Prefsbelt IV.
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Post n°1
Auteur : HivernusLe colonel Pers Roghiss, installé derrière un bureau dix fois trop grand à son goût, lit les derniers rapports de la semaine. Et ils ne sont guère bons… Une guilde marchande se plaint de la perte de deux de ses transports, capturés par un groupe pirate à la sinistre réputation. Un industriel faisant fortune dans la vente de matériel agricole déclare que l’un de ses convois a été pris pour cible par une bande armée sur la route reliant Prefsbelt IV à Garqi. Et plusieurs hommes d'affaires influents qui se sentent délaissés par les autorités locales commencent à s’agiter afin de réclamer plus de moyens pour la protection de leurs intérêts commerciaux, menaçant même de recourir à des forces de sécurité privées ou de demander une aide extérieure en cas de refus. De nombreuses familles, dont les membres ont été capturés ou tués par les pirates et les esclavagistes au cours de leurs raids, se rassemblent également en comités afin de revendiquer une action militaire à leur encontre. La tension monte. La colère gronde. Et le vieux militaire se retrouve seul en première ligne pour lutter contre ce fléau. A chaque échec, on lui demande d’endosser la responsabilité. Le vieil homme soupire.
Le problème pirate n’est pas nouveau. Voilà des années que Pers tente en vain de combattre les groupes opérant depuis les nébuleuses du Maelstrom et Kalki. Mais il ne peut pas le faire décemment, faute de moyens adaptés. Le conseil refuse d’allouer plus de fonds aux forces de sécurité, considérant que l’investissement n’en vaut pas la peine. Roghiss se retrouve donc à affronter des pirates avec une poignée de vieux transports reconvertis en vaisseaux de combat et quelques dizaines de chasseurs obsolètes. Avec de tels moyens, dérisoires selon ses propres termes, comment peut-il mener une lutte efficace sur plusieurs fronts contre des forces largement supérieures en nombre et mieux équipées ?
Le colonel s’enfonce dans son fauteuil, songeur. Il se croirait revenu quarante ou cinquante ans en arrière, quand la République n’avait rien à opposer aux groupes criminels, insurgés ou pirates sévissant dans la Bordure Extérieure. Certains gouvernements planétaires, las des raids et soucieux de protéger leurs intérêts face à des corporations implacables ou des organisations de hors la loi, avaient pris l’initiative de former leurs propres forces de défense. Pers Roghiss s’était engagé dans l’une d’entre elles à l’âge de quinze ans comme simple marin sur un vieux modèle CSS-1 modifié à des fins militaires. Il avait connu de nombreux combats, avait perdu de nombreux camarades… A ce simple souvenir, l’officier est pris par la nostalgie d’une époque révolue.
C’était avant la Grande Guerre et la création d’une grande armée de la République… Avant l’avènement de l’Empire… Avant la fin du monde qu’il a connu. Aujourd’hui, tout cela lui semble bien lointain… Et pourtant, il a l’impression de revivre ces instants passés. Le conseil décisionnaire de Prefsbelt IV n’est pas sans rappeler la classe dirigeante de l’Ancienne République. Les conseillers issus de l’aristocratie militaire de la planète partagent en effet de nombreux points communs avec les sénateurs républicains… Le goût pour la paresse et les pots-de-vin, un entêtement sans limite et une fierté à toute épreuve sont en effet les principales qualités requises pour entrer dans l’un ou l’autre cercle.
L’officier se demande bien pourquoi il a accepté de reprendre du service pour de tels incapables. S’il n’y avait pas la vie de ses concitoyens en jeu, il ne fait aucun doute qu’il aurait déjà jeté l’éponge et abandonné ces imbéciles à leur sort. Mais en tant que soldat, son devoir lui demande, ou plutôt lui ordonne, d’honorer son uniforme et de se comporter avec dignité afin de servir au mieux sa nation.
