Bienvenue sur SWRPG !

Créé en septembre 2006, ce RPG situé dans l'univers Star Wars a démarré à l'aube de la Guerre des Clones. Nous avons cependant pris une trajectoire bien différente de celle de la saga. 18 ans plus tard, nous voilà dans un univers parallèle aux films de George Lucas, un univers unique dans lequel nos propres personnages ont eu (et auront) un impact sur sa destinée.

Contexte: Il n'y a pas si longtemps que ça, dans une galaxie lointaine, très lointaine... L'Ancienne République influençait les quatre coins de la Galaxie, guidée et protégée par les légendaires Chevaliers Jedi, gardiens de la paix et de la justice. De nombreuses années plus tard, on dénombre de nombreux régimes successifs, mais aucun n'a réussi à s'imposer durablement. Empire Démocrate... Empire Sith... Voilà que les différents chemins empruntés nous ramènent donc à une République Fédérale, sans que l'on soit assuré qu'elle parvienne à durer dans le temps. Une République Fédérale qui décide de miser sur la nouvelle Garde Républicaine, vouée à remplacer un Ordre Jedi dont on refuse le dogme si particulier.

Pendant ce temps, Sith, Séparatistes et Chasseurs de Primes ont su se préserver à différentes échelles de l'échec de l'Ancienne République. Tandis que l'Ordre Sith a connu récemment sa fin sur Cathar, laissant la place à différents cultes bien moins influents mais tout aussi dangereux, les Chasseurs de la Guilde de Dantooine n'ont jamais été aussi nombreux, parcourant les mondes à la recherche de primes qui en valent le coup. La Confédération des Systèmes Indépendants, elle, résiste aux fluctuations du temps et se préserve des menaces extérieures en n'hésitant pas à agir lorsqu'il le faut, comme l'en atteste son intervention musclée sur Cathar. La même Cathar qui avait accepté d'accueillir les Vestiges de l'Empire suite à la scission de l'Empire Sith, et qui aujourd'hui se retrouve sous la tutelle des Séparatistes.

Les temps sont sombres, le ciel annonce de mauvais présages comme c'est le cas à chaque nouvelle ère. Les relations entre les grandes puissances ne sont pas au beau fixe, les Sith sont de nouveaux reclus dans l'ombre -là où ils sont les plus menaçants- et les Jedi se terrent sur Endor, bien décidés à ne pas dévoiler leur présence à ceux qui leur sont hostiles et bien décidés à s'en tenir à leur but éternel : l'étude de la Force.

Jamais une ère de SWRPG n'aura été si indécise et pourtant, il y aura toujours quelqu'un pour bouleverser l’échiquier galactique. Comme ce fut le cas ces huit dernières années. Peut-être que tu seras cette personne, qui sait? Notre Galaxie t'attend !

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    #1

    Post n°1
    Auteur : Lyzs

    Spoiler : < HRP >
    RP précèdent : http://star-wars-rpg.soforums.com/t5724-Surfer-sur-la-vague.htm#p61941


    Spoiler : Le Quartier Général de la Garde Républicaine
     


    Deux jours après la conférence de presse, Lyzs trouva le temps d’aller visiter le quartier général de la garde républicain. Il s’agissait d’une question de jour avant que tous les effectifs du nouveau corps militaire soient transférés vers le nouveau complexe. Un véritable chamboulement administratif que la générale avait judicieusement confié à des équipes plus compétentes. Durant son trajet vers le bâtiment, la générale souffla de soulagement en pensant qu’elle n’avait pas eu à se charger de tout ça.

    De loin, la jeune femme pouvait voir le bâtiment dont elle n’avait vu jusque-là que les plans. Presque collée à sa vitre du speeder qui arborait les couleurs de l’armée, Lyzs avait des airs d’enfant s’émerveillant devant un beau paysage.


    — Quelle allure !

    L’engin se posa sur une plateforme reliée à une entrée du bâtiment. Lyzs s’y dirigea, accompagnée du chauffeur du véhicule et de l’instructeur Corvel.

    Spoiler : Ranto Corvel - Instructeur de la Garde Républicaine

     


    — C’est vrai que ça a de la gueule. ajouta le vétéran.

    A l’intérieur, c’était déjà la guerre. Les droïdes se battaient pour résoudre les conflits d’inventaires et déplacer les bonnes choses aux bons endroits. Quelques r5 s’affairaient aux finitions des systèmes en bidouillant divers câbles et autres bidules électroniques fichés dans les murs. Au milieu de toute cette agitation technologique, quelques organiques se pressaient pour accomplir diverses tâches et courraient presque dans les couloirs. Le chauffeur s’éclipsa.

    — Je vois qu’on est un peu juste sur les délais.

    — Mais non, ça ira. On leur a mis un coup de pied là où il faut.

    La générale avait vu des tas de bâtiments coruscanti, mais celui-là dégageait quelque chose de particulier. C’était un peu comme une preuve de quelque chose, elle ne savait pas trop ce qu’elle ressentait.


    — Tout va si vite. Si le sénat n’approuve pas…

    — On ira aussi y mettre un coup ! coupa Corvel en mimant le geste du pied.

    Lyzs laissa paraître son amusement mais ne quitta pas des yeux les murs pendant qu'elle marchait. Datapad en main, Lyzs ouvrit une porte. Elle découvrit une grande salle dont les vitres teintées ne demandaient qu’à être activées. Après avoir appuyé sur un bouton, les visiteurs eurent l’occasion de voir tout le complexe à travers la baie vitrée qui laissait maintenant passer la lumière. L’émerveillement sur le visage de la jeune garde aurait pu laisser penser qu’elle participait à une émission variété assez connue sur l’holonet. C’était dans cet appartement que toutes ses affaires allaient être déplacées.

