La Voleuse et l’Érudite [ActifEC ]
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Post n°1
Auteur : Senarastyle="font-family:Verdana, Arial, Helvetica, sansserif">-Je ne me serais jamais soucié de ce Walderein si je n'avais pas vu son nom dans les notes de ma mère concernant leur expédition actuelle.
Pendant que Lux parcourait le texte, Ada continuait toujours.
-Ma mère, voyez-vous, a tendance à voir le mal partout, alors que mon père ne le voit nulle part. Elle se renseigne toujours avant chacune de leurs expéditions... et pour une fois, il semblerait qu'elle ait eu raison...
Ada n'avait pas pu empêcher sa voix de trembler légèrement, et elle reprit un peu de vin pour calmer son trouble.
-Alors... si je ne me trompe pas, votre affaire et la disparition de mes parents sont probablement reliées. Je me suis dit qu'il valait mieux vous en parler... et que peut-être... vous pourriez m'aider... Nous sommes sans nouvelles de toute l'expédition depuis bientôt un mois... en fait, avec le temps que mettent les lettres à traverser l'Atlantique... ça fait déjà un mois...
J'ai... j'ai décidé d'aller sur place, pour essayer de... de trouver des réponses. Et peut-être que vous pourriez m'accompagner ? Je... je ne sais pas si j'aurais le courage d'affronter ça toute seule et... vous m'aviez dit que... que vous m'aideriez si...
En plus, ça pourra peut-être vous aider vous aussi dans votre recherche... quelle qu'elle soit...
Ada reprit une grande inspiration. Voilà qu'elle bafouillait et qu'elle implorait... alors qu'elle s'était promis de ne pas le faire...
Elle espérait en avoir dit assez pour convaincre la voleuse, mais pas trop non plus...
Elle ne savait vraiment plus à quel saint se vouer dans tout cet imbroglio. Et si elle était vraiment décidée à partir, son côté aventureux hérité de sa mère ne parvenait pas à faire taire la voix terrifiée qui lui soufflait que c'était une folie et qu'elle devait rester dans son petit confort parisien. Un côté peureux qu'elle avait hérité d'on ne sait qui...
Elle attendait donc la réponse de Lux avec inquiétude.
Scène 6 :
Lux, le verre à la main, écoutait patiemment les explications de la jeune femme. Et elle comprenait le trouble qui faisait trembler les lèvres et les mains de la belle Ada Brissac.
La voleuse avait parcouru et vu suffisamment de choses dans sa jeune vie pour savoir que les coïncidences n’existaient pas. Certes, elle aurait pu ne jamais entrer dans cette bibliothèque et Ada aurait pu choisir de ne pas l’aider, mais tôt ou tard, les deux femmes se seraient retrouvées dans le même bateau. Alors autant que cela soit maintenant.
Lux reposa son verre et se leva sous le regard inquisiteur de son hôte. Elle s’absenta quelques secondes dans la cuisine et revint avec pintade et couteau de cuisine (lequel arracha des yeux écarquillé à la rousse). Elle posa la dinde sur la table et commença à en couper un morceau.
-Mlle Brissac, avez-vous seulement idée de l’ampleur de cette affaire ?
Elle posa un morceau de blanc bien charnu dans l’assiette de la jeune femme.
-Même si je pense que vous en avez une petite idée, de part vos recherches et de part les travaux de votre mère. Laissez moi cependant vous faire les mises en garde de rigueur dans une telle histoire.
-ça veux dire non ?
Lux se servit et se rassit. Elle ne tint pas compte de la question d’Ada.
-Walderein est un monstre faisant partie d’une organisation constituée elle-même d’autres monstres et avec à sa tête un monstre encore plus monstrueux dont je ne connais malheureusement pas le nom. Il est dangereux et vous avez raison de vous inquiétez pour vos parents. Mais si vous avez pu remonter les informations aussi facilement, les hommes de Walderein le feront aussi. Et ils vaut mieux que vous ne soyez pas dans le coin quand ils viendront vous trouver.
Elle re-remplit le verre de la rousse ainsi que le sien. Une certaine angoisse se lisait dans les yeux de la bibliothécaire, elle commençait sans doute comprendre l’étendue du danger qui pesait sur elle et sur sa famille.
-L’Alchimie est à l’origine de vos problèmes, comme elle est à l’origine des miens. Walderein et moi avons une quête similaire, mais pour des fins différentes. Le cercle des Alchimistes dont fait partie Walderein est une entité très puissante parce qu’en avance sur les recherches concernant la transmutation, la vie éternelle et la pierre philosophale. Si Walderein est venu jusqu’ici, c’était apparemment pour un échange d’informations avec la franc-maçonnerie, probablement la loge du grand Orient. Mais je n’en suis pas sure.
Lux fit craquer ses doigts. Elle parlait, elle parlait et il ne fallait pas qu’elle perde le fil de son histoire et qu’elle diverge trop.
-J’ai volé les informations à Walderein pour deux raisons : progresser dans mes recherches à moi et leur mettre un sacré bâton dans les roues. Ils ne savent pas encore qui je suis. Enfin si, tout le monde sait qui je suis, mais personne ne sait où me trouver.
Elle but une gorgée.
-mis a part vous. Le problème avec les gens des bas fonds, c’est que même si ils sont dévoués à leur cause, je doute que de voir leurs enfants mourir leur fasse plaisir. Ils sauront que vous êtes venue me trouver. Ils remonteront à nous.
Elle leva la main.
-Pas de regard désolé. Vous avez bien fait de venir me chercher.
-ça veut dire oui ?
-ça veut dire oui. J’accepte de vous aider dans cette mission, d’embarquer avec vous pour retrouver vos parents. Mais, mes conditions sont les suivantes : toute information, artefact ou quoique ce soit concernant l’Alchimie ou ses environs m’appartient. Vous sauvez vos parents, moi je trouve mes réponses. Et tout le monde est content. Par contre, je vous laisse gérer les clauses de ce voyage. Le où, le comment et le pourquoi. Pour les financements, en cas de problème, je peux vous filer un coup de main à la manière que vous connaissez déjà.
La voleuse fit un clin d’œil à la rousse.
-Ah oui, et rassurez vous. Pour les voyages, en théorie, personne ne sait à quoi je ressemble.
Elle tendit la main vers la bibliothécaire
- Conclu ?
Le cerveau de Lux fonctionnait à grande vitesse. Il s’emballait, elle voyait la clé au loin mais dès qu’elle tendait la main pour la saisir, celle-ci s’échappait pour revenir se poster juste devant son nez. Insupportable. Cette histoire était finalement une échappatoire des plus intéressantes et sans doute son seul moyen de pouvoir se saisir de cette clé qui lui apporterait la récompense qu’elle cherchait depuis si longtemps. Et puis, si elle pouvait damer le pion à tout ces charlatans en toge, elle n’allait pas se gêner.
Cette affaire avec Walderein allait sans doute mettre les bas fonds à feu et à sang. Partir était un bon moyen de protéger tous le monde.
Scène 7 :
Ada cachait comme elle pouvait le choc qu'elle venait de subir en découvrant l'ampleur de l'affaire.
Elle avait écouté Lux sans même songer à manger la dinde (qui avait pourtant l'air délicieuse) dans son assiette.
Elle tenait toujours son verre de vin. Mais sa main s'était peu à peu crispée dessus.
Oh Père, Maman, dans quelle histoire vous êtes-vous encore lancés ?... et moi donc, qui vais partir à votre recherche... L'alchimie, la pierre philosophale... Je me demande si père était au courant... tout ce qui l'intéresse lui, ce sont les plantes... Je ne veux pas qu'il lui soit arrivé malheur ! Et Maman... Maman sait elle... je suis sure qu'elle aurait su tout ce que me dit Lux... Et qu'elle saurait quoi faire aussi...
Quand Lux annonça qu'elle l'aiderait, Ada compris à son soulagement, qu'elle n'était vraiment pas prête pour une telle aventure. Mais parfois, on n'a pas le choix. Ou plutôt, les choix qu'on a font qu'on n'a pas vraiment le choix.
Euh... je crois que je m'embrouille...
Lux continuait à parler, et Ada l'écoutait, malgré cette partie de son esprit accaparée par ses petits soucis personnels.
Elle ne voyait pas de problème à s'occuper des modalités de l'expédition. Pour l'argent, elle avait des économies qui devraient suffire... un seul point la gênait vraiment.
Mais avant qu'elle ait eu le temps de formuler le problème, Lux lui tendait la main.
-Conclu ?
Ada contempla un instant la main tendue, un seul des indices qui prouvaient que Lux et elle ne venait pas du même milieu. Un doux sourire étira lentement ses lèvres. De toute façon, sa décision était prise depuis longtemps. Elle reposa son verre, plaça sa main dans celle de la voleuse et répondit sobrement :
-Conclu.
Et sans un mot elle se mit à manger le repas préparé par la voleuse, comme si de rien était, comme si elle prenait ce genre de décision, dans ce genre de circonstances, tous les jours ou presque. Comme si elle n'était pas morte de peur au fond d'elle-même. S'il y a bien une chose qu'Ada avait appris avec les années, c'était à cacher ses émotions.
Au bout de quelques temps, elle reprit la parole, sa voix ne trahissant rien de son trouble intérieur.
-J'ai déjà étudié la question du voyage, je pense que tout sera prêt dans huit jours, pour le départ du Zeppelin « Madère » de l'aérodrome du Bourget. Ce zeppelin dessert Bordeaux, Madrid et Lisbonne. De Lisbonne, des bateaux partent pour l'Amérique du Sud, et certains font escale à Cayenne. C'est le moyen le plus rapide pour rejoindre la Guyane, de là, nous prendrons contact avec le correspondant local de l'expédition et nous organiserons les recherches dans la jungle.
Je réserverai deux cabines sur le zeppelin et deux sur un bateau... je crois que le Tatinic fera l'affaire. Mais... euh... sous quel nom voyagerez-vous ?
Et j'ai une autre question, je vois à peu près comment organiser le voyage... mais je n'ai aucune idée du matériel... spécifique dont nous pourrions avoir besoin... Nous faudra-t-il des... des armes ? Ou autre chose de particulier ?
Avec les réponses de Lux, le repas toucha à sa fin. La voleuse semblait vouloir partir, et la bibliothécaire, elle, commençait à avoir du mal à retenir ses bâillements. Elle crut discerner une lueur moqueuse dans le regard de Lux quand celle-ci prit congé.
-Au revoir, mademoiselle Phallone, nous nous retrouverons donc dans une semaine à bord du « Madère ». Il est peut-être préférable que nous évitions de reprendre contact avant d'être en vol...
Ada eut un petit rire moqueur.
-Je ne sais vraiment pas ce qu'il convient de faire dans une affaire comme la nôtre... Peut-être ai-je l'air excessivement romanesque ?
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Huit jours plus tard, Ada Brissac embarquait à bord du Madère, sur lequel elle avait fait discrètement réserver deux cabines. Elle ne chercha pas à savoir si sa nouvelle « collaboratrice » était déjà à bord ou pas, elle alla aussitôt s'enfermer dans la cabine qui lui était dévolue. Elle n'avait pas chômé pendant cette semaine. Elle avait posé sa démission devant un monsieur Folio ébahi, elle avait retiré une grosse somme d'argent de son compte, s'était occupé des réservations, et avait envoyé un câble à monsieur D'Orchamp, le fameux correspondant à Cayenne, pour le prévenir de son arrivée prochaine. Le câble lui-même n'arriverait sans doute que quelques jours avant elles, mais ça n'avait pas beaucoup d'importance.
Il lui avait semblé remarquer à quelques reprises des individus qui la surveillait. Là encore, elle était incapable de dire si c'était bien le cas ou si c'était son imagination qui s'emballait.
Elle entreprit de refaire pour la troisième fois (au moins) l'inventaire de ses bagages en attendant le décollage. Celui-ci ne tarda pas, et la jeune femme se sentit infiniment soulagée de quitter cette capitale qui l'oppressait depuis que toute cette histoire avait commencé.
Enfin, elle allait faire quelque chose pour retrouver ses parents. Et cette idée suffisait à lui faire oublier toutes ses peurs à l'idée de se lancer dans une aventure en pleine jungle contre une dangereuse organisation. Elle qui n'avait jamais rien affronter de pire qu'une promenade au milieu des vaches dans les petites montagnes périgourdines.
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Post n°2
Auteur : Alesan JeaixScène 8 :
Il devait être près de 10 heures passées quand la bibliothécaire finit de lui expliquer son plan pour rejoindre la Guyane.
L’idée était bonne et Lux n’avait jamais encore eut l’occasion de mettre les pieds à bord d’un Zeppelin, l’idée l’enchantait grandement d’ailleurs.La jeune femme rousse souleva son esprit romanesque pour ce voyage. Cela fit sourire la voleuse. Oui, pour un voyage de cette envergure autant le prendre de la façon la plus romanesque possible, ça leur épargnera du stress et de l’inquiétude inutile.
-Pour mon nom de voyage, donner le mien. Personne ne sait à quoi je ressemble et les homonymes ça existe. Et puis personne ne se douterait qu’une voleuse à la réputation aussi flamboyante se montrerait comme ça, en plein jour et sous son vrai nom. Surtout quand elle se trouve à bord d’un appareil dont elle ne peut pas s’échapper…enfin presque.
Elle insista sur les deux derniers mots en étirant son sourire. Oui, même à 10000 pieds d’altitude, personne ne pouvait attraper Lux Phallon, elle se l’était jurée. Bon, peut être que face à la mort, elle hésiterait, mais elle n’était jamais arrivée dans une situation où un destin funeste s’avérer être la seule alternative d’évasion. La chance…ou le talent !
-En ce qui concerne le matériel. Je m’en occupe. Je ne pense pas que vous ayez moyen de vous procurer des armes ou des pièges. Cela dit, si vous en avez des familiales qui passeront inaperçue et qui éviterons que les gens ne se posent trop de question sur vos récents achats, prenez-les et cachez les biens. Que ce soit sur vous ou dans vos valises.
Lux finit son verre et le reposa délicatement.
-Bon, dans 8 jours au Bourget dans le Madère c’est bien cela ?
Ada acquiesça. Lux se releva récupérant sa longue veste sombre et s’enfonça son feutre sur la tête.-Tachez de ne pas vous mettre dans des situations sinistres d’ici là.
Elle lui fit un signe de la main et sortit par où elle était entrée : la porte d’entrée. La concierge dormait déjà apparemment, tant mieux.
La nuit, les rues de Paris se ressemblent toutes. La pierre et le métal s’allie enfin pour ne donner qu’une unique et imposante masse sombre dominant les rues. Seules les populations changent. Des filles de joies, des trafiquants, des restaurateurs, des bourgeois flâneur et des nobles finissant tard leurs réunions. Un couple s’avançait tranquillement vers elle. Feutre baissé toujours, elle les salua, ils lui rendirent son salut et le mari ne se sentit même pas délesté de sa montre à gousset.
S’en était presque trop facile. Il fallait qu’elle change d’air. Ce voyage tombait à pic.
Elle tourna à un croisement puis à un autre. Elle ne réfléchissait même plus tant elle connaissait cette ville par cœur, en souterrain comme en extérieur. Elle se retrouva dans une impasse avec une unique porte en bois qu’elle poussa. La porte menait à l’arrière d’un restaurant, fermé à cette heure, mais dans la cave se trouvait une trappe qui était une entrée pour les bas fonds. Évidemment, personne, mis a part certaines personnes des bas fonds ne le savait. Pour vivre heureux, vivons caché.Elle s’engouffra dans le chemin que dévoilait la trappe et la referma soigneusement. Une fois dans les dédales puants, elle se mit à siffloter en arrivant jusqu’à chez elle.
Personne n’était entré pour fouiner dans ses affaires. Lux en fut soulagée. Elle avait énormément avancé ces derniers temps et le livre de Walderein allait sans doute lui dévoiler encore de nombreuses clés.Elle fixa les pentacles sur les murs. Si elle partait, il fallait qu’elle s’en débarrasse. Personne ne devait savoir jusqu’où elle était arrivée. Lux posa son chapeau sur la table et se défit de son manteau. Elle se posa devant ses graffitis en se grattant le menton. Elle avait une idée. Nul doute que les hommes de Walderein finiraient par trouver sa cachette. Certes, avant qu’ils y parviennent, cela prendrait au moins deux semaines, le temps d’identifier les entrées des bas fonds et de marchander sa tête suffisamment chère.
Elle partait dans 8 jours. Cela lui laissait le temps de fausser ses recherches, de les détruire, et de… un sourire s’étira. On toqua à la porte. Lux leva un sourcil, il était tard pourtant .
-Qui est-ce ?
La porte s’ouvrit sur Jason qui la regardait en plissant des yeux.
-mais ça va pas de rentrer aussi tard quand la moitié de la ville est à tes trousses !
-la moitié seulement ? Je suis déçue…
-Non sans rire Lux. Le mec que t’as volé est apparemment un grand conservateur de musée et il veut à tout prix qu’on retrouve la bible antique que tu lui a dérobé.
-Il n’est pas conservateur et ce n’est pas une bible antique.
Jason secoua la tête.
-J’avait deviné. Mais y’a des sales bruits qui courent en ce moment…
Lux se retourna et le fixa avec interrogation, l’invitant à poursuivre.
