Bienvenue sur SWRPG !

Créé en septembre 2006, ce RPG situé dans l'univers Star Wars a démarré à l'aube de la Guerre des Clones. Nous avons cependant pris une trajectoire bien différente de celle de la saga. 18 ans plus tard, nous voilà dans un univers parallèle aux films de George Lucas, un univers unique dans lequel nos propres personnages ont eu (et auront) un impact sur sa destinée.

Contexte: Il n'y a pas si longtemps que ça, dans une galaxie lointaine, très lointaine... L'Ancienne République influençait les quatre coins de la Galaxie, guidée et protégée par les légendaires Chevaliers Jedi, gardiens de la paix et de la justice. De nombreuses années plus tard, on dénombre de nombreux régimes successifs, mais aucun n'a réussi à s'imposer durablement. Empire Démocrate... Empire Sith... Voilà que les différents chemins empruntés nous ramènent donc à une République Fédérale, sans que l'on soit assuré qu'elle parvienne à durer dans le temps. Une République Fédérale qui décide de miser sur la nouvelle Garde Républicaine, vouée à remplacer un Ordre Jedi dont on refuse le dogme si particulier.

Pendant ce temps, Sith, Séparatistes et Chasseurs de Primes ont su se préserver à différentes échelles de l'échec de l'Ancienne République. Tandis que l'Ordre Sith a connu récemment sa fin sur Cathar, laissant la place à différents cultes bien moins influents mais tout aussi dangereux, les Chasseurs de la Guilde de Dantooine n'ont jamais été aussi nombreux, parcourant les mondes à la recherche de primes qui en valent le coup. La Confédération des Systèmes Indépendants, elle, résiste aux fluctuations du temps et se préserve des menaces extérieures en n'hésitant pas à agir lorsqu'il le faut, comme l'en atteste son intervention musclée sur Cathar. La même Cathar qui avait accepté d'accueillir les Vestiges de l'Empire suite à la scission de l'Empire Sith, et qui aujourd'hui se retrouve sous la tutelle des Séparatistes.

Les temps sont sombres, le ciel annonce de mauvais présages comme c'est le cas à chaque nouvelle ère. Les relations entre les grandes puissances ne sont pas au beau fixe, les Sith sont de nouveaux reclus dans l'ombre -là où ils sont les plus menaçants- et les Jedi se terrent sur Endor, bien décidés à ne pas dévoiler leur présence à ceux qui leur sont hostiles et bien décidés à s'en tenir à leur but éternel : l'étude de la Force.

Jamais une ère de SWRPG n'aura été si indécise et pourtant, il y aura toujours quelqu'un pour bouleverser l’échiquier galactique. Comme ce fut le cas ces huit dernières années. Peut-être que tu seras cette personne, qui sait? Notre Galaxie t'attend !

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Star Wars RPG

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Académiquement correct

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    #25

    Post n°25
    Auteur : Atreïs Helcar

    Atréïs avait quitté le palais préfectoral sans l’ombre d’un sourire, toujours accompagné de son magna-garde qui faisait s’écarter plus que de raison les divers conseillers et employés qui croisaient son chemin. Déjà que l’aura de l’uniforme avait une certaine influence sur les présents, que dire de la présence d’un tel droïde dont la plupart n’avaient qu’entendu parler. Quant à la Commandante, elle n’accordait pas un regard à quiconque. Perdue dans ses pensées, elle repensait à l’entrevue avec Leiel Osso. Il n’avait pas souhaité s’enfermer dans un débat qui se serait révélé au mieux stérile, au pire révélateur de ses propres faiblesses en matière de sémantique. Elle restait une politicienne, et sa langue était acérée. Mieux valait la laisser mariner dans son propre jus et qu’elle tire des conclusions par elle-même. Tout en se donnant du temps pour réfléchir, il comptait sur la réflexion d’Osso pour qu’il n’aie pas à apporter de lui-même les réponses.

    Passer outre les ordres de Vasburg n’était pas vraiment un problème. Après tout, cela lui permettrait à la fois d’asseoir une certaine autorité, et également une relation avec une politicienne certes jeune et mineure, mais qui voulait faire bouger les choses. A l’inverse des conservateurs immobilistes, au moins, il pourrait comprendre rapidement d’où viendrait le vent, à l’avenir. Sous réserve que cette collaboration fonctionne, ce dont il ne doutait pas. Elle lui semblait trop ambitieuse pour se passer du potentiel soutien d’une Commandante de flotte.

    Rapidement, elle se retrouva au Prédateur. Elle allait laisser la nuit se dérouler et se payer une visite au lendemain à June. Il était temps de rassembler la fine équipe.


    - T’as l’air bien jouasse, Helcar.

    - On le serait à moins. Rejoins moi avec Tregar au mess, on doit discuter.

    La Zabrak qui venait de l’interpeller faisait toujours aussi peu cas des conventions militaires, mais ça faisait partie de leur relation, désormais. En privé, il n’y avait pas de grades spécifiques. Uniquement une unité composée de différents profils qui se respectaient les uns les autres. Attablés autour d’une table, Atréïs leur expliqua rapidement le court entretien qu’il avait eu avant de se taire.

    - … Donc tu vas profiter de ton double-jeu pour faire ami-ami avec une politicienne, alors que tu détestes ça ?

    - C’est ça. En plus de me délester du poids du jugement de Bergen, de me donner une figure d’autorité, et une autre plus sombre de terreur. Je suis gagnant sur tous les points. Quant à Osso, je la crois suffisamment intelligente pour comprendre l’intérêt d’une telle connivence.

    - A part que ça va te coincer entre ton engagement initial et potentiellement une menace à l’ordre pré-établi. On est pas là pour faire joujou avec les préfets, Atréïs.


    - Pour le moment, non, mais vu les implications de notre mission, justement, mieux vaut avoir le maximum de cartes en main. Je ne me lie pas à Osso pour le meilleur et pour le pire, j’ouvre simplement la voie à une collaboration ponctuelle. D’autant plus que June risque de rester sur place, suivant comment se passe le projet d’Académie.

    - D’ailleurs, tu en fais quoi, de June ?

    - Je vais la prévenir que je lui rendrai visite demain. Selon le programme du droïde d’accueil, les soldats sont dans la cour dès quatre heures du matin. Je compte bien voir comment elle se débrouille.

    - Et nous ?

    - Vous, vous surveillez les communications séparatistes, et vous me mettez la main sur le Consulat. Pour l’instant, le Prédateur reste sur Raxus Secundus, officiellement en inspection des défenses locales. Soutien à la flotte Yggdrasil.


    - Et si on trouve ?

    - Vous me prévenez et on voit. Je vous verrai demain.

    La nuit serait courte, mais reposante. Pour une fois, Atréïs laissa son IA de côté, malgré ses protestations quant à lui partager quatorze dossiers supplémentaires d’une importance capitale. Pour une fois, il avait envie de se concentrer sereinement sur ce qu’il devait faire le lendemain, sans avoir à réfléchir à quatre ou cinq coups en avance. Pour une fois, il ne serait pas dans la peau du chef, le lendemain. C’était à June que cette responsabilité incomberait, et il ne comptait certainement pas empiéter sur son autorité naissante, sauf besoin impérieux.

    ***


    Ce fut à quatre heures du matin que la Commandante Irons prit place, non pas dans la cour, mais dans le bureau de June King. Tout le monde était dans la cour centrale, il pourrait voir ça de loin. Les soldats arrivaient, absolument pas prêts à servir, sous l’oeil acéré de la Sergente qui avait pris place et attendait. Ces bons à rien seraient broyés en quelques semaines par la Lorrdienne, il n’en doutait pas un seul instant. A moins que l’un ou l’autre ne se sente pousser un esprit rebelle, comme cette Dévaronienne. Il sourit. Ecouteurs vissés dans les oreilles, il était inutile de chercher plus loin la tête brûlée du groupe. Il serait amusant de voir ce que June lui réserverait.

    Comme attendu, cela se passa fort mal, et même sans y faire attention, on pouvait entendre la Soldate hurler, répondant à la Sergente King sur un ton aussi odieux qu’inapproprié. Et ce petit manège dura deux bonnes heures. Deux heures pendant lesquelles un cirque total prenait place sous les yeux d’Irons, qui s’amusait du chaos. Mais trop, c’était trop. Flanquée de son droïde, elle se décida à intervenir. D’autant qu’elle avait aperçu l’arrivée de la sous-préfète. Le tableau était désormais complet.


    - Non ! D'où elle vous donne des ordres ? D'où elle vient ? Elle est là pour quoi ? Et vous, Commandant, vous laissez faire ? C'est quoi votre problème, le cran ? La fierté ? La rage de se battre ? Qu'est-ce qui vous manque ! Mais vous savez quoi ? Ben viens ! Viens, on va régler ça, montre-moi ce que tu sais faire !

    Lorsqu’elle pénétra sur le sable de la cour, personne ne fit attention à elle. En revanche, le droïde attira suffisamment l’attention pour que les regards se tournent vers elle. Mains croisées dans le dos, galons luisants, uniforme impeccable, elle fixa Dizer jusqu’à la mettre mal à l’aise, et la faire taire. C’était une honte.

    - Sergent King. Vous avez ma délégation de pouvoir.

    La Commandante tourna son regard vers la Lorrdienne. Le regard était glacial et déterminé. June savait déjà ce qu’elle devait faire, il en était convaincu.

    - Quant à vous, soldat Dizer, puisque vous souhaitez vous opposer à votre supérieur hiérarchique, ce n’est pas au commandant Parker que vous aurez affaire.

    Un simple regard vers June était suffisant. Elle avait carte blanche pour donner une vraie leçon à Dizer. Et si cela devait en passer par une humiliation physique, alors soit.

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      #26

      Post n°26
      Auteur : June King

      Patientant au centre de la cour d'entraînement, les yeux rivés sur son datapad tout en examinant en diagonale les différents profils des unités organiques et mécaniques qui composaient l'effectif militaire de cette pitoyable caserne, June se rendit rapidement compte que certains ne méritaient pas leur poste, et encore moins leur grade... voire même d'avoir été acceptés pour rejoindre l'armée ! Mais avant de plonger totalement dans les différents profils, les droïdes B1m et B4m - deux unités mécaniques de modèle B1 - furent les premiers à arriver dans la cour en se positionnant au garde-à-vous. B1m et B4m étaient les seules unités militaires mécaniques de la caserne et certainement les seuls soldats dignes d'intérêt et de respect. Tout droit issus des nombreuses usines de production de la magnifique Géonosis, il n'y avait pas grands choses sur eux, si ce n'était qu'ils étaient là depuis plusieurs mois et parvenaient à redorer légèrement l'image de la caserne. En lisant de nombreux rapports sur le terminal du commandant dans son bureau, June avait pu apprendre qu'ils étaient actuellement la fierté de la caserne et que la population se sentait davantage en sécurité avec eux qu'avec les organiques. Paradoxalement, elle aussi serait prête à faire plus confiance à ces droïdes qu'aux autres unités. Par ailleurs, pour s'en assurer, elle s'approcha du plus proche et lui posa une question.

      « — Quelle est la principale mission d'un soldat, droïde ? questionna sèchement la sergente. »

      « — Protéger les citoyens ! répondit B4m. »

      Curieusement, après la réponse du droïde, un silence assourdissant se fit ressentir dans toute la cour de la caserne. June attendait quelque chose et regardait le droïde B4m droit dans les boulons qui lui servaient de yeux, jusqu'à ce que le silence soit brisé lorsque B1m comprit ce qu'elle attendait.

      « — Abruti ! rétorqua-t-il en cognant la tête de son collègue mécanique qui émit un cri de surprise. Tu as oublié d'ajouter "sergent" à la fin de ta phrase, ajouta-t-il tout en se replaçant correctement au garde-à-vous après son explication. »

      « — J'allais le dire, mais tu m'as coupé avant, tenta-t-il de sauver son image. Sergent ! dit-il en se remettant au garde-à-vous correctement. »

      Typique. Voilà ce que June pensait à cet instant. Typique des B1 et de leur humour si particulier. Curieusement, cela amusa la petite Lorrdienne qui pouffa silencieusement de rire après l'échange des unités. Elle eut même un petit moment de nostalgie en repensant à ses amis et collègues qui agissaient de la même manière lorsqu'ils étaient avec elle. D'ailleurs, que faisaient-ils en ce moment ? Puis, sans dire un mot, elle se dirigea vers son précédent emplacement et replongea la tête dans son datapad pour examiner cette fois-ci le profil du lieutenant Walter Extar - qui arrivait au même instant.

      Le lieutenant Extar était certainement le seul officier supérieur responsable et sérieux de la caserne. Prêt à se charger des dossiers importants et des rendez-vous professionnels à la place de son supérieur ; il n'hésitait pas une seconde à prendre sa place pour le remplacer lorsqu'il était introuvable ou bien refusant de remplir son rôle. Le lieutenant était bien vu de la population et très apprécié de ses supérieurs ainsi que des politiciens de Raxus - sur qui ils étaient sûrs de pouvoir compter. Même s'il n'avait aucun fait d'armes à son actif ni aucune décoration militaire, il était tout de même investi cœur et âme dans son travail et ne semblait pas vouloir changer cette attitude qui lui était naturelle. Pour June, il était quasi plus que certain qu'il méritait davantage le grade de commandant à la place de celui qui le détenait actuellement. D'ailleurs, parlant de bon à rien, voilà que leur roi se manifesta à son tour.

      Le commandant Ethan Parker. Celui-ci ne méritait absolument pas plus que le grade de sergent, d'après June. Et encore, ce grade lui aurait été offert uniquement de par son ancienneté et sa fidélité à l'armée Raxienne, car en continuant d'analyser son profil, la jeune Lorrdienne pouvait lire qu'il n'avait aucun fait d'armes à son actif ni n'avait reçu de mutation ou de décoration. Le commandant Parker avait passé toutes ses années de services dans la même caserne, sur la même planète et au même poste. Les yeux de June se remplirent de dégoût lorsqu'elle s'imagina revenir quelques jours en arrière et refuser la proposition d'Atreïs, finissant comme ce lamentable commandant : restant sur Géonosis, au même grade, sans évolution et continuant de maltraiter les recrues. Heureusement qu'elle avait accepté sa proposition et que l'appel de l'aventure et de l'inconnu étaient plus forts - remerciant sans réellement le vouloir son nouveau supérieur. Cette petite pensée lui redonna le sourire avant qu'il ne disparaisse rapidement lorsqu'elle lut la suite et qu'elle découvrit que le commandant était presque toujours absent lors d'importants rendez-vous et toujours en retard lorsqu'il était présent. Quel gâchis pour l'armée Raxienne d'avoir mis à la tête de la caserne un individu aussi médiocre et dénué de compétences... Mais était-il le seul déchet de cette caserne ?

      Sortant sa tête de son datapad en le maintenant dans ses mains, dorénavant jointes dans son dos, June s'avança avant de se redresser correctement en collant ses pieds l'un contre l'autre, surplombant de par son charisme et son parfait uniforme séparatiste les derniers soldats organiques qui arrivèrent ensemble : le sergent Staim, le soldat Bid et visiblement l'élément perturbateur du moment, la soldate Dizer. Sans faire aucune remarque pour le moment sur tout ce qui n'allait pas, June resta silencieuse, statique et observa toutes les unités par le seul mouvement de ses yeux hétérochromes. Même si cela pouvait impressionner certains, la petite Lorrdienne criait de peur intérieurement et se demandait ce qu'elle allait faire. Avait-elle seulement préparé quoi que ce soit ? Durant quelques instants, un silence d'église régna dans la cour. Jusqu'à ce qu'une faible musique se fasse entendre. Bingo ! June allait pouvoir faire comme si tout était calculé et surtout planifié. Dirigeant tout de suite son regard sur la soldate Dizer, qui était manifestement trop absorbée par la musique sortant de ses écouteurs enfoncés dans ses oreilles pour se rendre compte que tous les regards étaient braqués sur elle, June se déplaça pour se positionner face à la soldate, patientant sagement, la tête relevée, pour lui faire face, jusqu'à qu'elle remarque sa présence.

      Sans émettre aucun bruit, la petite sergente continuait d'observer la soldate qui était totalement dans son monde et semblait ne pas se rendre compte de son environnement, et ce, durant plusieurs minutes. Malheureusement, la patience avait ses limites, et chez June, elle allait bientôt l'atteindre. Sans bouger, le monde autour d'elle donnait l'impression qu'il se contractait, se déformait, devenant étouffant et surtout lourd, comme si la gravité avait changé spontanément. Ce fut à ce moment que la soldate Dizer ouvrit les yeux, alors qu'elle commençait à se sentir mal et à relever le col de son uniforme mal repassé à l'aide d'un de ses doigts dans un réflexe inutile pour mieux respirer, tout en apercevant sa supérieure postée en face d'elle, les mains dans le dos et le regard empli de haine. Comment June parvenait-elle à faire tout cela ? Par quelle magie réussissait-elle à avoir un impact aussi intense grâce à sa seule présence et son regard hostile ? Était-ce seulement de l'intimidation ou une forme subtile de manipulation mentale ? Ou bien parvenait-elle à utiliser quelque chose de façon inconsciente pour créer une atmosphère oppressante autour d'elle et de la soldate pour provoquer une sensation d'éffroi ? Et surtout, était-ce réellement involontaire de sa part ? Ce fut lorsque la soldate Dizer s'écroula sur ses genoux, tentant désespérément de retrouver une respiration normale, que la sergente June eut comme un sursaut, comme un réveil. Elle regarda autour d'elle, un peu perdue et affolée à la fois, croisant tous les regards qui la dévisageaient. Que venait-elle de faire ? S'efforçant de retrouver ses esprits et essayant de reprendre le contrôle de la situation, elle ordonna à la soldate Dizer de se remettre debout le plus rapidement possible en adoptant un ton autoritaire, avant de se tourner vers le sergent Staim.

      « — Tss ! claqua-t-elle des dents avant de prendre la parole. Veillez à mieux dresser vos subalternes, sergent, Expliqua-t-elle sans ménagement. Les déchets dans la galaxie sont légions et prennent souvent la place des véritables joyaux, ajouta-t-elle en se tournant vers la soldate Dizer, tout en adressant un oeil sévère vers le commandant Parker, avant de tourner le dos à tout le monde et de poser une main sur son torse pour essayer de reprendre le contrôle de son souffle. »

      L'heure qui suivit l'incident se déroula sans accrocs. Tout le monde resta silencieux, obéïssant. Il valait mieux suivre les ordres que de subir la colère de la jeune Lorrdienne qui pouvait devenir si instable qu'elle pouvait tuer sans s'en rendre compte. Durant l'heure : multiples mouvements et renforcements musculaires ; courir et faire le tour de la cour de la caserne plusieurs fois sur un rythme que la sergente King menait en restant en tête du peloton ; exercices physiques ; et pour finir séance de tir. Malheureusement, le calme et l'obéissance disparurent lorsque la soldate Dizer craqua et refusa de prendre part au dernier entraînement, martelant que c'était une perte de temps et que tout ceci n'était qu'une vaste fumisterie ! Sans se retourner et continuant d'observer l'entraînement au tir du droïde B1m ; June ordonna au lieutenant, qui était le plus proche, de forcer la soldate Dizer à prendre part à l'entraînement sous peine de renvoi pur et simple de la caserne et du monde militaire. La sergent King, exaspérée par cet élément perturbateur, n'avait plus la patience et voulait se débarasser des inutiles. Mais, même le lieutenant ne put calmer la soldate et elle se mit à hurler à travers toute la cour. Se retournant pour lui donner une bonne correction : June fut stoppée dans son élan en apercevant en face des portes de la cour la sous-préfète Leiel Osso, accompagnée de son assistant personnel Sief Saad. La surprise n'était pas finie, car la commandante Irons entra à son tour dans la cour et calma la soldate Dizer d'un seul coup de regard, tout en offrant, avant de partir, les pleins pouvoirs à la sergente King.

      Un simple regard avait suffi. June savait qu'à partir de maintenant, elle avait la lourde charge de renvoyer tout élément qui ne voudrait pas se soumettre à la Confédération et à son autorité. Prenant une longue bouffée d'air tout en soufflant le plus doucement et calmement possible, June se dirigea vers la soldate Dizer. Il était temps de lui faire comprendre une chose essentielle et importante : l'obéissance et la discipline militaire. Et si cette dernière n'acceptait pas cette dure réalité, seule la vie civile pourrait lui convenir, perdant tout le confort de vie qu'elle possédait actuellement. Ramassant un blaster qui servait pour l'entraînement au tir et s'avançant en hésitant qu'elle punition elle pourrait appliquer, June se souvint de la fois où elle se trouvait à la place de Dizer. Sur Felucia, où elle avait dû prendre place dans un peloton d'exécution. Heureusement, le sergent OOM-6 avait réglé les fusils sur le mode paralysant et non sur le mode létal. Peut-être qu'elle pourrait réutiliser cette punition et lui faire comprendre ce qu'elle pourrait réellement subir si elle continuait ainsi ? Après tout, cela avait fonctionné pour June. Sans dire un seul mot tout en continuant de s'approcher et surtout sans prévenir, June tira à bout portant sur Dizer. Cette dernière s'éffondra au sol, totalement paralysée. Il était clair qu'elle devait frapper fort, tout de suite !

