Réunion militaire et audience solennelle.
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Post n°1
Auteur : HivernusPrécédemment.
Entouré de ses principaux officiers, Hivernus fait le tour de l’imposante projection holographique d’une forteresse nichée en flanc de montagne afin d’en étudier les moindres contours. Concentré à examiner les moindres petits détails, le Chiss cherche à déceler les faiblesses structurelles qu’il pourrait exploiter. Après avoir procédé à un examen minutieux de l’ensemble de la carte, l'humanoïde à peau bleue est certain d’avoir repéré plusieurs éléments qu’un œil non averti n’aurait pu voir.
- Vous êtes absolument sûr du rapport de votre escouade de reconnaissance, amiral ?
- Oui mon seigneur. Affirme l’amiral Netbers, fronçant doucement les sourcils. Y a t-il un problème avec ce rapport, mon seigneur ?
- Il se trouve en effet que le rapport de vos hommes est incomplet, amiral. Annonce le seigneur de la guerre de son habituelle voix parfaitement modulée. Vous voyez ces cavités ici et là ? Ce sont des emplacements d’artillerie.
- Je dois admettre que je n’ai jamais entendu parler de ce genre de configuration tactique. Commente alors l’officier, perplexe. Vous êtes absolument certain de ce que vous affirmez mon seigneur ?
- Les cas d’études sont très intéressants à suivre, amiral. On y apprend de nombreuses choses… Et il se trouve qu’au cours d'une de ces études de batailles passées, il m’est arrivé de rencontrer un scénario similaire. Les rebelles qui occupaient la forteresse de ce cas d’étude spécifique se sont servis de grottes pour dissimuler leur artillerie et la protéger d’une quelconque riposte ennemie. Indique le Chiss en faisant un nouveau tour de table, toujours aussi serein. J’ai la certitude que ces cavités ont une utilité militaire. Mais en l’absence de renseignements vérifiables, contentons-nous donc d’envisager la possibilité qu’il s’agisse bel et bien d’emplacements de lutte antiaérienne. Je ne compte pas mettre en danger la vie de nos pilotes pour vérifier l’exactitude de mes dires.
Netbers se garde bien de faire un autre commentaire. Hivernus ne se trompe jamais. Du moins, jusqu’à maintenant. Le commandant en chef de la marine de guerre seigneuriale ne peut toutefois s’empêcher d’être à nouveau étonné. Le Chiss est un véritable puits de savoir. Il a autant voire plus de connaissances sur certains domaines militaires que la plupart des officiers qu’il a pu côtoyer jusqu’à présent, y compris des généraux et amiraux. Le nombre d’heures consacrées à l’apprentissage et l’assimilation de tactiques ou de stratégies militaires employées à travers la galaxie doit être tout simplement colossal… L’amiral se demande silencieusement combien d’heures de sommeil son illustre seigneur s’autorise par nuit.
Autour de lui, les autres officiers conviés à la réunion observent le seigneur de la guerre procéder à une énième inspection de la projection holographique. Le capitaine Sylvar, ministre de la guerre et élève intime de l'humanoïde à peau bleue, mains croisées dans le dos, examine en silence les moindres recoins de la forteresse, y cherchant une quelconque faiblesse. En tant qu'aide de camp et élève privilégiée du Chiss, il ne fait aucun doute qu'elle cherche à mettre en application ses enseignements. Le colonel Zakarov, commandant de la chasse seigneuriale, semble perdu dans ses pensées. Il étudie probablement les diverses manœuvres envisageables pour ses chasseurs. Le colonel Poniatowski, à la tête de la deuxième légion, et la major Echo, en charge des commandos de l’infanterie de marine, se contentent de suivre du regard leur sinistre et mystérieux supérieur. La fille adoptive du seigneur de la guerre, la jeune et intelligente Frilla, assiste également à la réunion en sa qualité d’héritière présumée du Seigneurat de Bajic. Revêtue d’un uniforme semblable à celui porté par les militaires de son père, l’adolescente écoute et surveille avec un soin particulier tout ce qu’il se dit et tout ce qu’il se fait afin d’en apprendre plus sur l’art de la guerre. Il est après tout attendu d'elle qu'elle reprenne en main les opérations militaires si son père venait un jour à périr...
