Bienvenue sur SWRPG !

Créé en septembre 2006, ce RPG situé dans l'univers Star Wars a démarré à l'aube de la Guerre des Clones. Nous avons cependant pris une trajectoire bien différente de celle de la saga. 18 ans plus tard, nous voilà dans un univers parallèle aux films de George Lucas, un univers unique dans lequel nos propres personnages ont eu (et auront) un impact sur sa destinée.

Contexte: Il n'y a pas si longtemps que ça, dans une galaxie lointaine, très lointaine... L'Ancienne République influençait les quatre coins de la Galaxie, guidée et protégée par les légendaires Chevaliers Jedi, gardiens de la paix et de la justice. De nombreuses années plus tard, on dénombre de nombreux régimes successifs, mais aucun n'a réussi à s'imposer durablement. Empire Démocrate... Empire Sith... Voilà que les différents chemins empruntés nous ramènent donc à une République Fédérale, sans que l'on soit assuré qu'elle parvienne à durer dans le temps. Une République Fédérale qui décide de miser sur la nouvelle Garde Républicaine, vouée à remplacer un Ordre Jedi dont on refuse le dogme si particulier.

Pendant ce temps, Sith, Séparatistes et Chasseurs de Primes ont su se préserver à différentes échelles de l'échec de l'Ancienne République. Tandis que l'Ordre Sith a connu récemment sa fin sur Cathar, laissant la place à différents cultes bien moins influents mais tout aussi dangereux, les Chasseurs de la Guilde de Dantooine n'ont jamais été aussi nombreux, parcourant les mondes à la recherche de primes qui en valent le coup. La Confédération des Systèmes Indépendants, elle, résiste aux fluctuations du temps et se préserve des menaces extérieures en n'hésitant pas à agir lorsqu'il le faut, comme l'en atteste son intervention musclée sur Cathar. La même Cathar qui avait accepté d'accueillir les Vestiges de l'Empire suite à la scission de l'Empire Sith, et qui aujourd'hui se retrouve sous la tutelle des Séparatistes.

Les temps sont sombres, le ciel annonce de mauvais présages comme c'est le cas à chaque nouvelle ère. Les relations entre les grandes puissances ne sont pas au beau fixe, les Sith sont de nouveaux reclus dans l'ombre -là où ils sont les plus menaçants- et les Jedi se terrent sur Endor, bien décidés à ne pas dévoiler leur présence à ceux qui leur sont hostiles et bien décidés à s'en tenir à leur but éternel : l'étude de la Force.

Jamais une ère de SWRPG n'aura été si indécise et pourtant, il y aura toujours quelqu'un pour bouleverser l’échiquier galactique. Comme ce fut le cas ces huit dernières années. Peut-être que tu seras cette personne, qui sait? Notre Galaxie t'attend !

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    #1

    Post n°1
    Auteur : Azel Kyone'e


    Préface




    Univers du RP :
    Star wars RPG - Flashback
    Plus d'un an avant l'ère actuelle du forum

    Joueurs :
    Azel Kyone'e
    Nash Futhark


    Personnages utilisés :

    - Nash Futhark -
    Joué par : lui-même


    Race : Chiss
    Âge : 27 ans

    Description succincte : Qui ne connait pas le Major Futhark, bras armé du BSI, personnalité émérite du glorieux Imperium ? On ne le présente plus... Et pourtant. Il s'avère que le Chiss le plus connu des impériaux a encore de nombreux secrets. Il les garde jalousement, presque avec religiosité, pourrait-on dire. Car il ne faut pas l'oublier : avant d'intégrer l'armée impériale, Nash a erré dans l'espace, depuis la mystérieuse et lointaine Ascendance Chiss, dont personne ici ou presque ne connaît l'existence. Qu'a-t-il pu croiser durant ces trajets dans l'espace profond ? Lui seul le sait.


    ---

    - Xahr'stjonu'tsalem'prävasigh -
    Joué par : Azelsky


    Race : Duinuogwin
    Âge : près de 1200 ans

    Description succincte : Les Duinuogwin, ou dragon des étoiles. Ils sont si rares que l'on vous traite souvent de fumeur de bâton de la mort si vous prétendez en avoir croisé un. C'est d'ailleurs autant par leur rareté que par leur désir de s'isoler que ces créatures étranges et fascinantes sont aussi méconnues. Car être un être serpentiforme de trente mètres de long, dans une galaxie dominée par de petits bipèdes d'un mètre soixante en moyenne, n'est pas une sinécure ! Vous pouvez le croire... Xahr', comme il se surnomme lui-même pour épargner les esprits humains de l'épellation fastidieuse d'un nom à rallonge, est un vieux spécimen relativement placide, jovial, dont la sagesse pourrait rivaliser avec celle d'un Jedi. S'il savait ce qu'était un Jedi. Vivant la plupart du temps dans le vide intersidéral, le dragon n'avait que peu croisé d'autres êtres pensant, se contentant de longues méditations entre les étoiles comme la plupart des siens. Et dire que ces rares rencontres avec les civilisations de la galaxie avaient été de tout repos aurait été mentir. Pourtant, Xahr' ne semblait pas vraiment leur en tenir rigueur. Naïf ? Sans doute, mais c'est certainement ce qui lui permit un jour, sur sa mille deux-centième année, de faire une rencontre toute particulière, qui allait laisser des traces pour le restant de ses jours.




    Venus des Étoiles, tombés des cieux




    Espace Sauvage - Quelque part entre la Bordure Extérieure et les Régions Inconnues

    Parmi les milliards de systèmes qui constituent les extrêmes limites de cette galaxie, de nombreux restent - et resteront encore - inexplorés. Parmi tous ces mondes, certains sont le refuges de peuples oubliés, d'autre, celui de créatures étranges. Mais aujourd'hui, ce n'est pas tant vers un monde en particulier que nous zoomons, mais plutôt sur l'espace qui les sépare. Un vieux Jedi disait un jour "toute rencontre se fait d'abord dans le vide intersidéral." Peut-être ne pensait-il pas avoir à ce point raison...