      « — B1m, B4m, veuillez attacher la soldate Dizer sur ce poteau, ordonna-t-elle en pointant le premier poteau de la cour qu'elle trouva. »

      Elle avait naturellement désigné les droïdes pour cette tâche. Elle savait qu'ils n'allaient pas être sentimentalistes et surtout poser des questions inutiles. Alors que les droïdes attachaient la soldate au poteau, sous les yeux impuissants du reste du groupe, June ne leur adressa nullement la parole ni un regard, trop concentrée à prier pour que quelqu'un vienne immédiatement l'arrêter dans sa folie de vouloir reproduire ce cauchemar. Mais, malheureusement, encore aujourd'hui, aucun héros ne se manifesta pour terrasser la méchante. Une fois installée au poteau d'exécution, June fit mine de changer le mode du blaster pour alerter le reste du groupe et tenter de les réveiller. Mais là encore, aucune réaction. Elle tenta même de les narguer en tournant la tête vers eux avec un large sourire sadique et les yeux brillant d'amusement à l'idée de tuer. Mais tous restaient immobiles, attendant la sentence. Alors que Dizer se réveilla de sa paralysie, June pointa de nouveau le blaster vers elle en lui ordonnant de s'excuser et d'obéir aveuglément à partir de maintenant sous peine de perdre la vie immédiatement. Mais rien à faire. Dizer, tout comme June à l'époque, continuait d'être arrogante et de cracher son venin. Avant d'en finir une fois pour toute, June s'avança vers Dizer, avec un regard larmoyant et désolé. Elle la regarda dans les yeux et gifla le visage de la soldate avec sa main organique, pour ne pas décrocher sa mâchoire avec son autre main cybernétique.

      « — Idiote ! lui cracha-t-elle avec une voix tremblante d'émotion. Lorsque je suis allée dans tes quartiers, j'ai vu ce que tu étais capable de faire avec l'électronique. Tu as toute ta place dans l'armée en tant qu'ingénieur ou mécano, mais tu es trop tête brûlée pour t'en rendre compte, lui expliqua-t-elle en se retenant de pleurer et parlant à voix basse pour qu'il n'y ait qu'elle qui puisse entendre. »

      Séchant les larmes qui avaient coulé sur ses joues avant de se retourner vers le groupe pour s'éloigner de la soldate et de pointer de nouveau son blaster sur elle : June ne prononça aucun mot et tira qu'une seule fois.

      « — B1m, B4m, accompagnez la soldate à l'infirmerie. Le mode paralysant était le plus puissant, elle mettra certainement une ou deux journées avant de se réveiller, ordonna-t-elle aux droïdes qui obéirent tout de suite, avant de se retourner vers le reste du groupe. Tout se décidera à son réveil, si elle continue de ne pas obéir, elle sera renvoyée de l'armée, expliqua-t-elle sèchement. L'entraînement est terminé, retournez à vos postes. Vous m'avez tous déçue ! conclut-elle. »

      Une fois que tout le monde était parti pour reprendre leur poste, June resta dans la cour, tournant le dos à toutes les unités. Immobile et sans émettre le moindre son. En réalité, elle se retenait de pleurer en se mordant la lèvre inférieur et se pincait la main pour éviter un maximum de trembler et qu'on s'aperçoive qu'elle n'arrivait pas à contrôler ses émotions. Après tout, June restait fidèle à elle même et la froide instructrice n'était en réalité qu'une simple jeune fille encore capricieuse et terrifier à l'idée de devoir appliquer son autorité qui devenait hors de contrôle par moment.

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        #27

        Post n°27
        Auteur : Leiel Osso

        Saad interrogea du regard la Sous-Préfète. Il comprenait les joues rougies de la jeune femme comme l'expression d'un malaise ou d'une gêne devant le spectacle de plus en plus violent qui se déroulait sous leurs yeux. Saad se trompait. Osso n'en perdait pas une miette parce que la mise en scène de l'autorité, les rapports de dominance, l'exercice du pouvoir, quel qu'il soit, faisait battre son cœur plus fort, colorait son visage blême. Rien n'était plus beau dans les yeux violets de la dirigeante planétaire.

        L'assistant personnel se retint d'intervenir. Leiel ne manquerait pas de lui faire connaître ses volontés et décisions, l'initiative ne lui revenait que dans certains cas précis. Mais il était prêt. La soldate dévaronienne était traînée à un poteau, visiblement destinée à finir sous un nouveau coup de blaster. Ancien militaire, Saad se demanda avec un effroi grandissant si King irait jusqu'au bout de son mouvement. Une exécution sommaire laissait des traces, surtout au sein d'un groupe stable et formé depuis un moment. Et si la notion ne lui était pas étrangère, il n'y avait jamais assisté en personne. Le tableau manquait de la gravité qu'il imaginait nécessaire à la punition définitive.

        Sief Saad se dit subitement qu'il n'aurait jamais fait une chose pareille dans les circonstances, pour réaliser qu'il ne serait jamais dans cette situation, que la décision ne lui revenait pas, qu'il n'était que spectateur. Il redressa le menton, solennel et mal à l'aise, mais solide aux côtés de la Sous-Préfète.

        Son attention à elle se concentrait sur la Sergente. La victime de la leçon ne l'intéressait absolument pas, mais l'effet de la sanction sur les personnes présentes s'inscrivait irrésistiblement dans sa rétine. King la surprenait. Radicale. Tranchante. Raide, aussi. Un peu trop. Comme si elle devait prouver plus que ce que l'on attendait d'elle. Sa position n'était sans doute pas confortable, mais Osso approuvait cette micro-révolution au sein d'une institution qui n'était plus vieillissante depuis longtemps, mais totalement décrépie. L'Académie serait d'une autre trempe, mais l'initiative de la Sergente lui semblait de bon augure. L'ampleur de la mise en scène était étonnante, mais après tout pourquoi pas. La suite méritait d'être suivie, l'évolution des personnages promettait d'éclairer la trajectoire de June King. Réussite ou échec ? Décidément, elle avait bien fait de se lever tôt.

        Mais alors que la Soldate Dizer était évacuée par les deux droïdes, ce fut King qui fut entraînée plus loin par la Commandante Irons. Le geste ne laissait pas de place à l'ambiguïté : elle n'avait pas de place dans cette discussion là et un bref élan scandalisé lui fit serrer les dents. Elle plissa les yeux en avançant vers sa prochaine victime.

        - Parker.
        - Madame... je... vous avez bien reçu mon message ?
        - Absolument. Je viens moi-même me rendre compte de la situation.

        Le Commandant se redressait autant que possible, tordant son corps amolli de manière presque comique pour sembler le plus respectable possible.

        - C'est... c'est un scandale, madame. Une honte !
        - Oh j'ai bien vu, Parker. Lieutenant Extar.
        - Madame la Sous-Préfète.

        Le Lieutenant était encore blême, de la mise en scène d'exécution, de la réalisation que la débâcle avait été suivie en direct par la dirigeante planétaire, mais il parvenait à faire meilleure figure que son supérieur. Il s'inclina brièvement devant la silhouette blanche et la silhouette sombre de l'assistant.

        - Je m'interroge, Lieutenant. Pensiez-vous que votre recrue allait mourir ? La sanction correspondait-elle à l'offense ?

        La questions suivante : « Auriez-vous tiré ? » flotta dans l'air, potentielle, plausible.

        - La Sergente King sait ce qu'elle fait. Il serait présomptueux de ma part de remettre en cause ses décisions. Elle aura fait ce qu'elle estime nécessaire et utile.
        - C'est un scandale ! Une honte, madame, vous avez bien vu le...
        - Taisez-vous Parker.

        Alors que le Commandant manquait de s'étouffer d'indignation, Osso conserva toute son attention sur Extar, à peine plus à l'aise que son supérieur quand il réalisa que botter en touche ne suffirait probablement pas pour échapper à la situation.

        - Le comportement de la Soldate Dizer était tout à fait condamnable. Notre institution est fière de ses valeurs et ses devoirs et Dizer a manqué aux deux.

        Osso s'amusait immensément. Comme elle ne répondait pas et qu'elle fixait toujours le pauvre Lieutenant, celui-ci s'imaginait devoir en dire toujours plus, et il commençait à manquer de platitudes appropriées à servir.

        - Nous avons toujours visé l'excellence, madame, et cette malheureuse situation ne doit pas...
        - Merci Lieutenant. Je vous aurais bien écouté encore un moment, mais la Commandante et la Sergente sont de retour. Avez-vous pensé à la politique ?
        - Madame ?
        - Ecoutez-moi bien tous les deux. Je n'oublierai pas cette humiliation. Vous avez été en dessous de tout. Attendez vous à des conséquences.

        Elle leur tournait le dos pour faire face aux officiers qui revenaient dans la cour. Tout aussi amusante que soit la situation, Osso se demandait comment les choses allaient tourner. Elle s'arma d'un sourire. Discret. Il n'y avait pas de quoi crier victoire.

        ***


        Dans l'infirmerie, Dizer revenait à elle, encore sonnée mais vivante, douloureuse, et parfaitement humiliée. Inhabituellement muette, elle évitait soigneusement de regarder le Sergent Staim dont la peau foncée avait terriblement pâli et qui ne la regardait pas davantage.

        - J'aurais dû intervenir, Dizer. J'aurais dû dire quelque chose. Faire quelque chose. Ca n'aurait jamais dû...

        La Dévaronienne ne pipait mot. L'énervement accélérait sa respiration et la rendait plus pénible et certainement inconfortable.

        - Je ne pensais pas que ça en arriverait là. Je suis désolé, Dizer. Vraiment désolé. C'est ma fau...
        - Oui.

        Il s'interrompit, leva les yeux sur elle, interdit.

        - Oui, c'est votre faute.

        Pris par la culpabilité, Staim n'eut même pas l'idée de lui reprocher son insubordination épouvantable ni même les écouteurs dans ses oreilles.

        - C'est votre faute. Je... je n'ai aucune idée de ce qu'elle attend de moi. Juste la boucler ? Non, c'est ce que Parker attend, ça. Faire mon boulot dans les temps, c'est pour Extar. Mais pour vous ? Vous... vous deviez... nous former. Nous donner... la direction ?

        Elle tourna vers lui un regard troublé.

        - On n'est pas un corps d'armée. Je ne sais même pas pourquoi on est là.

        Le Sergent ouvrit la bouche, pour se justifier, la rassurer, faire du sens de ce qu'elle disait.

        - Non. King a des raisons de se battre. De se comporter comme elle le fait. De porter l'uniforme.
        - Dizer.
        - Ce qui arrive là, c'est votre faute. C'est King qui a raison.

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          Auteur : Atreïs Helcar

          Atréïs n’avait pas perdu une miette de la scène pour le moins troublante qui venait de se dérouler, sous les yeux ébahis d’à peu près tout le monde. Personne n’avait su trouver le courage de s’opposer à la petite Sergente, et lui-même n’avait pas souhaité le faire. Peut-être eut-ce été préférable, mais il avait donné les pouvoirs à June, ce n’était pas pour les lui reprendre à peine une poignée de minutes plus tard, ce serait faire exploser son autorité naissante. Cependant, il ne pouvait pas nier ce qu’il avait vu. Ni l’attitude de sa subordonnée, ni le désespoir de la Dévaronienne torturée, ni les méthodes étranges appliquées par la Lorrdienne.

          June s’était perdue dans un piège qu’elle avait elle-même creusé. Espérant jusqu’au bout que quelqu’un ne l’arrête, elle n’avait pas su trouver la porte de sortie qu’elle escomptait. Au contraire, elle avait fini de reboucher le trou au dessus de sa tête, ou presque. Et cela n’avait pas du échapper à la sous-préfète Osso qui n’avait pas manqué une miette de ce spectacle lamentable. Alors, faisant fi de son statut de commandante froide et inflexible, Atréïs se dirigea lentement vers la cour, où June se tenait, seule et désemparée.


          - Sergent. Venez, marchons.

          La main d’Irons se voulait à la fois douce et ferme, rassurante et presque complice. En tout cas, pas celle d’une supérieure hiérarchique froide. Lorsque June releva la tête vers elle, la commandante fit un signe de tête pour lui indiquer de la suivre. Elles n’étaient plus sur Géonosis, elles n’étaient plus dans une garnison composée de milliers de soldats. Ici, elles étaient presque libres, dirigeant la caserne par défaut. Et l’extérieur était bien plus accueillant que les déserts de sable rouge de la planète capitale, composé de verdure et d’air frais, et non de sable et de vent brûlant.

          Au départ, il ne dit rien. Bien entendu, il voulait être éloigné de la caserne, afin que leur discussion reste privée. Son IA n’avait pas activé sa fonction d’enregistrement, et lui-même n’avait prévu aucune trace de ce qui se dirait ici. Pour l’heure, il se contentait de laisser June reprendre ses esprits. Elle devait prendre le temps de comprendre le sens de ses actions, et leurs conséquences, qu’elle devrait sans doute, à terme, subir. Mais pas seule, certainement pas. Et cela, il était là pour lui faire comprendre. Alors, d’une voix nettement moins froide qu’à l’accoutumée, il prit la parole.


          - Vous avez entériné votre manière de commander. Même si celle-ci est peu orthodoxe.

          Il la regarda du coin de l’oeil. De minute en minute, elle reprenait contenance. Heureusement. Il eut été malheureux qu’une soldate de Marine se laisse ainsi aller après une simple crise contre l’autorité qu’elle cherchait à instaurer.

          - Notez que je ne la juge pas. Tout au plus je vous suggérerais d’adapter votre vocabulaire, mais c’est tout. J’imagine que votre colère est plus due au potentiel gâché par cette Dévaronienne que par son insubordination ? Si c’est le cas, je vous comprends. Cette jeune femme serait un atout indéniable pour Raxus si elle voulait bien se discipliner un peu.

          Si June désirait répondre, crier, pleurer ou quoi que ce soit d’autre, elle avait le champ libre. Atréïs n’était pas dans l’optique d’imposer ses vues. Au contraire. Plus il voyait la Sergente, plus il comprenait qu’elle avait un potentiel bien plus grand qu’il ne l’avait imaginé au départ. De plus, quelque chose avait changé en elle. Elle n’était pas, ou plus, seulement l’irresponsable gaffeuse qu’elle avait été et qu’on devinait au travers des rapports des uns et des autres. Sa prise de pouvoir dans la caserne lui prouvait qu’elle était la fois idoine pour l’accompagner, et gravir les échelons à sa suite. L’Académie et la caserne raxienne n’étaient qu’un début. Un test qu’elle passerait allègrement et sans même réellement y penser.

          - Mais ce n’est pas que de cela dont je voulais te parler.


          Le tutoiement était venu naturellement. Il avait besoin de renouer une relation de confiance avec celle qui était officiellement sa subordonnée, officieusement… autre chose. Cette zone grise était étrange, mais sortir du carcan de l’armée lui permettait de ne pas se sentir déshumanisé non plus.

          - Malheureusement, depuis notre… accrochage sur le Prédateur, nous n’avons pas réellement eu l’occasion de parler. J’en suis navré.

          Il s’arrêta un instant. Devant eux, une plaine verdoyante s’étirait sous leurs yeux. Un magnifique terreau pour les cultures ou futures plantations raxiennes, qui ne manqueraient pas, un jour, de venir exploiter cette terre. Comme le faisait à présent la CSI en implantant divers organismes. Finalement, comme pour le reste, il s’en détourna, reprenant le chemin de la caserne.

          - J’avais mal jaugé la situation. Ta situation. J’aurais pu, du, être plus diplomate, au vu de ce que je te demande d’accomplir avec moi et les autres. Sans doute m’y suis-je mal pris, mais eut égard des circonstances et de ce statut, peut-être pourras-tu comprendre la difficulté à tout mettre en ordre. Néanmoins, cela ne change pas ce que j’ai pu te dire sur la corvette, sur tes qualités. Et ce que tu tentes d’accomplir ici, dans cette caserne, contre vents et marées, le prouve.


          Il avait fini son petit discours en arrivant proche de la caserne. Maladroit, sans doute. Sincère, bien entendu. Sans son IA pour guider ses mots, il était plus hésitant, plus vague, mais sa voix ne trahissait pas de mensonge. Là, sur le pas de l’entrée, il eut un sourire et tendit une main à June.

          - Permettez moi de vous présenter mes excuses, Lieutenant King. J’espère que nous pourrons repartir d’un meilleur pied.

          Elle avait insisté sur le grade. Son demi-sourire montrait son sérieux. Peut-être n’était ce pas la conclusion idoine, mais c’était celle qu’il choisissait. Et de toute façon, il n’aurait pas le temps d’en dire plus, puisque plus loin, il pouvait apercevoir Leiel Osso qui houspillait ses collègues. La scène aurait pu prêter à sourire, mais ils restaient des soldats de la CSI, et il aurait fallu qu’il les protège… Malheureusement, ceux-ci n’étaient absolument pas dignes d’un tel soutien, au contraire de June. Il faudrait jouer un tant soit peu serré. D’un signe de tête, il indiqua à June de le suivre, et se rapprocha de la sous-préfete et de son conseiller, réactivant son IA. Profil intéressant que celui de Sief Saad.. A ne pas négliger, en tous les cas.

          - Madame la Sous-préfète Osso. Veuillez excuser mes manières cavalières ce matin. Je dois admettre que je ne m’attendais pas à ce que le Lieutenant King ait à faire preuve d’autant d’autorité. Je suis surprise, et en même temps confortée dans mon choix.

          Elle eut un regard pour Parker et Extar qui repartaient la queue entre les jambes jouer les inutilités ailleurs.

          - Lieutenant, trouvez-nous un endroit où nous pourrons discuter en paix, tous les trois.

          Aussitôt dit, aussitôt fait, et ce fut dans la salle de briefing que tous s’installèrent. Atréïs ne siégeait pas, laissant cet honneur à June. Sief Saad, lui, n’avait pas été convié, pas plus que le commandant officiel de la caserne ou ne serait-ce quel autre conseiller.

          June.

          Leiel.

          Atréis.

          Chacun à sa façon influençait désormais l’échiquier politique de Raxus Secundus de par leurs positions. Et le Gurlanin était parfaitement bien placé pour comprendre que, comme lui, ses deux interlocuteurs seraient bientôt à même d’influencer le jeu galactique. Il lui fallait déjà poser ses pions, faire ce qu’il fallait pour essayer de s’assurer leur soutien. Ce serait compliqué… Mais pas impossible. June restait sa subordonnée, en revanche, la relation avec les politiciens serait inévitablement tendue…


          - Bien, sous-préfète, je serais heureuse d’entendre votre…

          Clic.

          Clic ? Qu’est ce que c’était que ça ? Ce genre de bruit ne pouvait signifier qu’une seule chose. D’un seul coup, il passa la tête sous la table pour se rendre compte de la présence d’un détonateur. Immédiatement, il se releva et sauta de l’autre côté, attrapant Leiel, tout en criant à June de se mettre à couvert. Il eut à peine le temps de placer la sous-préfète derrière le bureau que le souffle de l’explosion emporta tout. L’action n’avait duré que quelques secondes, qui avait suffit à l’être artificiellement augmenté pour agir. Autour d’eux, la pièce était réduite en lambeaux, des murs avaient volé en éclats, de même qu’une bonne partie du bureau qui faisait office de bouclier pour elles.


          - Osso, restez à l’abri pour l’instant. Lieutenant, avec moi.

          Son IA travaillait déjà à plein régime, appelant son magna-garde à la rescousse pour veiller sur l’élue locale qui ne devait pas en mener large. Au moins espérait-il que June s’en sortirait mieux, mais il n’eut pas l’occasion de se poser la question plus longtemps, puisque sur ses rétines s’imprimèrent directement les nouvelles de Raxulon. La ville, en ce doux matin, était en flammes, et de nombreux et violents insurgés répandaient le chaos. Et il ne fallait pas compter sur cette fichue caserne pour les aider… Mais ils n’avaient pas le choix. Il fut très vite tiré de ses réflexions par l’IG-100, qui se présenta au rapport.

          - Tu vas veiller sur la sous-préfète. Rien ne doit la blesser, c’est bien compris ? Madame Osso, je suis désolée, je dois absolument prendre des dispositions. Votre ville, votre planète est sous le coup d’une insurrection. Je ne sais pas pourquoi ni comment, mais c’est un fait. Permettez moi juste de prévenir mes subordonnés et nous nous organiserons.

          Et sans attendre de réponse, il la planta là. Il avait besoin de son armure de combat, de son fusil, de ses deux acolytes… Et d’un troisième. Il porta la main à son oreillette.

          - Sergent Venkhor, je sais que vous êtes sur Raxus Secundus. Je pense que vous savez comme moi que nous sommes en grand danger. J’ai besoin de vous, à la caserne.

          Spoiler : Spoiler
          HRP
          Les modalités de ce qui va suivre seront indiqués en section CSI. Pour l'heure, nous allons commencer avec l'ordre suivant : June, Leiel, Arnon, Atréïs. Bonne chance à tous.

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            Auteur : June King

            Seule.

            Voilà l'horrible réalité qui revenait hanter June une nouvelle fois. La réalité de devoir affronter seule la vie et son chemin couvert d'obstacles, sans aucune lumière pour la guider, ni de main pour la soutenir, ou d'épaule pour se reposer. Depuis la terrible perte de ses amis sur Hoth, June avait forgé une bulle, une carapace sentimentale dans laquelle personne ne pouvait entrer ou sortir... pas même elle. Cette même bulle qui s'était renforcée après la perte d'un frère d'arme sur Felucia, avec qui elle avait passé ses années de formation sur Geonosis. Cette bulle l'empêchait de faire confiance ou d'offrir pleinement son amitié, ou de se rapprocher de ceux qu'elle aimait pour ne pas leur faire du mal involontairement avec, ce qu'elle pensait être, sa malédiction. Non. Rien ne pourrait la faire sortir de cette carapace impénétrable. D'ailleurs, c'était certainement par la faute de cette bulle qu'elle avait agi de cette manière avec la pauvre soldate Dizer. Pensant bien faire et que cela allait avoir une chance de la réveiller ou de lui faire prendre conscience de ce qu'elle avait à offrir pour l'armée - comme cela avait fait pour elle. Mais, faire subir la punition de la potence, cette même punition qu'elle-même avait subie, n'était pas forcément la meilleure des solutions. Non pas pour la soldate, mais pour sa propre santé mentale. Se retrouver attachée au poteau, les canons des fusils braqués sur elle, June venait de revivre ce cauchemar... mais cette fois-ci, c'était elle le bourreau. Restant au centre de la cour, sans bouger ni même parler, June se retenait du mieux qu'elle pouvait pour ne pas craquer et s'effondrer sur ses genoux qui devenaient de plus en plus lourds à chaque seconde. Pinçant sa main organique avec sa cybernétique pour retenir son corps de trembler d'émotion sous les yeux de tous les autres qui étaient en train de s'en aller de la cour - et pour aussi se punir inconsciemment -, June se mordit la lèvre inférieure pour retenir les larmes qui remplissaient ses yeux rougis.

