ARBORESCENCES
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Post n°1
Auteur : Leiel OssoDevant le miroir, Mia redevenait Leiel. Un soupçon de poudre, un rouge à lèvre d'un mauve foncé, des cheveux crêpés en auréole, une améthyste sur le front. La robe fourreau simplement blanche et plissée en biais sur la poitrine libérait ses bras, sur lesquels étaient peints par les caméristes des traits violets réguliers, dont les dessins géométriques descendaient des épaules jusqu'au bout de ses ongles.
- Non, pas de boucles d'oreille. Merci.
Leiel était là, maintenant. Un instant, le temps se contracta, se dilata, bondit des eaux froides de Pamarthe, jaillit là, maintenant, dans ce regard parme répété dans la glace, et la sensation qu'il poursuivait sa course plus loin, invisible encore, mais déjà palpable. Un pas, vers ce futur là, plus grand encore, plus glorieux encore. Meilleur.***
Depuis le pupitre de l'ancien Sénat séparatiste, la salle semblait plus bondée et bruyante que ce qu'il semblait possible. Mais les voix sonnaient joyeuses, des rires fusaient, certains humains et proches-humains se serraient les mains, s'inclinaient, se donnaient de chaleureuses accolades. Des diplomates, des scientifiques, des ingénieurs, des bureaucrates, des financiers, plus de trois cents personnes qui ne se seraient jamais rencontrées autrement. Son discours inaugural aurait dû déjà commencer, mais Osso ne se lassait pas de ce spectacle. Elle s'y baignait, s'en imbibait, elle aurait souhaité que son Océan ressemble à cette salle et ne soit plus jamais vide.
Puis elle prit la parole.
- Mesdames, messieurs...
Il fallut laisser un peu de temps à tous pour rejoindre leur place, et lentement interrompre leurs conversations. Les têtes se tournaient vers elle, les regards se faisaient attentifs. Pour être honnête, certains s'inquiétaient déjà de la durée des présentations, mais ce discours-là, c'était l'inaugural, le premier, la pierre fondatrice de toutes les nouvelles institutions. Alors on endurerait, poliment, ou plus intéressé, les mots à venir.
- Mesdames, messieurs, chers collègues...
Une petite pause pour que tous comprennent que l'événement avait commencé.
- Chers collègues, chers voisins. Chers amis.
Elle ne put s'empêcher de sourire.
- Merci d'être présents. Merci de votre engagement. Merci de vos compétences, de vos savoir-faire, merci de votre enthousiasme. Aujourd'hui, nous inaugurons notre fondation, l'Arborescence, projet sur lequel nous avons tous travaillé durement, mais plus rapidement que quiconque ne l'aurait cru possible. Aujourd'hui, nous matérialisons tous officiellement ce lien qui nous rassemble autour de valeurs de progrès, de croissance, de développement, cette hypervoie du savoir et de la coopération dont nous espérons tant.
D'un signe de main, elle inclut les Sous-Préfets partenaires, assis au rang d'honneur. Corr, Rastos et Stérieur n'étaient présents qu'en projection holographique.
- A l'origine de toutes choses, nous devons saluer les efforts des sous-préfets Corr, d'Ithor, dont les recherches et les innovations en biologie sont véritablement au cœur de notre alliance. Sous-Préfète Elc'o, de Bestine, qui apporte avec elle, entre autre, les savoir-faire de sa planète en matière de recyclage et de purification de l'eau. Sous-Préfet Stérieur, d'Utapau, qui a accepté de prendre en charge l'architecture financière et légale de la fondation. Sous-Préfet Rastos, d'Hypori, met dans la balance des capacités de production de droïdes d'une telle taille que même Raxus ne saurait égaler. Sous-Préfet Caithe, de Felucia, accepte d'accueillir sur son terrain les premières actions de l'Arborescence, visant à l'optimisation de la culture de nysillin.
Une légère pause entre chaque introduction permettait au crépitement des applaudissements de rythmer les présentations. Il n'avait pas été si simple d'unir tous ces préfets. Si Osso était bien à l'origine du projet, c'était Corr qui avait convaincu Stérieur et Elc'o. Rastos avait pris la navette en dernier. Le plus enthousiaste avait évidemment été Caithe, puisqu'on lui proposait de booster les revenus de sa planète sans qu'il débourse un crédit. Leiel fit un grand sourire à quelqu'un dans la foule, hocha la tête.
- Oui, Conseiller Bergen, je vais aller un peu plus vite pour qu'on se mette au travail sur le champ. Laissez-moi juste citer notre propre contribution : nous produisons des droïdes sur mesure, depuis les programmes aux circuits jusqu'aux pièces uniques, nos connaissances en agronomie seront partagées avec toutes les universités qui en feront la demande, nous travaillons nous aussi sur le cadre légal que nous devons consacrer aux brevets d'exploitation... Bref. Chacun à notre niveau, nous apportons une pierre à cet édifice communautaire dont la dynamique vertueuse doit en retour offrir des champs de recherche scientifique encore inédits, permettre de développer de nouveaux brevets, faciliter les échanges universitaires, commerciaux, financiers, de venir en aide aux planètes membres les plus démunies et apprendre ainsi comment en aider de nouvelles le plus efficacement possible.
Les applaudissements fusèrent. Osso se fit la remarque que le public présent était déjà conquis, de toute façon. Mais ce moment, ô, ce moment, elle le chérirait longtemps.
- Cependant, cependant...
Le bruit s'épuisa, la laissant reprendre.
- Cependant de tels efforts demandent quantité de sacrifices : l'Arborescence est un projet à long terme. Un projet qui implique investissements, matériels, déplacements, nouvelles armatures juridiques, nouvelles entités universitaires, techniques, d'hébergement, de terrain... Une longue liste qui coûte cher. Nous devons faire preuve d'endurance et de détermination. Car ce sont là nos racines, les racines de cette Arborescence dont les branches doivent pouvoir grandir afin de porter la promesse de beaux fruits.
Un sourire, une ponctuation. Le souvenir fugace des compromis auxquels elle avait dû se résoudre pour que le Jardin des Ronces trouve sa place dans ces nouvelles ramures étira ses lèvres en rictus moins plaisant.
- Mais cela vaut le coup, n'est-ce pas ?
Une nouvelle brève pause. Elle s'était reprise, regardait la foule, oratrice, misait sur l'attente, l'anticipation.
- Pour en avoir discuté avec certains d'entre vous, vous saurez que je trouve le terme « CSI » inadapté à notre union. Nous ne sommes pas une confédération, nous n'avons à justifier de notre indépendance auprès de personne. Néanmoins, sous cette bannière, notre liberté est défendue, nos institutions préservées, nos valeurs partagées. C'est grâce à la Confédération des Systèmes Indépendants que nous pouvons resserrer les liens étroits qui nous unissent déjà. C'est grâce à la Confédération des Systèmes Indépendants que nous pouvons croître à notre mesure. Nous sommes la Confédération, tout autant que les manufacturiers qui produisent les armes, les droïdes, les vaisseaux qui nous défendent. Nous sommes la Confédération, nous en sommes fiers, et notre travail, nos efforts, nos investissements la rendront plus forte encore.
Nouveaux applaudissements, nourris. Leiel savait que le début de ce paragraphe là ferait grincer quelques dents. Cependant, dans le plan élaboré dans sa seule imagination, la remarque avait sa place.
- Dès à présent, l'Arborescence fait sortir de terre une fondation propre sur chaque planète adhérente, mais aussi deux nouvelles universités, deux instituts techniques, quatre usines, plusieurs centres d'accueil, L'Arborescence participe à la fusion de trois instituts financiers... nous avons déjà commencé à pousser. Nos branches s'étendent d'un bout à l'autre de la galaxie. Nous sommes déjà plus grands et plus forts qu'il y a deux ans.
