Bienvenue sur SWRPG !

Créé en septembre 2006, ce RPG situé dans l'univers Star Wars a démarré à l'aube de la Guerre des Clones. Nous avons cependant pris une trajectoire bien différente de celle de la saga. 18 ans plus tard, nous voilà dans un univers parallèle aux films de George Lucas, un univers unique dans lequel nos propres personnages ont eu (et auront) un impact sur sa destinée.

Contexte: Il n'y a pas si longtemps que ça, dans une galaxie lointaine, très lointaine... L'Ancienne République influençait les quatre coins de la Galaxie, guidée et protégée par les légendaires Chevaliers Jedi, gardiens de la paix et de la justice. De nombreuses années plus tard, on dénombre de nombreux régimes successifs, mais aucun n'a réussi à s'imposer durablement. Empire Démocrate... Empire Sith... Voilà que les différents chemins empruntés nous ramènent donc à une République Fédérale, sans que l'on soit assuré qu'elle parvienne à durer dans le temps. Une République Fédérale qui décide de miser sur la nouvelle Garde Républicaine, vouée à remplacer un Ordre Jedi dont on refuse le dogme si particulier.

Pendant ce temps, Sith, Séparatistes et Chasseurs de Primes ont su se préserver à différentes échelles de l'échec de l'Ancienne République. Tandis que l'Ordre Sith a connu récemment sa fin sur Cathar, laissant la place à différents cultes bien moins influents mais tout aussi dangereux, les Chasseurs de la Guilde de Dantooine n'ont jamais été aussi nombreux, parcourant les mondes à la recherche de primes qui en valent le coup. La Confédération des Systèmes Indépendants, elle, résiste aux fluctuations du temps et se préserve des menaces extérieures en n'hésitant pas à agir lorsqu'il le faut, comme l'en atteste son intervention musclée sur Cathar. La même Cathar qui avait accepté d'accueillir les Vestiges de l'Empire suite à la scission de l'Empire Sith, et qui aujourd'hui se retrouve sous la tutelle des Séparatistes.

Les temps sont sombres, le ciel annonce de mauvais présages comme c'est le cas à chaque nouvelle ère. Les relations entre les grandes puissances ne sont pas au beau fixe, les Sith sont de nouveaux reclus dans l'ombre -là où ils sont les plus menaçants- et les Jedi se terrent sur Endor, bien décidés à ne pas dévoiler leur présence à ceux qui leur sont hostiles et bien décidés à s'en tenir à leur but éternel : l'étude de la Force.

Jamais une ère de SWRPG n'aura été si indécise et pourtant, il y aura toujours quelqu'un pour bouleverser l’échiquier galactique. Comme ce fut le cas ces huit dernières années. Peut-être que tu seras cette personne, qui sait? Notre Galaxie t'attend !

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Star Wars RPG

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Nous sommes les soldats de la Lande

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    Post n°1
    Auteur : Kath Aplazm

    HRP - Suite du RP "Un moment de répit" (Quatrième Post)


    ~ Ambiance musicale ~


    Kath ne savait vraiment s'il s'était levé à l'aube ou en plein milieu de l'après-midi. Chacun de ses muscles lui faisait mal d'avoir dormi sur le sol de sa hutte, mais au moins l'atmosphère printanière lui avait épargné un rhume encombrant. Seulement à moitié réveillé, il empoigna le tas de linge posé dans sa cellule et alla le faire pendre à l'extérieur pour le faire sécher, profitant de cette occasion pour se débarrasser de ses hardes. Vêtu uniquement d'un pantalon trop court et d'une ceinture serrant sa taille d'un peu trop près, il s'en alla ensuite se débarbouiller, gardant le sabre défectueux dans le creux de sa main. Curieusement, il ne croisa personne dans le quartier des novices, pas plus qu'ailleurs dans l'Agora des Immortels. Un coup d'oeil au ciel l'informa qu'il devait être midi ; les occupants du Sanctuaire étaient probablement en train de prendre leur repas. Kath fit la moue. Il aurait bien aimé passer discrètement à la cantina pour honorer quelques minutes la mémoire de Bareman, que personne ne reverrait plus jamais entre ces murs. Il boirait seul sa bière corellienne à un autre moment, tant pis.