Les renseignements tirés de la reconnaissance effectuée par la septième escouade du commando Szabo font état de seize chasseurs modifiés parqués dans un hangar abritant également trois bombardiers, deux navettes d’assaut et un vaisseau cargo lourdement armé. Les défenses statiques de la forteresse comprennent pour leur part deux batteries de turbolasers et cinq canons laser de défense localisés… Défenses auxquelles on pourrait également ajouter quatre ou cinq pièces d’artillerie supplémentaires en se basant sur la simple intuition du Chiss. Pour faire court, ces pirates se sont bien installés et leur place forte semble inexpugnable. Un assaut frontal coûterait la vie à beaucoup de bons soldats, chose qu’Hivernus et ses officiers cherchent à éviter à tout prix.
- Si l’on se fie à la topographie du terrain, l’endroit est propice au débarquement de mes troupes. Je n’aurai aucun mal à les faire progresser dans cette jungle. Indique le colonel Poniatowski. Cependant, au vu du dispositif de l’ennemi, je doute que mes fantassins puissent aller loin… Et mes blindés seront fauchés par l’artillerie avant même qu’ils ne puissent entrer en action. Sans soutien aérien, mes troupes n’iront nulle part.
- Mes chasseurs peuvent offrir le soutien dont vous aurez besoin, colonel. Une frappe préventive sur ces emplacements d’artillerie devraient empêcher les pirates de s’en servir. Annonce Zakarov. La neutralisation temporaire ou définitive de leurs canons devrait vous laisser le champ libre.
- Une telle action pourrait en effet soulager mes troupes. Mais les pertes seraient probablement catastrophiques chez vos pilotes… Surtout si l’on a aussi affaire à des pièces antiaériennes dissimulées et intouchables. Rétorque alors son homologue, songeur.
- Les commandos de l’infanterie de marine pourraient remédier en partie au problème. Quelques escouades infiltrées en douce dans la jungle pourraient tout à fait s’introduire dans la forteresse et neutraliser leur système de défense depuis l’intérieur. Suggère alors la major Echo. Le temps que ces pirates comprennent ce qu’ils leur arrivent, vos forces seront déjà à leurs portes.
- Vos hommes sont-ils seulement capables d’un tel exploit, major ? Demande Poniatowski, perplexe.
- Je ne doute pas un instant du talent de mes commandos, colonel. Ils ont été entraînés pour ce genre d’opérations et ils accompliront leur mission, quelles que soient les conditions et quoi qu’il en coûte. Affirme son interlocutrice en venant défier du regard le colonel.
L'amiral Netbers s'apprête alors à prendre la défense de sa subordonnée et de sa précieuse infanterie de marine. Mais un soldat de la Brigade Impera pénètre en trombe dans la salle de réunion avant que quelqu’un ne puisse ajouter quoi que ce soit. Le stormtrooper revêtu d’une armure blanche striée de bleu fait claquer ses talons, frappe son plastron en fermant son poing puis se dirige vers le seigneur Hivernus, venant lui souffler quelque chose à l’oreille.
- Mon attention est requise ailleurs. Veuillez poursuivre sans moi. Déclare le Chiss de son habituelle froideur.
L'humanoïde à peau bleue est salué par ses officiers, qui reprennent rapidement leur conversation. Chacun cherche à partager son point de vue, ses inquiétudes et ses suggestions à ses pairs. Il ne fait aucun doute que la planification de cette opération à haut risque prendra du temps… Beaucoup de temps. Mais pour le seigneur de la guerre, l’heure n’est plus aux réflexions militaires. Il est attendu. Et il serait fort peu convenable pour un individu de son rang de se présenter à ses invités avec du retard et des pensées guerrières en tête.
Hivernus traverse les couloirs sinistres de sa citadelle, escorté par sa traditionnelle garde d’honneur, constituée de six soldats issus de la prestigieuse et élitiste Brigade Impera. Seuls les bruits de pas cadencés des stormtroopers et le son distinctif d’une canne qui vient frapper le sol se font entendre dans les couloirs désertés. Les gardes en faction devant l’entrée ouest de la salle du trône font instinctivement claquer leurs bottes à la vue de leur seigneur. Un homme se charge d’insérer sa carte dans la console d’accès et la porte s’ouvre afin de laisser passer le seigneur de la guerre et son escorte.
Le Chiss passe devant une série d’alcôves, remonte lentement le tapis, passant devant deux imposantes statues guerrières et les braseros qui les mettent en lumière, grimpe ensuite une longue série de marches et finit par s’installer sur son trône. Les six soldats chargés d’assurer sa protection rapprochée se positionnent sur la première rangée de marches afin de barrer l’accès à quiconque souhaiterait s’approcher du seigneur de la guerre. Une seconde colonne de stormtroopers de sa maison militaire vient se placer en arc de cercle dans la salle.