            Pourquoi avoir utilisé une telle méthode ? À cette question, les remords la submergèrent et une tristesse profonde s'afficha sur son visage. Elle avait sans doute voulu faire de Dizer un exemple, un avertissement pour tous. Mais elle aurait voulu revenir en arrière et changer son approche afin d'éviter d'infliger une telle punition. Elle ne voulait pas devenir un monstre mais un phare éclairant la nuit. Malheureusement, il était trop tard. Son cœur se serra à cette dure réalité et se chargea d'un poids insupportable qui le brisa une nouvelle fois. Baissant la tête, comme lors d'une défaite après une bataille qu'elle pensait gagner, June semblait plus que jamais avoir perdu une part d'elle-même dans cette cruelle démonstration d'autorité grossière et lamentable.

            Qu'aurait pensée Val ? Qu'aurait pensée la lieutenante ?

            Mais comme la nuit, l'aube finit toujours par émerger. Lorsqu'une main vint la surprendre en la faisant sortir de ses pensées, elle regarda par-dessus son épaule et vit la commandante Irons, qui l'invitait chaleureusement à la suivre d'un simple signe de tête. Elle... ou plutôt lui ne semblait pas être la même personne que lors de leur dernier échange qui avait créé des étincelles, ou de ce commandant froid qui l'avait présentée à la sous-préfète. Non, il dégageait quelque chose de différent. Se voulait-il amical ? Allait-il prendre June par pitié et jouer sur la corde sensible pour profiter d'elle et gagner sur le plan psychologique ? Bien que June ne ressentait pas d'intention hostile dans son comportement et ne détectait aucune malice dans son regard, elle était quand même méfiante. Après tout, il pouvait changer de forme et de visage comme il voulait.

            Lorsqu'ils étaient suffisamment éloignés du reste du groupe qui était resté dans la cour, les premiers mots de la commandante furent tranchants et soulignèrent ce que June redoutait pour le reste de son commandement de la caserne. Son image sera gravée à jamais comme une supérieure autoritaire et sévère n'hésitant pas à faire preuve de cruauté en appliquant une discipline stricte. À ces mots, June baissa les yeux par réflexe - ce qui ne lui arrivait que rarement de par son arrogance naturelle. Atreïs avait raison. Mais aurait-elle pu faire autrement avec la soldate ? Redressant la tête petit à petit en réfléchissant bien à la situation, elle écouta la suite des mots de la commandante. Et curieusement, ses mots se révélaient être parfaitement justes ! Si Dizer avait été moins tête brûlée et surtout plus à l'écoute des ordres durant l'entraînement, June aurait pu sincèrement développer par la suite son potentiel et ses connaissances pour l'électronique et la technologie en lui fournissant du matériel et des composants, ce qui aurait pu apporter un intérêt majeur pour la future académie militaire de Raxus et servir parfaitement la caserne de la préfecture. D'ailleurs, juste en ayant regardé l'intérieur de la chambre de la jeune soldate ; la sergente avait remarqué que la plupart des objets étaient ses créations. Tout comme cette sono qui avait fait tant trembler les murs. Elle gâchait ses talents à vouloir jouer les rebelles et défier l'autorité. Tout comme June. Souriant et pouffant de rire à cette dernière réflexion, la jeune Lorrdienne comprit qu'elle lui ressemblait énormément et qu'avec un peu de patience, elle serait sûrement la fierté de la caserne - et peut-être une bonne collègue.

            « — Il est évident que ce sera un atout majeur pour la caserne, expliqua-t-elle en séchant ses dernières larmes et reprenant complètement ses esprits. Elle gâche son talent non pas parce qu'elle est indisciplinée, mais parce que cette caserne est dirigée depuis bien trop longtemps par des incapables, dit-elle en haussant progressivement le ton, comme pour vouloir se faire entendre, agacée par la situation. Pardon, s'excusa-t-elle tout de suite après, essayant de retenir son énervement. Cette caserne sera une fierté pour la Confédération, j'en suis sûre ! affirma-t-elle avec assurance et détermination. »

            La petite sergente en était dorénavant convaincue. Il n'allait pas seulement être question de former de simples recrues et de bâtir une académie militaire sur Raxus. Non, il s'agissait bien de construire et d'instaurer l'idéologie et la grandeur séparatiste. June avait rejoint les rangs de la Confédération après avoir été sauvée par elle et avait désormais une dette immense envers elle. Alors, quoi de mieux que de lui offrir une planète entièrement dévouée à sa cause comme remerciement et comme premier cadeau pour rembourser une infime partie de son immense dette ? D'ailleurs, le faisait-elle réellement pour rembourser sa dette, ou bien avait-elle pleinement embrassé la cause séparatiste ? Mais elle fut soudainement extirpée de sa nouvelle et profonde réflexion par la commandante qui semblait... étrangement proche ! Venait-elle de la tutoyer et de s'excuser en demandant une nouvelle chance, en effaçant ce qu'il s'était passé précédemment sur la Prédateur ? June resta un instant bouche bée face à sa supérieure qui venait d'utiliser des mots qu'elle n'aurait, sans doute, jamais pu penser capable de prononcer. Affichant par la même un discret rictus en tendant à présent sa main, comme elle l'avait fait auparavant. Restant hésitante quelques instants face à cette main qui était profondément amicale, June savait que les mots que la commandante avait choisis n'étaient pas que de simples mots, mais bien des mots réfléchis et sincères.

            « — Je pense qu'il est également de mon devoir de vous présenter mes excuses, commandante, commença-t-elle en lui parlant directement, sans éviter de prononcer son grade cette fois-ci. La façon dont je vous ai parlé à bord du Prédateur n'est pas plus excusable que le comportement de Dizer, je m'en rends bien compte. Vous vouliez simplement m'aider et me faire comprendre que je gaspillais mes compétences de la même manière. Que vous cherchiez à voir la formatrice reprendre le dessus, et non la recrue que j'ai pu paraître sur la corvette, expliqua-t-elle en comprenant son insolence et son manque de discernement. Tout comme j'ai pu le faire à l'instant avec cette punition, j'aurais dû être plus diplomate, admit-elle à haute voix en prenant conscience de son erreur. Je serais ravie de repartir de zéro avec vous, entonna-t-elle en lui prenant la main. »

            Avant d'afficher un air interrogatif tout en penchant la tête sur le côté gauche, dans un réflexe inutile lorsqu'elle réalisa quelque chose.

            « — Lieutenant ? répèta-t-elle en exprimant un doute. Comment ça lieutenant ? Pourquoi vous... s'arrêta-t-elle en ouvrant grand les yeux et en rougissant. »

            Mais aucune réponse à son interrogation ne fut donnée. Uniquement un signe de tête pour qu'elle comprenne qu'elle devait suivre Atréïs afin de retrouver la sous-préfète et son conseiller qui semblaient impatients de discuter de la suite du projet.

            Marchant aux côtés de son supérieur, June ne savait toujours pas comment réagir ou quoi répondre. La commandante s'était-elle projetée dans le futur en l'appelant ainsi ? S'était-elle trompée ? Une promotion aussi soudaine pouvait-elle vraiment être autorisée ? Partagée entre l'excitation et la surprise, June afficha sans s'en rendre compte un léger sourire, mais ses yeux, quant à eux, exprimaient de la peur et de l'incertitude. Son corps était tout chaud, son visage, et plus particulièrement ses oreilles étaient entièrement rouge et elle n'arrêtait pas de gigoter ses doigts, comme à la recherche de quelque chose, et ne parvenait pas à marcher sans trembler des jambes. Tout ceci était trop rapide, et elle ne savait pas comment gérer ses émotions. Si bien qu'elle fit un léger bond lorsqu'elle entendit Atréïs lui demander de trouver un endroit où tous pourraient discuter au calme, répondant d'un sec "oui" avec une voix qui monta dans les aigües sans parvenir à se contrôler, la fraîchement promue guida le petit monde jusqu'à la salle de briefing.

            Dans la salle de briefing, alors que tous prirent place pour débuter l'échange, la commandante hurla à tous de se mettre à l'abri en se couchant derrière le bureau après avoir attrapé la sous-préfète pour la protéger. Obéissant en réagissant à son comportement plus qu'alarmant, June se mit à couvert en renversant une table dans la précipitation pour s'y cacher derrière, sans vraiment savoir ce qu'il allait se passer. Mais lorsque l'explosion souffla la pièce, les meubles et les murs, elle comprit qu'elle avait échappé à une mort certaine ! Lorsque l'explosion était passée, ses oreilles sifflaient à en faire mal au crâne. Reprenant doucement ses esprits après avoir été sonnée par le souffle tout en dégageant les morceaux de bois qui l'avaient recouverte, elle releva la tête et aperçut, difficilement à cause de la fumée, la pièce entièrement vaporisée. Toussant pour se dégager les bronches en se nettoyant les yeux qui brûlaient par la poussière, June entendit sa supérieure la vouloir à ses côtés. Une fois debout, elle se retira de sa couverture en enjambant les débris devant elle et retrouva la commandante au côté d'un magna-garde ! Lorsque le droïde de combat était face à elle, June eut un réflexe de protection et fit un pas en arrière en fronçant les sourcils. Même si elle faisait beaucoup de progrès sur sa crainte des droïdes, en voir un apparaître soudainement était toujours difficile. Mais pas le temps pour sa peur, elle le savait, il fallait qu'elle aille dans sa chambre afin de récupérer ses affaires et surtout son KiSteer 1284. Par chance, ses quartiers étaient proche de l'entrée de la caserne.

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              Post n°30
              Auteur : Leiel Osso

              • Et toi, laisse-moi te montrer l'étendue de ma générosité, a dit Ravell. Il tient mon menton dans ses doigts et si je dois mourir, je sais que le temps qui me sépare de ma fin sera horrible, comme a été horrible la punition de Jayce et je ne peux rien faire, rien dire, je ne dois pas résister, surtout pas, rien ne changera jamais, je serai toujours aussi impuissante que...

                Osso clignait des yeux, son audition encore largement dominée par un sifflement suraigu, incapable de comprendre ce que disait Irons. Elle regardait, éberluée, un flocon de cendre se déposer délicatement dans la braise de ses cheveux roux. Mais déjà la Commandante se redressait, donnait des ordres, et c'est cette mise en mouvement qui libéra la Sous-Préfète de sa sidération.

                Les autres étaient en partance ou déjà partis quand elle se leva enfin. Le magna-garde faisait bouclier de son corps mécanique entre elle et les débris du mur qui ouvraient une brèche sur la cours partiellement dévastée de la caserne.

                - Restez assise !

                La voix venait de dehors. Elle l'avait nettement entendue, mais il lui fallut un temps pour réaliser qu'il s'agissait de Saad et qu'il s'adressait à elle. Osso retrouva la sécurité relative du bureau éventré. Un attentat. Contre elle ? Ici ? Pourquoi dans cette salle-ci ? Il y en avait d'autres. Qui savait qu'elle devait se rendre si tôt le matin dans la Première Caserne du quartier de la Préfecture ?

                Et puis soudain, l'ampleur de ce qu'elle venait de vivre l'écrasa d'un coup. Un morceau de plâtre finit de s'écrouler et la fit sursauter. La pièce était un champ de ruine, dans lequel elle aurait dû finir pulvérisée si Irons n'avait pas réagi. La Commandante lui avait sauvé la vie. Osso, soudain inquiète, chercha sur elle-même une blessure, un membre cassé. Avait-elle ses deux yeux ? Tous ses doigts ? Lui manquait-il une jambe ? Elle rit. Pas une seule égratignure. Pas une goutte de sang, pas une tâche carmine sur la blancheur relative de sa robe.

                Vivante, entière. En possession au moins partielle de ses capacités. Un attentat. Que disait Irons ? Elle avait vu bouger ses lèvres, mais quel était le message ? Qu'elle partait à la poursuite de l'assaillant ? Non. Non, parce que ce n'était pas l'oeuvre d'un sniper. Ce n'était pas une bombe dans son véhicule officiel. C'était...

                C'était le chaos, dans la rue. Comment ne l'avait-elle pas réalisé ? A point nommé, une nouvelle explosion fit tomber les débris de plast encore retenus par une fibre. Où ? Comment était-ce possible ? Ils étaient au pied de la Préfecture !

                Les voix les plus audibles venaient de la cour. Apparemment, Saad donnait des ordres aux membres ébahis de la caserne. Extar distribuait des armes. Staim tentait de mobiliser ses maigres troupes mais l'assistant personnel l'avait absolument supplanté et le Sergent suivait le rythme avec un tempo aussi décalé que celui de Bid. Leur première mission était visiblement de déblayer la cour et de se servir des débris les plus gros pour réaliser une barricade contre le portail d'accès. De là où elle était, Osso crut voir King courir, mais ne put réaliser vers qui ou quoi.

                Le magna-garde se mit en mouvement et surprit Leiel qui plaqua son dos contre le morceau de mur qui tenait encore derrière elle. Une ombre se fit dans la pièce. Le droïde s'interposa devant l'intrus, mais baissa son arme et laissa passer Saad.

                - Une navette arrive. J'ai pris sur moi de convoquer la cellule d'urgence, la salle est vérifiée en ce moment-même, mais nous ne nous y rendrons pas, évidemment. Ni celle du Conseil. Ce sera celle des Commensaux. L'aile Ouest a été touchée. Deux explosions. Rien ailleurs, les services de sécurité passent les étages au crible, mais c'est la panique.
                - Saad, attendez. Des explosions dans la Préfecture même ?
                - Oui madame. Dans plusieurs villes aussi. Marida, Stellane, Victoria, Ourbadis. Raxulon, évidemment.
                - Une insurrection planétaire. Des revendications ? On sait combien ? Qui ?
                - Trop tôt pour le savoir, madame. Non, ne vous levez pas.
                - Qu'est-ce qui est ciblé ? Les institutions publiques ? Les transports ? Les communications ?
                - Trop tôt. Restez assise.
                - Je n'ai pas le temps de...
                - Madame. La zone n'est pas sécurisée. Restez à l'intérieur du bâtiment et derrière le bureau.

                Le ton était sans appel et l'élan de colère qui la submergea lui rappela la maxime qui lui était revenue à l'aller. Qui devait-elle haïr ? Qui osait remettre en cause son pouvoir ? Véral l'avait prévenue. « Légion ». Elle avait cru avoir un peu de temps pour préparer... quoi ? Ce qui venait de se produire ? Non... une attaque conjointe dans plusieurs villes, au sein même de la Préfecture... elle n'y aurait pas cru, elle n'y avait pas cru, et cette faute-là devait être portée.

                - Saad, vous avez vu Irons ? Les autres ?
                - Ils viennent de passer. La Commandante réunit une petite force d'intervention, mais ses objectifs ne me sont pas connus.
                - Elle m'a sauvé la vie.
                - Le contraire m'aurait profondément déçu de sa part, madame.

                « Déçu » ?

                - De mauvaises langues ont dit de moi que j'étais susceptible et que j'avais la gâchette facile. Il m'aurait chagriné de leur donner raison.

                L'humour pince-sans-rire de Saad amusait d'ordinaire la Sous-Préfète, mais elle se demanda quand même s'il aurait tiré sur la Commandante en apprenant sa mort. Probablement pas, se dit-elle en imaginant le contraire. L'image ne la fit pas sourire. Rien de tout cela n'était drôle. Surtout pas l'attente, l'impuissance, la soumission forcée face aux événements alors qu'il y avait tant à faire.

                - Je dois voir la Commandante, madame. Je vous ordonne de ne pas bouger. Ne vous montrez pas, ne vous levez pas, gardez toujours le droïde près de vous.

                Et il s'éloigna à nouveau, la laissant seule dans les ruines de la caserne, les ruines de sa planète, les ruines de son mandat.
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                Auteur : Arnon Veral

                J’étais contrarié par l’entretien avec Osso. Même si j’avais donné le change, cela n’arrangeait pas mes affaires, je me retrouvais piégé. J’avais eu pour habitude de toujours négocier en position de force mais cette fois, j’avais été pris au dépourvu. Défait et passablement démoralisé, j’avais quitté le tumulte de Raxulon pour retrouver AgroChrome en périphérie. Il n’y avait plus personne dans les bureaux de ces heures ci, mais j’avais pourtant rejoint mon bureau, réfléchissant aussi vite que mon cerveau pouvait le permettre. Plusieurs fois, ma main avait frôlé le combiné d’holocommunicateur, plusieurs fois je l’avais retiré de l’objet froid et lisse, comme s’il avait été de feu. Inspirant profondément, j’avais fini par décrocher et composer un numéro que j’avais sorti d’un vieux calepin élimé. La voix ne tarda pas à répondre, une voix féminine.

                -Ludwig ? J’ai essayé de t’appeler plusieurs fois en vain et tu ne m’as jamais rappelé !

                Je pris une inspiration, la voix était mal assurée, presqu’hésitante. On pouvait ressentir qu’elle eut été belle mais que le poids des épreuves l’avaient éraillée. La cigarette, l’alcool et une vie difficile n’avaient pas épargné mon interlocutrice.

                -Te rappeler pour te dire quoi ? Nous avions été clairs, nous ne devions pas nous contacter.

                Instant de silence, comme si mon interlocutrice commençait à comprendre. Son cerveau embué et embourbé dans un quotidien de souffrance traitait l’information.

                -Tu as été pris ?

                Je gardais le silence une fois de plus et soupirais légèrement, comme pour évacuer ma colère. Elle le sentit et je pus deviner un sourire sur ses lèvres alors qu’elle complétait avec cette ironie qui ne l’avait pas quittée :

                -Alors, nul n’est infaillible. Qui ?

                -Une politicienne. Je te veux ici demain soir, je viendrai te chercher à l’astroport. Tu viens seule, tu prends le minimum et pas d’alcool ni de drogue ici. Je compte sur toi pour avoir un comportement irréprochable.

                Nouveau rire au bout du combiné. Cette fois un rire sardonique, presque cruel. Un rire qui avait depuis longtemps dépassé la naïveté et l’innocence.

                -Tu as toujours été un salopard, Ludwig, mais maintenant tu cherches à me contrôler ? Cela fait des mois que je te demande d’allonger un peu la pension, tu ne m’as jamais répondu et maintenant c’est toi qui a besoin de moi ?

                Je me massais les tempes, tentant de ne pas réagir face à ce comportement à la fois impertinent et provocateur. Ma main caressa l’étui à cigarettes en argent, j’avais envie de fumer, mais je le repoussais d’un mouvement sec, ce n’était pas le moment.

                -Tu peux déjà t’estimer heureuse que j’ai versé cet argent ! Qu'en as-tu fait ? A part le boire et le sniffer, t’en as fait quoi, Ambre ? Rien, car tu es une incapable. Alors maintenant écoute-moi bien, je vais t’envoyer un billet pour prendre la navette, tu te ramènes et tu ne fais pas d’histoires. Tu as intérêt d’être à l’heure !

                Je raccrochais dans un fracas, mon visage plissé de colère. D’abord Osso et maintenant elle…Il suffisait. Je décidai alors que la journée était terminée et éteignant les lumières, je me décidais à rentrer en marchant. A l’extérieur, l’air était froid et lourd, humide, malgré la fraîcheur, je portais ma main gantée à ma cravate pour la desserrer, j’étouffais presque. Portant mes mains à mon manteau, je crus l’espace d’un instant avoir oublié mes cigarettes, mais je trouvais enfin le petit étui dont j’extrayais un petit cylindre que j’allumais en inspirant avidement. A l’image de mes pensées, la fumée se perdait dans une nuit épaisse comme de l’encre. J’eus un moment de nostalgie mais lui-aussi, évanescent, se perdit dans les méandres de mon âme. J’eus envie de crier et de pleurer, de laisser exulter ma colère et ma tristesse mais pourtant, rien ne vint. J’étais une coquille vide, une enveloppe désincarnée qui marchait dans la nuit. Je dus me résoudre à laisser mon esprit vagabonder le temps d’une marche qui dura bien moins longtemps que je l’eus imaginé, arrivant maintenant à ma résidence. Je me donnais la contenance pour saluer un voisin avant d’entrer dans mon domicile. Rien n’avait changer et en refermant derrière moi, je réalisais à quel point j’étais seul face à moi-même.

                J’ôtais mon manteau et mes habits, comme si je cherchais à me libérer de prisons de tissus. C’est nu comme un ver que je remarquais sur mon datapad qu’Ambre m’avait appelé une bonne dizaine de fois. Toujours en colère, je fermais la communication pour prendre une douche bouillante. Je rangeai mes affaires en dix minutes, et c’est en ouvrant ma penderie que je remarquais les housses blanches dans lesquelles je pouvais apercevoir l’uniforme en gabardine grise et les bottes luisantes, toujours bien cirées. Les remugles du passé embrumèrent mon corps et mon esprit alors que je demeurais ainsi une bonne dizaine de minutes, paralysé. J’étais quelqu’un et j’avais tout perdu. Osso me l’avait rappelé, je demeurais un criminel et pas grand-chose n’avait changé depuis mon arrivée sur Raxus Secundus. Seules les apparences avaient changé et je pouvais désormais me rendre à l’évidence : ce n’était pas parce que j’étais convaincu d’une réalité qu’elle existait.

