Bienvenue sur SWRPG !

Créé en septembre 2006, ce RPG situé dans l'univers Star Wars a démarré à l'aube de la Guerre des Clones. Nous avons cependant pris une trajectoire bien différente de celle de la saga. 18 ans plus tard, nous voilà dans un univers parallèle aux films de George Lucas, un univers unique dans lequel nos propres personnages ont eu (et auront) un impact sur sa destinée.

Contexte: Il n'y a pas si longtemps que ça, dans une galaxie lointaine, très lointaine... L'Ancienne République influençait les quatre coins de la Galaxie, guidée et protégée par les légendaires Chevaliers Jedi, gardiens de la paix et de la justice. De nombreuses années plus tard, on dénombre de nombreux régimes successifs, mais aucun n'a réussi à s'imposer durablement. Empire Démocrate... Empire Sith... Voilà que les différents chemins empruntés nous ramènent donc à une République Fédérale, sans que l'on soit assuré qu'elle parvienne à durer dans le temps. Une République Fédérale qui décide de miser sur la nouvelle Garde Républicaine, vouée à remplacer un Ordre Jedi dont on refuse le dogme si particulier.

Pendant ce temps, Sith, Séparatistes et Chasseurs de Primes ont su se préserver à différentes échelles de l'échec de l'Ancienne République. Tandis que l'Ordre Sith a connu récemment sa fin sur Cathar, laissant la place à différents cultes bien moins influents mais tout aussi dangereux, les Chasseurs de la Guilde de Dantooine n'ont jamais été aussi nombreux, parcourant les mondes à la recherche de primes qui en valent le coup. La Confédération des Systèmes Indépendants, elle, résiste aux fluctuations du temps et se préserve des menaces extérieures en n'hésitant pas à agir lorsqu'il le faut, comme l'en atteste son intervention musclée sur Cathar. La même Cathar qui avait accepté d'accueillir les Vestiges de l'Empire suite à la scission de l'Empire Sith, et qui aujourd'hui se retrouve sous la tutelle des Séparatistes.

Les temps sont sombres, le ciel annonce de mauvais présages comme c'est le cas à chaque nouvelle ère. Les relations entre les grandes puissances ne sont pas au beau fixe, les Sith sont de nouveaux reclus dans l'ombre -là où ils sont les plus menaçants- et les Jedi se terrent sur Endor, bien décidés à ne pas dévoiler leur présence à ceux qui leur sont hostiles et bien décidés à s'en tenir à leur but éternel : l'étude de la Force.

Jamais une ère de SWRPG n'aura été si indécise et pourtant, il y aura toujours quelqu'un pour bouleverser l’échiquier galactique. Comme ce fut le cas ces huit dernières années. Peut-être que tu seras cette personne, qui sait? Notre Galaxie t'attend !

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Star Wars RPG

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Inauguration du Musée de l'Espace Corellien

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  • Le ChroniqueurL Hors-ligne
    Le ChroniqueurL Hors-ligne
    Le Chroniqueur
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    #5

    Post n°5
    Auteur : Tericarax

    Sna’lsh demeura silencieuse jusqu’à ce que son interlocuteur ait achevé sa tirade. Elle jeta un regard vers le centre de la pièce. Les festivités battaient toujours leur plein à l’étage inférieur. L’élégant comité se livrait à de charmantes frivolités, sous les intonations d’une talentueuse chanteuse. La Twi’lek ramena ses iris bruns sur ce nouvel arrivant alien. Elle lui adressa un sourire des plus charmants.

    « - Votre détermination est absolument remarquable, monsieur Phocas. Et je vois qu’en outre vous êtes fort bien renseigné sur la situation de notre monde, grâce sans doute aux précieux conseils de madame Vaetta ici présente (son regard et son sourire se portèrent sur l’interpellée avant de revenir au Skakoan). Rares sont ceux qui osent critiquer la régence de l’ancien président Mufus. Vous semblez en connaître long sur la démocratie. Mais comprenez bien...Malgré tout le respect que j’ai à votre égard, et l’amitié que je nourris pour votre collègue ici présente, je ne peux pas simplement vous accorder ma confiance sur des paroles. La situation est grave, j’en conviens, cependant… »

    Son regard se porta sur l’astéroïde reconstitué au-dessus d’eux. Lawrence intervint alors :


    « - Sna’lsh, tu ne comprends pas, il faut que tu nous…- »

    La Twi’lek poursuivit dans sa tirade, interrompant son amie : son regard était fixé sur le gigantesque ver spatial.

    « - L’avarice de certains menace les joyaux les plus précieux de notre galaxie. Le peuple corellien ne s’est pas vraiment aperçu de ce qui se passait. Le contexte, la peur de la guerre des grands...Tout était approprié pour l’arrivée providentielle de Mufus. Quel est le réflexe le plus naturel quand l’on est paralysé par la terreur de l’inconnu, tétanisé par ce que réserve un futur apocalyptique où grondent les armées ? S’en remettre à ceux qui savent. Se laisser guider à travers la tempête, tenir par la main en fermant les yeux. Mufus était cette personne. Le peuple corellien a abandonné sa voix à ses mots. Le peuple corellien a renoncé à son libre arbitre pour son commandement. »

    Elle se tourna vers Asavar et commença à marcher vers lui, un pas après l’autre. Chaque pas en avant ponctuait une phrase, qu’elle lançait de sa voix devenue rude comme une grêle. Ses talons résonnaient sur le sol comme des marteaux.

    « - Et Mufus aurait pu exécuter chaque semaine des opposants. (Tac ! Firent ses talons)Et Mufus aurait pu faire disparaître ceux haussant la voix et supprimer leur famille. (Tac ! Firent ses talons) Et Mufus aurait pu pendre les corps de la plus haute tour de Coronet, à la vue de tous, pour en faire des exemples. (Tac ! Firent ses talons) Il aurait pu mater les contestations dans le sang, et Corellia sera devenue un joyau carmin, une gemme sanguine ! (Tac ! Firent ses talons) Le pouvoir, usurpé au peuple, usurpé à la planète, entre les mains entières et complètes de Mufus et de Fear, les deux présidents d’une démocratie factice et illusoire. (Tac ! Firent ses talons) Car Mufus, ancien général de l’hydre séparatiste, aurait eu tout le savoir-faire, toute l’expertise pour entasser les corps, bâtir un régime de cadavres ! (Tac ! Firent ses talons) Et sur les promontoires il aurait érigé une élite, son élite, ses amis et proches, qu’il aurait finalement égorgé dans sa propre paranoïa. »

    Tac ! Clamèrent ultimement ses talons. Elle était à présent quasiment au contact de Asavar. Quoi que bien plus petite en taille que le mastodonte en scaphandre, la Twi’lek avait une flamme brûlante au creux de ses iris, une émotion d’une telle vigueur que certains guerriers endurcis auraient eux-mêmes reculés. Elle était pareille à une tempête maintenue trop longtemps dans un espace restreint, une vague grondante prête à engloutir tout autour d’elle.


    « - Mais il ne l’a pas fait, dit-elle d’une voix radoucie. Son expression revint à nouveau vers son sourire compassé, comme si toute la tirade précédente n’avait jamais eu lieu. Les présidents Mufus et Fear ont été une providence, mais aussi un cas unique dans l’histoire de Corellia comme de la galaxie. Je ne peux qu’être d’accord avec vous, mon cher Phocas ; retenter l’expérience serait tenter la Force. Cependant, je ne puis pas vous accorder mon aide pour lutter face à Gaben. »

    Lawrence jeta un regard dépité à sa camarade. Ses yeux passèrent brièvement vers Asavar, mais elle demeura silencieuse. La Twi’lek fit quelques pas, revenant vers le balcon qui donnait sur le rez-de-chaussée. Son regard demeura quelques secondes plongé en bas.


    « - Peut-être devriez-vous demander à cette chère chanteuse sur scène après sa représentation ce qu’elle pense de Gabe. Si vous voulez réussir à le faire tomber, essayez d’écouter, autant que vous parlez. Ma chère Lawrence, ç’aura été charmant de te revoir, dit Sna’lsh, un grand sourire sur le visage. Elle fit la bise à son amie, puis dit : La prochaine fois que tu veux défendre la démocratie, essaie de ne pas arriver après la bataille, hm ? »

    Les yeux de Lawrence hésitèrent un instant, troublés. La Twi’lek à la peau de flamme, elle, effectua une révérence gracieuse à l’égard de Asavar, puis s’en fut vers l’étage inférieur. Elle se mêla alors à la foule et aux festivités. L’humaine, elle, resta pensive quelques instants après le départ de sa camarade. Sna’lsh Turuk avait en effet son caractère bien à elle. Dans quelle mesure avait-elle aidé le duo ? Telle était la question à laquelle Lawrence tentait actuellement de répondre. Au rythme dandinant de la viole basse et des notes déliées et gaies du synthétiseur Mood.

