À l'origine de toutes choses
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Post n°1
Auteur : Pete JeabroMalgré la modestie de leur taille, les arbres arboraient une allure majestueuse. Les feuilles de couleur orange ou verte s’unissaient en une tapisserie réconfortante. L’odeur de la forêt était exquise. Nul besoin de respirer à pleins poumons pour capter les senteurs de pins, d’herbe et de terre. Le parfum sylvestre offrait une énergie sans pareil. Non loin de là, les oiseaux s’envoyaient de mélodieux gazouillis, pourvoyeurs de mots d’amours et de délicates attentions.
Et au milieu de la clairière se trouvait Pete Jeabro.
De timides larmes de joies perlaient à l’extrémité de ses yeux, alors qu’il découvrait pour la première fois cet environnement paradisiaque. Pour la première fois de sa vie, son coeur était léger, débarrassé de tout soucis. Dans sa poitrine, il le sentait se dilater, comme pour accueillir la joie que lui prodiguait le lieu où il se trouvait. Sous le coup de l’émotion, il ne put retenir un léger rire qui, propre à sa nature, ouvrit la porte à une succession d’éclats de rires. Cette odeur, cette vue et ces sons merveilleux emplissaient le coeur de joie. C’était tout naturel, dans cette clairière, de rire à n’en plus pouvoir. Après tout, qu’est-ce qui pouvait l’en empêcher ?
Pete se mit à gambader joyeusement dans la clairière, se rapprochant d’un arbre. Le jeune homme était guidé par cette envie irrésistible d’en toucher le tronc, d'en renifler les feuilles, d’y dénicher des écureuils. Au fond de lui, il avait l’impression d’être réellement à l’écoute de son environnement. Et c’était la première fois. Ce qu’il ressentait en ce moment était bien plus fort que tout ce qu’il avait connu jusqu’à présent ; plus fort encore que n'importe quelle méditation qu’il avait pu faire. C’était réel, c’était complet, c’était puissant !
Là haut ! Un écureuil l’observait, au sommet d’une branche couverte de feuilles dorées. Le rongeur venait d’interrompre son repas pour humer l’air du bout de son nez. Il se mit à dégringoler le long de la branche, puis du tronc, jusqu’à se poser en face du visage de Pete. D’un geste délicat, il brandit sa noisette au jeune homme qui, naturellement, s’en saisit. En guise de remerciement, le garçon posa un doigt sur la tête du rongeur avant que celui-ci ne s’en aille.
Pete le regarda partir en souriant, avant d’avaler la noisette. Sans mentir, ce fut le met le plus délicieux de toute sa vie. Pour la première fois, il savourait pleinement les arômes de la noisette, jouait de la texture du fruit en le passant sous la dent. Rassasié, le jeune homme s’affala au pied de l’arbre, contemplant la nature qui l’entourait.
Il resta ainsi une éternité, profitant de la quiétude du lieu. Contrairement à son habitude, il ne pensait à rien : il se contentait de ressentir. Il ressentait l’harmonie avec cette forêt. Il ressentait la paix avec ce moment. Il ressentait la sérénité avec la galaxie.
Finalement, une silhouette se dessina à l’autre bout de la clairière. Un sourire pourfendit le visage de Pete lorsqu’il la reconnut. D’un geste vif, il se redressa pour aller à sa rencontre.
- Bonjour, maître.
L’homme en face de Pete portait la tenue traditionnelle des Jedi. Une légère barbe venait habiller un visage noyé au milieu d’une chevelure tombant en dessous des épaules. Une coiffure sobre redressait néanmoins les cheveux pour dégager le front. À la différence de ses précédentes apparitions, l’homme n’avait plus rien d’un fantôme.
- Bienvenue, Pete.
L’homme gratifia le chevalier Jedi d’un chaleureux et sincère sourire. D’un geste de la main, il invita le jeune homme à marcher à ses côtés. Pete lui emboita le pas avec enthousiasme. Chaque fois qu’il foulait le sol, il se heurtait à la délicatesse de la terre.
- Tu as fait un long chemin.
Pete acquiesça. Il n’avait plus tous les détails en tête, mais il savait que le maître disait la vérité. Attentif, il écoutait les sages paroles. L’homme barbu esquissa un sourire, accompagné d’un regard empli de bienveillance :
- Tu as accompli ta quête.
Pete ne comprenait toujours pas ce que racontait l’homme. Mais ça ne l’inquiétait aucunement : il savait que tout allait prendre forme rapidement. La Force donnait à qui savait attendre. L’homme, qui marchait les bras croisés dans son dos, s’arrêta. De son bras droit, il désigna l’étendu qui les entourait :
- Tu es parvenu à l’origine de toutes choses.