L'humanoïde à peau bleue masse le temps d’un instant son moignon douloureux. La gêne passée, il annonce ensuite aux gardes postés à l’entrée principale qu’il est prêt à recevoir ses invités. Les imposantes portes s’ouvrent sur trois individus en tenues d'apparat. Un soldat à la moustache grisonnante, casque sous le bras, les précède afin de les annoncer. Il fait claquer ses talons, redresse le menton, puis déclare :
- Son Excellence, la vicomtesse Iya Shoti, ambassadrice de Pantora auprès du Seigneurat de Bajic. Le général Ama Shisey, commandant en chef des forces armées de Pantora. Le lieutenant-colonel Tovan Kichi, de l’état-major des forces armées de Pantora.
L’officier, en sa qualité de héraut, remonte ensuite le tapis d’une marche lente et militaire. Les trois membres du cortège diplomatique le suivent comme des ombres glissantes jusqu’à ce que l’homme s’arrête brusquement à quelques pas des escaliers, fasse un quart de tour et annonce ensuite dans un nouveau claquement de talons :
- Son Excellence, le seigneur de la guerre Hivernus Hawan, souverain de Base Vergesso et de Rezi-9, protecteur du secteur de Bajic.
Les trois invités s’inclinent doucement afin de présenter leurs hommages au seigneur de la guerre. Le Chiss prend le temps de détailler les représentants de Pantora. Les deux officiers, sanglés dans des uniformes taillés sur mesure, adoptent une posture rigide propre aux militaires ayant des années d’expérience derrière eux. Les marques jaunes qui viennent orner les traits durs de leurs visages leur donnent un air martial particulièrement plaisant. La vicomtesse, parée de ses plus beaux atours, est ravissante. Sa robe épouse parfaitement ses contours, lui donnant une silhouette sensuelle. Sa longue chevelure rose tranche avec le bleu de sa peau et coule en cascade sur ses épaules. De riches ornements incrustés de pierres précieuses retiennent une partie de ses cheveux et lui donnent un aspect altier. Il ne fait aucun doute que ces individus là sont de fiers représentants de l'ancienne caste aristocratique Pantoran.
- Je vous souhaite la bienvenue au sein de Base Vergesso. Débute doucement l'humanoïde à peau bleue en regardant ces étrangers du haut de son imposant trône. Sachez tout d’abord que le peuple de Pantora sera toujours reçu avec bienveillance au sein du Seigneurat de Bajic. Nous veillerons à ce que vous ne manquiez de rien au cours de votre séjour. Puis-je toutefois vous demander la raison de cette visite singulière ?
- Bien évidemment, noble seigneur. Répond d’une voix mélodieuse la belle ambassadrice. Le président de l’Assemblée s’excuse par avance de ne pas pouvoir venir en personne présenter ses salutations à votre illustre personne. Pantora est secouée par des troubles internes qui requièrent malheureusement toute l’attention du président. En tant que représentante désignée par ses soins, le devoir de vous présenter ses sincères demandes m’incombe donc tout naturellement.
La vicomtesse se redresse doucement et s’avance peu à peu, posant son regard hypnotique sur le Chiss. Immobiles, les gardes du seigneur de la guerre n’en demeurent pas moins attentifs. La représentante de Pantora les détaille un à un. Les soldats d'élite du souverain de Base Vergesso sont sur leurs gardes, prêts à réagir au moindre mouvement suspect. La diplomate s’en rend rapidement compte et recule de quelques pas, sans toutefois quitter des yeux l'humanoïde à peau bleue. Il se contente de la regarder de haut, depuis son trône, mais ne semble pas avoir le moindre dédain pour elle ou ses compatriotes. Son visage n'exprime rien. Et son regard de braise luit d'une lueur étrange, à la fois mystérieuse, intimidante et chaleureuse.
- La Bordure Extérieure a de tout temps échappé au contrôle des autorités, que ce fusse du temps de l’Ancienne République ou des deux empires. Le manque d’intérêt des Mondes du Noyau à notre égard n’est pas nouveau. Et les gouvernements qui se sont succédé à la tête de la galaxie n’ont rien fait pour remédier de manière définitive aux problèmes de pirates, de corporations oppressantes et de syndicats criminels qui pullulent pourtant dans la région. Nous avons servi l’Ancienne République avec honneur et dignité. Et nous avons tenté de garder cette ligne de conduite sous les deux empires qui lui ont succédé. Mais l’inaction de ces gouvernements, et de la communauté galactique en générale, a amené le peuple de Pantora à s’engager sur une nouvelle voie. Indique Iya Shoti, d’une voix douce mais empreinte d’une conviction à toute épreuve. Pantora se sent en effet bafouée, blessée, humiliée par ce manque d’attention de la part des régimes galactiques les plus puissants. Le président de l’Assemblée demande donc solennellement votre assistance.