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    • Le ChroniqueurL Hors-ligne
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      #6

      Post n°6
      Auteur : Asavar Phocas

      Je me devais d’accorder une chose à cette Twi’lek : elle avait le sens du spectacle. Alternant déclamations à rallonge, gestes théâtraux et sous-entendus mystérieux, cette diablesse à la peau cramoisie avait presque réussi à semer le doute en moi. Presque. Je commençais à comprendre que l’univers tout entier souhaitait ne pas me rendre la tâche aisée. C’était comme si au fond de moi, je m’étais attendu à une telle réaction. Un sourire sans joie – voire légèrement irrité – était dissimulé derrière mon masque de métal. Du désespoir ? Certainement pas. Une fois de plus j’essuyais un revers, mais je n’étais pas près de l’accepter. Accepter la défaite… Le meilleur moyen de rester définitivement au fond du trou. J’encaissais sans broncher les mots de Sna’Ish Turuk et j’analysais d’ores et déjà la situation pour préparer ma prochaine manœuvre. Ne jamais accepter la défaite. Encaisser. Se renforcer. Se préparer. Mes revers m’avaient rendu plus fort. Désormais, il était temps de montrer que ce long apprentissage n’avait pas été vain.

      Plissant les yeux, j’écoutais attentivement chaque parole prononcée par la Twi’lek, et ce sans me laisser gagner par le même trouble que Vaetta. Je disséquais les mots dans mon esprit, cherchant attentivement toutes les significations pouvant éventuellement leur être attribuées. Turuk… Quel curieux jeu vous jouiez alors… Quelle bataille aviez-vous pu mener pour la démocratie ? Narben était-il déjà condamné ? Ou était-ce plus complexe encore ?


      J’échangeai un regard avec mon associée encore sous le choc avant de suivre la Twi’lek qui s’apprêtait à nous quitter. Je l’interpellai :

      - Vous nous quittez bien vite, madame Turuk. Êtes-vous donc si pressée de rejoindre vos courtisans ? Je ne peux pas croire que vous n’avez que des devinettes à nous proposer…

      Je la saisis délicatement par l’épaule avant de la dépasser, descendant quelques marches de l’escalier, tout en demeurant supérieur en taille. J’abaissai mon regard vers ses iris et demeurai silencieux quelques secondes, avant de reprendre d’une voix profonde et douce.

      - J’ignore ce que vous avez fait exactement, mais quelles que soient les manigances que vous estimez sage de nous cacher, nous serons amenés à nous revoir, madame. D’ici là… Profitez bien de cette soirée splendide. Mais surtout, gardez bien en mémoire notre rencontre. Certains combats sont trop importants pour être menés sans alliés.

      Quelques curieux observaient la scène avec de grands yeux. De quoi se mêlaient-ils, ces imbéciles ? Je fis finalement volte-face et me mêlai à nouveau à la foule des convives où je fus rejoint par Vaetta. Les idées fusaient dans mon esprit au rythme de la musique et j’observai de loin la chanteuse. Nombreux étaient les regards captivés par cette jeune femme. Son charme et sa voix enchanteresse semblaient en hypnotiser plus d’un. Mais ce n’était pas mon cas. Seules les paroles de la Twi’lek raisonnaient à mon esprit. Quant à la musique… Aucune importance. Turuk… Pourquoi avoir évoquée cette chanteuse ? Etait-ce une simple personne dans la masse corellienne ou bien savait-elle quelque chose en particulier ? Je m’adressai à Vaetta :

      - Patientons encore un peu avant de quitter les lieux, si vous le voulez bien. J’ai le présentiment que nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Pour ce qui est de Turuk… Si elle ne souhaite pas nous aider, qu’elle aille au diable. Qu’elle mène son propre combat si elle le désire. Avec ou sans elle, nous trouverons une solution. Je vous promets que je ne laisserai pas Narben porter le coup fatal à l’idéal de liberté que Corellia a toujours chéri.

      Je jetai un regard à la foule environnante. Hommes d’affaire, politiciens, célébrités locales… Tous discutaient avec un sourire niais sur les lèvres et semblaient oublier les problèmes de leur monde. Cependant, je doutais fort que l’alcool effacerait réellement la grave situation que traversait Corellia. Un opportuniste était en train de mener un coup d’Etat – car il aurait été difficile de nommer autrement cette plaisanterie – et personne à part un cercle extrêmement restreint ne semblait s’en soucier. Si peu de clairvoyance… Désespérant.

      - Mêlons-nous à la foule. Nous pourrions toujours trouver d’autres alliés qui se révéleront précieux à l’avenir.

      Je pensais notamment aux dirigeants de la CTC. L’entreprise était particulièrement fortunée et influente sur Corellia et je me dis qu’il serait bon de les avoir parmi mes soutiens à l’avenir.

      Je fis mine d’apprécier le spectacle musical au même titre que les autres convives. Lorsque la chanteuse sortit de scène, je me joignis au tonnerre d’applaudissements qui retentirent avant de me diriger vers la jeune femme. Pendant ce temps, l’orchestre poursuivait sa prestation. Je me hâtais afin d’éviter de me faire doubler par un dignitaire pompeux en quête de séduction… Leurs histoires de cœur attendraient bien quelques minutes. De toute manière, je doutais qu’elle fut intéressée par l’un d’entre eux. En lui épargnant la présence des soupirants, je lui rendais service en quelque sorte.


      - Mademoiselle ? Pardonnez-moi de vous importuner. Je me présente, Asavar Phocas, homme d’affaires retraité et récemment arrivé sur votre monde splendide.

      J’étais en réalité bien jeune pour être retraité… Mais qui aurait pu affirmer une telle chose avec certitude ? Mon scaphandre avait bien des utilités…

      - Je tenais à vous remercier pour cette formidable performance, repris-je avec un ton faussement enthousiaste. Il m’a rarement été donné d’assister à quelque chose d’aussi merveilleux.

      Encore un mensonge. Je me fichais éperdument de sa musique et je n’aurais certainement pas accordé la moindre importance à son existence si Turuk ne me l’avait pas indiquée. Peut-être perdais-je mon temps. Sans doute. Mais je tenais à satisfaire cette curiosité qui m’envahissait. Il me fallait absolument réunir les pièces du puzzle avant d’agir.

      - Je suis certain que mon vieil ami Gabe Narben aurait été tout aussi émerveillé que moi. Malheureusement, sa campagne le prive de ces soirées pourtant si agréables ! Dites-moi, mademoiselle… Je ne crois pas connaître votre nom, veuillez m’excuser… Que pensez-vous de Gabe ? Ne ferait-il pas un formidable chef d’Etat pour Corellia ?

      Je guettais attentivement sa réaction. Si elle n’avait rien à m’apprendre, il ne me resterait qu’à attendre… Attendre dans l’espoir qu’une jeune Twi’lek au tempérament d’adolescente avait pris les mesures nécessaires pour sauver Corellia… et servir mes desseins. A force de vouloir donner l’impression d’être soucieux et altruiste, j’avais presque fini par oublier mes motivations. Peut-être qu’après tout, en ayant Narben et moi-même comme candidats à sa présidence, Corellia serait amenée à choisir entre la peste et le choléra.
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        #7

        Post n°7
        Auteur : Tericarax

        Lawrence resta silencieuse à côté d’Asavar. Elle espérait que les façons de son associé n’avaient pas froissé Sna’lsh. Sous son charmant sourire, la Twi’lek était impitoyable avec ceux qu’elle estimait arrogants. Mais si elle avait conservé le silence et une expression fermée lorsque le Skakoan l’avait rappelée à l’ordre à sa façon, elle n’avait point montré d’hostilité ; tout espoir d’en faire une allié n’était donc pas encore évanoui – et il y avait également la bataille qu’elle avait mentionnée...Dans quel bras de fer avait-elle bien pu s’engager ?
        L’humaine chassa ces pensées de son esprit, tandis que son collègue d’un jour entamait la discussion avec la chanteuse – humaine elle aussi. Deux yeux verts brillaient avec douceur au milieu d’un visage à la peau pâle, trempée de sueur après l’effort du chant mené avec passion et talent. Sa chevelure blonde tombait en cascade sur ses épaules, soulignant la finesse de ses traits. Sous son œil droit, trois grains de beauté formaient un triangle curieux et discret qui conférait à l’artiste un air aristocrate. Avec un sourire, elle accueillit l’approche d’Asavar, le détaillant curieusement autant que la politesse le permettait – car les Skakoans étaient un rare spectacle, même sur Corellia – tout en saluant Lawrence d’un « bonsoir » lumineux mais las. Sans doute songeait-elle le duo comme deux fans séparés, car le cher sieur Phocas n’avait pas présenté sa collègue. Lawrence ne jugea pas bon de corriger ce léger mépris ; il valait mieux observer pour l’heure. La pièce, cette coulisse qui n’était rien de moins que la loge de la femme, était gardée par deux hommes de la milice, muets comme des tombes.