    — Woah.

    — Forcément, hein, c’est la générale qui a droit à la meilleure vue ! bougonna le vétéran en faisant semblant de râler.

    — Vous n’avez pas mieux à faire que de vous plaindre ? Vous n’allez pas me dire que les quartiers des officiers sont si horribles.

    — Non, générale ! On fera avec, générale !

    — Je devrais vous mettre avec les recrues, dans les dortoirs.

    — Oh, ça va. Si on ne peut plus plaisanter.

    — Vous êtes bien à votre aise… ça va que je ne suis pas à cheval sur ce genre de choses.

    — Merci générale. dit-il en montrant qu'il se forçait, le tout dans le seul et unique but d'embêter Lyzs qu'il savait trop gentille.

    Exaspérée, la supérieure soupira. Ils se dirigèrent ensuite vers ce qui intéressait l’instructeur : les salles d’entraînement. Après avoir pris l’ascenseur, la paire de gardes put visiter un stand de tir, une zone destinée à la simulation de vol, diverses salles polyvalentes, un endroit réservé à la méditation… Bref, l’endroit était bien équipé pour servir la garde. Enfin, ils arrivèrent dans une sorte d’arène. Corvel ne put se retenir.

    — Ah, voilà. C’est ça qu’on veut !

    Divers râteliers accrochés aux murs étaient garnis de sabres et de lames d’entraînement. Forcément, l’homme en attrapa un et en jeta un autre à la générale. Elle l’attrapa de justesse.

    — Vous vous entraînez beaucoup, vous m’avez dit. Montrez-moi un peu tout ça !

    — Maintenant ?

    — Pourquoi pas ?

    Les officiers retirèrent les vestes de leurs uniformes pour ne pas les abîmer. Face à face au centre de l’arène grise, les opposants allumèrent leurs sabres. Deux lames bleues se mirent alors à briller dans la pièce. Ils saluèrent avant de se mettre en position. Corvel, en grand musclé, tenait son arme à deux mains, prêt du corps et droite. Lyzs, elle, se tenait dans une posture élégante avec sa lame pointée vers le sol. Les deux armes produisaient un bourdonnement régulier qui fut bien vite couvert par les remarques du garde.

    — Du makashi. Vous vous êtes embêtée à apprendre le makashi !

    — Un problème ?

    — Non, non, aucun. C’est très noble. Ça vous demande de bien connaître toutes les autres formes de combat. Vous êtes sûre d’avoir l’expérience pour…

    — Il faut bien commencer un jour. Et puis, j’étudie beaucoup.

    Sans attendre, la jeune femme lança sa pointe en avant. Corvel para et contre-attaqua avec une grande frappe verticale. Lyzs avait eu le temps de faire un pas en arrière et accompagna le coup de son adversaire en le laissant glisser sur son arme jusqu’au sol. Une petite étincelle jaillit, l’instructeur recula.

    — Pas mal ! Vraiment !

    La générale, flattée, ne put s’empêcher de sourire. Mais elle s’arrêta pour enchaîner quatre attaques que Corvel bloqua. Il riposta rapidement en donnant un coup de pied au niveau des abdominaux de son adversaire. Il s’arrêta avant de toucher. Lyzs, un peu désemparée, recula.

    — Premier essai contre un adversaire, non ?

    — C’est vrai.

    — Je vois... Cet ensemble de coups, je le connais. Les enchaînements sont bons pour l’entraînement, mais en combat il y a un tas de paramètres à prendre en compte. J’ai plus de force que vous, je ralenti votre cadence en renvoyant votre lame vers l’extérieur quand je pare vos coups. Ça me laisse le temps de faire ce que je viens de faire. Il faut tirer parti de ce qu'on apprend en dehors des vrais combats pour mieux s'y prendre, mais tout suivre à la lettre vous rendrait beaucoup trop prévisible.

    La générale semblait frappée par l’évidence : ce que lui disait l’instructeur lui semblait si vrai, si logique. Elle se demandait pourquoi elle n’y avait pas pensé plus tôt. Corvel ne la laissa pas trop réfléchir et commença une série de frappes puissantes. Lyzs les bloqua, mais elle sentait bien que son adversaire n’y mettait pas tout son poids. Chacun fit un pas en arrière. L’homme leva sa lame, la jeune femme ajusta la sienne pour correspondre à son angle d’attaque. Corvel changea sa posture, Lyzs fit de même. L’instructeur sourit.

    — Vous êtes un monstre. lâcha l'homme.

    — Pardon ?

    — Vous aimez lire, non ? Vous avez pas mal bossé la théorie.

    — Plutôt, oui. répondit Lyzs sans trop savoir où il voulait en venir.

    — Impressionant. Vous retenez bien ce que vous lisez et vous n'avez pas de mal à vous en servir. Ça vous aidera, j’en suis sûr. Je suis surpris de votre capacité à analyser mes intentions. C’est hors du commun. Enfin, pour quelqu’un qui n’a pas l’habitude des duels, je veux dire.

    — J’entends bien !

    La générale sourit, elle sentait que l’instructeur se relâchait. Ils éteignirent leurs armes simultanément.

    — Vous m’entraînerez, Corvel ?

    — Avec plaisir, générale. 
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      #2

      Post n°2
      Auteur : Lyzs

      Des analyses défilaient sur un tableau de bord, des explosions silencieuses éblouissaient les yeux de la jeune générale. Elle tira un levier vers elle, poussa du pied une autre manette. Le caisson de fer où elle se trouvait se mit à vibrer et un bruit de turbine tournant à plein régime raisonna dans ses oreilles. Soudain, un grand craquement se fit entendre. Les écrans s’éteignirent et les pistons de la machine retournèrent doucement à leur position d’origine. La machine dégagea un grand bruit de décompression. Lyzs descendit du simulateur de vol.