Roghiss soupire. Il lui faut de l’équipement neuf pour avoir une quelconque chance contre ces pirates, sans quoi il se retrouvera avec de nouveaux échecs sur le dos. Et il se passerait bien d’être une fois de plus le bouc émissaire du conseil. Il se demande bien comment il va pouvoir persuader ces abrutis d’allouer de nouveaux fonds aux forces planétaires. Après tout, les conseillers sont trop occupés à se tirer dans les pattes pour accorder la moindre attention à ce qu’il se passe à l’extérieur du système de Prefsbelt.
Le militaire à la retraite va devoir se passer de leur aval et faire de nouveau jouer ses relations pour racler les fonds de tiroir… Mais cela ne suffira qu’à retarder l’inévitable, comme toujours… Alors qu’il se creuse la tête pour trouver une solution, le colonel est soudain interrompu dans ses réflexions lorsque l’intercom de son bureau se met à sonner bruyamment.
- Ici Roghiss. J’écoute.« Désolé de vous importuner de la sorte en plein milieu de la nuit, mon colonel, mais il se trouve que le cordon de surveillance nous rapporte l’arrivée d’une flotte pirate dans le système… »
- Faites passer les forces planétaires en état d’alerte. Ordonne alors l’officier d’une voix parfaitement maîtrisée.
« A vos ordres, mon colonel. »
Une sirène d’alarme se met alors à retentir dans les couloirs du palais, qui grouillent peu à peu de militaires tirés du lit et d’officiels paniqués. La porte glisse lentement dans le mur et laisse apparaître la silhouette bien en chair du conseiller Tremor. Revêtu de son plus beau peignoir, les cheveux plaqués dans tous les sens, les yeux pochés, l’homme se porte à la hauteur du vieux militaire. A en juger sa sale mine, il n’apprécie guère d’être réveillé en plein milieu de la nuit.
- Roghiss ! Pouvez-vous m’expliquer ce qu’il se passe ?
- Je viens d’être informé de l’apparition d’une armada pirate dans le système. Indique le colonel en affrontant le regard noir du conseiller.
- Par la Force… Ces vauriens ne manquent pas de culot ! Grommelle Tremor en veillant à resserrer le cordon de son peignoir. Qu’ils osent donc s’approcher de Prefsbelt ! Nous saurons les accueillir comme il se doit !
- Je doute que notre flotte puisse rivaliser avec les forces pirates, conseiller. Après tout, je ne vous supplierai pas d’allouer de nouveaux fonds pour les dépenses militaires si nous avions de quoi assurer notre défense… Je crains que cette attaque ne soit la conséquence directe du manque de considération de vos collègues… Répond Roghiss avant d’appuyer sur l’un des nombreux boutons de son bureau. Mais voyons d’abord de quoi il en retourne, voulez-vous ?
Le conseiller s’abstient de rajouter quoi que ce soit. Cette vieille carne qu’est Pers n’a pas tort. Il est vrai que les conflits internes au conseil n’ont fait qu’accentuer les problèmes liés aux raids pirates. Et voilà désormais que tout le monde en paie le prix…
L’holoprojecteur du bureau s’active brusquement, venant illuminer d’une vive lueur bleue le mobilier environnant. Une carte du système stellaire se constitue peu à peu sous les yeux des deux hommes. Ici et là, diverses silhouettes de vaisseaux se matérialisent et prennent vie. Les points rouges représentent les navires pirates tandis que des points bleus, éparpillés ici et là, indiquent les positions des bâtiments de commerce ou des vaisseaux appartenant à la défense planétaire.
- Une frégate, trois corvettes, un vaisseau-cargo modifié… Et au moins quatre escadrons d’appareils trafiqués. Commente le colonel en soupirant. Je doute que nos forces de proximité puissent opposer une quelconque résistance… A moins de bénéficier du facteur chance.
Plusieurs vaisseaux du cordon de surveillance se portent à la rencontre de la menace, décidés à engager l’ennemi avant qu’il ne puisse s’en prendre aux convois qui tentent désespérément de rejoindre l’orbite de la planète. Après quelques minutes de combat, un premier point bleu s’efface, rayé à tout jamais de la carte.