        Lorsque Asavar se présenta, la jeune femme était donc souriante, attendrie presque – sans doute d’avoir des admirateurs même parmi des espèces complètement alien. Les présentations et les compliments firent rire légèrement la femme, qui répondit par de brefs mais chaleureux remerciements. C’est alors qu’il mentionna Gabe Narben, commençant à parler de l’homme, de sa campagne, vantant son futur poste. Lawrence se tendit intérieurement, mais elle n’en souffla mot. L’instant était décisif, quoi que dangereux. Ce mensonge de la part de Asavar permettrait certainement d’apprendre l’avis de la jeune femme envers le personnage, pour peu qu’elle le connaisse, mais c’était au risque de lui faire une publicité involontaire. Mais Lawrence ne fut pas la seule à se crisper ; quoi qu’imperceptible à moins d’être soi même humain et particulièrement observateur (ou observatrice en l’occurrence), l’interprète s’était raidie. Son sourire manqua de défaillir, mais elle parvint à dissimuler son soudain trouble. Asavar avait-il engagé trop vite le sujet ? Cela était parfaitement possible. Après tout, il était passé de compliments polis et mondains à une soudaine discussion politique autour d’élections prochaines. Peut-être que la femme n’appréciait simplement pas la politique ou n’avait pas envie, un soir de fête, d’en discuter avec un étranger ? Peut-être aurait-il fallu entamer la discussion en mentionnant Sna’lsh à la place ? Non, la Twi’lek avait été claire : « demander à cette chère chanteuse sur scène après sa représentation ce qu’elle pense de Gabe »…


        « - Gabe Narben... » entama l’artiste. Son sourire avait disparu ; son regard s’abîma un instant dans une réflexion pensive et muette. On aurait pu songer qu’elle cherchait simplement à remettre un visage sur ce nom et à formuler correctement son avis auprès d’un vieil ami qui se serait probablement vexé d’un oubli ou aurait interprété une mauvaise formulation comme une insulte. Un des miliciens – un énorme Trandoshan - bougea vers Asavar ; blaster à la ceinture, il avala la distance jusqu’au Skakoan en quelques pas.

        « - Ce type te pose soucis, Selonia ? » réclama le personnage d’une voix bourrue. Le reptilien dominait le Phocas d’une demi-tête ; même pour son espèce, c’était un individu titanesque. Une grimace de mépris dévoila ses rangées de dents acérées. Lawrence frissonna mais demeura muette : elle ne pouvait pas lutter contre pareille brute...Rien qu’avec ses griffes il l’aurait taillée en pièces. Asavar était livré à lui-seul...Mais pouvait-il seulement faire le poids ? Il n’avait pas d’armes et encore moins l’air d’un guerrier. Peut-être son scaphandre cachait-il une arme, mais dans le cas contraire...

        « - N...Non non, Graktull, tout va bien, merci. » intervint soudainement la prénommée Selonia. Elle ne souriait plus, à vrai dire Lawrence aurait même jugé qu’elle semblait...Au bord des larmes ? Inspirant bruyamment, la jeune femme observa Asavar, puis son garde du corps.

        « - Tu peux fermer la porte ? J’aimerais discuter seule à seule avec monsieur. »

        Sur ces mots, Lawrence se trouva évincée de la discussion : le mastodonte d’écailles s’exécuta ni une ni deux, enfermant Selonia, Asavar et son visage crocodilien à l’abri des oreilles indiscrètes.




        Le visage de Selonia, doux et souriant, était à présent changé ; marqué par un mépris si virulent qu’il vous en mordait presque le visage, elle observait le Skakoan avec guère plus de considération qu’une vermine des forêts qui aurait rampé dans un placard et qu’on aurait découvert le matin, infestant les aliments. Mais des larmes coulaient sur ses joues ; elle tremblait de colère. Il était évident à présent qu'elle avait fermé la porte pour ne pas se donner en spectacle.


        « - Ce que je pense de votre cher Gabe Narben...Votre merveilleux ami... Narben est un fils de Sarlacc, un sale herpès Hutt. Un soir il est venu me voir, comme vous. Il m’a complimentée sur mes talents de chant, comme vous. Il s'est approché, je n'avais pas de gardes à l'époque...Et puis...Et puis... »

        Elle inspira douloureusement ; toujours les larmes coulaient sur son joli visage. Son garde demeurait silencieux, respectueux.


        « - Peut-être que je devrais demander à Graktull de vous tordre le cou, pour l’envoyer à Gabe comme vengeance ? Peut-être qu’il comprendrait mieux, puisque la justice ne sait pas faire son travail… ? Vous voulez mon avis, sur cette pourriture ? Je pense qu’il mérite de crever la bouche ouverte ! Piétiné par des dalgos dans un fossé et à pourrir au soleil… ! »

        Selonia se leva vers Asavar, continuant à déchaîner des années de traumatisme et de rage, livrant sur Asavar le procès que la justice n’avait jamais fait à Gabe Narben ; Graktull bougea, pour attraper avec douceur l’humaine – qui était minuscule face à lui – entre ses bras. Elle plongea dans le silence, frappant sur les muscles d’acier de son escorte. Ses poings furent les ultimes déferlements de sa rage.

        « - Partez. » siffla le lézard.




        La porte s’ouvrit enfin. Au grand soulagement de l’humaine, Asavar en sortit en un morceau. Derrière, on ferma la loge en refusant de nouvelles visites. Lawrence, cependant, accueillit le Skakoan, faussement calme :

        « - Ravie de voir que vous n’avez pas servi d’en-cas pour lézard. »

        Elle ne plaisantait en réalité qu’à moitié. L’idée de perdre son collègue au coup de sang d’un Trandoshan ne l’aurait guère enchantée. Restait à voir ce qu’avait appris son collègue. Elle n’avait guère entendu qu’un tumulte dans la loge, comme d’un vif conflit. Qu’avait-il bien pu se dire là-dedans ?

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          #8

          Post n°8
          Auteur : Asavar Phocas

          J’arrivais à peine à y croire… C’était… improbable. Impossible… Trop beau pour être vrai ! Lorsque je sortis de la cabine de la chanteuse dénommée Selonia, j’étais à peine conscient du monde qui m’entourait. Les pièces du puzzle s’assemblaient, je commençais à comprendre les insinuations de la Twi’lek et à apprécier le tableau dans son ensemble. Vaetta s’approcha de moi un sourire aux lèvres masquant visiblement son anxiété, mais je fis à peine attention à ce qu’elle me dit alors. J’entendais les mots, mais sans être capable d’en apprécier la substance, obnubilé que j’étais par ma nouvelle découverte. Mon cœur battait la chamade, tantôt à cause de l’excitation qui m’envahissait, tantôt suite à la panique qui m’avait saisie lorsque cette garce avait commencé à devenir un peu trop impétueuse. Elle ? Oh elle était bien frêle. C’était plutôt son sale lézard qui m’avait fait perdre mon sang froid (un comble !). Un monstre sans cœur ? Moi ? Oh, épargnez-moi vos tirades de pleurnichards et vos leçons de morale… Je vois la détresse de cette femme et je n’y vois qu’un outil pour servir mes intérêts, parce que c’est ainsi que les choses fonctionnent dans le milieu où j’ai évolué toute ma vie. Les sentiments sont superflus. Faites-vous à l’idée. Vous pensez sérieusement qu’on m’a laissé le temps de pleurer la mort de mon père ? Qu’on a compati à ma douleur ? Si c’est ce que vous croyez, alors vous êtes d’une naïveté désolante et je ne peux plus rien faire pour vous. Ce qui est arrivé à cette femme est une tragédie, mais ce qui est fait est fait. Ne vous attendez pas à ce que je verse une larme pour elle, je n’en ai ni le temps, ni l’envie. Il me revenait désormais de tirer le meilleur de cette situation.