- Bien évidemment. Que puis-je faire pour aider le peuple de Pantora ? Demande alors Hivernus, sa curiosité piquée à vif.
- Votre croisade contre les groupes pirates et les forces du Syndicat Tenloss sont un véritable exemple pour le peuple de Pantora. Et c’est en vous faisant part de notre profond respect que nous nous adressons à vous dans le but d'acquérir les services de la puissante armée du Seigneurat de Bajic. Le général Shisey ici présent, commandant en chef de nos forces armées, considère en effet que l’expérience que vos vaillants soldats ont acquis au cours de leurs combats contre les pirates et les criminels du Syndicat Tenloss pourrait être utile dans la formation et l’encadrement de nos troupes. Annonce l’ambassadrice, d’une vigueur renouvelée. Une coopération entre nos forces armées serait le moyen le plus sûr, pour Pantora, d’assurer la sécurité de ses intérêts et la prospérité de son peuple. En échange des services de votre armée, l’Assemblée Pantoran se dit prête à engager des accords commerciaux et diplomatiques durables avec le Seigneurat de Bajic.
Le seigneur de la guerre se laisse retomber dans son trône, pensif. La plaidoirie de la diplomate est embellie de termes pompeux et assommants. Il y a probablement dans ce discours une belle part d’hypocrisie forcée. Hivernus n’a jamais été un grand adepte de ces conversations dépourvues d’authenticité. Le mépris qu’il éprouve pour les politiciens et leurs paroles doucereuses n’a pas changé d’un pouce. Mais le Chiss sait également que les Pantorans sont des êtres têtus et fiers. Ils ne prendraient pas la peine de s’adresser à lui ainsi si la situation ne s’y prêtait pas. Il ne fait aucun doute que l’Assemblée Pantoran doit être empêtrée dans un sacré bourbier pour en venir à quémander le soutien d’une puissance extérieure.
Quoi qu’il en soit, Pantora réclame son aide. Il serait bien idiot de refuser de voler à son secours. En se mettant au service du peuple de Pantora, il pourrait s’assurer d’intégrer la planète dans sa sphère d’influence... Et les ressources de ce monde pourraient éventuellement être négociées en échange de sa protection. La promesse d’un rapprochement entre Pantora et le Seigneurat de Bajic est donc particulièrement alléchante. Le souverain de Base Vergesso caresse même l’espoir que certains Pantorans décident de leur propre gré de rejoindre les rangs de ses légions.
Le Chiss ne fera pas l’erreur de se désintéresser des supplications d’un peuple qui a été ignoré pendant trop longtemps. Il serait en effet stupide de se priver d’un potentiel allié ou vassal dans cette région reculée de la galaxie où les ressources sont abondantes mais également convoîtées par toute une clique de personnages ambitieux et cupides.
- Le peuple de Pantora requiert mon aide… Le respect dont il me fait preuve m’honore et c’est donc avec un plaisir non dissimulé que j’annonce vouloir répondre favorablement à cet appel à l’aide. Déclare l'humanoïde à peau bleue d’une voix parfaitement modulée. Le Seigneurat de Bajic s’engage d’ors et déjà à fournir aux forces armées de Pantora des conseillers militaires et de l’équipement.
Hivernus marque un léger temps de pause, s’appuyant fermement sur les accoudoirs de son trône. En contrebas, les trois membres de la mission diplomatique s’inclinent doucement pour remercier cette réponse bienvenue.
- Vicomtesse, général, colonel, je vous invite à dîner en ma compagnie demain soir. Ajoute le seigneur de la guerre, son regard de braise planté sur les Pantorans. Considérez-vous comme des invités de marque. Vous serez traités avec tous les honneurs dû à votre rang, tels des membres de ma propre maison. Je mets également à votre disposition mon personnel afin que vous puissiez jouir de votre séjour sur Base Vergesso comme bon vous semble.