Si on voulait... Rien n'était gratuit, et les premiers retours sur investissement prendraient du temps avant de devenir palpables. Ces modifications et innovations, loin d'emporter systématiquement l'enthousiasme populaire, devaient absolument garder une image dynamique et partager une espérance dans des profits futurs. Sinon, toutes les planètes, les unes après les autres, allaient devoir faire supporter trop longtemps le coût d'un ratage à leur population. Et personne ne voulait être complice de cela.
- L'Arborescence sert à cela : à créer un nouvel environnement dans lequel peuvent s'épanouir nos différentes croissances. L'Arborescence cherche à compléter ce.,. ce biotope, en y tissant des liens culturels, intellectuels, scientifiques, politiques, financiers, techniques. Fraternels. Après tout, un des rares échanges à somme positive est la transmission du savoir. Alors enrichissons-nous, par notre travail, notre imagination, notre intelligence. Enrichissons-nous mutuellement.
Ca y était. Tout était là. Son avenir, l'avenir de la planète dont elle avait la charge, l'avenir d'un pan de la CSI, d'un pan de la galaxie. Elle y croyait. Elle voulait y croire, ce qui se lisait sur son visage, ce qui faisait résonner les applaudissements.
- Alors merci. Merci à tous d'être présents, talentueux, motivés, généreux. Merci à vous.
En laissant la parole au Muun représentant la Banque Fédérale, tout sourire et toute fierté, assise au milieu des préfets, Osso ne pensait plus à Mia. Non. Il n'y avait plus que Leiel. Il n'y avait jamais eu que Leiel. -
Post n°2
Auteur : Leiel OssoSourires, commentaires plaisants et légers, attentions de toutes parts. Oui, Osso vivait sans doute là le paroxysme de ce qu'elle avait pu imaginer de mieux. Elle aimait ça. Elle était douée. Elle attirait regards et commentaires, pour les mauvaises raisons, la couleur de ses tenues, jusqu'à se réserver les coupes en verre violet à la réception, son entrisme, ses coups de bluffs politiques jusqu'ici payants mais sans doute pas éternellement, et pour les bonnes, son enthousiasme communicatif, le potentiel de ces unions planétaires, le fait que ça vienne de Raxus, que ça vienne d'elle.
Bons ou mauvais, ces commentaires avaient la même valeur. On parlait d'elle, elle existait sur l'échiquier politique, elle développait son influence, celle de sa planète, celle de son camp. Bons ou mauvais, ils la poussaient doucement vers la proue.
Leiel n'était pas dupe, cependant. Elle venait d'arriver. La somme d'informations qui lui manquait encore restait phénoménale, certains cercles lui étaient toujours parfaitement hermétiques, des mouvements, des intentions, des indices traçaient des remous dans l'océan politique. Et ces signes là, elle ne savait pas encore les lire. Ce qui se trame dans les profondeurs liquides lui faisait toujours peur. Ce n'est qu'en exposant les monstres à la lumière qu'on les voit pour ce qu'ils sont vraiment : le plus souvent mous, inconsistants, les crocs et les griffes brisés. Le plus souvent. Parfois, même hors de l'eau, ils restent redoutables.
Mais, en ce début de soirée, il était temps d'apprécier la compagnie de ses pairs, de ses subordonnés, de ses collaborateurs, des amuse-bouches soigneusement choisis pour satisfaire tous les palais, artistement interprétés pour certains sur place, comme ces tranches de siphonophore de Bestine délicatement présentées en corolles presque transparentes, les salades Covado réinterprétées et élevées par des maîtres cuisiniers d'Ithor, des champignons marinés dans les acides gastriques d'insectes rares de Cato Neimoidia, des larves fumées de Géonosis, une foule de spécialités pour tous les convives, quels qu'ils soient et une rivière d'alcools plus ou moins puissants ou délicats.
Dans la salle de réception trônaient également des œuvres d'art contemporaines issues de la plupart des planètes fondatrices : statues et sculptures, holoprojections animées, peinture en deux dimensions ou sur être vivant. Les artistes conviés se connaissaient parfois, ou se découvraient pour la première fois, admirant les œuvres de leurs confrères en distillant les pires critiques enrobées dans les plus élégants compliments. Seul Hypori avait manqué l'appel : peut-être que la préfecture n'entretenait aucun lien avec les artistes locaux, ou qu'ils craignaient la compétition, ou encore qu'Herr Rastos ne voyait pas l'intérêt de mélanger à ce point les genres. Dommage. Osso adorait les brassages, les conflits, les rencontres et les étranges naissances qui en jaillissaient.
En ce moment, elle souriait poliment au projet de trois ingénieurs raxiens qui méprenaient l'occasion pour un appel de fonds. Après les avoir gentiment réorientés vers leurs cadres respectifs, elle retourna nager au milieu de plus gros poissons. Comme Ino Berenger, immuablement présent, si bien qu'elle se demandait parfois s'il n'avait pas une chambre particulière quelque part dans la préfecture.
- Certainement, expliquait-elle à l'équivalent bestinien de la noblesse de Raxus. Il est fondamental pour la Préfecture d'écouter les voix de nos peuples, et qui de meilleur pour les porter que les Maisons ?
Un sourire chaleureux à Darll Berenger, qui le lui rendit autant de bienveillance que le sourire dentu d'un nexu.
- Nous collaborons régulièrement, effectivement. La Préfecture nous reçoit, nous écoute. C'est comme ça que nous avançons le mieux.
Oh, il n'a pas mentionné les crises d'autorité, les menaces à peine voilées, les tentatives de corruption des Conseillers, qu'on n'a jamais pu prouver, évidemment, les motions de démission brandies tous les mois. Ce qui protégeait Leiel le mieux de la violence politique des Viginti, c'était la propension du Jardin des Ronces à s'étouffer lui-même. Ils se haïssaient plus entre eux qu'ils ne la détestaient elle.
- Tout à fait ! Ces impulsions portent de grandes idées, c'est une part fondamentale de notre construction culturelle et politique.
Dans le dos de Leiel, Sief Saad, son assistant personnel, souriait parfois d'amusement, suivant les discussions, le regard scrutateur sur la foule, notant les rapprochements, les sourires tournant au déplaisir, les jeux de regards. Dans son élégant costume traditionnel raxien, on pouvait de temps en temps le voir tapoter sur le comm' de son poignet, murmurer des ordres brefs aux droïdes plus ou moins invisibles qui dépendaient de la Préfecture. Un point de vue plus en hauteur lui aurait été plus utile, mais il ne quittait pas la Sous-Préfète, qui l'appelait de temps à autre pour s'assurer du nom d'un invité avant de le saluer, ou bien pour inscrire une idée, un rendez-vous, un commentaire dans l'ordinateur qu'il était le seul à pouvoir utiliser.
- Mademoiselle Osso ? Je suis absolument enchanté de faire votre connaissance !
L'humain devant elle avait dû être séduisant avant la cicatrice qui creusait la partie gauche de son visage. Ce qui le rendait peut-être plus impressionnant encore, et dans le mauvais sens, était le diamant qu'il avait fait fixer à l'endroit où avait dû se trouver son œil perdu.
- Je suis moi-même ravie. Je n'ai pas retenu votre nom, pardonnez-moi. A quelle délégation appartenez-vous ?
Un inconnu, pour elle, sans doute pas assez influent pour qu'elle perde du temps à lui parler, mais il était là, autant faire bon effet.
- J'ai beaucoup entendu parler de vous, de vos projets, de votre ascension. C'est un plaisir de vous rencontrer enfin.
