Le fantôme menace
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Post n°2
Auteur : Pete JeabroIl n’atteignit jamais l’hôpital. La journée s’était déjà annoncée catastrophique, mais Pete ne s’était en rien attendu à ce qui allait suivre. Tout n’était finalement qu’un enchaînement d’événements, sur lesquels il semblait toujours avoir une navette de retard.
En sortant de la salle des archives, Pete et R2-C4 débouchèrent dans un immense hangar qu’ils avaient longé à l’aller. Trop captivé par sa quête de la salle des archives, où il allait pouvoir réfléchir à l’enquête à tête reposée -et s’isoler de l’agitation infernale du palais- le jeune Jedi n’avait pas prêté attention au hangar. Maintenant qu’il le traversait -car, oui, il s’orientait au petit bonheur la chance- Pete s’attarda quelques instants pour admirer les emblématiques vaisseaux jaunes de Naboo. Il ne connaissait pas ce modèle, mais en avait vu certains dans les cieux de la planète, lors de son arrivée avec Endolorean.
Endolorean ! Ce n’était pas le moment de faire du tourisme. Si Pete était sorti de cette salle obscure, c’était bien pour avoir de ses nouvelles, coûte-que-coûte ! Il reprit sa course, toujours accompagné par R2-C4. Mais il dû l’interrompre rapidement. Arrivé à mi-parcours, alors qu’il avait considérablement réduit la distance qui le séparait de la porte en face de lui, Pete s’immobilisa. Il avait un mauvais pressentiment. D’un regard, il balaya la salle. Les imposants vaisseaux trônaient le long des murs. Tout au fond, la porte principale était fermée, coupant durablement la salle de l’atmosphère Naboo. Mais il y avait un « hic ». Assez étonnamment, le lieu était vide. Alors qu’au vu de l’agitation récente, on pouvait supposer qu’une salle aussi vaste pourrait être employée à diverses fins, il semblait qu’elle avait été coupée du monde. Pourquoi ?
La seule réponse à la question de Pete fut un bruit qui survint sur sa gauche. Surpris, il fit volte-face pour voir deux grandes portes coulisser et révéler une sorte d’antichambre: une petite salle aux murs aussi beiges que le hangar, mais qui donnait sur un grand espace obscur. Les seules sources de lumière étaient d’immenses colonnes d’énergie violette : du plasma. Qu’était-il en train de se passer ? Si, en cette journée horrible, la Force essayait de dire quelque chose à Pete, ce n’était vraiment pas très clair. Intrigué, le Jedi dévia de sa trajectoire pour se rapprocher des portes qui venaient de s’ouvrir, R2-C4 toujours sur ses talons.
C’était un appel. Inexplicable. Mais il ressentait quelque chose, quelque chose qui l’attirait vers ce lieu inconnu. Lentement, pas à pas, Pete s’approchait des portes, qu’il finit par franchir. Plus il avançait, plus il lui était facile de distinguer l’environnement autour des colonnes de plasma. L’endroit paraissait infini. L’espace, baigné dans une obscurité sans limite, semblait contenir une dizaine de colonnes. Enfin, Pete finit par poser le pied sur une petite plateforme circulaire, de laquelle partait une immense passerelle menant vers l’infini et au-delà. D’autres passerelles reliaient les colonnes entre elles. À bien observer les lieux, le Jedi finit par constater que certaines d’entre elles conduisaient vers des portes « latérales », si tant est que « latéral » était un mot adéquat pour parler des limites de ces lieux. Pete n’avait jamais vu un endroit pareil et, à vrai dire, il se demandait quel pouvait bien en être l’utilité.
Et voilà Pete Jeabro qui se tenait au bord du vide, aux côtés d’un droïde mécano, sans savoir pourquoi. La seule chose qu’il savait, c'était qu’il n’était aucunement avancé dans son enquête ! Il l’avait senti, quelque chose l’avait conduit jusqu’ici, mais il en ignorait la raison. Et, maintenant qu’il était au pied de cette longue passerelle, il ne ressentait plus rien. S’interrogeant sur la suite, il jeta un regard à son acolyte métallique, comme en attendant un conseil sur les choses à faire. Mais R2-C4 paraissait se complaire dans sa passivité à toute épreuve et se contenta de lui retourner le regard. Voyant qu’il n’obtiendrait aucun soutien de ce côté-là, Pete décida de s’ouvrir un peu plus à la Force.
Fermant les yeux, il se concentra sur son environnement direct. Il ressentait, en premier lieu, la présence de son acolyte droïde. Un peu plus loin, l’énergie des colonnes de plasma était perceptible. Et… C’était tout. Légèrement surpris de ressentir si peu de choses, Pete prit le temps de se laisser portée par la Force. Là où, un peu plus tôt, il aurait à tous prix cherché à ressentir plus d'éléments de son environnement, il préféra laisser place à une quiétude. Il avait confiance en la Force et savait qu’elle lui montrerait ce qu’il faudrait en temps voulu. Finalement, sa patience paya : il finit par ressentir d’autres énergies. D’abord, les vaisseaux stationnant dans le hangar derrière lui. Puis, il perçut enfin la troisième présence, celle qui avait attiré Pete en ce lieu. Ce n’était qu’un échos, comme si elle était très éloignée de lui, dans le temps et dans l’espace. Son émanation était confuse et Pete avait du mal à en distinguer l’emprunte. Elle était comme brouillée : un mélange de bonté et de fourberie. Maintenant qu’il la sentait, cette entité paraissait provenir de partout. Combattant son envie d’ouvrir les yeux pour explorer les environs, le Jedi resta concentré sur son lien à la Force. La patience, il le savait, lui permettrait d’y voir plus clair.
Pete avait toujours les yeux clos. Pourtant, il ressentait toujours son environnement. Peu à peu, il sentit apparaître une forme sur les passerelles. D’abord floue, elles s’affina de plus en plus, pour donner place à trois silhouettes incolores. Elles circulaient sur les passerelles, tout en restant proches les unes les autres. Pete parvint à les distinguer plus clairement, bien que leurs contours restaient toujours floues. Il s’agissait de trois combattants, qui se faisaient face, dans un duel au sabre-laser. Instantanément, le jeune homme comprit qu’il était témoin de quelque chose d’un autre temps. Il n’y avait aucun son : seulement cette image qu’il percevait les yeux fermés. Pete ressentait l’essence d’un affrontement qui avait lieu à une autre époque : passée ou à venir ? C’était ça, cette émanation qui l’avait conduit jusqu’ici. Toujours debout, les yeux clos, il « observait » le duel, qui opposait deux « bretteurs » -comme aurait dit son maître- à un troisième. Un combat en apparence inégal. Mais l’individu esseulé paraissait s’en sortir avec brio et maniait le sabre à double-lame à la perfection. Il parvint même à isoler ses deux adversaires, gagnant ainsi un avantage considérable.