      Dans une petite salle isolée des modules de simulation, deux hommes discutaient en observant les relevés de l’ordinateur.


      — On ne peut pas lui enlever qu’elle apprend vite. dit le premier opérateur.

      — Ah ça, c’est sûr. Mais ça stagne. Regarde. répondit le second tout en appuyant sur un bouton.

      Divers résumés de simulations précédentes défilèrent sur un petit hologramme qui dépassait des consoles. En observant les données, le même homme reprit.

      — Depuis la dernière fois, les résultats n’évoluent plus. Et ils sont assez moyens…

      Une main vint s’appuyer sur chaque dossier, ce qui surprit les deux techniciens. Lyzs s’appuyait sur les fauteuils et se pencha pour jeter un œil aux données.

      — Assez moyen, hein ?

      — Euh. Euh… mes excuses, générale ! Je ne faisais qu’analyser…

      — Non, mais vous avez raison. Continuez !

      — C’est que… bon. Vous avez des résultats corrects pour quelqu’un qui vient de se mettre au pilotage. Mais votre courbe d’évolution s’arrête à un certain niveau. En plus, vous êtes quand même « morte » plus de douze fois à cause d’une explosion du réacteur principal.

      — Je ne sais pas, je me dis qu’avec la sécurité on va nettement moins vite, quand même.

      — Générale, avec tout le respect que je vous dois : si on met une sécurité sur un vaisseau c’est bien pour éviter que le pilote se suicide en faisant n’importe quoi.

      — Hé hé. lâcha Lyzs en levant le menton, toute souriante.

      — Il n’y a pas de quoi être fière !

      — Oui, bon. En attendant on sait que tous les modules marchent.

      Pendant quelques jours, le quartier général tourna à vide pour que tout le monde s’habitue à son nouveau poste. Lyzs, elle, s’occupait encore et toujours d’une partie de l’organisation. Elle envoyait des rapports rédigés avec plus ou moins de hâte en fonction du temps qu’elle avait à y consacrer et elle passait des appels, beaucoup d’appels. Elle n’avait pas encore eu l’occasion de voir les recrues, mais elle allait l’avoir : l’ouverture du bâtiment était pour bientôt et elle devait tenir un discours devant tout l’effectif de la garde. La générale faisait tout pour ne pas penser au jour-J, le stress l’empêchait de travailler. Tout le monde, Lyzs y comprit, accélérait la cadence pour que tout soit prêt le moment venu.
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        #3

        Post n°3
        Auteur : Lyzs

        Le grand jour était arrivé. Dans ses quarties, Lyzs soutenait sa tête des deux mains. Appuyée sur son bureau face à la baie vitrée, elle regardait passer les vaisseaux au loin. Certains d’entre eux devaient être des transports militaires, elle les cherchait du regard. Ce petit jeu simple lui permettait d’éviter de trop réfléchir. Quand elle n’en pouvait plus, elle se masquait les yeux pour soupirer. Les choses devenaient de plus en plus réelles et les responsabilités de plus en plus concrètes.

        La générale avait parfois des moments de doute, des moments où elle se demandait si son parcours justifiait sa position et si elle était capable de l’assumer. Pour se rassurer, elle se remémorait tout ce qu’elle avait fait jusque-là pour la garde. Mais, malgré les heures passées à travailler sur le projet, elle avait du mal à se satisfaire de ces « preuves ». Ses pensées devenaient désagréables, comme si elle cherchait elle-même à se montrer qu’elle n’était pas à la hauteur. Puis, elle serra un poing avant de le poser sur la table. Elle se redressa sur son fauteuil pour poser à nouveau son regard sur la jungle de fer qui se tenait devant le quartier général. Les lèvres pressées l’une contre l’autre, elle se dit que ce n’était pas le moment de craquer. Il lui fallait tenir son rôle et entrer dans le monde des grands. Le col de sa combinaison grise lui semblait être bien trop serré.

        Assise là, silencieusement, devant cette grande vitre qui la séparait du bruit de la cité, Lyzs tendit les doigts vers une cruche posée sur la table. Celle-ci s’éleva doucement avant de verser son eau dans un verre. Le filet transparent ne produisait aucun son, la jeune femme le contrôlait comme si elle cherchait à préserver le silence. Bien que son attention fût portée sur ce geste, elle ne quittait pas la ville des yeux. Puis d’un coup, une voix à la fois féminine et robotique vint rompre le silence si minutieusement entretenu. Le volume fit sursauter la générale. La cruche échappa à son emprise et son verre se brisa sous le poids de celle-ci. Elle attrapa le récipient avec précipitation pour limiter les dégâts.


        — Ranto Corvel souhaite vous parler, générale. annonça l'ordinateur des quartiers.

        — Fais le entrer. répondit-elle en se remettant de la petite catastrophe.

        Ranto approcha du bureau, Lyzs ne se retourna pas et cherchait à éponger l’eau avec une serviette qu’elle avait sortie d’un tiroir. Tout en avançant dans son uniforme neuf, l’officier commença à expliquer la raison de sa venue.

        — Tout est bientôt prêt, générale. On m’a chargé de vous dire que vous pouviez vous préparer. Enfin, vous connaissant, j’imaginais que vous seriez déjà…

        Corvel s’arrêta de parler. Sa supérieure se retourna, elle finissait de s’essuyer les mains avec la petite serviette en tissu noir. L’œil vif de l'instructeur et officier avait repéré quelque chose d'anormal.

        — Tout va bien, générale ?

        — Oui, bien sûr.

        — Vous êtes sûre ? Vous avez l’œil humide.

