Prise de fonction
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Post n°1
Auteur : Ohlig ArchC'était pressenti, cela devenait presque une réalité. D'abord longtemps journaliste d'investigation, puis politicien ambitieux, Ohlig Arch avait maintenant quitté ses appartements pour prendre place dans son nouveau bureau. Là-bas, il devrait être adoubé gouverneur de Mandalore, un titre ronflant qui désignait usuellement le chef de la diplomatie planétaire. Il regrettait que beaucoup de gens n'aient estimé en lui que le reflet de feu ses parents sans s'intéresser à son travail, mais peu importait, car il avait une situation très délicate à gérer. Le précédent ambassadeur avait rendu l'âme quelques jours plus tôt lors d'une visite diplomatique dans le système, attaqué par des raiders.
Arch n'était pas dupe. Comme tous les morts qui avaient rejoint les cimetière de Sundari, il savait que son glorieux prédécesseur, un serviteur fidèle de la paix et du bien public, avait été assassiné par ces terroristes qui les frappaient de plus en plus. Ces dernières années, ils s'étaient faits plus réguliers dans leurs attaques et l'armée officielle avait de plus en plus de mal à gérer les conséquences de ces actes criminels. Ainsi, les entreprises que le gouvernement avait souhaité conserver après sa prise de fonction au lendemain de la chute des Mandaloriens sur Galidraan se faisaient chacune la malle une à une, prétextant parfois des affaires urgentes ou des restructurations, avançant souvent la situation politique précaire.
En effet, cela faisait maintenant plusieurs années que les Nouveaux Mandaloriens avaient fait de Sundari leur capitale et s'étaient assis sur le trône de Mandalore. Leur prise de pouvoir ne s'était pas faite sans heurts : les litiges avec les corporations marchandes commercialisant de l'arsenal militaire avaient été nombreux et les populations, quoique très unies derrière la cause d'ne paix qu'on attendait plus pendant la Guerre Civile, étaient encore assez attachées aux anciennes mœurs, de sorte qu'il avait été difficile de faire passer les lois interdisant le port d'armes aux particuliers. Plus dur encore était de contrôler l'aire d'influence de Mandalore dans le système entier, car quoique les efforts du gouvernement aient été nombreux, les nombreuses années de paix leur avaient permis d'obtenir bien peu d'assurances. Anti-militaristes, ils ne trouvaient que peu de volontaires pour rejoindre les rangs de leur police ; leurs effectifs, logiquement réduits, avaient peine à maintenir l'ordre, d'autant que, comme les holonews ne cessaient de le rappeler, les attentats se multipliaient.
Oui, Ohlig Arch avait donc une situation délicate à régler. Il aurait, lors de sa prise de fonction, l'important devoir de prendre en charge la politique extérieure de sa planète et d'y retenir les quelques entreprises qui n'étaient pas encore partie afin d'assurer à l'héritage des Nouveaux Mandaloriens une pérennité et des financements. Il s'était déjà chargé de ce genre de missions de diplomatie lorsqu'il débutait en politique, souvent en tant qu'assistant d'un ministre, mais il savait pertinemment que la situation actuelle était bien différente. Bien qu'on n'ait aucune indication précise de leur présence, des rapports indiquaient que les éclaireurs avaient aperçus les bannières de la Death Watch sur la lune Concordia. Si tel était le cas, il avait, en tant que politicien, la double mission de maintenir la stabilité politique de Mandalore -du moins en apparence- au yeux des secteurs voisins et de rassurer la population concernant ces attaques nombreuses.
Le politicien poussa la lourde porte du bâtiment principal de l'Office de la Diplomatie. A l'intérieur, quelques membres du personnel s'affairaient, transportant probablement les caisses de dossiers et de plans qu'il avait entreposés des mois durant dans son ancien bureau. Au bout du long hall d'entrée, deux gardes le saluèrent raidement et un mécanicien pressé le bouscula en sortant en trombe. S'il s'était un jour déjà imaginé occuper une haute fonction, Ohlig n'avait jamais envisagé que son intronisation se passerait de façon aussi peu protocolaire. Les Mandaloriens, Nouveaux ou pas, ne s'encombraient certes pas de cérémonies, toute concession qu'ils aient pu faire à la paix ; il ne s'en formalisa pas. En vérité, il n'avait que faire du luxe, même si celui-ci ne le dérangeait pas.