Il tenait sa main dans la sienne, et à la grande surprise de la sous-préfète, à son malaise grandissant, il caressait la peau maquillée avec son pouce, quitte à brouiller les lignes violettes et à pousser Leiel à retirer ses doigts. Comme il ne la lâchait pas, elle cessa de parler, pour seulement lui sourire. Au signal convenu, Saad prit la relève, se plaça au niveau de l'invité, murmura quelque chose à son oreille, puis s'éloigna avec lui vers le bar. Osso soupira de soulagement, vida son verre violet seulement rempli d'eau pétillante, puis se tourna vers des invités qu'elle espérait moins fâcheux.
- Ambassadeur Garrm. Quel plaisir de vous revoir. Votre intervention lors de la deuxième convention a dynamisé la prise de décision de manière tout à fait notable.
L'Ithorien portait un long manteau à la facture classique de son espèce, mais violet. La sous-préfète refusa d'y voir un signe de quoi que ce soit, même si cela lui fit secrètement plaisir.
- Je vous remercie chaleureusement, Sous-Préfète, et tenais à vous faire part de...
Et la soirée se poursuivait ainsi, bondissant de compliments sincères en critiques larvées, de sourires confiants ou prédateurs, d'idées révolutionnaires ou recyclées au profit d'un autre parti.
Un nouveau verre violet rempli d'eau à la main, Leiel était dans son élément. -
Post n°3
Auteur : Leiel OssoCaithe, Sous-Préfet de Felucia, Osso et plusieurs invités avaient une discussion animée dont Sief Saad ne perdait pas un détail. L'équipe scientifique et technique prévue pour l'intervention in situ était prête, mais sans soutien militaire, il allait être difficile de garantir la sécurité de l'opération, et pour une multitude de raisons. Le sujet avait été mentionné, mais l'échéance arrivait et rien n'avait été décidé. Osso crispait les doigts sur le pied violet de son verre, tout en souriant posément. Un des premiers et innombrables problèmes qu'il allait falloir résoudre en gardant la face en toutes circonstances.
Plus loin, le Conseiller aux finances Bergen était aux prises avec la délégation bestininenne, quelques pas plus loin sur la droite, la Conseillère à l'industrie Denieb confirmait des commandes à un groupe d'intérêt néimoidien qui devait financer une partie des premiers investissements. Le groupe d'ingénieurs de Bestine et leurs collègues d'Hypori n'avaient pas bougé depuis le début de la soirée, proche de la table de banquet, discutant encore de l'ergonomie des connecteurs des câbles énergétiques. Le clan Sauvergne se moquait en sous-main de la benjamine de la Maison Merivel, qu'un technicien felucien assommait littéralement de détails sur ses projets sans réaliser que la pauvre jeune fille n'attendait d'un instant de répit pour s'enfuir, préférablement dans un autre cadran.
Et puis il y avait ceux qui bougeaient, passaient d'un groupe à un autre, se croisaient pour la première fois (contacts polis, sourires de façade, poignées de mains, parfois, excuse répétée à l'infinie : « Excusez-moi, je suis attendu... »), ceux qui se connaissaient déjà (deux cas de figure : des discussions qui perdurent, ou un échange de regards plus ou moins neutre). Au milieu, les serveurs humanoïdes. Les droïdes qui ramassent rapidement le verre cassé par accident et les alcools renversés. Les droïdes de sécurité, hors de vue, cachés dans les murs, ceux de surveillance, chargés d'enregistrer les minutes de la réception pour en tirer, officiellement, l'essence à communiquer à la galaxie...
Saad gardait un œil sur tout et sur tous. Le panorama qui évoluait devant lui évoquait des courants maritimes, des flux, des obstacles qu'il lisait avec l'expérience du marin averti. Capable de reconnaître les séides des Maisons, leurs interactions en particulier l'intéressaient au plus haut point. Cela permettait à la Préfecture d'anticiper les orages et les grains que les Xeri Viginti ne manquaient pas de faire pleuvoir à toute occasion.
Après avoir tapé une série de consignes sur son comm' personnel, Saad reprit position dans le dos de la Sous-Préfète Osso qui ne manquait aucune occasion pour discuter avec les invités les plus prestigieux. C'était son travail. Un travail nécessaire, qu'elle faisait jusqu'ici avec dévouement. Mais même si cela n'avait pas été le cas, même si Osso avait été tyran ou despote, lui, Sief Saad, l'aurait suivie. Après tout, c'est à elle et moins à Raxus qu'allait son allégeance.Sief SAAD
Sief Saad était né sous une bonne étoile. On aurait pu se demander s'il n'y en avait pas plusieurs éclairant son berceau. Bonne et ancienne famille raxienne, favorablement connu des Maisons, grande école, académie militaire de Géonosis, illustré plusieurs fois sur le champ de bataille, il était capitaine à 27 ans, en ayant gagné le respect de sa hiérarchie et de ses hommes. A 28, il épousait Albane Oï'Segur, d'une maison mineure mais proche des Oï'Tavel, riche, belle, et amoureuse de lui autant qu'il était d'elle.
Vraiment, Saad avait de la chance. Beaucoup. Peut-être trop.
Un soir, son premier soir dans un casino, Saad découvrit le hintaro, jeu de dés dont la valeur des combinaisons change avant la fin de chaque manche. Et pour son malheur, Saad gagna la première partie. Cela aurait pu s'arrêter ici, l'histoire aurait été différente et lui aurait été sauvé. Mais le capitaine continua à jouer. Et il gagna à nouveau. 40 000 crédits.
Il rentra chez lui avec un anneau en aurodium pour sa femme. Quand il la prit dans ses bras, les dés roulaient encore dans son esprit. Et ne cessèrent de s'entrechoquer par la suite.
Ce soir de chance fut le dernier pour Sief Saad d'Oï'Segur. Si les dés ne roulaient pas sur le plateau, ils déroulaient leurs combinaisons dans son esprit, dans son sommeil, pendant son travail, en permanence. La musique des dés l'accompagnait aussi. Il prit l'habitude de tapoter le bord des tables pour reproduire les coups des arêtes des cubes cognant le tapis vert. Il lui arrivait de ne plus répondre lorsqu'on s'adressait à lui, il disparaissait de plus en plus souvent, de plus en plus longtemps, pour revenir un peu plus ruiné et un peu plus enchaîné aux dés qui roulaient sans cesse, qu'il ait les yeux fermés ou ouverts.
La culpabilité l'écrasait, mais le besoin de jouer, de rattraper ce qu'il avait perdu, et c'était possible, n'avait-il pas de la chance ?, la culpabilité l'écrasait donc, mais le besoin de jouer était plus fort que toutes les drogues, que toutes les promesses, que tous les serments. En perdant sa fortune, il perdit son honneur, fut dégradé, renvoyé à la vie civile, et perdit jusqu'à sa femme, qui l'aimait toujours. Elle qui se berçait de l'illusion qu'elle pouvait le sauver réalisa que les dés étaient plus forts qu'elle, qu'ils l'avaient toujours été. Elle choisit l'eau pour disparaître. Quand Saad déboula pendant son enterrement, les Oï'Segur le maudirent, les Oï'Tavel firent en sorte qu'il ne puisse plus jamais trouver de travail sur leur continent, et qu'il soit banni de tous les casinos légaux de la galaxie.
Comme dans le hintaro, le dernier coup de dés changeait les événements potentiellement favorables en nouvelles condamnations. Criblé de dettes, sans plus aucun contact vers qui se tourner, vendant ses compétences dévoyées au plus offrant, Saad avait fini en prison. Même là-bas, il jouait encore, perdait encore, finissait dans les situations les plus compromettantes. Rien n'avait plus de pouvoir que cette soirée, cette soirée unique où il avait gagné, où la faveur de la Chance l'avait touché. Cette bénédiction valait bien quelques sacrifices.