- L’estime que vous portez au peuple de Pantora ne sera pas oubliée, noble seigneur. Assure la vicomtesse en effectuant une révérence pleine de grâce. Je peux vous assurer avec sincérité, et au nom de Pantora, qu’il nous tarde d’entretenir d’étroits liens de collaboration avec le Seigneurat de Bajic.
Nouvelles flagorneries. Nouveau sourire. Le Chiss demeure impassible, insensible à ces flatteries. Il se contente d'acquiescer d'un signe de tête. L'audience terminée, le héraut pivote à nouveau afin de conduire les membres de la délégation Pantoran jusqu'à leurs nouveaux quartiers. L'humanoïde à peau bleue les observe s'éloigner en silence. Iya Shoti se retourne un instant afin de lui adresser un sourire, puis disparaît de son champ de vision. Il ne fait aucun doute qu'il pourrait succomber à ses charmes s'il était un seigneur de bas étage avec des mœurs douteuses.
Mais un véritable Chiss ne se laisse pas distraire pas les désirs de la chair. Alors que les portes se referment à nouveau, Hivernus se redresse subitement, comme inspiré par la grâce. Il lui reste encore une bataille à planifier et des ordres à donner. -
Post n°2
Auteur : HivernusHivernus porte son verre de lait bleu à ses lèvres, sirotant une brève gorgée de ce succulent breuvage afin de savourer son goût sucré en bouche. Installé en bout de table, le Chiss flatte l’encolure de son compagnon cyborg, un chien issu du projet X-23-A qui lui a été offert par le professeur Zimmer en personne. Le canidé, assis aux pieds de son sinistre maître, halète bruyamment en observant les mets qui sont disposés le long de l’immense table. La tête posée sur le bois précieux du meuble, le dénommé Fantôme guette les faits et gestes des divers invités, rêvant probablement qu’un morceau tombe afin de s’en repaître. Devinant les désirs de son animal de son compagnie, l'humanoïde à peau bleue se saisit d’une belle tranche de viande qui ne manque pas d’attirer l’attention de son chien. Le canidé cyborg renifle doucement l’air, intrigué par cette bonne odeur de barbaque. Le seigneur de la guerre lui tend alors la viande, qu’il flaire un instant puis s’en empare d’un bref coup de mâchoire bien placé. Alors que Fantôme se repaît de son repas, le regard enflammé du Chiss fait le tour de la table, se posant sur chacun des individus invités à dîner en sa compagnie.
Sa splendide et intelligente fille, Frilla, est assise à sa droite. Ayant revêtue sa plus belle robe de soirée, la jeune femme est un véritable ravissement pour les yeux. Sur sa gauche se tient la superbe ambassadrice de Pantora. La vicomtesse Iya Shoti rayonne de beauté dans sa tenue exotique et légère qui laisse entrevoir des formes aussi généreuses que sensuelles. Elle veut plaire au souverain du Seigneurat de Bajic… Mais dans quel but ? Aux côtés de la belle Pantoran se tiennent le général Shisey et le lieutenant-colonel Kishi, tous deux porteurs de somptueuses tenues militaires cérémonielles. En face d’eux, l’amiral Netbers et la capitaine Sylvar, ayant tous deux choisi de revêtir le traditionnel uniforme vert aux manches striées d’une unique bande bleue. En bout de table, le colonel Zakarov, qui a lui aussi choisi d’opter pour la sobriété en ayant décidé de porter un uniforme similaire à ceux de ses camarades.
Les officiers discutent entre eux, abordant différents sujets d’ordre militaire. Ils parlent des diverses doctrines en application au sein de leurs forces armées respectives, évoquent les nouvelles théories militaires à la mode et échangent volontiers leur point de vue sur les affaires galactiques. Frilla se joint à leurs conversations passionnées, allant même jusqu’à impressionner les deux Pantorans en échangeant avec eux sur divers essais militaires qu’elle a étudiés au cours de ses lectures. Il ne fait aucun doute que les connaissances martiales qu’elle a acquises par ses propres recherches ou lors d’observations sur le terrain lui seront bénéfiques par la suite… Ce ne sont pas Shisey et Kishi qui diront le contraire en tout cas. Ils ont l’air sous le charme et ravis de pouvoir discuter d’affaires militaires avec la fille adoptive d’un puissant seigneur de la guerre.
La magnifique vicomtesse fait tâche au beau milieu de tous ces esprits belliqueux. Elle ne semble guère s’intéresser à ces discussions guerrières, préférant de loin dévorer des yeux le mystérieux Chiss qui préside cette assemblée pour le moins singulière. Hivernus observe et écoute en silence, comme à son habitude. D’une main tranquille, il caresse l’épaisse fourrure d’un blanc immaculé qui recouvre l’épiderme de son chien. Le canidé cyborg semble apprécier les attentions de son maître, se pressant contre lui afin d’obtenir de nouvelles cajoleries.