        Le visage de Lyzs se figea un instant avant qu’elle ne porte le tissu à ses yeux pour les essuyer d’un geste vif.

        — Je viens de me rafraîchir, c’est sûrement pour ça.

        Ranto se pencha sur le côté et aperçut les bouts de verre. Sa bouche se froissa avant de s’ouvrir.

        — Je vois. Bon. Si vous me le permettez, je me retire.

        — Faites. J’arrive bientôt.
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          #4

          Post n°4
          Auteur : Lyzs

          Spoiler : Les PNJ's

          ~ Alkain Bachel - Directeur de la communication de la GR ~



          ~ Ranto Corvel - Instructeur de la GR ~





          Quelques droïdes-caméras survolaient paisiblement la grande allée qui menait aux marches des entrées principales du quartier général de la garde républicaine. Un silence que seuls quelques speeders passant au loin venaient perturber était observés par tous les êtres présents. Sur cette place se trouvaient tous les services du bâtiment militaire et le plus gros des effectifs de la garde. Rangés, classés, on les aurait dits ajustés au centimètre. Devant eux se tenaient plusieurs grandes personnalités de l’armée républicaines. L’une d’entre elle se démarquait, non pas par ses décorations, mais par son âge. Il s’agissait de Lyzs Yvanol, la générale de la garde républicaine.

          Debout derrière un micro, la jeune femme parlait devant tous ces inconnus. Face à ces gens, la générale faisait appel à toute son énergie pour garder son sang-froid. Un effort rendu plus difficile encore par le frisson qui lui courrait dans le dos, elle pouvait sentir le regard désapprobateur de certains officiers « réguliers » comme on les appelait déjà dans la garde.

          Son discours était simple et concis. Ses mots soutenaient l’orientation de la garde : une puissance permettant de protéger la république, ses idéaux et ses citoyens. Elle était sincère, mais perturbée par cette ambiance de cérémonie si sérieuse.
          L’ouverture officielle du quartier général se déroula sans accrocs et les unités furent efficacement guidées vers leurs nouveaux bâtiments. Lyzs ne s’attarda pas sur les lieux, mais les journalistes, eux, voulaient à tous prix entendre quelques mots. Attendue, la générale dut s’exprimer. Un peu prise au dépourvu, elle sourit timidement. Certaines remarques lancées au loin orientèrent un peu sa réponse.


          « Ca y est, c’est fait. Prenez-moi pour une idéaliste, si vous le voulez, mais je pense que nous venons de faire un grand pas en avant pour la sécurité de tous. »

          La jeune femme se retira immédiatement. Elle était suivie par deux gardes qui assuraient sa sécurité. Pour Lyzs, il s’agissait surtout d’une question d’image. Peu de temps après, elle prit place dans son grand fauteuil noir qui se trouvait derrière son bureau. Cette fois, elle était assise du côté de la vitre. Ranto Corvel et Alkain Bachel, le directeur de la communication de la garde, entrèrent quelques minutes plus tard. Ils avaient convenu de se retrouver là. La présence d’Alkain ne soulevait pas de questions, tandis que celle de Corvel faisait s’interroger l’autre homme. La réponse était simple : depuis quelques semaines Lyzs passait par le formateur pour avoir des nouvelles des recrues, ils avaient sympathisé.

          Alkain, une bouteille entre les mains, se lança :


          — Gé-nial ! Il faut fêter ça. C’est passé comme sur un coussin d’air !

          De sa main, il imita un hovercraft. Lyzs ne put s’empêcher de sourire en le voyant se retenir d’imiter le bruit de l’engin. Elle avait remarqué qu’il avait gonflé les joues un instant, la bouche ronde.

          — Oui, oui, si vous le dites.

          Elle pointa furtivement du doigt un rangement dans lequel il manquait un verre. Ranto y jeta un oeil avant d'en sortir trois.

          — Vous buvez du bleu ? Etonnant, c’est plutôt costaud. lâcha Ranto.

          — Il faut bien goûter un jour.


          Alkain reprit là où il en était.

          — Le lancement… aux petits oignons ! Non mais, vraiment. Maintenant que c’est fait… RIEN, même pas ma belle-mère, ne pourra nous arrêter ! Mouahaha ! Nous allons… Bon, dites-le si j’en fais trop, surtout.


          Les regards le Lyzs et du formateur lui firent comprendre qu’il devait sérieusement prendre en considération l’idée de se calmer.


          — Oh, ça va. C’est la fête !


          — Oui, eh bien, on ne dirait pas mais je suis tout de même générale d’armée. Vous êtes très détendu, je trouve.

          L’homme leva les deux mains à hauteur d’épaule, les paumes vers Lyzs et les doigts tendus. Il prit un air faussement innocent.

          — J’suis civil, générale.

          — Moui. Bon…

          Elle devait admettre qu’il était doué pour être comique. Que ce soit volontaire ou non. Elle décida de mettre de côté son image de générale pour profiter du temps de repos.

          Dans le bureau, la discussion tournait autour de la garde. Les minutes passaient et Lyzs décida enfin de tremper les lèvres dans son verre. Finalement, la plaisante odeur du liquide lui donna envie de s’essayer à une gorgée.


          — C’est pas mauv… ne termina-t-elle pas.

          La générale pencha la tête en arrière en soufflant, son visage était très vite devenu rouge. La réaction de panique de la jeune femme fit forcément rire les deux habitués à l’alcool. Bien sûr, le rire de Corvel était plus retenu que celui du « civil ».

          — C’est le baptême, il faut croire !

          — Ca… ça m’a juste surprise.
          tenta Lyzs pour se reprendre avant de tousser comme une débutante.