Il monta lentement les longues marches des escaliers qui menaient aux étages supérieurs. Arrivé en haut, il aperçut seulement l'unité CZ qu'il avait fait déplacer quelques jours plus tôt depuis son bureau jusqu'ici. Active, elle semblait occupée à un long traitement d'informations, branchée à de nombreux câbles et diffusant derrière elle les Holonews en continu sur le grand mur blanc de la large pièce. Le bureau en lui-même était vaste mais peu décoré, dans une architecture sobre mais imposante telle que ses parents adoptifs et leurs collègues l'avaient voulue : l'incarnation de la force tranquille, de la paix éternelle. Arch eut un rictus nerveux et un petit rire jaune. Au fond de lui, il se fit la réflexion que ces lieux ne ressemblaient vraiment pas à Mandalore. Prenant place devant la baie vitrée qui surplombait le hall, il observa, le visage interdit, les ouvriers qui continuaient de charger ici ses effets ; il en aurait besoin, tant il s'attendait à peu quitter son bureau dans les prochaines semaines.
- Que s'est-il passé jusqu'ici, unité CZ ? demanda-t-il au droïde dans son dos alors que deux hommes venaient de le rejoindre, portant à bout de bras un secrétaire en duracier lourd et encombrant.
- J'imagine que vous me demandez "Quelles autres nouvelles notables depuis la mort du précédent Gouverneur ?", maître.
- Effectivement.
- Le bâtiment était vide ce matin, quand nous avons investi les lieux. La famille a récupéré les affaires de votre prédécess...
- Je te parle de Mandalore, CZ. Des nouvelles des alentours de la ville, de Keldabe ? Et Concordia ? Y a-t-on finalement trouvé la trace des terroristes ?
- Je...crains que je ne puisse répondre à vos questions, maître. Les éclaireurs n'ont trouvé que des fermes du côté de Keldabe et la Milice officielle n'a pas suffisamment d'hommes pour entamer des fouilles plus amples hors de Mandalore.
Le politicien marqua une pause, frottant nerveusement la petite cicatrice à son front. Tout jeune, il avait été lui-même séquestré par des raiders, le faisant par hasard basculer par adoption de la culture froide et calculatrice des Arkaniens à celle, plus explosive et enjouée, des Mandaloriens. Lui qui vivait entre deux mondes, celui de la guerre et celui de ses idéaux, ne savait que penser. Il avait horreur de l'inactivité mais en l'état, il ne pouvait rien faire d'autre que regarder ses concitoyens à l'ouvrage, par la vitre. Rageant. Alors qu'il maugréait sur toutes ces préoccupations importantes, son droïde assistant repris :
- Le Premier Ministre m'a fait parvenir un message pour vous. Il s'excuse de son retard et vous demande de bien vouloir le pardonner. De son côté, le Duc s'est rendu aux obsèques de l'illustre Gouverneur et ne pourra pas être de nôtres, mais il vous félicite pour votre prise de fonction.
Ohlig Arch haussa les épaules. De quelle prise de fonction parlait-on ici ? Il n'avait aucun contrôle sur la situation, tous les rapports étaient flous et il était plus que jamais préoccupé par l'emploi du temps du Premier Ministre, qui se démenait bec et ongles pour couvrir médiatiquement les évènements récents. Dans quelques mois, tout ceci se tasserait évidemment bien, à moins que ce ne soit lui, la prochaine victime. En frappant le chef de la diplomatie, les criminels avaient lancé un signal fort : la Death Watch, s'il s'agissait bien d'elle, était de retour et la galaxie allait en entendre parler. C'était maintenant à lui de les en empêcher. Tout était flou dans sa tête et il s'assit un instant, pensif. Il ne pourrait pas faire grand chose avant l'arrivée du Premier Ministre et l'officialisation de sa prise de fonction. Se retournant vers son bureau à présent installé, il entreprit de noyer sa déception dans le rangement méticuleux de son nouveau cabinet.
