarchique entre... une simple « Commandante » et un dirigeant planétaire ? Le fait qu'il existe d'autres possibilités que les voies réglementaires pour parvenir à un accord ? Et surtout, l'implication que je puisse... refuser ?
- Refuser ?
- Irons a avancé ses pions. C'est la nature du jeu. Son mouvement me dit : j'ai tout pouvoir sur vous, mais vous pouvez faire quelque chose pour moi.
- Je ne vois toujours pas, madame.
- Saad. Elle aurait pu ordonner. Elle aurait dû le faire, je m'attendais à cela. Et j'aurais dû obéir, sans doute. Ce n'est pas ce qui s'est passé.
Il ouvrit un peu plus les yeux, dans la lumière encore faible du petit matin.
- Elle n'a pas ordonné. Elle a proposé.
- Et ce qui est proposé peut être refusé. N'est-ce pas intrigant, monsieur Saad ? Est-ce que cela ne vaut pas la peine de retrouver la Commandante pour une inspection inutile et potentiellement désastreuse pour notre image ? Nous savons à peu près à quoi nous attendre, mais elle ? Et la Sergente King ?
La jeune femme se rabattit dans son siège, un sourire léger aux lèvres.
- La journée commence bien. J'ai hâte de savoir comment elle va se poursuivre. Que voulez-vous, j'ai toujours été curieuse.
- Je peux demander à monsieur Sapoj d'avancer tous vos rendez-vous à une heure plus matinale, si vous le souhaitez, reprit Saad avec un sérieux affecté.
- Ce malheureux secrétaire a besoin de sommeil et je ne suis pas si cruelle. Cela me fait penser...
La phrase en suspend s'étiola dans la descente du véhicule en approche de la caserne.
- Madame ?
- Quelqu'un m'a dit il y a longtemps : « Sois généreuse avec tes subalternes, méfie-toi de tes égaux. Exècre tes supérieurs ». J'ai toujours trouvé cela réducteur et potentiellement dangereux. Mais ce n'est pas si faux, étrangement. Comment dois-je me comporter avec Irons ? La haïr ? M'en méfier ?
- Des sentiments trop forts, si vous me permettez. Un paradigme fallacieux, comme tant d'autres.
Un sourire étira les lèvres violettes d'Osso.
- Vous voulez dire que vous ne me détestez pas ?
- Et pourtant, vous avez toujours été généreuse avec moi, madame.
La berline déposa ses passagers devant le portail de la caserne et déjà, la tension dans l'air trahissait le drame caché à l'intérieur du bâtiment. Ils étaient un peu en avance, Saad se permit d'ouvrir le portail et les deux officiels pénétrèrent le lieu qui semblait déserté. Les droïdes qu'ils rencontrèrent se mettaient immédiatement au garde-à-vous à leur passage dans un silence relatif. Du fond du bâtiment, de la cour, s'élevaient des voix au timbre cassant.
- Dizer ! C'est un ordre !
- Mais vous, je veux bien, vous êtes lieutenant, mais elle ? Elle ! Elle est SER-GENT.
- Dizer, taisez-vous, maintenant !
- Non ! D'où elle vous donne des ordres ? D'où elle vient ? Elle est là pour quoi ? Et vous, Commandant, vous laissez faire ? C'est quoi votre problème, le cran ? La fierté ? La rage de se battre ? Qu'est-ce qui vous manque ! Mais vous savez quoi ? Ben viens ! Viens, on va régler ça, montre-moi ce que tu sais faire !
Saad avait instantanément perdu le sourire moqueur éternellement peint sur son visage et fit mine de s'avancer pour être retenu silencieusement par la main blanche d'Osso. Non, le moment était précieux. Pour ses yeux mauves, encore dans l'ombre du couloir, la scène éclairée par la lumière du matin semblait tirée d'un triptyque religieux. Les protagonistes jouaient tous leur rôle : le Tolothien qui tentait de retenir la Dévaronienne, le Commandant blême, le Lieutenant qui hurlait dans le vide, le Twi'lek qui reculait discrètement, les deux B1 impassibles. Et au centre du tableau, la figure solennelle de June King.
Magnifique.