          Pour affirmer sa position de femme forte, elle ne trouva pas mieux à faire que de prendre une nouvelle gorgée. Peu de temps après, les deux hommes purent voir qu’elle ne tenait pas vraiment l’alcool. La discussion était plus… lente. La jeune femme, les bras croisés sur son bureau, répondait aux questions de son chargé de communication.

          — Oui, bien sûr que je pense tout ce que je dis aux gens. Vous n’êtes pas là pour m’aider à raconter des conner…

          Le mot qu’elle allait employer venait tout droit du vocabulaire de Corvel. Elle s’interrompit pour le foudroyer de son regard fatigué, comme si elle l’accusait de la faire parler ainsi.

          — … des bêtises !

          — Oh non, c’est pas que j’ai des doutes à ce sujet-là. C’est juste que ça me semble si… propre. Je n’en ai pas vraiment l’habitude. Ah ah.

          — Vous n’êtes pas clean, vous ?

          — Oh si, si ! J’ai juste dis que bien souvent il y a une part d’ombre. J’aime juste savoir dans quoi je mets les pattes.


          — Fallait peut-être s’y intéresser avant de prendre la tête de la campagne.

          Alkain prit un air surpris avant de regarder le formateur comme s’il était le dernier des naïfs.

          — Le business, c’est le business mon ami. Même quand j’apprends des trucs déplaisants, je me tais et je fais mon boulot.

          — Oui, ben…


          — Oui ben non ! Si je dis qu’on fait les choses d’une façon, c'est qu'on s’y tient. C’est tout.

          — C’est souvent ce qu’on dit, mais…

          Lyzs bouillonnait de l’intérieur. Puis, d’un coup, au milieu d’une phrase d’Alkain, elle cèda, aidée par l’alcool. Alkain l'effronté la fit sortir de ses gonds.

          — BORDEL ! Ça commence à bien faire les soupçons à deux crédits, là !

          Elle se pencha sur son bureau et tenta d’attraper Alkain par son col. L’éthanol la persuadait qu’elle en était capable, mais son bras était trop court pour la longueur du bureau. Elle abandonna après la seconde tentative. Elle le pointa du doigt à la place. Le concerné souriait, cet échec était assez hilarant.


          — Bref… arrêtez de sourire. lui-dit-elle sur un ton qui lui fit effacer son petit air moqueur sur le champ. Je n’ai rien à vous dire sur le côté sombre de la garde, parce qu’il n’y en a pas. Si ça vous rassure. Je… je me sens insultée avec vos remarques sorties de nulle part ! Vous avez de la chance d’être efficace, parce que sinon…

          Ranto, grisé par son deuxième verre, aurait bien assisté la générale. Mais l’état de celle-ci le poussa plutôt à tenter de la calmer. Il posa sa main sur le poignet de la jeune femme, pour lui dire de se rasseoir.

          — Je crois qu’il a compris.

          Les yeux du garde se posèrent sur Alkain. Celui-ci hocha la tête comme s’il avait un couteau sous la gorge.

          — N’en faites pas tant. Je crois qu’elle n’a juste pas l’habitude de l’alcool.

          Lyzs s’abstint de faire une remarque. Elle se contenta de bouder les bras croisés, enfoncée dans son siège.

          — Oui, je comprends. Désolé.

          Le civil s'orienta droit vers la militaire pour insister, gêné.

          — Je ne pensais pas… Non, vraiment… Je suis sincèrement désolé.

          Lyzs fit la moue et tourna la tête en fermant ses yeux qu’elle aurait pu lever au ciel.


          — Humpf !...

          Un silence prit place. Les deux hommes ne savaient pas trop comment agir face à ce genre de réaction féminine. D’autant plus que cette femme-ci était en possession d’un grand pouvoir.

          — Je crois qu’il vaudrait mieux que vous partiez. finit par dire Corvel.

          — Oui, je crois aussi. répondit Alkain, toujours aussi gêné.

          Lyzs ne dit rien. Elle garda sa position jusqu’à ce que le bruit de la porte indique qu’elle était seule avec le formateur. Elle expira longuement avant de prendre une position plus normale. Plus habituelle pour elle. Le garde observa que l’ivresse avait quitté le regard de sa supérieure, mais la rougeur de ses joues était toujours là.

          — Enfin…

          — Tout va bien ?

          — Oui, oui. Ça va mieux.

          — Vous n’étiez pas si hors de vous, au final.

          — J’avais juste envie de me défouler.

          Corvel réalisa que Lyzs avait un peu exagéré au sujet de son état d’ivresse. Il se laissa rire aux éclats en comprenant que la générale avait volontairement passé ses nerfs sur Alkain. Prise par l’ambiance, la jeune-femme sourit.

          — Ah ah ! Mais… pourquoi ?

          — Je ne lui fais pas trop confiance.

          — Alors pourquoi ne pas le virer, tout simplement ?

          — Il fait du bon travail, je l’ai déjà dit.

          — Alors qu’est-ce qui ne va pas ?

          — Il cherche des informations. J’imagine qu’il est inquiet ou sceptique. Beaucoup de gens sont comme lui en ce moment. J’ai peur qu’il fouille jusqu’à trouver un hic qui lui fasse penser quelque chose de faux. Vu son importance dans tout ça… ce serait bête. Puis bon, cette histoire de conférence. C'était vraiment pour me prendre au dépourvu...

          — Et qu’est-ce que vous comptez faire ?

          — Bah… rien. Pour l’instant. Hic ! réponditt-elle en laissant un hoquet ponctuer sa phrase.