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Post n°2
Auteur : Ohlig ArchLa semaine qui venait de s'écouler avait été riche en émotions. Ainsi, le visage des employés du Bureau de Diplomatie était passé par toutes les couleurs, comme Ohlig Arch les avait mis à contribution dès son arrivée. Bien que pas encore officiellement en fonction, le candidat Gouverneur leur avait fait installer une armada de bureaucratie au rez-de-chaussée du bâtiment : le building, d'ordinaire assez vide et décoré de belles statues de marbre, avait été entièrement relooké de l'intérieur, se transformant en large réseau de bureaux séparés par des planches de bois selon un plan ingénieux divisant les différents services. D'aucuns s'affairaient d'un côté à réceptionner les doléances et les courriers planétaires, d'autres s'occupaient de la bonne gestion de l'équipe et du personnel qualifié investissait toutes les heures les salles de réunion improvisées pour faire le point sur les différentes affaires en cours. Des ouvriers serpentaient entre les amas de bois et de papier afin de poser les bases, certes grossières mais très utiles, des rénovations à venir. Tout cet engagement, ces bureaux et cette main d'oeuvre avait englouti le budget alloué aux missions diplomatiques, mais Arch n'en avait cure. En tant que gouverneur, il devait faire tout ce qui était en son pouvoir pour obtenir de ses bureaux une efficacité optimale.
Des cinq étages que comptait le bâtiment, seul son bureau, une large pièce blanche dotée d'une baie vitrée donnant sur le Hall d'entrée, était vide de monde. On y trouvait seulement un grand nombre d'étagères où s'amassaient des mètres et des mètres de dossiers méticuleusement étiquetés, quelques caisses de carton vides qu'on n'avait pas encore débarrassées et un coin de la salle était recouvert de matériel informatique savamment installé auquel était continuellement branchée l'unité CZ qui servait de secrétaire à Ohlig. Ce dernier était assis derrière son bureau de métal, sur une chaise large de cuir noir, jetant un regard attentif à une pile de feuilles où s'alignaient les chiffres et les données.
Il avait trouvé un moyen astucieux pour tuer le temps en attendant l'arrivée tant désirée du Premier Ministre pour sa nomination : il comptait les pertes. En effet, depuis la prise de pouvoir des Nouveaux Mandaloriens et de leur idéologie pacifiste à Sundari, les entreprises ne cessaient de se délocaliser et de mettre les voiles. Ce mois-ci seulement, Mandalore avait enregistré une baisse de revenus de 4% par rapport au mois précédent. Cette régression était douloureuse mais nécessaire : si la loi sur l'interdiction du port d'armes par des civils était maintenant appliquée, il fallait en pratique refuser l'accès au marché public aux firmes qui commercialisaient du matériel de combat. Mandalore, avec son passé guerrier, avait donc enregistré une majeure partie de ses revenus passés dans la vente d'armement plus ou moins lourd. A l'heure actuelle, seule MandalMotors, pour des raisons patriotiques, était encore autorisée à commercialiser certains types d'armes sur Mandalore, le reste de leur production étant destiné à l'exportation. Cette entreprise avait cependant été priée de renvoyer les employés et cadres favorables à l'idéologie belliqueuse et avait uniquement le droit d'écouler ses stocks -de haute qualité- auprès de la Milice officielle à tarif réduit. A cette allure, il était assez clair qu'elle ne resterait pas longtemps sur la planète...
Ohlig Arch soupira. Il n'était pas responsable de la gestion du budget gouvernemental ni de l'établissement des lois. Toujours pragmatique, il commençait, à la vue de ces comptes, à désapprouver les décisions de ses collègues : jamais une réforme efficace sur le plan culturel et éducatif ne pourrait être entamé sans source de crédits. Sans parler de la cause sécuritaire et de la traque des terroristes... Il lui revenait de chercher des soutiens diplomatiques pour gérer au mieux la crise financière qui s'annonçait sur Mandalore. Des cités industrialisées comme Sundari tiendrait probablement le choc, malgré la pauvreté qui commençait à s'installer dans ses rues, mais des zones plus rurales ou forestières, comme aux alentours de Keldabe, auraient bien plus de mal à tenir sans approvisionnement conséquent. Bien qu'il partage l'opinion de ses camarades de lutte au gouvernement, il n'en trouvait pas moins leurs méthodes suicidaires ; il refusait bien sûr en général de faire appel à la violence, mais il était tristement conscient qu'il n'y avait parfois pas d'autre recours pour mettre fin à un problème. En l’occurrence, le départ des firmes d'armement les privaient de moyens d'action, de matériel et de précieux deniers dans la lutte acharnée qu'ils menaient aux criminels, qu'on avait toujours pas localisés.