Trop accaparé sur ce duel d’un autre temps, Pete ne prêtait plus attention à une autre partie de ce qu’il avait ressenti : la perturbation plus obscure, celle qui brouillait la sensation qui l’avait attiré jusqu’ici. Celle du présent. Sa transe fut interrompue par l’intervention inopinée de son instinct de survie. La menace imminente, que le Jedi avait vaguement sentie sans y prêter plus d’attention s’abattit instantanément ! Les silhouettes des combattants s’estompèrent lorsque Pete Jeabro ouvrit les yeux. D’un tressaillement, il baissa légèrement la tête. Sans même réfléchir, et n’écoutant que l’envie de survivre qui circulait dans tout son corps, il se rua sur le côté. D’une incroyable roulade, il évita de peu le tir d’un laser qui traversa l’endroit où se trouvait sa tête juste avant. Ne prenant pas le temps de remercier la Force, son instinct ou il ne savait quoi qui avait remué en lui juste à temps pour éviter le danger, il se releva pour faire face à la porte par laquelle il était arrivé. Mais son agresseur isolé faisait preuve d’une persévérance monstre : déjà, un deuxième tir visait sa poitrine. Voulant l’éviter, Pete fit un pas en arrière. Enfin, il voulut faire un pas en arrière. Car sa jambe d’appui ne toucha jamais le sol. Avec horreur, il sentit son coeur se soulever lorsqu’il réalisa que l’appui tant recherché ne viendrait jamais. D’une manière aussi pittoresque que frustrante, le jeune Jedi se sentit basculer dans le vide, dans un mouvement interminable. Pete avait l’impression de vivre dans deux mondes : d’un côté ses pensées qui défilaient à toute allure ; de l’autre, son corps qui se déplaçait au ralenti. Il tentait vainement de déplacer ses muscles, de retrouver son équilibre, de se raccrocher à quelque chose. Mais il n’y parvenait pas. Effaré, il se sentait basculer, dans un mouvement interminable. C’était comme si la Force prenait le temps de souligner ses derniers instants de vie. Après ce qui lui parut une éternité, il finit par totalement basculer.
Puis, comme si tout s’accélérait, il chuta. Autour de lui, il n’y avait plus que le vide. Et la mort. -
Post n°3
Auteur : Pete JeabroPete toussa. Il toussa beaucoup. Il lui fallut plusieurs minutes avant d’arrêter de tousser. À peine eut-il terminé que sa tête fut envahie de centaines de pensées. Elles se faisaient la guerre pour savoir laquelle d’entre elles obtiendrait le privilèges de s’imposer dans son esprit, devançant ses compagnes. Je suis vivant ! J’ai mal à la gorge. Ah, non, j’ai mal partout. J’ai froid. Je suis trempé. Où suis-je ? Suis-je aveugle ?
Ce fut finalement la dernière qui l’emporta. Pas pour longtemps. Pete avait beau faire l’effort d’ouvrir les yeux, il ne voyait rien. Pourtant, il prit le temps de cligner plusieurs fois des yeux, même de manière exagérée et calculée, pour s’assurer que ses paupières fonctionnaient toujours. Mais non, il ne voyait vraiment rien. En revanche, il entendait. C’était le son d'un clapotis régulier : de l’eau !
Il fallut quelques instants pour se remémorer ce qui venait de se passer. Pete retint un cri lorsqu’il se rappela l’attaque dont il venait d’être victime -enfin, si ces événements étaient récents. Il ignorait combien de temps il était resté inconscient. Très probablement, le Jedi était tombé dans l’eau, avait dérivé jusqu’à s’échouer à l’endroit où il se trouvait. Mais où était-il ?
C’était le néant. À part ce clapotis, il n’y avait rien. Ah si, le froid ! L’humidité, aussi. Bref, la grotte, les tréfonds de Naboo. Et il n’y avait rien à faire : ses yeux ne voulaient décidément pas s’habituer à l’obscurité ! Heureusement, la douleur ne semblait pas trop importante. Peut-être que la Force était avec lui, après tout ?
Mais son espoir naissant rechuta bien vite. Coupé de tout, Pete était dans le flou le plus total. S’il ne sortait pas d’ici rapidement, alors il avait bien peur que cette caverne devienne son tombeau. Une fois n’étant pas coutume, il décida de s’en remettre à la solution passe-partout dont il ne se lassait plus : la méditation. Si ses sens ne lui permettaient pas de savoir où il se trouvait, la Force saurait l’orienter.
Assis en tailleur, Pete ferma les yeux et prit une profonde inspiration. Les mains paisiblement posées sur ses genoux, il fit le vide en lui. Il parvint à chasser les noires pensées qui l’habitaient depuis l’explosion dans le Palais Royal. Il fit fi de son inquiétude envers Endolorean, le peuple Naboo et, tout récemment, envers l’attaque surprise dont il venait d’être victime. S’ouvrant petit à petit à la Force, elle lui donna à voir ce que ses yeux ne percevaient pas. Pete sentait l’amas rocheux, une sorte d’île, sur laquelle il se trouvait. Autour de lui : de l’eau, à n’en plus finir. Il était bel et bien dans une grotte, de laquelle il ne parvenait à trouver la moindre sortie. Il était prisonnier dans les entrailles de la terre. Tout en conservant son calme, le Jedi restait attentif à ce qui l’entourait. Il savait que la persévérance et la concentration lui permettraient de s’en sortir. De trouver la voie qui le ramènerait à la surface. Celle qui allait le préserver, l’aider à survivre à cette journée d’enfer. D’ailleurs, il sentait qu’il n’était pas seul. Tout d’abord, il ne l’avait pas senti. Mais, maintenant, il était réceptif à plusieurs formes de vie dans l’eau. Néanmoins, il ne parvenait pas à en définir la nature.
Soudain, la méditation de Pete s’interrompit : sa concentration venait d'être brisée. D’une pensée, il avait balayé l’état de transe dans lequel il était. Le jeune homme n’était pas parvenu à empêcher l’attentat, à protéger la novice qui l’accompagnait, à résoudre l’affaire ni même à anticiper un danger imminent. Désormais, il se retrouvait au milieu de nulle part, livré à lui-même et avec de faibles chances de s’en tirer.
Ah ! Si seulement son maître pouvait lui venir en aide ! La formation de Pete avait été très rapide, certainement à cause de la situation fragile de l’Ordre. Il avait rejoint les Jedi peu de temps avant la chute de l’Empire Sith et, à cette époque, l’Ordre avait subi de lourdes pertes. Il y avait eu un besoin d’écourter considérablement les formations, pour grossir les rangs de chevaliers. En tous cas, c’est ce que Pete avait compris. Et, les événements de la Montagne Noire n’avaient pas arrangé les choses. Face aux horreurs que le jeune homme avait surmontées, il avait été élevé au rang de Chevalier Jedi et ambassadeur de l’Ordre. Mais tout cela n’avait été possible que par le soutien de son maître, qui l’avait épaulé lors de chacune de ses épreuves. Aujourd’hui, c’était la seule mission qu’il effectuait sans lui. Et voilà où il se trouvait…
Une idée germa lentement dans l’esprit du jeune homme. Il se remémora cet instant dans la Montagne Noire, où il était parvenu à coordonner ses actions avec celles de son maître. À travers la Force et le lien qui s’était créé entre le maître et l’apprenti, ils étaient parvenu à renouveler l’exploit sur Broh. Car, à certains moments, Phyl et Pete parvenaient à se lier par la Force. Dès lors, ils agissaient comme un seul homme, en parfaite synchronicité. L’un paraît le coup destiné à son coéquipier pendant que l’autre préparait une contre-attaque surprenante ; l’un planifiait une manoeuvre et l’autre la saisissait instantanément, sans avoir besoin d’échanger le moindre mot. Alors, peut-être que Pete pouvait, à travers la Force, entrer en contact avec son mentor Phyl Reez ? Après tout, celui-ci avait bien fait usage d’une telle connexion lors de leur séjour sur Ilum. Il était resté à l’entrée de la grotte pendant que le jeune homme en explorait les profondeurs. Pete ignorait si ça pouvait fonctionner à une telle distance : Naboo et Endor n'étaient pas les planètes les plus proches. Mais il devait essayer ! C’était son seul espoir ! Seul son maître pourrait l’aider à sortir de ce mauvais pas.
Le Jedi se remit en position de méditation. Il concentra toutes ses pensées vers Phyl Reez : il se remémora son apparence, sa présence dans la Force, la quiétude de sa voix. Pete s’ouvrit également à la Force et y mêla toute sa volonté, son envie poussée par la crainte, d’entrer en contact avec le maître Jedi. Au début, il n’y avait rien. Il redoubla d’efforts, maintint sa concentration et tenta de s’ouvrir encore plus. Il voulait injecter un maximum de volonté, un désir sans limite ! Une étincelle de joie, mêlée à de l’excitation, remua sa poitrine lorsqu’il sentit une présence lointaine :
- Tu t’y prends mal.