-Ils ont fais une mise à prix et à mon avis, toutes les personnes qui t’en veulent vont se joindre à eux pour te faire la peau.
Un rire échappa à Lux.
-Et ça te fait rire ?
-Oh oui. C’est exactement ce que je veux Jason.
Elle se retourna vers lui, le regard déterminé.
-Je m’en vais bientôt gamin. Et il est hors de question qu’il vous arrive quoi que ce soit aux enfants et à toi.
Jason lâcha un cri de stupéfaction.
-Lux
-Jason, je m’en vais. Tu l’as dit toi-même, ça devient trop dangereux. Je vais faire ce que je peux pour vous sauver la mise mais je vais avoir besoin de ton aide.
Les bras du garçon se relâchèrent autour de son corps. Son visage se décomposa légèrement. Il savait que ça arriverait un jour ou l’autre. Mais il valait mieux qu’elle parte comme ça que les pieds devant. Au moins, un jour, elle reviendrait sans doute. Il releva ses orbites humides vers ceux de la voleuse. Attendant ses indications, comme il l’avait toujours fait.
-Apportes moi des sacs, et des torches. Demain, on fera courir le bruit de l’emplacement de ma cachette du côté du gang de Marty. Comme ça….Jason sourit.
-Quand ton Walder machin débarquera, il tombera sur eux et
-Que le meilleur gagne !
C’était un piège grossier. Tellement gros et tellement prévisible qu’il était évident que les coupes jarrets du gang de Marty et Marty lui-même tomberait dedans et viendraient s’établir ici. Et bien évidemment, les enfants indiqueraient aussi cette planque à Walderein. Un beau bain de sang en prévision.
Jason partit chercher les sacs et Lux, craies en mains, s’occupa de fausser tous ces graffitis. Puis torche à la main, elle calcina et carbonisa les murs, détruisant toutes ces recherches. Peut importe, tout était dans sa tête, ou dans son sac. Si Walderein réussit à lire au travers du charbon, il n’y trouverait qu’erreur et faux semblant. Dommage pour lui.Jason revint avec un énorme sac.
-Je présume que tu vas passer chez Alfonse avant ?
-Oui, faut que je récupère deux trois trucs pour la route.
-Je peux rien savoir ?
-Jason. Il vaut mieux que tu planques et que tu oublies tout ça. Tes chances de survies n’en seront que plus grandes. Ce ne sont pas de tendre et si jamais ils te trouvent, je m’en voudrais d’avoir croisé ta route.
Elle glissa dans son sac des affaires de rechanges, sa trousse de toilette, un autre chapeau et son matériel de vol/crochetage. Ses notes et le fameux livre se trouvait dans un second sac, plus petit qu’elle pouvait porter autour de la taille. Rien de tel contre les voleurs !Elle prit une dernière fois Jason dans ses mains. Et c’est les yeux humide qu’il lui dit adieu tandis qu’elle se dirigeait vers la cahuttes du dit Alfonse.Alfonse, ou Alfonso pour les euphoriques étaient un ancien vendeur d’arme débarqué des pays du nords, contrairement à ce que laissait croire son prénom. L’aube se levait lentement sur Paris lorsque Lux vint toquer à sa porte. Derrière son Judas, l’homme reconnu sans peine le feutre noir et débloqua la porte.
-Je me demandais quand tu allais passer Lux…
-les nouvelles vont vite apparemment.
-la police est venue me voir. Ils te cherchent.
-Et tu as dit ?
- d’aller faire un tour dans les égouts. Les rats s’y cachent, alors pourquoi pas toi.
Lux rit à cette remarque. Depuis qu’ils s’étaient croisés, Al comparait souvent la voleuse à un rat. Nuisible, insaisissable et faisant faire des cauchemars à plus d’un.
-Je te met le sac habituel ?
-Non, cette fois ça sera spéciale.
Elle sortit un papier de sa poche et lui tendit. Il l’ouvrit avec précautions.
-Oula, tu pars en expéditions dans la jungle ou quoi ?
-Pas loin.
-Oh…..Il va me falloir un peu de temps pour te rassembler ça. J’ai les fusils de chasse, les pistolets, la machette, les couteaux, mais pour les pièges à loup et les gros cordages, il va me falloir …2 jours je pense pour te les trouver.
-Très bien.
-Et cela va te couter chère évidemment.
-ça me coute toujours chère chez toi.
-Oui mais moins chère qu’ailleurs !
-c’est pour ça que je suis là… Mets-moi la somme sur un papier. Je vais aller piller un ou deux appartement sur les champs. Tu auras l’argent dans deux jours.
-C’est toujours bon de faire affaire avec quelqu’un d’aussi droit que toi Lux !
Il s’inclina devant la voleuse qui ressortit, son sac sur l’épaule. D’un pas léger et tranquille, Lux se redirigea vers l’immeuble ou logeait Ada. Elle avait repéré un appartement de vide. La concierge, qui parlait beaucoup trop, lui avait révélé que les habitants, un couple franco-hispanique charmant, étaient partit en Espagne pour rendre visite à la famille de la maitresse de maison. C’était une planque parfaite qui lui permettrait de garder un œil sur Ada en même temps. La concierge n’était pas là, et c’est très délicatement qu’elle gravit les étages pour se rendre à l’appartement. Elle crocheta la serrure sans un bruit et entra.
L’appartement était bien plus richement décoré que celui des parents de Mlle Brissac. La voleuse se frotta la main. L’attente n’allait pas être difficile ici.Son escapade sur les champs Elysées lui permit de rassembler les 20000 sous pour payer Alfonse. Son équipement était désormais complet et c’est donc armée comme une chasseresse qu’elle se présenta devant le Madère. Ada l’avait précédée, vu qu’elle avait suivit la jeune rousse.Un instant, Lux se figea. Elle s’inquiétait pour Jason. Mais elle le savait débrouillard…
Elle s’avança vers le contrôleur. Elle lui tendit ses papiers : « Lux Phallon. Conservatoire des sciences naturelles et botaniques ».Il la regarda, elle lui fit un grand sourire. Il lui tendit les papiers.
-Vous avez un nom célèbre !
-Hélas pas comme le voudrais une scientifique comme moi.
-Hélas Madame. Je vous souhaite un agréable voyage à bord du Madère !
Lux récupéra son papier. Décidément, elle pouvait griffonner n’importe quoi dessus, cela marchait à tous les coups ! Elle récupéra le numéro de sa cabine et s’y enferma. Vidant son sac sur le lit. Elle recensa toutes les affaires sur elle. Les armes d’Alfonse étaient certes de bonne qualité mais en général, il valait mieux les nettoyer, les graisser et les recharger avant de les utiliser. Elle l’avait constaté plus d’une fois à ses dépends. Mais bon, elle avait tout le voyage en Zeppelin pour le faire.
Lux venait de se réveiller quand on leur annonça le débarquement. Elle se saisit alors de son sac, de son manteau et de son feutre et s’élança dans le couloir, cherchant du regard la tignasse rousse qu’il lui servirait d’acolyte pour leur aventure.
Elle était plus loin, devant elle, observant les panneaux d’indications qui indiquaient le port. Ah oui, le Tatinic… Lux fronça les sourcils. Elle ne savait pas pourquoi mais ce bateau ne l’inspirait pas spécialement…
Ada s’avançait vers le port. La jeune femme semblait être sur ses gardes. Lux eut une soudaine envie de lui faire une farce. Elle s’approcha derrière elle, et la vit se tendre lentement, puis elle posa une main sur son épaule et lui fit un « bou » !
Ada sursauta. Lux rit.
-Ah ah ah ! Vous auriez vu votre tête, c’était grandiose !
Autour d’elles les gens s’étaient arrêtés sous la surprise, puis constatant la blague, ils avaient tous repris leur route. Lux se rapprocha d’Ada.-Je ne sais pas où vous l’avez trouvé ce bateau mais personnellement, il m’inspire pas. Je sais pas. Ca doit venir de son nom.~~~~~~Marty se frottait les mains. Lux avait donc bel et bien disparut. Il priait pour que la catin soit tombée dans la seine mais intérieurement, il était déçu. Il aurait aimé pouvoir la jeter dedans, les mains attachés et les pieds lestés de plombs. Mais Dieu à dit « contente toi de ce que tu as ! ».Bien enfoncé dans le fauteuil de la voleuse, les pieds croisés sur son bureau, le brigand regardait ses hommes fouiller la pièce à la recherche du coffre où la jeune femme cachait son butin. Mais Lux avait déjà tout dépensé ou tout redistribué et c’était peine perdue que de chercher quoi que ce soit de valeur dans son taudis.
A la surface, les hommes de Walderein interrogeait tous les sans abris de Paris, faisant sonner une bourse pleine d’argent devant eux. D’ici quelques jours, ils finiraient bien par en trouver un qui leur donnerait une vraie indication….
Walderein lui-même n’avait pas pris par aux opérations de recherches, ou en fait si. Mais de façon plus légale. Assis sur un confortable fauteuil du commissariat de la Mairie de Paris, il attendait que l’officier chargeait de l’enquête se montre enfin.
Le commissaire Laverne lui avait confirmé la venue de deux officiers, les meilleurs, pour cette enquête. Et en effet, ils avaient réunis une équipe des plus improbables. Walderein écarquilla des yeux. Devant lui, une connaissance à lui, M. Jean Wolf. Il avait déjà collaboré ensemble une fois, dans des années obscures, pour faire disparaitre quelques personnes encombrantes. Walderein se frotta les mains intérieurement. Si c’était Wolf qui s’occupait de cette affaire, cela facilitait grandement les choses. Mais Laverne fit vite redescendre l’enthousiasme du vieil homme.
-…et voici M. Richard De Morgan. Il s’occupera avec M. Wolf de cette enquête.
Walderein lança un regard dubitatif au commissaire. Ce De Morgan était beaucoup trop jeune pour cette affaire, sans doute venait-il de sortir à peine de l’école.
-M. De Morgan est sortie Major de sa promotion. Et il fait partit de nos meilleurs éléments en ce qui concerne la traque de fugitif. C’est à lui que l’on doit l’arrestation du fou de Belleville.
Brun, de taille moyenne et à la musculature élancée, le jeune homme semblait ne rien connaitre de la vie. Son visage respirait l’innocence et la fraicheur, ses prunelles étaient cependant emprunte d’une dureté et d’une maturité rare chez les gens de son âge. Il ne lui donnait pas plus de 25 ans.
Richard tendit sa main vers Walderein. L’allemand lui serra chaleureusement, reprenant son rôle de conservateur choquée et outrée d’un pareil vol. Wolf le regarda et sortit un carnet.
-Si vous le permettez, Herr Walderein. De Morgan et moi aimerions à nouveau entendre votre déposition. Vous pourriez avoir oublié un ou deux détails pendant votre premier interrogatoire…
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Post n°3
Auteur : SenaraEntracte : Entre Europe et Amazonie.
Le voyage en zeppelin s'était déroulé sans anicroche. Ada n'avait pas quitté sa cabine pendant les dix heures que durait le vol. Ce n'était pas la première fois qu'elle voyageait à bord d'un de ces engins volant. Mais la dernière avait été marquée par la mort « tragique » de son mari. Et Ada préférait éviter de remuer certains souvenirs douloureux. De plus il y avait toujours le risque que quelqu'un l'ait suivie jusque là. Elle retrouverait Lux à Lisbonne, elle ne s'inquiétait pas pour la voleuse.
Pour la suite du voyage par contre... le bateau, la longue traversée de l'Atlantique, tout pouvait arriver pendant ce temps-là...
Quand enfin les deux jeunes femmes arriveraient à destination, il se serait passé pas loin de trois moi depuis la disparition de ses parents.
Quelles chances de les retrouver vivants ? Ada refusait d'y penser.
Lorsque le monstre volant atterrit enfin dans la capitale lusitanienne, Ada laissa descendre le flot des passagers avant de poser pied à terre à son tour.
Elle fut assaillie par une vague de chaleur.
Elle cherchait Lux, et essayait de repérer d'éventuels suiveurs par la même occasion. En vain dans les deux cas. Et puis elle eut la sensation d'une présence derrière elle, avant de pouvoir réagir une main se posa sur son épaule et un « bouh » résonna à son oreille.
Son sursaut fit rire Lux. Et après un instant, Ada mêla son rire au sien.
Et puis Lux lui fit part de ses doutes quant au bateau. Ada haussa les épaules. Celui-là ou un autre, ça n'avait aucune importance.
Et puis... si jamais quelqu'un avait réussi à suivre leur trace, changer de bateau au dernier moment permettrait sans doute de les semer.
-Qu'est-ce que vous voulez ? En prendre un autre ? Vous avez une suggestion ?
-A vrai dire... oui. J'ai consulté le registre des bateaux au port. Le Queen Sea part pour Rio de Janeiro dans quatre heures. À Rio, nous pourrons prendre l'Albatros qui nous conduira jusqu'à Cayenne. Nous pourrons y arriver trois jours avant le Tatinic.
-Ah ?... Et bien... oui, pourquoi pas... Il est à quai ? Bon, alors nous ferions mieux d'y aller tout de suite.
Sitôt dit, sitôt fait, elle reprirent leur route vers le port. Mais pas vers le Tatinic. Le Queen Sea était amarré à l'autre bout des docks.
Ada laissa Lux négocier avec le patron du cargo pour leur passage à toutes les deux. À sa grande surprise, la voleuse tira un porte-feuille de sa poche pour payer le capitaine. Ada soupçonna aussitôt que le porte-feuille n'était pas le sien, mais elle s'abstint de tout commentaire.
Les deux jeunes femmes embarquèrent aussitôt pendant qu'on faisait discrètement chercher leur maigre bagage. Elles allaient devoir partager la même cabine pendant les 25 jours de traversée. Le capitaine avait été intransigeant là-dessus. Il n'avait pas d'autre cabine à « gaspiller ».
Pour un peu, elles auraient pu manquer ce bateau. Leurs bagages étaient à bord depuis moins d'une heure quand la sirène du gigantesque cargo retentit dans le port. Et les turbines actionnées à la vapeur vrombirent. La secousse qui ébranla le Sea queen se fit ressentir jusque dans la cabine ou Ada et Lux avaient été confinées.
-Ce voyage risque d'être long... Vous avez une idée pour occuper nos journées d'ici Rio ?
Le petit sourire de Lux fit penser à Ada qu'elle aurait mieux fait de ne pas poser cette question.
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Vingt jours plus tard, le Sea queen atteignait Rio. Lux et Ada n'eurent pas le temps de faire du tourisme, l'Albatros quittait la ville dans la nuit. Elles changèrent de navire et repartirent, direction Cayenne. La petite ville qui servait de capitale à la Guyane française fut atteinte six jours plus tard. Un léger retard sur le calendrier dû à une tempête au large des côtes sud américaines.
Lisbonne avait été une ville chaude et sèche. À Rio, la chaleur était tempérée par un vent frais venu de la mer. Ici, c'était une étuve, l'humidité ambiante ne rendait la chaleur que plus étouffante.
Ada regretta aussitôt sa bibliothèque où il faisait toujours à peu près la même température.
Et dire qu'il va falloir aller dans la jungle, ça sera encore pire...
La « ville » en elle-même n'avait rien d'enthousiasmant. Des baraques en bois, quelques-unes en pierre. La plupart récentes. Les constructions plus anciennes montraient des signes de délabrement inquiétants. Sans doute dus au climat.
Le tout regroupé autour d'une place qui abritait l'église coloniale typique, les bureaux administratifs typiques aussi, et quelques bâtiments plus cossus, dont le comptoir de la compagnie où travaillait monsieur d'Orchamp qu'Ada avait contacté avant son départ. Le dernier à avoir eu des nouvelles de l'expédition et de ses parents.
Ada appréhendait un peu la façon dont il allait la recevoir. Mais il était trop tard pour reculer.
Elle laissa Lux confier leurs affaires à un petit garçon à la peau brune. La voleuse semblait avoir un don avec les enfants. Que ce soit dans les bas fond parisiens ou ici, ils accouraient pour l'aider. Ada réussi à sourire à ce petit métis qui leur proposait de les guider dans la ville.
Suivie de Lux, Ada poussa la porte du comptoir de l'entrepôt de la compagnie et s'adressa à l'homme derrière le comptoir.
-Monsieur d'Orchamp, je suis Ada Brissac, j'espère que vous avez reçu ma lettre. -
Post n°4
Auteur : Alesan JeaixScène 8,5
A son arrivée, la voleuse avait laissé trainer ses yeux sur le registres contenant le nom, les horaires et les destinations de tous les bateaux du port de Lisbonne mais aussi ses mains dans les poches de la veste du responsable du port qui lui lançait des œillades plus qu'insistante. Mais le charme français avait un prix, et l'homme s'en rendrait probablement compte durant la prochaine heure. La voleuse ouvrit négligemment le porte feuille, une grosse somme s'y trouvait. Sans doute le fruit des innombrables pot de vin qu'il devait toucher pour fermer les yeux sur les choses pas tres net qui se déroulait dans son port. Mais au final cela faisait bien l'affaire de la voleuse.
Elle avait trouvé un bateau qui pourrait leur permettre de rejoindre leur point de rendez vous, avec moins de confort certes, mais avec plus de discrétion et moins de temps.