                J’eus à peine le temps de poser ma tête sur l’oreiller et d’éteindre la lumière que je m’assoupissais. Mon sommeil fut lourd et pesant, parsemé de rêves étranges dans lesquels de terrifiantes créatures me pourchassaient. Tantôt dans une forêt un cyclope me dévorait les entrailles, tantôt je revivais des moments de ma vie, revoyant le visage de porcelaine de ma mère. Un de ces cauchemars se cristallisa pendant un moment qui me sembla une éternité : j’étais enfermé et recroquevillé dans une cellule froide et vide. Mon corps décharné était en haillon et à l’extérieur, j’entendais le va-et-vient de bottes ferrées. Le métal et le cuir claquaient sur le sol froid de ma geôle. A un instant, on vint me chercher, des personnes sans visage, tristes mannequins de couture, déshumanisés au service du BSI. On m’emmenait en salle d’interrogatoire et là, Ambre m’interrogeait et cherchait à me faire avouer des crimes que je n’avais pas commis. J’eus beau questionner, m’indigner, parler, avouer, mais rien n’y faisait, ils me torturèrent jusqu’à ce que je fus à la limite de perdre connaissance. Ambre ne me connaissait pas et pourtant, à la fin, je fus réveillé par mes propres cris lorsque je réalisai qu’Ambre avait le visage de ma mère. Seul dans mon lit, je m’étais réveillé au petit matin.

                Combien de temps s’écoula. Suffisamment pour que je puisse m’habiller. Pourtant, je réalisai tout de suite que quelque chose n’allait pas. A l’extérieur, le bal des sirènes et des gyrophares se succédait des cris et de l’agitation. La matinée avait commencé et Stacy m’avait appelé plusieurs fois, lorsqu’enfin je pus la joindre, elle m’indiqua que des émeutes avaient éclaté dans Raxulon et dans d’autres villes. Je fus pris d’un haut-le-cœur en réalisant que mes craintes s’étaient réalisées. Etait-ce l’œuvre de Légion ? J’avais pourtant mis en garde Osso sur leur pouvoir de nuisance. Cela ne me plaisait pas et je ne savais pourtant pas quoi faire. AgroChrome était relativement excentrée et j’informais Stacy que je n’irais pas travailler aujourd’hui, lui demandant de s’occuper du billet d’Ambre et communiquant son nom d’emprunt.

                En raccrochant, je réalisais que j’étais déboussolé. Devais-je contacter la caserne ? La Préfecture ? Que faire dans un cas comme celui-ci ? Etions-nous en guerre ? Beaucoup d’hésitations qui ne pouvaient pourtant que servir ceux qui avaient mis au point ce stratagème. Un nouvel appel mit fin à mes hésitations. Je reconnus les identifiants d'un supérieur.
                « A vos ordres, j’arrive tout de suite. ». Réponse claire et concise. Obéir aux ordres avait quelque chose de rassurant, c’était comme mettre sa conscience de côté, mettre son esprit et ses contrariétés en pause. Je rassemblais mon uniforme et mes affaires dans un petit sac, optant pour une tenue civile qui éviterait d’attirer l’attention. Seul mon pistolaser fut sorti de son holster pour être mis à portée de main, tout proche de l’ouverture du sac. Consultant rapidement les nouvelles, je pouvais voir que les choses étaient très sérieuses, l’état d’alerte maximal, on conseillait aux gens de rester chez eux dans les zones concernées. J’étais confus, ne comprenant pas comment cela avait pu arriver là, comment des émeutes pouvaient avoir éclaté sur Raxus Secundus. Je décidais de prendre mon véhicule personnel, je ne m’en servais que très peu mais je le sortirais du garage et je me rendrai à la caserne. Elle n’était pas très loin mais si les émeutes grondaient, il fallait prévoir du temps.

                Je démarrais mon véhicule, prenant la route de Raxulon. Sur la route, je croisais plusieurs véhicules de police et fourgons de droïdes qui fonçaient à tombeau ouvert. J’eu à peine le temps de me déporter sur le côté de la route alors qu’une ambulance me klaxonna avec véhémence pour foncer un peu plus vite. Mais que se passait-il ? Je fus soudain pris d’un mélange d’angoisse et d’excitation. L’angoisse de tout perdre, mais en même temps l’excitation de vivre quelque chose de nouveau. J’avais eu beau cacher ma véritable nature mais la guerre m’avait traumatisée et j’avais beau me tenir calme, j’étais dans mon élément. A peine arrivé en périphérie de Raxulon, je vis les véhicules qui tentaient de partir, des incendies avaient été allumés, çà et là, et il régnait une ambiance apocalyptique. En combien de temps avaient-ils pu mettre un tel chaos ? Des barrages routiers bloquaient les principaux axes de la ville et je fus arrêté par une escouade de droïdes et un policier qui m’indiquèrent que la ville était fermée pour cause de « troubles à l’ordre public ». Alors que le policier terminait sa litanie, une explosion et des bruits d’armes retentissaient. Je dégainais ma carte et donnais mes ordres d’aller à la caserne. L’homme sembla hésiter, puis réalisant que je ne rebrousserais pas chemin, il demanda au droïde d’ouvrir la barrière et je m’engouffrais dans la ville, suivant ses indications d’itinéraires. A l’intérieur de la ville : le chaos. Des murs étaient éventrés par des explosions et des vitrines avaient été pillées. Mes yeux s’écarquillèrent de surprise et d’admiration, ceux qui avaient fait cela étaient sans doute extrêmement doués. Je ne pus pas continuer plus loin, sur une centaine de mètres, des barricades de fortune bloquaient la circulation et plusieurs landspeeders retournés empêchaient toute progression. Les véhicules n’étaient plus que des épaves fumantes retournées. Je garais mon véhicule avant de sortir, sac sur le dos. Cette fois, j’allais devoir continuer à pieds. Je marchais encore une centaine de mètres avant de tomber à nouveau sur une escouade de droïdes qui me demanda mes identifiants pour finalement se mettre au garde-à-vous en contrôlant que j’avais des ordres.


                -Je vous réquisitionne. Conduisez-moi à la caserne, c’est urgent !

                Cette fois, c’était l’arme au poing que j’avançais. Le chef de l’escouade m’informa que des émeutiers se rassemblaient autour de la préfecture, mais aussi de la caserne. Des affrontements avaient eu lieu et des corps étaient au sol, des émeutiers comme des soldats et des droïdes de la CSI. Ce n’était plus des émeutes à ce stade, mais bel et bien des scènes de guerre civile. Les semelles de mes mocassins faisaient craquer les gravillons sur le sol, nous traversâmes des bâtiments éventrés par une explosion et une sorte de hall en lambris à la décoration baroque. Alors que nous ressortîmes, les droïdes se mirent à genoux, en faction. Tout alla très vite, les tirs de blaster traversèrent les murs et deux droïdes tombèrent, fumant.

                -M**RDE !


                Je me laissais choir au sol, en roulé-boulé. Mon sac m’entraînait et j’eus à peine le temps de me relever que mon escorte s’était faite vaporiser par les tirs. Déjà, un homme armé me mettait en joue. Adoptant un air apeuré et penaud, je levais les bras, ayant dissimulé mon arme dans une poche de mon sac. L’homme me demanda qui j’étais, il était en civil. J’identifiais immédiatement qu’il faisait partie des émeutiers car derrière lui, une dizaine d’autres armés de barres de fer et certains d’armes de poing se dispersaient pour fouiller les environs.

                -Qu’est-ce que tu fous ici ?

                Ma voix chevrotante lui expliqua qu’ils me conduisaient à la caserne et que j’avais été capturé par les droïdes. A cet instant, je vis que l’homme commençait à me croire, je n’avais pas d’uniforme, seulement mon sac. Il m’interrogea d’ailleurs sur son contenu. Toujours apeuré, je lui répondais que c’était les affaires de ma famille et qu’on avait été séparés. Il m’indiqua que des affrontements avaient lieu en ce moment autour de la caserne et de la Préfecture, puis il me demanda de le suivre après avoir répondu à ses collègues par holocommunicateur de continuer leur progression. L’homme commit alors sa première erreur, il me tourna le dos. C’était le moment, mon occasion. Le coup partit et il s’écroula au sol dans un bruit mat. Je l’achevais d’un tir à bout portant dans la tête, masquant le bruit avec ses vêtements. Rangeant à nouveau mon arme, je me glissais dans les décombres, avançant le plus furtivement possible. A mesure que j’approchais de la caserne, le tumulte dans la rue se faisait plus bruyant. Des gens hurlaient, brisaient des vitres. J’avais plutôt l’impression d’avoir affaire à des agitateurs. C’est alors que j’arrivais finalement au niveau de la caserne. L’entrée avait été barricadée et était lourdement armée. Réalisant que je serais sûrement pris pour un civil ou pis encore, un émeutier, j’enfilais rapidement mon uniforme, à l’abri des décombres. Lorsque je sortis, on me mit immédiatement en joue et un officier qui se trouvait là et se présenta comme le Lieutenant Extar, me saisit par l’épaule et me mit à l’intérieur, les armes étaient braquées sur moi et j’eus à peine le temps de présenter mon datapad. J’expliquais que j’avais reçu des ordres, il inspecta immédiatement mon uniforme de Sergent de la Marine, ma tunique bleu et mes galons. Il demanda à un droïde de me conduire à mon officier de référence.
                On me fit patienter et ce fut une femme au grade de Commandant qui se pointa. Elle était en tenue de combat, fusil de blaster et armure. Pour ma part, je portais mon uniforme de bureau, pas vraiment adapté à la situation, mais je remarquais que j’avais encore mon arme à la main, encore fumante. Je me mis au garde-à-vous, ôtant ma casquette. certains comme étant membres d’une sorte de commando. Ils ont des armes de guerre. En attente des ordres.


                -Sergent Venkhor, au rapport Commandante. De nombreux insurgés se massent autour de la caserne et de la Préfecture, ils prévoient de les encercler et j’ai identifié certains comme étant membres d’une sorte de commando. Ils ont des armes de guerre. En attente des ordres.


                Cela, la Commandante le savait déjà probablement, si on m'avait fait venir, c'est que la situation était très grave. Je ne pus me demander si Osso était là ou si elle avait été mise à l’abri. La confusion régnait autour de nous alors que des droïdes et des escouades de combat se ruaient vers la barricade. Une nouvelle explosion retentit. Je regrettais alors de ne pas avoir ramené l’homme que j’avais abattu d’un tir dans le dos…Je me serais fait un plaisir de l’interroger. Une haine terrible m’envahit soudain, une haine contre ceux qui voulaient détruire ce monde, une haine contre nos ennemis…Atavisme qui refaisait surface, le conditionnement que j’avais subit au BSI n’avait jamais réellement disparu.

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                  Post n°32
                  Auteur : Atreïs Helcar



                  L’enchaînement des événements était improbable. La conclusion, inattendue. Les conséquences, impensable. Au beau milieu de Raxulon, de la capital de Raxus Secundus, planète pacifique depuis des dizaines, des centaines d’années, la plus haute autorité de la CSI avait subi un attentat, accompagnée par des officiels séparatistes, au coeur de l’un des symboles du pouvoir confédéré. L’affront ne resterait pas impuni. Jamais. Mais pour l’heure, il fallait rassembler les forces séparatistes et raxiennes qui devaient être éberluées et toujours choquées par l’effet de surprise. C’était son travail. Aureliana Irons entrait en lice. La main sur son oreillette, en communication directe avec son vaisseau, il ordonnait à ses subordonnés d’amener son uniforme de combat et son arme. Puis, il donnait à Arnon l’ordre de le rejoindre. Enfin, par dessus tout cela, son IA travaillait pour lui faire un état des lieux de la situation. Rien n’allait. Le peu de sécurité présente sur la planète était dépassée par un mouvement de foule sans précédent qui ne faisait aller qu’en grossissant, se retrouvant désordonnée et désarticulée. Il était probable qu’à ce stade, les meneurs de cette révolte aient perdu toute emprise sur ce qu’ils avaient déclenché.

                  Les informations arrivaient dans son cerveau par dizaines, par centaines, l’abreuvant de rapports concordants puis contradictoires qui ne faisaient que mettre en exergue l’incompréhension totale des uns et des autres. Il lui fallait faire le point, savoir ce qui lui restait. Autour de lui, chacun prenait des initiatives à son échelle, qui allaient à contre-courant de celles de leurs voisins, chacun essayait de tirer son épingle du jeu de manière à circonscrire la situation, à essayer de reprendre le contrôle. Sief Saad, ce ridicule conseiller qui menaçait de l’abattre dans le dos, essayait de beugler des ordres aux soldats de la caserne. June avait récupéré ses armes et devait dores et déjà être en train d’évaluer la situation de son œil de tireuse d’élite. Leiel Osso était encore choquée de l’attentat et n’avait pratiquement pas bougé, protégé par son magna-garde, qui en profitait pour lui relayer toutes les discussions qu’elle pouvait avoir. Enfin, restait Arnon Veral, l’impensable électron libre. La situation était cataclysmique. Heureusement qu’il pouvait compter sur Tregar et Naavis.

                  Il se changea face à eux sans aucune gêne, échangeant en même temps.


                  - Le Prédateur peut servir de menace, Commandante, mais on ne peut pas tirer dans la foule comme ça…


                  - Faites le décoller tout de même. Il nous servira de relais et de poste d’observation. Naavis, tu resteras à bord pour faire office de communication entre tout le monde.

                  - Mais…

                  - C’est un ordre. Tregar, identifie les différents corps armés officiels présents. Je vais réunir tout le monde. Retrouvez moi en salle de briefing.

                  Et ce qui fut dit, fut fait. La salle de réunion était exiguë, absolument pas prévue pour ce genre de choses, mais elle ferait l’affaire. Dans son uniforme de combat noir, fusil dans le dos, Atréïs se tenait devant un projecteur holographique. Tous les membres importants avaient été conviés. Osso, June, Arnon, Tregar, Naavis, Sief Saad, même Parker était présent, alors qu’il se ratatinait sur sa chaise. Il prit la parole de sa voix froide.


                  - Inutile de perdre notre temps en explications. Vous savez tous que cette attaque n’est pas naturelle, pas plus qu’elle ne se résorbera d’elle-même. Nos assaillants sont présumés raxiens, et les dégâts sont dores et déjà trop importants. Pour l’heure, j’ai demandé à l’amirale Zan’nta de déployer sa flotte autour de Raxus Secundus sans intervenir. Ce dernier recours ne sera employé que si nous ne parvenons pas à rétablir l’ordre nous même. Sous-préfète Osso, si nous devions en arriver là, votre peuple subirait une hécatombe encore plus effrayante que celle que nous vivons actuellement.

                  La vue holographique changea à sa demande sur une vue de Raxulon, depuis l’espace. La ville était certes étendue, mais l’architecture aérée et basse laissait des opportunités.

                  - Voici Raxulon, vu depuis le Prédateur qui va stationner au dessus de la ville. J’ai espoir que sa simple présence apaise une partie de la population, mais ne rêvons pas. Nous sommes probablement devant un cas d’hystérie collective. Quelque chose l’entretient, et nous devons déterminer quoi. Je resterai en communication avec chacun de vous au cours des prochaines heures. Est-ce clair ? Bien.

                  Il ne leur laissait pas le choix. Actuellement, sur Raxus Secundus, il était la plus haute autorité militaire. Et, de ce fait, il était donc la plus haute autorité séparatiste. Osso pouvait protester, ça ne changerait rien. Et d’ailleurs, il était déjà temps de s’en occuper.

                  - Monsieur Saad. Vous resterez avec le Lieutenant King. Informez-la en temps réel quand c’est nécessaire, je vous place sous son commandement, cela évitera peut-être que votre tendance à la gâchette facile ne se manifeste parmi les insurgés.

                  La Commandante Irons fixa Saad droit dans les yeux, attendant son assentiment. Si il ne se pliait pas, il rejoindrait ni plus ni moins que les prisons séparatistes. Ou serait vendu pour les mines de sel de Kessel. Cet homme avait gagné le mépris d’Atréis. Ce n’était même pas de la colère ou de la haine, juste le profond mépris envers un individu qui avait manifestement l’habitude du coup de couteau dans le dos. Plus il se tiendrait loin de lui, mieux ce serait. Pour eux deux.

                  - Sous-préfète Osso. Vous devez reprendre le contrôle politique de cette situation. Pensez vous qu’au sein de vos Conseillers, certains soient à l’origine de cette attaque ? Si c’est le cas, il est de votre ressort de les démasquer. Sergent Venkhor, vous accompagnerez la sous-préfète dans tout ses déplacements et vous la protégerez. Si elle est effectivement la cible, vous aurez probablement fort à faire. Restez en contact avec le Sergent Tregar. Nous allons essayer de réunir les forces armées raxiennes pour former un carré de protection autour de madame Osso.

                  L’oeil noir d’Irons se posa sur Arnon. Elle savait qui était réellement ce type, de quoi il était capable. Un requin, un vieux requin, mais aux dents affûtées comme des rasoirs et aux mâchoires sûres. Si quelqu’un pouvait bien démasquer des traîtres, c’était lui, et il espérait qu’il pourrait prendre les bonnes décisions. De plus, cela lui permettrait de garder la politicienne à l’oeil, au cas où elle déciderait d’outrepasser ses directives. Jeune et inexpérimentée, mais avec un égo suffisamment développé pour vouloir récolter sa part de responsabilité… Pour l’heure, elle avait bien plus intéressant à faire. Trancher la tête.

                  - Lieutenant King.Je sais que vous seriez plus à l’aise en solo, mais il va falloir que vous preniez la tête de l’escouade de la caserne. Demandez à Monsieur Saad d’où sont parties les émeutes, trouvez le point de convergence. Vous aurez sans doute affaire à une forte résistance. Trouvez les foyers et éradiquez les.

                  Tout au long de son discours, il avait indiqué aux uns et aux autres, sur la carte, les positions qu’ils pouvaient espérer prendre ou récupérer. La situation allait exiger de chacun une discipline irréprochable, et ils ne seraient pas assez nombreux pour remplacer un seul de leurs échecs… Il fit distribuer des oreillettes à chacun qui leur permettraient de rentrer en communication directe avec lui.

                  - Je serai en ligne directe avec le Prédateur. Si la situation nous échappe trop, nous déploierons les forces droïdes. Madame Tel’Illma, la Caporale Naavis et moi-même feront le nécessaire pour retarder cette échéance. Des questions ?
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                    Post n°33
                    Auteur : June King

                    Parcourant les couloirs parsemés de gravats et de débris en tout genre, June eut quelque peu de mal à enjamber certains morceaux de murs instables sans risquer l'accident bête en trébuchant. Mais il fallait à tout prix qu'elle rejoigne ses appartements afin d'y récupérer son fusil de précision, et surtout quelque chose de précieux qu'elle avait laissé dans son sac avec ses affaires. Se précipitant en manquant à plusieurs reprises de s'écrouler au sol en perdant maladroitement l'équilibre, June ne remarqua nullement l'environnement chaotique dans lequel elle progressait. Les couloirs étaient tous remplis d'une fumée grisâtre provenant d'on ne sait où ; l'alarme incendie résonnait dans toute la caserne - se mêlant aux hurlements et aux pleurs qui s'échappaient de la ville ; l'explosion avait fragilisé les fondations du bâtiment de la caserne, générant des craquements inquiétants qui résonnaient constamment à travers les couloirs et provoquant la chûte de morceaux de murs et du plafond, menaçant de s'effondrer à tout instant ; le tout, beigné dans une atmosphère étouffante et saturée de poussière virvoltant. Mais il en fallait plus pour décourager la jeune Lorrdienne qui continuait d'avancer avec précipitation.

                    Forçant avec peine la porte de ses quartiers pour pénétrer à l'intérieur, June resta figée, bouche bée devant le spectacle qui s'offrait face à elle. Ses quartiers avaient totalement disparu. Là où son lit se trouvait auparavant, un immense trou offrant comme seul paysage les rues de la ville l'avait remplacé. De l'eau inondait le sol depuis un tuyau endommagé et de la fumée longeait le plafond pour finalement s'échapper par le trou. Paniquée en regardant frénétiquement autour d'elle à la recherche de ses effets personnels, elle repéra son KiSteer 1284, miraculeusement intact et reposant entre deux gros débris de murs. Heureusement que les vieux modèles avaient parfois cette résilience face au chaos, chose que les fusils modernes ne possédaient absolument pas. Continuant ses recherches, elle remarqua plus loin la sangle de son sac. Elle venait de retrouver ce qui était à ce moment précis le plus important ! Malheureusement, son sac gisait sous un épais morceau de plafond. Se précipitant pour récupérer son sac, elle utilisa son avant-bras cybernétique pour déplacer légèrement le bloc de béton afin de le jeter à côté. Heureusement qu'elle possédait un membre artificiel à cet instant, un membre organique n'aurait pas réussi à le déplacer ne serait-ce de quelques centimètres. Fouillant ensuite dans son sac avec panique, elle extirpa enfin son pendentif porte-photo. Mais lorsqu'elle l'observa, l'émotion fut brutale. Une fois en main, June lâcha son sac qui retomba violemment au sol avant de s'effondrer sur les genoux. Son précieux objet était déformé. Mais ce ne fut qu'une fois ouvert que des larmes commencèrent à couler. La photo de ses amis était abîmée. Les visages méconnaissables. Perdant la raison quelques instants, elle se mit à trembler et fondit en larmes sous le choc en tenant le pendentif près de sa poitrine. Le dernier vestige de son passé venait d'être à jamais détruit. Sous la colère et la tristesse, les murs réagirent à ses émotions, tremblant et cédant par endroits, jusqu'à s'écraser sur eux-mêmes. Relevant virulemment la tête, les yeux remplis de haine et revêtant une couleur inhabituelle, reflétant le désespoir qui la consumait. June se releva en attrapant son fusil d'une main et tenant son pendentif près du cœur de l'autre, en marchant avec détermination vers le trou qui remplaçait le mur de ses quartiers, bien décidée à trouver le fautif et à lui faire payer.