Un Holocom résonna au fond de la pièce, sur le panneau de commande à gauche de la porte d'entrée du bureau. A distance, CZ y répondit, anticipant les réponses de son maître à quelque plaignantou employé pressé. Après un instant de silence, le droïde se retourna et s'avança mécaniquement jusqu'à arriver en face du Gouverneur. Il posa sur le bureau un bloc de données et retourna à ses affaires, saluant sobrement Ohlig en prenant congé. Ce dernier, les yeux dans le vague, se saisit du datapad et le parcourut en diagonale. Encore un rapport accablant, qui témoignait des chutes du marché central de Sundari. Fatigué, le Mandalorien se jeta dans le fond de son fauteuil et rumina. Il avait effectivement mis ses affaires en ordre et organisé ses quartiers comme il l'entendait, mais la tâche était presque finie. Quand ce serait fait, il devrait se charger d'entamer les procédures pour remédier à la situation, ce qu'il ne pouvait faire avant d'avoir été officiellement nommé à son poste : trop des tâches auxquelles il devrait s'employer nécessitaient qu'il fasse l'ouvrage de ses talents diplomatiques.
Son impatience fut enfin interrompue : un appel inopiné à son bureau renseignait l'adresse holocom du cabinet du Premier Ministre. Avec empressement, il alluma le holo, lançant à CZ l'ordre d'enregistrer immédiatement la communication. Devant lui apparut un homme qu'il ne reconnut pas, bien qu'il portait l'uniforme de fonction de la garde officielle du Duc lui-même. Celui-ci le salua très bas, semblant hésiter à prendre la parole. Par holo interposé, les deux hommes se dévisagèrent lentement, Ohlig affichant un air mi-surpris, mi-maussade, jusqu'à ce que le garde prenne la parole :
- ...Gouverneur ? Ici, le lieutenant Frenn des forces de protection de son Excellence le Duc.
- Bonjour, lieutenant. Je dois vous dire que je suis étonné : je m'attendais à un appel du Premier Ministre, mais je ne croyais pas vraiment tomber sur vous au bout de la ligne ...
- Je dois m'excuser pour cet incident inhabituel qui est contraire à la procédure. Seulement... quelque chose de terrible est arrivé.
- De quoi parlez-vous ? Où est le Premier Ministre ? J'attends depuis une bonne semaine ses recommandations officielles pour pouvoir entamer ma mission.
- Le...Le Premier Ministre est mort, Gouverneur. Des témoins ont entendu des coups de feu alors que le Duc se rendait à son bureau... Les lieux sont saccagés et il n'y a pas de survivant aux étages supérieurs.
- Qu..quoi ?!
Ohlig s’interrompit en se mordant la lèvre. Il aurait dû le prévoir ! Après le Gouverneur précédent, le Premier Ministre. Les choses s'enchaînaient bien trop vite et il n'aurait jamais le temps de prendre des mesures appropriées. Un nombre incalculable de peurs lui traversèrent l'esprit, mais il craignait moins pour sa propre vie, logiquement menacée dans ce contexte, que pour ce qui allait suivre. Une nouvelle attaque allait encore plus déstabiliser le gouvernement, en difficulté dans les sondages, et pousser les firmes non-militaires vers la sortie, qui craignaient (sans doute avec raison) d'être prises pour cible dans l'avenir. Ces terroristes étaient en train de ruiner Mandalore ! Reprenant le fil de la discussion tout en accusant le coup, Ohlig se leva brusquement.
- Vous avez bien dit que le Duc se trouvait sur les lieux ?! Est-il en sécurité ? Répondez-moi, lieutenant !
- Je vais bien, Gouverneur.
Une figure élancée apparut sur l'hologramme : il s'agissait d'un homme svelte, aux traits juvéniles mais racés, au visage bon et jovial. Pourtant, son expression marquait l'angoisse et la crainte. Il portait sur lui un équipement grossier de soldat, probablement emprunté dans l'instant à un garde afin de palier grotesquement son manque flagrant de protection. Pan Thy'Evre, Duc de Mandalore, se tenait devant lui. Depuis l'instauration de leur pouvoir, les Nouveaux Mandaloriens avaient voulu se doter d'un pouvoir fort dont le Duc était l'incarnation, élu pour un mandat dont la durée variait en pratique selon les performances des tireurs de la Death Watch. Ce chef de l'Etat de haute fonction incarnait les idéaux nouveaux de Mandalore : la neutralité, le pacifisme et le respect de la vie. De tous les Ducs dont s'était doté Sundari, celui-ci n'était certes pas le plus vieux ni le plus expérimenté, mais il était le plus déterminé, raison pour laquelle les attentats s'étaient multipliés envers sa personne. Néanmoins, il rechignait à se faire entourer de gardes du corps et avait accepté à contrecœur l'ordre du prédecesseur d'Ohlig de le faire accompagner dans ses déplacements d'un détachement spécial de la Milice officielle.