Ada semblait stressée mais plutôt réceptive à l'humour débile de sa partenaire de galère. Cela rassura Lux, au moins ce n'était pas une de ces hystériques de nature que la voleuse avait envie d'égorger tant leurs cris lui faisait mal aux oreilles.
D'ailleurs Ada semblait plus ou moins du même avis que la voleuse : le Tatinic ne lui semblait pas d'une fiabilité grandiose. Et même si le bateau était réputé comme insubmersible, la voleuse n'avait que peu confiance dans la vantardise des armateurs. Lux fit donc part de sa recherche à la rouquine qui valida son idée.
Le Queen Sea était un immense bateau cargo, symbole de la toute puissance du colonialisme portugais. Produit de luxe, fruit exotique, esclaves, le capitaine de Cargo ne semblait pas très regardant sur sa marchandises mais plutôt sur le prix à payer pour la traversée.
Le portugais de Lux était un peu rouillé mais quand il s'agissait d'argent, tous les hommes de la Terre arrivaient toujours à se comprendre.
-5000.
-3000.
-4500, você é dois.
-3500, mas em uma única cabina!
-4000...você come com a equipe...
Lux ouvrit son portefeuille et sortit la somme. 1000 de gagné, c'était déjà ça. Au pire, elle irait lui refaire les poches à la descente du bateau.
-Bon, on à le droit aux repas avec l'équipage, mais on partagera la même cabine. Le capitaine ne veut pas "gaspiller" sa place, et si vous voulez mon avis, il vaut mieux qu'on reste groupées.
Ada ne dit rien, son visage bougea lentement de haut en bas. Elle avait les yeux rivée sur l'immense cargo. Lux se rappela qu' Ada n'était pas souvent sortit de chez elle et que ce n'est pas à Paris qu'elle aurait pu voir ce genre de transports. Cela dit, c'était aussi son cas à elle mais pourtant, ce bateau lui donnait un air de "deja vu". Une immense arche de Noe dans laquelle elles allaient se réfugier du sort qui pesait sur leurs épaules. A moins que ça ne soit la barque de Charon qui les emmènes tout droit en Enfer.
Le Capitaine leur souhaita la bienvenue sur le Queen Sea et fit charger leurs bagages. Un mousse les emmena jusqu'a leur cabine, laissant les clés et leurs bagages. La cabine était une économie de place :4 lits superposés, deux à droite et deux à gauche et une petite 'salle de bain ' constitué d'un simple lavabo et d'un miroir. Les douches et toilettes se trouvaient à deux portes dans le couloir. Pour 25 jours, cela suffirait.
Ada s'assit sur l'un de lit et Lux glissa sa valise sur celui d'en face. Une violente secousse les secoua, le Queen See venait de larguer les amarres. Tant mieux, plus vite partie, plus vite arrivée. La bibliothécaire soupira légèrement.
-Ce voyage risque d'être long... Vous avez une idée pour occuper nos journées d'ici Rio ?
Lux réfléchie une fraction de seconde. Des idées, oui elle en avait et plein. Les yeux d'Ada prirent une lueur désespérée, elle s'attendait probablement au pire.
-Nous sommes sur un bateau de marchandises en pleine mer et peuplés d'hommes.
Ada écarquilla de grands yeux.
-Non, rassurez vous... Je ne pensais pas à ça. Mais plutôt à un petit entrainement à l'escamotage . Vue leurs intelligences, même vous devriez être capable de vous en sortir. Ensuite, plus sérieusement, je pense qu'il va falloir que nous établissions un plan pour retrouver vos parents et aussi quelques... plans de secours.
Lux prit finalement son sac et le glissa sur le lit au dessus du siens. Mieux valait éviter que quelqu'un fouille dedans.
-Dans les bas fonds, nous avions des mots de codes qui nous permettait de nous prévenir les uns et les autres quand des ennuis arrivaiant. A partir de la, nous déroulions un plan de survie qui permettait à chacun de ne pas se faire prendre.Ce n'est pas que je sois inquiète, mais si vos parents on disparut de façon non naturelle, je pense qu'il va falloir élaborer ce genre de technique.
-Que suggérez vous?
-Vous savez tirer à l'arme à feu?
-euh, oui, j'ai appris. Je vise même plutôt bien.
-Je présume que vous n'avez jamais tué personne?
La réponse tarda à venir. La voleuse se retourna et fixa sa nouvelle amie.
-Si?
-non.
Le visage d'Ada s'était refermé. Lux leva un sourcil, Ada était une piètre menteuse pour un oeil exercé. Mais elle semblait têtue et déterminée et ce n'était pas aujourd'hui que la brune obtiendrait des informations sur ce mystère, ou pas de cette manière alors. Tout en se promettant de revenir la dessus plus tard, Lux poursuivit.
-En général, en cas d'ennuis, la meilleure des solutions, c'est la diversion.
-la diversion.
En guise de démonstration, Lux prit un air horrifié et pointa du doigts un points derrière Ada.
-regardez la! c'est affreux!
Ada se retourna en sursaut et ne voyant rien, elle fixa la voleuse avec une mine dépitée.
-Je suis tombée dans le piège n'est ce pas?
-Oui et vous avez perdue votre montre.
Lux déroula au bout de son doigt la montre à gousset de la bibliothécaire et la lui lança. Ada la remit dans sa poche, comprenant l’intérêt de la manœuvre.
-Ne vous inquiétez pas. On a presque un mois pour s'entrainer.
Lux se gratta le menton.
-Ah oui, autre chose. En cas de très gros problème, les coups de feu sont des bon moyens de signalement. Mais gardez en tête que si moi je peux vous localiser, les autres aussi...
Ada acquiesça, son entrainement allez commencer.
Durant la première semaine. Les jeunes femme visitèrent le cargo, Lux apprenant l'art de se fondre dans le décors à la bibliothécaire. Curieusement, celle-ci y parvenait avec une certaine facilité. Sans doute parce qu'elle devait avoir l'habitude de disparaitre entre les étagères de sa librairie.
Les deux semaines qui suivirent furent un peu plus difficile. Le vol n'était pas une chose facile et si parfois on pouvait en tirer une certaines satisfactions, des questions d'ordre morale et des problèmes de consciences venaient en général hanter la rouquine. La voleuse se dit que si déjà, elle arrivait à voler une pomme sans se faire prendre, sa survie était assurée.
Finalement, le trajet passa vite. L'air de l'océan était assez épuisant et elles passaient beaucoup de temps à récupérer. Parfois, Lux entrainait Ada jouer aux cartes avec les marins histoire de la décoincer un peu, mais la jeune rousse semblait relativement peu à l'aise avec le genre rustre marin.
Lorsqu'elles posèrent le pieds à Rio, la température était loin des moyennes parisiennes. il faisait chaud et humide et le moindre mouvement faisait rapidement transpirer. Mais elles étaient pressées : il fallait qu'elle réussissent à attraper 'l'albatros' et à disparaitre du champ de vision du capitaine de Cargo avant qu'il réalise qu'il manquait un certains nombre de vivre dans les cuisines, et des sous dans sa caisse.
Le voyage vers Cayenne était plus court. Tant mieux, le bateau, Lux commençait à en avoir un peu marre. Le stess interne d'Ada semblait avoir augmenté d'un cran. La voleuse la questionna alors sur son plan à elle pour retrouver ses parents.
Elle lui re expliqua ce qu'elle lui avait déja dit à leur "repas d'affaire", elle avait pris contact avec M. d'Orchamp, le dernier à avoir eut trace de ses parents et à partir de là, elles tenteraient sans doute de rejoindre leur dernier campement qui se trouvait probablement au plus profond de la jungle.
-Super, j'ai toujours rêvé d'adopter un serpent.
Aussi étrange que cela puisse paraitre, l'état de Lux était d'une neutralité assez déroutante. Entre l’excitation de trouver la pierre, la crainte que le fou de Walderein retourne les bas fonds, tuent tous le monde et se lance à sa poursuite, le flot d'émotion créait une certaine indifférence dans l'intérieur de la voleuse. Tant mieux, dans ce genre de situation, il fallait mieux garder la tête froide.
-Vous savez chasser?
-mis à part les livres, les auteurs et les araignées, non.
-Moi non plus.
Ada ne sembla pas rassurée par sa déclaration. Lux s'empressa d'ajouter.
-Mais j'apprends vite.
Acte 2, scène 1 : Cayenne
Le climat de Cayenne était chaud humide et lourd. La tempête qui les avait retardées était annonciatrice de la période des moussons, période où le taux d'humidité dépasserait sans doute les 95%. A bien y regarder, cette aventure pouvait parfois prendre des airs de vacances.
Les gamins tournait autour d'elles. Lux en interpella un, maigre et métissé et lui glissa une pièce en Or dans la main, indiquant ses bagages encore sur le potons. Elle lui glissa le nom d'Orchamp et le petit homme parut comprendre leur direction. Il se saisit des bagages et les invita à les suivre. Quelques minutes après, elles se trouvaient de l'autre côté de la ville en construction.
Le comptoir était face à eux. Ada prit un air décida et entra, Lux n'eut d'autre choix que la suivre, le gamin posa les bagages et attendit.
-Monsieur d'Orchamp, je suis Ada Brissac, j'espère que vous avez reçu ma lettre.
L'homme en question mis quelques instants avant de lever la tête de la feuille sur lequel il semblait s'acharner depuis plusieurs heures. La cinquantaine, le haut du crâne se dégarnissant légèrement à la façon tonsure, il réajusta ses lunettes dans un grognement, dévisageant Ada d'une façon inquiétante. Son visage se radoucit soudainement.
-Mlle Brissac, c'est fou comme vous ressemblez à votre mère! Je suis ravis de vous rencontrez...Oui, j'ai reçu votre lettre...une bien sale affaire n'est ce pas?
Ada lui serra la main qu'il lui tendait , le regard inquisiteur. les paroles de l'homme n'était pas pour la rassurer.
-Mais si vous le voulez bien, allons dans mon bureau pour discuter, vous serez plus à l'aise.
Il lui indiqua un escalier en bois et l'invita à le suivre. Lux était toujours sur ces talons, d'Orchamp la fixa.
-Et vous êtes?
-Lux Phallon, une amie de Mlle Brissac et ses parents.
D'Orchamp agita la tête nerveusement.
-Oui ..oui, une bien sale histoire!
Lux regarda Ada. Elle haussa les épaules. Le soleil de Cayenne ne semblait pas faire que du bien.
Le bureau d'Orchamp était dans le pure style colonial. Bureau en bois, commode en bois, chaises en bois, le tout gravé et sculpté de motifs feuillus et animals. Une grande fenêtre donnait une vue complète sur la place centrale de Cayenne, on y distinguait aussi le port. Il les invita à s'asseoir et commença à parler tout en fouillant dans son placard.
-Ma chère Ada, les nouvelles que j'ai sont...en fait très étranges.
Il sortit un dossier, assez fournit.
-Votre mère m’envoyait régulièrement des nouvelles. pas porteurs interposés. Pour me faire part de ses découverte et des avancées avec votre père. Je me suis porté comme Mécène de leur expédition.
Il tendit le contrat à Ada. En effet, d'Orchamp avait financé leur expédition, se gardant le droit d'exploiter pour le commerce leurs découvertes botaniques intéressantes.
-Et?
-Plus de nouvelles.
-Ce n'est pas un problème liés au porteur?
-Non n'avons plus de trace du porteur non plus.
Ada se prit la tête entre ses deux mains, massant ses tempes.
-Un enlèvement...ils ont été enlevés....
-Nous n'avons reçu aucune demande de rançon Ada. Quand on enlève quelqu'un, en général, c'est pour obtenir quelques chose en retour. Mais là...
-Vous êtes allez voir à leurs derniers campements?
Orchamp tortilla ses doigts.
-Je n'ai pas d'homme à ... mettre pour cette expédition.
Ada baissa la tête et serra les poings. Lux leva à nouveau un sourcil. Ainsi Ada Brissac pouvait ressentir la colère.
-J'irai.
Et cette colère lui faisait faire des choses insensées. Lux soupira intérieurement, qu'aurait-elle fait à sa place? Ada avait raison, les seules à pouvoir résoudre ce mystère, ce sont elles.
D'Orchamp s'étouffa.
-Mais Ada, c'est dangereux... vous pourriez....
Lux vit les lèvres d'Ada se tordre lentement. Il fallait qu'elle calme la situation.
-Vous auriez un guide à nos proposer pour nous emmener au dernier campement des Brissac?
Orchamp la regarda les yeux paniqués.
-J'ai de l'argent. Beaucoup.
-Je ...je... oui.... euh...
Il griffonna un nom sur un papier et le tendit à Ada.
-Un ...le fils d'un ami...une tête brulée...il acceptera si vous lui dite que c'est pour moi...
%%%%%%%%%
3 cadavres jonchaient le sol sale des bas fonds de Paris, comme une démarcation, une mise en garde "si vous allez plus loin, vous serez abattu". Les hommes de Walderein n'en savait rien, ils serviraient d'avertissement pour les suivants.
Marty fronçait les sourcils. Il avait l'impression de s'être fait avoir en beauté. Cette voleuse lui en faisait voir de vertes et des pas mures, même disparue.
Un souris mauvais sourire naquis sur ses lèvres. Le mioche, il fallait qu'il retrouve le mioche et qu'il le fasse parler ..et souffrir. Phallon et sa bande paieraient pour leurs entourloupes, foi de Marty!
Wolf tapotait ses doigts sur le rebords de son bureau. De Morgan et lui avaient enfin des retours de leurs indicateurs. Durant la seconde déposition de Walderein, Wolf avait levé un soupçon concernant une personne inoffensive. La bibliothécaire mlle Ada Brissac ,dont le rapport indiquait une récente démission et qui restait introuvable.
De Morgan avait soulevé un autre détail: cette femme ne pouvait pas être la voleuse. Elle n'avait pas pu avoir le temps de ce changer et puis au niveau description physique, cela ne collait pas.
En effet, après quelques heures de réflexion sur l'identité du voleur, il s'était avéré qu'une seule personne était capable d'un coup pareil. Lux Phallon. Le mythe, la légende. si beaucoup de personne doutait de son existence réelle, la police elle, en avait la certitude.
C'était la seule et unique personne qui disparaissait dans les ombres parisiennes une fois ses forfaits finit et qui restait à jamais introuvable. Ni reconnaissable. Le seul point sur lequel s'accordait les gens était le fait que ce soit une femme. Après le reste...les descriptions physique changeaient selon les fantasmes des uns et des autres.
-Bien...
Wolf se redressa vers le tableau où toutes les données était inscrites.
-Et le lien entre les deux femmes?
De Morgan regarda les dossiers. Il ne voyait pas comment Brissac avait pu tomber sur Phallon...
-Rien.
-Pas de complicité...un enlèvement peut être alors....
-Phallon ne donne pas la dedans. Je ne pense pas.
-Hmmm, Mlle Brissac est peut être moins innocente que prévue. Après tout, je trouve normal qu'une bibliothécaire puisse trouver de l’intérêt à voler une pièce rare comme celle de Walderein.
-Elle aurait engagée Phallon pour le lui voler. Ça ce tient, en tant que veuve, il est vrai que mlle Brissac aurait sans doutes l'argent pour payer pareil forfait.
-Mais le tout est de savoir où elles sont allées. Ou sont les parents de Mlle Brissac?
-Au dernière nouvelle, Guyane. Un bon prétexte de fuite.
DeMorgan attrapa les registres de l'ensemble des départs de Paris le plus rapide. Il y'avait le train, la voiture et le zepelin. La voiture serait une idée. Le train pas assez discret et le zeppelin...
-Dites moi Wolf, qu'elles sont les ports où l'on peut trouver des départs pour le nouveau continent?
Jean ce gratta la tête.
-Londres, Lisbonne et sans doute le Havre. Lançons des avis de recherches pour ces deux femmes. Mettez la photo de Brissac.
DeMorgan hocha la tête et appela un officier à qui il transmit l'information. Cela faisait maintenant plus d'une semaine que le vol avait eut lieu et elles avaient sans doute déjà eut le temps de quitter la ville.
Au bout de quelques heures, pas de nouvelles. Apparemment, personne ne semblait l'avoir vu ni s'en souvenir. Wolf grognait dans son bureau. De Morgan avait déjà épluché les registres concernant les récents achats de voitures et s'occupait désormais de ceux du Zeppelin. Il commençait à s'endormir quand un nom lui sauta au yeux.
-Wolf, j'ai une Lux Phallon sur le registre....
-Un homonyme, il faudrait être stupide pour...
-ou au contraire très intelligente. Personne ne penserait qu'il s'agit réellement d'elle! Le Madère à décollé il y'a 4 jours, il allait en direction de Lisbonne!
Wolf ouvrit de grand yeux et son sourire s'élargit.
-Bon travail Richard...bon travail.... -
Post n°5
Auteur : SenaraActe 2, scène 2 : Le Guide
Ada regarda le bout de papier. Le nom sonnait comme un nom anglais. Elle fronçait les sourcils. Était-ce une bonne idée de se fier à un inconnu ? Mais d'Orchamp le connaissait, et elles n'avaient pas vraiment d'autre choix... Elle n'était tout de même pas désespérée, ou folle, au point de se lancer dans la jungle avec Lux pour seule escorte. Folle, elle devait bien l'être un peu malgré tout. On ne quittait pas son travail, son domicile, son pays, pour partir avec une quasi inconnue, voleuse qui plus est, pour une expédition dans la forêt vierge. Pas quand on était une jeune femme bien élevée. Georges n'aurait pas approuvé, pas du tout. Mais ce « cher » Georges était mort, et ne pouvait donc plus rien lui imposer. Et il fallait croire qu'elle tenait de sa mère plus que ses cheveux roux et son charmant minois. Un brin d'esprit aventureux aussi. Comme quoi, même après vingt-quatre années d'existence, on était encore capable de se surprendre soi-même. Il y avait bien eu ce jour-là, à bord d'un autre zeppelin, deux ans plutôt mais...