- C’était à prévoir. Le vieux militaire active l’intercom de son bureau. Ici Roghiss, rappelez les vaisseaux du cordon de surveillance. Qu’ils se regroupent et attendent les ordres.« Bien compris, mon colonel. Transmission des nouvelles directives en cours… »
- Par tous les diables, Roghiss… Que faites vous ! S’emporte Tremor, constatant que les pirates ont à présent le champ libre pour attaquer et capturer des navires marchands livrés à eux-mêmes. Renvoyez vos vaisseaux à l’assaut ou je m’assurerai d’avoir votre tête !
- Et qui portera le chapeau une fois ma démission effective ? Vous ? Vos amis du conseil ? Ricane le colonel, caustique. Vous avez besoin de moi pour endosser la responsabilité de vos échecs, Tremor. Vous le savez aussi bien que moi.
Sur la projection holographique, les points bleus semblent refluer à l’intérieur du système, cherchant à se placer dans la zone de protection effective des forces de sécurité qui commencent à converger en un endroit précis. Les vaisseaux du cordon de surveillance se joignent bientôt aux quelques escadrons de chasseurs et à la poignée de vieux navires de transport reconvertis en bâtiments de guerre. Roghiss les observe silencieusement manoeuvrer de sorte à former une ligne de défense impeccable. Plusieurs convois parviennent à passer au travers de cette rangée de vaisseaux afin de rejoindre la surface de Prefsbelt IV. D’autres n’ont pas cette chance et subissent les attaques des forces pirates, frappés par des barrages de tirs turbolaser ou assaillis par des sections d’abordage.
- Bon sang… Quelle horreur… Se contente de murmurer le conseiller, impuissant face à tant de violence.
- Ces pirates s’enhardissent. Ils n’en sont plus réduits à frapper au hasard, à tendre des embuscades le long des voies de navigation. Voyez comment ils procèdent. Ils n’ont plus peur. Et ils savent ce qu’ils font. Ils savent que nous n’avons pas les moyens de nous opposer à eux. Fait remarquer l’officier en charge des défenses planétaires. Vous avez raison Tremor… Au vu de la gravité de la situation, des têtes vont tomber. Et vous en serez le premier responsable.
La grimace de Tremor se transforme peu à peu en expression d’horreur. Indigné, l’homme s’arrête à riposter. Nul ne peut ainsi salir son honneur ! Mais il n’a pas le temps d’ouvrir la bouche. Une nouvelle alarme retentit. Le son n’est guère rassurant. Il indique une nouvelle menace, à n’en pas douter…
- Qu’est-ce que… ?
- Les senseurs, conseiller Tremor. Ils ont repéré l’arrivée depuis l’hyperespace d’une nouvelle force. Explique Pers Roghiss, les yeux rivés sur la projection holographique.
Trois nouveaux points apparaissent soudainement sur la carte. Deux croiseurs d'escorte et un destroyer de la classe Impériale. Les yeux du conseiller s’écarquillent subitement. Sa bouche, entrouverte, laisse filtrer un son d’étonnement.
- Un destroyer impérial ? Ces maudits pirates ont un destroyer impérial ?
- Si tel est le cas, conseiller, nous sommes perdus. La puissance de feu d’un seul destroyer de la classe Impériale est telle qu’elle anéantirait nos forces de défense planétaires en un battement de cils. Déclare le militaire, perplexe.
Les mains de Tremor tripotent machinalement l’étoffe soyeuse du peignoir. On peut voir, à sa tête, qu’il envisage déjà toutes les possibilités qui s’offrent à lui. Comme tout bon politicien prêt à se vendre à l’ennemi, le conseiller s’imagine probablement un moyen de protéger ses intérêts face aux pirates. Le colonel guette du coin de l'œil la réaction de l’homme. Au moindre signe de traîtrise, il serait le premier à dégainer pour éviter qu’un membre du conseil ne passe à l’ennemi. Et s’il le faut… Il s’estime déjà prêt à presser la détente pour sauver le peu d’honneur qu’il reste à un gouvernement dont l’image est passablement ternie.