- Je regrette de n'avoir été présent pour votre prise de fonction, Gouverneur. Il s'interrompit un instant, pensif. A vrai dire, vu la tragédie qui vient de nous frapper, je ne vois d'autre choix que de faire une entorse au protocole et de vous nommer en mon nom à votre poste. Qui sait combien de temps il me reste, il serait profitable que je n'oublie pas ce genre de chose, conclut-il avec un rire forcé.
- C'est un grand honneur pour moi, Excellence. Je suis heureux de savoir que vous êtes sain et sauf mais je suis attristé que cet évènement de ma carrière ait lieu en un jour si sombre...
- La mort du Premier Ministre laissera un très grand vide. Il vaut mieux l'annoncer au plus vite pour que...
- Non ! Monsieur Thy'Evre, vous ne pouvez pas faire ça. Si la population apprend que nous avons été frappé en plein cœur, nous perdrons son soutien et...
- Et quoi donc ? Nous jouerions le rôle de dirigeants en baladant le cadavre du Premier Ministre comme un homme de paille ? Nous ne pouvons mentir à notre population, Monsieur Arch.
Ohlig resta silencieux. Bien sûr, le Duc avait raison. S'ils cachaient aux Mandaloriens la mort de leur Ministre, le peuple finirait par s'apercevoir de la tromperie et leur image écornée serait définitivement ternie. Le Gouverneur jeta un regard abattu à ses rapports financiers : tout ceci n'allait pas être bon pour les affaires et le processus de paix.
- Mes hommes analyseront dès que possible la scène du crime et vous serez informé en temps et en heure de l'enquête sur le meurtre, Gouverneur, dit le lieutenant Frenn en interrompant Arch dans ses pensées.
- Je compte sur votre travail. Bonne chance, Gouverneur ! continua le Duc. Ohlig lui lança un regard consterné, empli d'appréhension. Pour un homme de son âge, le Duc prenait l'évènement avec une sagesse dont le Gouverneur ne se croyait pas capable. S'il regrettait la force de caractère du Premier Ministre, il déplorait surtout la perte d'un ami avec qui il avait passé ses premières années en politique. Ils s'étaient perdus de vue durant un certain temps avant sa propre percée au sein du gouvernement, mais il n'en restait pas moins que la mort d'une connaissance n'était pas susceptible de lui remonter le moral. Ces temps troublés devaient cesser, il en était conscient ; jamais Mandalore n'avait connu pareil séisme institutionnel depuis l'installation de leurs nouvelles institutions. Frappant du poing sur la table, il salua le Duc et son lieutenant qui prenaient congé. La bonne nouvelle que constituait sa nomination rendue officielle par le Chef d'Etat ne le réjouissait pas. Depuis sa large fenêtre vitrée, il jeta un œil au Hall : un garde sursauta en tenant son holotransmetteur, à l'entrée. D'un geste de la main, le Gouverneur congédia ces soldats qui le fixaient, quelques mètres en contrebas. Ils seraient bien plus utiles sur le terrain, à sécuriser le périmètre et à prêter main forte aux hommes du Duc qu'à garder une bande de fonctionnaires.
Ohlig Arch fit les cent pas dans son bureau : en une semaine, la situation était passée de mauvaise à horrible. Maintenant qu'il était en place, il devait prendre les mesures qui s'imposaient s'il voulait restaurer la prospérité de sa patrie adoptive. Fronçant les sourcils, il songea au Duc, aux Nouveaux Mandaloriens et à leur attachement inconditionnel pour la paix. Dans les circonstances actuelles, il se sentit presque coupable de ce qu'il allait faire. Regagnant son bureau, il s'assit lourdement en croisant les bras : il ne voyait pas d'autre moyen de sortir Mandalore de cette situation critique.