          Gabe Narben, candidat à la présidence de Corellia et… délinquant sexuel. Je crois que le terme exact est violeur. Quel imbécile ! Espérait-il sérieusement accéder à la fonction exécutive, au poste le plus sacré de tout le système institutionnel de Corellia, en se comportant comme une bête ?! Méprisable… Les corelliens allaient adorer cette histoire ! Si vous me donniez deux jours et l’oreille des médias, j’aurais enterré la carrière politique et la réputation de ce sale petit prétentieux ! Gardons la tête froide, je m’emballe…

          Plusieurs options se présentaient à moi. Je triais toutes les possibilités dans mon esprit, éliminant celles qui me paraissaient les plus imprudentes ou irréalisables. Finalement, après quelques instants de réflexion qui me parurent durer une éternité, je pris une décision. Je savais désormais comment j’allais procéder.

          Je m’adressai enfin à ma partenaire.


          - Dites-moi, ma chère Lawrence, cela vous dérangerait-il si nous nous éloignions quelques instants de l’agitation ? J’ai à vous parler.

          Je l’emmenai loin du gratin corellien, fendant la foule d’individus en toges et en robes de soirée, dégustant des verres de whisky corelliens, des flûtes de vins importés d’Alderaan et des mets raffinés. Il fallait reconnaître que pour l’inauguration d’un musée, les festivités étaient somptueuses… L’homme d’affaires en moi ne put s’empêcher de calculer le coût absolument colossal d’une telle soirée.

          Nous arrivâmes finalement à un balcon donnant sur une superbe vue de Coronet. La nuit était désormais totalement tombée, et les millions de lumières dorées dégagées par les hautes tours de la mégapole semblaient être une multitude d’étoiles dont l’éclat tranchait avec le bleu abyssal du ciel nocturne. La scène aurait pu être d’un certain romantisme… si je n’étais pas un homme d’affaires Skakoan, totalement hermétique à l’ivresse des sentiments amoureux et que je n’étais pas venu ici en tant qu’agent conspirateur de la Confédération des Systèmes Indépendants pour mettre la main sur cette planète, son industrie et sa zone d’influence en vue de servir les intérêts du Consulat. Des détails…

          - Ma chère, dis-je en prenant un ton écœuré, j’ai bien peur que notre adversaire ne soit plus ignoble encore que ce que l’on pensait… Nous devons agir et vite.

          Je lui racontai tout ce que la cantatrice m’avait appris sur Narben. Cela ne me prit pas très longtemps. Je le fis en prenant un air suffisamment compatissant pour renvoyer une image positive, mais suffisamment détaché pour ne pas devenir caricatural et ne pas me perdre dans des larmoiements dégoulinants de bons sentiments.

          - Voilà… Vous savez tout désormais. Je commence à comprendre pourquoi votre amie semblait si confiante quant à l’issue de ces élections. Si cette information est bien utilisée, Narben peut être mis définitivement hors d’état de nuire, même sans réelle preuve. L’opinion publique suffira. Voici ce que je vous propose, Lawrence : pour l’heure, gardons cette information pour nous en partant du principe que Turuk la fera paraître au grand jour. Si ce n’est pas le cas, nous pourrons toujours nous servir de vos contacts pour glisser l’information aux médias et faire en sorte qu’elle paraisse. Pendant ce temps, nous devons nous projeter dans l’avenir et anticiper les élections. Une campagne coûte cher et demande des soutiens. Or, qui a plus de fonds et d’influence sur cette planète que ceux qui gèrent l’industrie faisant la réputation de ce monde à travers la galaxie et créant des milliers… que dis-je… des millions d’emplois pour le peuple corellien ?

          J’indiquais d’un signe de tête la foule des convives.

          - Il sera toujours temps de reprendre contact avec Turuk plus tard. Pour l’heure, saluons plutôt ces chers messieurs et éminentes dames de la CTC.
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            Post n°9
            Auteur : Blad Demeci

            Duchesse Kaloo du clan Axan
            PDG de la Corporation Technique Corellienne


            Être à la tête d'un empire industriel n'est jamais simple. Surtout lorsque l'on s'appelle Kaloo Axan, et que l'on est la plus haute représentante publique de son espèce. Kaloo avait été propulsée très vite en haut de la hiérarchie de son clan. Celui-ci était déjà très important au sein de la CTC historiquement, aujourd'hui la célèbre entreprise Corellienne était complètement passée sous son contrôle. La plupart des Axan étaient des esprits brillants à vrai dire, tantôt scientifiques, tantôt émissaires pour de grandes firmes. Corellia était un système qui devait d'ailleurs beaucoup aux Dralls, de façon globale. Si l'avènement de personnalités extra-Corelliennes, telles que Mufus et Jinn Fear, avait fait quelque peu oublier ce point, leur chute avait également permis à ces petits aliens touffus de reprendre du poil de la bête...

            Très instruite et charismatique, Kaloo avait donc tiré son épingle du jeu au sein de la CTC. A seulement 34 ans, elle se trouvait tout en haut d'une montagne hiérarchique vertigineuse. Elle représentait non seulement la puissance économique actuelle de Corellia, mais aussi son avenir. Assistée par bon nombre de personnes plus expérimentées qu'elle dans divers domaines, Kaloo se servait de chaque rencontre pour apprendre des choses. Son esprit, déjà incroyablement brillant, lui permettait d'assimiler presque immédiatement la moindre information. Ce qui rendait la Duchesse si redoutable pour ses adversaires, c'était également son éloquence et son sens de la répartie. Sans lesquels elle n'aurait jamais pu atteindre le poste de PDG aussi rapidement, soyons honnêtes.

            Beaucoup d'hommes d'affaire de la vieille école négligeaient la spontanéité, au profit de la préparation et de l'analyse plus "sage". Kaloo, elle, était tout simplement surdouée en la matière. En une fraction de seconde, elle était capable de formuler une réponse dévastatrice à son interlocuteur, tout à fait pertinente qui plus est. Un allié de choix, comme un ennemi cauchemardesque dans le monde des finances. Sa présence était ainsi profondément crainte par ses concurrents et rivaux. Kaloo prenait parfois même un malin plaisir à se présenter aux événements publiques, afin de rendre ses détracteurs présents relativement mal à l'aise, aux yeux de tous.

            Le cercle des affaires était proche de celui de la politique, évidemment, à Coronet comme ailleurs. La Duchesse Axan n'avait pas forcément envie de prétendre à l'ancienne place du Jawa Mufus. Cependant, elle comptait bien tout faire pour que Gabe Narben ne soit pas le prochain représentant de Corellia. Malheureusement, les dés semblaient pipés à l'avantage de cet humain avide de pouvoir, avec lequel Kaloo était constamment en désaccord depuis des années. Le candidat Narben prônait l'écrasement, l'essorage des individus jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus rien apporter au système, voir à lui-même. Une telle idéologie pourrait bien détruire définitivement le tissu social déjà fragile de Corellia. Les Dralls ne voulaient pas d'un tel monde en tout cas. Ils basaient leur propre civilisation sur des piliers bien plus sains et rassembleurs, comme la vérité, l'égalité ou encore la confiance...

            La sortie prévue ce soir-là, par l'équipe de la Duchesse, ne comportait qu'un infime espoir de voir germer un quelconque plan d'action en faveur des Dralls. Beaucoup de personnalités allaient se croiser, mais l'hypocrisie des uns et des autres aboutiraient certainement au statu quo, comme souvent. La présence de quelques journalistes, faussement discrets et impartiaux, n'arrangerait rien... C'est donc sans attente aucune que Kaloo se dirigea d'abord vers le buffet d'apéritifs une fois sur place. Son garde-du-corps humain, en costume chic pour l'occasion, poussa gentiment les quelques vautours qui empêchaient la petite Drall d'atteindre la table des petits fours. De son mètre cinquante, il était en effet difficile de percevoir la PDG au milieu de l'attroupement des aliens, tous aussi difformes les uns que les autres. Pourtant, une phrase émise retint l'attention de Kaloo, probablement prononcée à travers un masque respiratoire, d'après le tintement singulier de la dite voix perçue.

            "Pour l’heure, saluons plutôt ces chers messieurs et éminentes dames de la CTC."