- La visite de Rezi-9 a t-elle été à votre convenance, vicomtesse ? Demande finalement l'humanoïde à peau, couvrant Fantôme de caresses.
- Je dois admettre que ce fut un moment agréable… Une sorte de bulle hors du temps. Il fut rafraîchissant pour moi de me tenir loin des problèmes de Pantora le temps d’un instant, de ne penser à rien d’autre qu’à moi… Et à mes aspirations. Répond la Pantoran en souriant d’une manière qui ne trompe guère le Chiss sur ses intentions. Ces instants en votre compagnie sont délicieux, mon seigneur… Et dans un cadre aussi magnifique que Rezi-9, cela a rendu la chose bien plus plaisante encore.
Le Chiss conserve une expression neutre sur son visage. Il n’est guère sensible au charme de la splendide ambassadrice. S’il lui trouve en effet une certaine beauté, l’idée même de se livrer à un jeu de séduction avec elle ne lui semble d’aucune utilité. Par ailleurs, le seigneur de la guerre ne peut s’empêcher de s’interroger sur les intentions de la vicomtesse. Que cherche-t-elle à obtenir de lui ? Du pouvoir ? Le prestige ? La fortune ? Ou peut-être l’assurance que son peuple sera protégé de tout danger par l’empire en devenir qu’est le Seigneurat de Bajic ?
Pour l’heure, le souverain de Base Vergesso a encore du mal à cerner la belle Iya Shoti. Quoi qu’il en soit, la méfiance est de mise… Et tous les beaux discours qu’elle pourra lui déclamer n’y changeront rien. Cependant, afin de lui rester agréable et de ne pas éveiller un quelconque mécontentement chez elle, le Chiss décide finalement de lui rendre son sourire.
- Il est vrai que Rezi-9 est une planète tout à fait charmante. Nuadan City est un véritable chef d'œuvre architectural. Un œil avisé pourrait sans problème déceler les influences Alderaani et Naboo qui se cachent derrière chaque construction… Ce qui n’est guère étonnant puisque les colons qui se sont installés ici sont pour la plupart issus de ces deux mondes sublimes et paisibles que sont Naboo et Alderaan. Fait remarquer Hivernus d’une voix parfaitement modulée.
- Dans un sens, Rezi-9 est un peu le diamant vert du Seigneurat de Bajic. Elle est une vitrine de beauté, de quiétude et de raffinement dans ce coin de la Bordure Extérieure où la violence et le désespoir ont atteint leur paroxysme. Ajoute à sa suite la Pantoran, qui boit les paroles de l'humanoïde à peau bleue avec beaucoup d’attention.
- C’est tout à fait vrai. Je dois avouer que j’aime beaucoup l’image que vous proposez. Ces paroles transpirent l’éloquence. Admet le Chiss en appuyant ses propos d’un signe de tête approbateur.
Le seigneur de la guerre sirote doucement son verre de lait bleu, qu’il accompagne d’une délicieuse pâtisserie achetée à son artisan préféré. L’ambassadrice savoure en silence son steak d’Eopie, puis sourit de plus belle au souverain de Base Vergesso.
- Si vous avez aimé la visite de Nuadan City et de ses environs, vous apprécierez probablement la petite ville portuaire de Meren. C’est une cité enclavée au milieu des eaux, entourée de paysages à couper le souffle. Poursuit l'humanoïde à peau bleue d’une voix qui se veut plus douce. Une seule promenade sur les petites plages de sable fin de Meren vaut le détour. Imaginez-vous, l’espace d’un instant, les pieds dans le sable, les rayons du soleil venant miroiter sur une mer d’huile et sur les dômes des monuments de Meren, tandis qu’à l’horizon se tiennent des monts brumeux et enneigés… Un spectacle ravissant et saisissant pour les yeux, croyez-moi.
- Vous semblez tout connaître de Rezi-9, mon seigneur. Émet pour tout commentaire la vicomtesse, un brin rêveuse.