Ada secoua la tête. Trêve d'introspection. Elle n'avait pas le temps.
Elle jeta un coup d’œil interrogatif à son amie voleuse, et devant le haussement d'épaule indifférent de celle-ci, décida que le « fils d'un ami » ferait l'affaire. Même si c'était une tête brûlée.
Elle se retourna vers d'Orchamp.
-Vous pensez qu'il pourra nous guider à travers la forêt ? Et qu'il acceptera à la seule mention de votre nom ?
Et bien, d'accord, nous irons le voir. Juste une chose. Où pouvons-nous le trouver ?
Le petit homme toussota, visiblement gêné.
-Et bien...euh... à cette heure-ci... il doit être... hem...au Coq chantant... C'est... à vrai dire, ce n'est pas un endroit très fréquentable... une taverne... assez sordide. Un repaire de marins, et autres aventuriers sans scrupules...
-Ah... des marins...
Ada avait grimacé à cette mention.
-Et bien... voilà qui va nous changer un peu... Je vous remercie, monsieur, nous allons rendre visite à ce... monsieur. Nous vous tiendrons au courant de la date de notre départ.
Ada ne laissa pas une chance à d'Orchamp de répondre quoi que ce soit. Elle fit demi-tour et sortit, bientôt suivie par Lux qui se permit un petit salut ironique au bonhomme médusé.
Dehors, Ada resta un instant suffoquée par la chaleur humide équatoriale. Puis elle se força à mettre un pied devant l'autre malgré l'impression qu'elle allait se liquéfier sur place.
Elle rejoignit le petit garçon qui gardait farouchement leur maigres bagages, et lui demanda s'il connaissait un hôtel correct dans le coin.
Le petit acquiesça et, reprenant les bagages (et peinant malgré tout sous le poids) il les dirigea vers un grand bâtiment en bois, typique de l'architecture coloniale, qui arborait humblement l'enseigne « Grand Hôtel ». Ada avait des doutes quant à la grandeur du Grand Hôtel, mais elle savait qu'elle ne pouvait pas faire la difficile.
Elle laissa Lux s'occuper de la négociation avec l'hôtelier, qui refusa catégoriquement de leur louer deux chambres, quoi que dise Lux.
Elles durent se contenter d'une chambre, avec deux lits simples, tout de même, l'hôtelier n'était pas inhumain ! (selon ses dires).
Les deux jeunes femmes firent monter leurs affaires dans leur chambre, et ressortirent aussitôt.
Le petit métis, toujours le même, les attendait devant l'hôtel, prêt à les conduire où elles voudraient. Il fit pourtant une drôle de tête quand Ada lui donna le nom du Coq chantant.
-Mé... euh... Ma'am... 'vec vot'e 'espect, c'pas une place pou' vous ça !
-Je m'en doute, mon grand, mais je cherche quelqu'un qui doit se trouver là-bas. Je m'en passerais bien, mais je n'ai pas le choix.
-Tu nous montres le chemin, ou tu as trop peur ?
-Moi j'ai peu' de 'ien, Ma'am ! De 'ien et de pe'sonne !
Ada sourit, Lux savait comment parler à ces gamins des rues. À Cayenne ou à Paris, ils étaient tous pareils. À quelques détails près.
Le gamin redressa le chapeau de paille qui lui tenait lieu de casquette de gavroche et carra les épaules.
-C'est pa' là ! Suivez-moi !
Et il fila dans une petite rue qui descendait vers le port, les deux jeunes femmes à sa suite.
Elles rejoignirent le gamin devant une... taverne ? Admettons que ce soit une taverne, mais l'espèce d'assemblage branlant de planches à moitié pourries méritait à peine le nom de « construction »...
quoi qu'il en soit, une enseigne rongée par les vers représentait un coq bec ouvert, plutôt ressemblant.
Des rires gras et des chants douteux (et plutôt discordants) en émanait. Sans parler d'une odeur mélangeant tabac, alcool et d'autres choses encore moins ragoutantes.
Ada grimaça. Elle était loin de son standing petit bourgeois habituel. Encore que ça lui rappelait parfois l'état de Georges quand il rentrait d'une soirée bien arrosée.
Euh... non, ça c'était un souvenir à éviter... ça finissait en général très mal...
elle jeta un regard nerveux à Lux. La voleuse était sans doute plus habituée à ce genre d'environnement. Mais elle n'avait pas l'air plus ravie pour autant.
-Euh... tu voudrais pas aller voir si Jonathan McRae est là-dedans ? Et s'il voudrait pas sortir pour nous parler ?
-Missié Mac'Ae ? Oh si, il est fo'cément là ma'am ! Il est 'ent'é d'expédition y a t'ois jou's, et tant qu'il au'a pas dépensé tout son salai'e, il bouge'a pas de là. Mais I voud'a pas so'ti' ma'am. Même si je lui dis que c'est pou' de jolies dames.
Le gamin devint tout rouge après avoir prononcé ces derniers mots, et se perdit en excuses confuses.
Mais Ada comme Lux se contentèrent de sourire.
Puis avec un soupir résigné, Ada suivit Lux à l'intérieur du Coq chantant. Un intérieur qui ne démentait pas l'aspect extérieur.
Entre les rares lampes à gaz et la fumée de tabac qui cachait tout le plafond, on ne voyait pas grand chose.
Il y avait six tables rondes, et un bar au fond de la salle. Une douzaine d'hommes peu engageants, du marin sans bateau au coureur de la jungle en attente d'expéditions, étaient assis et buvaient dans des verres ébréchés, et peut-être pas très propres.
Ada essaya de rester cachée derrière Lux alors que celle-ci avançait vers le bar et le propriétaire de lieux.
Une tâche peu évidente.
D'autant que les conversations mourraient au fur et à mesure que les clients les apercevaient. Il y eut quelques échanges à voix basses au sujet de ces deux dames, vision inattendue pour l'endroit. Il y avait peu de dames à Cayenne, et elles ne venaient jamais au Coq chantant.
Comme il fallait s'y attendre, les messes basses furent bien vite remplacées par des propositions indécentes lancées d'un bout de la salle à l'autre. Ada se sentit rougir devant le détail de certaines, et se réjouit que la pénombre empêche les gens de s'en rendre compte.
Elles atteignirent finalement le bar et Lux demanda Jonathan MacRae.
Le barman, un peu surpris se contenta de pointer du doigt un homme assis à une table, ou plutôt vautré dans un fauteuil devant un table, et devant un pichet et un verre rempli de dieu sait quoi.
Comparé à ses voisins des autres tables, il était presque propre, malgré sa barbe de trois jours, sa chemise rapiécée qui n'était plus vraiment blanche et son pantalon qui avait du être marron, mais qui était couvert de tâches d'herbes, de vin, ou peut-être de sang même. Il portait un chapeau rabattu sur son visage, et à sa ceinture, une machette et un pistolet.
Ada jeta un nouveau regard inquiet à Lux, mais celle-ci semblait décidée à laisser la bibliothécaire se débrouiller à partir de maintenant.
Imitant inconsciemment le garçon qui les avait conduites jusque là, Ada redressa les épaules, expira longuement et avança vers l'homme qui allait, peut-être, leur servir de guide à travers la jungle.
A ce moment précis, Ada ne savait pas si elle devait espérer qu'il accepte ou le contraire.
Quand elle se planta devant sa table, l'homme resta un moment sans réagir, puis il leva les yeux vers elle et la regarda fixement pendant quelques secondes. Finalement, il sembla retrouver un reste de bonne éducation et porta la main à son chapeau pour saluer les deux jeunes femmes.
Comme si elle n'attendait que ça, Ada prit la parole. Elle réussit l'exploit de ne pas montrer sa nervosité, et de parler d'une voix qui ne tremblait pas.
-Vous êtes Jonathan MacRae ?
Il se contenta d'acquiescer, sans dire un mot. Ce baroudeur savait d'expérience que quand on venait le chercher, c'était pour des affaires soit louches, soit dangereuses. Surtout quand l'employeur avait l'air innocent et tout à fait déplacé dans ce monde tropical. Ce qui était le cas d'Ada et Lux.
Ada fronça les sourcils. Elle commençait à en avoir assez. Elle était au centre de l'attention dans cette salle sombre, elle venait de traverser la moitié de la Terre, poursuivie par des gens dont elle ne savait rien, sinon qu'ils étaient dangereux, elle n'avait toujours aucune nouvelle de ses parents, et ce type louche se permettait de ne pas répondre à ses questions...
Elle tira la chaise en face de MacRae et s'assit avant de reprendre.
-C'est monsieur d'Orchamp qui nous a donné votre nom.
Elle nota avec satisfaction qu'il devenait plus attentif, c'était déjà ça.
-Nous avons besoin de quelqu'un pour nous guider dans la forêt. Nous devons partir à la recherche de l'expédition Frances de Loca. Vous devez en avoir entendu parler.
-Et pourquoi voulez-vous partir à la recherche d'une expédition qui a disparu corps et bien en plein cœur de la forêt vierge ? Si vous me permettez, vous n'avez pas l'allure d'une aventurière. Et dites-moi aussi, pour quelles raisons est-ce que je vous guiderais dans cette folie.
-Je veux partir à leur recherche parce que mes parents se trouvent dans l'expédition. Que j'aie ou non l'allure d'une aventurière importe peu. Et vous, vous nous accompagnerez car je peux vous payer, et parce que monsieur d'Orchamp nous a dit que l'on pouvait compter sur vous.
Ada était loin d'être aussi sure d'elle qu'elle voulait le paraître. Mais au moins, MacRae ne lui avait pas ri au nez. Il semblait réfléchir à sa demande. Finalement, il répondit ce seul mot :
-Combien ?
La question prit Ada au dépourvu, elle n'y avait pas, mais absolument pas, réfléchi, et n'avait pas la moindre idée de ce qu'était une somme raisonnable dans ce genre d'affaires.
Comme toujours dans ce genre de situation, elle se retourna vers Lux, qui devait être, elle, un peu plus au courant de ces choses là. -
Post n°6
Auteur : Alesan Jeaix
Acte 2 ,scène 3 : et longue sera la route
A l'instant ou d'Orchamp avait accepté de donner le nom d'un ami pour les aider dans leurs expéditions, Lux sut qu'il c'était sans doute passé quelque chose de grave. Elle détectait les embrouilles et les mensonges. D'Orchamp ne mentait pas, mais il sentait la peur à plein nez. Il faudrait qu'elle en touche deux ou trois mots à sa rousse camarade, histoire d'éviter les catastrophes.
Mais dans tous les cas, maintenant, elles avaient le nom de quelqu'un qui pourrait les accompagner dans les profondeurs de la jungle amazonienne, même si Lux se doutait bien qu'il faudrait qu'elles mettent le prix. Mais l'argent n'était pas un problème pour Lux et Ada semblait avoir oublié ce paramètre. La voleuse, en retrait derrière la bibliothécaire, se contentait pour le moment de suivre et d'écouter. Après tout, c'était les histoires de la famille Brissac. Elle interviendrait le moment voulu, et notamment pour les histoires d'argent. Ou de gamin. Le coeur de Lux se sera un peu face au petit garçon de Cayenne. Il lui rappelait ceux qu'elle avait laissé à Paris.
Elle espérait qu'ils allaient bien. Et que si les bas fonds étaient sans doute à feu et à sang, ils avaient eut le temps de s'enfuir...
Le gamin les emmena vers une taverne où devait se trouver M. MacRae. Lux refréna un sourire devant la mine déconfite d'Ada. Le gamin aussi ne semblait pas enthousiaste à l'idée qu'elles s'y aventurent mais elles n'avaient pas le choix. Cela serait un bon baptême du feu pour Ada. Peut être un peu violent pour un premier contact avec la bassesse mâles, mais en cas de problèmes Lux serait là pour rattraper le coup. Voyant alors l'hésitation de la jeune femme à entrer dans le lieu maudit, Lux réajusta son chapeau sur sa tête et entra la première, la rousse sur ses talons.
Le lieu était délabré, puant et mal famé. Une taverne en bonne et due forme. Lorsqu'on entre dans ce genre de lieu, il faut savoir ce que l'on cherche. Et comme il était rare que les poivrots qui se terraient ici répondent à leurs noms, la voleuse se dirigea directement vers ce qui semblait être le maitre des lieux ,qui dominait le pub de derrière son comptoir. Il était grand, moustachu et bronzé. Et devait avoir une autorité certaines pour que les jeunes femmes n'ai essuyées aucune tentatives d'attouchement aussi outrancières que les remarques des habitués.
Lux se retint d'ailleurs de leurs répondre avec un clin d'oeil. Ada ne semblait pas à l'aise, il ne fallait pas exagérer non plus. Lux fit un grand sourire au barman qui les fixait avec des yeux interrogateur.
-Nous cherchons Jonathan MacRae.
Le ton de sa voix était dur. Utilisé spécialement pour faire comprendre au barman qu'elle savait que ce jeune homme était ici. Le Barman fixa un point et tendit son doigt dans la même direction.
-Merci bien.
Lux fut prise de la subite envie de commander une bonne bière. Mais la mission n'était pas finie et elle en savait pas encore à qui elle avait à faire...mis à part à un alcoolique occasionnel au vue de l'état du jeune homme et de son pichet d'alcool bon marché. Lux regarda Ada qui lui rendit un regard inquiet. La voleuse inclina la tête et sourit. Non, elle ne passerait pas devant cette fois ci.
Ada comprenait vite et quand elle voulait, elle apprenait vite. Lux, telle son ombre se glissa alors derrière elle, vérifiant de temps à autres que les autres pensionnaires étaient plus occupé à râler contre le succès de cette "enflure de MacRae" avec les "donzelles".
Lux leva un sourcil. Forcement, si ce jeune homme avait atterrit ici, c'est qu'il n'était pas tout blanc. Comme elle en fait. La voleuse se promit de mener son enquête si le temps le lui permettait.
D'une oreille, elle écoutait la discussion entre Ada et macRae de l'autre le reste de la taverne.
"coureur de jupon", "roublard", "insaisissable" et quelques autres insultes s'échangèrent entre les tables. Lux se rassura un peu. MacRae était juste un homme comme les autres, un brin plus futé que la moyenne. Rien de bien méchant, enfin au premier abords. Mais les gens ont toujours des choses à cacher et Lux se rapella que certains points de la vie d'Ada était "étrange"...décidément, elle avait beaucoup d'enquête à mener.
Combien ?
La phrase ramena Lux de ses pensées. Ada ouvrit de grand yeux, bien évidemment , elle n'y avait pas pensée. Lux s'avança alors, enlevant élégamment son chapeau comme le jeune homme l'avait fait auparavant.
-15000. 5000 avant, 10000 si on revient tous en vie. Un bonus si les nouvelles de ses parents sont bonnes.
-20 000
Négociation, Lux sourit.
-17 000 et un baiser de Mlle ci présente.
Ada rougit et la fixa, outrée.MacRae sourit.
-Je marche.
Il tendit la main. Lux la lui serra. Le marché était fixé. Jonathan se redressa un peu de son fauteuil.
-Je présume que vous voulez partir le plus rapidement possible. Demain, 8 heures sur la place centrale, avec votre équipement et ...l'argent. On prendra quelques vivres avant de partir. Essayer de ne rien prendre de superflu, même si j'adore les jupons.
-8 heures. Bonne soirée M. MacRae.
-Bonne soirée.
-Bonne nuit mesdames, Profitez de votre dernière nuit de confort!
Ada pressa le pas pour sortir, Lux referma la marche en saluant la taverne. Le gamin les attendait, Lux lui donna 3 pièces et le remercia. Il les salua, heureux de son gain, et les invita à faire de nouveaux appel à lui si elle le désirait. Il disparu alors aussi vite qu'un chat poursuivit par un chien.
-Vous lui faites confiance?
-On a pas le choix.
-Et maintenant?
-Rentrez à l'hotel. Mangez un morceau, reposez vous. Et commencez à fantasmer sur le jeune homme qui va nous accompagner.
-Lux!
Lux ricanna doucement. Ada avait bien une réaction de femme mariée jeune. Très prude et gênée dès que l'on parle du sexe opposé. Cela serait très drôle si Jonathan était bel et bien un "coureur de jupon" né. L'ambiance serait allégée.
-Vous ne venez pas avec moi?
-Je mène une petite enquête et ensuite je viens vous tenir compagnie belle dame!
Ada comprit que la voleuse avait à faire et se dirigea vers l'hôtel. Lux attendit quelques minutes, le temps qu'elle disparaisse du champ de vision de la rousse. La brune rebroussa alors son chemin, de nouveau devant la taverne. Elle y entra et alla s'asseoir au bar, le patron l'accosta directement.
-Si vous chercher MacRae, il est partit se préparer chez lui.