    Cela faisait quelques rotations planétaires que je guettais avec curiosité ce qui se tramait là. Par "là", je veux dire : autour de ce monde-ci. Étrange, d'habitude, cet endroit est plutôt calme, car les bipèdes qui peuplent le reste des systèmes solaires ne vivent pas ici. Enfin, jusqu'à présent. Il semblerait que la donne ait changé. Oh, je pense que je vous donne l'impression de leur en vouloir ? Que nenni, en vérité cela m'indiffère. Si ce petit caillou leur plaît, qu'ils y fassent donc leur nid ! Ce n'est pas moi qui les en blâmerait. Au contraire, j'observe toute cette agitation avec une certaine curiosité ! Cela fait bien longtemps que je n'ai plus croisé autant que coquille de métal bipède flottant en réunion dans l'espace. Elles sont de toutes tailles et de toutes formes. Pas si nombreuses si j'en juge par certaines de mes expériences passées, mais tout de même. Un bon petit escadron ! Mon regard les suit, tandis que je flotte négligemment dans le vide. Oh, oui, je suis un flemmard, je l'avoue. Hm. Mais que voulez-vous... Chacun ses petits plaisirs, non ? Vous passez votre temps à manger, boire, profiter de tous les plaisirs qui sont les vôtres. Pourquoi, sous prétexte que nous sommes grandement dissemblables, n'aurions-nous pas les nôtres ? Me baigner dans les vents solaires est mon péché mignon à moi ! Voilà tout ! Il n'y a rien de mal à cela.

    Lorsque les coquilles flottantes ne sont plus que de petits points noirs dans l'orbite de cette planète, je décide de me rapprocher pour savoir. Savoir quoi ? Grande question ! Que diable ces petites âmes trouvent-elles attrayant sur ce monde pour désirer s'y poser ? Et d'ailleurs, il se passe toujours des choses étranges et intéressantes près des bipèdes !

    Je chemine donc vers la troupe qui se regroupe de plus en plus, chevauchant gaiement ce petit vent stellaire qui irradie depuis la géante rouge dans notre dos.

    C'est alors que j'aperçois une coquille solitaire. Elle est différente des autres. Dans ma vision des choses, elle me paraît... plus jolie. Remarquez, ceci est totalement subjectif ! Sans doute les bipèdes pourraient-ils la trouver tout à fait immonde ! Mais elle me plaît. Elle me fait l'effet d'un petit égaré. Je tournoie autour et lui indique la présence de ses congénères. Elle y est presque. Elle a dû louper de peu la brèche hyperspatiale ouverte par sa nichée, et débarque avec un temps de retard. Je tâche de la guider de mon mieux, même si je ne peux pas être certain de la compréhension qu'on ses habitants de mes tentatives.

    Après un temps d'hésitation, la petite coquille solitaire accepte de me suivre. Nous finissons par rejoindre le gros du groupe, qui aborde l'orbite basse du monde désertique. Quand je me détache d'elle, un mauvais pressentiment m'étreint. Les coquilles n'ont pas l'air de reconnaître la petite nouvelle. Pire : elles l'attaquent ! Je me sens stupide, et tout affolé. Que font-elles ? Pourquoi les bipèdes s'en prennent-ils à l'un des leurs ? C'est idiot ! Mais il est trop tard : la coquille solitaire riposte, tant et si bien qu'elle en détruit trois avant que je ne puisse tenter quoi que ce soit. La troupe s'énerve instantanément.

    Dans l'espace, il n'y a ni haut ni bas, ni droite ni gauche. Mais je suis malgré tout cerné. Un grognement m'échappe, qui ne résonne que dans ma tête par absence d'air aux alentours. Fichtre, me voilà en fâcheuse posture ! Je sais à quel point les bipèdes peuvent se sentir menacer par notre apparence. Ceux-là s'imaginent certainement que je souhaite m'attaquer à leurs précieuses coquilles ! S'ils savaient combien il se trompent... Hélas, je parle dans le vide. Hm, c'est le cas de le dire.

    Les coquilles se mettent alors à lancer leurs dards de lumière dans tous les sens. Mon agilité me permet d'en esquiver la plupart, tandis que la petite coquille étrangère zigzague pour y échapper elle aussi. Mes mâchoires claquent d'indignation : c'est bien une attitude bassement bipède, tirer sur tout ce qui bouge ! Je parviens à m'extraire en grande partie de l'attroupement de coquilles pour tenter de rallier l'atmosphère de la planète. Une fois posé, je pourrais récupérer de ce petit numéro d'acrobate tranquillement. Mais peut-être ai-je sous-estimé la rapidité de ces armes. Un tir m'atteint de plein fouet, m'arrachant un glapissement muet.

    Ma chute me paraît interminable. J'ai beau me débattre, mon corps ne répond plus, la gravité prend le dessus et je chois comme une météorite. L'atterrissage est... douloureux. Trop douloureux pour ma pauvre tête malmenée par un choc pareil. Je décide de faire un petit tour dans une autre dimension, en attendant que le mal passe. Lorsque je reprends mes esprits, il fait nuit noire sur ce monde stérile et vide. Je suis étalé de tout mon long dans le sillon béant que j'ai creusé. Chacune de mes pattes me cause de pénibles souffrances, et mon aile droite pend lamentablement. J'expire un peu de mon oxygène par les narines, bruyamment. Vieux réflexe qui marque mon mécontentement. Ces idiots ne m'ont pas raté... Une marque zèbre mon flanc écailleux. Certes, elle n'est pas suffisamment profonde pour être irréversible, mais tout de même ! J'ai fait preuve d'une chance incroyable : les écailles de mon ventre ne sont pas aussi solides. Je lève la tête vers l'espace et rugit. Là, cela s'entend, et bien comme il faut !

    " Ingrats ! Scélérats ! Voilà comment vous récompensez les voyageurs stellaires qui vous viennent en aide ! Vous êtes bien tous les mêmes. "

    Immatures et lunatiques, aveugles et sourds. Agressifs comme des animaux ! Ah... Je tente de m'extirper de cette terre qui me recouvre en partie, mais mon épuisement est tel que je ne peux même plus repousser la gravité. Mon poids colossal me freine. Je dois avoir l'air d'un misérable ver des sables à l'heure qui l'est. Quelle déchéance...