Surpris, Pete ouvrit les yeux. Mais il ne vit rien. Il baignait toujours dans l’obscurité la plus totale. Pourtant, il sentait que cette présence était-là, comme une voix dans sa tête. Mais ce n’était pas la sienne. Intrigué, le jeune homme regarda inutilement autour de lui. Il essaya de se concentrer à nouveau, pour entrer de nouveau en contact avec cette voix. « Qui êtes-vous ? » interrogea-t-il mentalement. Mais aucun son ne lui fit échos. -
Post n°4
Auteur : Pete JeabroDécontenancé, Pete tenta une nouvelle fois d’entrer dans l’état de transe nécessaire pour relier son esprit à celui de Phyl Reez. Mais l’écho de cette la mystérieuse voix ne cessait de résonner dans sa tête. L’avait-il réellement entendue ? Malheureusement, le jeune Jedi ne parvenait pas à trouver la concentration. À chaque fois qu’il était sur le point de méditer, une pensée ou un bruit le distrayait. Après de longues minutes à chercher vainement une concentration qu’il ne trouverait jamais, il finit par abandonner, la mort dans l’âme. Comment se faisait-il qu’il ne parvenait plus à méditer ? C’était justement maintenant ou jamais qu’il devait y parvenir ! Autrement, il ne donnait pas cher de sa peau… Allez, il devait y arriver ! Après tout, il n’avait nul autre choix. Avec l’énergie du désespoir, Pete prit appui sur une meilleure position, toujours les jambes en tailleur. Il ferma les yeux et soupira pleinement. Il chercha, comme toutes les autres fois, la paix dans son esprit.
Un clapotis le tira de sa torpeur. Par réflexe, le jeune homme ouvrit les yeux. Mais, bien évidemment, il ne vit rien. Toutefois, il sentait que quelque chose d’extraordinaire était en train de se passer. Il y avait une autre présence, il la sentait. Plus pour se rassurer que pour n’importe quelle autre raison, Pete porta la main au manche de son sabre-laser, prêt à pourfendre toute menace qui se présenterait. Car il était en alerte : ses tempes pulsaient, sa respiration s’était arrêtée et il lançait des regards furtifs -inutilement, il devait le reconnaître. Le fait d’être plongé dans l’obsucrité n’arrangeait pas les choses et il faisait montre d’une nervosité manifeste. Sur le qui-vive, le Jedi se redressa et s’empara carrément de son arme, sans pour autant l’activer.
- Tu es tendu.
- Wouaaaaah !
Pete ne s’était pas attendu à ce que quelqu’un parle. Cette fois, il en était sûr, il avait bien entendu la voix ! En même temps qu’il avait crié, il avait allumé son sabre-laser, tout en se retournant. Mais il n’y avait toujours personne. Son coeur battait la chamade et ses tempes étaient sur le point d’exploser ! Pete respirait bruyammant et de manière saccadée, comme pour se rassurer : il était bel et bien vivant.
- Ça ne va pas de faire des frayeurs pareilles ? hurla-t-il à qui voulait bien l’entendre.
Il avait failli avoir une crise cardiaque en entendant cette voix, qui avait le mérite d’intervenir sans prévenir ! En cet instant précis, le jeune homme avait besoin d’exprimer la tension accumulée. Après la crainte, une forme d’agacement, mêlée à de la lassitude, semblait s’emparer de lui. La voix avait raison : Pete était très tendu. Soudain épuisé, il avait laissé retomber ses bras, la lame de son sabre éclairant vaguement l’amas rocheux sur lequel il se trouvait.
Un bruit d’éclaboussures fracassa le calme ambiant. Sursautant, le Jedi pivota une nouvelle fois, prêt à parer une attaque imaginaire. Il entendit -plus qu’il ne vit- le beuglement horrible du monstre marin qui sortait de l’eau. Et à nouveau, Pete poussa un cri ! Un cri bien plus fort que le précédent. Car une douleur horrible lui avait saisi le bras, alors qu’une mâchoire emplie de dents s’était abattue dessus. De son autre main, qui tenait fermement son sabre, Pete tapa sur la créature comme un dératé. Il distinguait à peine le monstre, mais il s’en fichait. Il frappait encore et encore, son cri se transformant d’un cri de douleur en un cri de rage. Il voulait que cette sale créature lâche son emprise sur son bras endolori ! La lame bleue s’abattait sans relâche dans la peau écailleuse, la taillant par endroits,. Mais le monstre marin semblait insensible : sa mâchoire était encore fermement rabattue autour du bras de Pete. Le jeune homme ne désespérait pas -sur le moment, il cherchait simplement à survivre!- et, à force de persévérance, finit par faire plier la créature. Meurtrie, elle relâcha sa prise et partit se réfugier dans les profondeur marines.
Essoufflé, Pete se laissa tomber par terre. Il voulait examiner son bras, mais c’était peine perdue dans une telle obscurité. À tâtons, il mesura l’étendu des dégâts. Allait-il perdre l’usage de son bras ? Il réprima un cri de douleur. En toute logique, toucher la plaie lui faisait encore plus mal. Il ne pouvait que s’imaginer le sang s’écouler de la blessure. Comment la soigner ? Et si le poisson réattaquait ? L’agitation dont il était victime l’empêchait de réfléchir convenablement.
Tremblotant de froid, blessé et n’ayant plus le moindre repère, Pete laissa échapper ses sanglots. Il pleura à n’en plus finir. Sa mission sur Naboo avait été un échec. Tout comme son passage dans l’Ordre Jedi et sa vie familiale, qu’il avait trahie. Naboo avait été attaquée, Endolorean était entre la vie et la mort, tout espoir diplomatique était perdu et sa famille était brisée.
Seul au milieu de nulle part et sentant son énergie se vider, Pete n’avait plus qu’une seule chose à faire : attendre la mort. -
Post n°5
Auteur : Pete Jeabro- Tu es désespéré.
Un élan de rage s’empara de Pete. Ce n’était pas bientôt fini toutes ces phrases sorties de nulle part ? Elles étaient uniquement bonnes à le juger ! Bien évidemment qu’il était désespéré, au vu de la situation ! Le moindre mouvement, le moindre son le mettait en péril. Il était infichu de méditer. N’importe quel Jedi digne de ce nom aurait certainement trouvé une manière de s’en sortir ! Le jeune homme voulut crier toute sa frustration mais il se retint au dernier moment : il craignait que son emportement n'attire des prédateurs. Il préféra donc le silence, rapprochant son bras blessé de sa poitrine et espérant naïvement en limiter le saignement.
- Tu as peur.
Pete interrompit immédiatement le flot de ses pensées. Il ne voulait pas partir dans une nouvelle salve d’idées noires. Bien évidemment qu’au vu des circonstance il avait peur ! Il était même terrorisé. Il avait peur de perdre l’usage de son bras, de trépasser et même, pire, il avait peur d’avoir éch… et voilà que son flot de pensées négatives avait repris, impossible à arrêter.
- Accueille cette peur.
Le sang de Pete ne fit qu’un tour. Il eut un haut-le-coeur, car il ne s’était pas attendu à cette remarque -pas plus que les précédentes, d’ailleurs. Cette phrase, il le savait, était l’oeuvre d’un Sith. Depuis qu’il avait rejoint l’Ordre, l’ancien pilote impérial s’était méfié en permanence des tentations du Côté Obscur. Cette prudence constante lui avait valu la réputation d’être quelqu’un de sage et, au fond de lui, il avait compris que c’était l’une des raisons qui avait motivé le Conseil à l’élever au rang de Chevalier. Or, il était actuellement en présence de quelqu’un -ou quelque chose?- qui cherchait à le corrompre. Car, comme on le rappelait régulièrement dans l’Ordre : la peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine mène à la souffrance et, enfin, la souffrance mène au Côté Obscur de la Force. Donc, depuis ses premiers enseignements, Pete avait tout fait pour se tenir éloigné de la moindre tentation. Il avait toujours rejeté sa peur, le plus souvent grâce à la méditation. Il l’avait fuite comme la peste, car il savait que c’était de cette graine que pousserait la mauvaise herbe qui le ferait basculer vers le Côté Obscur : une voie à sens unique dont il ne pourrait jamais revenir.