L’intercom du bureau grésille à nouveau, la voix d’un officier venant faire une annonce.« Mon colonel, il y a une demande de communication pour vous sur une fréquence cryptée. »
- Un message pirate ? Sur nos propres réseaux ? S’interroge le conseiller, nerveux.
D’un simple geste de la main, Roghiss lui ordonne de se taire. L’autre coopère momentanément, bien qu’un peu surpris.
- Quelle fréquence ?« La 122.555 mon colonel… »
Le vieux militaire se gratte le menton, perplexe. La fréquence 122.555 n’est pas connue du grand public. Il s’agit d’un canal de communication militaire utilisé par les anciennes unités impériales lorsqu’elles séjournaient sur Prefsbelt IV, désormais adoptée par le commandement des forces de sécurité locales pour échanger des informations de manière discrète. Les individus ayant connaissance de cette fréquence sont peu nombreux… L’esprit du colonel s’agite. Faut-il s’inquiéter de savoir que ces pirates ont, au sein de leurs rangs, d’anciens militaires impériaux ou officiers natifs de la planète ? L’homme inspire profondément.
- Très bien. Transférez l’appel.« A vos ordres, mon colonel. Transfert en cours… »
- Ici le colonel Pers Roghiss, en charge des forces de défense de Prefsbelt IV. A qui ai-je l’honneur ?
Le son d’un rire étouffé lui parvient à travers l’intercom. C’est du moins ce qu’il croit entendre. L’appareil grésille un instant puis la communication semble plus fluide, plus perceptible.
- Ici le haut amiral Viggo Roghiss de la marine de guerre impériale. Je vous présenterai bien l’ensemble de mes titres et fonctions mais je doute que vous ayez goût à les entendre, mon oncle… Surtout au vu de la situation.
- C’est trop aimable. J’en déduis volontiers que ces trois vaisseaux qui viennent de sortir d’hyperespace sont à vous ? Répond le colonel d’une voix qui ne laisse filtrer aucune émotion.
- C’est en effet le cas, colonel. Et il semblerait que nous arrivions au bon moment. Avec votre permission, nous aimerions prendre part à la bataille et assister vos forces de sécurité.
- Permission accordée, amiral. J’informe nos unités de votre soutien. Nous nous parlerons de vive voix une fois les affrontements terminés. Déclare le vieux militaire, avant d’ajouter d’un ton plus que formel. Il me tarde d’entendre la raison de votre présence ici, cher neveu, aussi salvatrice soit-elle…
Un souffle amusé lui parvient aux oreilles. D’énièmes formalités sont échangées puis la communication est rompue. La projection holographique s’anime de nouveau. Les vaisseaux impériaux se mettent en mouvement. Le destroyer impérial lâche ses escadrons de chasseurs puis se lance à la poursuite de l’armada pirate, rapidement imité par les deux croiseurs qui constituent son escorte. Avec une telle puissance de feu de leur côté, le colonel ne doute plus un instant de leur victoire sur ces maudits forbans de l’espace. -
Post n°2
Auteur : HivernusRoghiss oncle et Roghiss neveu s’observent sans rien dire. Ils se jaugent en silence tels deux militaires qui se rencontrent pour la première fois. Le conseiller Tremor, en bout de table, semble perplexe. Ces deux-là sont assurément de la même famille. Ils partagent des traits communs, tant physiquement que d’un point de vue comportemental. Ils ont les mêmes manies, le même goût de la discipline et un amour disproportionné pour le respect des protocoles. Le regard du politicien se tourne vers les deux silhouettes postées devant la porte. Des Manteaux de Nuit. Des soldats vêtus d’armures d’un gris anthracite et d’une pelisse sombre. L’homme n’en a jamais vu de tels… Une unité d’élite, sans aucun doute. Les yeux du conseiller se détournent de ces mystérieux gardes pour se diriger vers le haut amiral Viggo Roghiss.
- Votre intervention a été salvatrice, amiral… Et je vous prie d’accepter mes plus humbles remerciements. Mais quelle est donc la raison de votre arrivée si soudaine ? L’Impérium n’a jamais réellement prêté d’attention aux affaires de Prefsbelt IV jusque-là.