    Je me demande si la petite coquille a eu plus de chance que moi. Ses occupants ont dû avoir très peur ! Ou peut-être sont-ils déjà loin. Je l'espère.




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      #2

      Post n°2
      Auteur : Hivernus

      Quelque part au milieu de nulle part.


      Les braises de la bataille fument encore, du moins ce qu'il en reste. Le feulement rauque d'un chasseur TIE vient fendre le silence en deux. Il est suivi de prêt par le vrombissement de deux chasseurs Vautour qui ne mettent pas longtemps à faire feu sur la cible. Leur cible. Le pilote de l'appareil impérial parvient à esquiver toutes les salves laser à l'aide de manœuvres habiles. Il est doué, très doué. Mais ses nerfs d’acier sont mis à rude épreuve par les automates, qui eux sont infatigables et implacables. Et finalement l'erreur arrive. Plusieurs tirs viennent pulvériser l'aile droite du TIE qui tourbillonne un instant dans les airs avant de venir s'écraser dans le désert. Les deux chasseurs droïdes tournoient au dessus de la carcasse fumante tels des rapaces à l'affût. Les flammes viennent déjà lécher la carlingue du chasseur impérial lorsqu'une silhouette vacillante se traîne hors du cockpit.
      Mais il est trop tard pour le pilote.
      Les automates séparatistes crachent à nouveau leurs salves meurtrières qui viennent un temps labourer les sables chauds avant d'atteindre leur objectif. Une explosion sourde soulève la masse ensablée et projette des débris métalliques dans tous les sens. L'impérial se tortille de douleur un instant, dévoré par les flammes, avant de s'éteindre dans un dernier râle. Leur besogne achevée, les machines de guerre de la CSI repartent et se dirigent vers un nouveau front.
      Dans le lointain, on entend encore les clameurs de quelques escarmouches, mais il n'y a nul doute à avoir. Les forces séparatistes viennent de mettre en échec la marine impériale.


      Plusieurs heures passent et les escarmouches se font de plus en plus rares. Les explosions multiples laissent de nouveau place au silence menaçant du désert et la chaleur se fait toujours plus insistante. Et pourtant, ce ne sont ni les échos des brèves rencontres entre séparatistes et impériaux, ni l'étouffante chaleur qui viennent tirer le Chiss de sa torpeur. Quelque chose tire frénétiquement sur l'une des bottes du lieutenant d'un jour. L’humanoïde distingue vaguement une silhouette décrépie au plumage noirâtre s'en prendre à sa botte. Un charognard ?
      L'impérial s'empare d'un boulon coincé douloureusement entre ses omoplates et le jette sur l'échassier qui s'envole en poussant des avertissements furieux. Voilà une bonne chose de faite... il ne reste maintenant plus qu'à examiner l'endroit et à déterminer la situation. Le rescapé essuie d'un revers de main son front dégoulinant de sueur. Il souffre cruellement de la chaleur et la capsule de sauvetage qui lui a permis de s'en sortir agit actuellement comme un four. En restant là, il se déshydraterait rapidement. De toute façon, il n'a aucune envie de s'éterniser dans la capsule. Elle est trop exposée aux dangers et n'offre visiblement aucune protection. Une fumée âcre vient chatouiller ses narines et lui arrache une quinte de toux, le sortant ainsi de ses pensées.
      Le Chiss rassemble ce qui peut être utilisable et se fixe des priorités. Il lui faut dans un premier temps tenter de trouver d'autres survivants. Après tout, il n'est pas impossible que d'autres aient réussi à s'en sortir.


      Quelques heures plus tard...


      Nash fixe avec une certaine curiosité la capsule de sauvetage qui se présente à lui. Elle ressemble en tout point celle qu'il a abandonné il y a de ça quelques temps déjà. Se pourrait-il qu'il tourne en rond ? Non. Impossible. Cet endroit n'est visiblement pas jonché de traces de pas. Il secoue un instant la tête, comme pour reprendre ses esprits. Il a presque l'impression qu'il va devenir fou. Ses deux mains viennent chercher la gourde qu'il porte ensuite à ses lèvres desséchées. Il y a tout juste de quoi le faire tenir une heure ou deux. L’humanoïde tente un instant de stopper les tremblements qui parcourent l'ensemble de son corps avant de se décider à entrer. Il n'affiche aucune émotion en découvrant les trois corps sans vie de camarades impériaux, les visages figés en une expression d'horreur. Pour eux, l'atterrissage n'a pas été une partie de plaisir.
      Mais le Chiss ne s'attarde pas à examiner les cadavres, il se lance dans une fouille minutieuse de l'endroit, à la recherche du moindre truc qui pourrait rallonger son espérance de vie. D'une certaine manière, lui aussi était un charognard. Au bout de quelques minutes, les recherches s'avèrent infructueuses et il doit se résoudre à quitter les lieux le plus vite possible, afin de ne pas épuiser inutilement ses ressources.
      La chaleur s'abat sur l'impérial avec toujours autant de fermeté et celui-ci commence à se sentir vaciller. Il erre tel un fantôme sans ambition entre les dunes de sable. Il entreprend de grimper sur l'une d'entre elles afin d'avoir une vision d'ensemble mais la tâche se révèle difficile. En effet, le sol se dérobe de nombreuses fois sous les pieds du Chiss et ce dernier n'arrive finalement au sommet qu'à partir de la dixième tentative. L'impérial en vient presque à regretter ses escapades nocturnes dans les steppes enneigées de Csilla...
      Au loin, il arrive à deviner la forme distinctive d'un Destroyer Impérial, enfoncé dans les sables chauds et mortels de cette planète dont il ne connaît toujours pas le nom. Dans sa paranoïa, l’État-major impérial du "Résolu" avait décidé de garder secret les destinations du vaisseau de guerre, afin que les informations ne puissent pas être transmises à l'ennemi. Et pourtant, cela semblait être un échec puisque des forces hostiles avaient finalement eu raison du navire et de son équipage.
      Néanmoins, une question subsiste. Est-ce qu'il pourrait s'agir du "Résolu" ? L’humanoïde hausse un instant ses sourcils. Non, cela semble impossible. Il l'avait vu se désintégrer en orbite sous les tirs séparatistes ! A moins qu'il ne s'agisse là d'un mirage...
      Il doit garder son sang-froid. Il doit rester calme et avoir les idées claires s'il veut survivre. Et pourtant... il a envie de se ruer vers cette silhouette qui lui rappelle tant de souvenirs.