Les arbres, les oiseaux, l’odeur de la forêt. La paix. L’annonce ne provoqua aucune réaction chez Pete. Au fond de lui, il savait déjà où il se trouvait. Face à son mutisme, l’homme demanda :
- As-tu des questions ?
- Non.
Le jeune garçon se sentait en paix avec son environnement. Ses soucis et ses doutes étaient derrière lui. Il se contentait de vivre le moment présent. En entendant sa réponse, l’homme sourit à nouveau.
- Alors tu es au bon endroit.
Le duo reprit sa marche. Le plus âgé des deux demanda à son congénère :
- Qu’as-tu retenu de nos précédentes rencontres ?
Pete avançait tranquillement. Autrefois, le « fantôme » avait déjà posé cette question. À chaque fois, l’emportement, la frustration, la peur et la colère avaient mis fin à leurs échanges. Désormais, les choses étaient enfin claires dans l’esprit de Pete.
- La Force est en toutes choses.
C’était la phrase la plus banale qui soit. Quiconque avait été initié aux préceptes Jedi aurait pu débiter pareil propos. Mais en ce lieu, en cet instant, elle cachait une inouïe sagesse. Sagesse que le vénérable Jedi accueillit d’un hochement de tête.
- Ce qui implique ?
- Qu’elle maintient toute la Galaxie en un tout uni. Que chaque individu, quelle que soit son espèce ou son niveau d’intelligence, est connecté à la Force et au reste de la Galaxie à travers elle. La Force nous guide tous, parfois à notre insu. Respecter la Force, c’est respecter la Vie, dans toute sa splendeur.
Combien de novices avaient prononcé les mêmes paroles à leur arrivée dans le Sanctuaire Jedi, sans en saisir la portée ? C’était une coutume pour les maîtres Jedi de demander aux nouveaux arrivants quelles étaient leur perception de la Force. Une manière de les évaluer rapidement et de savoir par où commencer leur formation.
- En tant que Jedi, précisa Pete, nous devons respecter la Force plutôt que de chercher à la comprendre. Je l'admets, il m'a fallut du temps pour pleinement comprendre ce que ces mots voulaient dire ; pour accepter que je pouvais éternellement porter en mon coeur la sérénité, l'harmonie et la paix.
- Et tu as enfin compris. Je le vois en te regardant.
Le duo continuait d'arpenter la luxuriante forêt. Finalement, le « fantôme » aborda le sujet qu'ils attendaient tous les deux :
- Pete, sais-tu pourquoi nous sommes ici ?
Le jeune homme laissa un court silence avant de répondre d’une voix coupée :
- ...Oui.
Son acolyte lui lança un sourire mélancolique. Pete avait étudié les arts Jedi pendant plusieurs années. Son apprentissage avait été difficile, souvent chaotique. Sa vie avait basculé lorsqu’il avait décidé de quitter l’Empire et sa famille pour rejoindre les Jedi, étudier la Force et protéger les innocents. Tout ce qui avait suivi sa prise de décision n’avait été que doutes, chaos et souffrances. Mais tout cela était derrière lui. Son apprentissage portait enfin ses fruits. Il connaissait enfin la paix, la sérénité et l’harmonie. Des capacités dignes des plus grands Jedi.
L'espace d'un instant, il contempla la magnifique forêt, comme s'il voulait en imprimer chaque feuille, chaque brindille, chaque odeur dans sa mémoire. Il inspira l'air frais une dernière fois, s'en imprégnant les poumons. Puis il planta de nouveau son regard dans les yeux du Jedi :
- Je suis ici parce que je suis mort. -
Post n°2
Auteur : Pete JeabroLes deux hommes arrivèrent au sommet d’une colline. Devant eux se dressait un magnifique bâtiment en pierre, tel que Pete n’avait jamais vu. D’imposants monuments représentaient des érudits en longues robes et aux barbes fournies. Les édifices arboraient la même sérénité qu’ailleurs dans la forêt. Et à cette harmonie venait s’ajouter l’érudition. Au loin, Pete distinguait des silhouettes enveloppées dans des bures, se saluant lorsqu’elles se croisaient. Certaines étaient assises sur un banc, occupées à lire de vieux grimoires. Ailleurs, d’autres étaient en train de méditer.
- Tu contemples à la fois le passé, le présent et l’avenir.