    La nuit n'avait pas réellement porté conseil. L'Alderaani ignorait toujours ce qu'il faisait ici. Passant devant le buste d'un Maître Jedi dans l'Agora, il prêta l'oreille au silence, bercé par le ruissellement de l'eau d'un ruisseau lointain et la caresse de la brise. Ses pensées tumultueuses ne trouvaient pas la paix dans la quiétude. Il portait plus que simples maux physiques : son esprit était strié de balafres qui mettraient longtemps à se refermer. Sans la compagnie de Woopee, il était désormais seul avec lui-même. Pour éviter de sombrer dans l'apathie, il comptait les morts et les vivants. Une occupation macabre, mais il ne trouvait rien de mieux pour ne pas à nouveau fondre en sanglots.

    Il avait appris de Hotar que le chef Chitupa avait été tué lors d'un raid sanyassan dans les collines. Son cadavre percé de flèches avait été emporté par les maraudeurs en trophée, comme ceux de Killi, Kolgat, Growok et Touk. Et celui de Saecha. Le novice poussa un long soupir avant de reprendre sa sordide routine. Il avait tourné et retourné tous ces noms dans sa tête. Nass, Bareman, Saecha, Chitupa... Bien sûr, il aurait peut-être pu se réjouir de la survie de Woopee, d'Hotar ou de Muyi Tano, mais Kath ne pouvait plus voir le verre à moitié plein. Autant de morts... mais que pouvaient les hommes face à tant de haine ?

    Les pas du jeune homme l'amenèrent jusqu'à l'entrée de la chambre du Conseil. Les bras derrière le dos, Kath resta interdit pendant un long instant. Il se souvenait de cet endroit. A l'époque, Muyi Tano et Saecha les avaient amenés ici, Alya et lui, pour être interrogés sur le chasseur mystérieux du fameux Rylen Korr, celui-là même dont Kath avait usurpé l'identité en affrontant les Sanyassans. C'était un temps bien différent, quoiqu'il ne fût pas si éloigné. A l'époque, le seul souci de Kath était de récupérer son caleçon volé par l'espiègle Woopee, et de mettre un pied devant l'autre hors de la cantina après des parties de pazaak endiablées. A l'époque, on l'avait jugé en ces murs avec grande bienveillance et accueilli avec une sévérité empreinte de bonté. S'il se présentait au Conseil maintenant, seraient-ils aussi bons avec le "Pyromane de la Nuit", incarnation de la divinité destructrice des Naa'Fruu, avec celui qui revenait seul, brisé, d'une expédition dont certains membres ne reverrait plus jamais le Sanctuaire ?

    Kath ne savait toujours pas ce qu'il devait faire. Son cerveau lui hurlait de fuir, loin, longtemps. Il deviendrait ermite, on oublierait qui il était. Il avait appris à survivre dans la forêt pendant des mois, il pourrait recommencer. Ses tripes le paralysaient là, ses pieds prenaient racines. Et son cœur, lui, battait à tout rompre sans qu'il sache comment interpréter cette manifestation de ses émotions. De l'angoisse, la peur d'être puni ? De la colère d'avoir été laissé seul face à un danger plus grand que les Maîtres eux-mêmes ? De l'inquiétude face à un avenir incertain ? Peut-être tout ça à la fois.

    Et que disait la Force ? Pour la première fois, Kath prêta à cette entité universelle et omniprésente plus d'attention qu'à ses propres ressentis, auxquels il ne pouvait plus se fier.

    L'Alderaani poussa la porte de la Chambre du Conseil Jedi, les yeux fermés, écoutant la Force qui secouait ses tempes. Il s'avança d'un pas, de deux, de trois. Posant un genou en terre, il baissa la tête, serrant fort son sabre inutile contre sa poitrine. Il ne sut pas trop quoi dire, alors il se tut. Il attendit une minute qu'on lui dise de se relever ou qu'on le harponne de questions. Comme rien ne venait, il se risqua à ouvrir les yeux.