La remarque fait sourire le colonel. Il reconnaît bien là l’attitude arrogante des membres du conseil… Une façon détournée de dire : “On ne veut pas de vous ici, quelles que soient vos raisons.” Et pas de la manière la plus subtile qui soit. Tremor est un imbécile et son neveu semble le comprendre au moins aussi bien que lui. Les Roghiss sont militaires de père en fils depuis des générations. Ils ont combattu pour différents empires, pour différentes républiques, ont servi les intérêts de Prefsbelt IV pendant des siècles. Ils ont ça dans le sang. Ce n’est pas un pauvre petit conseiller grassouillet qui va parvenir à les intimider. Ni lui, ni ses collègues par ailleurs.
- L’Impérium a mis du temps à se construire, conseiller. Mais je ne vous apprends rien. Coruscant ne s’est pas faite en un jour et il en est de même pour cette nouvelle incarnation de l’Empire. Répond le haut amiral, courtois. Nous avons eu à bâtir de solides fondations, à reconstruire tout ce qui a été perdu. Les obstacles ont été nombreux. Mais nous avons su faire preuve de diligence et de persévérance. Nos frontières sont désormais sûres, notre autorité bien établie et nos relations avec l’extérieur officialisées. Prefsbelt IV est dans la sphère d’influence de l’Impérium et nous venons aujourd’hui tendre notre main à son peuple.
- J’aurai dû m'en douter. Vous venez réclamer l’allégeance de votre propre peuple. Tremor se tourne ensuite vers l'oncle, visiblement outré. A quel jeu jouez vous Roghiss ? Vous comptez vendre Prefsbelt IV au plus offrant ? Vous êtes de mèche avec votre neveu, ne le niez pas !
Le responsable des forces de sécurité de la planète demeure imperturbable. Il laisse les accusations du conseiller passer au-dessus de sa tête, les chasse du revers de la main. Il s’en moque bien. Il a l'habitude.
- Imbécile. Si j’avais voulu l’annexion de notre planète, j'aurais demandé à mon cher neveu qu’il amène une flotte complète… Et je me serai arrangé pour que le conseil soit démis de ses fonctions.
- Est-ce une menace Roghiss ? Vous osez vraiment intimider un membre du conseil ? J’aurai votre tête, soyez en sûr !
- Ne soyez pas stupide... Votre tête tombera en même temps que la sienne, conseiller.
L’homme écarquille les yeux, reste bouche bée. Il n’en revient pas. Menacé par deux Roghiss, par un représentant de l’Impérium et par un membre de son propre gouvernement. Quelle audace ! Ses joues s’empourprent. Il commence à trembler, bouillonnant de rage. Boudiné dans son peignoir, le conseiller fait peine à voir. Il ressemble à une sorte de saucisse emballée qui cuit dans une casserole fumante. L’image n’est pas belle à voir, pour sûr. Et il ne s’en rend pas compte, fier comme il est.
- Je me suis toujours demandé comment la famille Tremor a pu obtenir un siège au conseil… Les gens de votre lignée n’ont jamais fait leurs classes. Ils se sont toujours débrouillés pour ne pas avoir à porter l’uniforme, à risquer leur vie. Poursuit l’amiral, songeur. Vous osez remettre en question l’intégrité de mon oncle. Vous portez des accusations à l’encontre de ma famille. Mais qu’en est-il de la votre, conseiller Tremor ? Vous êtes la honte de Prefsbelt IV. Votre lignée est souillée, corrompue, indigne de son rang.
En face de lui, le membre du conseil fulmine. Il sert ses poings à s’en faire blanchir les phalanges, se cramponne à la table pour ne pas sauter à la gorge de ce petit arrogant d’officier impérial. Il est certain qu’il l’aurait fait s’il n’y avait pas eu ces énigmatiques Manteaux de Nuit. Mais il finit par se radoucir. Comprenant en effet qu’il est bien vain de vouloir faire pression sur des militaires habitués aux menaces, Tremor pose ses mains sur le bois de la table, qu’il vient doucement effleurer du bout des doigts. Il inspire longuement, s'admettant temporairement vaincu.
