Maison Kane et affaires galactiques
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Post n°1
Auteur : Zaden KryosAssis derrière son vaste bureau en bois massif d’Aldérande, le notable Devron Kane classait les derniers dossiers remis quelques heures plus tôt par son secrétaire. Les affaires devenaient complexes… pour toutes les grandes familles de Kuat depuis le soulèvement. Malgré un carnet de commandes toujours bien rempli, opérer dans de telles conditions n’avait rien de simple. Retards, problèmes de production, disparition d’ouvriers… Pour compenser, la CNK avait proposé des conditions de paiement plus avantageuses à ses plus gros clients et imposé aux Dix Familles et à leurs entreprises respectives de fournir à prix net pour tous les contrats entrant dans la juridiction de la compagnie.
C’était d’ailleurs l’une des raisons ayant poussé Devron, sous les conseils du département de planification stratégique de Kane Corporation, à mettre en place une unité de R&D dédiée au développement d’une puce inhibitrice pour un réacteur ionique compact. Un projet discret, mais d’envergure, auquel la SoroSuub participait également. En effet, la filiale du constructeur naval sullustéen, chargée de la production de chasseurs monoplaces, cherchait un moyen d’attaquer la concurrence et quoi de mieux qu’une collaboration secrète entre deux géants industriels ?
Tout semblait se dérouler comme prévu… jusqu’au jour où le gestionnaire chargé de la communication entre les deux entreprises s’enfuit vers Nar Shaddaa, emportant avec lui les plans techniques du prototype. Le projet sombra alors dans le chaos. Mais grâce à l’intervention d’un acolyte du Côté Obscur, la situation fut rapidement "désamorcée", et l’équilibre rétabli.
Depuis, Devron jouissait d’une certaine tranquillité.
Après avoir refermé son classeur et s’être accordé un instant de réflexion, il reporta son attention sur son prochain objectif : la mise en place d’une société, comme l’avait demandé ce cher Zaden.
— Il a intérêt à tenir sa promesse… Jusqu’à présent, à part vider mes crédits, je n’ai rien obtenu en retour, marmonna le vieux noble, visiblement agacé par les méthodes du Sith.
Il appuya alors sur un petit interrupteur situé à droite de son bureau, juste à côté de sa lampe à col de verre laqué. Une fois le contact établi, il prit la parole.
— Alec, venez dans mon bureau, je vous prie.
Quelques instants plus tard, la porte coulissante s’ouvrit en silence. Alec, son fidèle assistant, entra dans la pièce en réajustant discrètement sa tunique, soucieux de paraître impeccable.
— Monsieur, je vous écoute, dit-il d’une voix professionnelle et posée, qui n’aurait pas détonné à la réception d’un palace de luxe.
Devron se leva lentement de son fauteuil en cuir, l’âge ne lui permettant plus les mouvements vifs de sa jeunesse. Il se tourna vers le minibar intégré dans la paroi, saisit un verre finement ciselé, et y versa une mesure généreuse de whiskey corellien. Après une première gorgée savourée avec calme, il fit de nouveau face à son assistant.
— Alec, un déplacement nous attend.
Il marqua une pause, prit une nouvelle gorgée, puis continua.
— Nous partons pour Bonadan ce soir. Des affaires nous y attendent.
Alec parut légèrement surpris par l’annonce, son regard s’assombrissant un instant.
— Bonadan, monsieur ? Mais cela se trouve dans le Secteur Corporatif… Nous n’avons aucun contrat actif dans cette zone.
— Justement. Nous allons rendre visite à une vieille connaissance. Je dois y créer une société, sous la juridiction de l’Autorité du Secteur Corporatif. Prépare les documents nécessaires, et assure-toi que nous décollons ce soir. Nous prendrons mon yacht Starwind. Contacte le pilote. Je veux également un garde et un droïde protocolaire avec nous.
Les instructions étaient claires. Inflexibles. Et bien que troublé par la soudaine décision de son employeur, Alec se contenta d’acquiescer, sans oser poser davantage de questions.
— Bien, Monsieur. Tout sera prêt d’ici ce soir. Nous partirons pour Bonadan.
Dans le hangar privé de Devron Kane, trois mécaniciens s'affairaient autour du yacht Starwind, l’un d’eux à moitié coincé dans un panneau d’accès.
— Bon… alors si j’appuie là, ça ouvre les volets d’atterrissage ou la cafetière ? demanda Fronn, les pieds en l’air, la tête dans un conduit.
— Ça dépend, t’as utilisé le tournevis hydrospanner ou celui avec le bout rouge ? répondit Jarn en mâchant un morceau de viande.
— Le rouge !
— Ah bah c’est la cafetière.
Un petit "bip" se fit entendre, suivi d’un bruit de percolation provenant du cockpit.
— Voilà. Encore un miracle de l’ingénierie Kuati. Une cafetière qui boote plus vite que l’ordinateur de bord, se moqua le troisième en hochant la tête.
— On devrait peut-être l’dire au patron.
— T’es fou ?! Il va croire qu’on fait qu’des conneries.
— En tout cas, moi j’me fais un caf’ avant de recâbler le réacteur.
— T’as bien raison. Parce qu’après, faut remettre ce fichu siège en cuir… et il veut toujours “qu’il pivote doucement avec dignité”.
— Ben ouais, c’est un noble. Même son fauteuil doit faire des révérences.