    Les lieux étaient déserts. Pas d'Elyna Faràn, de Fic Drecko ou de Yuda. Kath s'assit en tailleur. Les maîtres étaient sans doute à leurs affaires. Un court instant, il pensa déguerpir. Personne ne l'avait vu, il pouvait encore faire demi-tour. Ce n'était pas son genre d'affronter les conséquences de ses actes, après tout. Mais la Force lui disait de rester. Alors il restait.

    Il passa les quelques minutes qui suivirent à l'écouter, les yeux clos. Au contraire de ses cauchemars nocturnes, la voix qui lui parlait n'était pas celle, chaotique, qui mêlait les voix de ses compagnons tombés, ni même le hululement rauque de l'Ombre. Vendar Olorin lui récitait le code Jedi, lui parlait des Yuzzums, lui décrivait les propriétés de l'herbe à pipe des Naa'Fruu et les différentes variétés de fleurs de la rive gauche du Chuurelung, dans la région de Knalung. Il avait entendu ces leçons maintes et maintes fois, mais la voix apaisante du vieux maître l'aidait à se concentrer. Il dialoguait avec lui en silence, avec bonhommie.


    < - Il est temps pour moi d'y aller. >

    < - Déjà, maître ? Mais vous venez à peine d'arriver... >

    < - Oh, non, j'étais déjà là bien avant ton arrivée. >

    < - Vous avez vu ce qui s'est passé dans le campement sanyassan, vous pouvez témoigner ... >

    < - J'ai vu ça, et tout ce qui a précédé, en effet. Mais ce n'est pas à moi de dire quoi que ce soit. Les disparus doivent le rester. >

    < - Alors, vous allez me laisser seul...? >

    < - Ma conscience disparaîtra, mais mon corps sera toujours ici. Car je suis le lit de la Force, et la Force est avec toi. Je voulais juste m'assurer que tu ne sombrais pas dans son fleuve.>

    < - Comme quand vous m'avez tiré des eaux ? Qu'est-ce que je dois comprendre ? Est-ce que je suis sur la bonne voie ? >

    < Ça, novice Aplazm, cela dépendra de la suite. Adieu. >

    < Attend... >


    Un bruit derrière Kath le fit sursauter. La porte s'était entrouverte. Caché derrière ses cheveux longs et sales et sa barbe hirsute, le visage de Kath affichait une expression de panique. Il était trop tard pour reculer. Sa destinée au sein de l'Ordre Jedi se jouait ici. Le novice déglutit, les mains sur les genoux et le dos tourné vers l'entrée de la chambre.

    - Novice Kath Aplazm, au rapport, Maîtres.
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      #2

      Post n°2
      Auteur : Super PNJ


      Elyna Faràn
      [Membre Permanent]


      Pour la première fois depuis de nombreuses lunes, Elyna Faràn avait eu un sommeil paisible. Pas de songes obscurs, pas de nuits troublées. Habituée aux cauchemars depuis trop longtemps pour se souvenir quand exactement, la maître Jedi n’avait pas goûté à un repos bien mérité depuis si longtemps. En cette nuit estivale, Elyna Faràn avait bien dormi. Les mauvais rêves s’étaient tenus éloignés. Pas de souvenirs douloureux, ni de songes étranges. Beaucoup l’ignoraient, mais avoir des dons de voyance était un fardeau lourd à porter. Elle, réputée pour sa clairvoyance, admirée pour ses capacités divinatoires et, surtout, la sagesse qu’elle avait su développer à travers ce don, le vivait parfois comme une malédiction. Mais qui était-elle pour s’en plaindre ? Ce cadeau de la Force, utilisé à bon escient, avait servi l’Ordre en de nombreuses reprise. Mais en était-elle encore digne aujourd’hui ?