-Tant mieux, ce n'est pas lui que je cherche.
-Vous en cherchez du monde dites donc.
-Je cherche surtout des informations. Sur MacRae....et une bière aussi. Et je suis sûre que pour les deux, vous pouvez m'aider.
Lux lui fit un sourire charmeur. La patron lâcha un rire gutturale et partit lui servir une pinte en marmonnant "c'est bien parce qu'on voit pas beaucoup de jolie fille par ici!". Il revint avec le liquide brun surmonté de sa mousse, seule chose de vraiment blanche ici. Elle prit une gorgée.
-Qui est exactement MacRae? Pour partir ce cacher dans la jungle, il faut avoir certaines choses à se reprocher non?
-Héhé....ouais faut croire. Vous savez, y'a beaucoup d'ancien prisonnier ici, des gars pas trop mauvais mais pas tendre non plus. Mais MacRae, c'est autre chose...
-Meurtre?
-Peut être.
-Oh? Dans le cadre d'un vol?
Le barman leva un sourcils.
-C'est drôle, on croirait presque que vous savez déjç tout ce que vous voulez savoir.....Il était dans des sales affaires. Des œuvres d'arts ou des antiquités je crois. Il volait et revendait. Mais ça a mal tourné. Après, ce ne sont que des rumeurs...
-D'autres rumeurs?
-Hmm... il aime bien l'alcool et les femmes.
-Les femmes? je n'en ai pas vu beaucoup par ici.
-c'est peut être pour ça qu'on les aimes beaucoup. y'en a peu ici!
Lux sirota sa bière tranquillement. Elle avait suffisamment d’élément de réponse pour le moment. Et il commençait à se faire tard. Elle laissa des sous sur la table et sortit, les regards des hommes suivant ses mouvements.
A l'hôtel, Ada leur avait dégoté un diner plutot potable. M. d'Orchamp avait tenu à les soutenir comme il le pouvait et c'est doute poulet et légumes épicés qui s'étalaient sur leurs tables. La bibliothécaire était en plein rangement de ses affaires, comme Lux, cela devait être au moins la dixième fois qu'elle le faisait.
A son entrée, elle fixa Lux, le regard interrogateur.
-Bon. MacRae à l'air assez droit. Enfin, pour nos affaires.
-Assez droit?
-Il n'est pas tout blanc. Mais je pense qu'aucune de nous ne l'est non plus, non?
Lux vit Ada se raidir doucement. Elle avait tapée juste. Mais au vue de la réaction de la rousse, elle n'aurait pas les réponses ce soir.
-Bon mangeons! J'ai une faim de loup!
Le repas fut rapidement devoré. La fatigue se faisait nettement sentir et il faudrait qu'elles soient d'aplomb pour le lendemain. C'est donc sans tarder qu'elles se plongèrent dans les bras d'une morphée plus ou moins mouvementée et hantée.~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Le lendemain, lorsque les 8 heures résonnèrent à travers Cayenne, Lux et Ada étaient au centre de la place. Et pas de traces de l'aventurier.
-Bon...j'espère qu'il ne à pas fait faux bon...remarque, je ne l'ai même pas payé, cela serait idiot.
-Effectivement.
Jonathan arriva, un lourd sac à dos sur ses épaules, des équipements divers ornant sa ceinture.
-Je suis passé prendre les vivres.
Les deux femmes acquiçèrent. Ada déclara alors :
-Allons y!
-L'argent d'abord.
La rousse fronça les sourcils.
-L'argent ne fait pas le bonheur, et pourtant tous le monde court après...
Lux tendit une enveloppe contenant les premiers 7000. Jonathan la récupéra et glissa malicieusement
-Je ne peux pas avoir aussi un baiser en acompte?
Lux regarda Ada qui lui lança un "non" net et trancha. La voleuse haussa les épaules en direction du jeune homme. Pour la séduction, cela s'annonçait difficile pour le garçon.
Jonathan rangea les billets dans son sac et sortit une boussole et une carte. Il la déroula et pointa du doigts un points précis.
-C'est la dernière trace de l'expédition que j'ai pu trouver dans les registres. On aura sans doute plus d'indication la bas.
Il aligna sa boussole sur le nord et replia la carte. Il passa devant les femmes, ouvrant la marche à travers la forêt.
-On en a pour 4 jours de marches, moins si vous êtes endurantes. Faites attention à ne pas vous blesser sur les racines.
4 jours. La route allait être longue....
Pendant ce temps, Wolf et DeMorgan posèrent le pied à Lisbonne. Et quelques instants plus tard, ils montraient leurs carte de police aux chefs des registres. Brissac et Phallon étaient enregistrées sur le Tatinic.... qui avaient coulés quelques jours auparavant.
Wolf jura. C'était la pire chose qui pouvait leur arriver.
DeMorgan ne savait pas trop quoi faire. Cette histoire se finissait en queue de poisson, c'était le cas de le dire. Mais son esprit d'enquêteur revint à la charge. Il demanda si c'était possible d'emprunter le registre dans la soirée pour qu'ils fassent quelques recherches.
Wolf le regarda bizarrement, mais plusieurs fois, ce gamin avait eut une bonne intuition. Il le laissa donc faire.
C'est tard dans la nuit que Richard montra une nouvelle fois ses talents. Brissac et Phallon étaient enregistrée sur un autre bâteau...
Quelques instants après, Wolf envoyait un courrier vers Paris " cette garce cherche à nous semez, mais je récupérerai le grimoire, foie de Loup" -
Post n°7
Auteur : SenaraActe 2, scène 4 : Promenons-nous dans les bois.
La place centrale de Cayenne. Et heureusement qu'ils n'appelaient pas ça la « grande place »...
Le jour se levait à peine. Et il faisait déjà une chaleur étouffante.
Ada et Lux étaient au rendez-vous. MacRae n'y était pas. En retard ? Ce n'était pas digne d'un gentleman.
Ada gardait les yeux fixés sur le petit sac de toile à ses pieds, qui contenait les quelques affaires qu'elle emporterait dans la jungle. Elle appréhendait presque qu'il vienne. Elle n'était plus très sure de vouloir se lancer dans cette aventure, surtout avec cet explorateur de pacotille.
La négociation qu'il avait mené la veille avec Lux n'avait pas cessé de déranger la bibliothécaire. Il était hors de question qu'elle embrasse ce type !
Juste comme Lux se demandait s'il ne leur avait pas posé un lapin, il apparut devant elles.
Ada n'avait qu'une envie maintenant, qu'on parte au plus vite, pour en avoir terminé le plus tôt possible.
MacRae ne l'entendait pas de cette oreille et réclama son argent.
Évidemment, que pouvait-on attendre d'un homme de ce genre, qui louait ses services au plus offrant.
La jeune femme ne dit rien, laissant Lux régler ce petit détail. Mais quand l'aventurier eut l'audace de réclamer un baiser, elle sursauta. Une peur panique la secoua, rappelant à son souvenir le cauchemar qui l'avait réveillée cette nuit-là, et qu'elle tentait de chasser de son esprit.
-Non !
Ce fut le seul mot qu'elle parvint à dire.
Non. Jamais. Jamais plus un homme ne posera la main sur moi. Plus jamais.
Voilà ce qu'elle aurait voulu dire.
Mais les images du cauchemar la paralysaient.
Non seulement les images, mais aussi tous les souvenirs atroces auxquels elles renvoyaient.//Il est tard. Dans l'appartement bourgeois près des grands boulevards tout neufs, Ada dort. Soudain un vacarme la réveille en sursaut. La porte claque, des chocs sourds résonnent, des cris s'élèvent. Son mari est rentré. Plus saoul que d'habitude apparemment. Ada se lève d'un bond et court verrouiller la porte de sa chambre. Elle sait trop bien de quoi il est capable quand il est dans cet état.
D'ailleurs, il ne tarde pas à lui prouver qu'elle avait raison. Il tambourine à la porte de sa chambre en criant.
-Ada ! Ouvre cette porte ! Ada !
Elle, elle n'en fait rien, bien sûr. Elle s'est réfugiée contre le mur le plus éloigné de la porte et attend en tremblant.
Et puis, avec un affreux craquement de fin du monde, le verrou cède, et la porte claque contre le mur, révélant un George d'Apert furieux et échevelé. Ada pense avoir hurlé. Mais elle n'en est pas sure. Par la suite, quand elle revivra cette scène dans ses cauchemars, il lui arrivera de crier, ou pas.
Ce dont elle se souvient sans doute possible, c'est la douleur.
Et Dieu sait si elle en fera des cauchemars. Encore et encore. Redoutant que ça ne se reproduise.
Jusqu'au jour où tout s'est arrêté. Jusqu'à ce voyage en zeppelin. Jusqu'à ce café qu'elle lui a servi. Jusqu'à cette petite promenade qu'il a voulu faire sur la passerelle du zeppelin. Et qui lui a été fatale. Enfin, la chute qu'il a faite, à cause d'un malaise, lui a été fatale, pas la promenade en elle-même.
Mais dans tous les cas, ça a libéré Ada de ses cauchemars.
Enfin, elle le croyait. Mais voilà que le cauchemar était revenu.//
Ada se força à revenir au présent. Lux et Jonathan, inconscients de son trouble, avaient continué à parler de l'expédition.
Elle regarda la carte sur laquelle MacRae indiquait la dernière position connue de l'expédition. Elle se demanda comment il était possible que personne n'ait fait de recherches si cette position était vraiment à quatre jours de marche seulement de Cayenne.
Fallait-il y voir une intervention de ces gens qui poursuivaient Lux à Paris ?
Dans quoi s'était-elle lancée ? Contre quels adversaires redoutables allait-elle devoir lutter ?
Ada refoula doute et peur au loin. Il fallait qu'elle retrouve ses parents. Cela seul comptait.
Elle laissa Lux passer devant elle, histoire de mettre quelqu'un entre leur guide et elle, et le trio quitta la ville.
Presque aussitôt, ils s'enfoncèrent dans la jungle.
Cathédrale de bois et d'eau, à l'atmosphère étouffante, humide, saumâtre. Il y faisait sombre, si sombre, une semi-obscurité verdâtre, les rayons du soleil peinant à traverser la canopée.
Il fallait toujours regarder où on mettait les pieds. Pas de route ou de chemin ici, à peine quelques pistes qu'on devinait tout juste entre les racines des arbres, les plantes rampantes, et la végétation sur-abondante de la forêt dense.
Ada était heureuse que Lux et elle aient choisi des bottines plates, robustes mais confortables. Leurs tenues de voyage, jupe culotte dans les tons beiges, chemise de coton et veste légère assortie à la jupe étaient également pratique, mais malheureusement, elles avaient beau être les plus légères possibles, elles restaient bien trop chaudes pour la jungle. Mais tout était trop chaud pour cette forêt.
Ada comprit très vite qu'elle ne supporterait pas cet environnement très longtemps. Comment des hommes pouvaient-ils avoir envie de venir ici ?
La bibliothécaire se demandait ce que pouvait penser la voleuse devant elle. Lux ne montrait aucun sentiment.
Les deux femmes mettaient un point d'honneur à ne pas se laisser distancer par MacRae.
Mais c'était difficile pour Ada. Elle avait pourtant l'habitude des longues marches. Mais les randonnées dans Paris, ou même dans le Quercy où elle avait grandi, n'avaient rien à voir avec ces tâtonnements amazoniens.
Quand MacRae annonça une halte pour se désaltérer et se restaurer, elle poussa un soupir de soulagement qu'elle voulait discret, mais qui ne l'était peut-être pas.
Elle avait l'impression qu'ils n'avaient pas avancé d'un pouce. Le paysage lui semblait le même qu'à leur départ de Cayenne.
Le guide avait pourtant l'air satisfait de leur progression.
-Si vous arrivez à tenir le rythme cet après-midi et demain, on va peut-être gagner un jour de marche.
Ada déglutit difficilement. Tenir ce rythme. En serait-elle capable ?
Elle regarda Lux, se demandant si la voleuse se sentait aussi fatiguée qu'elle ou pas.
Puis elle but encore une gorgée d'eau. L'eau était tiède, c'était désagréable, mais elle était bien consciente que c'était ce qu'elle pouvait espérer de mieux pour les prochains jours.
Elle pensa à son père et à sa mère, perdus dans cet enfer vert depuis des mois.
La question ne se posait pas. Qu'elle en soit capable ou pas, elle devait tenir.
Pour eux. Pour les retrouver. Pour les sortir de là.
Le reste était accessoire. Même les recherches de Lux et les affreux qui étaient à ses trousses.
Ils repartirent bien trop tôt au goût de la rouquine, mais elle serra les dents et s'accrocha.
Au fur et à mesure que la journée avançait et que l'obscurité grandissait, la jungle se fit plus menaçante.
Des cris de bêtes commencèrent à retentir autour d'eux, sobrement commentés par MacRae :
-Un jaguar.
-Des singes.
…
Ada regardait nerveusement autour d'elle. Décidément, elle n'était pas à sa place ici.
On était bien loin de sa bibliothèque parisienne.
La nuit tombait, et rien que l'idée de dormir au milieu de cette jungle la terrifiait.
Ils s’arrêtèrent au bord d'un ruisseau paresseux, et pas très avenant.
MacRae laissa tomber son paquetage au sol et donna aussitôt une série d'instructions pour dresser le campement.
-Miladies, va falloir rassembler du bois pour faire le feu. Très important le feu, pour éloigner les bêtes sauvages. J'vais filtrer l'eau du ruisseau puis faudra la faire bouillir. On a pas de temps à perdre ! -
Post n°8
Auteur : Alesan JeaixActe 2 , scène 5 : Feu
Le début du voyage se passa sans encombre. Et cela surprit grandement Lux. Ada s'acclimatait comme elle pouvait de son nouvel environnement et elle se débrouillait plutot bien même. Comme quoi, la prude bibliothécaire avait de la ressource lorsqu'on la plongeait sans ménagement dans un univers inconnu et particulier. Et si la voleuse aurait pu profiter de la position difficile de la rousse pour la questionner sur quelques points, elle ne le fit pas. Il y avait McRae à surveiller.
Il n'y avait pas vraiment de raison pour se méfier de leur charmant guide et c'est sans doute pour cela que Lux gardait un oeil appuyait sur lui. Oeil qui dérivait parfois sur une partie plus basse de son anatomie mais c'est une autre histoire, qu'elle raconterait sans doute à Ada ce soir, au coin du feu. Il serait fort amusant de la voir à nouveau prendre des teintes rouges tomates lorsque la voleuse lui demanderait son avis sur le postérieur de Jonathan.
Pour le moment, la mission se déroulait facilement. Trop sans doute, et il commençait à peser dans l'air une ambiance de "avant la tempête". La tempête.... elle devait balayer les bas fonds parisiens à ce moment, ou elle venait de les quitter. Une douleur sera la poitrine de Lux. Non, il ne fallait pas qu'elle pense au pire. Les gosses étaient malins et futés et surtout agiles et rapides. Même elle, la grande Lux ne parvenait pas à les attraper lorsqu'elle voulait leur administrer une légère correction pour leurs nombreuses facéties. Il n'y avait pas de raison de s'inquiéter, ou alors c'était pour elles.
Lux jetta un oeil vers Arda qui progressait comme à son habitude, c'est à dire comme elle le pouvait. Devant elle le Guide ne semblait pas faire mine de vouloir les semer malgrè son rythme plutot vif. Mais comme il l'avait dit au départ, si ils progressaient vite, on seraient au campement plus vite. Logique.
Le campement. C'est étrange. Il n'était pas vraiment loin de la ville. 4 jours, ça ne doit pas représenter grand chose quand on part en expédition. Enfin Lux le supposait. Après tout, elle n'était pas d'ici non plus. Mais comment ce fait-il que personne n'ai cherché à avoir de nouvelle ou à entamer des recherches pour un campement aussi proche? Lux fronça les sourcils. D'Orchamp avait du se faire payer une somme très coquette pour ne pas partir à la recherche de ses "amis". Lux dégluttit. Il se ferait sans doute payer une nouvelle somme très coquette pour balancer leurs direction à ceux qui la poursuivait.
Oui, ils la poursuivaient. Elle le sentait, comme un proie se sent traquer par les chiens. Mais quand à savoir qui et les indices qu'ils possédaient, c'était une autre histoire. La voleuse s'était affairée à brouiller les pistes au maximum depuis leur départ. Cela les retarderait sans doute, mais elle savait que si ILS mettaient les pieds à Cayenne , D'Orchamp ne mettrait pas beaucoup de temps à les poignarder dans le dos.
Tiens, MacRae était un ami de D'Orchamp... rassurant.
-Damned... je me suis manquée sur ce coup.... esperons que MacRae ne soit qu'un simple criminel et non pas un vicieux vénal....
MacRae commença à énumérer, pour leurs informations, le nom de la faune et de la flore présente à leurs côtés durant leurs avancées. Définitivement, Lux se dit qu'elle avait manquée de jugeote sur ce coup. Ada et elle en pouvaient se passer de MacRae. Elles ne connaissaient rien de cette forêt et elles auraient sans doute beaucoup de mal à survivre dans ce milieu hostile... Rassurant. Lux caressa l'un de ses pistolets sous le revert de sa veste. Si elle tombait, elle ne tomberait pas seule...