- Je vais réunir le conseil… Et lorsque nous aurons statué sur votre cas, les Roghiss ne seront plus qu’une ombre dans le passé de Prefsbelt IV. Nous n’entendrons plus jamais parler de vous, soyez en sûr.
- Faites donc, Tremor. Personne ne vous retient.
Le conseiller fait la moue, passablement énervé. Il se retire en silence, les joues empourprées. Les deux Roghiss sont désormais seuls. L’oncle sourit au neveu, visiblement amusé par la situation.
- Force est de constater que tu sais comment te faire des amis, Viggo. Fait remarquer le vieux militaire, sarcastique.
- Me lier d’amitié aux Tremor ? Très amusant mon oncle. Ils n’ont jamais été vraiment réputés pour leur intelligence… S’il y a bien une chose que leur argent ne pourra jamais vraiment leur offrir, c’est bien cela. Répond l’amiral sur un ton au moins aussi léger que celui de son aîné. Qui plus est, tu avais l’air de très bien t’en sortir avec cet idiot là avant que je ne m’en charge.
- C’est vrai… Il faut croire que les Roghiss ne sont pas faits pour s’entendre avec ces imbéciles de Tremor.
Le colonel se relève doucement, se dirige vers le minibar afin de sortir un vieux bourbon et deux verres.
- Nous avons visiblement beaucoup de choses à nous dire, Viggo… E je suis curieux d’entendre les arguments de l’Impérium.
- Tu ne seras pas déçu, mon oncle.
- Je n’en doute pas un instant.
Dans l’esprit de Pers Roghiss, il est de toute façon clair que le salut de Prefsbelt IV passera par son ralliement à une grande puissance galactique. La situation désastreuse de son armée, les dissensions au sein du conseil et les troubles politiques qui continuent de se propager parmi la population le confortent volontiers dans cette idée. Reste à savoir si l’Impérium de son neveu est le choix idéal… Ou s’il faut regarder dans une autre direction. -
La diplomatie du destroyer. Un classique pour impressionner les locaux. La technique ? Envoyer quelques vaisseaux de guerre en orbite d’un monde que l’on souhaite conquérir sans effusion de sang. En temps normal, cela suffit à convaincre les habitants du coin à rallier son camp ou tout du moins à se plier à ses exigences. Et lorsque cela ne suffit pas, on tire quelques salves de turbolaser pour marquer les esprits et contraindre l’élite locale à se soumettre. Mais Prefsbelt IV n’est pas une planète classique et ses occupants ne se laissent pas facilement impressionner. Ils ont leur fierté, leur arrogance… Et leurs traditions. Des traditions militaires qui leur inculquent de ne dépendre de personne, de combattre corps et âme pour les idéaux et les intérêts du régime auquel ils ont prêté serment d’allégeance. En l’absence d’un Empire ou d’une République à défendre, c’est le conseil des grandes familles de Prefsbelt IV qui a servi de figure autoritaire durant ces dernières années.
Et les têtes dures qui siègent au sein du conseil ne sont pas prêts de laisser le pouvoir à qui que ce soit. Impérium, République, Confédération des Systèmes Indépendants… Nombreux sont ceux qui préfèrent le statu quo à une allégeance spécifique. Les Tremor en tête. Ces petits arrivistes préfèrent de loin l’idée de pouvoir manger à tous les râteliers sans avoir à en subir les conséquences. Ils font donc allégrement usage de leur fortune et de leurs relations pour maintenir Prefsbelt IV et son conseil sous leur influence néfaste.
Le haut amiral Viggo Roghiss soupire. Il pose doucement le bloc de données qu’il consulte depuis plusieurs heures, se vautrant dans son fauteuil afin de relâcher la pression. Il ferme les paupières afin de reposer ses yeux. Voilà bien trois semaines qu’il est coincé sur place à enchaîner entretiens privés, soirées mondaines et réunions officielles pour convaincre l’élite locale de rallier l’Impérium. Il a appris beaucoup de choses, a découvert de nombreux secrets et s’est fait de nombreux alliés. Mais le militaire demeure perplexe. Quelque chose cloche. Quelque chose lui échappe. Il n’arrive pas à mettre le doigt dessus et cela l’exaspère.