Ragaillardi et bien décidé à contrecarrer cette menace, Pete se redressa pour se mettre dans une position plus droite et confortable. Il devait méditer et il savait que cette fois, dans une condition encore plus extrême qu'auparavant, il y parviendrait. Il n’avait pas le choix. Habitué malgré tout à l’exercice, le Jedi ferma les yeux et se concentra sur sa respiration.
- La peur est un voile.
Pete inspira bruyamment. Un sourire en coin se dessina sur son visage : il était prêt à relever le défi. Car la voix n’était décidément pas prête à rendre les armes. Assis en tailleur, le jeune homme pensa à son maître. Il espérait ainsi faire coup double : entrer en contact avec Phyl Reez et repousser la voix corruptrice dans les tréfonds des ténèbres.
- Lâche prise.
Non, il ne céderait pas ! Pete savait qu’il se lançait dans une bataille psychologique. Il devait rester hermétique à cette voix et à tout ce qu’elle pouvait dire. C’était le seul moyen de rester concentré et de penser à l’image de la personne qu’il souhaitait contacter par la Force. Mais, étrangement, plus il cherchait à se concentrer, plus cela devenait difficile. Et, plus il avait du mal, plus il sentait grandir en lui une frustration qu’il ne parvenait pas à chasser. Était-il en train de basculer petit-à-petit vers le Côté Obscur ? Lorsque Pete avait demandé à son maître pourquoi il n’avait pas été victime du Côté Obscur lors de son excursion dans la Montagne Noire, Phyl Reez avait répondu que c’était lié à son inexpérience avec la Force. Depuis, Pete avait eu l’occasion de renforcer son affinité avec Elle. S’il se trouvait dans un lieu obscur, a l’instar de la Montagne Noire, peut-être était-il en train d’affronter les mêmes démons que ceux auxquels avaient du faire face ses compagnons de route. À commencer par Sam, qui avait basculé. En évoquant cette pensée, Pete voulut mettre encore plus d’aplomb dans son exercice. Car il refusait de suivre la même route que Sam et de basculer aussi bêtement ! Non, il devait résister à l’Obscurité ! Il sentait que c’était une épreuve que la Force lui imposait. Et, même si tout lui semblait perdu, Pete devait se montrer digne de l’Ordre Jedi auquel il appartenait !
- Ouvre-toi à la Force.
Ah ! Pete venait de commettre une inadvertance ! Il avait prêté l’oreille à ce que venait de dire la voix. Il ne put s’empêcher de noter que son discours avait évolué. Du jugement et des paroles sur la peur, voilà que les propos mystérieux revenaient sur des instructions d’ordre général, comme celles que son maître avait pour habitude de lui transmettre. S’agissait-il de Phyl ? Non, Pete aurait reconnu son aura dans la Force ! Il ne pouvait se permettre de douter ainsi, il devait se ressaisir ! Comme il l’avait toujours pensé, le moindre écart pouvait le faire sombrer. Et qu’adviendrait-il de lui, de sa mission et de son engagement envers l’Ordre si jamais c’était le cas ?
Tiens, c’était bizarre, la voix s’était tue. Le jeune Jedi n’entendait plus rien, pas même le clapotis de l’eau. Il ne sentait que ses vêtements mouillés et son bras blessé. À l’intérieur de lui, le coeur continuait de tambouriner, même s’il s’était sacrément calmé. Quelles manigances se cachaient derrière ce silence ?
- Observe tes pensées.
Ah, voilà le retour de la voix ! Elle ne se cachait que pour mieux frapper ! « Observer ses pensées ? » Ne fallait-il pas justement faire le vide pour pouvoir méditer au mieux ? Pete nota qu’il se retrouvait encore à se poser plein de questions. Avec tout ça, il n’avait toujours pas médité et, s’il ne parvenait pas à contacter Phyl Reez rapidement, il craignait de s’abandonner au discours de la voix. Il voyait bien que sa volonté avait faibli et qu’il l’écoutait malgré lui.
- Ne juge pas.
Juger ? Pete n’était absolument pas du genre à juger ! Houlà, ce qu’il venait de penser ressemblait tout juste à un jugement. Et cette autre pensée, qui s’en était suivi, aussi. Lui, pourtant réputé pour sa capacité à prendre du recul et à garder la tête froide, se surprit en flagrant délit de jugement. Ne pas juger ses pensées ? Après tout, Pete devait être en mesure de le faire. Bon, ok, c’était peut-être un jugement, ça. En effet, il avait encore une belle marge de progression ! Ah, il n’y parvenait pas !
Agacé, le jeune homme ouvrit les yeux. Autour de lui : l’obscurité. Rien n’avait changé. Pourtant, il se sentait chamboulé intérieurement. Il ne savait pas s’il faisait bien les choses. Il savait seulement qu’il était perdu. Pete poussa un long soupir. Il était las de cette journée interminable. Il n’était plus bon à rien. Même s’il ne se sentait pas en sécurité, même s’il se savait fragile, il n’avait plus aucune force. Peu à peu, il s’affaissa. Il eut à peine le temps de retirer ses vêtements mouillés et de s’allonger sur l’amas rocailleux qu'il s'endormit instantanément. -
Post n°6
Auteur : Pete JeabroLe sommeil ne fut pas aussi reposant qu’escompté. Était-ce lié à la blessure au bras, à sa chute vertigineuse ou au rythme effréné depuis son arrivée sur Naboo ? Quoi qu’il en soit, Pete était mal en point. Il alterna tellement les moments de conscience et ceux d’inconscience, qu’il perdit immédiatement toute notion du temps. Le jeune homme toussait beaucoup et se sentait faiblir. Il avait soif, mais n’osait pas boire de l’eau environnante, par peur de réveiller une créature marine. Il avait faim mais ne savait pas comment s’alimenter. Il était trop faible pour pêcher quoi que ce soit. De toute manière, il ne savait pas faire. Ses cours de survie de l’armée semblaient tellement plus facile dans un simulateur qu’une fois confronté à la réalité du terrain
Le seul réconfort de Pete était que la voix avait disparu. Faire face à son corps malade lui prenait suffisamment d’énergie. Donc il était satisfait de ne pas avoir à lutter pour préserver son esprit torturé. Au début, dans ses trop courts moments de lucidité, le jeune homme tentait tant bien que mal de méditer. Mais, plus le temps passait et moins il était en forme. Son énergie s’échappait et, bien qu’inactif, Pete ne parvenait pas à se reposer. La fièvre l’avait gagné.
Une fois, alors que le jeune homme se réveillait péniblement de l’inconscience, il distingua une silhouette lumineuse. Il dut cligner des yeux à plusieurs reprises, tellement il ne s’attendait pas à déceler la moindre source de lumière, encore moins aux contours humains. Il s’agissait d’une aura verte et floue. Néanmoins, l’apparition disparut tout d’un coup et Pete re-sombra dans l’inconscience. Avant de plonger dans les ténèbres, il eut juste le temps d’entendre cette phrase « Accueille ta peur ».
Est-ce que la nuit portait conseil ? Est-ce que l’homme mourant revoyait sa vie défiler devant les yeux et prenait acte des ses bienfaits et méfaits ? Difficile à dire. Mais, en entendant vaguement cette phrase dans un contexte tout autre -celui de l’agonie- elle n’eut pas le même effet que précédemment. La fois suivante où il ouvrit les yeux, Pete se sentit plus énergique. C’était passager, il n’en doutait pas. Mais il devait mettre ce moment à profit pour sortir de sa torpeur. Autrement, il était condamné.