Miladies, va falloir rassembler du bois pour faire le feu. Très important le feu, pour éloigner les bêtes sauvages. J'vais filtrer l'eau du ruisseau puis faudra la faire bouillir. On a pas
de temps à perdre !
Lux imita le guide et posa aussi son paquetage, invitant du regard sa nouvelle amie à faire de même. MAcRae se saisit de sa gourde et d'un tami et après avoir enlevé ses bottes, il commença à s'occuper de l'eau. Lux fit signe à Ada de se rapprocher d'elle tandis qu'elle commençait à ramasser branches et brindilles.
Bon, ça s'annonce plus facile que prevue non? Bon, je sais que la marche dans la jungle ne doit pas être votre fort mais vous vous débrouillez plutot bien! ... Il faut qu'on garde à oeil sur MacRae... J'ai repensé à pas mal de chose sur le chemin et... je crains que D'Orchamp ne nous joue un mauvais tour... et comme MacRae est son...
-Alors, on fait des messe-basses Miladies?
Lux s'arrêta net de parler et adressa un sourire large annonciateur d'une bêtise colossale.
Des messes-basses, on ne peut pas appeler ça comme ça...
-Vous parliez de moi non? C'est ce que j'appelle une messe-basse
Nous parlions de vous en effet. Mais ce ne sont pas des messes-basses lorsque cela concerne une partie de votre anatomie particulière. Sur laquelle je demandais un avis complémentaire à ma camarade.
Lux fit un large sourire à Jonathan qui éclata de rire et Ada devint rouge, maudissant sans doute la voleuse. Elle se détourna d'elle rapidement et partie ramasser des brindilles plus loin.
Et je n'aurais jamais ma réponse...dommage.
Quelques minutes plus tard, le feu réchauffait l'eau dans un casseroles tandis qu'ils finissaient de dresser les tentes et de les protéger du mieux qu'ils pouvaient. Ils s'installèrent près du feu, préparant leurs repas qui ressemblait à une espèce de soupe
Désolé pour le repas, mais la viande risquerait d'attirer les bêtes....
Ils mangèrent en silence, tous pris dans d'intenses réflexions.
J'aurais une question à vous poser mesdames. Vous savez qui je suis.. mais moi... Mise à part vous, MIss Brissac, je n'ai aucune idée de votre nom "Lux".
Lux lança un regard apaisé à Ada. La question n'était pas un problème.
Mais pourtant, vous savez que je m'appelle Lux, Jonathan. Et tant que nous ne serons pas arrivé au campement, je pense que moins vous en saurez, plus vous dormirez tranquille.
Lux s'est votre vrai nom? Je vous ais donné pas mal d'information à mon sujet, à commencer par mon nom et prénom...je pense être en droit de demander la même chose.
-très bien Monsieur MacRae, vous êtes aussi agaçant qu'un enfant de 5 ans... Je m'apelle Lux, Lux Phallon.
MacRae la regarda avec de grands yeux ronds de surprise. Lux s'attendait au pire mais au lieu de ça, une lueur d'admiration et d'interrogation parcouru les prunelles de l'homme.
Lux Phallon, la celèbre voleuse? Mais c'est....
C'est un homonyme... qui me cause énormement de soucis. Je ne suis pas une célèbre voleuse. J'accompagne juste ma charmante amie pour retrouver ses parents. Points.
Mais bien sur....
C'est pourtant cela. Désolé. Je en suis pas votre idole.
Qu'est ce qui vous fait croire que vous... que la voleuse Lux Phallon, votre homonyme, est mon idole?
Oh...pour rien...deux trois bruits entendus dans une taverne...
Jonathan la toisa du regard, elle le lui rendit. Il lâcha un "je vois" signifiant qu'il n'aimait pas que quelqu'un farfouille dans sa vie mais qu'il avait reçu le message " moins j'en saurais, mieux je me porterais". Le silence retomba et un léger sourire naquis sur les lèvres de MacRae.
Je peux vous poser une question Miss Brissac?
Ada leva la tête, sortie de ses pensées. Elle fixa de ses grands yeux notre guide, l'invitant à poser sa question. Sans doute une question sur ses parents...
Alors.... vous les trouvez comment?
En posant la question, MacRae posa une main sur ses fesses. La réaction ne se fit pas attendre. Ada prit un air outré, se leva, grogna quelque chose que je ne compris pas , trop occupée à étouffer un rire, et elle disparue dans sa tente. Je fixais MacRae qui me renvoya un regard coupable.
Pour la séduire, jeune homme, il va sans doute falloir faire preuve de plus de finesse. Sur cette belle action, bonne nuit!
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Wolf tournait en rond sur le bateau. Il n'aimait pas l'inaction. Et il n'aimait pas le bateau. Sauf quand sa proie s'y trouvait aussi. Aucune sortie, aucune chance de lui échapper si ce n'est en ce donnant la mort. Mais là, c'est lui qui se sentait...oppressé. Pas d'occupation, si ce n'est les quelques mots que laissait s'échapper DeMorgan.
-Je ne sais pas comment vous faites Richard, pour rester le nez dans vos papiers comme cela...
-Vous devriez essayer M. Wolf. Cela vous éviterez de tourner en rond comme un lion en cage.
-Hmm.... Vous avez de nouvelles informations?
-Toujours les mêmes. Que je n'arrive pas à recouper. Comment ces deux femmes ont-elles pu se rencontrer? ... Le destin sans doute....
Wolf alluma une cigarette et tira lourdement dessus. Le destin oui... un bien mauvais destin.Après- Demain, ils arriveraient à Cayenne. Et la traque commencerait. Et là, même le destin ne pourrait pas sauver Lux Phallon du sinistre destin que Wolf lui réservait personnellement.
La famille Brissac disparaîtrait avec son secret.
-Oui.. le destin Richard....
Richard leva les yeux vers Jean Wolf. Plus ils avançaient, plus cet homme l'inquiétait. Richard se passa une main dans les cheveux, tentant de se recnontrer sur ses recherches, mais il y'avait beaucoup de choses qui ne collaient pas entre elles. Trop de choses. Les deux femmes, l'objet volé, Cayenne, la famille Brissac... Le lien, il fallait qu'il trouve le lien. Et étrangement, il sentait que la piste sur laquelle il s'avançait était plus que glissante... Trop glissante... -
Post n°9
Auteur : SenaraActe 2, scène 6 : le jardin d’Eden ?
Réfugiée dans la tente qui leur était réservée, à Lux et à elle, Ada maudissait en silence la voleuse et son attitude provocatrice. Ne comprenait-elle donc pas que tout le monde ne pouvait pas vivre comme elle ? Que certaines personnes avaient besoin de paix et de tranquillité ?
Et l’autre explorateur à la manque qui en rajoutait, qui voulait jouer les jolis cœurs et qui…
Elle ferma les yeux, la tête dans les mains, tentant de juguler les images qui se bousculaient dans sa mémoire. Elle en avait connu un autre de joli cœur, d’aspect bien plus civilisé que leur guide, il est vrai, mais qui se révéla être un véritable sauvage par la suite…
Elle ne devait plus y penser. C’était fini. Il était mort, elle avait réussi à mettre un terme à ce cauchemar. Et aux cauchemars qui l’empêchaient de dormir par la même occasion.
C’était fini et ce n’était pas Lux, ni MacRae qui allaient lui faire revivre ces jours atroces.
D’ailleurs, MacRae n’avait rien à voir avec son défunt mari. Et puis il…
Non, elle ne devait pas penser ça. Elle s’était fait une promesse, et elle s’y tiendrait. Les hommes n’apportaient que du malheur.
Et puis elle devait retrouver ses parents.
Du bruit devant la porte la tira de ses pensées, Lux arrivait.
Ada s’allongea et fit semblant de dormir. La voleuse ne fit aucune réflexion en entrant dans la tente, qu’elle soit ou non dupe de cette comédie.
Ada resta immobile un long moment à attendre le sommeil.
Quand le cauchemar revint et la réveilla en sursaut, elle ne se souvenait plus s’être endormie. Elle ne savait plus non plus où elle était et faillit céder à la panique.
La respiration tranquille de Lux la rassura, et lui permit de retrouver ses esprits.
Elle était dans une tente au beau milieu de la jungle, en compagnie d’une voleuse et d’un explorateur au passé douteux, à la recherche d’une expédition disparue. Elle était environnée de dangers, certains ou potentiels, mais aucun n’était aussi terrible que le défunt George d’Apert. Ce cauchemar appartenait au passé. Il y resterait.
Elle devait penser à autre chose. Il fallait éviter aussi de penser à ses parents, trop d’incertitudes et d’inquiétudes de ce côté-là. Mais quel autre sujet était suffisamment d’actualité et rassurant ?
Ada finit par se rendormir. Un visage mal rasé s’invita alors dans ses rêves.
Au petit jour, Lux fut obligée de secouer la bibliothécaire pour la sortir d’un sommeil sans rêve. Ou en tout cas, sans rêve dont elle se souvienne.
Ils ne perdirent pas de temps ce matin-là, démontant le camp rapidement, avalant quelques biscuits et une tasse de café froid avant de reprendre la route.
MacRae se montra d’une courtoisie sans faille, faisant oublier ses remarques des jours passés.
Après tout, même si tout le monde l’ignorait, il avait reçu une des meilleures éducations possibles, et il entendait bien le montrer.
Lux retint un sourire, son conseil de la veille aurait-il porté ses fruits ?
Ada était surprise, mais s’efforçait de ne rien en montrer. Elle restait sur ses gardes, mais sans montrer la même distance qu’avant.
Le deuxième jour de voyage fut aussi, sinon plus, difficile que le premier. Insensiblement, leur allure ralentit, malgré les encouragements de MacRae.
-Allons, ladies, du courage ! C’est encore la partie la plus facile de la route ! Nous n’avons pas encore croisé de rivières ou autres obstacles majeurs.
Voilà qui est rassurant… Comment mes parents peuvent-ils apprécier ce genre de voyage…
Ada ne disait rien, elle était trop fatiguée, et trop concentrée sur la marche pour parler. Quand ils reprirent la route après leur repas, elle ne remarqua même que Lux se plaçait volontairement en dernière position de leur petite position, la laissant ainsi juste derrière MacRae.
Elle n’en prit conscience que lorsque celui-ci lui offrit une main secourable pour l’aider à passer un tronc d’arbre qui barrait leur route. Après un léger mouvement de recul instinctif, elle accepta cette main secourable, étonnée qu’il n’en profite pas pour lancer un commentaire douteux, ni Lux d’ailleurs. MacRae aida également la voleuse avant de reprendre la tête de la troupe avec la dignité d’un gentleman.
Ada le regarda un moment, incrédule. Il fallut que Lux la pousse gentiment pour qu’elle se remette en route.
A quoi jouent-ils ces deux-là ?... On jurerait un complot… mais pour quoi faire ?... Oh, j’en ai assez de marcher, j’en ai assez de cette jungle ! Je veux retrouver ma bibliothèque. Je veux retrouver mes parents…
Le reste de la journée se traîna indéfiniment. Et quand, enfin, MacRae annonça le campement, Ada n’en pouvait plus. Elle trouva pourtant encore de l’énergie pour aider à monter le camp, mais après ça, elle se laissa tomber près du feu avec la ferme intention de ne plus bouger.
Elle se demandait si Lux était vraiment en meilleure forme, ou si elle cachait simplement mieux sa fatigue.
MacRae n’avait fait aucune remarque, cachant son sourire amusé de mieux qu’il pouvait.
Ce soir là, il n’y eut pas de discussion autour du feu, les deux dames se retirèrent tôt, et Ada s’endormit aussitôt qu’elle eut gagné son lit.
Le lendemain, elle se réveilla tôt, fraîche et bien reposée. Lux dormait encore. Ada se leva sans bruit et quitta la tente en boutonnant sa veste légère. Dans le camp, aucune trace de leur guide. Ada fronça les sourcils. Les avait-il finalement abandonnées en pleine jungle ?
Elle s’engagea sur une espèce de piste qui menait vers un petit ruisseau, MacRae la leur avait désignée la veille. Elle ne savait pas trop ce qu’elle cherchait, mais inconsciemment, elle examinait la végétation autour d’elle, classant les plantes qu’elle reconnaissait d’après les herbiers de la bibliothèque entre plantes comestibles ou utiles et plantes dangereuses. Dans la forêt amazonienne, il y avait surtout des plantes dangereuses, mais malgré tout, Ada repéra quelques variétés médicinales, et au moins trois qui pouvaient être mangées.
Elle atteignit rapidement le cours d’eau et le contempla un moment, étonnée par sa limpidité. Elle se penchait pour boire au creux de sa main quand un feulement lui fit relever lentement la tête.
Un jaguar la toisait de l’autre côté du ruisseau, la regardant avec des yeux jaunes inquiétant.
Retenant son souffle, Ada se releva très, très lentement, et commença à reculer, sans quitter le fauve des yeux. Mais elle s’immobilisa quand il poussa un rugissement menaçant.
Sa main glissa dans un des plis de sa jupe, fermé pour faire une poche. Elle se referma sur un petit derringer qu’elle avait emporté par précaution. La petite arme de poche disposait de deux coups. Mais elle doutait que cela suffise à abattre un prédateur qui devait bien faire dans les 100 kilos.
L’animal s’engagea dans l’eau. Ada recula d’un pas et sortit le pistolet, qu’elle arma dans le même mouvement.
Deux mètres à peine les séparaient. Le fauve se ramassa sur lui-même, prêt à bondir.
Ada se sentait incroyablement calme. Sa main ne tremblait pas, à sa grande surprise. Et pendant un instant, elle comprit ce qui avait pu pousser sa mère sur les routes toutes ces années.
Quel dommage de comprendre ça juste avant de mourir…
Un mouvement presque imperceptible du fauve, plutôt un frémissement de ses muscles. Ada appuya sur la gâchette. Le coup de feu lui parut ridiculement faible. Mais au moins, le coup stoppa-t-il le jaguar dans son élan. Elle avait touché la bête, mais la blessure semblait sans gravité. Au contraire, le fauve paraissait maintenant furieux. Et Ada n’avait plus qu’une balle.
Elle était sure désormais que ça ne suffirait pas. Et elle n’aurait pas le temps de recharger. Une prière qu’elle pensait avoir oubliée lui revint en mémoire.
A nouveau, le fauve se ramassa. A nouveau un coup de feu retentit. Mais beaucoup plus fort celui-là. Assourdissant presque. Ada tourna la tête pour découvrir MacRae, son fusil fumant encore pointé sur le jaguar, désormais mort.
-Vous comptiez vraiment affronter cette bête avec ce joujou ?
Ada ne répondit rien. La panique commençait à la submerger. Après la bataille, bien entendu. Son regard était revenu au monstre qui gisait maintenant au milieu du ruisseau. Elle ne pouvait pas s’en détacher. Sa main retomba le long de sa jupe, secouée maintenant d’un tremblement irrépressible.
-Miss Brissac ?
MacRae avança vers elle, inquiet. Il n’obtint aucune réponse.
Il arriva à côté de la rouquine, toujours incapable de réagir. Il avait déjà vu ce genre de réaction, cet état de choc après un épisode difficile. Mais rarement chez des personnes qui avaient fait preuve d’autant de sang-froid pendant…
Il tendit la main, effleurant doucement le bras de la jeune femme et murmura :
-Ada… c’est fini, tout va bien. Ada…
Elle eut enfin une réaction. Reprenant une profonde inspiration, elle éclata en sanglots, et se blottit contre MacRae.
Celui-ci en resta tout bête, ne sachant pas comment réagir à ce brusque changement de comportement.
Finalement, il passa un bras autour de ses épaules et attendit que la crise de larmes passe.
Quand enfin Ada reprit ses esprits, elle réalisa immédiatement qu’elle était dans les bras de MacRae. Elle se sentit incroyablement gênée. Mais elle refusait d’admettre qu’elle n’avait pas non plus particulièrement envie de bouger.
Pourtant, quand elle se rendit compte que MacRae tentait de la retenir, ses vieux démons reprirent le dessus, et elle tenta de se dégager en balbutiant des excuses.
MacRae hésita à poursuivre sa chance un peu plus loin. Mais il préféra la laisser reculer. Il se contenta de lui prendre la main, pour la retenir encore un peu.
-Vous n’avez pas à vous excuser. Vous avez été très courageuse. Mais tout le monde a le droit de craquer à un moment.
Ada le regarda un moment sans rien dire, puis elle s’empourpra, dégagea sa main et regagna le camp rapidement, sans se retourner.
MacRae la contempla sans bouger un sourire amusé aux lèvres. Puis il lui emboîta le pas, après avoir ramassé le revolver qu’elle avait laissé tomber.
Lux, qui préparait un rapide petit-déjeuner, les vit revenir l’un après l’autre, par le même chemin, Ada visiblement bouleversée, et MacRae qui avait l’air… incertain.
Il rendit le derringer à Ada, qui le prit avec un bref merci, en évitant de le regarder.
La voleuse devait se demander ce qui s’était passé entre eux, mais aucun des deux ne semblait disposé à l’éclairer.
MacRae s’éclaircit finalement la voix.
-Bien… si ces ladies sont bien reposées, nous plierons le camp et reprendrons la route dès que nous aurons mangé un morceau.Spoiler : HRP
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Post n°10
Auteur : Alesan JeaixLux passa une nuit très mouvementée. Autant pour réussir à s'installer convenablement sur le sol dur et inégal que pour lutter contre ce poids qui la faisait suffoquer.