Après un réveil à l'infirmerie de la prison, son beau visage gonflé, le nez cassé, les doigts de la main gauche tous savamment brisés, les dés cessèrent subitement de rouler dans son esprit et Sief réalisa qu'il avait tout, absolument tout gâché, tout perdu, jusqu'au sens de sa propre existence. Il pleura son épouse pour la première fois, pleura sur lui-même, de honte et de désarroi. Son passé était un champ de ruines et personne d'autre n'était à blâmer que lui. Son avenir était vide de tout. La musique des dés ne recouvrait plus la cacophonie de ses erreurs.
A sa sortie de prison, il n'appela pas de taxi, puisqu'il n'avait nulle part où aller. Il marcha un moment, dans une direction aléatoire, un speeder s'arrêta à son niveau, on lui demanda son nom. On le fit monter dans la voiture sans qu'il ne résiste, sans qu'il ne demande où on l'emmenait. La suite fut une sorte de brouillard où visiblement, on cherchait à le réhabiliter, sans lui dire pour quelle raison. Lui qui s'attendait vaguement à une exécution qui aurait mis heureusement fin à son existence, subit une batterie de tests auprès de droïdes et d'humains ou proche-humains. Et au bout de quatre mois de « formation », le brouillard avait fondu, il avait retrouvé un peu de sa dignité perdue, et il fut appelé dans le bureau de Leiel Osso.
Il la trouva fluette. Une robe légère, ondulante d'un tissu qu'il ne connaissait pas, oscillant entre blanc et parme, une ceinture lâche de perles d'argent et d'améthyste. Les cheveux dégoulinants dans le dos, grande rivière gelée. Debout, immobile, elle regardait une des oeuvres qui ornaient son bureau. Sa voix lui sembla douce. Et ce tableau féminin, délicat, eut du mal à correspondre avec l'image qu'il se faisait d'un dirigeant planétaire.
- Approchez, monsieur Saad.
Elle lui sourit. Pour quelle raison était-il là ?
- Madame. Que puis-je pour vous ?
Rien, probablement. Il avait tout donné aux dés, jusqu'à l'honneur, jusqu'à la dignité.
- Que pensez-vous de cette œuvre ?
C'était la dernière question à laquelle il s'attendait. Un jeu curieux avait commencé dans cette pièce qui ressemblait à un musée plus qu'à un bureau. Un jeu qui ne se jouait pas avec des dés.
- Gald Frown, une œuvre de jeunesse. Une de ses œuvres à tiroir. Eh bien... Le jeu des regards renvoie à cet espace, qui donne la clef de...
Son doigt pointe le coin haut droit du tableau sur toile.
- La clef de l'interprétation de cette partie, ici, en bas.
Osso l'écoute, silencieuse, intéressée.
- C'est une forme de vanité. Son message est philosophique. Il faut s'occuper de la vie au-delà de la mort avant que la mort ne nous prenne. Si nous sommes jugés, nous ne pourrons plus nous améliorer une fois notre âme libérée.
La Sous-Préfète reprend du regard le parcours effectué par Saad. Les corps, matériels, les regards, spirituels, le trône doré pour les richesses inutiles, le miroir brisé pour le deuil. Elle hoche la tête.
- C'est la période que je préfère de son travail. Je crois que vous l'avez connu personnellement.
- C'est exact, madame.
Elle se tourne vers lui, braquant sur lui ses étonnants yeux violets.
- J'ai cru comprendre que vous aviez une formation militaire, une expérience dans la sécurité, une connaissance précise du fonctionnement des Maisons. Voyez-vous, monsieur Saad, je viens d'arriver. J'aurais besoin de quelqu'un qui... faciliterait les choses pour moi. Quelqu'un qui ait des yeux là où les miens sont occupés ailleurs, qui puisse me glisser le nom d'un interlocuteur inconnu, qui sache quels sont les liens cachés entre les Maisons.
Saad fronça les sourcils, perplexe.
- Madame, vous avez certainement conscience que je suis très défavorablement connu des Maisons majeures et mineures des deux continents. A juste titre.
Et puis elle sourit. Un joli sourire, un peu charmeur, pas sensuel, non. Un sourire de jeune fille.
- Mais c'est précisément pour cela que vous m'intéressez, monsieur Saad. C'est le message que je tiens à faire passer. Que diriez-vous de travailler pour la Préfecture ? Pour moi, directement ? Sous conditions, bien sûr. Je connais vos démons. Je vous offre une chance de vous racheter. D'effacer certaines dettes, mais pas toutes. De vous refaire un nom, une réputation.
Il entendit le choc des dés dans sa main blanche avant de les voir dans sa paume tendue. Les sourcils froncés, agacé de devoir passer ce test puéril et cruel, il répondit plus durement.
- Je refuse de jouer avec vous. La chance, le hasard... c'est fini. Je veux contrôler. Anticiper. Être prêt. Que voulez-vous de moi si je me mets à votre service ?
Elle répondit simplement :
- En échange, eh bien... de vous, je veux tout.
Et il lui avait tout donné.
Encore un verre brisé. Saad suivait discrètement des yeux un ingénieur qui semblait perdu dans la foule. Son datapad lui fournit son nom, sa planète d'origine, sa position dans l'organigramme de l'Arborescence, ses relations avec ses supérieurs, collègues, ses engagements politiques, son statut marital... le « facilitateur » d'Osso travaillait scrupuleusement, en amont, en aval, pour que la chance n'existe pas.
Mais il ne pouvait avoir les yeux partout. Il entendit Leiel tousser, se retourna pour constater la panique absolue dans son regard mauve. Sans savoir ce qui se passait, il lui proposa son datapad, prétextant une urgence, et l'accompagna hors de la salle où sans cérémonie elle lui glissa son verre violet dans les mains, s'enfonça les doigts dans la gorge et tenta de se faire rendre. Impossible.
La peur contractait ses pupilles, agrandissait ses iris violets, faisait trembler ses lèvres.
- Alcool. Il y avait de l'alcool dans le verre. Je... je l'ai avalé. Il faut contacter la cellule de secours. Dr Dastra.
- C'est déjà fait. Prenez mon bras, on va avancer vers la plateforme. Tout va bien se passer.
Leiel ne répondit pas. Elle avançait aussi vite qu'elle le pouvait, au risque de faire circuler le poison dans son sang plus rapidement. Saad était au courant de tout ce qu'il fallait savoir. Il connaissait les fragilités de la Sous-Préfète, savait qu'il ne pouvait pas tout voir. Mais une série d'erreurs avait rendu l'empoisonnement possible, et lui était en tort. C'est pour cela qu'il préféra l'accompagner jusqu'à la chambre qu'on avait préparée à la hâte pour Osso.
Elle n'eut pas le temps de s'y rendre. En un peu moins de cinq minutes, l'alcool avait atteint son cerveau. Elle s'immobilisa, les mains tremblantes. Saad tenta de la faire avancer mais ses yeux roulèrent dans ses orbites, blancs dans son visage livide. Il eut à peine le temps de la retenir que les convulsions commençaient déjà. -
Post n°4
Auteur : Leiel OssoQuand Leiel Osso ouvrit les yeux, le soleil déclinait et la nuit se préparait à envahir Raxulon. Un instant, il lui fallut chercher où elle se trouvait, embrumée par le sommeil artificiel qui l'avait envahie. Et puis tout revint d'un coup : la réception, apogée de sa courte carrière politique, l'alcool dans le verre violet, et puis plus rien.