                    Mais une fois dehors, dans les rues de Raxulon, la fraîchement promue lieutenante observa l'affolement et le chaos qui régnaient dans la capitale. Bien qu'elle était toujours en colère et que son envie de retrouver le responsable au plus vite pour le tuer de ses propres mains était dorénavant son objectif, elle remarqua surtout que les habitants avaient besoin d'aide, lui faisant reprendre raison. Comme cette jeune femme et son bébé qui appelaient à l'aide entre les décombres, ou ce vieil homme agitant les bras depuis son balcon pour qu'on vienne le sauver, ou encore ce type qui marchait... en tournant constamment sa tête en arrière, comme pour s'assurer qu'il n'était pas suivi ? C'était plus que sûr, celui-ci était louche. Alors que la petite Lorrdienne ne fit qu'un pas, une nouvelle explosion depuis le bâtiment d'en face souffla le quartier, écrasant la femme et son bébé sous davantage de décombres et faisant écrouler le balcon sur lequel le vieil homme se trouvait. Le type louche venait certainement d'amorcer une nouvelle bombe. Malheureusement, il était déjà trop tard pour le rattraper ; avec l'explosion, tous les sens étaient perturbés et le temps de reprendre pleinement ses esprits, il devait déjà être loin. Comprenant cela, June claqua sa langue. Mais pas le temps de jouer les héros, toutes les forces furent appelées à rejoindre la commandante Irons dans la salle de briefing...

                    Dans la petite salle de réunion - qui n'était manifestement pas prévue à cet effet -, tous prirent place autour de la table pour écouter le briefing de la commandante Irons. Il était important de noter qu'à cet instant, June désapprouvait la présence du Commandant Parker, qui, selon elle, n'avait absolument aucune raison d'être présent à ce briefing. Cet incompétent parvenait toujours à s'en tirer et à trouver les bonnes places, bien qu'il n'en menait pas large à cet instant, enfoncé dans son siège, l'air perdu et surtout cherchant à devenir fantomatique ; il n'était visiblement pas compétent pour ce genre de tâche opérationnelle, sinon, il aurait pris place aux côtés de la commandante. Mais lui offrir plus d'attention n'était pas ce que June comptait faire. Non, au lieu de s'énerver davantage en le regardant, elle se concentra sur le rapport que sa supérieure qui était en train de partager avec tous les autres membres. La situation était visiblement catastrophique, et les rues de Raxulon plongeaient dans le chaos et l'insécurité la plus totale. June avait pu en apercevoir un fragment lorsqu'elle était de l'autre côté du mur de la caserne. Mais voir la carte holographique et toutes les zones touchées relevait pour l'heure plus d'un champ de bataille qu'à une capitale.

                    Puis, observant plus en détail la carte, la petite Lorrdienne remarqua aussi que les explosions étaient, pour la plupart d'entre elles, localisées autour de la caserne ainsi qu'autour du palais. Regardant la sous-préfète Osso après cette réflexion, il était plus que certain que quelqu'un, ou quelque chose, cherchait à l'éliminer afin de prendre le pouvoir. Un ancien politicien ? Quelqu'un qu'elle aurait froissé en parlant froidement comme à son accoutumée ? L'échiquier politique pouvait par moments être bien plus sombre et violent qu'une guerre sanglante. Alors qu'elle réfléchissait toujours à ce que pourrait être la cause de ce ciblage, June posa les yeux sur Arnon. Elle ne le connaissait pas, ne l'avait jamais vu. Mais son visage, ses yeux, ses expressions. Tout chez cette personne dégageait le danger et la fourberie. June connaissait bien ce genre de caractère, après tout, elle était une ancienne contrebandière, et ce profil était typique chez la plupart des hommes. Solitaire, froid, bagarreur, avide et cupide. Rien que de là où elle se trouvait, elle pouvait sentir l'odeur de cigarette froide qui imprégnait ses vêtements. Mais pas le temps de se perdre dans davantages de pensées profondes. Revenant à la commandante après avoir entendu son nom, June allait devoir faire équipe avec Sief Saad, le conseiller de la sous-préfète. Du moins, faire équipe par communication. Pourquoi ne tient-il pas compagnie à madame la sous-préfète, au lieu d'être avec une militaire ? Mais l'échange de regards entre la commandante et le conseiller voulait tout dire. Atréïs ne lui faisait pas confiance, et quelque chose l'alertait chez cet homme. Sans poser de question, June acquiesça de la tête. Dans ce genre de moment, mieux valait s'en tenir aux ordres donnés que de vouloir modifier un détail par caprice. Ceci, June l'avait bien appris. Pour finir, l'ordre de mission pour la jeune lieutenante était de regrouper les forces armées de la caserne et d'opérer en ville pour arrêter les émeutiers et trouver l'origine de ce chaos en remontant à la source.

                    À peine eut-elle le temps de saluer sa supérieure de la mauvaise main, comme à son habitude, que celle-ci distribua des oreillettes pour rester en contact direct avec. Installant l'oreillette après l'avoir vaguement examinée du bout des doigts, June resta silencieuse et observa tous les autres membres. Pour une raison inconnue, la Lorrdienne en elle avait repris le dessus et commençait à analyser chaque personne, chaque mouvement et chaque expression. Elle pouvait sembler distante ou timide, mais en réalité elle enregistrait absolument tout ce qu'il se disait et se qu'elle voyait. Si bien qu'à la fin du briefing, elle n'avait posé aucune question et que tous se lèvèrent pour se préparer correctement pour la mission.


                    ***

                    Dans la caserne à l'aspect dévasté, fusil en main et pendentif accroché autour du cou et caché sous sa chemise, June n'attendit pas une seule seconde et se rendit dans un premier temps à l'infirmerie où la soldate Dizer se reposait. Bien que les attaques et les explosions l'avaient certainement réveillée, l'infirmerie se trouvait de l'autre côté de là où les attaques avaient eu lieu, renforçant la certitude de June quant à la planification des attaques et au désir de détruire uniquement certaines zones. Même si, malheureusement, des civils ont perdu la vie dedans. Marchant dans les couloirs pour rejoindre l'infirmerie, June savait parfaitement ce qu'elle voulait lui dire. La punition lors de l'entraînement de ce matin avait été trop sévère, elle le savait. Mais elle voulait s'y rendre, non pas pour s'excuser, mais bien pour lui expliquer son point de vue et mettre tout au clair avant de partir en mission après lui avoir transmis ses ordres. Il valait mieux partir le cœur léger qu'avec le regret et le doute.

                    Lorsque la jeune lieutenante ouvrit les portes de l'infirmerie, la pièce était déserte. Aucun droïde médical n'était présent ; aucun patient dans l'un des lits ou dans l'unique cuve de Bacta ; aucune lumière suite à la coupure d'électricité qu'il y avait eu après la première explosion. Juste une pièce vide, intacte cela dit. Il était maintenant plus que sûr que les terroristes avaient eu accès aux plans de la caserne et avaient épargné les endroits comme celui-ci. Se retournant pour sortir de l'infirmerie, June se dirigea naturellement vers la cour d'entraînement. Peut-être qu'ils étaient assez bêtes pour se mettre à découvert en plein milieu... ce qui s'avéra être le cas. Pourquoi diable étaient-ils en plein centre de la cour en train de discuter ? S'avançant avec colère jusqu'à une fenêtre qui donnait sur la cour, June hurla aux soldats de venir la rejoindre avant qu'une catastrophe ne leur tombe dessus, en les incitant à se mettre à l'abri avec elle entre quatre murs !

                    « — Vous êtes complètement débiles ou quoi ?! Vous voulez vous prendre une balle en pleine tête en restant au milieu de la cour ?! C'est quoi votre problème ?! hurla-t-elle, mêlant colère et inquiétude, avant de souffler pour se calmer. Écoutez, nous avons reçu un ordre de mission, débuta-t-elle, faisant comprendre que l'heure n'était plus à la rigolade. Le conseiller Saad va nous donner les informations en temps réel sur les emplacements des émeutiers. Il est de notre devoir d'arrêter cette révolte et de ramener le calme sur la capitale en trouvant l'origine à tout ça, expliqua-t-elle, n'étant pas sûre de ses mots. Je sais que vous ne me voulez pas comme directrice de la caserne. Je sais que vous voulez me voir partir au plus vite et retrouver votre petit confort de vie comme avant mon arrivée. Je ne suis pas dupe, mais si nous n'arrêtons pas cette guerre civile, vous ne retrouverez plus jamais ce que vous voulez, même après mon départ ! ajouta-t-elle, insistant sur le fait qu'elle n'allait pas rester longtemps. »

                    June n'était pas à l'aise avec les discours et n'était pas vraiment la meilleure dans le domaine de la communication. Mais il fallait faire comprendre aux soldats que l'heure était grave, et que, peu importe leur choix, il fallait qu'ils combattent pour sauver ce qu'ils avaient de plus cher. S'ils abandonnaient maintenant, alors l'échiquier serait destabilisé et l'avantage irait avec certitude à l'ennemi. Se redressant en joignant ses mains dans le dos, June se voulait rassurante et protectrice tout en affichant un regard déterminé.

                    « — Sergent Staim, prenez avec vous le soldat Bid et retrouvez-moi au plus vite B1m et B4m, nous allons avoir besoin d'eux, ordonna-t-elle d'un ton plus qu'autoritaire en le regardant droit dans les yeux. Une fois chose faites, retrouvez nous à l'entrée de la caserne. »

                    Alors que le sergent Staim et le soldat Bid s'éloignèrent pour retrouver les droïdes B1, June devint plus détendue et moins sévère dans son regard. Tournant la tête vers la soldate Dizer, elle savait à présent quoi lui dire. L'invitant à marcher à ses côtés jusqu'à l'entrée de la caserne, June prit la parole en étant un peu gênée.

                    « — Je ne voulais pas en arriver là, commença-t-elle en entortillant ses doigts sans que cela ne se voie avec ses mains jointes dans le dos. Je ne recherche que le meilleur chez un soldat. Voir dans votre chambre ce que vous étiez capable de faire, de créer, mais refusant d'évoluer en restant au même niveau sans obéir à un ordre... j'ai cru me voir dans une glace, se confia-t-elle l'espace d'un instant. Si ma décision était brutale, elle n'était pas destinée à vous décourager, mais bien à vous réveiller, expliqua-t-elle pour lui faire comprendre son point de vue. Je ne m'excuserai pas pour ce que j'ai fait, mais je regrette de ne pas avoir trouvé autre chose, termina-t-elle pile au moment où elle arriva devant l'entrée de la caserne. »

                    Quelques minutes plus tard, le sergent Staim et le soldat Bid revinrent victorieux et étaient accompagnés des droïdes. L'équipe était enfin au complet. La lieutenante King ; le sergent Staim ; le soldat Dizer et Bid ainsi que les droïdes B1, B1m et B4m, tous au même endroit, devant l'entrée de la caserne, prêts à partir finalement en mission. D'ailleurs, comme par magie, au même moment, le conseiller Saad communiqua la première position d'un des foyers où les émeutes avaient démarré.

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                      #34

                      Post n°34
                      Auteur : Leiel Osso

                      Osso découvrait sans y penser que le plast pulvérisé avait bien une odeur. Elle l'associait à la collection de nouveaux souvenirs calamiteux qui s'accumulaient depuis une heure et demi. Le datapad de Saad à la main, elle donnait des instructions à son équipe mais recevait des messages contradictoires. Le pont était tombé, le pont était tenu. L'astroport avait subi des dégâts, ou il était aux mains des insurgés, ou la milice l'avait repris. Les assaillants étaient républicains, impériaux, suprématistes raxiens, confédérés, même.

                      Même si elle n'était pas en poste physiquement, elle refusait de laisser faire seul son gouvernement. Non qu'ils soient des incapables notoires, mais les crises, quelles qu'elles soient, faisaient glisser le pouvoir. En soit, l'idée était insupportable, mais Osso se connaissait assez bien pour ne pas mélanger « personnel » et « important ». Son ambition était personnelle. La gestion de la crise était importante. Plus importante que le reste, même elle.

                      - Pourquoi l'état d'urgence n'est-il pas encore décrété ! On doit mettre les gens à l'abri, et le plus simple c'est le couvre-feu. Dans les zones touchées, on évacue vers les centres sociaux, et ceux qui peuvent rentrer chez eux ne bougent plus sans autorisation.
                      - Plusieurs établissements gouvernementaux ont été touchés. On craint de concentrer des éléments violents dans ceux qui restent.
                      - En laissant ceux qui ne peuvent se mettre à l'abri dehors ? Vous voulez un massacre, Korax ?
                      - Nous n'avons pas les moyens de garantir leur sécu...
                      - Et vous les laissez dehors ? C'est un risque à prendre ! Organisez des cordons sanitaires ! Les quartiers auraient déjà dû tous être bouclés. Et les forces en présence ? C'est ça que vous appelez un protocole d'urgence !
                      - Nous avons mobilisé tous ceux qui pouvaient l'être, madame, mais nous manquons sérieusement d'eff...

                      La communication fut coupée. La Sous-Préfète lança une bordée d'injures en un obscur dialecte garqien, leva les yeux pour les poser sur Arnon Veral. En uniforme. Avec un blaster au poing. Il saluait militairement Irons, et Osso comprit qu'une des cartes de son jeu venait de flamber dans sa main.



                      La réunion commençait et déjà le mot « hécatombe » était lâché. L'Amirale avait à sa disposition une véritable armée droïde qui aurait pu être utilisée pour reprendre quartier par quartier, sécuriser les zones, rassurer, aider les citoyens. Mais pourquoi les associer à une idée de massacre ? Ne pouvaient-ils pas être programmés au lieu de tirer sur n'importe qui ? A moins qu'un barrage orbital soit envisagé ? L'idée lui semblait absolument insoutenable. Comment faire la différence entre les insurgés et leurs victimes ? Irons ne pouvait pas suggérer que les objectifs stratégiques justifiaient un tel massacre ?

                      La vue holographique de la ville réorienta ses pensées. Si elle pouvait avoir une vision aérienne de la capitale, elle pourrait tenter d'identifier quels sites avaient été frappés. L'idée que, de toute façon, elle ne saurait rien faire de ces informations revenait tourner dans son esprit. Elle n'était pas formée à la guérilla urbaine. Elle n'avait même pas à sa disposition l'ensemble des données qui auraient pu lui permettre, peut-être, de prendre une décision éclairée. Voilà un nouveau glissement de pouvoir. Qui revenait à Irons.

                      Tout serait plus facile depuis la Préfecture. Communiquer à la population. Centraliser les informations. Gérer les équipes. Pour le moment, c'était impossible, la meilleure chose à faire était de suivre le plan de la Commandante. Non qu'elle ait le choix ou même la volonté d'aller à l'encontre de leurs intérêts communs. Seulement ici, au milieu de cette équipe mal assortie, coupée de tout ce qui faisait son utilité, Osso se sentait l'intruse, l'inutile, le fardeau.

                      Elle pondérait encore les dernières informations quand la remarque d'Irons lui fit lever la tête. Saad s'était raidi et elle voyait déjà dans le pli de sa bouche la réplique qui ne manquerait pas de jaillir et d'instinct, elle tourna la tête vers le magna-garde. Comment avait-il communiqué à Irons la remarque stupide de son assistant ?

                      Ce fut ce qui sauva Saad. Son regard rejoint celui de la Sous-Préfète, il comprit l'origine de la punition et l'humiliation de sa bévue le fit blémir. Osso soupira, hocha imperceptiblement la tête, libérant ainsi Sief Saad de son conflit de loyauté. Il devait la protéger elle, avant toute chose. Mais il se mettrait au service d'Irons, sans faillir cette fois. La jeune femme ne doutait pas qu'il chercherait à se racheter, mais si jamais ils sortaient vivants de cette histoire effroyable, elle aussi aurait son mot à dire au comportement de son assistant.

                      Saad s'inclina, aussi dignement qu'il en était capable, sous le regard implacable d'Irons. Sa condamnation à la destitution, l'exil, la mort l'aurait touché avec la même intensité. Il espérait seulement pouvoir échanger quelques mots avec la Commandante, si l'insurrection lui permettait de le faire.

                      D'autant plus qu'Osso, se voyant privée de son chevalier servant, se retrouva sous la garde et les bons soins du Sergent Venkhor. Ah. Les capacités d'Arnon Veral étaient tout à fait remarquables. Comme l'était son intérêt à lui tirer dans le dos à la première occasion. Le choix se présentait, là, en ce moment précis. Le dénoncer ? Et se dénoncer par la même occasion, mais survivre un peu plus longtemps ? Ou se taire. Renouveler sa confiance dans cette inversion du rapport de force. Encore un glissement de pouvoir.

                      Elle se tut, jusqu'à la fin de la réunion. Estimer Veral, mépriser Noas... et Venkhor ? Qui était-il, lui ? Saad s'éloignait pour parler à King. Peut-être que c'était mieux ainsi. L'assistant connaissait les liens secrets entre les Maisons, mais il n'avait rien repéré de suspect. Alors les talents particuliers d'un agent secret pourraient offrir un angle nouveau pour pénétrer la genèse de la tragédie qui risquait de tourner en guerre civile.

                      - Parker. Trouvez-moi un uniforme. Avec une casquette. Et un blaster.
                      - Madame... commença Saad, alarmé.
                      - Occupez-vous de votre mission. Et ne vous inquiétez pas. J'ai pris des leçons de tir, vous vous souvenez ?



                      Se sentant enfin complet maintenant qu'il avait remis la main sur son datapad, Saad passa en revue les nouvelles informations disponibles malgré les coupures de communication.

                      - Lieutenant King ? Apparemment les premières attaques étaient coordonnées et synchronisées. Sans surprise, il s'agit des casernes : ce sont les seuls endroits en ville où on est certain de trouver des armes qui ne soient pas farouchement gardées. La Première a été touchée comme la Troisième et la Quatrième dans le Quartier de la Préfecture. Je n'ai rien sur la Seconde pour le moment. Le fait que les communications sautent peuvent indiquer que la tour de relais a été touchée, ou même prise et qu'on essaye de brouiller le signal au lieu de le couper totalement. Peut-être pour utiliser les canaux officiels ? Elle n'est pas très loin. Et... si vous êtes d'accord, je pourrais vous accompagner.

                      Sief Saad coupa la communication et soupira. Il méritait la sanction, il le savait.

                      - Qu'est-ce que je peux être con, c'est pas vrai.

                      ***


                      Staim s’assurait que Bid ne prenait pas trop de retard sur le groupe, s’attendant à le perdre dans les premiers moments dans la rue. Le Twi’lek était visiblement perdu. Le spectacle de l’exécution sommaire l’avait bouleversé, mais cet émoi avait été aussitôt remplacé par une stupéfaction mutique au moment de l’attentat. La destruction d’une grande partie de la caserne le privait de toute solution de repli alors il se raccrochait au groupe, pour l’oublier dans la minute et retourner sur ses pas.

                      Le Sergent était là pour le guider. Et c’était bien tout ce qu’il pouvait faire. Lui aussi avait accusé le coup devant les ruines de ses habitudes et de ses conforts. Impossible de revenir en arrière à présent. Mais le futur n’augurait rien de positif. Non que le Tolothien fût lâche, mais il réalisait progressivement que la possibilité de perdre des hommes existait. Dizer, Bid, même les deux droïdes, il était incapable de les protéger, incapable de s’assurer de leur sécurité absolue et l’idée qu’il soit responsable d’une mort, ou d’une mise hors service, lui devenait de plus en plus insupportable.

                      La seule qui tirait son épingle du jeu était, curieusement, Dizer. Sa poitrine était encore douloureuse, mais elle n’avait pas été blessée dans l’explosion et c’était elle qui s’était montrée la plus proactive du lot. Il était évident qu’elle faisait la tête, que le premier qui lui dirait un mot de travers en entendrait dans toutes les langues de la galaxie, mais devant elle la liste des choses à faire était claire.

                      Et cette évidence était tout ce qui lui manquait. Elle avait un but, de petits objectifs, déblayer la cour, former une barricade, sécuriser autant que possible les lieux. Mais un but quand même. Quand King la prit à part, elle l’écouta sans protester, hochant parfois la tête, attentive. Au moment où elles arrivaient devant la sortie, elle dit simplement :

                      - Vous pourriez nous dire ce qu’on doit faire ? Au fur et à mesure ? J’ai aucune idée de ce que je suis censée déjà savoir.

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                        Auteur : Arnon Veral

                        J’avais été pris en charge, conduit à un briefing dans lequel se trouvait une « Lieutenante » qui semblait avoir du lait qui coulait du nez, petite de taille et très jeune. Un officier que je ne connaissais pas, Osso qui semblait très préoccupée et avait perdue de sa superbe, malgré la présence de son molosse Saad et bien sûr Irons. La femme était en tenue de combat et déballa les constats, la situation n’était pas bonne et plusieurs solutions d’urgence étaient envisagées, certaines très dramatiques. Je compris cependant au timbre de sa voix qu’Irons était sous pression et que l’absence d’information sur les commanditaires et les instigateurs des troubles posait un problème majeur dans le plan d’endiguement. Cela ne pourrait pas bien se terminer, c’était impossible, plus rien ne serait pareil après ces évènements sur Raxus Secundus et ce, quel qu’en soit l’issue. Osso s’était prise pour la souveraine de Raxus Secundus, ayant tenté de montrer les dents en utilisant un pouvoir administratif mais elle était totalement dépassée. Dépassés, nous l’étions tous par un tel chaos. Il semblait d’ailleurs que mes propos alarmistes à l’intention de la Sous-Préfète s’étaient révélés prophétiques, alors que j’avais pourtant forcé le trait pour la contraindre à réagir vite. Plus rien ne serait pareil après cette attaque, et ce, quel qu’en soit l’issue. Pour ma part, j’étais resté adossé au mur, presque nonchalant. J’avais vécu une situation similaire à la Forge Stellaire et j’avais vu la chute d’un régime, mon comportement était un bouclier, une sorte de jeu de théâtre afin de masquer le drame réel qui se jouait et notre impuissance face au tourbillon des évènements.