« Accueillir sa peur ». Qu’est-ce que ça voulait dire ? Tout au long de son enseignement, Pete avait appris à la rejeter, la combattre. L’accueillir, c’était contre-intuitif. Et puis, ça consistait en quoi ? Se laisser aller à la sensation de peur ? L’idée paraissait très risquée… Totalement perdu, le jeune homme ferma les yeux, prêt à méditer. Il chercha à faire le vide en lui, comme Phyl Reez le lui avait appris, mais n’y parvint pas. Ses questions en chassaient d’autres, ses pensées se succédaient. Le temps lui était compté et voilà qu’il ne parvenait toujours pas à méditer !
Puis il eut un sursaut.
Jusqu'à présent, il s'y était toujours mal pris pour méditer. Systématiquement, il décortiquait, analysait et étudiait chacune de ses pensées. Tout cela pour finalement émettre un jugement, une évaluation de la qualité de ses pensées. Pensait-il juste ou mal ? Ses pensées s'inscrivaient-ellles dans la philosophie des Jedi ou s'en détournaient-elles ? Et, en particulier lors des méditations, Pete cherchait à ne plus penser. Simplement à se connecter à la Force et à son environnement le plus proche. Effectivement, agir ainsi était mal s'y prendre. Pete venait enfin de comprendre une chose essentielle : il était possible de ne pas juger ses pensées, simplement de les observer. Penser n’était pas quelque chose de mauvais, c’était quelque chose de vital. Si Pete ne pensait plus, cela signifiait qu’il était mort. Enfin, à l’heure actuelle, il n’en était pas loin. Mais ça n’avait pas tant d’importance, car le Jedi comprenait. Il comprenait comment il fonctionnait, il comprenait comment vraiment méditer, chose qu’il n’avait pas tant réussi à faire jusque là. Une bonne partie de ses croyances venait de voler en éclats. Malheureusement, Pete ne put pas prolonger sa méditation car, déjà, il se sentait tomber de fatigue.
Lors de la phase d’éveil suivante, le Jedi se remit à méditer comme il venait d’apprendre. Bien qu’en très mauvais état, il y parvint et fut satisfait de cette très courte méditation. En fait, à partir de cet instant, il répéta l’exercice systématiquement. Plus il méditait, plus il comprenait qu’il était capable de s’abstenir de tout jugement. Il était capable de se détacher de ses pensées et de se rapprocher de la Force. Il constata même qu’en renforçant ainsi sa connexion à la Force, il regagnait en énergie. Bien évidemment, il n’en menait toujours pas large, mais il s’assurait le minimum vital pour continuer à méditer ainsi. Cette solution de secours ne remplaçait en aucun cas l’absence d’alimentation, mais l’aidait à tenir pour le moment.
Pete ne cherchait plus à entrer en relation avec son maître. Il méditait pour mieux se connaître. C’était la première fois. Car, auparavant, il le faisait toujours pour trouver une réponse à une question, prendre de la distance par rapport à une situation ou entrer en contact avec son environnement. Là, il le faisait pour comprendre comment il fonctionnait. Dans les pensées qu’il observait, Pete nota qu’il y avait beaucoup de questions et notamment d’angoisses liées à sa situation désespérée. Il ressassait encore et encore les étranges paroles de la voix et ne cessait de s’interroger sur ses origines. Amie ou ennemie ? En tous cas, même si elle tenait un discours peu conventionnel, le Jedi pouvait garantir qu’il allait un peu mieux, sans toutefois avoir un moral au beau fixe.
Difficile de dire combien de temps s’écoula ainsi. Petit à petit, à un rythme paraissant interminable, Pete se sentait aller légèrement mieux. Il parvint finalement à surmonter son angoisse de s’abreuver dans l’eau environnante. Doucement, il rampa jusqu’au bord de l’amas rocailleux pour plonger sa main valide dans l’eau. À peine eut-il goûté le breuvage de ses lèvres qu’il répéta la manoeuvre d’un air frénétique : sans même plus prendre la moindre précaution, il porta la main à l’eau salutaire pour s’en abreuver encore et encore. À son grand soulagement, aucun monstre marin ne vint le dévorer cette fois-ci.
Boire faisait un bien fou ! Il ignorait comment il avait pu tenir autant de temps sans la moindre goutte d'eau ! Maintenant qu’il renouait avec la simple délectation de boire de l’eau, il réalisait à quel point cela lui avait manqué. Il passa ainsi plusieurs minutes à boire, jusqu’à en avoir mal au ventre. C’était à se demander s’il n’allait pas étancher ce lac souterrain !
Désormais, l’un de ses besoins vitaux était satisfait. Dorénavant, il devait surtout s’alimenter pour regagner des forces et soigner son bras blessé. Avec le temps, certaines douleurs s’étaient effacées, mais la plupart le lançaient toujours. C’était bien évidemment le cas de son bras meurtri. Pete en ignorait toujours l’étendu des dégâts : il savait simplement que les saignements avaient cessé. Occupé à se demander quelle serait sa prochaine action, un éclat attira l’oeil du jeune Jedi.
Était-ce une lumière qu’il apercevait au loin ? Ses yeux, trop habitués à l’obscurité, peinaient à y croire. Mais oui, il semblait bien qu’une lueur se dessinait ! Ça alors ! Il avait suffit à Pete de se déplacer de quelques mètres pour apercevoir une lumière qui, jusque là, lui avait bien fait défaut ! Il n’arrivait pas à y croire ! Incrédule, le jeune homme voulut s’en approcher. Il se redressa péniblement et fit un premier pas vers la source lumineuse.
PLAF !
Il tomba à la renverse lorsque son pied se posa dans l’eau et rata la « marche » que constituait le bord du rivage. Son coeur fit un bon dans la poitrine alors qu’il s’étalait de tout son long dans l’eau glaciale. D’un bond, il retourna sur la terre ferme, contre laquelle il s’aplatit lamentablement. En plusieurs gestes fébriles, il rampa pour s’éloigner du rivage. Oh ! Pourvu que sa mésaventure n’ait pas attiré le monstre marin ! Méfiant, Pete resta ainsi immobile, de nouveau plongé dans l’obscurité. Du regard, il cherchait le signe du moindre danger mais il ne voyait toujours rien. Finalement, lorsqu’il fut certain que son coeur ne cherchait plus à sortir de sa poitrine, il s’autorisa à se décontracter. À son grand soulagement, aucune créature ne semblait vouloir faire de lui son prochain repas.
C’est aussi à ce moment que Pete ressentit la fatigue accumulée. En peu de temps, il avait fourni beaucoup d’efforts. Une nouvelle fois, il sombra dans un lugubre sommeil. -
Post n°7
Auteur : Pete JeabroLes « jours » se poursuivaient et se ressemblaient. C’est comme ça que Pete appelait ses séquences d’éveil entre deux moments de repos. La voix l’avait définitivement laissé en paix. Le Jedi avait repris de ses forces. Il buvait à sa soif l’eau du lac et, par la Force, parvenait à pêcher. Il lui suffisait de ressentir la présence de petits poissons ou mollusques qui passaient non loin de là où il se trouvait. C’était assurément la nourriture la plus infecte qu’il n’ait jamais mangée : la chaire crue était bien trop salée et truffée d’arrêtes ! Les coquillages avaient parfois meilleure saveur, mais étaient rares.