Le « plus rien » était néanmoins rempli de tout ce qu'elle connaissait de ses propres symptômes : dysfonctionnement cognitif avec distorsions de perception, convulsions tonico-cloniques avec anomalies épileptiformes focales controlatérales, entre trois et huit minutes, perte de connaissance, entre une et vingt-quatre heures. Elle s'imaginait frétillante comme un poisson tiré de l'eau, aussi impuissante, aussi ridicule.
Il était trop tôt pour se souvenir de la suite de son emploi du temps. L'esprit encore embrouillé, elle réalisa qu'elle n'était pas seule dans la chambre. Sief Saad était là, qui veillait sur elle, assis au fond de la pièce, les coudes sur les genoux, son datapad à la main.
- Bonjour, madame. Vous êtes revenue.
Curieuse formulation. Curieusement correcte. Elle était de retour, rappelée d'ailleurs où rien n'existait. La voix pâteuse, cherchant à redresser la tête, elle demanda :
- Qu'est-ce que j'ai manqué ?
- La fin de la réception que vous avez officiellement quittée pour régler une urgence à la Préfecture. Ce contre-temps vous a obligé à mandater la Conseillère Denieb à l'inauguration du Bureau de Synthèse et à la remise de la médaille du Mérite National à Tib Strama à qui vous avez promis un entretien particulier pour compenser cette déception. Ce soir, nouvelle réception, mais elle ne commence pas avant trois heures. En plus des rencontres officielles, vous aviez une réunion avec l'équipe légale au sujet des brevets, annulée et reportée. Les Feluciens veulent aussi une réponse au sujet de la protection militaire des équipes scientifiques des labos « Niango » et « Akira ».
La tête blanche était retombée en arrière. Trop d'informations pour son esprit encore en bouillie, trop d'émotions, de colère.
- Qu'est-ce qui s'est passé, Saad ? Mes verres ne devaient contenir que de l'eau.
- J'étudie toujours les holovidéos prises pendant la soirée, madame. Je n'ai pas encore de réponse précise et exacte à vous donner, malheureusement. Il est possible néanmoins qu'il ne s'agisse pas d'un accident.
Cela soulagea Osso qui se sentit moins coupable de ses manquements, puisqu'un autre pouvait payer à sa place. Elle l'encouragea à poursuivre d'un regard las.
- Aucune prise de vue ne donne des images claires de ce qui s'est passé. Il faut combiner plusieurs sources avec différentes focales pour remonter les trajets des invités, des serveurs et des droïdes.
Sief Saad se lèva, tira sa chaise jusqu'à la tête du lit d'Osso, lui monta son datapad. Il ne comptait pas insister. Elle ne devait probablement pas percevoir clairement ce qu'elle voyait sur l'écran.
- Voilà le dernier verre dans lequel vous avez bu. A partir du moment où vous l'avez en main, rien ne se passe. Quand on remonte... voilà le serveur... le verre est sur le plateau, sur la droite du plateau. On peut le suivre du bar du buffet... ici, on le voit qui esquive des invités, là il vous a perdu de vue et il vous cherche dans la foule.
Leiel l'écoutait plutôt qu'elle ne voyait ce qu'il voulait dire. Les prises de vue étaient multiples et même avec le son coupé, la foule d'informations données par les images lui cisaillait le crâne.
- On le revoit, ici. Le verre est toujours sur le plateau, à sa gauche. Là, vous le prenez, le serveur repart pour attendre votre prochain signal.
- Allez moins vite, Saad...
- Oui madame. On n'a pas d'image claire sur ce qui s'est vraiment passé. Je pense que quelqu'un a touché au plateau pendant son trajet du bar jusqu'à vous. Le serveur a été interrogé. Il parle effectivement d'un invité qui en reculant a manqué de renverser ce qu'il portait. Et que c'est l'invité qui a rattrapé le verre, mais lui n'a vu aucune substitution.
- Ce n'est pas suffisant...
- Ce n'est pas fini. Le reste du contenu du verre a été analysé. Vous avez bu du gin corellien, dilué dans l'eau qui vous était réservée.
- Doucement. Mon crâne va exploser.
- Pardonnez-moi. Pour faire plus simple, un invité, un homme, a réussi à verser du gin dans votre verre. A mon sens, la personne qui a fait ça l'a fait volontairement, avec malveillance. Ce qui pose plusieurs questions et amène plusieurs remarques.
Saad se réinstalla dans son fauteuil d'hôpital, croisa les jambes, son datapad à la main.
- D'abord, permettez-moi d'insister lourdement, vos verres et ustensiles à utiliser en public ne doivent en aucun cas être différents de ceux des autres invités. La personne qui a utilisé l'alcool contre vous a simplement observé le remplissage de vos verres, ne l'a pas compris, ou a voulu tester une hypothèse. On parle alors d'un homme potentiellement dangereux, qui n'a pas la notion de limites ou de cadre, pour qui les règles ne s'appliquent pas ou sont là pour être contournées.
- Hmm...
- Il est possible qu'il connaisse vos problèmes de santé et ait agi sciemment. Comment les connaît-il ? Pourquoi s'en prendre à vous ? Croyait-il que l'empoisonnement allait être fatal ? Je ne pense pas. J'y vois un test.
- Mmh... poursuivez.
Le bras de Leiel se rabattit sur ses yeux. Les pulsations dans ses tempes s'allégeaint doucement. Bientôt, elle pourrait se lever.
- Multiples conclusions : un sociopathe curieux et au potentiel de nuisance avéré, une forme particulière d'attentat politique, soit puisqu'il n'apparaît pas clairement qu'on ait voulu vous abattre, soit parce que l'auteur des faits s'attendait à une crise immédiate, qui aurait joué défavorablement pour vous au milieu des invités, ou bien une malchance absolue, à laquelle je ne crois guère. Rien de concluant. Mais j'ai peut-être quelque chose pour vous.
Saad agrandit l'image, sur laquelle on distingue la silhouette d'un homme de haute stature, que l'on voit de profil.
- Qui est-ce ?
- Phlox Alotran. Ambassadeur sociétal de la Compagnie Hyporienne de Machinerie Utilitaire et Militaire. C'est lui qui s'est montré... trop familier avec vous.
- Ah. Désagréable. Assez frappant, énorme cicatrice, un diamant à la place de l'oeil gauche.
- Je l'ai écarté des recherches, au début. Le serveur n'a pas parlé de cicatrice sur le visage de l'homme qui l'a bousculé. Mais dans la foule, s'ils étaient côte à côté... alors il a pu ne voir que son profil.
Leiel fronça les sourcils, perplexe.
- Pourquoi s'en prendre à moi ? L'Arborescence est un moyen pour sa compagnie d'obtenir des contrats importants et juteux, et nous avons autant besoin d'eux qu'eux de nous. Il veut m'évincer ? Qui espère-t-il mettre à ma place ?
Son crâne pulsait avec régularité, brouillant ses pensées. Que lui voulait cet inconnu ?
- Dois-je demander de le retirer de l'organigramme de la Compagnie de Machinerie ?
Osso tourna ses yeux mauves sur Saad, incertaine.
- Je n'arrive pas à me souvenir exactement de ce qu'il m'a dit. Qu'il était ravi de me rencontrer « enfin » ? Quelque chose comme ça, qui laissait entendre que c'était un but, depuis un moment.
- Bien, je fais parvenir la demande à...
- Non, Saad, attendez. Il est facile à repérer. A observer.
Le brouillard de ses idées finissait par se lever, mais pas assez vite. Et cette lumière éblouissante...
- S'il agit au nom de sa société, il sera remplacé par un autre plus discret. S'il a quelque chose contre moi en particulier, alors... il sera d'autant plus facile à intercepter s'il reste dans les parages. En revanche, arrangez-vous pour que nous ne soyons jamais seuls tous les deux, même dans un ascenseur.