                        Lorsqu’Irons me distribua mes ordres, je me contentais de me mettre au garde-à-vous. Autant dire que cela pouvait sembler assez simple, mais la Sous-Préfète ne pourrait pas aisément reprendre le contrôle de la situation en demeurant loin des centres de pouvoir. En d’autres termes, elle devait rejoindre la Préfecture. Osso n’était pas une idiote, elle devait le savoir et même avec une escorte, elle ne pouvait pas espérer faire deux pas dans la rue sans se faire occire. Il fallait pour l’instant prendre contact avec ce Sergent Tregar. Je pris mon oreillette, saisissant immédiatement certaines tensions entre Saad et Irons, cela m’amusait aussi, les situations de crise exacerbaient les inimitiés humaines. Levant lentement ma carcasse, je quittais lentement la salle, jetant un regard rieur à Osso, elle saisirait l’ironie de la situation, sans aucun doute. Elle demanda à un dénommé Parker de lui trouver un uniforme et un blaster, Saad tenta de s’en mêler mais il fut accueilli par une réponse sèche de la Sous-Préfète. Ce fut au tour de « Parker » de tenter quelque chose :


                        -Madame, étant donné la situation, il n’est pas raisonnable pour vous de prendre part aux combats.

                        J’avais sorti mon étui à cigarette, saisissant un des précieux cylindres de nicotine et, en dépit de mon grade beaucoup moins élevé, je pris la parole.

                        -Faites ce qu’elle dit. Dans l’état actuel, elle est une cible ambulante. Nous ne savons pas encore à qui nous avons affaire, mais s’ils sont entraînés ils viseront en priorité les officiers et les personnalités. Autant ne pas trop attirer l’attention.

                        Et c’était vrai. J’étais bien moins gradé que Parker qui était officier ou encore que Saad qui disposait d’un statut trouble mais de premier plan auprès de la Sous-Préfète. J’avais cependant vécu des situations de première ligne, dans une armée en débâcle. Je savais pertinemment que si Osso se faisait repérer, ceux qui avaient lancé cette insurrection ne la lâcherait plus. Je profitais également pour demander un uniforme de combat, mon caban, ma chemise blanche et ma cravate n’étant pas le plus discret non plus. Parker s’exécuta, je ne sus si c’était qu’il n’avait pas la motivation pour débattre avec moi ou si mes propos l’avaient convaincus. Peut-être un peu des deux. Je me retournais vers la Sous-Préfète tandis que Parker revenait avec des uniformes de combat, sombre et peu voyants. J’indiquais à la Sous-Préfète une petite salle attenante où me retrouver une fois qu’elle se serait changée.

                        Rejoignant moi-même la petite salle, j’entendais les explosions et les tirs au loin. C’était un véritable chaos et la caserne était attaquée, comme tous les endroits symbolisant l’autorité. Je me demandais quelle était la finalité de tout cela ? Le lien avec Légion ? Même si c’était le travail de la jeune Lieutenante King, j’éprouvais un goût amer. J’aurais dû m’acharner sur Cato Neimoidia…Peut-être tenter de capturer d’autres membres de cette organisation ou me fier à mon instinct et tenter de presser le prisonnier comme un citron. J’avais écouté de bonne foi Dae’mid, mais ce dernier n’avait probablement jamais jugé combien Légion était une organisation dangereuse. L’avais-je seulement moi-même réalisé ? Les évènements de Raxus Secundus étaient-ils en lien avec Légion ? Je chassais ces pensées, pour me concentrer sur l’instant présent, sur les ordres. Suivre les ordres, c’était quelque chose de rassurant qui permettait de ne pas trop se poser de question et surtout d’oublier une situation globale trop complexe, trop imprévisible…Trop dramatique ? Je chassais ces pensées, achevant d’enfiler le pantalon sombre, boutonnant ma veste avec pour seul insigne de discrètes broderies sur des passants aux épaulettes indiquant que j’étais Sergent de la marine. Fermant mon ceinturon et mettant en place mon holster, je rangeais l’autre uniforme dans mon sac avant de réfléchir. Je devais réfléchir vite. Saisissant mon datapad, je me connectais au réseau de communication de la caserne pour finalement réussir à contacter ce Sergent Trégar et lui laisser un message lui expliquant que je devais disposer de forces pour assurer la protection de la Sous-Préfète. Je ne m’attendais pas à des miracle, la plupart des forces vives de Raxus Secundus étaient aux prises avec les insurgés. La planète ne disposait pas d’une grande armée, étant située dans un recoin paisible de la galaxie : quelques droïdes, quelques gardes, du personnel administratif et des policiers locaux. Pas de quoi mener une guerre de longue haleine.

                        Lorsqu’Osso revint dans la salle, vêtue d’un uniforme sans écusson et holster à la ceinture, j’étais en train d’inspecter une holocarte de la ville. Elle comprendrait directement que ce qui attirait mon attention était la Préfecture et ses plans. Je jonglais pensivement avec ma cigarette et lorsqu’Osso fut assise face à la petite table de bois, je lui proposais une cigarette en lui tendant mon étui. Je me tournais vers elle en désignant la projection holographique de la préfecture.


                        -Si vous voulez reprendre le contrôle de la situation ou interroger vos conseillers, il va falloir aller à la Préfecture. Elle n’est pas si loin à vol d’oiseau, par contre quand je suis venu, j’ai remarqué que la plupart des rues sont bloquées, ce qui exclut l’utilisation d’un véhicule. Il y a aussi des hordes de pillards et d’émeutiers tout autour de la caserne…Ils nous mettraient en pièce dès lors que nous sortirions…

                        Alors que je parlais, j’utilisais un stylo comme baguette pour lui désigner les rues qui étaient bloquées autour de la Préfecture. J’en étais sûr car j’étais passé à proximité de ces rues. Dans l’état actuel des choses, il n’était pas simple d’envisager de quitter cet endroit, comme pour nous rappeler à la réalité, deux explosions retentirent, elles devaient être très proches.

                        -Dans l’état actuel des choses, même avec une grosse escorte -ce que nous n’aurons pas- il n’est pas envisageable de nous rendre à la Préfecture. Sauf si nous ne passons pas par la surface, mais par les égouts…

                        Je montrais avec mon stylet de fortune le conduit d’égout important de la capitale Raxienne. Ma stratégie était valable, l’accès était contrôlé et le système d’évacuation des eaux usées était hermétiquement fermé à l’extérieur. Il y avait peu à parier que les émeutiers s’aventurent dans ce dédale en trois dimensions où tout se ressemblait et où on ne risquait que de se perdre. J’éteignais soudainement l’holoprojecteur, faisant disparaître la carte. J’observais Osso, elle semblait très différente de lors de notre précédant entretien, ayant perdu de son assurance et de sa superbe. Les robes de couturier avaient fait place à un uniforme de toile informe, la rançon de la défaite. Je plongeais mon regard dans le sien, profitant de ce court instant où nous n’avions pas à jouer un rôle.

                        -Je vais être honnête avec vous, Leiel Osso, le moment que nous vivons est une bénédiction. C’est l’occasion parfaite de voir ce que nous avons dans le ventre. C’est ce genre d’instant, le calme avant la tempête, qui nous met face à nous-mêmes et qui nous remet à notre place dans l’univers. Une fois à la Préfecture, il est très probable qu’il faille se salir les mains, il va falloir prendre des décisions difficiles…Des gens vont très certainement mourir…Et s’ils résistent, il faudra les y aider. Je compte sur vous pour prendre les bonnes décisions.

                        Je levais mon bras à la tempe, effectuant un salut militaire à mon interlocutrice. Cette dernière devait comprendre où je voulais en venir. Quelqu’un était forcément au courant de ce qui s’était produit, un Conseiller ou un des dirigeants de la Préfecture, j’ajoutais.

                        -Lorsque j’étais en mission sur Cato Neimoidia, quelqu’un avait communiqué des informations et des codes pour pirater les droïdes et fomenter l’attentat contre Dae’Mid. Légion a ourdi son complot de la Préfecture, nous le savons maintenant. Il y a des traîtres parmi nous, et nous allons les démasquer ensemble, mais n’ayez crainte, j’assurerai votre sécurité. Je saurai traiter cette vermine comme il se doit.

                        Je me surprenais à éprouver une étrange colère. Une colère profonde et silencieuse, qui se manifestait par des lèvres pincées et des sourcils froncés. Je n’aimais pas perdre et j’avais l’impression d’avoir échoué face à Légion. L’histoire se répétait, comme à la Forge ou au sein de l’Empire Sith. Non, c’était inconcevable, je n’accepterais pas une nouvelle défaite. Je demandais à Osso de me suivre, je devais parler à Irons pour lui développer mon plan, n’ayant pas le grade suffisant pour mettre sur pied de telles stratégies de manière autonome.

                        J’informais Irons que je souhaitais la voir de toute urgence. Nous nous rejoignîmes face à la petite pièce où les instructions avaient été données. Casquette de combat sous le bras, je la saluais avec les égards que nécessitaient son grade.


                        -Si la Sous-Préfète souhaite reprendre le contrôle de la situation et interroger ses conseillers, elle doit rejoindre la Préfecture, Commandante. Je propose donc d’accéder aux égouts par la caserne et de progresser jusqu’à la Sous-Préfecture, toutes les rues sont bloquées et remplies d’émeutiers, nous ne tiendrions pas cent mètres. J’ai en outre fait ma demande au Sergent Tregar pour disposer d’une escorte afin d’assurer la sécurité de Madame la Sous-Préfète.

                        Je sortais mon datapad, projetant l’holocarte et montrant les rues autour de la caserne qui avaient été bloquées par des barricades et des émeutiers. Irons comprendrait vite qu’il n’y avait en effet aucune issue et qu’un petit groupe serait vite pris pour cible dans le chaos ambiant. Une nouvelle explosion retentit, cette fois au loin. Je transférais la carte à Irons pour qu’elle dispose de la version annotée. Me rapprochant d’elle, comme pour chuchoter, j’ajoutais :

                        -Cette situation a des points communs avec Cato Neimoidia et l’attentat contre le Préfet Dae’Mid…Cela n’aurait pas été possible sans avoir des taupes dans les hautes-sphères de l’administration ou même de la Préfecture. Il est plus que probable qu’il y ait un ou plusieurs traîtres qui, une fois là-bas, tentent d’ouvrir aux émeutiers ou de nous assassiner. Nous garderons la communication avec vous.

                        Je me mettais à nouveau au garde-à-vous, reprenant mes vieux réflexes. Obéir, ne pas poser de question, devenir un rouage d’un système et l’accepter. C’était la seule condition de la victoire car c’était ce que nous avions appris à l’Académie du BSI.

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                          Auteur : Atreïs Helcar

                          Atréïs était resté assis à la table de la salle de briefing improvisé. Il savait déjà que ses ordres seraient au mieux interrogés, au pire contestés. C’était naturel, dans un chaos pareil, aussi invraisemblable qu’inattendu. Il lui appartenait d’écouter chacun. De rediriger ceux qui en avaient le besoin ou la nécessité. Pour l’heure, c’était à lui de tenir les rênes, le temps de pouvoir les rendre à Osso, quand elle aurait repris le contrôle de la situation. Chose qui n’arriverait pas de sitôt, il en était intimement persuadé.

                          June n’avait pas reparu, mais il l’entendait donner ses ordres dans la cour de la caserne. Et également s’excuser. La nouvelle lieutenante avait décidément bien du mal à se faire à son statut d’officier de la Marine… Une autre leçon qu’il conviendrait de lui enseigner lorsque le calme serait revenu, si elle-même comptait parmi les survivants. Mais elle aurait fort à faire quoi qu’il en soit. L’un des foyers initiaux identifiés de l’insurrection se situait dans la Ville Basse, un endroit où d’ordinaire, des bandits de bas étage s’affrontaient pour le contrôle tout relatif de quelques mètres carrés, qui ne manquaient jamais d’être repris par leurs adversaires le lendemain ou dans l’heure.

                          Alors que fallait-il en conclure ? Que ces voyous de cour d’école étaient parmi les insurgés était une certitude. Après tout, leur propre condition était une révolte en soi contre un système qu’ils pensaient injuste. De là à mener une révolte, c’était difficile à imaginer, encore plus à prouver. Mais ce serait un début. Il porta la main à son oreillette.


                          - Lieutenante King. Nous allons rechercher avec Madame Tel’Illma les noms, adresses et habitudes des principaux leaders des petites bandes locales. Je soupçonne qu’ils soient impliqués, de près ou de loin. Lorsque vous aurez repris le contrôle du second Quartier, prévenez nous, vous aurez vos cibles. Oh, et… Faites comme bon vous semble… Mais ramenez moi des informations précises. Carte blanche.

                          En réalité, les noms défilaient dores et déjà sur son champ de vision, propulsés au premier plan par son IA qui fonctionnait à plein régime. La base de données séparatiste était impressionnante de détails, preuve en était s’il en fallait une que si les criminels étaient connus, c’était bel et bien les moyens d’arrestation qui manquaient. Leurs profils étaient affreusement communs et ennuyeux. Des enfants délaissés, des adolescents laissés seuls et sans éducation, une ascension sociale inexistante et un basculement inévitable… Bref, un ennui. Il suffirait de quelques balles bien placées pour les soulager de leurs douleurs, mais ce serait inutile. Comme la mauvaise herbe, les têtes repousseraient bien assez vite, et rien n’aurait changé.

                          Il se dirigea vers la fenêtre. June était déjà en discussion avec Dizer. Mauvaise idée. Elle allait perdre sa nouvelle autorité sur ses soldats, alors que si il y avait un moment où leur fidélité était nécessaire, c’était bien à cet instant.


                          - Madame Tel’Illma. Sortez moi les dossiers des soldats de la caserne. En particulier le soldat Dizer. Origines, recrutement, entraînement, connexions, transmissions extraplanétaires, tout ce que vous pourrez trouver.


                          Tout cela faisait beaucoup de choses à gérer pour June. Mais elle saurait gérer. Il en avait la certitude. Au contraire de Parker qui restait planté là, comme un idiot, suffisamment discret pour ne pas être remarqué.

                          - Commandant, au lieu de bailler aux corneilles, rendez vous utile. Vous allez accompagner madame Osso, et vous répondrez de votre grade de sa survie, suis-je claire ? Je vous relève de votre commandement de cette caserne.

                          Il se retourna brusquement vers lui et vint se placer tout proche, ses yeux noirs plantés dans ceux porcins du commandant déchu. De cette distance, il ne pouvait pas manquer l’étrange similarité entre Irons et une certaine Lieutenante qui l’avait déjà humilié, des semaines en arrière.

                          - Peut-être qu’ainsi, vous serviez à autre chose qu’à souiller des tasses de caf et vos fonds de culotte. Rompez.

                          Mais alors qu’il imaginait être enfin débarrassé de l’encombrant personnage, ce furent Arnon et Leiel qui firent irruption dans la salle. Le premier le salua immédiatement, comme à son habitude bien rangée, la seconde avait l’air ailleurs. L’un comme l’autre étaient ridicules dans leurs uniformes de combat. Le premier n’était pas fait pour, excellant bien plus dans le combat de l’information, derrière les lignes ennemis, en d’autres termes, là où il l’envoyait. La seconde, quant à elle, n’était simplement pas là pour mener une guerre. Juste pour survivre.

                          Arnon exposa son plan à la Commandante qui l’écoutait sans dire un mot. C’était dangereux et sans doute un peu bancal, mais c’était efficace, pour le moins. Il finit son explication alors qu’elle se massait les joues et le menton en réfléchissant et en consultant les cartes annotées.


                          - Sergent Tregar, où en êtes vous pour l’escorte de madame Osso ?


                          - Deux B1 en provenance du Prédateur, Commandante. Plus, ce serait trop visible.


                          - Parfait. Vous y adjoindrez mon magna-garde ainsi que le commandant Parker qui s’est porté volontaire pour protéger la sous-préfète.

                          Puis, elle écouta la remarque d’Arnon. Il avait raison évidemment, et il y avait fort à parier qu’ils trouveraient plus de pourris que d’honnêtes politiciens. Un simple hochement de tête suffit à lui faire comprendre que le message avait été reçu. Puis, elle les congédia, se massant les yeux. Elle n’allait pas rester là non plus. Elle attendit simplement quelques minutes avant de regarder Atanae.

                          - Madame Tel’Illma. Retournez sur le Prédateur et contactez le Lieutenant Vasburg. Je veux savoir ce qu’il se passe au plus profond de la Ville Basse, et transmettre les informations au Lieutenant King.

                          - Bien sûr, Commandante.

                          Enfin, il était seul. Cette fois, personne pour l’empêcher d’agir. Il avait sa tenue de combat et son fusil, c’était tout ce qu’il lui fallait. Les décombres et les ruines n’étaient pas différents des forêts de Qiilura dans leur utilisation. Il suffisait d’être plus malin que ses proies, et ce ne serait clairement pas compliqué. Surtout lorsque la proie n’était lui-même qu’un pantin. Clhyde Drex’ler était un Dévaronien à l’intellect limité, mais aux connexions très intéressantes. Notamment une. Bergen.

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                            Auteur : June King

                            L'équipe dirigée par la lieutenante King était enfin réunie devant les portes d'entrée de la caserne et entièrement prête pour démarrer l'opération visant à rétablir à nouveau l'ordre et la sécurité dans la capitale de Raxus Secundus. La jeune officière en était pleinement persuadée à cet instant : cette mission - si on pouvait la qualifier comme telle - allait être un bon moyen pour prouver qu'elle était indiscutablement prête à revendiquer son statut de lieutenante, ainsi que prouver son envie d'aller plus loin dans la hiérarchie et dans sa carrière militaire. Et pour témoigner de tout cela, elle allait faire de cette mission un exemple en la menant à bien. Face aux portes de la caserne, qui laissaient apercevoir l'horreur et la détresse de l'autre côté, June se retourna vers ses unités. Droite, uniforme sans un pli, mains jointes dans le dos, fusil KiSteer 1284 à l'épaule et regard assuré. Elle savait que ses mots allaient avoir un rôle important dans la motivation du groupe et que sa posture refléterait sa détermination, son ambition. Le groupe n'avait certainement jamais vécu ce genre de situation et ne savait absolument pas comment gérer la révolte. D'ailleurs, sans même les questionner, June put comprendre tout cela en regardant leurs yeux affolés, Les fines gouttes de sueur qui commençaient à perler sur leur peau, les pulsations de leurs veines qui se faisaient plus rapides, leurs traits qui se tiraient, et pour certains leurs membres qui tremblaient sans pouvoir les contrôler. C'était plus sûr, cela n'allait pas être une mince affaire avec ce groupe d'amateurs qui ne possédait le statu de militaire que sur les documents. Malheureusement, June allait devoir s'en contenter. Regardant tour à tour les visages apeurés des soldats, la petite Lorrdienne hésita un instant sur l'approche qu'elle allait employer. Allait-elle être franche ? Stricte ? Froide ? Mais il fallait bien prendre la parole maintenant qu'elle leur faisait face.

                            « — J'imagine que c'est une première pour vous. Visiblement, vous n'avez jamais eu à faire face à ce genre de situation, et il semble que vous n'ayez aucune idée de la manière de procéder, débuta-t-elle avec un mépris évident pour confirmer leurs craintes. J'ai le regret de vous dire que je m'en moque éperdument. Je n'attends que le meilleur de vous-même. Si d'aventure l'un d'entre vous venait à être blessé ou à mourir dans cette mission, cela ne fera que témoigner de votre incompétence et de votre nullité en tant que soldat, lança-t-elle sans aucune retenue et sans ménager ses mots. Vous devrez m'obéir aveuglement et sans poser de questions, sans contestations et exécuter mes ordres sans broncher ! ordonna-t-elle, marquant une pause tout en fixant les yeux de Dizer. Ce que vous êtes censée savoir, reprit-elle pour répondre à la dernière demande de la soldate, c'est que vous avez simplement à suivre mes ordres, faire ce que je vous dis de faire. Tout se passera bien si vous avez l'intelligence de m'écouter, conclut-elle avant de porter son index gauche sur son oreillette. »

                            Venant d'offrir une nouvelle fois un spectacle d'autorité ridicule, en recherchant, à la fois, froideur et réconfort pour ses unités, June porta son index gauche à son oreillette pour appuyer légèrement dessus et entendre mieux la voix qui y sortait. De l'autre côté, la commandante Irons donnait ses instructions et les premières cibles à abattre. À abattre ? Non. Non, bien sûr, il ne fallait pas abattre tout de suite les cibles. Certes, cela pourrait régler tout de suite la situation et calmer la population ; voire même la dompter si elle venait à perdre ses petits cheffaillons. Mais, si elle avait bien appris quelque chose lors de ses nombreuses missions : c'était qu'il fallait toujours soutirer des informations au préalable avant d'abattre le véritable ennemi. Toute cette révolte n'était qu'une facette, des paillettes pour les yeux. Il y avait autre chose derrière, quelque chose de bien plus dangereux aux desseins obscurs et aux grandes ambitions. La population n'était qu'un outil et la capitale un grand terrain de jeu. C'était peut-être cela qu'il fallait dire aux soldats, au lieu de leur faire peur avec des paroles peu rassurantes ? Regardant de nouveau ses unités, June reprit la parole.