- CZ, mets-moi en contact avec le Directeur de MandalMotors sur Mandalore. J'ai un accord à lui proposer. -
Post n°3
Auteur : Ohlig ArchHRP : J'ai perdu ce RP une fois (malheur à moi), celui-ci est un peu moins bien que l'original. Je vous prie d'excuser la moindre qualité...Ohlig frappa du poing sur son bureau en plastacier. Encore une fois, on lui avait raccroché au nez. Visiblement, être chef d'entreprises accordait maintenant le droit d'être grossier envers tout le monde, fut-ce le Gouverneur lui-même. Depuis qu'il avait pris la décision de contacter MandalMotors, il s'était retrouvé face à un mur. Si le premier contact s'était déroulé au mieux, les suivants avaient été froids et difficiles. La raison en était assez compréhensible : depuis l'annonce par le Duc, une semaine auparavant, de l'assassinat du Premier Ministre, les firmes avaient peu à peu bloqué leurs canaux de discussion. Mais toutes, à l'exception notoire de la présente entreprise, avaient donné leurs raisons. Ohlig aurait eu du mal à ne pas les comprendre : le Duc se terrait depuis des jours dans son palais sans donner signe de vie et l'Assemblée de Mandalore avait de plus en plus de mal à se réunir. Le Gouvernement, apathique en l'absence d'un chef, agissait dans la mesure de ses possibilités, mais avec la lenteur que lui imposait les décisions d'une assemblée dont les députés et sénateurs, souvent élus locaux, ne se voyaient presque plus. En effet, nombre d'entre eux étaient revenus chez eux soit pour gérer l'instabilité qui y avait cours, soit par lâcheté extrême. Le Gouverneur se demandait comment, à ce rythme, le régime des Nouveau Mandalorien tiendrait le coup aux mains d'une telle bande d'amateurs. En l'état, l'Assemblée avait toutes les peines du monde à réunir un quorum suffisant.
Actuellement, en l'absence d'un ministre compétent, Ohlig avait dû plus d'une fois outrepasser ses compétences. Il avait par exemple dépêché des escadrons tout autour de Sundari pour traquer les terroristes, sans succès, ou supervisé toutes les missions ayant cours sur Concordia. Il en répondrait quand les choses se seraient tassées, bien sûr, mais il se refusait à l'inaction. De toute façon, ses collègues au Gouvernement n'avaient pas bougé d'un poil malgré qu'ils eussent été au courant de ses agissements : les actions du Gouverneur les arrangeaient puisqu'elles leur offraient plusieurs opportunités. En effet, Ohlig agissait comme un Premier Ministre de substitution, bien que ne les dirigeant pas, et serait ainsi aux premières loges s'il fallait répondre d'une gaffe... ou servir de bouclier humain lors d'un nouvel attentat. Bien que dans une situation peu envieuse, il ne se déstabilisait pas. Maintenant à son poste depuis près d'un mois, il avait une bonne idée des enjeux et, s'il n'avait pas encore tous les moyens d'agir, il voyait un peu plus clair dans la situation.
En premier lieu, il avait débloqué des fonds extraordinaires récemment, ce qui lui serait très utile dans la suite des opérations, bien que ceux-ci soient assez limités. Ensuite, il y avait eu du nouveau. La veille, les vidéos des patrouilles avaient repéré un camp de terroristes sur la lune de Mandalore et les images ne trompaient pas : comme Ohlig s'en doutait depuis longtemps, il s'agissait bien de la Death Watch, ce groupe de miliciens cruels, violents et barbares aux rêves absurdes. Le combat, la guerre, la gloire... des aspirations passées et dépassées. Trente et uns éclaireurs avaient donné leur vie pour un tel rapport, mais il en valait la chandelle. Ohlig passa les quatre doigts de sa main sur la cicatrice de sa tempe. Il maudissait intérieurement ces fous sanguinaires, car il avait compris leur façon d'opérer. L'instabilité du pouvoir politique allait leur profiter à un moment ou un autre, et ils le savaient ; il était de son devoir de contrer leurs machinations. Le Gouverneur avait depuis longtemps compris le pouvoir d'attraction des anciens récits des Mand'alor et de leurs conquêtes héroïques. S'il n'y accordait personnellement que peu d'importance, il savait ce que la population en pensait encore, surtout dans le contexte de crise. La nostalgie aurait tôt fait de s'installer... C'est pourquoi, il avait prié le Grand Garde Cortassi de revêtir plus souvent l'armure traditionnelle lorsqu'il sortait en public, comme du temps de ses jeunes années comme combattant. La population avait encore besoin de cette carure charismatique pour garder espoir ; il ne fallait en aucun cas pointer un discours contradictoire de la part du Gouvernement. Bien sûr, personne ne dirait au peuple que Cortassi avait raccroché son blaster depuis longtemps, que le Duc se cachait en attendant son heure ou que l'Etat tout entier était à présent entre les mains surchargées d'un seul homme. Non, elle n'avait besoin que d'espoir.