          Les paroles de Lyzs montraient qu’elle savait de quoi elle parlait, mais elle n’arrivait pas vraiment à masquer les effets de l’alcool sur la manière légère avec laquelle elle s’exprimait. Après quelques mots de plus, le formateur quitta les lieux. La générale resta seule avec ses songes. La situation n’était pas facile pour elle, mais voir que tout avançait bien la réconfortait. Elle eut une pensée pour Coy dont elle n’avait pas de nouvelles depuis longtemps. Elle était de plus en plus inquiète à son sujet, personne n’avait su obtenir d’informations à son sujet.

          Elle attrapa son verre et se tourna vers la baie vitrée pour le boire d’un seul coup. Les lumières de la ville qui prenaient la relève sur le soleil couchant devenaient peu à peu floues. Lyzs avait encore des efforts à faire, mais telle avait assez donné pour ce jour-ci.

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            Auteur : Lyzs

            Un peu plus d’une semaine s’était écoulée depuis l’ouverture du quartier général de la garde. Tout s’y déroulait étrangement bien pour une structure arrivée de nulle part. Même si, parfois, il y avait quelques embrouilles administratives. Forcément : le domaine administratif a toujours été maître dans l’art de faire disparaître mystérieusement d’importants documents. Sans compter l’arcane secrète du papier manquant qui n’avait jamais été demandé à l’origine. Mais tout cela, Lyzs s’en moquait : elle avait depuis quelques temps abandonné la paperasse pour se contenter de rédiger le minimum de rapports requis. Au lieu de ça, elle se consacrait surtout à la prise de nouvelles sur le fonctionnement du QG et à la recherche des unités sensitives qui, comme Corvel à l’origine, n’avaient pas donné de signe de vie depuis le changement de régime. Il était impératif de prendre contact avec eux pour savoir s’ils comptaient rejoindre la république. Tous ceux qui n’avaient pas été retrouvés étaient signalés comme étant de potentiels impériaux.

            La générale avait fouillé dans de nombreux dossiers sélectionnés par une équipe. Elle y avait lu des choses qu’elle aurait préféré ne jamais avoir sous le nez. Cependant, elle avait conscience que morale et stratégie ne faisaient pas toujours bon ménage. Elle avait même l’impression que c’était écrit en bas de chaque page de chaque rapport et de chaque hololivre militaire qu’elle consultait, depuis quelques temps. Ce genre de réalités assez dures à avaler lui faisait parfois regarder en arrière, à l’époque où elle ne savait pas ce qui l’attendait dans la vie militaire. Mais Lyzs ne pouvait pas perdre son temps à errer dans ses songes nostalgiques : elle avait du travail. En quantité allégée par rapport à ce qu’elle devait faire avant l’ouverture du bâtiment, certes, mais du travail quand même. De plus, elle devait garder son rythme pour améliorer ses capacités de combat.

            Lyzs avait pour habitude de s’entraîner quotidiennement pour plusieurs causes. Elle était d’abord motivée par la crainte : depuis qu’elle avait été attaquée, elle ressentait encore plus le besoin d’être capable de se défendre seule. Ensuite, parce qu’il lui fallait être capable d’être efficace si elle venait à se retrouver à nouveau sur le terrain. Et enfin, la dernière des raisons mais aussi celle qui inquiétait le plus la générale : elle devait être forte pour donner une bonne image d’elle aux effectifs de la garde républicaine.

            La jeune femme avait conscience que son âge était le sujet de bon nombre de remises en questions à son sujet. Elle ne voulait pas se laisser marcher dessus par des soldats trop arrogants ou encore voir ses ordres contestés par des hommes hésitants sur la fiabilité des choix de leur supérieure. Des craintes fondées mais un peu surréalistes compte tenu de la capacité militaire à installer la discipline dans le crâne des plus récalcitrants. Cependant, Lyzs n’était pas du genre à vouloir user de ces méthodes. Elle préférait plutôt « être à la hauteur ». Mais le problème arriva bien plus vite que prévu.

            Ce jour-ci, Lyzs finit ses activités en avance. Ayant troqué son uniforme pour une combinaison plus adaptée à l’entraînement. La générale rejoint la salle où se trouvait l’un des « maîtres d’armes » : Corvel. Constatant qu’il n’en avait pas fini avec ses recrues, elle profita de son arrivée furtive pour s’installer à la rangée la plus haute des gradins qui entouraient le terrain. En bas, devant elle, se trouvaient un dizaine de recrues occupées à en regarder deux autres qui se faisaient face sous l’œil critique de Corvel.


            — Allez ! DU NERF ! On arrête de tenir son sabre comme un plumeau, là. Qu’est-ce que vous êtes ? Des soldats ou des soubrettes ?

            Posée sur ces gradins neufs mais rudimentaires, Lyzs observa les recrues pendant un long moment. La plupart devaient avoir plus ou moins son âge, les autres semblaient plus vieux déjà. En se faisant la remarque, elle dit que cela risquait d’être dur de faire entrer un tel enseignement chez des personnes ayant déjà une certaine expérience de la vie. Mais cette pensée qu’elle aurait pu qualifier d’arrogante s’effaça lorsqu’elle se remémora son propre parcours.

            La tête sur le dossier du gradin sur lequel elle n’était laissée glisser au fil du temps. Les jambes et les bras croisés. La générale se demandait si quelqu’un allait la repérer ou si elle pourrait profiter de cette situation plus longtemps. Elle savait que l’instructeur, lui, l’avait remarquée. Mais ne trahit pas sa présence. Ranto Corvel était perspicace, et il avait bien compris que si la générale s’était installée là sans rien dire, ce n’était pas pour rien. Il faisait d’ailleurs durer la démonstration pour donner à la jeune femme le temps d’observer. Puisque, une fois que les deux combattants auraient terminé, ils auraient le temps de remarquer leur supérieure. Mais les deux soldats en devenir s’essoufflaient. L’un d’eux protesta finalement après une longue hésitation.