Le jeune homme restait fasciné par la lumière au loin. Elle semblait constante, fixe, comme figée dans le lointain. À l’attendre. Pete avait constaté qu’elle n’était visible que depuis le bord de l’amas rocheux, là où il s’était cassé la figure quelques « jours » plus tôt. Il avait cherché à définir les limites de son territoire et, effectivement, il était sur un tout petit ilot. Le seul moyen d’atteindre la lumière était de partir à la nage, ce qui paraissait impossible. De une, Pete ignorait quelle distance le séparait de la lumière. Ce pouvait être une centaine de mètres comme plusieurs kilomètres ! De deux, il n’osait pas se mettre à nager dans une eau remplie de bêtes féroces. La pêche était son seul rapport au lac et, pour le moment, ça lui suffisait amplement !
Mais il était vrai qu’il ne pouvait pas rester planté là. Endolorean avait peut-être besoin de lui. Et qu’en était-il de l’attentat ? La population de Naboo avait certainement besoin d’aide ! Comment faire ? Pete n’avait plus rien, si ce n’était cette lumière au bout du tunnel. Aucun moyen de savoir comment l’atteindre. Comment traverser cette eau sans se faire dévorer ? Où trouver l’énergie nécessaire pour nager un nombre incalculable de kilomètres ? Et avec un bras blessé ! C’était certain, le Jedi préférait trouver une autre solution que de se jeter à corps perdu vers un mirage.
D’ailleurs, il avait beau chercher à distinguer la lumière, il ne parvenait pas à en définir ni l’origine, ni la forme exacte. Elle était pâle, lointaine.
- Accueille ta peur.
Cette fois-ci, c’était Pete qui venait de murmurer. Enfin, il commençait à comprendre ce que la voix avait cherché à lui dire depuis le début. Ce n’était pas encore très clair dans son esprit, mais il sentait que le déclic n’allait pas tarder à se produire. Le Jedi pouvait décider de rester immobile à chercher encore et encore quelle attitude adopter. Ou alors, il pouvait décider de surmonter sa peur -celle que représentait l’eau, ses créatures et ses dangers- pour chercher à s’en sortir. Car, comme il venait tout justement de se dire : le monde continuait de tourner sans lui et il était impensable qu’il demeure ici éternellement.
Ça y est, il avait pris sa décision ! À tâtons, le jeune homme réunit ses affaires et se prépara à l’aventure. Bien sûr, il était encore fébrile, mais en bien meilleure forme qu’à son arrivée dans cet endroit obscur. Sans même réfléchir, il se jeta dans l’eau invisible. Il regretta instantanément sa décision. Le froid soudain lui coupa le souffle. Mais il ne désespéra pas et décida de nager comme ile pouvait vers la lueur au loin. Désormais, il n’avait plus le choix : nager ou périr. Il mit toute l’énergie de son désespoir pour mettre le plus de distance possible entre son point de départ et lui. Pete voulait aller au plus vite, avant de regretter sa décision. Déjà, il commençait à douter. La lumière au loin lui servait toujours de guide, mais elle ne semblait pas se rapprocher. Le Jedi pataugeait dans l’eau glacée et son bras handicapé ne l’aidait en rien. Soudain, il sentit quelque chose lui frôler la jambe. Il écarquilla les yeux de terreur et s’immobilisa, ne sachant que faire ! Un geste de réflexe impulsa un mouvement nerveux à sa jambe, qui se tendit brusquement.
Avait-il encore une chance de faire demi-tour ?
Non ! Il refusait de se laisser aller bêtement ! Avec une énergie retrouvée -celle d’un profond désespoir- Pete remua vigoureusement ses jambes et tendit le bras en avant, le plus loin possible. Cette fois-ci, c’est au niveau du coude qu’il sentit un contact. Le jeune homme retint tout juste un cri de terreur, toujours en s’éloignant de la chose non-identifiée qui l’avait touché. Décidé plus que jamais de sortir de ce bain de l’horreur, Pete redoubla d’efforts pour se rapprocher de la lumière. À sa grande surprise, sa main se cogna contre quelque chose de solide : c’était froid et humide. Renouvelant son mouvement, il réalisa qu’un long objet flottait à la surface de l’eau. De son bras blessé, il chercha à en définir le contour. C’était long -il aurait dit plus grand que lui, mais difficile à dire dans l’obscurité- et avait une forme irrégulière. C’était… du bois ? Pete avait peine à y croire. En tous cas, ça flottait, donc ce n’était certainement pas un minéral. Après un examen tactile, le Jedi confirma son hypothèse. Pour la première fois, il avait de la chance dans son malheur, car s’il se débrouillait bien, il pourrait certainement transformer ce bout de bois flottant en une embarcation de fortune. La Force était-Elle avec lui ?
Tomber sur un morceau de bois était rassurant : ça prouvait qu’il y avait de la vie. Pete s’éloignait d’un ilot rocailleux et infesté de monstres pour s’approcher de la lumière et de formes de vie moins… agressives. Allongé sur le ventre, le Jedi se sentait moins exposé à la faune aquatique et était donc plus rassuré. Il pataugeait à l’aide de ses bras pour se rapprocher de la lueur, qui refusait toujours de grossir.
Las, il sentait la fatigue le gagner à nouveau. Mais, cette fois-ci, le jeune homme refusait de s’abandonner au sommeil. Plus que jamais, il était déterminé ! Il voulait aller jusqu’au bout, sortir de cet enfer, atteindre la lumière. Son calvaire dans les ténèbres de Naboo devait prendre fin. Sinon, il savait qu’il allait devenir fou ! Et puis, s’endormir sur son embarcation de fortune était le meilleur moyen de dériver, de perdre de vue la lumière et d’être perdu à jamais.
Non plus mu par un désespoir mais par une détermination sans faille, Pete continuait de naviguer aveuglément, faisant fi de toutes douleurs ou besoin de repos. Les yeux rivés vers la pâle lumière, il ne perdait pas espoir. Il eut l’impression de patauger ainsi pendant de nombreuses heures, condamné à faire du sur-place. Est-ce que la lumière grossissait ? Il ne s’en rendait pas réellement compte.
Cela faisait une éternité que Pete ramait. Il ne voyait plus clair du tout. Peut-être s’était-il approché de la source lumineuse, car il voyait des tâches blanches un peu partout. Sa vision se brouillait, ce qui était bon signe : cela voulait dire qu’il était de plus en plus en mesure de voir son environnement. Il y a encore peu, tout n’était qu’obscurité. Maintenant, il distinguait des lueurs aveuglantes par-ci par-là. Mais, à bout de force, il finit par sombrer dans l’inconscience. -
Post n°8
Auteur : Pete JeabroC’était bizarre, de voir. Ses yeux n’étaient plus habitués à la lumière. Pete était complètement sonné et ses pensées n’étaient pas claires du tout. Un visage bienveillant était penché au-dessus de lui. Et il irradiait de lumière. La silhouette était transparente et ses contours étaient verts. On aurait dit une holo-projection en couleur mais aux détails effacés. Il s’agissait de toute évidence d’un homme, à la barbe et aux cheveux longs. Pete ne le reconnaissait pas et, pourtant, sa présence lui était familière.
- Tu as parcouru un long chemin, dit la silhouette avec un sourire paisible.
Le Jedi se crispa immédiatement en reconnaissant sa voix ! Avec prudence, il posa la question qui n’avait cessé de l’habiter depuis son réveil dans la grotte :
- Qui êtes-vous ?
Le spectre prit un air peiné avant de répondre :
- Autrefois, j’étais un chevalier Jedi. Comme toi, j’ai servi la paix.
- Et pourquoi avez-vous arrêté ? Demanda Pete, sans réfléchir.
Un pâle sourire s’afficha sur le visage du fantôme :
- Qui te dit que j’ai arrêté ? Rétorqua-t-il Malheureusement, il arrive d’être limité dans ses possibilités d’agir.
Peu satisfait des réponses abstraites de son interlocuteur, le jeune homme poursuivit ce qui ressemblait de plus en plus à un interrogatoire :
- Que me voulez-vous ?