Le Gouverneur, les paupières closes, attendait maintenant un appel. Le refus de communiquer de MandalMotors indiquait clairement qu'il y avait anguille sous roche. Ils avaient quelque chose à cacher, hein ? Qu'à cela ne tienne, Ohlig allait le découvrir. Il avait anticipé l'attitude de l'entreprise et avait déjà pris la liberté d'obtenir, en toute discrétion, un mandat de perquisition auprès des juridictions compétentes. Si le problème de Concordia ne pouvait pas encore être réglé, le mystère qui planait au dessus de l'entreprise numéro un de Mandalore ne serait bientôt plus. A l'heure qu'il était, un bataillon d'hommes en armes devait déjà être en train de fouiller le siège de MandalMotors, dans le quartier du commerce. Plus impatient que son attitude n'en laissait paraitre, Ohlig se leva et commença à faire les cent pas, durant de longues minutes. Si le rapport tardait, il serait bloqué à ne rien faire ici, et l'inaction était pour lui un fléau plus grand que la maladie. Au bout d'un quart d'heure, au cours duquel il avait rangé quelques dossiers éparpillés ça et là, il s'était replongé dans un silence qui n'était percé que par le brouhaha des bureaux en contrebas et les cliquetis métalliques de l'unité CZ. Finalement, à la limite de sa patience, il sortit de son bureau et descendit lourdement les marches en pierre blanche qui menaient au hall d'entrée du bâtiment.
Arrivé en bas, il s'immobilisa. Figé, il fixait un grand tableau sur lequel on pouvait lire l'heure, la température ambiante et apprécier les Holonews du moment. Il avait désactivé les nouvelles des canaux officiels de son bureau, car elles le déconcentraient dans ses affaires urgentes mais ici, dans le vacarme général, il n'avait d'yeux que pour elles. Un fonctionnaire vint lui tendre un formulaire qu'il signa distraitement, ne perdant pas des yeux l'image colorée des écrans. Autour de lui, on s'affairait sans trop prêter attention au son inaudible des news. Soudain, Ohlig se raidit : il avait compris le présentateur qui annonçait muettement une intervention dans les quartiers commerciaux. Il n'en voulait pas aux journalistes de relayer si vite l'information ; lui-même avait fait partie du milieu et savait comment les choses se passaient. En général, il présentait lui-même les nouvelles aux chaînes d'information, d'ailleurs, mais il aurait préféré qu'elles soient moins réactives sur le coup. A l'image, un de ses hommes était interviewé, mais le Gouverneur ne comprit qu'à grand peine les mots qu'il prononçait tant le bruit des bureaux autour de lui était grand. En toile de fond, on pouvait voir un sergent de la Milice officielle qui maitrisait, à l'arme non létale, deux individus menottés en faisant signe aux caméras de se détourner. Ohlig Arch regagna son bureau au grand trot et, claquant la porte, alluma les Holonews pour avoir une meilleure idée du déroulement de l'intervention en direct.
- ... Sommes avec le lieutenant Frenn de la Garde Officielle. Pouvez-vous nous donner des éclaircissements sur la situation ?
- Je ne sais pas ce qui se passe, mais l'escouade que vous voyez à un mandat en règle. Je suis certain que le Grand Garde de Mandalore vous donnera rapidement des informations sur cette opération.