            Cette même phrase fit se focaliser plusieurs regards sur la (petite) Grande Duchesse Drall. Ses quelques compagnons, simples assistants pour la plupart, affichèrent de beaux sourires hypocrites aux gens tout autour. Quant à Kaloo, elle se tourna seulement vers la personne qui l'avait remarquée de vive voix, et donc révélée à tous. Il s'agissait d'un Skakoan, de bonne prestance. La PDG du CTC s'approcha sans mot dire, refilant son verre de vin à son garde-du-corps en passant. Une fois arrivée à un mètre de l'extra-terrestre (le forçant à baisser la tête outrageusement, afin de continuer de la regarder), elle sourit enfin à son tour, puis déclara :

            "Bonsoir, monsieur. Je ne crois pas que nous nous connaissions déjà, les Skakoans se font rares sur Corellia..."

            La voix douce de la Drall apaisa les craintes des diverses personnalités présentes, qui guettaient sa réaction tout en faisant mine de reprendre leurs conversations vaseuses. Kaloo préférait rester discrète lors de ce genre d'événements plutôt mondains, d'habitude. Mais l'audace de ce Skakoan lui plaisait, à vrai dire elle tombait même bien. La Drall leva ses deux pattes en direction des mains d'Asavar, afin de le saluer selon les formalités de son peuple, tout en poursuivant :

            "Je suis Kaloo Axan, Grande Duchesse des Dralls. A qui ais-je l'honneur?"
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              Auteur : Asavar Phocas

              Une Drall. Evidemment... Malgré les longues heures passées à assimiler toutes les informations utiles concernant la vie publique et l'économie corellienne, j'avais failli omettre ce détail. Peut-être n'étais-je pas encore parvenu à accepter ce fait. J'avais toujours porté un intérêt relativement important aux affaires de la CTC. Après tout, le Techno-Syndicat détient une part non-négligeable des actions de la compagnie corellienne, même si ce fait tend à être oublié. Ainsi, pendant la majorité de ma carrière, c'était un humain qui avait été à la tête de la première entreprise corellienne. J'en venais à regretter le passé. Un humain aurait été préférable... Pourquoi fallait-il que la nouvelle dirigeante soit une Drall ? Dissimulant mon désarroi derrière mon masque, je m'inclinai respectueusement pour saluer mon interlocutrice. Pour qui me prenez-vous ? Evidemment que cela me répugnait ! Cependant, la situation exigeait de préserver les apparences. Plus que ma carrière, c'était ma vie que je jouais. Tant pis... Cela dit, elle semblait être une PDG compétente, d'après mes recherches.

              - Mes respects, Duchesse, dis-je sur un ton solennel. Permettez-moi de me présenter : Asavar Phocas, ancien homme d'affaires et philanthrope, à votre service. C'est un plaisir de faire votre connaissance. Par le passé, j'ai eu l'occasion de rencontrer votre prédécesseur, Yvanos Moreland, à l'occasion d'une rencontre entre lui et le Contremaître Bortan, du Techno-Syndicat.

              Je marquai une pause et soupirai.

              - Enfin, repris-je... Tout cela date d'avant la crise séparatiste et je n'étais qu'un jeune Skakoan, désireux de faire ses preuves. Le président Moreland était un honnête homme, doublé d'un brillant chef d'entreprise. On m'a dit que vous faisiez grand honneur à sa mémoire par votre habile gestion de la CTC.

              Lawrence posait problème. Je réalisai seulement que l'avoir dans mes pattes au cours des discussions serait un handicap... J'avais cerné les craintes de Vaetta, et lui avait promis ce qu'elle souhaitait entendre en conséquence. Cependant, mon discours serait légèrement amené à changer par la suite. Aussi préférais-je m'entretenir en privé avec la Drall pour tenter de m'attirer ses faveurs.

              Une fois l'échange de courtoisie passé, je pris donc la peine de temporiser. Patience était le maître mot. La soirée était encore longue, et j'aurais bien l'occasion de discuter avec ce satané rongeur. S'en suivit une conversation d'une vingtaine de minutes, marqué par des anecdotes auxquelles seuls les hommes d'affaires et les ingénieurs auraient trouvé un intérêt. Quelques rires éclataient de temps en temps. Parfois, entre deux argumentations et démonstrations très approfondies sur des sujets allant de l'économie à la technologie de l'hyperpropulsion, quelques histoires plus légères concernant des connaissances communes étaient évoquées. D'un point de vue extérieur, la scène aurait pu être interprétée comme étant des plus banales dans une soirée mondaine. Oui, une atmosphère cordiale se dégageait de l'ensemble, et je pris même la peine d'abandonner mon rôle habituel de machine froide et intimidante en riant de bon cœur. Du moins, c'est le masque que je m'efforçais de montrer, un masque sympathique inspirant la confiance. En réalité, chaque minute me rapprochait un peu plus d'une totale exaspération. Je guettais, cherchant désespérément une faille. Et finalement, j'en décelai une. Enfin ! Profitant d'une inattention de la part de Vaetta, absorbée par sa conversation avec un des membres du conseil d'administration de la CTC, je m'adressai à la présidente en personne.

              - J'ai bien peur de devoir m'isoler un instant, je suis fatigué et toute cette joyeuse foule me fait tourner la tête. Me feriez-vous l'honneur de vous entretenir avec moi ? Rassurez-vous, je ne serai pas long.

              Nous nous dirigeâmes ainsi vers un des balcons du musée, relativement peu éloigné des convives, mais suffisamment isolé pour discuter en toute tranquillité. J'entrai directement dans le vif du sujet.

              - Dites-moi, Madame, que pensez-vous de ce Gabe Narben ? Il a du charisme, il faut bien le reconnaître...

              Je m'arrêtai quelques instants, observant la réaction de la Duchesse avant de reprendre.

              - Néanmoins, le charisme ne se suffit pas à lui-même, et un bon dirigeant doit disposer d'autres qualités s'il compte diriger un monde aussi prestigieux que Corellia. Il affirme s'inscrire dans la continuité de ses prédécesseurs, mais si vous voulez mon avis, l'idéalisme de ce triste sire paraît bien factice !

              Je pris alors un ton plus inquiet, tentant de rendre évident le fait que je me faisais du souci pour Corellia. L'anxiété ? Fausse, bien évidemment. C'est bien là l'avantage d'être condamné à s'enfouir dans un scaphandre dès qu'on pose un pied hors de son monde natal : pas besoin d'être un grand acteur pour sembler sincère.

              - Le charisme, Madame, est une arme dangereuse quand elle est placée aux mains d'un individu mal intentionné, je ne vous apprends rien. Et pour moi, il ne fait aucun doute que Narben est un danger public. Cependant...

              Je repris alors un ton plus optimiste.

              - Si ma longue carrière m'a appris quelque chose, Madame, c'est qu'il ne faut jamais se résigner. Je ne crois pas en la fatalité, et lorsqu'aucune alternative ne semble voir le jour, il faut forcer le destin. Cela passe par du travail et de la détermination. Mais tout cela, vous ne l'ignorez pas, bien entendu, compte tenu de la position que vous occupez. Vous êtes une personne d'une grande intelligence, Madame, vous commencez certainement à comprendre où je veux en venir...

              Un lourd silence suivit. Bien que n'ayant duré que quelques secondes, il parut interminable. Oui. Evidemment qu'elle avait compris.

              - Eloignons-nous un peu du sujet, et prenons une approche plus globale, voulez-vous ? Comment résumer la situation de Corellia au sein de la géopolitique galactique actuellement ? Les tensions entre la République et la Confédération se font chaque jour plus intenses, et si la guerre froide n'est pas encore officielle, il est évident que l'un des deux régimes finira par dépasser les limites. Si un conflit galactique venait à éclater, le risque existerait pour les mondes indépendants de se faire emporter dans le chaos qui s'en suivrait. Soyons honnête, Madame : la situation de Corellia est délicate. Même un simple notable d'origine étrangère comme moi peut le comprendre d'un seul coup d'œil. Le système de défense mis en place par les présidents Fear et Mufus a beau être ce qu'il est, il ne fera pas long feu face à l'arsenal dont disposent les superpuissances. C'est une garantie en temps de paix, mais si une guerre totale venait effectivement à prendre forme, alors toutes les folies deviendraient imaginables et la défense corellienne ne pourrait encaisser le choc. Admettons-le, Corellia est dans une position délicate. Sa valeur stratégique la rend alléchante. Face à cette menace, une Corellia unifiée semble être la seule solution pour peser en ces temps de crise. La démagogie de Narben n'aidera en rien. Les présidents Mufus et Fear sont arrivés de nulle part et ont malgré tout posé des bases solides pour rendre ce travail possible. Ils ont compris la diversité propre à Corellia et ses valeurs de justice et tolérance. Leur souci de justice sociale n'est pas seulement intéressant sur le plan éthique, mais aussi sur la formation d'une solidarité corellienne qui nous sera précieuse. En temps de guerre, un collectif solide résiste mieux qu'un ensemble d'individualités dénuées de cohésion.