      Au final, il n'a pas le temps de prendre une quelconque décision. Les dernières gouttes d'eau de sa gourde s'évaporent au contact des grains de sable brûlants. L'environnement a raison du Chiss qui s'écroule en quelques secondes et sombre dans l'inconscience.

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        #3

        Post n°3
        Auteur : Azel Kyone'e


        - Xahr'stjonu'tsalem'prävasigh -




        La colère peine à présent à couvrir ma douleur. J'ai beau concentrer toutes mes forces sur la blessure de mon aile, même mes pauvres cellules me répondent, impuissantes, qu'il me faudra du temps. Soit. Avec un soupir immense qui réveille les sables sous mes pas, je me résigne. Marchons, donc. Les colonnes de mes pieds foulent lentement, en une lente et pesante cadence, le sol meuble qui s'affaisse encore davantage. D'ici, d'épais nuages ocres me cachent ce précieux rayonnement cosmique qui aurait pu me permettre de reprendre des forces. Pas une trace de vie à l'horizon ! Quel morne pays !

        Le jour vient à décliner, et enfin, dans le changement de teintes du ciel miroitant, la couche de poussière fait place à la présence écrasante d'un astre. Enfin, je perçois sur mon armure écailleuse la douce caresse des ultraviolets, qui sont à mon rigide plumage ce qu'une pommade est à la peau tendre d'un bipède. Tout mon être frémit ! Je rampe depuis des centaines de kilomètres à présent, chacune de mes jambes hurle de la laisser en paix. Mais je ne peux pas : il me faut trouver de la vie, il me faut reprendre des forces. Je ne suis pas fait pour le désert. Et si mes chances de survie n'ont certes rien à voir avec celles des occupants des cadavres métalliques que je croise ci et là, elles sont déjà bien réduite par mon aile défaillante. Je dois regagner l'espace. C'est cette impulsion primitive qui pulse depuis mes entrailles. Un instinct impérieux, qui me fait me trainer sur le ventre comme un mourant plutôt que de filer dans les airs. J'enjambe les dunes pour tomber dans les creux, je me relève et recommence, des heures durant. Le décors est si tristement identique à lui-même... J'aurais sans nul doute eu tout loisir de philosopher, si je n'avais ressenti ces contusions et cette fatigue dans chaque parcelle de mon corps.

        Bientôt, je crois trouver enfin la coquille qui a subit le courroux de ses voisines. Plus loin, une autre. Puis encore une autre. Au final, ce n'est plus un désert, mais un cimetière ! Quel triste spectacle. Mon âme se serre, je sens soudain les émotions qui habitent encore ce champ de ruine comme des fantômes hystériques. La peur, tout d'abord, pleine et absolue, celle de l'être vivant qui se voit mourir. La panique et la folie, de ceux qui tentent d'y échapper. La colère, la douleur, la peine... Trop d'émotions ! Trop vives, encore, trop intactes ! Mon esprit se cabre, je souffre leurs mille morts en même temps, offrant ma conscience en caisse de résonance à leurs sentiments faits prisonniers dans la trame de l'univers. Il faut que je quitte cet endroit au plus vite, avant d'en perdre la raison ! Allez, courage !

        Mes pattes s'affolent et je tente de courir avec ce qu'il me reste de forces. Je m'éloigne des squelettes éventrés des coquilles vides avec un soulagement visible. Quelle horreur. Quelle horreur ! Comment les bipèdes tolèrent-ils de tels saccages inutiles ?! C'est absolument insensé...

        Dans le sable, les éclats sont plantés comme des échardes dans un épiderme, les traces de feu sont autant de balafres sur la surface de cette lune. Malgré ce chaos, je perçois soudain quelque chose. Une vie, par delà les dunes. Je suis la faible présence, mon regard balayant avec frénésie les environs. Une minuscule coquille restée plantée au sommet de la colline sert de départ à de petites traces de pas que le vent n'a pas encore effacé. Elle a la forme d'un œuf, et certainement l'intérieur a-t-il beaucoup en commun. Je m'en émerveillerais si je n'étais pas tant à la recherche de ses occupants encore vivants. Des bipèdes, ici !

        Je baisse les yeux et aperçoit, à moitié repris par les sables voraces, la forme d'un corps inerte. Celui-ci a l'air intact ! Je souffle, pris d'un soudain espoir : peut-être cette malheureuse petite chose a-t-elle survécu ? J'en fais le tour, grattant le sol pour déterrer l'âme en perdition et faire de mon corps serpentin un rempart solide contre les éléments. Rien ne bouge. Avec un petit grondement, j'examine posément la situation. Souviens-toi donc, vieille branche : que faut-il aux bipèdes pour vivre ? De l'oxygène, oui. De l'eau. Une température agréable. Je renifle le corps. Celui-ci est gravement déshydraté ! Sa tunique sent le feu, le sang et la cendre. Je gratte encore le sable de ma première paire de pattes, la plus agile. Avec grande précaution, je le prends, l'arrache à son tombeau prématuré. Il me semble léger, sec, flasque. Il respire ! Sa machinerie interne bat encore, je peux entendre son rythme vibrer contre ma paume ouverte. Espoir !

        Mais hélas, je n'ai pas d'eau à te donner, petit bipède. Ni rien qui puisse te servir de nourriture ! Je me trémousse sur place en cherchant des yeux quelque chose dans les environs : une formation rocheuse qui témoignerait d'une ancienne présence aquatique. Mais la seule chose qui s'offre à moi, c'est un merveilleux couché de soleil sur un horizon de sable. Rien d'exploitable en un délais raisonnable... Claquement de dents pensif. Je me sens démuni, et ce sentiment n'est guère plaisant. Une vie est en jeu, et je suis là à la regarder partir ! Je vacille entre colère et abattement.