La porte glisse soudainement dans le mur, sortant l’officier de ses réflexions. Il reconnaît la silhouette qui s’engage dans la pièce sans prendre la peine de le saluer comme l’exige le protocole et esquisse l’ombre d’un sourire.
- Mon oncle…
- C’est un beau vaisseau que tu as là, cher neveu. Bien propre, bien entretenu… Et disposant de tout l’armement dont je rêve depuis des années.
Un soupir amusé quitte les lèvres de l’amiral.
- Tu auras ton propre destroyer stellaire, mon oncle. Bientôt. Et toute une flotte qui va avec.
- Je te crois, Viggo. Et pourtant, tu n’as pas l’air entièrement convaincu par ce que tu viens de dire…
Roghiss oncle n’est pas né de la dernière pluie. Il remarque en effet que son neveu semble troublé. Quelque chose le tracasse.
- Les Tremor ont le bras long... Bien trop long. Répond simplement Viggo, se frottant pensivement le menton.
- Et ça t’inquiète. Pour autant que je sache, les intrigues ont toujours fait partie du jeu. Les Tremor ont l’avantage mais ça ne durera pas. Rien n’est jamais éternel…
- Ce n’est pas qu’une question de politique, mon oncle. Il y a autre chose… Je le sens. Le haut amiral marque un temps de pause, songeur. Les agents de la Grande Moff m’ont rapporté que les Tremor font appel à des mercenaires pour assurer leur sécurité.
- Comme la moitié des grandes familles qui forment notre élite politique et militaire… Ce n’est un secret pour personne. Commente son oncle, s’installant en face de lui.
- Peut-être… Mais sais-tu seulement qu’ils se sont tous offerts les services du même groupe de mercenaires ? Tous ceux qui s’opposent au ralliement de Prefsbelt IV à l’Impérium, d’une manière ou d’une autre, sont protégés par un seul et unique groupe de soldats de fortune. Même les guildes marchandes qui étaient prêtes à se rallier à l'Impérium en échange d'une protection et qui ont soudainement fait volte face. Suspect non ?
- Intriguant en effet… Je n’avais pas fait le rapprochement. Tu crains que les Tremor se servent de ces mercenaires pour garder notre planète sous contrôle ?
- Je ne sais pas… Je ne suis pas certain. Pas encore.
Le militaire se relève doucement, se dirige vers le minbar pour prendre deux verres et une bonne bouteille d’alcool qu’il vient ensuite partager avec son oncle. Les deux hommes restent un instant à regarder dans le vide, sirotant leur verre en silence. Ils réfléchissent, cherchent une explication qui pourrait conforter le neveu dans son raisonnement.
- Tu as toujours eu un bon instinct, Viggo. Je sais que tu finiras par trouver ta réponse et je t’aiderai volontiers dans tes recherches. Remuer la merde et parler aux ordures, ça me connaît… Mais promis, je tâcherai de me montrer plus subtil qu’à l’habitude. Il ne faudrait pas alerter ces abrutis après tout.
La remarque fait sourire le haut amiral. Les deux hommes trinquent ensemble et les langues se délient doucement, loin des regards et des oreilles. Prefsbelt IV est trop proche de Borosk et de Yaga Minor pour que l’on puisse ignorer les agissements d’une troupe de mercenaires et les magouilles de quelques familles corrompues. Il faut savoir ce qu’il se cache derrière toutes ces machinations. Les Roghiss, aussi fiers que persévérants, feront tout ce qui est nécessaire pour faire la lumière sur cette histoire. Le devoir les appelle. Leur honneur est en jeu. Il en va de la survie de Prefsbelt IV et de la sécurité de l’Impérium.
Nul ne peut s’en prendre à l’un ou l’autre sans en subir les conséquences. Parole de Roghiss !