      La question, en apparence futile, lui trottait dans la tête depuis un certain temps. Certaines plaies guérissaient plus lentement que d’autres. Parfois, elles paraissaient même incurables. Elyna Faràn devait le concéder : elle portait toujours en elle une profonde blessure. Elle n’était pas visible, elle n’était pas perceptible pour quiconque la connaissait. Elle la portait dans le fond de son coeur et aucun soin ne semblait pouvoir en venir à bout. Cette blessure, Elyna la sentait dès qu’elle posait les yeux sur l’un des sièges du conseil. Cette blessure, elle la subissait dès lors qu’un chevalier parlait du conseil, ou qu’un maître évoquait l’histoire de l’Ordre. Cette blessure, Elyna n’était jamais parvenue à s’en défaire. Elle avait fini par l’accepter : à jamais, elle serait condamnée à vivre avec, comme un symbole de son échec. À quoi bon lire l’avenir lorsqu’on ne pouvait le prévenir ?

      Nul n’est prophète en sa planète, comme disait le dicton. Racontars pour certains, cette phrase résumait parfaitement le quotidien d’Elyna Faràn. Malgré ses mises en garde constantes, malgré son influence au sein du Conseil, elle n’était pas parvenue à empêcher chacun des maux qui frappaient actuellement l’Ordre Jedi. Les réformes qu’elle souhaitait faire passer continuaient à se faire désirer. Chaque tentative d’évolution se soldait pas un échec. Sur le plan diplomatique, les Jedi n’étaient plus que l’ombre d’eux-mêmes. À vrai dire, c’était le cas pour chacun des aspects de l'ordre ancestral. Les maîtres, qui venaient à manquer suite à la bataille de la Forge Stellaire, continuaient de disparaître. Quelques novices venaient rejoindre l'ordre, mais qui restait-il pour les former ? L’ordre en lui-même était en train de se déliter. Certains chevaliers, plus téméraires que d’autres, se lançaient à corps perdu dans des explorations de temples en ruines. Qu’espéraient-ils trouver là-bas ? Pour le moment, les seules conséquences étaient leurs disparitions. Récemment, l’on avait appris le décès de Maître Saryss. Maître Bador était toujours porté disparu, tout comme son ancien apprenti. Quant à maître Qos, il n’avait plus donné de nouvelles depuis un moment. Seules la maître Siphra et la chevalier Darel étaient récemment rentrées de leurs expéditions extra-planétaires.

      En un sens, Elyna Faràn redoutait cet isolationnisme de certains Jedi, qui préféraient partir seuls plutôt qu’en groupes. Cela comprenait de nombreux défauts, à commencer par les lacunes dans les formations des plus inexpérimentés. Seulement voilà : la plupart des novices n’étaient pas encore prêts à quitter Endor. Ils avaient d’abord besoin d’achever leurs formations dans l’enceinte du Sanctuaire, avant de prétendre pouvoir voyager sur d’autres planètes. Elyna en était persuadé : l’avenir de l’Ordre se jouerait sur la capacité des Jedi à rester ensemble.

      Rester ensemble... Était-ce encore possible ? Était-ce réellement envisageable lorsque certains Jedi n’en faisaient qu’à leur tête ? Lorsque les maîtres refusaient de prendre des padawans sous leur aile ? Lorsque les visions de Force se faisaient encore plus troubles ? Lorsque, dans l’intimité des coeurs, la peur du Côté Obscur grandissait ? Lorsque des maîtres assassinaient leurs semblables ? Rien n’était moins sûr...

      Voici l’état de trouble dans lequel se trouvait Elyna Faràn, alors qu’elle entamait l’ascension qui allait la ramener dans la chambre du Conseil. Finalement, sa nuit reposante ne lui était pas d'une si grande aide. Pourtant, derrière son inquiétude pointait une étrange sensation, dont elle n’était plus familière. Quelque chose qui, elle le savait au fond d’elle, avait été le moteur de nombreuses actions. Quelque chose qui, animé des vertus les plus profondes, lui avait toujours permise de se dépasser. Quelque chose qui, partagé par des centaines de coeurs, était venu à bout des obstacles les plus démesurés.