            — J’en peux plus, chef. Pourquoi est-ce qu’on en fait trois fois plus que les autres ?

            — Je sais pas. Peut-être parce que j’aime pas vos sales têtes ? Allez, en position !

            Tant bien que mal, la recrue se redressa et mit son sabre en avant. Après quelques échanges de coups, les deux hommes durent s’arrêter pour reprendre leur souffle. Ce genre de duels était réservé à la fin des séances. Corvel savait bien qu’il les faisait jouer sur leurs limites. Cependant, il avait un rôle à jouer.

            — Bon les mauviettes. C’est pas tout ça mais vous ne pourrez jamais saluer vos supérieurs avec des bras aussi mous. Faites-moi une trentaine de pompes et montrez votre plus beau salut à vos petits camarades. Qu’on rigole un peu.

            C'était un tortionnaire. Tous les présents le pensaient. La générale, elle, était en train de réfléchir à la manière dont elle allait de montrer. Elle espérait que sa présence ne mette pas la pagaille pour rien. Le protocole dû à sa position avait tendance à lui courir sur le système.

            Pendant ce temps, les deux hommes étaient en train de faire leur exercice. Corvel s’adressa aux autres.

            — Vous voyez : là, vous douillez. Mais croyez moi que si vous ne passez pas par-là vous allez y passer tout court. Vous ne voudriez pas que les hauts gradés hésitent à vous envoyer sur le terrain parce que vous n’êtes pas à la hauteur, n’est-ce pas ?

            Il accompagna ses mots d’un geste de la tête. Il invitait les recrues à lui répondre. Un silence s’installa, Lyzs pouvait entendre les souffles des deux malheureux qui étaient encore au sol. Personne ne souhaitait s’exprimer. Finalement, un homme à la coupe en brosse et à la barbe naissante prit la parole.

            — Et si c’était l’inverse, chef ?

            — C’est-à-dire ? demanda Corvel, intrigué.

            Conscient qu’il risquait gros, l’homme décida de tenter d’amadouer son formateur. Les traits secs de son visage prirent une allure plus douce.

            — Si nous hésitions à suivre les ordres pour les mêmes raisons ? Regardez-vous. Je veux dire, vous êtes un leader. Vous êtes fort et expérimenté. Et, à côté. Non. Au-dessus de vous, vous avez… une enfant. Ça ne vous fait rien d’être sous les ordres de quelqu’un d’inexpérimenté ? Est-elle seulement capable de tenir une arme ? D’où sort notre générale ? Je veux dire, pourquoi elle et pas quelqu’un comme vous ? Je suis sûr que n’importe qui ici est meilleur que…

            La recrue sentit qu’elle s’emportait. Elle préféra ne pas aller plus loin et se tut. Fut un temps, ce gamin aurait déjà été en train d’avaler ses dents. Mais Ranto s’était adouci : ces recrues-là, il ne fallait pas trop les abîmer. Et puis, il voyait là une occasion de tester sa supérieure.

            — Je ne sais pas, petit con. Tu n’as qu’à lui demander par toi-même, pour voir.

            A cet instant, les deux combattants se relevèrent pour saluer avec difficulté comme il leur avait été demandé. Leurs bras tremblaient. Leur main arriva péniblement au niveau de leur tête. Epuisés, ils passèrent leur regard sur leurs camarades avant de voir qu’il y avait une personne de plus derrière eux, bien plus haut. Instinctivement, ils forcèrent tous deux sur leur dos pour se tenir encore plus droit. Corvel, lui, se contenta de regarder franchement la jeune femme et de la saluer d'un geste rapide.

            — Générale.

            La dizaine de petits soldats se tordit le cou pour trouver leur supérieure du regard. Certains s’étaient levés dans la surprise. Lyzs, prise au dépourvu et toujours sous le choc de tout ce qu’elle venait d’entendre, ne savait pas trop quoi faire. Affalée sur son siège, elle décroisa les bras pour faire signe de la main.

            — Euh… salut.
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              Post n°6
              Auteur : Lyzs

              Lyzs resta un instant à observer les recrues qui ne savaient pas comment réagir à sa présence. Bien sûr, ils saluèrent. Mais l’hésitation et la crainte que la générale pouvait voir en eux la dérangeait. Elle se demandait s’ils étaient hypocrites ou s’ils avaient simplement une grande bouche. Après un soupir, la jeune femme se leva. Elle n’arrivait pas à leur en vouloir, mais elle devait faire quelque chose.

              — Asseyez-vous.

              Elle descendit les marches pour rejoindre l’instructeur. Ils se retirèrent un instant pour parler à voix basse.

              — Dites-moi. Ils sont toujours comme ça ?

              — Non, seulement quand je les provoque un peu.

              Lyzs lança un regard étrange à Corvel. Elle plissa les yeux, se demandant s’il n’avait pas fait exprès pour qu’ils en arrivent à cette situation. Elle n’avait pas l’air d’apprécier l’instant. L’homme se contenta de sourire. Agacée, Lyzs jeta un coup d’œil aux jeunes gardes qui chuchotaient eux aussi dans leur coin.

              — Vous devriez…

              — Plus un mot. J’ai compris où vous vouliez en venir depuis le début. Vous êtes si simple, parfois.

              La générale revint vers les recrues en se tenant les mains dans le dos. Elle s’arrêta un instant devant eux pour poser les yeux sur chacun d’entre eux. Malgré sa jeunesse et la clarté de son visage aux joues légèrement rosé par la pression qu’elle s’infligeait, Lyzs ne donnait pas envie de sourire aux impertinents qui se trouvaient devant elle. Bien au contraire : ils pouvaient sentir qu’elle n’était pas d’humeur à plaisanter. Et ce n’était pas que de leur faute. Après ce silence, Lyzs désigna celui qui avait émis des doutes au sujet de ses capacités. Elle comptait bien lui montrer ce qu’elle valait, même si dans le fond elle hésitait un peu elle-même. Dans le meilleur des cas, elle en profiterait pour se venger de Ranto.