                            « — Nous allons nous occuper du second quartier de la capitale. D'après les informations, plusieurs petites bandes locales se disputent le territoire et parmi eux il y aurait des leaders de la révolte. Nous allons les neutraliser et reprendre le contrôle total du quartier. Nous avons l'autorisation d'utiliser tous les moyens, expliqua-t-elle en observant les visages des soldats qui doutaient à cet instant. Par tous les moyens, j'entends pour arrêter les leaders afin de pouvoir les interroger et soutirer des informations. Ne faites pas l'erreur d'en tuer un, rassura-t-elle ses unités tout en regardant la capitale en feu depuis l'entrée de la caserne. Bien sûr, vous avez carte blanche pour éliminer comme vous le souhaitez les pitoyables larbins, conclut-elle au même instant où une nouvelle explosion retentit quelque part dans la ville. »

                            ***

                            Dehors, de l'autre côté des murs de la caserne militaire où les nombreuses rues de la capitale ne ressemblaient plus qu'à un champ de ruine : June ouvrait la marche. Il était hors de question de laisser l'un des soldats devant et de finir dans un ridicule guet-apens que le leader n'aurait pas pu voir arriver du fait de son inexpérience sur un champ de bataille. Aucun des soldats n'avait quitté une fois Raxus Secundus, et leurs connaissances militaires en opération sur terrain étaient limitées. Il était donc invraisemblable d'en laisser un ouvrir la marche. Et même si les unités connaissaient mieux la capitale que la petite Lorrdienne qui venait d'arriver, cette dernière pouvait compter sur les indications du conseiller Saad, avec qui elle communiquait directement via son oreillette et qui lui donnait la direction en temps réel. Lui assurant une vraie image d'une officière militaire qui avait appris son nouvel environnement bien avant son arrivée. Même si une part de sa fierté était en jeu en voulant ouvrir la marche et prouver son professionnalisme, June n'en restait pas moins sur ses gardes et prête à dégainer son fusil à tout instant. Continuant de s'enfoncer dans la capitale pour rejoindre le second quartier, elle put comprendre qu'il n'y avait aucune rue d'épargnée. Les civils ayant encore un endroit où se cacher se barricadaient en fermant fenêtres, volets et portes ; laissant les plus malchanceux pleurer, crier et fouiller à travers les gravats à la recherche de survivants ou de biens personnels, ou bien à leur triste sort en abandonnant tout espoir en restant assis silencieusement dans un coin. Des images difficiles à supporter, surtout mélangé à cette odeur de poussière et de brûlé qui envahissaient l'air. Devant un tel spectacle, il ne serait pas surprennant qu'un des soldat craque ou ne vomisse.

                            Alors que June et son groupe entrèrent dans le second quartier, la jeune officière remarqua un homme masquant son visage sous la capuche de son manteau noir, apparaissant suspect comme s'il voulait se cacher ou disparaître au plus vite après avoir remarqué le groupe. Ne souhaitant pas le perdre de vue, June continua d'avancer sans faire de mouvement qui pourrait l'interpeler. Malheureusement l'un des soldats émit une remarque à son sujet et le suspect se mit à courir précipitamment lorsqu'il croisa le regard de la lieutenante et entendit la remarque !

                            « — Tss! claqua-t-elle sa langue en apercevant le fuyard prendre ses jambes à son cou. Sergent Staim, Bid et B1m, prenez cette rue. Les autres avec moi ! donna-t-elle comme directive afin de rattraper le suspect. »

                            D'après les informations de Saad, les rues du second quartier se reliaient toutes entre elles, ce qui allait grandement aider June à rattraper le suspect. Durant la chasse, Sief Saad informa aussi que le second quartier est le quartier le plus pauvre de la capitale. Ici règnait de nombreux trafics illégaux : alcools, drogues, esclaves, armes. Tant de choses que de nombreux politiciens ont voulu combattre, sans jamais parvenir à les éradiquer entièrement. Certains avaient même été de mèche avec eux, et profitaient des trafics pour faire venir une certaine clientèle. En regardant de plus près, il y règnait aussi une véritable entraide entre citoyens, contrastant avec les autres quartiers où tout le monde était individuel. Ici, dans le second quartier, tout le monde s'épaulait, n'hésitant pas à se sacrifier pour le bonheur des autres. Bien sûr, si la personne faisait partie de la bande locale dominante.

                            Parvenant finalement à encercler le suspect en rejoignant le deuxième groupe qui venait de l'autre côté de la rue, le suspect mit ses doigts dans sa bouche et siffla aussi fortement qu'il le pouvait, lorsqu'il se retrouva acculé. En quelques instants, June et le groupe furent encerclés à leur tour par de nombreuses personnes en manteaux noirs et armées de diverses armes. Certains faisaient tourner des chaînes de moteur dans les airs ; d'autres menaçaient le groupe à l'aide de bouts de bois ; quelques-uns frappaient dans leurs mains et un seul pointait un blaster directement vers le sergent Staim du haut des gravats. Certainement qu'il le prenait pour le chef du groupe. Il fallait avouer que June n'avait rien d'impressionnant du haut de sa petite taille, ce qui ne manqua pas de la froisser un peu. Alors que l'homme qui tenait le blaster félicitait le suspect qui avait été pris en chasse pour avoir amené tout ce beau monde dans le piège, il ordonna en criant à ses hommes de fouiller et de menotter les militaires. Bien sûr, rien que ces mots avaient suffi à June pour esquisser un sourire et comprendre qu'il venait de signer son arrêt de mort. Sans un mot et avec une dextérité qui lui était propre ainsi qu'une rapidité qui ne pouvait être suivi que par des yeux correctement entraîné, June avait désarmé le chef en tirant avec son KiSteer droit sur son blaster, tout en lui blessant la main.

                            « — Toute résistance ou fuite est futile, menaça-t-elle le chef. B1m, B4m, abattez le reste du groupe comme vous le souhaitez, je me charge de ce soi-disant chef. Sergent Staim, avec moi, ordonna-t-elle en s'avançant sans attendre. »

                            Alors que les droïdes neutralisaient le reste du groupe selon leurs souhaits, June ramassa le blaster et se plaça face à ce pitoyable chef en pointant son arme entre ses deux yeux.

                            « — Pour qui travailles-tu sombre minable ? Cracha-t-elle avec mépris, tout en appuyant le canon du blaster sur son front. »

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                              Auteur : Leiel Osso

                              L'uniforme était celui d'un planton, un peu trop grand pour elle, un peu ridicule. Les cheveux blancs en chignon sous la casquette, le holster à la taille, Leiel complétait le tableau avec la cigarette qu'elle observait pensivement. Elle ne comptait pas la fumer, elle avait refusé le feu proposé par Venkhor, puisque dans son état de fragilité la consumer serait d'une bêtise crasse. En écoutant Veral, elle laissait ses doigts glisser sur le tube de papier, se placer plus ou moins loin d'un bout, une phalange, deux, deux doigts, lesquels, par-dessus, par-dessous, singeant sans y penser la classe sociale, l'origine planétaire, le niveau de richesse, l'appartenance à telle corporation...

                              Intérieurement, elle maudissait la mauvaise fortune qui la privait d'une information gagnée avant l'heure, Légion, ce groupe mentionné par Veral, et de l'avantage qu'elle pouvait avoir sur lui. Le Sergent Venkhor réduisait l'intérêt de leur relation à peau de chagrin. Avec l'escorte qu'on leur attribuait, avec le magna-garde à leur côté, il semblait tout à fait vraisemblable que la teneur de leurs conversations seraient entendu, maintenant, plus tard... Impossible donc de parler cartes sur table.

                              La cigarette entre le pouce et l'index. Corporations technologiques, mécaniques, de recherche. Une part non négligeable des revenus de la planète. Elle releva la tête quand Veral mentionna « une bénédiction », « les bonnes décisions ». Le concept lui parut formidable. Certaines décisions seraient ontologiquement bonnes alors. Cela simplifierait tant les choses. Cette certitude, cette assurance d'avoir raison, d'être dans le bien.

                              Quelles décisions étaient bonnes, pour Veral ? La violence rapide et publique ? La terreur par vertu de l'exemple ? Osso imaginait que le message relevait plus du domaine de « la décision difficile » que de « la bonne » : être impitoyable, incorruptible, redoutable. Leiel changea la position de ses doigts sur la cigarette. Elle tint le tube de papier entre les dernières phalanges de l'index et du majeur. Les artistes, les gens à la mode qui ne le restent pas forcément bien longtemps, ceux qui se veulent à la pointe de quelque chose d'aussi insaisissable que la culture.

                              La remarque de Veral impliquait qu'elle était en mesure de prendre d'autres décisions que « les bonnes ». Il avait absolument raison. Le champ des possibles lui était ouvert, même s'il se refermait à mesure que le temps passait. Il fallait retourner à la Préfecture. En levant la tête, de la cour de la caserne, on devinait sa haute tour partiellement masquée par un nuage de fumée. Elle passerait par les égoûts... bien sûr. Evidemment. La question du dégoût et de l'indignité ne se posait même pas. Il fallait retourner là où le pouvoir s'exerçait.

                              En silence toujours, elle observait le monde se remettre en place et refaire sens autour d'elle. Un instant, elle se demanda si elle était le cancer ou le vaccin de la planète, pour finalement écarter cette idée : qu'elle soit l'un ou l'autre, son objectif était de vaincre, de toute façon. Des pans de discours s'écrivaient dans son esprit. Les premières actions à mener se classaient, trouvaient leur place, le grade de leur urgence. La vraie cruauté de la situation n'était pas qu'elle puisse avoir le mauvais rôle, ce qui n'existait que pour les perdants, évidemment. Non, c'était que seule, elle ne pouvait rien, qu'elle avait besoin de tous, tous les Conseillers, les Secrétaires, les Assistants, les Comités, les Agents, les Officiers... tous. Ils étaient tous nécessaires et utiles, et invariablement, ils pouvaient tous avoir trahi. Trahi quoi, la planète, la CSI, une Maison particulière, les intérêts d'une Banque Galactique, l'idée de neutralité discrète de Raxus... peu importait. Elle avait besoin d'un socle qui par son instabilité présente ruinait déjà son efficacité.

                              Osso jeta un dernier regard à Irons. Est-ce qu'elle aimait ce qui se produisait ? Indépendamment des pertes organiques, est-ce que le fait de remettre de l'ordre dans le chaos lui était satisfaisant ? Elle inclina brièvement la tête dans sa direction. Il faudrait la remercier de lui avoir sauvé la vie. Lui demander pour ses yeux. L'idée lui sembla cocasse, soudain. Comme si elle appartenait à une époque lointaine et révolue.

                              La petite équipe se mit en route. Jusque là, elle n'avait rien dit, l'autorité lui ayant été retirée par la force des choses. Elle emboîta le pas à Veral, flanquée des deux droides, le magna-garde un peu à l'écart tout en restant à proximité. Parker traînait déjà derrière.

                              - Je préférais un autre uniforme, Sergent Venkhor. La caquette était plus large, ou mes cheveux ont poussé. Et puis le chemin emprunté était bien plus agréable.
                              - Pardon ? demanda le Commandant.
                              - Rien Parker, cela ne vous concerne pas. Vous avez une étrange manière de voir les choses, Sergent. Duale. Dichotomique. Les bonnes décisions. La dureté de la loi. L'extermination des opposants. Et de l'autre côté, la vermine. Je ne suis pas relativiste, toutes les morales ne se valent absolument pas. Mais je ne suis pas aussi tranchée.

                              Si Osso avançait sans problème, Parker soufflait déjà.

                              - On ne peut pas aller un peu moins vite ?
                              - Restez derrière, si vous ne suivez pas, Parker.

                              L'idée l'affola un instant et il mit plus d'énergie dans sa marche forcée.

                              - J'espère être plus pragmatique. Les théories du pouvoir sont nombreuses, Sergent Venkhor. Jusque là, ma politique repose sur deux principes principaux. Tracer une direction, et résoudre les problèmes. Est-ce que ce que j'ai commencé va finir tordu, dénaturé par ce qui est en train de se produire ? Est-ce que la direction que j'ai prise est la bonne ? Pour le moment, l'urgence est de résoudre les problèmes.

                              Ses pas suivaient ceux du Sergent sans y penser. Se superposait dans son esprit la conversation d'il y a plusieurs mois, dans la forêt, puis les fermes, la route, les grandes exploitations agricoles de la Plaine Bessalienne. Parker sursauta à une explosion éloignée qu'elle remarqua à peine. Pas de danger immédiat, alors pourquoi s'en faire tout de suite. Elle ne maîtrisait rien, il fallait laisser le contrôle à d'autres qui feraient mieux qu'elle. Tant qu'ils atteignaient la Préfecture, distribuer des ordres ou des impératifs aurait été contreproductif. Pragmatisme. Lâcher le pouvoir pour le récupérer après.

                              La cigarette dans la main, escortée par hommes et machines, une pointe d'angoisse lui transperça tout de même la poitrine. Pas à l'idée de mourir. Elle était toujours loin, cette idée, comme si ça ne pouvait arriver qu'aux autres, comme si elle-même allait vivre pour toujours. Non, la vieille angoisse, la primordiale. L'incompétence. Leiel se savait capable. Plus capable que ce qu'elle n'avait jamais imaginé. Avait-elle le savoir-faire pour exploiter ces capacités ? Resterait-elle inutile et faible, ou prendrait-elle le dessus par la vertu de ce qu'elle avait appris, compris, perfectionné ? Il y avait un, plusieurs traîtres dans la Préfecture, elle en était certaine. Ses doigts glissèrent sur le cylindre blanc : tenu entre le pouce et l'annulaire, index et majeur touchant à peine le tube. La position typique de sa main l'intrigua quand elle la reconnut : c'est comme cela que l'on fume, chez l'élite des Maisons.





                              Dizer avait totalement perdu l'attitude fermée, agressive et contestataire qui la définissait depuis qu'elle était arrivée à la Caserne, et tout le groupe s'en rendait compte avec un étonnement plus ou moins verbalisé. La Dévaronienne suivait King sans poser de question, attentive, concentrée, même si un élancement douloureux traversait ses côtes parfois, figeait un instant une grimace sur ses lèvres. Elle apprenait. Comment avancer dans les rues qu'elle pensait si bien connaître, comment tenir son arme pour pouvoir s'en servir le plus aisément possible, comment se placer pour avoir le meilleur champ de vision possible. Enfin, son rôle avait un sens. Elle ne savait rien faire de ce qui était attendu, mais au moins, maintenant, elle avait un objectif. C'était tout ce qui lui manquait.

                              Alors elle suivait June sans un mot, courait quand elle courait, obéissait aussi vite que sa compréhension de la situation le lui permettait. Cela lui rappela une autre époque, il n'y avait pas si longtemps, mais qui lui semblait dater d'une autre vie. Tout avait toujours été bordélique, sa famille, son rapport aux autres, ses rêves et ses déceptions. Jusqu'à ce qu'elle rejoigne une bande, même pas un gang, une bande de gosses et de jeunes adultes qui versaient leur révolte adolescente sur les murs de la capitale et fauchaient de quoi bouffer aux étals en riant. Leur chef avait lentement changé, dans son discours, dans ses méthodes, dans ses idéaux. Le ressentiment s'était fait colère, et la colère s'était transformée en sabotage. Sauf qu'il y avait eu des blessés. Dizer réalisa au moment où on l'arrêtait que rien ne justifiait qu'un inconnu perde une main parce qu'elle en avait marre d'un monde qui n'avait pas de sens. Elle ne résista pas quand elle fut séparée de son copain de l'époque, accepta la sanction : le cadre militaire lui ferait le plus grand bien.

                              Dans les pas de King, qui courait, qui ordonnait, qui tirait si vite et si proprement que Dizer n'était pas certaine d'avoir bien compris ce qu'elle venait de voir, elle trouvait enfin un sens. Staim ne lui avait rien appris. June, elle, serait son professeur.

                              Staim, au contraire, souffrait immensément de la situation tout en tentant de garder la face. La réalisation qu'il pouvait perdre des hommes l'écrasait depuis le matin. Ce serait, décidait-il, la pire chose qui puisse arriver : que l'un des membres de sa brigade ne rentre pas ce soir. L'état de la ville, de sa ville, lui retournait le cœur. La détresse autour d'eux l'appelait, l'attirait irrésistiblement, parce qu'il pouvait faire quelque chose pour aider ces gens, il pouvait réorganiser ce qui avait été détruit, il pouvait contacter les secours, il pouvait s'assurer qu'aucune bombe, aucune mine ne vienne démolir un peu plus le tissu social dans lequel il pensait avoir sa place.

                              Mais rien ne ressemblait à ce qu'il connaissait. L'urgence égoïste de la population affolée le déconcertait et il lui était impossible de comprendre pourquoi soudain King courait après l'un plus que l'autre. Au moins, dans le Second Quartier, la solidarité s'exprimait plus visiblement qu'ailleurs. Des groupes risquaient leurs vies pour déblayer les ruines qui retenaient l'un des leurs, mettaient en commun les ressources à leur disposition pour créer de toutes pièces des salles de soin, des équipes de recherche de ceux qu'on ne retrouvait plus, des lieux dans lesquels accueillir les plus vulnérables, les plus fragiles.

                              Alors quand King se mit en chasse, Staim obéit parce que c'était un ordre, mais il devait bien admettre qu'il était incapable de comprendre comment elle avait sélectionné un groupe plus qu'un autre. Et quand la nasse se referma sur eux, ses angoisses explosèrent. Bid, Dizer, même les droïdes risquaient d'y rester. Livide, reconnaissant même deux ou trois visages dans le groupe, il était prêt à faire un geste, à aller négocier, parler, expliquer, à faire ce qu'un type bien aurait fait, essayer de comprendre, essayer d'écouter. Et les deux B1 commencèrent à faire feu sur les insurgés.

                              Tod Bid ne disait rien, mais de toute façon, il ne disait jamais grand chose. En revanche, le sentiment d'insécurité et de danger le rendait plus alerte que de coutume, ce qui atteint son paroxysme non pas quand les droïdes ouvrirent le feu, mais quand il réalisa que le type qui restait vivant, celui que King était sur le point d'interroger, était le gars qui lui avait demandé ce composant du système de refroidissement du moteur aérien du Buirk'alor de la caserne deux mois auparavant. Alors il ne dit rien de plus. Qui sait. Peut-être que Whiskerz ne dirait rien non plus ? Peut-être qu'il n'y avait pas, dans le fond, de raison de s'en faire ?





                              Linder, Capitaine de la Caserne de la Plaine Bessalienne 3, gérait comme il le pouvait la situation en aboyant des ordres plus ou moins rapidement obéis.

                              - Non, pas dans les cellules ! Vous vous êtes assurés que personne n'a d'arme, alors c'est pas la peine de les enfermer. Ces gens cherchent un abri, alors trouvez-moi de l'eau, démerdez-vous, allez dans le secteur d'à côté s'il le faut, mais ramenez-en.

                              Le Lieutenant Tran se préparait à obéir au dernier ordre quand Linder le prit par le bras et l'entraîna à l'écart.

                              - Pas vous, Tran. Vous, vous allez me prendre qui vous savez sous le bras et filer à la Préfecture.

                              Yidib Tran cligna des yeux pour toute réponse, essayant de remettre en ordre les bribes de sens de l'ordre de son Capitaine.

                              - Vous voulez que je traverse les faubourgs, que je passe le pont qui a probablement au moins été miné, que je file entre les immeubles défoncés pour me présenter comme une fleur à la Pref avec ce type qui refuse de parler ?
                              - Exactement. Non ! Non, vous allez prendre le speeder et survoler ce merdier ! Je ne sais pas ce que c'est que l'instrument qu'il avait dans la poche, vous non plus, personne ici ne le sait. On sait qu'il avait ça sur lui, qu'il était armé et qu'il a planqué son blaster, on sait qu'il est tordu, mais on n'a ni les moyens, ni le savoir pour interroger un gars comme ça, alors vous allez l'embarquer fissa et le déposer à la Préfecture où ils sauront quoi en faire !

                              Tran pensa immédiatement à sa sœur. Elle ne délirait plus depuis qu'elle avait eu accès à des soins plus poussés récemment, mais elle ne manquerait pas de paniquer. Lianna avait toujours eu tendance à fausser compagnie aux gens qui s'occupaient d'elle et aujourd'hui était certainement le jour où il devrait s'assurer qu'elle ne pourrait pas le faire.

                              - On pourrait aussi attendre que ça se calme, non ? Il n'y a déjà pas assez de monde dans la caserne pour gérer ce merdier, alors moi en moins...
                              - Vous prenez Xim avec vous. Je veux ce type le plus loin d'ici possible. C'est ça, ou je le descends dans l'arrière-cour.

                              501-Z-1M avait déjà fait chauffer le speeder et Tran boitillait aux côtés de son prisonnier menotté. Le type n'avait l'air de rien. Un quidam, un gars qu'on croise tous les jours. Mais il était sciemment entré dans la caserne en se faisant passer pour un rescapé du désordre épouvantable qui régnait dans le faubourg, armé, équipé de cette chose qui devait, sans doute, être un communicateur, mais qui pouvait tout aussi bien être autre chose.

                              Le Lieutenant était encore en train de se demander ce que ce type si ordinaire et extraordinaire à la fois pouvait bien vouloir aux gens de Raxulon quand le speeder décolla. Sa banalité teintait tout et tous de la même corruption. Tout devenait suspect, et Tran détestait cela.

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                                Auteur : Arnon Veral

                                Osso était complètement retournée, c’était un fait. A ce stade de l’histoire, il était évident que la Sous-Préfète était sortie de sa zone de confort. Si elle avait très probablement saisi les implications théoriques de ma prophétie auto-réalisatrice lors de notre petit entretien privé, elle n’avait jamais imaginé être confrontée à la pratique. La pratique était maintenant là et elle frappait à notre porte. Irons ne montra aucune émotion particulière, elle faisait son travail et coordonnait les actions sans affect. Deux B1 et un magna-garde, nous n’aurions pas un soldat de plus pour traverser les égouts et nous rendre à la Préfecture. Intérieurement, j’éprouvais un mélange de fascination et de mépris face à l’incurie de la CSI. Raxus Secundus était acquise à la cause, une petite planète tranquille pour laquelle personne -avant Osso bien sûr- n’avait envisagé d’investir dans la sécurité. Raxulon était censée être la ville la plus dotée en sécurité de la planète et elle s’était retrouvée débordée en quelques heures. Le gros et flasque Parker viendrait avec nous. Lorsqu’Irons prononça son nom, ce dernier sembla se ratatiner un peu plus dans son uniforme, visiblement soucieux de se faire oublier. Ce Parker était le maillon faible, je l’avais remarqué dès mon arrivée, en dépit de son grade de Commandant, il n’avait aucune prise ni aucune autorité sur la situation. Il était dépassé, en tout cas un peu plus que nous tous. Je ne montrais rien de mes doutes, me mettant au garde-à-vous devant ma supérieure et disparaissant avec ma petite troupe.