Asphyxie mentale ou physique?
Aussitôt qu'elle avait réussit à fermer les yeux, confortablement coincée entre deux cailloux, Lux tomba dans un sommeil de plomb, lourd et profond. Peut être un peu trop profond d'ailleurs.
Elle ouvrit les yeux brusquement. Elle se trouvait à Paris. Paris, dans ses égouts mais pas dans sa chambre, enfin si, mais celle qu’elle avait occupée plus jeune, il y'a quatres ans. Elle se redressa lentement, posa les pieds sur le sol humide et se leva, comme elle le faisait tous les matins.Machinalement, elle se dirigea vers la vasque d'eau qu'elle avait remplie la veille. En face d'elle, un vieux morceau de miroir salit lui renvoyait son image.
Une image qui ne cadrait pas avec le décors. Un visage plus vieux que celui qu'il aurait du être. Soudain, on toqua à sa porte. Elle passa un coup d'eau rapide en maugréant un " jarrive..." et se dirigea vers la porte en bois qui délimitait son espace. Tout en défaisant prudemment le loquet, elle demanda " C'est qui?". Pas de réponse. Elle reposa sa question. Silence de mort en réponse. Elle poussa doucement la porte. Et effectivement, elle en vit rien, ni à droite, ni à gauche, ni nulle part.
Elle hocha les épaules et referma la porte, il fallait qu'elle finisse de s'habiller et ...
-Aaah!
Elle ne put étouffer un cris de surprise. Là, au milieu de sa chambre se tenait un petit garçon. Il lui disait vaguement quelque chose mais elle ne sut pas pourquoi. Elle s'approcha doucement de lui.
-Hey, petit, tu m'as fait une de ses peurs... comment es tu entrée?
-Je vais mourir.
Lux leva les sourcils de stupéfactions. Quel étrange petit gars...
-Pourquoi tu dis ça?
-Tous le monde le dit. Les médecins le disent.
-Tu sais on meurt tous un jour et...
-Je vais mourir bientôt si vous m'aidez pas.
Lux ce passa une main sur le visage.
-comment ça? je comprends pas ce que tu me dis...
Le garçon baissa la tête.
-C'est trop tard de toutes façon.
Le visage de Lux se décomposa. Elle ne comprenait pas ce qu'il disait. Ce môme lui disait quelques chose et elle n'arrivait pas à savoir où elle l'avait vu, si elle l'avait vraiment vu un jour. Elle tenta de s'approcher de lui et tendis sa main lentement.
-Rien n'ai jamais trop tard...
Le garçon lui attrapa la main violemment, c'était comme si elle était coincée dans un étau.
-Et pour toi aussi, c'est trop tard. Tu ne pourras pas m'éloigner éternellement Lux!
Le visage du gamin se transforma lentement en Crâne aux orbites sombres et creuses. Lux étouffa un hurlement, tentant de défaire sa main de l’étreinte squelettique. Le crâne la regarda avec son rictus démoniaque et posa son autre main sur la poitrine de la jeune femme.
-Non, tu ne m'échapperas pas...
Lux eut mal. Très mal au contact des doigts blancs sur sa chair. L'air lui manquait, elle ne parvint pas a reprendre son souffle, elle avait l'impression d'être brulée de l'interieur. Elle baissa les yeux, la chose essayait de lui sortir les poumons de la cage thoracique, elle voyait leurs contours se dessiner en rouge sur sa peau alors que la douleur augmentait. Elle sentie ensuite le gout du fer dans sa bouche. Beaucoup trop de fer en fait. Elle porta ses mains à ses lèvres, elle crachait du sang. C'était un cauchemar....
Un véritable cauchemar. Enfin en partie.
Lux se reveilla brutalement, prenant une grande inspiration. Elle inspira et expira calmement pendant quelques secondes puis, se rappelant la situation, elle chercha Ada. La tente n'était pas bien grande, et si Ada c'était cachée ici, elle était très douée. Lux tendit l'oreille vers l’extérieur Aucun bruit ne traversa le lourd tissu de la tente. Elle souffla quelques instants. Elle était seule et personne ne semblait avoir assisté à son reveil très difficile. C'était une bonne chose, elle aurait moins d'explication à donner, moins d'informations à masquer. Elle se redressa lentement, décidée à aller boire quelques choses. A l’extérieur pas d'Ada ni de Jonathan.
-Intéressant...
Elle remplaça ses pensées quelques peu déplacées par des explications très cohérentes : Ada avait sans doute voulue faire un tour seule et Jonathan était partit chasser. Enfin elle supposait. Lux souffla à nouveau, son rêve l'avait extremement perturbée. D'après ses calculs, elle ne devrait pas faire de rechute avant quelques semaines, enfin si sa maladie ne s'était pas aggravée...
Lux alluma le feu et se laissa tombée devant. Un bon petit déjeuné arriverait sans doute à détendre tous le monde. Elle fouilla alors dans le sac à provision pouré dégotter quelques choses de potable. Des Biscuits, du thé. Oui du thé, il fallait qu'elle fasse bouillir de l'eau.
Les bulles commençait à apparaitre quand la brune se sentie mal. Elle toussa, une fois, puis deux , puis trois, puis quatre à s'en arracha la gorge et s'en décoller les poumons. Elle mit sa main en travers de sa bouche pour limiter le bruit, attendant que cette foutue crise cesse. Cela s'annonçait mal. La toux s'apaisa. Lux reprit une respiration normal et voulu se saisir d'une tasse. Elle stoppa son mouvement lorsqu'elle vit sa main tachée de sang.
-Oh non... pas maintenant...
Lux se leva et attrapa l'un de ses mouchoirs dans la poche de sa veste, nettoyant rapidement les preuves compromettantes.
-C'est pas bon ça. Il va falloir que je trouve un moyen d'arranger ça...
ça, comme elle l'appelait, était la récompense de ses années de vies dans l'insalubrité les plus totales. C'était la cause de mortalité la plus fréquentes chez les jeunes de son secteur. Une infection qui bouffait les poumons, privants peu à peu d'air son heureux porteur. Une plaie, un fléau qu'elle voulait à tout prix endiguer. Elle avait ça dans son sac. L'attirail de quoi faire un rituel qui calmerait son état, mais pour cela, il lui fallait du temps, du calme et surtout il fallait éviter de le faire devant une compagnie si...enfin devant eux.
Lux entendit des bruits de pas. Elle cacha le mouchoir et jura intérieurement. Elle n'aurait pas le temps de faire quoi que ce soit avant la prochaine nuit. En attendant, il fallait qu'elle garde son calme.
Et au vue de la tête d'Ada qui venait de débarquer, le calme, elle en aurait besoin. Elle fixa la rousse, puis l'aventurier qui arriva à sa suite. Elle observa leurs petits manège en empechant un sourire narquois de parcourir ses lèvres. C'était sans doute bon signe dans le rapprochement entre les deux idi....tourtereaux.
MacRae prit enfin la parole.
-Bien… si ces ladies sont bien reposées, nous plierons le camp et reprendrons la route dès que nous aurons mangé un morceau.
-J'ai préparé le petit déjeuner...si vous voulez bien prendre place, le service va commencer!
MacRae fit un maigre sourire devant son interprétation de garçon de café, Lux se dit que les prochaines heures allaient être douloureuses pour tous le monde. Lux soupira et s'installa autour du feu, prenant enfin la tasse qu'elle avait tant convoité. Un bon petit thé bien chaud pour la réveiller, et lui enlever ce foutu goût de sang de la bouche.
Un silence de mort s'installa. Ada mâchouillait vaguement ses biscuits, MacRae avait les yeux plantés sur la carte. Super ambiance.
-Combien de temps encore avant le campement?
l'aventurier revint à lui, comprenant la question au bout de quelques secondes.
-2 jours, plus ou moins votre niveau de fatigue. Si vous avez finit, on peut défaire le camp et avancer je pense.
Lux hocha la tête, Ada réussit à avaler la minuscule miette de biscuit qu'elle avait dans la bouche depuis au moins 5 minutes. Lux passa son regard de Jonathan à la bibliothécaire, il allait falloir qu'elle enquête.
Ils plièrent le campement rapidement et silencieusement. Lux en eut marre et se décida à briser la glace.
-Bon, c'est pas tout, mais votre jeu du Roi du silence commence à m'agacer au plus haut point....
-Mlle Phallon commença Jonathan.... il y'a eut un imprévu.
-un imprévu?
-je me suis faites attaquée par un jaguar. Je...
Lux ouvrit de grand yeux. Elle se rapprocha d'Ada et posa une main sur son épaule.
-Waou. je...waou, et vous êtes en vie?Vous faites une belle amazone!
La réplique fit rire tous le monde.
-Jonathan m'a sauvée.
-Attendez... si vous me dites que vous avez ces gueules d'enterrement pour une histoire d'attaque qui se finit bien...
Ada secoua la tête en signe de négation et se mit à rougir. Puis elle s'éloigna de Lux et marmonna quelques choses à propos de son sac à finir. Lux regarda alors Jonathan, qui lui regardait Ada et qui remarqua que Lux le regardait. Il détourna les yeux.
-Oh oh oh! Monsieur l'aventurier, je crois que vous avez des choses à me raconter....
-Je n'ai rien à vous raconter...
Il s'éloigna pour finir lui aussi son sac, mais lâcha un "vous aviez raison, votre méthode marche mieux mais...". Il laissa sa phrase en suspends et s'éloigna. Lux était seul entre deux idiots en état de choc, le tout dans une mission périlleuse. La voleuse sourit, en fait, ce voyage s'annonçait plus drôle que prévu.
Une fois que tous le monde eut enfin fini son sac, ils se mirent en route. Lux reprit sa place au milieu du groupe et lentement, elle tenta d'éloigner Ada de MacRae pour la questionner.
-Sauvée par le chevalier?
Ada leva les yeux au ciel et prit une teinte écarlate.
-j'ai pas le droit à une histoire à ce sujet.
-Il n'y a rien.
-Oh. Donc vous me faites tout les deux grâces de votre super auras à cause de rien...Hmmm, c'est un concept intéressant... Mais bon... Je vous abandonne à votre silence.
Quelques peu agacée, Lux rattrapa Jonathan, qui avait sans doute très bien vue son manège. Lux fit mine de rien, se reconcentrant sur les branches qui barraient son chemin mais ne pouvant résister à la tentation.
-j'espère qu'on croisera un autre Jaguar, moi aussi je veux me faire sauver par Jonathan MacRae!
le reste du voyage ce passa dans un silence dramatique. Les deux parties refusant de communiquer. L'heure de midi se profila à l'horizon et apparemment, tous avait besoin de solitude. Et Lux comptait bien profiter de ce besoin pour s'isoler elle aussi mais pas pour les mêmes raisons. Mais le temps jouait contre eux. Elle retint une quinte de toux dans son mouchoir. Son sortilège de stabilisation venait bel et bien de la lâcher. Un rituel serait impératif ce soir.
Ce soir, tout irait mieux. Elle regarda Ada. Les choses semblaient au plus mal pour elle. MacRae puis ses parents, la situation devait vraiment être difficile pour elle. Lux toussa à nouveau. Ses deux acolytes la fixèrent, elle leva la main pour les rassurer.
-Je crois que j'ai avalé un truc de travers...ou alors j'ai pris froid!
Si ça justification convainc ou pas, Lux ne tint pas à le savoir. Elle décida de faire diversion.
-Ada, je me demandais. Est ce que vous connaissez les recherches que mènent vos parents ici?
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Pendant ce temps, un vaisseau n'était plus qu'à un jour de Cayenne....
Richard avait abandonnée ses recherches, préférant la compagnie d'un verre de scotch aux livres. Il sentait que la roue allait tourner dans peu de temps, mais dans quel sens?
Il fixa Wolf, en train de discuter avec une charmante demoiselle, un regards carnassier dans les yeux.
-Oui...dans quel sens..... -
Post n°11
Auteur : SenaraActe 2 scène 8 : Qui cache quoi ?
Il fallait s’y attendre, Lux avait été impossible dès leur retour au camp. Avec un instinct aussi infaillible qu’insupportable, la voleuse avait tout de suite compris qu’il s’était passé quelque chose, et n’avait pas perdu de temps pour chercher à savoir quoi. Tout au long du petit-déjeuner (si on pouvait appeler ça comme ça) puis de la dure marche qui suivit, elle ensevelit aussi bien Ada que MacRae sous ses questions indiscrètes.
Si elle finit par obtenir un résumé succinct de l’attaque du jaguar, elle n’arriva pas à leur arracher un mot qui pourrait expliquer le malaise qui semblait s’être aggravé entre eux.
Elle aurait sans doute continué à les accabler de questions si la marche n’avait pas requis toute son énergie. Et si une quinte de toux n’était pas venue l’interrompre.
Quinte de toux qui attira l’attention d’Ada. Celle-ci doutait fortement de la véracité des excuses proposées par Lux. Mais elle ne dit rien. Elle se contenta d’observer la voleuse à la dérobée, cherchant des indices sur cette toux. Et elle n’aimait pas trop ce qu’elle voyait. Lux avait l’air malade. Mais elle refusait d’en parler, et Ada gardait trop de choses secrètes pour presser Lux de dire la vérité. Si c’était vraiment grave, elle parlerait. Sans doute. Il fallait l’espérer en tout cas.
-Ada, je me demandais. Est ce que vous connaissez les recherches que mènent vos parents ici?
C’était une question intéressante. Elle-même, elle se l’était posée depuis longtemps. A Paris déjà, elle s’était demandée pourquoi ses parents s’étaient joints à une expédition archéologique dirigée par un professeur qu’on disait un peu fou.
-C’est assez difficile à dire. Mon père n’aime pas parler de ses recherches en cours, c’est une sorte de superstition je crois, il a peur que ça attire le malheur sur ses travaux. Enfin, il ne m’a rien dit de précis à ce sujet. Mais j’ai … fouillé… dans ses papiers, et je pense avoir trouvé. Il cherche depuis des années une plante qui pourrait résoudre certains problèmes d’énergie, entre autres. Et apparemment, il pense avoir trouvé cette plante miraculeuse. Malheureusement, il s’agirait d’un spécimen disparu de toute terre connue depuis au moins 2000 ans. Je crois qu’il espère la retrouver ici, en Amazonie. Ça parait un peu fou…
-Et comment s’appelle cette plante ?
-Le Sylphium. Elle est mentionnée par certains des plus vieux auteurs grecs connus. Elle aurait entre autres propriétés celle de guérir toutes les maladies. Je ne sais pas trop ce qui est vrai dans tout ça. Le seul texte que j’ai pu lire qui en parle en détail est un texte au sujet de l’Atlantide. Platon en a fait une description détaillée, et mon père a réalisé un dessin d’après cette description.
Ada fouilla dans sa besace et en sortit une feuille soigneusement pliée.
-Voilà a priori ce à quoi le sylphium ressemble.
Sur la feuille, on voyait une plante verte, dont les feuilles étaient divisées en cinq parties arrondies, disposées en étoile autour de la tige, surmontées d’une fleur jaune. Il était difficile pour un non-spécialiste de se faire une idée précise.
Ada nota l’intérêt de Lux pour ce qu’elle expliquait. Il s’agissait donc bien d’une maladie. Une maladie qui touchait les poumons… c’était rarement bon signe…
Toutes ces explications avaient au moins eu le mérite de les occuper pendant qu’ils marchaient, et de leur faire oublier un peu la fatigue de cette randonnée dantesque.
Ada attendit un moment pour voir si l’un ou l’autre de ses compagnons de route réagirait. Mais Lux était de nouveau plongée dans ses pensées, et Jonathan avait repris la tête du groupe sans un mot.
De toute façon, la journée touchait à ça fin, et la nuit allait bientôt tomber. (Cette expression n’avait jamais eu autant de sens qu’ici, où l’on passait de la luminosité verdoyante du jour à l’obscurité la plus complète sans transition, ça vous tombait vraiment dessus.)
MacRae annonça bientôt l’heure de monter le camp. Ada en fut soulagée. La journée avait été particulièrement éprouvante, et pas seulement à cause de la marche. Sa rencontre avec le jaguar l’avait hantée une bonne partie du chemin. Enfin, surtout ce qui avait suivi. Il ne s’était rien passé de si particulier au final. Et pourtant, elle avait l’impression d’avoir franchi une ligne invisible. Elle avait jeté des coups d’œil fréquents à leur guide, sursautant quand elle croisait son regard. A croire qu’il la surveillait lui aussi.
Non, elle ne voulait pas penser à ça. Elle ne voulait pas penser à lui. Elle devait se concentrer sur ses parents. Elle devait les retrouver.
Une fois le camp monté, Jonathan s’abîma dans des calculs complexes pour déterminer leur position et le chemin qu’il restait à parcourir. Lux s’éclipsa dans la forêt. Ada hésita un moment, mais décida qu’elle ferait mieux de ne pas tenter la chance (ou le diable) et d’éviter le risque de réitérer l’expérience de la matinée. Elle se réfugia plutôt sous sa tente sans un regard en arrière.
Elle ne vit donc pas que Jonathan avait quitté ses calculs pour fixer la tente en question d’un regard troublé. Comme si celle-ci pouvait répondre à toutes les questions que lui-même se posait.