        En désespoir de cause, je me souviens du jour où l'on m'a appris que la grande majorité des bipèdes possèdent une étrange coutume qu'ils apprécient beaucoup : ils se lèchent la figure, avec les lèvres ou la langue. L'étrangeté de ces traditions m'a toujours intriguée, mais peut-être que le contact physique aidera cet esprit à retrouver le chemin de la réalité. J'approche mon nez pointu de ce que je pense être le sien, et, avec la douceur préconisée au vu de notre différence de taille, j'applique le bout fourchu de ma langue sur le visage bleuté de l'individu. Sa peau est humide de sueur et le goût est absolument écœurant, mais j'ai bon espoir. La fraîcheur de ma bave semble avoir un effet positif ! Reste à espérer que le choc ne sera pas trop rude... Les bipèdes sont si émotifs !

        "Grmfmorf ? "
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          Post n°4
          Auteur : Hivernus

          Du sable. Du sable. Du sable. Encore du sable. Toujours du sable ! Rien que du sable à perte de vue, jusque dans l'horizon, où le soleil décline doucement dans un ciel rouge. Les lèvres craquelées et desséchées du Chiss ne demandent qu'une seule chose. A boire ! Mais quelque chose l'empêche de se mouvoir à sa convenance, de ramper jusqu'à ce qui pourrait bien être un point d'eau dans ce désert de mort. Il est enfoncé jusqu'aux hanches dans le sable ! Comment diable est-ce possible ? Et alors qu'il tente de se sortir de sa position inconfortable dans les sables chauds de cette maudite planète, ses mouvements ne font que l'enfoncer toujours plus dans le sol. Bon sang ! Des sables mouvants... Le voilà dans de beaux draps. Tous ses efforts sont vains. Il ne reste désormais plus que ses épaules et sa tête en surface. Ses bras viennent l'espace d'un instant couvrir ses yeux des derniers rayons du soleil... Bientôt, il serait à la merci des prédateurs nocturnes, et cette idée ne le réconforte guère. Est-il condamné à mourir ici, au milieu de nulle part ? L'impérial contemple le vide autour de lui, il commence à goûter la poussière de l'endroit, que le vent lui ramène avec une extrême gentillesse. Au moins, le point positif est qu'il ne mourra pas de la chaleur avec cette brise qui vient fouetter visage en toute délicatesse. Que lui reste t-il comme option au final ? La déshydratation ? L'hypothermie ? Les bêtes sauvages ? Ou bien la faim ? Enfoncé dans le sable, le regard en l'air, il ne lui reste plus qu'à se remémorer ses bons moments. Oh oui, il en a vécu de belles aventures, et il en a fait de belles choses... Et des moins belles aussi. Au final, ce qui intéresse le plus l’humanoïde à peau bleue, c'est ce qu'il adviendra de son image lorsque l'on ira apprendre à sa famille qu'il est mort au combat. Non... Non ! Cette question est stupide et n'a pas sa place ici. Personne n'irait jamais informer les Chiss, parce qu'il est un paria, et que les officiers impériaux connaissant l'emplacement de l'Ascendance Chiss sont peu nombreux... Et nombre d'entre eux viennent de mourir aujourd'hui-même.

          Ses pensées divaguent, et ont l'effet de coups de poignard dans le cœur. Une sensation étrange, et peu réconfortante. Finalement, la vie d'un être humain ne doit pas être si simple que ça, avec ces sentiments qui viennent vous pourrir la vie. Oh oui, c'est une belle merde les émotions. Rien de pire qu'un chagrin d'amour, ou qu'une colère mal placée. Ces choses là rendent faibles, et peuvent même abrutir. Oui, c'est bien là l'avis de notre impérial.
          Au loin, la tempête gronde, les vents se déchaînent, et un bruit sourd se rapproche, toujours plus. Les grains de sable s'envolent, s'éparpillent, comme s'ils sentent le danger, et cherchent à le fuir. On pourrait presque croire qu'ils hurlent en concert, mais il ne s'agit en fait que du vent, sinistre, glaciale, lugubre. Et soudain, les dunes sont percutées de plein fouet par des vagues puissantes. L'eau vient lécher les collines de sable sans cesse, avec toujours plus de force, gagnant du terrain à chaque nouvel assaut. Et finalement, la digue naturelle cède complètement, éventrée de part en part par la puissante mer d'eau qui vient désormais se déverser dans le vallon où le Chiss est coincé. Il serait inutile de se débattre. Qu'y a t-il de pire entre mourir noyé et mourir enseveli ? C'est une bonne question, à laquelle l'impérial n'a pas le temps de réfléchir. Le grondement menaçant se rapproche toujours plus, et les vagues emportent tout sur leur passage. Elles viennent frapper de plein fouet l’humanoïde à peau bleue. Il est happé par la mer, et lutte vainement pour ne pas être emporté par le fond noir et peu accueillant. C'est une tentative désespérée, qui tient plus de l'instinct de survie que d'une réelle envie de s'en sortir. A plusieurs reprises, il est complètement submergé par ce liquide glacial et sombre, et il manque de s'étouffer. Ses poumons irrités lui arrachent des râles de douleur, qui n'aboutissent qu'à de simples bulles sous l'eau. Son sang se glace peu à peu, ses muscles se tétanisent, gelés. Et il se sent progressivement sombrer... Tel un navire en perdition, tel... Le "Résolu". Oh oui... Finalement, il allait sombrer avec le destroyer stellaire.

          Et pourtant, le fond marin ne semble pas en avoir fini avec le Chiss. Depuis les profondeurs glaciales et obscures, une main géante vient le saisir, et le secoue dans tous les sens. Lorsque le regard du lieutenant d'un jour se fige sur la créature qui tente de le tirer vers le fond, il ne peut s'empêcher de frémir. Une expression de terreur se lit sur le visage de l'impérial. Une immense monstruosité sans nom l'attrape et cherche frénétiquement à le tuer en appuyant sur sa cage thoracique. Et contre sa volonté, le Chiss en vient à expulser ses dernières bouffées d'oxygène.