                                Les B1 avançaient sans sourciller, suivis du magna-garde. Les soldats d’airain de la CSI n’éprouvaient ni peur, ni émotion. Ils combattraient quoi qu’il arrive. Nous entreprîmes de sillonner les couloirs et les coursives du bâtiment. Des explosions retentissaient à intervalles réguliers, parfois elles étaient lointaines, parfois elles étaient très proches, soulevant une couche de poussière. Je me questionnai alors : que pouvaient-ils encore faire exploser ? La ville était à feu et à sang et les troupes qui la défendaient étaient confinées dans les bâtiments d’intérêt. Y avait-il encore des forces qui combattaient ou tentaient de calmer les insurgés dans Raxulon ? Des insurrections similaires avaient éclaté dans d’autres villes. Mon esprit faisait défiler les idées à toute allure, cherchant à comprendre, mais à chaque fois se résignant. Pour l’instant, ma mission était simple : ramener Osso à la préfecture. Alors que nous nous enfoncions dans des couloirs de plus en plus étroits, Osso qui avait commencé à fumer, s’approcha de moi. A sa remarque, je ne lui offrais qu’un sourire en coin, énigmatique et cynique. J’avais moi-même commencé à fumer ma cigarette, de manière bien moins aristocratique qu’Osso qui renvoyait Parker dans les cordes alors que ce dernier qui traînait les pieds à l’arrière tentait de s’impliquer dans la situation.

                                -Ma vision a été affinée par l’expérience. Les dissertations sur les opposants valent en temps de paix, mais malheureusement les faits me donnent raison. L’objet de notre petite discussion l’autre jour était précisément d’éviter ce qui vient de se passer. Nos ennemis eux n’ont pas eu de questionnement, ils ont tout simplement attaqué. La Commandante Irons le sait, le commandement de la CSI aussi, maintenant il restera deux questions. La première est une question d’habillage, qui réussira à trouver une solution politiquement correcte et en adéquation avec les idéaux de la CSI. La deuxième question est plus complexe, elle concerne les conséquences d’une telle attaque, qu’en fera la CSI ? Quelles conséquences pour Raxus Secundus ?

                                Et implicitement : quel avenir pour le mandat d’Osso ? En effet, la jeune Sous-Préfète de Raxus Secundus était iconoclaste, elle avait relancé des projets extrêmement onéreux et ces derniers avaient façonné autant de critiques que d’admirateurs. La première catégorie saurait utiliser les évènements contre elle…Arguant sans doute que tout cet argent réinvesti -y compris dans l’Académie Militaire- n’aurait pas été efficace. Qu’importait que l’Académie était toute fraîche ni qu’elle n’aurait pas pu encore fonctionner. La politique dans un système qui n’assume pas son autorité était terrible. On chercherait un fusible et un responsable. Les complaintes de Parker retentirent à nouveau, suivis d’une réponse sèche de la Sous-Préfète. Je me retournais vers le Commandant, il suait à grosses gouttes, dans un uniforme de bureau qui semblait le comprimer. Les petits yeux porcins de Parker étaient apeurés et son visage empourpré détonnaient avec le masque de fer des droïdes qui nous accompagnaient. Les paroles sèches et dédaigneuses d’Osso à l’encontre du Commandant parachevèrent sa disgrâce. Parker était un idiot, du moins c’était ainsi qu’on l’avait présenté, mais il avait tout de même le grade de Commandant. Il pouvait donc encore servir.

                                Leiel Osso continua ses questionnements. Elle redoublait d’effort pour nous suivre dans les couloirs de plus en plus étroits et les escaliers qui nous emmenaient au sous-sol du bâtiment, à l’endroit où se trouvait l’accès des égouts. Recrachant une volute de fumée, je me retournais vers Osso après avoir pris un moment de réflexion à ses questions :


                                -Vous avez assurément fait les bons choix. Vous êtes simplement un peu trop…Idéaliste. La situations que nous vivons ici demandera une réponse très pragmatique. La CSI cherchera sans doute un fusible, ce fusible, il faudra bien le choisir car la population demandera des comptes. A partir de là, tout le monde se positionne actuellement pour ne pas être ce fusible. Si la situation s’améliore, la CSI tentera de prendre les lauriers, si elle se dégrade, ils punirons le responsable. Votre avenir et plus encore l’avenir de vos projets dépendra de ce que vous ferez à la Préfecture.

                                Osso jouait quitte ou double, mais ça, elle était trop intelligente pour ne pas s’en être rendu compte. Nous descendions un escalier complètement obscur, les explosions résonnaient à travers les parois de béton. Fouillant dans mon sac-à-dos qui contenait mon uniforme et du matériel, j’allumais une lampe, balayant du faisceau les marches et les parois obscures. Une odeur d’humidité flottait dans cette atmosphère surréaliste. Parker semblait avoir abandonné tout espoir de récupérer son autorité, humilié au point d’être placé sous la responsabilité d’un sous-officier. J’aspirais à nouveau de la fumée de ma cigarette, la nicotine m’aidant à réfléchir.

                                -Une fois à la Préfecture, nous devrons être plus malins que les traîtres. Si nous les démasquons rapidement, je pense que nous pourrons reprendre en main la situation. Vous devrez vous affirmer comme étant celle qui commande, pour le reste, je m’en occuperai. Par contre, il va falloir que vous me fassiez confiance, et ce quoi qu’il arrive.

                                Un plan commençait à se dessiner dans mon esprit. Il prenait forme alors que nous atteignons le sous-sol. Nous arrivâmes dans une sorte de cave tapissés de béton nu. Des tuyaux et des machines serpentaient sur les murs, sinuant dans les recoins de la pièce. Nous arrivions dans les entrailles de la ville. Les arrivées d’eau, d’électricité et d’énergie, les sorties de déchets et d’eaux usées. Le bruit métallique des pompes et des vannes rythmait le silence de cette pièce. Les explosions étaient encore audibles, mais le bruit sec était étouffé, plus lointain. C’était comme si nous étions coupés du monde, prêts à descendre dans les étages inférieurs de la ville. Je trouvais alors ce que je cherchais : une bouche d’égout. Il s’agissait d’une écoutille verrouillée qui se trouvait dans un coin du sous-sol. Comme je l’avais anticipé, les égouts n’étaient pas si simplement accessibles dans Raxulon, c’était donc la partie la plus sécurisée de la ville. J’ordonnais à un droïde d’ouvrir l’écoutille. Ce dernier s’exécuta, tournant le volant métallique.

                                Les choses se mettaient en place. Je jetais un coup d’œil à Parker. Il semblait épuisé, apeuré et au bord de la crise cardiaque. Osso était préoccupée, mais elle tenait le coup. Il était temps pour moi de mettre en application la première partie de mon plan. Je m’approchais de Parker et l’apostrophais, ce dernier me jeta un regard inquiet, comme s’il s’attendait à subir une nouvelle brimade. Je me mis au garde-à-vous.


                                -Nous sommes maintenant prêts à entrer dans les égouts, Monsieur. Avec votre autorisation, je vais prendre le commandement transitoire de notre escorte. Je prendrai la tête, les deux droïdes B1 et vous-mêmes escorterez Madame la Sous-Préfète et le magna-garde fermera la marche. La Préfecture n’est pas très loin, nous devrons marcher pendant environs cinq cent mètres.

                                Mettant ce qu’il restait de ma cigarette entre les lèvres, j’activais mon datapad, projetant la carte holographique que j’avais pu récupérer. Comme je l’avais anticipé, Parker s’enhardissait, se donnant de la contenance face à ce regain d’autorité inespéré. Il était théoriquement le plus gradé, et en bon bureaucrate opportuniste, il ne laisserait pas passer une occasion d’assurer son autorité. Parker était suffisamment malin pour tenter de se placer, je ne m’étais pas trompé. Il hocha la tête d’un air entendu.

                                -La manœuvre est la suivante, nous avançons en formation en silence radio et une fois sur place, les B1 émettront sur canal crypté nos identifiants pour que ceux qui se trouvent à la Préfecture nous ouvrent. Une fois sur place, vous reprenez l’autorité sur notre groupe et nous ferons en sorte que la Sous-Préfète soit mise en sécurité pendant qu’elle distribue ses instructions.

                                Parker fronça les sourcils alors qu’il étudiait la carte, faisant mine d’y comprendre quelque chose. Pour être honnête, je n’étais pas un opérationnel, mais j’usais de cette confiance en moi qui m’avait toujours sauvé la mise. Mon esprit avait toujours été ma meilleure arme et une fois de plus, mes analyses s’annonçaient vérifiées : j’avais bien cerné Parker. Ce dernier se jetait dans mon plan sans le savoir. Certains auraient vite fait de me traiter de manipulateur, mais dans cette situation, nous serions tous gagnants : Osso pourrait restaurer son autorité et tirer les marrons du feu, Parker éviterait une disgrâce presque consommée auprès d’Irons. Parker m’indiqua qu’il validait le plan, se donnant un air aussi sérieux que grave. Je jetais mon mégot au sol, l’écrasant sous la semelle de mon brodequin et je me tournais vers Osso, la gratifiant d’un sourire entendu et d’un clin d’œil complice. Sans doute avait-elle compris que je tramais quelque chose. Me mettant devant le petit groupe, je donnais mes ordres.

                                -Nous allons entrer dans les égouts. Le trajet ne sera pas long, environs cinq cent mètres. Une fois entré dans les égouts, je ne veux aucun bruit, silence total. Aucune communication, silence radio. Je prendrai la tête du groupe, suivi des deux droïdes B1 qui escorteront la Sous-Préfète, assistés du Commandant. Le magna-garde fermera la marche. Pendant toute la traversée, la Sous-Préfète sera sous la responsabilité du Commandant Parker. Je vais inspecter les alentours, vous restez ici jusqu’à ce que je vous fasse signe.

                                Même dans cette situation de crise, mes talents de meneur d’hommes se dévoilaient. Lorsque j’étais au BSI, j’avais pu avoir accès à certaines de mes évaluations et il apparaissait qu’en réalité mais talents de commandement étaient très médiocres, j’arrivais en revanche à bien analyser les profils de ceux qui étaient sous ma responsabilité, cela me permettait à chaque fois de tirer mon épingle du jeu en satisfaisant tout le monde et en réglant les conflits. Je pouvais ainsi organiser les équipes tout en étant respecté. Le rôle d’éminence grise m’avait toujours convenu, taillé sur mesure. Malheureusement, Irons avait décidé de m’envoyer sur le terrain et même si je feignais être dans mon élément, il était clair que la dangerosité de la mission était bien au-dessus de mes capacités. Avec un peu de chance, il n’y aurait personne dans les égouts. Détachant délicatement la lanière de cuir de mon holster, je sortais mon arme de poing, ôtant la sécurité.

                                Je jetais alors un coup d’œil à la trappe étroite, béante. A l’intérieur, seulement l’obscurité. J’inspirais lentement, ma lampe-torche entre les dents, je saisissais le métal froid de l’échelle rouillée. Une odeur pestilentielle aux relents méphitiques m’assaillit la gorge. Même si les égouts de Raxulon étaient très bien organisés et sécurisés, ils n’échappaient pas à la règle générale : les systèmes d’évacuation des eaux usées restaient des nids à déchets. Alors que je descendais, l’obscurité m’enveloppa, j’entrais dans le Tartare, je franchissais les portes d’un monde souterrain engendré par Chaos. J’entrais dans les profondeurs d’un univers jusque-là inconnu, caché des yeux de tous. La descente dura quelques dizaines de secondes lorsque mes semelles claquèrent sur une nouvelle dalle de béton nu. Je saisissais ma lampe-torche, faisant danser le halo autour de moi. Les égouts avaient été rénovés avec du béton, mais les voûtes de pierres étaient encore présentes. Des tuyauteries diverses se déployaient sur des murs qui se lézardaient aux endroits où les tuyaux les traversaient. Sur ma gauche, un parapet surplombait une rigole dans laquelle s’écoulait un liquide brunâtres. Des bruits d’écoulements résonnaient et mes yeux commençaient à s’adapter à l’obscurité totale, captant le moindre rayon de lumière. Ma lampe balaya de nouveau les environs, mon nez aussi commençait à s’adapter à l’odeur de moisi mélangée à celle des déchets. Plusieurs embranchements naissaient à une dizaine de mètres de là, sans plan détaillé, il était impossible de se repérer dans les égouts. Comme je l’avais anticipé, il n’y avait pas âme qui vive. Terminant ma ronde, je relevais le faisceau de ma lampe, le faisant clignoter en passant ma main devant. Les droïdes ne tardèrent pas à descendre, accompagnés de Parker et d’Osso, suivis du magna-garde qui ferma l’écoutille derrière lui. Nous étions maintenant totalement seuls, dans l’obscurité. Les droïdes allumèrent leurs lampes. Seuls les chuchotements de Parker se firent entendre.

                                -C’est une…Infection…Quelle horr…

                                Je posais ma main sur son épaule, mon index sur la bouche pour lui intimer de se taire. Mon regard croisa celui d’Osso, faiblement éclairée par la lampe, ses iris violets renforçaient l’aspect surréaliste de notre expédition. Les explosions semblaient s’être calmées, peut-être car nous ne les entendions plus sous terre. Faisant un signe à mes compagnons d’infortune, je donnais l’ordre de prendre la formation.

                                Je pris le chemin d’un petit tunnel où les eaux usées ruisselaient lentement. Il n’y avait plus de parapet ici, mais simplement une corde maintenue par des piquets. Une seule personne pouvait passer à la fois et j’avançais le premier, quelques mètres devant Osso et Parker, encadrés des deux droïdes B1. Ma lampe balayait de l’avant, il n’y avait rien à part le bruit de l’eau. Les relents putrides se firent plus insoutenables encore. Si nous étions dans les enfers, nous traversions le Styx. Je réprimais des hauts-le-cœurs en observant le liquide verdâtre qui s’écoulait dans la rigole. Nous n’avions pas le temps de nous attarder. Nous avançâmes en empruntant plusieurs tunnels, ayant effectué environs une bonne moitié de notre marche. Aucun incident n’avait jusqu’à présent entaché notre expédition. Une petite lumière apparut alors au loin, sans que je puisse l’identifier. Mon poing se leva, pour indiquer aux autres de stopper leur marche. La petite lumière ne bougeait pas, elle semblait collée au sol. Après avoir attendu une bonne minute, j’avançais lentement. Une masse informe apparut sur le sol et il me fallut un moment pour comprendre de quoi il s’agissait. Une odeur infecte envahit l’air, cette fois, il ne s’agissait pas des égouts ni des eaux usées, cette odeur, je la reconnaitrais parmi toutes les autres : de la viande avariée. La pourriture. La masse informe laissa apparaître un bras blanchâtre et je réalisais qu’il ne s’agissait pas de lampe, mais des bandes réfléchissantes des uniformes des égoutiers de Raxulon qui se trouvaient au sol. Il y avait trois corps entassés là, portant encore leurs combinaisons de service et les casques orange de sécurité. Je fis signe à ceux qui me suivaient d’avancer. Une fois qu’ils furent à côté de moi, je désignais les cadavres. Parker vomit immédiatement dans la rigole alors que je me tournais vers Osso, un mouchoir sur le nez et le bas du visage pour me protéger de l’odeur. Je chuchotais à son oreille.


                                -Ils sont là depuis plusieurs jours. C’est arrivé bien avant les émeutes…

                                Avec mon pied, je déplaçais les masses de membres, trouvant enfin ce que je cherchais. Il y avait trois corps, je saisissais les badges, les insérant dans la poche de mon uniforme. Cela servirait sans doute plus tard. Des cadavres, j’en avais vu un certain nombre de par mes fonctions au BSI et même si je faisais partie d’une division administrative, j’avais suffisamment côtoyé mes collègues pour savoir qu’ils constituaient toujours une pièce du puzzle. Ceux-là détonnaient avec la situation : ils étaient là depuis trop longtemps, les émeutes n’avaient commencé que depuis quelques heures. Ces égoutiers avaient disparu et personne n’était venu les chercher. Personne non plus ne semblait s’être inquiété de leur évanouissement dans la nature…En tout cas si c’était le cas on ne les avait pas retrouvé. Je ne pouvais pas exclure que ces éléments soient totalement décorrélés de ce qui se passait ici, mais mon instinct me disait le contraire. Je fus pris à mon tour d’un nouveau haut-le-cœur. Je voulais quitter cet endroit et réussir à mettre la Sous-Préfète en sécurité. Je fis un signe au petit groupe, nous devions avancer. Je redoublais de vigilance. Le faisceau livide et timide de ma lampe-torche continua de balayer les pierres froides et immémoriales qui constituaient ces égouts. Le vendre endormi d’une ville à feu et à sang.

                                Nous continuâmes notre avancée pendant encore quelques minutes, franchissant désormais une pente légèrement inclinée qui bordait un plus grand écoulement d’eaux. Là où quelques instants auparavant les flux semblaient s’étioler, il y avait ici une bonne profondeur. J’avançais lentement, ma main bien assurée sur la poignée de mon arme. En dehors du claquement de nos semelles sur le glacis et du gargouillis de l’eau dans les conduites, rien ne perturbait la sérénité de cet endroit. Je repensais aux contes qu’on me racontait dans mon enfance, à ces histoires de créatures étranges et menaçantes qui se tapissaient dans le noir. La bête immonde qui se cachait dans l’armoire ou sous le lit des enfants, la gueule garnie de crocs et la bave dégoulinante, chassant à l’affût. Je chassais ces pensées régressives, nous n’étions plus des enfants et les seules bêtes qui se tapissaient dans l’ombre de ces égouts putrides n’étaient pas celles qu’on croyait.

                                Nous arrivâmes enfin au pied d’une échelle : celle-ci indiquait clairement une arrivée sécurisée. Nous étions arrivés à l’entrée de la Préfecture. Avec ma lampe, j’inspectais l’écoutille qui était sécurisée et close. Nous allions devoir faire appel au personnel de la Préfecture. Me retournant vers un des droïdes, je lui ordonnais d’envoyer un message crypté avec les identifiants du Commandant Parker afin qu’on vienne nous chercher. Pendant qu’il faisait cela, je faisais signe au magna-garde et à l’autre droïde de couvrir nos arrières pendant que j’inspectais l’autre côté. Il fallut une bonne dizaines de minutes dans un silence pesant pour que le bruit métallique de l’écoutille se fasse entendre. Un homme nous fit signe avec deux droïdes B1 qui l’accompagnaient.

                                -La Sous-Préfète et le Commandant en premier. Les droïdes ensuite. Je remonte en dernier.

                                La concentration ne devait pas faiblir, il suffirait d’un moment d’inattention et d’une mauvaise rencontre pour que tous nos efforts soient anéantis. Je fus le dernier à gravir l’échelle, sachant que je ne regretterais pas cet endroit infect. Une fois au sommet, on referma l’écoutille derrière nous. L’homme qui nous avait ouvert, un certain Yiha Devol, se présenta comme étant un des membres de la sécurité de la Préfecture, comme l’indiquait son uniforme. Parker, conforté dans sa position par mes agissements se présenta comme l’officier le plus gradé.

                                -Je suis en charge de la sécurité de la Sous-Préfète Osso. Elle doit rejoindre son équipe afin de constituer un cellule de crise. Ne perdons pas de temps je vous prie. Où en est la sécurité de la Préfecture ?

                                Devol indiqua que le bâtiment était confiné et qu’il avait été barricadé avec toutes les forces disponibles. Comme attendu, la Préfecture disposait forces importantes qui lui permettraient de tenir. Parker folâtrait, explorant les lieux communs, renforcé dans sa position de chef de l’escorte. Une fois de plus, je souris discrètement à Osso, pour la dissuader d’intervenir. Parker faisait bien le travail et il s’exposait. Maintenant, la Sous-Préfète devrait demander à voir ses Conseillers et moi je me contenterais de conserver ma position d’observateur. Avant de partir, je me contentais d’envoyer un message crypté à Irons sur mon datapad, indiquant que nous avions réussi à atteindre la Préfecture sans encombre et que les lieux étaient sécurisés. Un poids de moins dans cette situation ubuesque. Une petite victoire. Alors que nous nous apprêtâmes à gravir les escaliers qui nous emmenaient aux étages supérieurs de la Préfecture et aux bureaux, je me tournais discrètement vers Osso, parlant à voix basse.

                                -A partir de maintenant, faites moi confiance, quoi qu’il se passe.

                                Ce qui allait se passer, je l’avais pensé durant toute notre traversée des égouts. La Sous-Préfète aurait sans doute du mal à comprendre voir à accepter mes actions, mais j’en étais convaincu maintenant…C’était l’unique façon que nous aurions de démasquer les traîtres. Il n’y aurait pas de torture, pas d’interrogatoire. Nous allions devoir mener un enquête et garder la tête froide, avoir le maximum d’informations avant de confondre les instigateurs de cette machination…Lorsque nous serions suffisamment en confiance, nous piégerions les chefs. J’avais l’avantage d’avoir déjà eu affaire à Légion sur Cato Neimoidia. J’avais appris à mes dépends qu’attraper un de leurs agents ne suffirait pas à comprendre ou à endiguer leurs méfaits, notre objectif devait demeurer les chefs. Pour l’instant, Leiel Osso allait devoir reprendre la main sur ce qui se passait à la Préfecture. La jeune Sous-Préfète s’était démontrée calme et déterminée, ce qui était à mettre à son crédit.

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