- Pas entièrement, à mon grand regret. Mais je ferai un bien piètre souverain si je n’avais aucun intérêt pour les villes qui peuplent mon domaine et leurs habitants… Connaître Rezi-9 dans ses moindres recoins est à la fois un plaisir et un défi. Un plaisir parce qu’il y a toujours de nouvelles choses à découvrir… Et un défi parce qu’il semble impossible pour un seul être d’explorer en l’espace d’une vie une planète aussi vaste. Indique Hivernus en venant gratter son animal de compagnie au niveau des oreilles.
Iya Shoti se contente de lui sourire tendrement. Elle le dévore des yeux. Le seigneur de la guerre demeure circonspect, inexpressif. Mais il ne peut s’empêcher de ressentir, au plus profond de son être, une certaine gêne face à tant d’attention. Il lui faut trouver un nouvel angle d’attaque pour se dérober le temps qu’il trouve la solution à adopter.
- Général Shisey, puis-je me permettre de vous demander votre opinion quant à la réalisation future d’exercices militaires conjoints ? Demande finalement le Chiss afin de se détourner temporairement de ce problème.
- Après avoir vu les hommes de la deuxième légion à la manoeuvre ce matin, je dois avouer que je ne serai pas contre l’idée d’une coopération militaire entre les forces armées de Pantora et les troupes du Seigneurat de Bajic. Déclare le général avant de jeter son dévolu sur une cuisse de Pelikki. Il ne me faudra pas longtemps pour convaincre le président de l’Assemblée qu’il s’agit de la meilleure solution pour Pantora.
- La décision de se rallier sur un plan militaire au Seigneurat de Bajic pourrait bien lui être bénéfique et le faire remonter dans les sondages. Avance l’ambassadrice de Pantora. Les dernières actions en date de nos forces de sécurité n’ont pas particulièrement été couronnées de succès… Nous aurions par exemple beaucoup à apprendre des techniques d’intervention des forces spéciales seigneuriales.
- Je ne vous le fais pas dire… Soupire Ama Shisay, visiblement dépité.
Il faut dire que la situation n’est pas au beau fixe sur Pantora. Une secte sinistre a sévi durant un temps sur la planète, allant même jusqu’à embrigader dans ses rangs quelques enfants d’illustres familles Pantorans. Lorsque l’affaire a commencé à s’ébruiter, l’Assemblée a réclamé l’intervention des forces de sécurité pour démanteler cette dangereuse organisation mystique. La secte s’est, semble-t-il, dissoute avant même que la police ne puisse intervenir. Les unités d’intervention déployées sur place n’ont en effet trouvé à leur arrivée qu’un tas de cadavres et une demeure à moitié écroulée. Une enquête a par la suite permis de conclure que les membres de cette étrange congrégation ont été pris pour cible par un commando armé… Mais l’identité des commanditaires de cette attaque et des assaillants demeure incertaine.
Parmi les victimes retrouvées sur place, plusieurs fils et filles de l’antique aristocratie Pantoran dont la mort n’a pas manqué de provoquer un tollé parmi la population. Certains reprochent au gouvernement son inaction quant aux agissements de cette secte. D’autres dénoncent le manque de réactivité des forces de police dans cette affaire. Les familles des victimes réclament justice, considérant que la faute incombe à l’Assemblée et ses représentants.
Et malheureusement pour le gouvernement, des histoires du genre semblent être monnaie courante sur Pantora. Récemment, la fille d’un éminent membre de l’Assemblée a été enlevée et malgré d’énormes moyens déployés par la police, rien n’a permis pour l’heure de la retrouver. Nombre de rumeurs et théories circulent à ce sujet mais il semble évident que les forces de sécurité de Pantora sont totalement dépassées par les événements. S’ajoutent à cela des raids pirates sur les convois du secteur, dont l’impact est certes peu significatif sur le ravitaillement de la planète mais qui demeurent toutefois un problème pour le gouvernement quand ils touchent des navires de marchandises Pantorans.
Tous ces événements sapent l’autorité de l’Assemblée et décrédibilise totalement la politique Pantoran sur différents plans. Le peuple gronde. La colère monte. On doute de la capacité de Pantora à se défendre face à de potentielles puissances extérieures. Et sur le plan interne, l’instabilité qui commence à s’emparer du paysage politique et social devient une difficulté de premier ordre. Pour le général Shisay et la vicomtesse Shoti, il ne fait aucun doute qu’un redressement des forces militaires et judiciaires de Pantora pourrait en partie calmer la grogne populaire.