          Nash reprend ses esprits brusquement, lorsqu'il est pris par de violentes quintes de toux. Comme s'il cherche à expulser de ses poumons un liquide. Mais rien ne sort visiblement. Le cœur affolé par ce qu'il vient de vivre, il cherche à reprendre sa respiration, les deux mains instinctivement portée à sa poitrine. Il n'est pas mort ! Alors ceci n'était donc qu'un simple rêve ? Non... Cela ne se peut, tout semblait si réel... Quelque chose le fait douter. Il tripote nerveusement ses mains, engluées par un étrange liquide. Le liquide visqueux recouvre une bonne partie de son uniforme, et se mélange désormais au sable. Rien de plus répugnant... En jetant un coup d'oeil à sa gauche, puis à sa droite, le Chiss détermine qu'il est sur une espèce de plateforme au dessus du sol. Se peut-il qu'un prédateur l'ait traîné jusqu'ici ? Mais dans quel but ? Probablement celui de servir de garde-manger... Il use ses ultimes forces pour se redresser... Ce n'est pas une plateforme ! C'est une main ! Ou plutôt une patte, celle d'un immense reptile ! Ce dernier a d'ailleurs exactement la même tête que l'effrayante créature de son étrange rêve. Est-ce qu'il rêve encore ? Est-il mort ? Ou est-ce simplement le fruit de son imagination ? Oh oui... Il se peut bien qu'il divague, qu'il devienne fou... Le soleil a dû lui griller quelques neurones, et le désert s'est chargé du reste... Comme pour tenter de se persuader que tout ceci n'est qu'une illusion de plus, il entreprend de toucher du bout des doigts l'immense créature. La peau de la bête est rugueuse, écailleuse, froide. Et il peut désormais sentir son souffle, un souffle chaud qui vient réchauffer ses os. Car la nuit, la chaleur laisse place à un ennemi tout aussi mortel, le froid. De vagues souvenirs lui reviennent en tête...


          - Ch'a bsivi ? S'exclame soudainement Nash en haussant un sourcil.

          Non, cela ne se peut. Les dragons n'existent que dans les mythes et les légendes. Ces histoires que l'on raconte aux enfants pour les effrayer ou les émerveiller... Et par des voyageurs un peu illuminés qui pensent avoir vu l'une de ces créatures lors de leurs aventures. Pourtant, nulle doute, la créature est là, devant lui, et bien réelle. Il peut la toucher, la sentir, la voir... Peut-être qu'il n'est pas si fou que ça finalement... Quelque chose est intrigant chez cette "bête". Non pas le fait qu'elle soit réelle, et pas simplement le fruit de l'imagination de quelques personnages inspirés... Le plus étonnant, c'est le regard qu'elle porte à son égard. On dirait presque qu'il y a une lueur vivace dans ses yeux, comme si elle s'inquiète de l'état de santé du Chiss, et tente de déchiffrer son comportement.
          Un dialogue s'établit entre cette créature et lui-même, un dialogue uniquement basé sur le regard... Comme si chacun cherche à pénétrer l'esprit de l'autre, pour en saisir toute la complexité. Même plus intéressant, c'est comme si un lien commençait doucement à se tisser entre les deux êtres... Le dragon dégage une bienveillance surprenante. En outre, son apparence hostile ne correspond pas à son comportement paisible et nonchalant. C'est comme s'il avait une conscience... Pas celle d'un animal, dont la vie est animée et guidée par un instinct de survie primaire... Mais bien celle d'un être vivant capable de raisonner, de faire des choix. Le Chiss est complètement captivé par ce regard vif. C'est fascinant, oui c'est bien le mot, fascinant. Néanmoins, cela devient presque gênant d'en être réduit à une phase de béatitude complète. Non. Il doit se ressaisir, il est un soldat ! L'impérial secoue légèrement la tête, comme s'il cherche à se débarrasser des sensations qui s'emparent des fibres de son être.


          - J'imagine que je te dois des remerciements, toi qui t'es porté humblement à mon secours... Lâche finalement avec froideur le Chiss. Je doute toutefois que tu puisses comprendre... Ou même que tu puisses me répondre. Serait-il possible, toutefois, de me reposer à terre ? Il me faut quitter cette planète au plus vite.

          Et en disant ceci, il accompagne ses paroles d'un geste simple, celui de descendre en pointant le sol. Pas sûr que la créature puisse comprendre ce qu'il baragouine. En considérant que celle-ci est une forme de vie intelligente, et non pas seulement une bête sans cervelle, simple d'esprit. S'attend-il à ce qu'elle réponde quelque chose au moins ? Pas vraiment. Il a peut-être laissé son émerveillement prendre le dessus l'espace d'un court instant. Il se trouve pourtant, que la créature semble comprendre, et entreprend de le déposer doucement à terre. Peut-être pas si bête que ça finalement, la bestiole.

          - Je te remercie, brave créature. Il est désormais temps pour nous de prendre des chemins différents... Continue le Chiss sur sa lancée. Quoi ? Ce n'est pas la peine de me faire ces yeux-là ! Tu as probablement un nid à regagner, une famille à retrouver.

          Est-ce qu'il est réellement en train de vouloir s'accrocher à elle ? Quelle stupidité ! C'est absurde oui. Même si la bête a un comportement des plus étranges, curieux même... Mais cette créature, aussi légendaire qu'elle soit, ne va pas l'empêcher de poursuivre sa route vers un objectif bien précis... Celui de reprendre la lutte. Parler à un animal... Vraiment. L'impérial hausse les épaules, en s'éloignant, traînant les pieds dans le sable. Une douleur vive martèle sa tête, et à plusieurs reprises, il manque de tomber. Ses jambes sont molles de fatigue, et surtout, il est encore étourdi par sa longue exposition à la chaleur. Mais il est bien déterminé à rejoindre coûte que coûte à ce qui ressemble de loin à une immense carcasse éventrée. En considérant qu'il s'agisse bien là du "Résolu"... Tout en dévalant la dune, il parle à voix basse, comme s'il cherche à dissimuler des choses à la bête. Peut-être échange t-il des commentaires avec son subconscient, comme s'il tente de trouver une réponse à ses questions. Peut-être bien qu'il perd la tête finalement. Avec son uniforme sale et son air légèrement hébété, il ressemble plus à un voyageur égaré qu'à un soldat. Lorsqu'il trouve ce qui semble être une réponse probable à ses nombreuses interrogations, il s'exclame, puis se ravise, et reprend le cours de ses pensées... Plus silencieusement...