              Je m'appuyai sur le rebord du balcon, jetant un regard sur les lumières dorées des colonnes de speeders défilant dans la nuit noire.

              - Maintenant, qu'en est-il de votre position dans tout ça ? Ce travail social, cet esprit de groupe, nuisent probablement au pouvoir exercé par votre compagnie sur la vie publique. Croyez-moi, je comprends tout à fait que cela soit une source d'inquiétude. Néanmoins, il existe une solution à ce problème. Plutôt que de vous faire écraser par le pouvoir gouvernemental... Pourquoi ne l'intégreriez-vous pas ? Ce dont je vous parle, c'est bien plus qu'une oreille attentive des gouvernants. Il s'agit d'un siège, Madame, d'une fonction, pas d'un pouvoir d'influence officieux, mais d'une institutionnalisation de la CTC ! Dans une telle hypothèse, votre compagnie ne serait pas exclue du collectif, bien au contraire, elle intégrerait le processus de décision. Il serait catastrophique que la CTC soit exclue du processus décisionnel compte tenu de son poids économique et de son savoir-faire. Ce que je vous propose, Madame, c'est de faire partie des décisionnaires. Il va sans dire que vous garderiez tout contrôle sur la gestion de votre compagnie. Simplement, vous le feriez en tant que membre officiel des autorités corelliennes.

              A nouveau, je me retournai vers elle.

              - Ce que je vous propose, Duchesse, ce n'est pas une simple fantaisie. La guerre arrive et les enjeux qui l'accompagnent sont d'une importance capitale. Ce que je vous propose, Duchesse, c'est la survie.

              Je tendis la main à mon interlocutrice, attendant patiemment sa réaction, alors que les véhicules aux lueurs d'or continuaient de défiler sur le fond obscur de la nuit corellienne et qu'un éclat de rire des convives du gala se fit entendre au loin.

              - Duchesse Axan, je vous annonce officiellement ma candidature à la présidence de Corellia. Êtes-vous avec moi ?
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                Post n°11
                Auteur : Blad Demeci

                Asavar Phocas... Asavar Phocas... Ce nom résonnait dans l'esprit de Kaloo, à la recherche d'une concordance passée. Elle n'avait jamais rencontré personnellement ce Skakoan, mais ses souvenirs l'amenaient à le relier au Techno-Syndicat. La Drall avait sans doute entendu parler de lui par un haut représentant du groupe. Il fallait dire qu'elle côtoyait régulièrement le Techno-Syndicat lors des réunions du comité d'administration. Laissant Asavar poursuivre sa présentation, la Duchesse eu la confirmation de ses suppositions. Cet individu avait bel et bien déjà rencontré le gratin de la CTC par le passé, son réseau n'était donc pas des moindres.

                L'ancien représentant du Techno-Syndicat flatta sans attendre la dirigeante Drall. Comptait-il déjà la mettre dans sa poche? Très certainement! Si Kaloo avait été dans sa position, c'était aussi ce qu'elle aurait fait. Toutefois, la Duchesse n'était pas assurée que cette dernière phrase courtoise ne soit pas simplement du vent. La suite de cette conversation allait clairement déterminer le jugement de Kaloo vis-à-vis de son interlocuteur.

                Les discussions s'emballèrent alors autour de divers thèmes. L'espace, l'histoire, l'économie, les sciences, l'art même... Bref, tout ce qui pouvait être abordé dans ce genre de gala le fût. Évidemment, la Duchesse Axan brilla par ses connaissances, sa maîtrise de bien des sujets. Ce qui eu pour effet de dissiper, petit à petit, les parasites intéressés (et largués par les propos experts de la Drall) qui s'étaient agglutinés autour d'elle, et du Skakoan aux ambitions encore floues. Alors qu'il ne restait plus qu'une poignée de personnes assez instruites pour tenir la conversation, Asavar accéléra le processus subtil enclenché par la jeune Présidente de la CTC.

                "J'ai bien peur de devoir m'isoler un instant, je suis fatigué et toute cette joyeuse foule me fait tourner la tête. Me feriez-vous l'honneur de vous entretenir avec moi ? Rassurez-vous, je ne serai pas long."

                - Bien sûr Monsieur Phocas. Un bol d'air ne pourra pas me faire de mal non plus."

                Enfin à l'écart des vautours de l'élite Corellienne, Asavar se libéra et s'ouvrit à Kaloo. Son garde-du-corps était quant à lui le seul spectateur de la scène, caché derrière un pot de fleur pour assurer furtivement la sécurité de son employeur. Sa présence ne gênait pas la Duchesse, et visiblement l'éloquent Monsieur Phocas ne l'avait même pas remarqué. La petite créature aux yeux noirs s'approcha de la rambarde de la grande terrasse, rejoignant convenablement son interlocuteur d'un autre monde.

                "Dites-moi, Madame, que pensez-vous de ce Gabe Narben ? Il a du charisme, il faut bien le reconnaître...

                - Narben n'est pas un ami, pour autant il n'en est pas dénué de talents."

                Rétorqua, toujours avec cette douceur particulière, la femme d'affaire. Un fin sourire s'afficha sur son visage au pelage marron, brossé avec soin. Les yeux sombres de Kaloo brillaient à la lueur de la nuit, absorbés par le discours à venir du Skakoan. Et celui-ci fût riche en informations. Asavar Phocas n'était donc pas venu sur Corellia par hasard, comme s'en doutait la Présidente de la CTC. Plus encore, ses ambitions semblaient folles, à quelques jours seulement du passage aux urnes.

                Bien sûr, avant de révéler officiellement ses intentions, Asavar expliqua pourquoi il pensait que Gabe Narben était dangereux. Bien qu'il ne le connaisse pas vraiment, l'ancien dignitaire du TS avait comprit bien des choses sur Narben. Sans doute avait-il enquêté un peu, à son arrivée ici. Cet être au masque étrange n'était pas à prendre à la légère... Toutefois, Kaloo trouvait qu'il allait un peu vite en besogne.

                Sir Phocas développa son ressenti vis-à-vis de Corellia. Il avait conscience de certaines faiblesses de ce système, mais il commettait une erreur dans son analyse : Fear et Mufus n'étaient pas des hommes providentiels. L'un était un fantôme, marqué à jamais par le sceau des Sith, malgré sa volonté de casser les aprioris. L'autre était un dictateur brut, régulièrement emporté pour son goût de l'orgie et de l'extravagance. Ces deux là avaient fait de bonnes choses pour Corellia, oui, mais leur prise de pouvoir restait une entame à l'intégrité du système tout entier. Après avoir été souillée de la sorte, la démocratie risquait de mourir à tout jamais en ce coin de l'univers.

                L'opinion de Kaloo n'était évidemment pas celle de la majorité des membres du gratin Corellien. Tant que ceux-ci faisaient de bonnes affaires, ils étaient prêts à concéder n'importe quels caprices du vieux Jawa, aujourd'hui purement disparu de la circulation sans prévenir. Voir Narben se hisser en seul prétendant sérieux à une telle succession n'était donc pas du hasard. Les Corelliens avaient vendu leur âme au diable, le mal était installé au gouvernement aujourd'hui.

                Vinrent ensuite quelques interrogations du Skakoan. Il s'était dévoilé avant cela, chose que Kaloo appréciait. Ainsi, elle jouerait aussi sur le terrain de l'honnêteté. La Grande Duchesse préférait toujours instaurer un climat de confiance avec ses collaborateurs, de toutes façons. La question d'Asavar fût même complétée par une offre, démesurée aujourd'hui par rapport aux chances de ce dernier de parvenir à ses fins. Cependant, Kaloo comprit que cet individu était particulièrement déterminé, et qu'il avait conscience que, seul, il ne pourrait rien accomplir. Une intelligence d'esprit dont ne faisaient pas preuve les rêveurs et les beaux parleurs.