Il n’aurait jamais cru que cette mission le perturberait autant. Qu’elle soit dangereuse, un peu folle, oui. Mais qu’elle lui rappelle son autre vie, celle où il n’était pas un coureur d’aventures et de jupons, mais plutôt un gentleman, ça, il ne l’aurait jamais imaginé.
Il avait suffit qu’il croise une jeune femme, à la fois courageuse et vulnérable. Une jeune femme qui lui en rappelait une autre, bien des années auparavant. Celle-ci, il n’avait pas pu la protéger, et cela lui avait valu son exil. Il commençait à se demander si Ada ne représentait pas une chance de rédemption. En tout cas, elle, il ne l’abandonnerait pas. Il ne referait pas deux fois la même erreur. -
Post n°12
Auteur : Alesan JeaixS’aventurer dans la jungle amazonienne, seule, alors que la nuit commençait à dévorer de son ombre toute trace de lumière, était une chose risquée, stupide et insensée. Mais ce n’était pas les premières choses risquées, stupides et insensées que Lux Phallone avait faites dans sa vie. Comme par exemple voler un grimoire ancien contenant les secrets de la maitrise de l’Alchimie à l’une des têtes pensantes de la plus terrifiantes et meurtrières sectes qui n’ai jamais existée. Lux se prit à rire. Parfois elle avait l’impression que quoiqu’elle fasse, elle se retrouverait toujours au cœur de situation désespérée, amenée au bord de la catastrophe la plus ultime qui soit. Mais en même temps, qui d’autres à part l’insaisissable voleuse pouvait se sortir de ce genre de situation ?
Une quinte de toux lui rappela ce qu’elle était venue faire entre ces buissons touffus. Elle avait un sortilège à rétablir. Elle observa par-dessus son épaule le moindre mouvement qui pouvait provenir de leur campement de fortune alors qu’elle sortait certaines affaires d’une poche secrète de son sac. Il y avait plusieurs rouleaux, un sac de poudre de souffre et de sulfate de cuivre, un autre de salpêtre et d’alun. Elle en sortit un dernier qu’elle rerangea : elle n’avait pas besoin d’Arsenic pour ce rituel là. Il sortit aussi son sac de craie, indispensable pour exercer sa magie dans les bas fonds. Un peu moins indispensable dans une jungle mais elle pourrait toujours graver les troncs avec. Elle re-regarda par-dessus son épaule, comme un enfant qui fait une grosse bêtise et qui ne veut pas être surpris par ses parents, et après s’être bien assurée de la non présence de forme de vie autour d’elle, elle se saisit de ses poudres et de ses craies et commença à tracer.
Un cercle, dans ce cercle, un autre cercle central entouré de 3 autres cercles reliés entre eux par le tracé d’un triangle. Elle coupa le triangle par un autre triangle pour qu’ils s’assemblent en étoile. La craie ne marquait pas trop mal sur les racines et le sol rocailleux, s’était une bonne chose. Elle traça ensuite des lignes reliant les sommets opposés de chaque branche de l’étoile. Lorsque ces lignes coupèrent le cercle extérieur, elle déposa une pincée de poudre. Elle se redressa et regarda à nouveau au dessus de son épaule. Personne, aucune âme qui vive et c’était tant mieux. L’alchimie était une chose difficile à expliquer alors autant éviter une scène de ce genre. Elle fouilla dans ses poches et sortit des allumettes. Elle en gratta une et alluma le premier tas de poudre. L’odeur familière du souffre commença à s’emparer de la zone, elle se dissiperait bien vite dans ce grand air.
- - Par le Feu, par l’air, par l’eau, par la terre, par le soleil et par la lune, défais ce qui à été fais et fais ce qui à été défais. Par la puissance de la Lumière, je dissous ce qui est contraire, je rétablis l’équilibre du cycle de vie, restaure ce qui à été détruit.
Lux s’assit au milieu du cercle en fermant les yeux. Les poudres prirent feu les unes après les autres, propageant leur énergie dans le tracé. Ce rituel était devenu une habitude pour elle. Elle lui devait sa survie depuis… depuis trop longtemps en fait. Il était le seul moyen de défense qu’elle avait pu trouver pour endiguer cette maladie qui rongeait indistinctement hommes, femmes et enfants ayant la malchance de vivre dans la pauvreté la plus complète
.
Lux aurait pu être médecin. Mais elle avait vite comprit que même la médecine actuelle ne pouvait rien à sa situation. Elle pouvait à peine apaiser ses douleurs, alors ne serais-ce que la guérir ou stabiliser son état, c’était impensable. Et c’était ce qui avait fait que Lux avait mis les deux pieds dans la gueule d’un loup trop grand pour qu’elle s’en sorte indemne. L’alchimie était une magie controversée. Entre le mythe et la science, trop fantasque pour être crédible mais trop recherchée par des gens haut placés pour être totalement fausse.
Elle respira profondément les vapeurs de souffre, sentant ses poumons se décongestionner sous la fumée. Un picotement s’en suivit, comme un arc électrique qui vous parcourt, ensuite ce fut comme si quelque chose ou quelqu’un essayait de vous arracher les poumons de l’intérieur. Ses pupilles se révulsèrent, mais elle ne cria pas, elle avait l’habitude, cela faisait longtemps qu’elle ne criait plus même si la douleur restait atroce. C’était les minutes les plus longues de sa vie, attendre que le rituel fasse effet, attendre que son esprit reconnecte son corps. Oui, parce que à cet instant là, Lux était loin. Son âme voltigeait dans les hautes sphères de la magie, maintenue à son corps par une mince chaine qui l’empêchait de complètement s’échapper de sa prison de chaire. Une chaine que la maladie et la mort essayaient de briser dès que l’occasion s’en présentait. Mais la magie qui protégeait Lux était trop puissante pour l’une et pour l’autre, du moins pour le moment.
Lorsque Lux rouvrit les yeux, son âme lui colporta les images de son voyage. Des nuages, des lumières, des visages, des symboles. Des images que Lux utilisait comme base pour ses recherches, des images dont le Sylphium faisait partie. En fait, lorsqu’Ada l’avait décrite, elle l’avait tout de suite reconnue. Elle n’avait regardé l’image que pour s’assurer de la véracité de ses pensées. Toujours assise au milieu de son cercle, elle croisa les mains sous son menton. Ce n’était pas un hasard si elle avait croisée Ada Brissac sur son chemin. Elle et ses parents détenaient apparemment une clé que la voleuse cherchait depuis fort longtemps. Mais pour le moment, même la bibliothécaire ne semblait pas en savoir plus qu’elle sur ce sujet. Il ne fallait pas qu’elle la perde de vue.
Elle passa ses mains sur son visage, étonnée qu’aucune bête féroce n’ai décidée de lui faire une visite surprise durant son absence.
- - Elles n’aiment sans doute pas l’odeur de la magie…
Elle se redressa lentement, respirant à plein poumons, profitant de l’air frais du soir pour récupérer des forces et de l’oxygène. Toutes les poudres étaient consumées, ils ne restaient que des vagues traces de carbones sur le sol. Avec son pied, la brune défit son dessin et rangea ses affaires. Avant de refermer son sac, Lux déroula l’un des parchemins qu’elle avait sortit. Le symbole du sylphium était dessus. Ada Brissac n’avait pas croisée sa route par hasard….Mais qu’en était-il de McRae ?
Lux rebroussa chemin et retourna au camp. Le guide était seul à côté du feu, les yeux rivés sur ses cartes. Lux ne sut dire s’il les étudiait vraiment où s’il était perdu dans des pensées étranges l’emportant sur des rivages lointains avec des princesses rousses.
-Vous en avez mis du temps…
-Le Jaguar n’est pas venu.
Lux posa son sac à côté du feu et s’assit en face de McRae. S’il voulait jouer à ce jeu là avec elle, il allait vite se rendre compte que la défaite serait son seul cadeau. McRae la dévisagea d’un œil mi-contrarié-mi-fatigué.
-La jungle est dangereuse pour une femme seule.
-Les rues de Paris sont dangereuses pour une femme seule.
Jonathan soupira bruyamment. Le visage de Lux était impassible, ses yeux restant accroché sur le jeune homme, observant le moindre rictus de ses lèvres, les moindres rides qui dévoilaient sa pensée. Il resta silencieux. Pendant quelques seconde, il fit presque de la peine à la voleuse qui failli battre en retraite dans sa tente pour le laisser ruminer ses pensées en paix. Mais elle n’aimait pas voir les bêtes souffrir, elle préférait les achever.
-J’avais besoin d’un peu de calme et de solitude. Vous m’avez mené la vie dure aujourd’hui avec Mlle Brissac.
-Nous ? Mais c’est elle qui…
-qui quoi ?
McRae se mit à triturer son chapeau, son regard fuyait.
-Une femme vous résiste et vous perdez vos moyens ?
Il jeta son chapeau au sol.
-Non, ce n’est pas ça.
La phrase claqua. Le ton était sec, dur, presque violent. Lux se dit que si elle avait eut le malheur d’être un homme, elle se serait sans doute pris une belle droite. Et pourtant, elle ne cilla pas. Elle avait l’habitude de la colère humaine, des rages sourdes des hommes, de leur menace. Elle n’en avait pas peur car sinon elle serait morte ou emprisonnée depuis longtemps.
-Qu’est ce alors ?
Passant de la colère à la détresse, il prit sa tête entre ses mains, se massant doucement les tempes.
-Jonathan, il s’est passé quoi avec ce Jaguar ?
-Je ne sais pas …Lux …je ne sais pas.
Lux aurait voulu lâcher un soupir mais elle se retint. Elle, elle savait probablement ce qui était en train de ce passer. Un sentiment profond était en train de retourner les entrailles du pauvre guide et ce sentiment profond devait sans doute entrer en conflit avec un passé lourd et lugubre. La même chose du côté d’Ada.
-Moi je sais.
-Vous savez…bien évidemment vous savez tout vous…lui cracha-t-il amèrement. Vous ne savez rien…
Lux leva les yeux au ciel. Elle voulait juste l’aider et voila. C’était tellement facile de se mettre en colère, de détester les gens, simplement parce que vous savez qu’ils vont vous apporter quelque chose que vous ne voulez pas voir, quelque chose que vous vous refusez d’accepter. Comme si vous refusiez que quelqu’un vous aide à porter un sac trop lourd qui vous broie lentement les vertèbres et risque de vous rendre infirme. C’était stupide et immature. Lux replaça une mèche de cheveux sur son oreille, un peu heurtée par le ton acerbe de son guide, mais elle se rappela qu’elle aussi avait été comme ça. Et dieu en soit loué, elle en était sortit rapidement.
Elle attrapa son sac et se redressa en époussetant vaguement son manteau.
-Le jour ou vous comprendrez que, même si on apprend de son passé, il est déconseillé de vivre dedans… .. Bon, J’vais aller étaler mon savoir sur mon oreiller moi.
Elle se détourna du feu et se dirigea vers la tente. Ada y lisait paisiblement. Lux se demanda un instant si elle avait entendu sa « non-discussion » avec leur guide, mais elle ne sembla pas quitter la page qu’elle parcourait des yeux.
Lux posa son sac dans un coin et s’assit en enlevant ses chaussures.
-Votre ballade à été bonne ?
Lux se retourna lentement vers la rousse. Elle avait perçue de la suspicion dans la voix de la bibliothécaire. Elle fronça les sourcils. De la jalousie peut être ? A moins que ça ne soit autre chose…
-Je cherchais un jaguar et…MFFFPFF
Ada venait de lui jeter un oreiller à la tête dans la seconde qui avait suivi le mot « jaguar ». Décidemment, qui aurait cru qu’un gros chat pouvait à ce point retourner l’équilibre fragile d’un groupe sans que personne n’ai été mangé ?
Elle relança l’oreiller sur Ada.
-faudra que l’un de vous deux m’explique ce que cette pauvre bête vous a fait !
Ada se renfrogna et reprit son livre en main.
-Rien.
-A d’autres s’il vous plait…
-Vous ne toussez plus ?
-Pardon ?
Ada rabaissa lentement son livre et la fixa de ses grands yeux verts.
-Je constate que vous ne toussez plus.
Lux lui tourna le dos et entreprit de défaire les boutons de sa veste et de son chemisier.
-Ce n’était qu’un petit rhum passager.
-Un rhum passager. En pleine jungle amazonienne… c’est un peu fou non ?
-Ada, pour vous accompagner il faut être un peu fou.
Lux se retourna vers Ada, planta ses iris sombre dans ceux de la bibliothécaire.
-J’ai un bon métabolisme. Je me remets vite.
Lux soutint le regard que lui lançait la rousse. Intérieurement, la voleuse jurait. Cette bibliothécaire était très perspicace, trop même. Ou alors elle n’avait pas assez fait attention ? Il fallait qu’elle soit plus sur ses gardes, elle n’aimait les regards de la jeune femme, ils transpiraient là…curiosité. Et la brune entendait bien garder son secret le plus longtemps possible. Mais maintenant, il lui fallait une diversion.
-Ne me regardez pas comme ça. Je n’ai pas touché à votre chevalier Servant. MpfffffMPFFFFF. La prochaine fois que vous me lancez cet oreiller, je le garde !
-C’est le vôtre que j’ai lancé.
La voleuse fronça les sourcils et tira la langue à la bibliothécaire. Elle se glissa ensuite sous sa couverture et ferma les yeux tandis qu’Ada éteignait la lampe. Un sourire naquit sur les lèvres de Lux.
-Il faudrait que vous discutiez avec Jonathan, histoire de voir si c’est à lui de partager votre tente ou non. AIE ! Mais ça fait mal ça !
N’ayant plus d’oreiller à lui lancer, Ada lui avait lancée un bon coup de pied dans le tibia.
-Vous avez un bon métabolisme, vous vous remettrez vite.
~~~~~~~
Richard s’étira longuement sous le soleil de Cayenne. Cela lui faisait grand bien de poser les pieds sur la terre ferme, même si le roulis du bateau perturberait son équilibre encore quelques heures. Il n’était pas habitué aux grands voyages en mer et c’était la première fois qu’il mettait les pieds sur le nouveau continent.
Devant lui la ville de Cayenne, des maisons de bois blanc organisées autour du port et d’une place centrale. L’arrivée du bateau avait créée une certaine agitation dans un petit groupe d’enfant qui épiait les personnes qui débarquaient d’une façon insistante. Richard s’assura qu’il n’avait rien laissé de précieux dans ses poches et que son pistolet n’était pas atteignable par la bande de gamin. Les accidents arrivaient vite.
La voix sifflante de Jean Wolf retentit dans son dos.
-J’espère que vous avez un plan pour les retrouver dans ce…trou M. De Morgan.
Le plus jeune posa sa casquette d’officier sur la tête, elle n’aurait sans doute jamais autant d’utilité que face au soleil de Cayenne.
-Elles ne savent pas qu’on les suit.
-Cette garce de Phallon le sait.
-Cette « garce de Phallon » n’est pas seule et ne peut pas savoir que nous avons débarqué ici Wolf.
Wolf dévisagea le brun qui poursuivit le développement de son idée en évitant soigneusement de croiser le regard de son comparse, peu rassuré.
-Si on veut obtenir des renseignements facilement, on ne doit pas éveiller la méfiance….il faut qu’on se fasse passer pour des amis de la famille. Nous savons qu’elles sont passées ici. Nous savons aussi que les parents de Mlle Brissac sont ici. Si on les trouve, on trouvera Phallon.
Wolf se tut quelques instants. Walderein leur avait confié cette affaire parce qu’il savait qu’ils étaient les plus qualifiés pour ce travail. Il avait aussi dans l’espoir que DeMorgan calmerait les ardeurs meurtrières et sociopathe de Wolf. Le loup le savait aussi d’ailleurs. Le vieux Teuton lui avait bien demandé d’agir « avec discrétion ». Les cadavres étaient rarement discrets, même si Wolf avait une certaine maitrise sur le sujet. Il y avait des disparus que n’étaient toujours pas réapparus, et qui ne réapparaitraient sans doute plus jamais.
-Les meilleurs endroits pour obtenir les informations sont le bar, le comptoir de commerce et l’hôtel.
Wolf fixa les gamins qui se cachaient derrière les caisses de marchandises. Il s’approcha lentement de l’un d’entre eux et sortit une pièce d’or, la faisant tournoyer sous les yeux de l’enfant.
-Dis moi petit, tu n’aurais pas vu deux cat….demoiselles passer par ici récemment ?
Les yeux du petit s’allumèrent sous l’éclat de la pièce. Il hocha lentement la tête, ne quittant pas des yeux le jetons d’or.
-Quand et où ?
-4 jours…sont allées voir M’sié D’Orchamp…
Le petit tendit le bras pour attraper la pièce. Wolf le regarda avec un sourire inquiétant, DeMorgan déglutit derrière lui.
-Wolf. Le temps presse.
Wolf hocha la tête puis abaissa son bras, comme pour donner la pièce au petit. Au dernier moment, il la lança dans l’eau. Richard appela une nouvelle fois Wolf, pour le détourner de l’enfant. Ce dernier, après avoir craché au pied du mauvais homme, sauta à l’eau pour tenter de récupérer sa pièce. Au moins, il était hors de portée. Jean ajusta son costume et fixa le jeune officier.
-Bien Richard. Allons donc rendre une visite de courtoisie à M. D’Orchamp….