- Quand je pense que la République Fédérale a eu l’audace d’installer un centre de recrutement sur notre sol… Et le tout sans nous proposer la moindre aide ! Enrage le commandant en chef des forces armées de Pantora, agitant sa cuisse de Pelikki dans tous les sens. Nous voler nos concitoyens pour les faire tuer dans des conflits qui ne concernent pas Pantora sans rien nous offrir en retour… Quelle ingratitude ! Quel manque de respect ! J’aurai préféré qu’ils ne mettent pas les pieds sur Pantora ceux-là !
- Il est vrai que nous aurions intérêt à ce que nos concitoyens rejoignent plutôt les rangs de l’armée seigneuriale s’ils tiennent vraiment à combattre… Nous aurions au moins la satisfaction de savoir qu’ils agissent dans le cadre des intérêts de notre peuple. Fait remarquer l’ambassadrice de Pantora.
- Père, nous pourrions envisager la création d’une légion de volontaires Pantorans non ? Intervient finalement Frilla, ce qui ne manque pas d’étonner l’ensemble des convives, à l’exception bien évidemment du Chiss qui demeure impassible. Ou peut-être devriez-vous suggérer au général Shisay de joindre ses forces aux vôtres lors de votre prochaine opération de lutte contre les pirates…
Le Pantoran se redresse subitement à ces simples mots. L’idée de participer aux combats n’est pas pour lui déplaire. Ses vieux instincts guerriers se réveillent. Il a envie d’en découdre, de prouver que ses hommes ne sont pas des bons à rien contrairement à ce que peut bien croire le peuple… Et s’il peut par la même occasion obtenir de la part du Seigneurat de Bajic la garantie d’une aide matérielle plus importante en échange de la participation de ses troupes aux combats à venir… Ce serait tout bénéfique pour lui.
- Je ne suis pas contre l’idée d’un engagement de mes troupes aux côtés de celles du Seigneurat de Bajic, si cela est en effet dans le cadre d’une opération militaire conjointe ayant pour but la préservation de nos intérêts communs. Déclare l’officier supérieur en adressant à la vicomtesse un regard entendu. Mais il nous faudra du temps pour nous préparer, ainsi que de l’équipement et des ressources que nous n’avons pas ou en quantité insuffisante.
- Bien évidemment. Je comprends vos inquiétudes et les difficultés rencontrées par votre armée, général. C’est pourquoi je m’engage à fournir cinq mille blasters supplémentaires à vos forces de sécurité, qui viendront s’additionner aux dix mille armes et aux vingt-cinq conseillers militaires déjà promis. Annonce alors Hivernus. Je suis également prêt à vous accorder une remise de prix sur l’ensemble de la gamme des produits proposés par l’Arsenal Militaire de Lybeya afin que votre gouvernement puisse s’équiper à des frais moindres.
Le général demeure silencieux le temps de quelques battements de cœur, prenant le soin de réfléchir à l’offre du seigneur de la guerre. Il se penche ensuite vers le lieutenant-colonel Kishi afin de s’entretenir avec lui à voix basse. Les deux Pantorans étant rapidement d’accord sur la marche à suivre, Shisey cherche par la suite le soutien de l’ambassadrice de Pantora quant à la réponse à donner. Après s’être brièvement entretenu avec elle, le militaire obtient de la part de la belle un hochement de tête approbateur.
- Pantora est prête à faire l’acquisition d’une première commande de cinq mille kits Comodo, deux mille fusils blaster AML-FB3, six mille carabines blaster AML-C1 et cent fusils de précision AML-F1. Annonce le commandant en chef des forces armées Pantorans.
Un léger silence s’installe à table. Il s’agit là d’une sacrée commande. La capitaine Sylvar, en tant que ministre de la guerre et directrice de l’Arsenal Militaire de Lybeya, se tourne instinctivement vers son seigneur afin d’observer sa réaction. Pour le Chiss, il ne fait aucun doute que le gouvernement Pantoran aura les moyens d’honorer le paiement de sa commande. Si l’Assemblée est belle et bien aux abois, comme l’affirment les membres de la délégation Pantoran, elle acceptera sans condition les demandes du général Shisey et de la vicomtesse Shoti afin de se préserver d’un énième scandale politique qui pourrait bien lui être fatal.
Frilla, qui a la perspicacité de son père adoptif, comprend donc qu’il s’agit là des prémices d’une relation entre deux nations qui ne demande qu’à grandir et s’épanouir… Ou tout du moins la promesse d’un rapprochement entre deux peuples qui pourrait bien devenir par la suite une union prospère et puissante dans cette partie isolée et instable de la galaxie… Le Seigneurat de Bajic a de beaux jours devant lui, à n’en pas douter.