Au crépuscule, Devron Kane arriva d’un pas mesuré, sa canne en main gauche, le regard aussi dur que son col amidonné. Sa démarche lente n’était pas due à l’indécision, mais à son âge et à cette volonté caractéristique des vieux Kuatis de ne jamais avoir l’air pressés. Il portait une longue tunique bleu nuit bordée d’or, tissée à la main dans les ateliers de la Haute-Couture de Ghormann, et par-dessus, un manteau noir cintré à col haut qui flottait légèrement derrière lui. Deux broches familiales ornaient son épaule gauche, symboles de l’ancienneté et de l’influence de la maison Kane.
Alec, son assistant, le suivait d’un pas plus vif, tenant sous le bras une mallette contenant tous les documents administratifs nécessaires à leur “entreprise”. Vêtu d’une tenue plus sobre mais élégante, il avait déjà activé son datapad pour vérifier les itinéraires, les autorisations et les permissions de décollage.
Ils approchèrent du Yacht Starwind amarré au cœur du hangar privé. Le vaisseau, aux lignes effilées et raffinées, arborait une coque lustrée d’un blanc nacré aux reflets dorés, interrompue par quelques marquages discrets, les armoiries stylisées des Kane. Son nez long et incurvé donnait à l’ensemble l’élégance d’une grue noble, tandis que les ailes rétractables affichaient des moteurs ioniques secondaires, renforcés pour assurer à la fois vitesse et stabilité. Le Starwind, bien que de taille réduite, offrait le confort d’un penthouse mobile, alcôves de repos, poste de commandement cloisonné, salle de réunion et minibar intégré.
À la base de la rampe, un garde attendait déjà. C’était un Nikto d’une grande taille, équipé d’une armure légère noire aux reflets cuivrés. Son casque était posé à sa ceinture, révélant un visage taillé à la serpe, strié de cicatrices, et des yeux inexpressifs. Il ne parla pas, se contentant d’un bref hochement de tête lorsque Kane passa devant lui.
À l’intérieur, le droïde protocolaire attendait déjà au pied de l’escalier central. Un modèle 4-PO, aux gestes raffinés et à la voix haut perchée, ajustée aux préférences de Devron.
— Oh ! Monsieur Kane, quel plaisir renouvelé d’accompagner un voyage intersectoriel, et qui plus est, à destination du Secteur Corporatif, si palpitant, si…
— Épargne-moi ton enthousiasme programmé, gronda le vieux noble en montant les marches.
Le cockpit était occupé par le pilote attitré de Devron, Lorrik, un corellien vétéran, la cinquantaine bien tassée, cheveu poivre et sel et œil vif. Il leva une main sans se retourner.
— Pré-décollage enclenché, pressurisation dans dix minutes. Le trafic est dégagé.
— On a l’autorisation CNK et un transpondeur diplomatique, répondit Alec. Tout se passera bien dans tous les cas de figure.
— Ça me va, tant que personne ne me tire dessus avant mon caf’.
L’intérieur du yacht vibra doucement alors que les systèmes de navigation se mettaient en route. Les lumières d’ambiance bleutées illuminaient les parois recouvertes de panneaux en alliage luxueux. Dans le salon arrière, Kane s’installa dans un fauteuil gravitationnel, dépliant lentement un datapad contenant les premiers éléments liés à la création de la société écran.
Il observa le Nikto, debout à l’arrière comme une statue.
— Tu ne t’assois pas ?
— Je suis payé pour protéger, pas pour m’affaler, monsieur, grogna le garde.
Kane apprécia la réponse, même s’il n’en montra rien.
Une alarme douce retentit dans les haut-parleurs.Tous les passagers, veuillez attacher vos harnais. Décollage dans trois minutes.Annonça la voix synthétique du système de bord.
Le yacht se souleva en douceur grâce aux répulseurs antigravs. Le hangar privé s’ouvrit en deux, révélant la mégalopole lumineuse de Kuat, ses anneaux industriels tournoyant paresseusement au-dessus de la planète, constellée de points lumineux. Devron observa en silence à travers la large baie vitrée, son regard fixé vers le ciel noir.
Le décollage s’effectua dans un silence presque irréel, preuve de la qualité d’isolation du vaisseau. Le Starwind traversa les premières couches atmosphériques dans un angle maîtrisé, accélérant progressivement.
L’appareil vibra à peine quand les propulseurs principaux prirent le relais, propulsant le yacht à pleine vitesse jusqu’à l’orbite basse. Devant eux s’étendait désormais le ballet chaotique des chantiers orbitaux de Kuat, croisant cargos, patrouilleurs, transports de personnel et tourelles de surveillance automatisées.
Alec se pencha vers Kane, retenant discrètement une goutte de sueur.
— L’autorisation de sortie orbitale est confirmée. On passe la dernière balise dans dix-huit secondes.
— Parfait. Lorrik, prépare le saut.
— Coordonnées préréglées. Couloir d’approche vers Bonadan via route commerciale. Saut dans dix…
Un moment de flottement. L’équipage s’attacha. Le champ stellaire devant eux semblait frémir comme un rideau prêt à être tiré.
— Trois… deux… un.
Le yacht fut englouti par le vortex bleu étiré de l’hyperespace. Les étoiles devinrent lignes, puis filaments lumineux, puis disparurent dans un tunnel d’énergie pure.
Devron Kane croisa les mains sur son abdomen, le regard tranquille, enfin coupé de Kuat. Le voyage vers Bonadan avait commencé.