          "Un dragon ?" (Traduit du Cheunh)

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            Post n°5
            Auteur : Azel Kyone'e


            - Xahr'stjonu'tsalem'prävasigh -




            Combien de chances, combien de probabilités que ces deux points se rencontrent, parmi les parsecs qui constituaient cet univers ? Risible, improbable... Pourtant, ce fut le cas. Sur les braises encore fumantes d'un champ de bataille, l'un des derniers représentants d'une race de colosse à écailles récupère le corps malmené de l'un des premiers représentant d'une race extra-galactique arrivé par-delà les frontières de l'espace connu. Cette opportunité, Xahr'stjonu'tsalem'prävasigh ne peut le nier, est trop stupéfiante pour qu'un courant de puissance transcendantale n'y soit mêlé. La Force, comme l'appelait les Jedi de l'ancien temps, dirige les être les uns vers les autres lorsqu'elle juge qu'il est temps pour eux de faire connaissance. Le vieux dragon stellaire sait aussi qu'un tel signe porte en lui une signification plus profonde : ils ont des choses à s'apprendre. Quoi exactement ? Impossible à dire. Tenter de le deviner, même, s'avère périlleux. Ils le sauront en temps utile. Tout vient toujours en temps utile. Y compris les tempêtes de sable.




            Je le sens se tortiller contre ma paume. C’est étrange, mais pas désagréable : la vie qui l’anime prend de nouveau de l’ampleur. Je la sens, au travers de mon esprit, s’épanouir lentement. Ses yeux s’ouvrent. Ah, certes, la petite couche de bave n’a pas l’air d’être à son goût. Mais c’est un maigre prix à payer pour recouvrir ses esprits. Du moins, je le pense ! Le vent se chargera de le sécher en quelques minutes, lorsque le crépuscule l’aura fait se lever sur ces étendues désertes. S'il a survécu à une telle chute au travers de l'atmosphère, il survivra à une petite brise. Non ?

            Malgré sa petite taille, ma vue s’adapte et je le vois de plus près, son museau plat avec ses deux petites narines saillantes au-dessus de sa gueule dénuée de protection. Contrairement à bien des bipèdes, sa peau n’est ni ocre, ni beige. Pas même noire ou brune : il est entièrement bleu. D’un bleu plus profond encore que celui qui couvre mon échine. C'est original : je n'avais pas encore rencontré de bipèdes bleus. Leur diversité est impressionnante, presque autant que la nôtre !

            « Ch'a bsivi ? »

            Le spectre de sa voix m’apparaît comme grave : peut-être un mâle ? Son corps y ressemble, de ce que je sais des espèces semblables à la sienne. En revanche, j’ai beau fouiller dans ma mémoire, je ne trouve rien sur le sens de ses mots. Preuve que malgré mon âge, il me reste beaucoup à apprendre… Je sens la commissure de mes babines remonter légèrement. Soulagé ? Ma foi, oui. Un bipède qui parle est un bipède en confiance – ou presque - et en bon état. Au moins, il ne fait pas partie de ceux prompts à tenter de m’éliminer par peur ou appât du gain. Du moins, pour l’instant. Je ne sais rien de lui, je n'ai donc aucun a priori. J'espère, j'ose espérer, qu'il n'a pas d'intention mauvaise à mon égard, car je n'en ai aucune au sien. Même si je ne lui en ai rien dit, mon esprit le lui communique sans insistance, comme une simple invitation à la paix. Non, malgré ma différence, je ne suis pas comme mes lointains cousins, affamés et violents. J'ai dépassé ce stade depuis des éons et m'en félicite : il n'y a rien à apprendre de la violence. Elle n'est qu'une solution de facilité sans issue et provoque plus de dégâts qu'elle ne résout jamais de problèmes. Tout cela constitue une sorte de dialogue silencieux. Je tente de cerner son esprit encore embué. Ses idées sont brouillons, mais elles se décantent vite, et l'ordre revient sous son crâne. Je découvre des yeux rouges empreint d'un vif éclar froid et rusé. C'est un être affûté, résistant et opiniâtre. Enchanté, jeune âme encore en devenir. Veux-tu parler avec moi ? Je peux peut-être t'aider.

            « J'imagine que je te dois des remerciements, toi qui t'es porté humblement à mon secours... »

            Mes pupilles se dilatent : surprise ! Il m’adresse la parole ! Ah, j’en avais perdu l’habitude. Du basic, si je ne m'abuse ? J'ai cru un instant qu'il ne parlait pas cette langue si répandue par ici. Cela me fait bien plaisir : enfin une forme de vie plus diplomate qu’hostile ! Je me prépare à lui répondre, bien joyeux, quand il enchaîne, coupant court à mon élan :

            « Je doute toutefois que tu puisses comprendre... Ou même que tu puisses me répondre. Serait-il possible, toutefois, de me reposer à terre ? Il me faut quitter cette planète au plus vite. »

            Ne pas comprendre ? Ne pas répondre ? Oh. Vraiment ? Comme tu juges sans connaître, deux-bras-deux-jambes. La joie d’avoir trouvé un interlocuteur, ici, au milieu de nulle part, m’a sans doute fait oublier combien la plupart des habitants de cette galaxie sont orgueilleux et dédaigneux des formes de vie trop éloignées des leurs… Ainsi donc, je ne suis pour toi qu’un animal, dénué de conscience, à l’intelligence primitive et ne méritant pas l’intérêt de l’être supérieur que tu es ? Prévisible… Ce raisonnement, je l’ai vu tant et tant de fois. C’est à croire qu’il s’agit d’un comportement naturel chez la majorité des espèces dotées de mains préhensibles ! Je sens mes poumons capter un peu de l’air vicié de cette planète et le refouler aussitôt, narines grandes ouvertes, avec un gros « vrrrruum », las et lourd.