Ohlig soupira longuement. Si Frenn était dans le coin, ce n'était pas un hasard. Le Duc devait lui aussi avoir commencé à bouger ses pions dans cette obscure affaire. Heureusement, le lieutenant était loin d'être un abruti et n'avait pas compromis l'enquête, si du moins il était au courant de quoi que ce soit. Le Gouverneur jeta un œil à son communicateur. En bas, il n'avait rien pu capter à cause des multiples interférences dans la transmission, mais il pourrait maintenant recevoir les détails de l'intervention rapidement. Pourtant, l'appareil demeurait muet. Aux nouvelles, on avait changé de sujet et on ne parlait maintenant plus que de la compétition sportive du soir. Panem et circenses ... Ohlig pestait rageusement. L'attente était insupportable mais il devrait la subir, car il n'était pas en position de faire quoi que ce soit d'autre. Il espérait que Cortassi pourrait le couvrir intelligemment auprès du Duc et de l'Assemblée, car si l'on découvrait qu'il avait fait appel à la Milice officielle de sa propre autorité, sa réputation politique en prendrait certainement un coup. Alors qu'il ruminait, son communicateur sonna enfin. Au bout de la ligne, la voix du capitaine de l'unité tonna dans toute la pièce, se réverbérant en écho contre les murs convexes.
- Gouverneur, ici le Capitaine Duin au rapport. Comme vous nous l'avez indiqué, nous avons fouillé le siège de MandalMotors & co.
- Alors, vous avez trouvé quelque chose ?
- Oui...et non. Les dirigeants ont refusé de répondre à nos inspecteurs en invoquant le secret professionnel. Rien dans leurs comptes ni dans leurs banques de données ne paraissait suspect.
- J'ai vu aux Holonews que vous avez effectué des arrestations. De quoi s'agit-il ?
- Comme nos hommes fouillaient les hangars de MandalMotors dans la zone des docks, ils ont été attaqués. Les assaillants n'étaient pas lourdement armés, mais nous avons tout de même perdu un volontaire. Nous les avons maîtrisés.
- Des terroristes ? Vous les avez identifiés ?
- Ils refusent aussi de parler mais leur comportement, leurs habits et leur manière de s'exprimer sont celles des Death Watch, monsieur.
Le Gouverneur resta silencieux un instant. Ainsi donc, les criminels étaient déjà installés si profondément dans la capitale ? Cachés dans les hangars de MandalMotors, qui plus est... La question immédiate concernait maintenant le rôle de l'entreprise dans cette affaire. Les terroristes se cachaient-ils illégalement dans les entrepôts, ou avaient-ils été hébergés volontairement ? Le silence des administrateurs de la société en disait long et leur attitude était plus que suspecte. A mieux y repenser, on pouvait se demander comment les terroristes s'étaient procuré cet armement lourd et les explosifs qu'ils avaient utilisés pour commettre leurs méfaits. Ohlig fronça les sourcils. Si la compagnie d'armement était de mèche avec la Death Watch, cela posait plus d'un problème. D'abord, l'entreprise était le premier fournisseur des troupes de défense de Cortassi et de la Milice officielle. Leur auraient-ils livré du matériel inefficace ? Ça aurait expliqué qu'aucun des attentats n'ait pu être prévu. Mais si leur complicité était prouvée dans cette affaire, ils devraient en répondre devant les tribunaux. Cela accélèrerait la fuite de MandalMotors hors de Mandalore et priverait le Gouvernement de son dernier soutien logistique et financier dans le secteur privé. Encore une fois, le Gouverneur était tombé sur un os. Il ne pouvait pas entraver les actions de la firme, mais s'il les laissait faire il serait peut-être mort lors du prochain attentat.
Pensif, Ohlig prit congé du capitaine Duin. Il ordonna qu'on fasse enfermer les deux terroristes pour qu'ils répondent de leurs crimes et qu'on les interroge. Quant à l'affaire, le diplomate chargea de faire transmettre un message au Grand Garde de Mandalore : tous les détails de cette affaire devraient demeurer secrets aux yeux du public avant qu'elle ne soit réglée. Le Gouverneur était attristé à l'idée de faire des cachotteries à son peuple, mais il ne pouvait en être autrement, d'autant qu'aucune preuve tangible ne pouvait être retenue contre MandalMotors. Il lui faudrait réfléchir prudemment à sa prochaine manœuvre. Il n'avait pas de doute quant à la confiance que le Duc lui faisait, mais il s'en voulait de l'avoir tenu si longtemps écarté des affaires. Celui-ci devait maintenant être au courant de la situation et n'allait pas tarder à le contacter. Assis confortablement dans sa chaise de bureau, Ohlig, le front plissé, attendait patiemment son appel, choisissant en son for intérieur les meilleurs mots pour présenter ses excuses à son Excellence.