- C'est noté, madame. Un mot du docteur Dastra.
- Oui ?
- Il préconise du repos. Plusieurs jours.
- Oh. J'en prends note. Faites venir mes caméristes avec un choix de tenues. Combien de temps avant la réception de ce soir ?
Saad eut un sourire blasé.
- Le Dr Dastra en aura le cœur brisé. Sa fascination pour votre encéphale ne le laisse plus fermer l'oeil. Plus ou moins trois heures, madame, si vous arrivez avec assez de retard pour attirer l'attention.
- Monsieur Saad, vous me connaissez trop bien.
- Vos caméristes sont en chemin. Si j'osais, je vous recommanderais de vous reposer un peu, mais...
Sa main blanche déjà tendue, elle attendait le datapad de son assistant personnel.
- Assez dormi. Montrez-moi ce que vous avez. -
Post n°5
Auteur : Leiel OssoPhlox ALOTRANDelmach SAPOJ
Delmach Sapoj, secrétaire particulier de la Sous-Préfète Leiel Osso, était heureux, ce qui était assez notable pour qu'il le remarque, non pas a posteriori mais au moment où le phénomène se produisait. La jolie heptooïninenne qu'il cherchait à séduire répondait bien à son charme ravageur, à sa position sociale avantageuse, à son appartement de fonction. Après tout, il côtoyait chaque jour les plus grandes figures de la nation. Mieux encore, il les aidait, directement. Les conseillait ! D'ailleurs, sans lui, la fin du monde aurait balayé la civilisation des dizaines de fois.
L'ombre au tableau était ce monstre d'Osso. Jamais elle ne lui avait pardonné d'avoir été franc, UNE fois, alors qu'elle n'était personne, et jamais elle ne lui pardonnerait. Il semblait à Sapoj qu'il était là non pas pour ses excellentes compétences, mais pour offrir un défouloir dégradant à la Sous-Préfète. Si elle adressait parfois un sourire lointain à Tel'Ilma, lui n'avait droit qu'à sa réprobation, son agacement, ses remarques incessantes.
Dans les faits, il était coincé. Parce qu'il ne trouverait pas de poste plus « prestigieux » que secrétaire à la Préfecture, parce qu'il s'accrochait aux privilèges qui venaient avec la fonction, parce que oui, il l'avait suppliée de le choisir, lui, et qu'elle avait accepté, et la chaîne qui le liait à Osso l'étranglait chaque jour un peu plus davantage.
Ce n'est pas tant qu'elle était insultante, non. Mais jamais elle ne trouvait son travail irréprochable, toujours dégringolaient de sa bouche des remarques presque gratuites, et, le pire, était qu'elle avait la main absolue sur son emploi du temps.
Et du temps, Sapoj n'en avait plus pour séduire la jolie Matsy. Quand se profilait un espoir, quand il réussissait à caser un moment dans son planning pour la voir, Osso le convoquait dans son bureau-musée, quelle tape à l'oeil, bouleversait ses plans, quel manque d'organisation, le retenait jusqu'à pas d'heure, quelle injustice, et pendant ce temps, ses espoirs de conquête amoureuse s'amenuisaient. Delmach n'avait jamais le temps de voir sa belle, parce qu'il en était sûr, Osso s'arrangeait pour lui pourrir la vie. Et Matsy s'impatientait. Depuis trop longtemps.
C'est pour cela qu'il était particulièrement ravi de la série de réceptions mondaines où il ne serait pas invité, bien sûr, puisque la Sous-Préfète ne le laissait jamais approcher les gens influents qui, eux, auraient su apprécier ses indéniables qualités. En temps normal, la vexation l'aurait fait changer de couleur, mais il avait enfin du temps pour éblouir sa future conquête en réservant, en lieu de la Préfecture, deux places dans un restaurant inabordable et complet toute l'année de la capitale.
Evidemment, Delmach Sapoj s'était retrouvé seul dans la foule au bar de la dernière réception mondaine en date, le soir prévu, au lieu d'avoir au bras la charmante Matsy. Encore une fois, Osso était intervenue au dernier moment, prétextant l'importance de sa présence, pour l'oublier totalement une fois la soirée commencée. Oh, qu'il la détestait. Froidement, méthodiquement. Elle avait fait exprès, parce qu'il la connaissait et que tout ce qu'elle faisait avait un but, et il ne savait pas comment, mais ce monstre blanc avait encore une fois eu vent de ses plans et il était là, un verre de champagne kashien à la main, morne et dégoûté, sans force pour se présenter aux gens si importants qu'il aurait tant voulu côtoyer en temps normal.
- Tiens, je ne vois pas les verres de la Sous-Préfète sur le buffet... elle a une boisson de préférence, peut-être ? Un alcool rare qui lui est réservé ?
L'humain qui avait parlé juste à côté de lui semblait le faire pour lui-même, mais Sapoj n'en était pas certain. Juste avant sa remarque, il lui avait adressé un coup d'oeil, comme s'il le connaissait, comme s'il savait qui il était. Ah... ce type d'Hypori... le borgne balafré...
- C'est de l'eau.
Les mots avaient jailli de la large bouche de Sapoj sans qu'il le veuille vraiment, et il reprit une gorgée de champagne pour retrouver contenance.
- Oh, amusant. On la voit boire, on la pense éméchée, mais c'est une couverture. Un mensonge. Intéressant, n'est-ce pas ?
Dans la voix de cet homme encore plus affreux que le sont les humains de coutume, il y avait une tension, cette même tension qui faisait parfois vibrer sa propre voix quand il insultait Osso dans ses moments de solitude. La soirée n'était plus aussi morne, et Matsy reflua dans l'esprit de l'heptooïnien.
- Entre autre. Et puis ça la rend malade.
L'oeil vivant dans le visage de l'Hyporien brillait autant que le diamant dans l'orbite vide.
- Je serais curieux de voir ce que ça fait. Pas vous ?
Comment savait-il ça ? Qu'il fallait s'adresser à lui, Sapoj, et qu'il lui répondrait, ce soir entre tous les soirs ?
- Vous n'aurez pas accès aux verres violets. Bonne chance.
En en faisant un jeu, la situation, qui s'apparentait à de la haute trahison, perdait de sa gravité. Un jeu, un pari, dans une soirée ennuyeuse. C'était tout.
- Un gage pour moi si je n'y parviens pas. Un gage pour vous si je m'en sors. Marché conclu ?
Plus tard, dans la soirée, Sapoj revoyait les holos privés filmés dans les couloirs du Sénat, le moment où le corps d'Osso avait brusquement cessé de fonctionner, où elle s'était raidie, la bave aux lèvres, et avait convulsé dans les bras de son chien de garde. Matsy avait rompu avec lui. Cela ne l'affectait pas autant qu'il l'avait craint. Après tout, ce spectacle interdit visionné en boucle était tout à fait suffisant à son bonheur. -
Post n°6
Auteur : Atreïs HelcarAtanae Tel’Illma avait réussi, au fil des jours, à se recomposer un visage de façade. Son trouble avait fini par lui passer, et pour cela, elle devait remercier indirectement Leiel Osso, sa patronne, qui lui avait donné tellement de travail qu’elle n’en voyait jamais le bout et ne pouvait plus se permettre d’être distraite. Bien sûr, il était toujours bien fait, mais la baisse de sa cadence lui avait occasionné de fâcheux rendez-vous avec des superviseurs indirects qui lui avaient fait nombre de remarques. Mais jamais rien n’était venu de la sous-préfète qui semblait tout autant crouler sous le travail, surtout maintenant qu’elle avait lancé son projet d’Arborescence. La Wroonienne n’avait que peu de détails sur ce qu’était réellement ce chantier, se contentant de rassembler les informations demandées et d’assister Osso sur quelques réunions, mais elle devinait son importance aux yeux de sa patronne qui ne s’était jamais autant agitée.