            Tu serais sans doute étonné de savoir à quel point la plupart des animaux sont sensibles et intelligents. Car si cette intelligence diffère de la tienne, elle n’en est pas moins réelle et adaptée à leurs besoins. Je garde le silence, le regard toujours sur ses épaules, alourdi d’un reproche muet. Avec toute la douceur dont je suis capable, j’accède à sa demande : je le libère. Pourquoi le garderais-je ? Quand bien même serais-je un prédateur, il ferait un bien maigre repas. Ses pattes touchent le sable et il y glisse, encore sonné de son voyage dans les dimensions oniriques. Il se fait une toilette sommaire, comme je les ai vus faire souvent : il se secoue et se gratte d’une curieusement manière.

            « Je te remercie, brave créature. Il est désormais temps pour nous de prendre des chemins différents... »

            Brave créature. C’est donc ainsi. « Brave, brave bête » ! Ils ne reconnaissent que cette qualité, si tant est qu’elle en soit une. Les rares fois où j’ai été qualifié de brave ne m’ont pas laissé un souvenir particulièrement heureux. Je suis triste de constater qu’il juge sans savoir. Oh, je sais qu’il est idiot de ma part d’espérer que les bipèdes se souviennent de moi : combien de siècles ont passé, depuis la dernière fois que ma route les a croisé ? Beaucoup trop. La plupart sont éphémères, ils ont donc des préoccupations d’éphémères, rien de mal à ça. Avec toute l’ingratitude que leur orgueil démesuré leur octroie ! Non pas que je lui en tienne rigueur : je n’attends rien de lui. Je suis bien assez heureux qu’il reste encore un vivant parmi tous ces morts. Seulement, une discussion entre être civilisé ne m’aurait pas déplu. Sauf que je suis une brave bête, n’est-ce pas ? On ne discute pas avec une brave bête. On lui jette un peu de nourriture, à l’occasion. Au travers des barreaux d’une cage.

            « Quoi ? Ce n'est pas la peine de me faire ces yeux-là ! Tu as probablement un nid à regagner, une famille à retrouver. »

            Une famille... Ce mot, j'ai eu tant de mal à le comprendre ! Tous les bipèdes ont une famille. Tu as peut-être hâte de la retrouver, de pouvoir leur prouver que tu n'as pas péri. C'est ce que vous faites toujours... Quant à moi, je te rassure : nul ne m’attend nulle part. Les miens n’ont ni famille ni patrie, et nos œufs se font de plus en plus rares, tandis que les millénaires passent. Un jour, peut-être plus proche que je ne le crois, il n’y en aura plus. Mais tout cela est si dur et si complexe à expliquer… Je doute de pouvoir le faire, et je doute qu’il comprenne. Je ne devrais pas m’en faire : après tout, si celui-ci à survécu, c’est que l’Univers souhaitait qu’il survive. Il doit être bien robuste. Malgré tout, j’ai du mal à m’imaginer qu’une si petite chose puisse s’en sortir seule, dans un environnement si éloignée de ses conditions de vie naturelles. Sans eau ni nourriture, que va-t-il pouvoir faire ? Je n’ai aucun droit de m’imposer. Je suis simplement inquiet. J’imagine qu’il va tenter d’exploiter les cadavres des coquilles volantes ? Il y trouvera peut-être des restes…

            Tout à ma réflexion, je m’aperçois alors qu’il s’est déjà bien éloigné, du haut de ses deux courtes pattes agiles. Avec un petit soupir, je parviens à décrocher mes dents les unes des autres. J'ai la bouche pâteuse d'avoir inhalé de l'air, surtout aussi chargé en particules de poussière. Mais lorsque ma langue forme les sons, elle n'hésite pas. Elle roule avec aisance, à peine rocailleuse, puissante. Il est assez loin à présent pour que le son ne l'indispose pas.

            « Il n’y a pas d’eau de ce côté, petite âme. Par-là, il n’y a point de salut, que du sable et du vent. Quitte à emprunter un chemin, prend donc l’autre, celui qui mène vers l’aube. Tu y retrouveras les squelettes de tes comparses et vos véhicules. »

            Je ne parviens pas à cacher la trace d’amusement qui anime ces phrases. Il ressemble à un poussin sorti de l’œuf, mouillé et curieux du monde qui l’entoure, mais encore ignorant du mode d’emploi qui l’accompagne. Je ne bouge pas de ma place, planté en haut de la dune. Je me contente de croiser mes paires de pattes contre mon poitrail et de fixer son dos, attentif. Sany disait que j’avais parfois le ton d’une mère. Elle avait peut-être raison… !

            J’attends d’apercevoir à nouveau son museau plat, et ma gueule s’ouvre à nouveau avec un sourire triste. Quelque part derrière moi, le bout de ma queue dessine des arabesques dans le sable. J'ai envie de rire, mais je n'en fais rien. Mes narines se pincent et ma voix se fait plus forte.

            « Mais ce n'est qu'un humble conseil. Libre à toi de courir à la mort si tel est ton désir. . »

            J'aurais juste l'impression de m'être donné tout ce mal pour rien. Hélas, ce n'est pas comme si je n'en avais pas l'habitude, depuis le temps...




            Le vent se lève. D'abord ténue, la sensation devient persistante, à mesure que le sable décolle en spirales agressives. L'immense reptile, depuis sa position stratégique, peut, en arquant le cou, distinguer les prémices d'une colonne noire à l'horizon. Le sol frémit, tel un animal frileux dont la peau chercherait à se débarrasser d'eux. Des vagues, puis des volutes. La poussière s'envole, puis le sable. Ce n'est pas une simple brise : quelque chose de bien plus puissant naît du refroidissement de l'air au crépuscule. Au travers de ce rideau de poussière, les rayons sanguins de l'étoile dardent un halo vif sur les écailles adamantines. De bleu et gris, le dragon revêt un habit de pourpre et de feu. L'homme du froid, nimbé par cette même lueur d'agonie solaire, gagne une aura dorée sur son habit en lambeaux. Un spectacle d'une beauté sauvage et pure, comme seule la nature sait en donner. Malgré cela, leurs instincts respectifs ne les trompent pas : ils ne peuvent pas rester là, à attendre que l'ire du désert se déchaîne sur eux. L'un apprendrait à voler sans aile, l'autre se verrait privé des siennes à jamais. Il faut partir.
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