                "Vos craintes pour la guerre sont fondées, Monsieur Phocas. Cependant, Corellia a peut-être une autre carte à jouer, plus subtile, que la course à l'armement. De plus, vos certitudes sur la position de force du gouvernement, vis-à-vis de mon entreprise, sont un peu trop... Zélées."

                La Duchesse voulait faire germer une certaine réflexion dans l'esprit visiblement brillant du Skakoan. Un grand conflit entre les puissances majeures pourrait être une aubaine pour le système économique de Corellia. Bien entendu, il fallait effectivement développer des défenses suffisantes, ne serait-ce pour montrer que la nation était forte, mais pas au point d'en avoir réellement besoin. Rester neutre, tel un havre de paix en somme, permettrait à Corellia d'accueillir de grandes entreprises, des investisseurs qui cherchaient des actions sûres à acquérir. Qui attaquerait une "banque" aussi florissante? Quand on sait que la CSI, par exemple, est plus ou moins gouvernée par une oligarchie économique.

                "Votre proposition est intéressante, je dois bien l'avouer. Contribuer au façonnement mon pays est le devoir qu'il m'incombe. Je ne serais pas à la tête de la CTC si ce n'était pas le cas. Une entreprise peut tout à fait dépasser sa simple vocation capitaliste. Une entreprise peut tout changer. Elle peut rendre, au moins en partie, l'univers meilleur."

                La petite voix innocente de la Drall s'arrêta quelques secondes. Asavar devait bien comprendre ce qu'elle sous-entendait par là. Kaloo reprit ensuite, toujours sur le même ton rond :

                "Quand je vous écoute, j'entends des inquiétudes, puis une détermination plus ou moins paradoxale. Tout ceci résonne à la manière d'une mise en garde relativement habile. Mais, au fond, j'ignore ce que vous cherchez, Monsieur Phocas. Quelles sont vos raisons d'agir sur Corellia, pour Corellia? Éviter le fléau Narben est un prétexte, soyons honnête, afin de brandir le bien commun en guise de motivation. Vous, maintenant, quels sont vos intérêts ici?"

                La Duchesse posait une question pertinente au Skakoan. Comme elle l'avait expliqué pour Mufus et Fear, elle ne croyait absolument pas au concept de l'homme providentiel. La réponse d'Asavar allait donc déterminer du dénouement de cette entrevue, placée définitivement sous le sigle de l'avenir Corellien.

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                  Auteur : Asavar Phocas

                  J'aurais dû m'en douter... Encore une républicaine en puissance ! Décidément, la démocratie était une forme de régime tellement surévaluée... Qu'est-ce que la démocratie, si ce n'est la dictature de la majorité, le despotisme de la masse ? Quelle hypocrisie ! Le discours qu'elle tenait laissait penser que mon argumentation ne l'avait pas laissée indifférente, mais qu'elle demeurait néanmoins sceptique sur un certain nombre de points. Et, je devais bien l'admettre, à bien des égards, ses doutes étaient légitimes !

                  Je ne pus retenir un léger rire de surprise. Oh, je m'attendais bien sûr à ce qu'elle ne morde pas à l'hameçon aussi facilement. Si tel avait été le cas, elle aurait été particulièrement décevante. Cependant, elle avait su répondre avec justesse à mes interrogations alarmistes, il convenait donc de faire honneur à l'habileté de cette adversaire.


                  - Vous parlez en vraie dirigeante de la CTC, Duchesse. Et je perçois bien une divergence dans notre interprétation de la situation actuelle. C'est bien naturel. D'ailleurs, je vous prie de bien vouloir me pardonner pour mon petit excès de zèle. Vous comprendrez aisément l'urgence de la situation.

                  Derrière la Drall, le large balcon se prolongeait sur toute la longueur du colossal musée, son sol de marbre reflétant les éclats jaunes des lampes de cristal suspendus aux plafonds de la salle de gala.

                  - Marchons un peu, voulez-vous ? Cela nous fera le plus grand bien, et c'est une activité tout à fait propice à la réflexion.

                  Ma démarche était lente, ce qui permettait à la petite créature de me suivre sans difficulté. Du coin de l'œil, je vérifiai que Vaetta était toujours à l'intérieur du musée, plongée dans sa conversation. Puis, je repris alors sur un ton très calme.

                  - Pour que vous compreniez les motivations qui me poussent à entreprendre un projet pouvant paraître si fou, permettez-moi de faire usage de paraboles. Certes, je pourrais vous répondre que je ne suis là qu'en tant que philanthrope, désireux d'accomplir le bien commun au nom de la justice et de la morale ! Cependant, ce serait là une insulte à votre intelligence. J'ai grandi sur Skako, Madame, et je peux affirmer de par mon expérience sur ce monde que les chevaliers en armure étincelante n'existent pas, si ce n'est dans les contes de fée. Mufus a tiré profit de son pouvoir pour donner libre cours à sa légendaire... extravagance, et je ne suis pas là au nom de la défense des intérêts de la veuve et de l'orphelin. Tout le monde a des intérêts et des désirs cachés. C'est bien là ce qui nous caractérise en tant qu'êtres doués d'intelligence. Mais je m'égare, veuillez m'excuser...

                  Les minutes qui allaient suivre allaient s'avérer décisives. Tout était une question d'équilibre : je ne pouvais décemment pas jouer carte sur table, mais le masque de l'innocence et de la bonté aurait été un choix tout aussi absurde.

                  - Il y avait autrefois sur Skako un personnage atypique. Il était doté d'une ouverture et d'une bonté qui, je le confesse, sont rares au sein de l'univers impitoyable que représente cette planète surpeuplée et dominée par l'oligarchie. Son nom était Dent. Dent était un père de famille heureux et un homme d'affaires chanceux à la tête d'une entreprise prospère. Son épouse, décédée peu de temps après avoir enfanté, lui avait laissé la charge d'un fils introverti et rêveur. Dent ne désirait rien d'autre que le bonheur. Il chérissait son enfant et lui offrait tout ce dont un jeune garçon de son âge pouvait bien rêver, et cela lui suffisait bien. Il n'aspirait pas à de grandes choses et se contentait bien du succès de sa petite compagnie familiale. Je repris alors un air plus grave. Un jour, un de ses propres amis, un certain Vallas Wanbor... Ce nom vous est familier n'est-ce pas ? Il est le cerveau de la Baktoïd Combat Automata, une des principales filiales du Techno-Syndicat. Bref, ce Vallas Wanbor, pourtant proche de Dent, n'eut aucun scrupule à détruire Dent et son entreprise, l'assimilant sans le moindre scrupule à la mégacorporation qui plus tard cofonderait la Confédération des Systèmes Indépendants. Dent fut brisé de corps et d'esprit. Il ne tint pas le choc et mit fin à ses...

                  J'eus un instant d'hésitation. Soudainement, le doute m'assaillit et un sentiment de panique m'envahit. Je me retins à la rambarde, tentant tant bien que mal de dissimuler ma détresse. Des hurlements de rage et de désespoir résonnaient dans mon esprit, et je fus l'espace d'un instant assailli par la peur et la tristesse, sans parvenir à en comprendre la source. Je parvins finalement à me calmer. Avec un peu de chance, la Drall n'avait rien remarqué, mais j'en doutais fort.

                  - Dent ne survécut pas à cette épreuve, repris-je en retrouvant pendant quelques secondes la voix neutre de machine que j'employais généralement, comme si mon inconscient cherchait à dresser une barrière émotionnelle. C'est ainsi que l'univers de Dent disparut et qu'il laissa derrière lui un enfant sans repère que le Techno-Syndicat eut tôt fait d'intégrer à ses rangs, comme s'il n'était qu'un simple trophée. Le nom de cet enfant était Asavar, fils de Dent Phocas... Dent était un homme bon, Madame, mais, il était aussi d'une grande naïveté. Cela le conduisit à sa perte. Et me voilà donc sur Corellia, après une longue carrière placée sous le signe du profit et de la productivité au service des bourreaux de mon propre père. Vous dites qu'une entreprise peut dépasser sa simple fonction capitaliste. C'est une bien noble vision des choses, et je ne doute pas qu'elle soit vraie dans le cas de la CTC, mais vous auriez bien tort de croire que cette conception est partagée par tous. Certains hommes ne se sentent vivre qu'à travers la conquête et sont dominés avant tout par une faim et une avidité sans limites. Permettez-moi de faire un aparté et de revenir à la guerre que nous avions évoqué tout à l'heure, Duchesse. Je suis tout à fait d'accord avec vous lorsque vous affirmez que la course à l'armement n'est pas l'unique solution pour Corellia. Cependant, soyez certaine que c'est cette voie que choisiront les deux superpuissances, car désormais, l'une ne peut guère exister tant que l'autre demeure. La femme d'affaires que vous êtes perçoit une banque en Corellia, un allié précieux, et l'homme d'affaires que je suis ne peux que vous acquiescer sur ce point. Cependant, l'ingénieur de formation que je suis perçoit également un gigantesque potentiel industriel, inégalé dans les mondes indépendants, à part, bien entendu, par Kuat. Kuat est une poudrière, et les conflits sociaux internes de ce monde risquent fort d'être exacerbés par le conflit à venir.