L’homme s’assit en tailleur dans l’herbe et invita Pete à en faire autant. Le jeune homme obtempéra, comprenant être à l’aube d’une leçon bien précise. Des replis de sa robe, le maître sortit un parchemin, un petit étui ouvragé et une plume. Délicatement, il ouvrit l’étui pour y révéler un liquide noir. Après avoir trempé le bout de la plume dans l’encrier, l’homme pourfendit le parchemin d’un trait noir :
- Dans la Galaxie, beaucoup de peuples ont cette vision linéaire du temps. Ils voient la vie comme une succession d’événements, qui s’enchaînent les uns après les autres. Nous avons du mal à concevoir la réalité telle qu’elle est réellement.
Puis il planta de nouveau la plume dans l’encrier.
- Vois-tu, le temps s’écoule plutôt comme ceci.
D’un geste lent, l’homme suspendit la plume au-dessus du parchemin. L’amas d’encre s’accumula à l’extrémité pointue de la plume, jusqu’à ce qu’une goutte perle irrémédiablement. Pete put l’observer sombrer jusqu’à s’écraser sur le parchemin, formant ainsi une indélébile tâche.
- Le temps peut être représenté comme l’exact moment où la goutte percute la feuille. C’est à la fois stable et en mouvement, inscrit mais pas encore figé, arrondi mais étalé. Telle est l’ordre des choses.
- Pourquoi m’apprenez-vous ceci ?
Fidèle à son habitude, le maître Jedi se mit à sourire. Son air jovial s’accentua, alors qu’il lança de son humeur taquine :
- Enfin ! Je te pensais à cours de question, toi qui habituellement m’assailles avec !
Pete ne prit pas la peine de relever. Il savait que cette fois, il obtiendrait des réponses.
- Te souviens-tu ?
Là encore, la réponse vint immédiatement, tant son esprit était clair.
- La mort n’est qu’une étape parmi tant d’autres.
- Exactement ! Ton périple, mon vieil ami, n’est pas encore terminé.
Pete comprenait la lourdeur de ces propos. Mais ce qu’il lui restait à faire lui échappait totalement. Il était parvenu à se rendre à l’origine de toutes choses, à faire ce qui était attendu de lui. Désormais, il goûtait à la sérénité et à la paix.
- Tu es au coeur de cette goutte qui tombe sur le parchemin. Désormais, tu ne fais qu’un avec la Force.
Le maître Jedi porta un regard profond à destination de Pete, avant de poursuivre :
- Ton coeur te dira quelle direction prendre : dois-tu rester dans les airs ou te coucher sur le papier ?
Le maître Jedi désigna les édifices de pierre.
- Tu peux marcher avec nous. Rejoindre l’Académie, découvrir tous les secrets de la Force. Ne faire définitivement plus qu’un avec Elle. Cette étape est inéluctable, puisque c’est ce à quoi aspire chaque vie. Ainsi va la vie, ainsi va la Force.
Puis il se tourna de nouveau vers Pete. L’homme continuait de parler avec sérénité.
- Autrement, tu peux t’acquitter d’une dernière tâche. Mais avant que je te la présente, sache toutefois que nul ne peut dompter la mort.
L’homme marqua une nouvelle pause. Ici, les idées s’exprimaient clairement, mais le poids des mots pouvait parfois être délicat à porter.
- Oublie qui tu as été et les gens que tu as côtoyés. Ils appartiennent au monde des vivants et ce chemin t’est interdit.
Du bout des doigts, le maître Jedi désigna un sentier qui partait de l’endroit où ils s’étaient assis.
- Le temps est une goutte en suspend. Et il se peut que ton destin ne soit pas encore figé. Vois cela comme ta dernière épreuve, Pete. Ton jugement dernier.
L’homme prit une grande inspiration :
- Il existe pour toi un chemin possible. À toi de décider si tu souhaites la suivre ou non. Arpenter ce sentier peut te conduire à l’Éveil. Rares sont les personnes à l’emprunter, non seulement car la route est périlleuse, mais surtout parce que la récompense est désuète.
Le maître Jedi se redressa. Instinctivement, Pete suivit son mouvement. Il était captivé par les paroles et, même s’il se doutait de la fin, il voulait l’entendre de la bouche de son acolyte.
- Il se peut que ton heure ne soit pas encore venue. Aller au bout de ce chemin te rapprochera des tiens. Tu pourras partager ta nouvelle sagesse. Mais garde en tête une chose : le monde tel que tu l’as connu n’existe plus. Tu peux croire que cette route en vaut la peine, mais je te préviens : elle apportera son lot de désolation.
Pete observa le sentier. La route s’enfonçait dans la forêt. Là-bas, les arbres étaient un peu plus ternes, comme dépossédés de leur essence vitale. Aucun son ne semblait sortir de cette partie de la forêt. C’était à cela qu’on pouvait reconnaître le Sentier du Destin.