Il fallait dire que cette réception semblait être d’une importance tout aussi capitale. Il fallait que chaque décision soit validée par le sceau de Leiel. Il fallait que chaque met, chaque seconde, chaque virgule de discours soit révisé pour être certains qu’il n’y ait pas d’impairs. C’était là la face sombre de la sous-préfete : dans son perfectionnisme à outrance, elle obligeait ses collaborateurs à tant de rigueur qu’elle risquait de les épuiser les uns après les autres. Mais Atanae tenait bon. Elle avait été parmi celles qui avaient accueilli Leiel à son arrivée à la préfecture, et elle lui était reconnaissante de l’avoir gardée à son poste après son accession éclair au pouvoir.
Malgré cela, elle travaillait avec une légère pointe au coeur. A l’inverse d’un Delmach Sapoj, elle ne travaillait pas pour la gloire, mais pas simple fierté personnelle. Mais elle ressentait une très légère rancoeur de ne pas être reconnue à sa juste valeur. A l’inverse de certains conseillers, versés dans l’art de la flatterie, le fait de ne pas avoir grimpé les échelons l’avait isolée à nouveau, et son expérience passée avec Vasburg lui avait donné une sorte de manque, de vide à combler. Non qu’elle espérât une quelconque relation, mais elle avait apprécié sa collaboration d’égale à égale avec Leiel, un esprit différent, vif et sensible aux choses, qui lui avait apporté un éclairage nouveau. De fait, elle avait perdu cela également.
Lorsque vint le jour de la réception, la jeune femme n’était évidemment pas invitée. Elle avait révisé les listes des invités sous la supervision de Saad, les plats avec les cuisiniers, les discours avec les nègres… Et se trouva finalement seule à son bureau de la Préfecture lorsque le soir fut venu. L’hémicycle sénatorial accueillait la grande cérémonie, et une bonne partie des notables y était. Pas elle. En même temps, elle n’était pas une notable. Elle n’était qu’Atanae. Les invités allaient arriver, les uns après les autres, tous plus pomponnés les uns que les autres.
Sief Saad avait prit une telle importance ces derniers temps… Quand elle pensait que c’était elle qui avait réuni les informations à son sujet… L’homme était toujours courtois, toujours poli, toujours élégant, et la Wroonienne était reconnaissante de travailler avec lui, mais son importance n’avait fait que croître et il avait accès à des ressources qu’Atanae ne pouvait qu’imaginer. Il était Raxien, il était noble, il avait été riche, autant d’avantages qu’elle ne posséderait jamais, peu importaient ses efforts. Alors lentement, elle coulait dans l’ombre de chacun. C’était dans l’ordre des choses de la Galaxie.
Mains croisés devant sa bouche, devant son écran, elle se prit soudainement à rêver de participer, une fois, à ce genre de choses. Pour voir, pour comprendre ce que c’était réellement que ce monde qu’elle fréquentait quotidiennement sans en comprendre les us et coutumes, ni en retirer les avantages. Comme si quelqu’un, un jour, l’emmènerait aux réceptions. Elle se secoua. Elle serait inefficace, ce soir, alors elle se leva et ramassa ses quelques affaires, alors que sa ligne personnelle sonna.
-Atanae Tel’Illma, bureau de la sous-préfète ?
-Madame Tel’Illma, mes hommages, Phlox Alotran, ambassadeur de la Compagnie Hyporienne de Machinerie Utilitaire et Militaire. J’aurais aimé parler à madame Osso…
-Madame Osso se prépare actuellement pour la réception de l’ouverture du projet Arborescence, monsieur Alotran.
-Oh, eh bien, peut-être la verrai-je ce soir ! Dans le cas contraire, puis-je vous laisser un message à sa destination ?
-Bien sûr ! Je vous écoute.
-Dites-lui simplement que je serais ravi d’avoir un entretien privé avec elle. Mes salutations, madame.
Un rendez-vous privé ? Ce n’était ni le premier, ni le dernier, et le nom d’Alotran lui disait quelque chose parmi la somme d’invités, et elle n’avait pas de raison de refuser un nouvel entretien. Elle ralluma son ordinateur, consulta les rendez-vous et plaça Alotran, transmettant à Saad et Osso la demande, précisant qu’elle les laissait échanger avec ce monsieur du sujet du dit entretien. Depuis quelques temps, elle n’était plus là pour ça. Raison de plus pour être frustrée de sa position. Raison de plus pour parfois regarder les étoiles en pensant à une certaine Lieutenante... -
Post n°7
Auteur : Leiel OssoLa nuit seule dans sa chambre sourde-muette-aveugle Leiel avait dansé longtemps douche sommeil. La nuit s'essoufflait elle cligne des yeux déjà le matin était jeune. La nuque raide de l'empoisonnement un pic de force en travers des tempes colère. On avait volé... quoi? Temps ? Gloire ? Ou contrôle et maîtrise et retour sur investissement.
Les caméristes ne réussirent pas à effacer totalement les cernes violets sous ses yeux. Pas assez de sommeil et trop d'alcool et trop de gens et trop de mots. Elle choisit une longue tunique brodée sur un pantalon de cuir blanc. Assez des robes. Il fallait passer à autre chose. Trop de sollicitations, Dr Dastra avait raison. Elle le sentait, le poids du brouillard dans son cerveau. Tant pis. Il fallait faire avec.
Sapoj lui tendit le programme de la journée, elle adressa un sourire poli à Tel'Ilma, se prépara à entrer dans son bureau. Elle se sentait un peu mieux, plus stable, moins effervescente, moins diluée. Dans la liste des visiteurs, Alotran apparaissait, pas aujourd'hui, jour de Conseil, mais demain. La surprise et un malaise diffus enflèrent, arrêtèrent la Sous-Préfète.
Ce serait une bonne occasion... d'en apprendre plus, de trouver les boutons sur lesquels appuyer, de s'assurer que Saad avait raison, qu'Alotran était bien à l'origine de cette agression, qu'il était nocif, qu'il devait être détruit... Et Osso réalisa qu'elle n'avait aucune intention de le rencontrer. Quelque chose en lui la dégoûtait et ce n'était pas la balafre.
Elle fit volte face, vérifia sur l'écran, retourna en arrière.
- Atanaé, c'est vous qui avez pris le rendez-vous avec Phlox Alotran ? Annulez-le je vous prie.
A peine quelques pas vers son bureau qu'elle revenait déjà en arrière. Cette colère en elle, parce qu'on l'avait dupée, parce qu'on s'était joué de ses faiblesses, oh non. Non. Ca ne se passerait pas comme ça.
- Au fait, Tel'Ilma.
Son visage avait perdu la façade de sourire qui l'habillait de coutume. Froidement colériques, les yeux violets de la Sous-Préfète s'assombrissaient.
- Ne prenez pas les rendez-vous. Ce n'est pas à vous de le faire. Contentez-vous de faire votre travail, cela évitera les déconvenues.
Debout contre la baie vitrée de son bureau, Leiel tentait de regarder à pic, d'imaginer ce que ça ferait de tomber de là où elle se tenait. Le besoin de casser quelque chose, quelque chose de précieux la taraudait, entravait ses aspirations au calme, sabotait sa force de travail. Il allait falloir céder, bien sûr. Briser un objet unique, détruire cette valeur-là pour retrouver la sienne.
Il restait du temps. Demi-tour. Chambre de son appartement personnel. Deuxième tiroir. L'objet reposait sur ses deux index, levés au niveau de son visage. Elle prit le temps, un peu de temps, dans cette journée mal commencée, pour rectifier les choses, pour observer ce morceau d'histoire, cette création artisanale et artistique.