                  J'ignorais alors qu'une révolution avait effectivement démarré sur le monde industriel.

                  - La neutralité de la planète s'en trouverait compromise, et il ne fait pas de doute que l'un des camps cherchera à tirer profit de cette situation pour s'accaparer l'industrie de la planète et de ses vassales. Quel sera alors le réflexe de l'autre camp pour rattraper son retard ? Corellia me semble être la cible idéale... Les chantiers sont en activité permanente et tout à fait équipés pour déverser un arsenal terrifiant et immédiatement opérationnel pour la guerre. De plus, Corellia bénéficie d'une position stratégique au sein des mondes du noyau et à l'intersection de certaines des routes commerciales les plus importantes de la galaxie. Quiconque contrôle Corellia contrôle le bon déroulement du commerce dans la région du noyau. Croyez-vous sérieusement que les deux camps ignoreront cet attrait et ne tenteront rien pour soumettre Corellia ? Allons, Madame ! Je vous en conjure, ne reproduisez pas les erreurs de mon défunt père. Le monde est trop fou pour croire que le compromis et la neutralité permettront éternellement d'y survivre... Vous ne prenez pas mes paroles au sérieux, je le lis dans vos yeux. Oh, je le comprends certainement, ce discours alarmiste peut paraître absurde et démesurément cynique... Cependant... Vous vous trompez lourdement en croyant que la République et la Confédération ne sont pas assez avides pour s'emparer de Corellia par la force... Et vous en avez la preuve devant vous.

                  Avait-t-elle saisi le sens de cette révélation ? Oui, bien sûr. Je jouais à un jeu risqué, mais lorsque toutes les solutions rationnelles sont écartées, il faut se résoudre à choisir la folie.

                  - Pensiez-vous sérieusement que la présence d'un Skakoan sur Corellia en ces temps de doute était une coïncidence, Madame ? Dans l'ombre, les superpuissances avancent d'ores et déjà leurs pions. Et Corellia sera l'un des nombreux champs de batailles de leurs luttes clandestines aux enjeux secrets. Faire tomber un régime ? C'est dans leurs cordes. Annexer un monde sans la moindre effusion de sang ? C'est dans leurs cordes. Enchaîner à nouveau Corellia ?... C'est dans leurs cordes. Croyez-moi, Madame, mieux que quiconque, je suis bien placé pour savoir à quel point ces Léviathans sont déterminés dans leur quête de domination. Ils m'ont pris ma famille, mon foyer et mon avenir, et désormais, je ne suis pour eux qu'un pion placé sur leur échiquier, docile et disposé à servir leurs intérêts. La coupe est pleine. Vous vouliez connaître mes motivations, Duchesse ? Eh bien c'est une affaire personnelle. Et il se trouve qu'à l'heure actuelle, mes intérêts personnels et ceux de Corellia convergent. Je ne suis pas un citoyen de Corellia, mais j'ai suffisamment de bonnes raisons pour m'opposer à ceux qui m'ont tout pris en entravant leur festin monstrueux. Ils n'auront pas Corellia, Madame. Je le jure sur mon honneur et sur la mémoire de mon père. J'ai voué ma vie à cette vengeance, patientant dans l'ombre, attendant que l'heure de frapper vienne, et désormais, je crois bien que cette heure est arrivée. Par la protection de la souveraineté et de la puissance corellienne, ma vengeance sera accomplie... Je ne suis pas un homme providentiel, Madame. Les chevaliers en armure étincelante n'existent pas. Je ne suis qu'un Skakoan qui n'a plus rien à perdre, déterminé à venger la mort de son père.

                  Mon pas lent cessa et je me retournai vers mon interlocutrice, désormais consciente de la gravité de la situation. Comment cela ? Evidemment que j'ai menti ! Mais le mensonge avait été plongé dans les flots de la vérité crue et insupportable et dissimulé au grand jour. Une partie de la vérité avait été exposée, mais son détail le plus essentiel était voué à demeurer ce qu'il avait toujours été : un secret d'Etat.

                  - Je suis bien conscient du choc que peuvent engendrer de telles révélations. Je ne m'attends donc pas à ce que vous fournissiez une réponse immédiate. Je vous ferai donc parvenir un moyen de me contacter dans les plus brefs délais. Néanmoins, hâtez-vous autant que possible. Il ne nous reste plus beaucoup de temps, avant que l'irréparable ne se produise. Souvenez-vous, Madame : je ne suis qu'un pion parmi des millions sur l'échiquier des Léviathans, et ils n'auront de cesse de vous assaillir encore et encore, jusqu'à ce que Corellia tombe sous le joug de l'un des deux monstres. Je suis curieux de savoir lequel des deux l'emporterait si Narben l'emportait. La République corrompue ou la Confédération avide ? Hmmm... J'espère que nous n'aurons jamais à le savoir.

                  Je m'inclinai respectueusement avant de rejoindre Lawrence, qui commençait sans doute à se douter que quelque chose se tramait.

                  - Passez une excellente soirée, Duchesse.


                  HRP : edit pour supprimer un passage incohérent concernant l'identité de Jinn Fear
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                    #13

                    Post n°13
                    Auteur : Blad Demeci

                    Cette fois-ci encore, Asavar avait grandit. Plus qu'un orateur ou un négociateur, ce soir il était devenu un leader. Un chef, capable de suivre à la fois son cœur comme son esprit, et de transmettre sa passion à ceux qui l'entendaient. Pendant que le Skakoan dévoilait l'origine même de son nom, Kaloo fermait discrètement les yeux, se concentrant sur cette voix singulière, abîmée et pure à la fois. Elle se délectait de ce moment profond, cet instant fragile où la vérité semblait apparaître d'un seul coup. La confiance de la Duchesse ne serait évidemment pas complètement acquise suite à cette seule entrevue, mais le sbire du Techno-Syndicat marquait assurément des points importants.

                    Les valeurs véhiculées par la dirigeante Axan se retrouvaient dans le discours de l'être au masque de fer. Cette fois-ci, il ne s'agissait pas de mots choisis au préalable, dédiés à faire plier la militante démocrate. Non, Asavar développait enfin ses propos avec une part de sincérité, spontanément comme son interlocutrice aimait tant le faire. Elle ne saurait vraiment dire pourquoi, mais les explications de l'extra-terrestre lui paraissaient authentiques. Sans doute, déjà, parce que les risques qu'il prenait étaient énormes. Laisser autant d'informations filtrer auprès d'une personne qu'il venait de rencontrer était un acte fou, révélateur d'une certaine détresse.

                    Kaloo était soit face à celui qu'elle mènerait au sommet, et qui le lui rendrait bien, soit face au plus grand escroc qu'elle eu l'honneur de rencontrer. Dans tous les cas, cela faisait d'Asavar son candidat idéal pour contrer Gabe Narben. Elle avait conscience du risque qu'elle prenait en aidant cet être singulier... Par conséquent, il lui fallait établir quelques vérifications au préalable. La Duchesse se tourna alors vers son garde-du-corps pour lui faire un signe de la main, que lui seul pouvait comprendre. L'homme disparu en quelques secondes du grand balcon, laissant Asavar conclure son monologue sans pression.

                    Le Skakoan souhaita enfin la bonne soirée à sa future collaboratrice acquise, celle-ci lui lançant donc, dans son dos :

                    "A demain, Sieur Phocas."

                    Demain, l'histoire de tout un monde sera bouleversée. Demain, le jour se lèvera de nouveau, mais cette fois-ci Asavar ne serait plus seul face à l'univers. Gabe Narben, lui, apprendra la nouvelle retentissante depuis sa tour infernale. Un adversaire lui sera présenté, et pas n'importe lequel : le seul capable de le contraindre à l'échec. Qu'il tremble, qu'il s'énerve, le destin d'Asavar était, de toutes façons, déjà écrit sur Corellia.

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