              — Debout. Attrapez un sabre. Montrez-moi si les recrues sont vraiment aussi douées que vous le dites.

              Le jeune homme aux cheveux bruns se leva. Dans le même temps, Lyzs tendit la main vers un ratelier disposé plus loin. Un sabre fila droit au creux de sa main. Elle l’alluma instantanément et fit un moulinet dans le vent, comme si elle amortissait son arrivée. Elle voulait surtout vérifier qu’il était toujours réglé comme à son habitude. Il s’agissait d’un sabre qu’elle utilisait régulièrement pour s’entraîner. Sa lame bleue nonchalamment pointée vers le sol, elle se mit en place sur le terrain.

              — Si vous me battez, vous vous en tirez sans rien. Sinon, vous infligerez à votre groupe et vous-même deux heures de plus sur le terrain. Sous la direction de l’instructeur Corvel.

              Celui-ci, réalisant qu’il allait devoir faire des heures supplémentaires, tenta de mettre un peu plus de chances de son côté. Il jeta son sabre d’entraînement à un nautolan à peau verte.

              — Dans ce cas. Ce sera un deux contre un !

              Ranto se savait condamné, alors il tenta au moins d’en profiter pour tester Lyzs. Devant cette déclaration, la générale se sentait comme une mère qui ne veut pas montrer de conflits parentaux devant ses enfants. Elle prit sur elle, mit de côté son hésitation et lança :

              — Bien. Trois heures.

              Elle se retrouvait face à un humain portant une lame verte et à un nautolan en portant une bleue. Cette fois, elle décida de garder sa lame près du corps et se mit de trois quarts face aux deux opposants qui se trouvaient côte à côte. Lyzs avait choisi cette posture pour se donner le temps de jauger le niveau des deux hommes. A la vue de leur position, ils maîtrisaient au moins les bases de la première forme de combat au sabre. De sa main libre, elle fit signe aux deux recrues de commencer. Ils décidèrent d’attaquer en balançant leurs sabres en même temps, de haut en bas. Les angles étaient différents. Lyzs aurait pu parer les deux à l’aide de son sabre, mais elle décida de faire un pas en arrière à la place. Plutôt que de perdre du temps à contrer, la générale profita de la naïveté des recrues pour se concentrer. Puis, d’un coup, elle relâcha sa puissance en lançant son bras gauche vers l’avant. Pour les deux adversaires, c’était s’ils heurtaient un mur à peine vitesse. Ils roulèrent au sol sur quelques mètres. De là où elle était, Lyzs pouvait entendre leurs gémissements. L’humain s’autorisa une plainte.

              — C’est déloyal.

              La générale eut l’air franchement étonnée. C’était fini. Elle accrocha machinalement son sabre à sa ceinture.

              — Déloyal ? Vous en discuterez sur le terrain. Peut-être que vous trouverez quelqu’un de fair-play qui se battra avec une main dans le dos s’il vous manque un bras.

              Métaphoriquement, Lyzs était en train de lui dire de ne pas lui reprocher d’utiliser la Force uniquement parce que lui n’en était pas capable à même mesure. Elle se tourna vers Corvel et lui lança son sourire le plus mesquin. Ce soir, elle n’allait finalement pas s’entraîner. Assez fière d’elle, la générale se dirigea vers les gradins. Mais le jeune homme ne voyait pas les choses du même œil. Il se releva plus vite que son camarade nautolan. Un grand coup et une chute mouvementée ne lui suffisaient pas.

              Lyzs comprit qu’elle allait se faire attaquer par derrière en voyant l'expression des autres recrues. Sûrement une réaction à ses mots sur le fair-play. Elle ferma les yeux. Cette demie seconde passée à repérer l’assaillant lui suffit pour se baisser et pivoter sur le côté pour éviter une taillade à horizontale et passer derrière l’attaquant. Dans le mouvement, elle dégaina son sabre et lança sa contre-attaque. Seulement : c’était Silence qu’elle tenait en main et non pas son sabre d’entrainement. Dans sa précipitation, elle avait attrapé l’arme avec laquelle elle avait le plus d’affinité. Elle stoppa son mouvement en catastrophe. Sa lame se stoppa au niveau de la gorge de la recrue. Celui-ci pouvait voir la lumière blanche passer sous sa mâchoire. Il assimila, à juste titre, le changement de couleur à un danger. D'instinct, il se figea. Devant lui, ses camarades étaient horrifiés. Lyzs avait pourtant su retenir sa lame. Son entraînement lui permettait de la garder en position sans qu’elle ne tremble. Elle maintint sa posture et balaya l’assemblée du regard en se demandant pourquoi ils réagissaient ainsi. C’était un accident, après tout. Enfin, la lame blanche disparut dans le bruit caractéristique des sabres. Celui-ci fit suivit par un soupir de soulagement de la part du jeune garde.


              — Trois heures. A demain, instructeur.

              Même secouée par son erreur, Lyzs restait impassible pour garder la tête haute. Elle quitta les lieux sans dire un mot de plus. Intérieurement, elle était tiraillée entre le trouble de l’accident qui avait manqué de se produire et sa joie d’avoir été à la hauteur. Ce dont elle ne se doutait pas, par contre, c’est que les recrues ne savaient pas qu’elle avait changé de sabre par erreur. Certains en eurent des frissons durant tout l’entraînement supplémentaire.
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