Le spectre écarta les mains, comme si présenter ainsi l'ensemble de sa silhouette constituait une réponse évidente :
- Je suis ici parce que tu m’as appelé... Entre autres.
Pete marqua un instant de réflexion. Initialement, il avait cherché à lier son esprit à celui de Phyl Reez. D’une voix faible, mais convaincue, il déclara :
- Non, j’ai cherché à contacter mon maître.
- Et me voilà.
Quoi ? Ce pâle fantôme considérait être son maître ? C’était faux ! Pete savait très bien qu’il avait été entraîné par Phyl Reez. Comme s’il lisait dans les pensées du jeune chevalier, le spectre ajouta :
- Lorsque l’on en appelle à la Force, l’on ne sait pas toujours quelle forme va prendre l’aide désirée.
Décidément, le spectre avait décidé de parler par énigmes. Trop épuisé pour entrer dans son jeu, Pete ne répondit pas. Comme l’avait évoqué son interlocuteur, le Jedi avait parcouru un long chemin. Il était éreinté et avait beaucoup d’informations à assimiler. Surtout, il ne comprenait ni où il se trouvait, ni à qui il avait affaire. Quel étrange tour était en train de lui jouer la Force ?
- Autrefois, j’ai servi l’Ordre Jedi, reprit le spectre. À l’époque, nous étions rattachés à la République.
Pete crut déceler de la mélancolie dans l’expression du fantôme.
- Notre mission était de garantir la paix entre les peuples. Notre connaissance de la Force et nos talents de diplomates encourageaient la République à nous dépêcher pour servir de médiateurs dans de nombreux conflits.
Le jeune homme n’ignorait rien de ces éléments : c’était la base de l’enseignement historique prodigué chez les Jedi. Mais, voyant que le spectre désirait vider son sac, il l’écouta sans oser l’interrompre :
- Un jour, le chancelier eut vent d’une attaque ici, sur Naboo. On parlait d’un blocus instauré par la Fédération du Commerce, suite à des tarifs inadaptés sur les voies commerciales. Par l’initiative du Conseil Jedi, mon padawan et moi furent mandatés pour remédier à ce conflit. Mais, une fois sur Naboo, nous apprîmes que la situation était bien plus tendue que nous ne l’avions cru. Ce blocus était en réalité un prétexte pour envahir la planète ! Aux côtés de mon padawan, j’ai cherché à protéger la couronne de Naboo. Nous sommes allés jusqu’à affronter un adepte du Côté Obscur dans les entrailles du Palais Royal !
- C’était vous ! s’exclama Pete. Je vous ai vus, sur une passerelle, affronter un autre combattant.
Le fantôme observa un instant de silence, avant de reprendre :
- Et, comme tu commences à le comprendre, j’ai été vaincu. Mon âme est restée ici tandis que mon padawan parvenait à vaincre notre adversaire. Par la suite Naboo a été préservée… jusqu’à ces récents événements.
- Sont-ils liés ? Ne put s’empêcher de demander Pete.
- Oui, répondit immédiatement la silhouette, avant de conclure : ... Et non.
« Voilà une réponse typique de Jedi ! » pensa Pete. Heureusement, le fantôme déroula le fil de sa pensée :
- Ces événements t’ont aujourd'hui conduit jusqu’à moi.
Ce fut au tour de Pete d’accueillir la remarque de l’autre par un léger silence. Cette phrase sonnait comme une évidence, mais le jeune homme était bien curieux d’en connaître le sens exact. En effet, sans la visite diplomatique, l’attentat à la bombe, les prémices de l’enquête puis une nouvelle tentative d’assassinat, le Jedi ne se serait pas retrouvé ici. C’était une série d’événements surprenants. Là où d’autres auraient cru au hasard ou à un complot, Pete savait que c’était la volonté de la Force. Mais à quelles fins ?
- Tu te demandes certainement pourquoi est-ce que je t’ai appelé ? fit le fantôme.
- Je croyais que c’était moi qui vous avais appelé ?
- La Force a répondu à nos deux appels, afin que nous nous aidions mutuellement.
- Et quels sont nos besoins ?
- Tu cherches à sortir d’ici et je peux t’y aider. Quant à moi, je cherche quelqu’un pour achever ce que j’ai entrepris.
- On croirait entendre un Sith, répondit Pete, encore sur ses gardes.
- Que sais-tu des Sith ?
La réponse si spontanée désarma quelque peu Pete. À vrai dire, il ne s’était jamais réellement posé la question. Il évitait d’y penser car il avait peur qu’en y réfléchissant trop, il puisse s’approcher d’eux. Au fond de lui, il y avait certainement une part d’obscurité qui ne demandait qu’à s’exprimer. Une noirceur qu’il n’avait heureusement jamais touchée mais qui, très probablement, était prête à jaillir. Car Pete gardait en mémoire les événements de la Montagne Noire, où il avait vu Sam sombrer. Les événements à l’issue desquels il s’était promis de se surveiller constamment pour ne jamais suivre le même chemin que lui. Après un moment de réflexion, il finit par répondre :
- Les Sith se laissent dominer par leurs émotions. Ils s’abandonnent à elles, sans chercher à évacuer les plus sombres d’entre elles.
- Il y a du vrai dans ce que tu dis.
- Et ils pensent à eux avant les autres ! Toutes leurs actions n’ont pour but que d’assouvir leur quête de pouvoir !
- Jeune homme, es-tu un Sith ?
- Non, bien sûr que non !
Comment est-ce que ce fantôme pouvait penser une chose pareille ? Pete ne recherchait aucunement le pouvoir. Ses aspirations étaient en réalité assez simples : juste trouver sa place dans la galaxie. Depuis qu’il avait rejoint l’armée, il était bringuebalé et n’avait cessé de suivre les événements. Même en tant que Jedi, il avait finalement eu assez peu de liberté. C’était bien la preuve qu’il pensait aux autres avant de penser à lui-même.
- Tu es confus.
Et voilà que ça le reprenait ! De nouveau, avec sa voix, l'esprit se mettait à le juger. Mais rapidement, il tenta de l’apaiser :
- Si tu es aussi altruiste que tu le prétends, alors peut-être me viendras-tu en aide. Laisse-moi au moins finir mon histoire. Car tout ne s’arrête pas lors de cette bataille sur Naboo.
Perplexe, Pete ne répondit rien. Il devait reconnaître que le spectre avait attisé sa curiosité. Toujours aussi méfiant, il accepta de prêter l’oreille. Qu’allait donc lui raconter le défunt Jedi ? -
Post n°9
Auteur : Pete Jeabro- Comme je disais, tu n’es pas venu à moi par hasard. C’est la Force qui t’a guidé jusqu’ici. Pour accomplir ta destinée, tu dois retourner à l’origine des choses.
- Ma destinée ? répéta Pete, interloqué.
Cette fois, il n’avait plus aucun doute ! Il avait affaire à un Sith ! Le fantôme allait lui faire miroiter un destin hors du commun, une existence fastueuse et une trajectoire qui surpasserait celle de tous les autres Jedi avant lui. Agacé, le jeune homme voulut se redresser, mais la douleur le rappela à lui. Les derniers jours n’avaient en rien été reposants et le Jedi était encore bien affaibli.
- Écoute-moi ! reprit le spectre avec insistance. Attend la fin de mon histoire avant de me juger.
Beau joueur, Pete devait bien lui concéder ce point. D’un air renfrogné, il attendit la suite :
- Celui qui sait faire preuve de discernement ne peut être surpris. Peu de temps après ma défaite sur Naboo, l’Ordre Jedi a commis une série d’erreurs qui l’a conduit à sa perte.