- C'est une flûte arconane, vieille de plusieurs millénaires, utilisée pour les rituels de séduction. Elle a été taillée dans une branche de bois davier ancien, bois qui a quasiment disparu. Le corps de l'instrument a été creusé à l'acide. Sur cet objet précis, l'acide a été utilisé pour façonner les trous mais aussi pour fixer la pellicule décorative unique. Les plateaux sont d'aurodium gravé à l'image du premier propriétaire selon une technique oubliée. Cet objet est précieux. C'est un objet sacré. C'est un objet rare. Je vois sa valeur.
L'instrument simple semblait presque en suspension, objet de dévotion, sa ligne parfaite, les arabesques laissées par la corrosion dans le bois, les détails des gravures. Si la force physique de Leiel n'était pas phénoménale, la rage avec laquelle elle abattit l'instrument contre le meuble, la violence avec laquelle elle projeta les morceaux dans sa chambre en manquant de briser les miroirs ou de faire des trous dans les murs étaient hors de toutes proportions. Les lèvres retroussées, le souffle court, elle haleta un moment, crispée, furie libérée, puis se calma doucement.
La flûte était détruite. Sa valeur était détruite. Sa valeur revenait à Osso.
Ce fut transfigurée que la Sous-Préfète présida à la réunion du Conseil. L'ordre du jour était long, puisqu'il fallait voter le budget à allouer à l'Arborescence pour fournir ses premiers équipements ainsi que le prêt de l'un des trois Sabaoth de la planète à Felucia. D'âpres négociations allaient avoir lieu. Calme, déterminée, l'esprit éclairci, Leiel était intensément présente. Peut-être qu'elle s'excuserait plus tard, auprès d'Atanaé. Peut-être qu'elle trouverait de la place pour Alotran dans la semaine. Peut-être que Duro répondrait aux sollicitations de l'Arborescence. Quoi qu'il arrive, elle était prête à l'affrontement.
Attendu la décision CGA- 6812 du Conseil Général du // portant sur l'élargissement de la loi-cadre de financement de l'Arborescence, engageant les amendements suivants :
- l'amendement RD-0183 à la loi Dovalys sur l'équipement planétaire
- l'amendement RT-0109 à la loi Martens sur la gestion et l'organisation de la dette publique
- l'amendement RA-0202 à la loi Bergen sur le financement de l'antenne raxienne de l'Arborescence
Attendu la motion de confiance CGA-9005-c du Conseil Général du //* portant sur la responsabilité gouvernementale et l'obligation de réussite attachées à l'Arborescence ;
Nous, le Conseil Général de Raxus Secundus, abondons dans le sens :
- du complément d'équipement défensif et scientique des antennes féluciennes « Akira » et « Niango »
- du prêt à la Préfecture de Felucia du destroyer Sabaoth « Nikato »
En conséquence et devant la Loi, nous émettons l'ordre de commande sus-cité et autorisons l'émission de la ligne budgétaire correspondante.Prospérité, Stabilité
Aqva Flvat, Sol LvceatLeiel Osso,
Sous-Préfète***
Sur les ordres et l'autorité de la Sous-Préfecture de Raxus Secundus,
Sous les ordres et l'autorité du Conseil Général de Raxus Secundus,
Sur les ordres et l'autorité du Bureau de l'Equipement,
Sur l'autorité de l'antenne raxienne de l'Arborescence
nous formulons la commande suivante auprès de la Compagnie Hyporienne de Machinerie Utilitaire et Militaire :
Plunk : 20 unités – soit 2000
ASP-7 : 40 unités – soit 20000
Caméra Merr-Sonn : 10 unités – soit 6000
SP-4 : 10 unités – soit 8000
HV-7 : 10 unités – soit 9000
Armurier AD : 2 unités – soit 5000
FX-6 : 2 unités – soit 9000
MD : 2 unités – soit 12000
MK IV : 5 unités – soit 45000
et débloquons les fonds suivants afin d'honorer la commande :
116 000 crédits, à l'ordre de la Compagnie Hyporienne de Machinerie Utilitaire et Militaire.Prospérité, Stabilité
Aqva Flvat, Sol LvceatLeiel Osso,
Sous-Préfète -
Post n°8
Auteur : Super PNJAtanaé était restée sous le choc. Fidèle à elle-même, Osso n’avait pas élevé la voix. Les simples nuances de ses paroles et de ses intonations étaient suffisantes pour se faire comprendre. Surtout face à la Wroonienne qui était hautement impressionnable. Elle n’avait pourtant pas eu la sensation de faire d’erreur, ou de manquer à son devoir, mais la sanction était tombée comme le couperet sur la nuque d’un condamné à mort. Et c’était exactement à cela que se comparait Atanaé à cet instant. Elle avait commis un impair… mais lequel ?
Elle avait toujours procédé ainsi, toujours travaillé dans le sens de la sous-préfète, et lorsque cela s’imposait, elle prenait les rendez-vous pour la jeune femme, soulageant ainsi Sief Saad et Leiel. Mais lorsqu’elle l’informa de ne pas prendre les rendez-vous, c’était pire que simplement lui reprendre cette responsabilité : c’était également lui enlever tout ce qu’elle avait fait en ce sens depuis l’arrivée au pouvoir de la sous-préfète. Ce n’était même pas du chagrin qu’elle ressentait, ni de la colère, mais de la déception, à son encontre, elle se maudissait d’avoir fauté et de ne même pas savoir où ni comment. Elle se doutait désormais que cela avait un rapport avec Alotran, auprès de qui elle avait dû se confondre en excuses, mais pourquoi ? Personne ne lui disait rien.
Les informations allaient très vite à la sous-préfecture, et si Atanaé n’avait jamais cherché à attendre ou à faire partie des commérages, elle les entendait quotidiennement, depuis le Conseiller à son bureau jusqu’à l’agent en charge de la maintenance. Sauf que ce jour, personne ne lui parlait, et c’était un signe. Le signe qu’elle était la cible des commérages. La disgrâce et la honte étaient sur elle, cela ne faisait aucun doute. Les murs avaient des oreilles, et la discussion, ou plutôt, le blâme, n’avait pas du tomber dans l’oreille d’un sourd qui s’était empressé de raconter que la si discrète Tel’Illma s’était fourvoyée et s’était attirée les foudres de Leiel. Presque instantanément, tout son tissu social avait disparu. Au milieu des arrivistes et des opportunistes raxiens, Tel’Illma n’avait plus d’utilité et donc plus d’importance.
Dans la journée qui suivit sa désillusion, ses courriers reçus diminuèrent de moitié. Ses dossiers également. Là où elle travaillait pour certains Conseillers, on lui retirait quelques accès, de ci, de là. Rien qui ne soit trop visible, mais suffisant pour qu’elle se rende compte de ce qu’il se passait. Son coeur était déchiré. Elle avait mis toutes ses forces dans son travail, et sa récompense était la médiocrité. Pourtant, elle travailla d’arrache-pied comme à son habitude. Seulement, cette fois, pas de tête par la porte lui indiquant de bien penser aux lumières en partant. Pas de sourires entendus lorsqu’elle se rendit à la cafétéria quasiment vide le soir venu pour prendre un repas frugal.
Ce fut à cet instant qu’elle craqua nerveusement. Toute la pression accumulée ouvrit les vannes d’un seul coup, sans qu’elle ne comprenne elle-même ce qui lui arrivait. Terrassée par la fatigue et le chagrin de son échec, elle se leva et s’enfuit de la salle pour rentrer chez elle.
Le lendemain, pour la première fois, elle posait un jour de congé.Atréïs