Pete ne parvenait toujours pas à comprendre comment le spectre pouvait savoir ce qui s’était passé suite à son combat sur Naboo. Les visites ne devaient pas être très courantes, par ici. Quant à ces propos… Sans connaître sur le bout des doigts l’histoire des Jedi, il y avait du vrai dans ce qu’il venait de dire. Après tout, l’Ordre Jedi s’était scindé en deux avant de se faire exterminer par l’Empire Sith. Depuis, les survivants tentaient tant bien que mal de se reconstruire sur Endor. Et si toutes les missions diplomatiques se soldaient avec autant de succès que sur Naboo, il n’y avait plus grand chose à espérer des Jedi. En réalisant ce constat, le coeur de Pete s’emplit de tristesse. Jusque là, il n’avait jamais porté pareil regard sur l’Ordre. Il s’était contenté d’en épouser la philosophie, cherchant à en appliquer les préceptes, sans même s’interroger sur l’éventualité d’un effondrement de l’Ordre. Les Jedi étaient-ils aussi menacés que le fantôme le suggérait ?
- Heureusement, l’espoir est le terreau des plus grandes réalisations. Et il subsistera toujours tant qu’au moins un Jedi perpétuera les traditions de notre Ordre. Il y a longtemps, j’ai entamé une quête pour assurer la survie de l’Ordre. Malgré ma défaite ici sur Naboo, j’ai pu confier ma mission à mon padawan. Aujourd’hui, c’est à toi que je la confie.
- Qu’est devenu votre padawan ?
La question pleine d’espoir de Pete montrait clairement qu’il souhaitait compter sur un allié. Car si le fantôme s’apprêtait à lui confier une quête, le chevalier Jedi ignorait s’il serait capable d’en porter le poids.
- Comme de nombreux Jedi en ces temps obscurs, il a disparu.
L’espoir n’avait été que de courte durée. « La belle affaire ! », se dit Pete. Voilà qui arrangeait bien les choses ! Et, comme par hasard, c’était Pete qui héritait de la mission suprême : restaurer la grandeur de l’Ordre Jedi ! C’était trop gros pour qu’il tombe dans le panneau. Lui qui avait toujours redouté les capacités de machination des Sith, voilà qu’il était subitement rassuré.
- Tu vois des Sith partout.
Le fantôme se sentait pris au piège ! Cette dernière réplique ressemblait à une boutade désespérée (à défaut d’être excellente). Serait-il arrivé à court d’arguments ? Non, Pete ne voyait pas des Sith partout. Il n’en voyait qu’en cet esprit intangible, moralisateur et ambitieux !
- Sais-tu pourquoi ?
Où voulait-il en venir ? Pete n’eut même pas le temps de répondre que, déjà, l’esprit enchaînait :
- Parce que tu as PEUR !
Sans prévenir, le visage du fantôme s’était rapproché jusqu’à se coller nez-à-nez à celui de Pete. Pris de court, celui-ci sursauta et poussa un cri étouffé ! Son coeur battait la chamade ! Effectivement, sur l’instant, il avait peur ! Rapidement, le Jedi se ressaisit. Non, il n’avait pas peur ! Peur de quoi ? Des Sith ? Pas plus que de n’importe quel danger.
- Combien as-tu rencontré de Seigneurs Sith ? demanda le spectre.
- Dois-je vous y inclure ? rétorqua Pete, non sans ironie.
Mais la silhouette demeura de marbre, attendant imperturbablement la réponse du Jedi. Le calcul était vite fait. La première fois, cela avait été dans la Montagne Noire d’Endor, lorsque Pete avait dû faire face au cavalier noir et à la trahison de Sam. Sans prévenir, Sam s’était tourné contre l’illustre maître Jedi Olorin Vendar et l’avait jeté dans le vide. Ensuite, il s’était dressé face à Phyl, Tev et Pete. Les deux novices avaient été contraints de battre en retraite, laissant le maître Jedi gérer seul la situation. Pete s’était longtemps interrogé sur son comportement ce jour-là. Avait-il bien fait de laisser son maître derrière lui ? Avait-il agi avec lâcheté ? Avait-il été digne des Jedi ?
Sa deuxième confrontation avec un Seigneur Sith avait été sur sa planète natale, Broh. Il fallait croire que les entrailles de la terre étaient l’endroit idéal où les affronter, car c’était dans un endroit similaire que Phyl et Pete s’étaient opposés à un Seigneur Sith et à son apprentie, qui n’était nulle autre que… la mère de Pete ! Là encore, le jeune homme s’était interrogé sur le bienfondé de ses actions. Dans un duel à mort, il s’était opposé à sa propre mère : celle qui l’avait mis au monde et élevé. Était-il en droit de faire face à sa mère et de chercher à la vaincre ?
Par deux fois, il avait été trahi : d’abord par Sam puis par sa mère. En quoi était-il meilleur que les autres ? Qu’est-ce qui lui assurait, à lui, de ne pas sombrer un jour comme eux l’avaient fait avant lui ? En se posant ces questions, Pete demeura bouche bée. Il commençait à comprendre...
- Tu as peur de devenir comme eux ! lâcha soudain le spectre, dans un ton presque hystérique !
Le coeur de Pete se soulevait d’effroi, à mesure qu’il comprenait tout ce que cela impliquait. Non, sa destinée n’était pas de devenir un Sith ! Ce n’était pas parce que son proche entourage avait succombé qu’il était voué à connaître le même sort ! Décontenancé, Pete voulu ramper à reculons, comme pour s’éloigner du fantôme et de sa menaçante prophétie !
- Tu vis dans une peur incessante ! Tu compliques tout ce que tu vis parce que, quelle que soit l’option que tu choisis, tu redoutes ce qu’elle va entraîner !
Le spectre semblait parti dans une tirade folle, impossible à arrêter. Pete était trop secoué pour l’écouter. Il voulait que cela s’arrête. Il voulait se reposer, avoir du temps pour lui. Mais le fantôme paraissait soudain habité et ne pouvait plus interrompre son flot de paroles :
- Te nourrir ? Tu n’oses pas parce que tu as peur ! M’écouter ? Tu n’oses pas parce que tu as peur ! Sortir d’ici ! Tu n’oses pas parce que tu as peur ! Te soigner ? Tu n’oses pas parce que tu as peur !
Gagné par l’affolement, Pete faisait des mouvements de plus en plus amples pour s’éloigner de cette cacophonie. À reculons, il ne regardait pas où est-ce que ses mains se posaient. Il voulait simplement mettre la plus grande distance entre le fantôme et lui.
- Alors retourne à l’origine de toutes choses ! Regarde-bien, jeune homme ! Observe ! Et tu comprendras que, depuis que tu es arrivé ici, tu n’as rien fait d’autre que d’être paralysé par la peur !
Pete ne comprenait vraiment plus rien. Pourquoi est-ce que cet esprit s’animait soudain ? Que voulait-il dire par-là ? Comme animé par sa litanie, le fantôme gagnait en luminosité. Sa blancheur éclatante rayonnait sur les parois de la grotte. Au fur et à mesure qu’il reculait, Pete ne parvenait d’ailleurs plus à le distinguer. Avec l’énergie du désespoir, Pete amplifiait ses mouvements pour s’éloigner du spectre. Ses déplacements se transformaient en légers bonds. Sa démarche balbutiante aurait certainement prêté à sourire mais, dans le feu de l’action, il n’avait que faire de cela. D’ailleurs, sur le moment, sa seule idée était de partir. Peu attentif à son environnement, il n’avait pas fait attention à l’endroit où il se dirigeait. Sans s’en rendre compte, il s’était engouffré dans un boyau, le menant vers une sortie qu’il n’avait pas vue. Il ne réalisa son erreur que trop tard. Comme il lui était déjà arrivé, il prit appui dans le vide, entraînant son corps dans une nouvelle chute. Avant de sombrer -à sa triste habitude- il eut le temps d’entendre une dernière tirade du fantôme hystérique :
- Retourne à l’origine de toutes choses !Spoiler : La suite ici