      Pris d’une énergie inattendue, Elyna Faràn se mit à monter les marches quatre à quatre. Elle ressentait dans la Force une présence familière, qu’elle n’avait pas ressentie depuis des lunes. Une sensation qu’elle croyait perdue à jamais. Elle revoyait déjà sa longue barbe blanche, ornant un visage sévère aux traits creusés par le temps. Ses habits d’un blanc immaculé, dégageant une aura de pureté et une sagesse profonde. Dans le fond du coeur d’Elyna, résonnait l’aura d’Olorin Vendar, imminent membre du Conseil disparu dans les entrailles de la Montagne Noire.

      D’un geste magistrale, la maître Jedi ouvrit la porte du Conseil. Et l’espace d’un instant, elle crut le voir, alors qu’au fond de son coeur continuait de palpiter cette lueur perdue. Mais, au centre de la pièce se trouvait un jeune homme, qu’elle ne reconnut pas immédiatement. Une expression incrédule s’afficha sur son visage, alors qu’une multitude d’informations lui parvenaient. Cependant, il ne lui fallut qu’une seconde ou deux pour se ressaisir. Elle récupéra instantanément son sang froid. De son calme retrouvé, elle observa Kath Aplazm. Il avait rudement changé. Sa tignasse mal coiffée s’était considérablement développée, tout comme sa barbe auparavant inexistante. Ainsi vêtu, il paraissait sortir tout droit de la jungle. Chose qui était hautement probable. Mais Elyna Faràn sentait en elle que ce n’était qu’une infime partie des changements subis par le jeune homme.

      La maître Jedi fit plusieurs pas dans la chambre, avant de refermer la porte d’un geste aérien :


      - Bienvenue chez toi, Novice Aplazm.

      De son pas lent, elle vint s’asseoir dans le siège qui était le sien, sans quitter Kath des yeux. Elle sortit d’une sacoche posée à côté de son siège une galette qu’elle fit léviter vers le novice :

      - Voilà de quoi te redonner des forces. J’espère que tu pardonneras ce maigre repas. Au moins, a-t-il le mérite d'être fort nourrissant.

      La galette virevolta jusqu’à Kath. De sa voix douce, Elyna dit simplement :

      - Prends le temps qu’il te faut. Je crois que tu as une longue histoire à raconter.

      Sur ces mots, la maître Jedi glissa à nouveau la main dans sa sacoche. Elle en sortit une demi-galette, qu’elle se mit à manger délicatement. De son regard bienveillant, elle s’apprêtait à écouter le récit de Kath. S’il était le seul à revenir, elle se doutait qu’il serait loin d’être joyeux. Mais elle était curieuse de le découvrir, car elle savait qu’il apporterait aussi son lot de bonnes nouvelles. Car, dans les heures les plus sombres, il y avait toujours une lumière à laquelle se rattacher. Cette lumière, Elyna la sentait actuellement en elle. C'était l’espoir.

      Spoiler : HRP
      Pete Jeabro
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        #3

        Post n°3
        Auteur : Kath Aplazm

        Aussi loin que porte la vue,
        Il n’y a que le marais et la lande.
        Le chant des oiseaux ne nous réconforte pas,
        Les chênes se dressent pelés et tordus.


        Toujours assis en tailleur, les yeux fermés, Kath s'attendait à entendre une multitude de pas sur le parquet de bois de la Chambre du Conseil. Or il n'entendit qu'un bruissement, subtil et leste, faisant à peine craquer les lattes. Un autre frémissement lui indiqua que, vraisemblablement seule, la personne qui avait pénétré dans la pièce avait refermé la porte avec une grande délicatesse. Il ne reconnaissait pas son aura ; ou plutôt, il n'était pas sûr de la reconnaître. Mais aux premiers mots qu'elle prononça, il sut et ouvrit les paupières, attrapant d'un geste peut-être trop empressé et pas assez digne le morceau de galette qu'Elyna Faràn avait envoyé vers lui.

        Le novice hésita un instant à saluer la Maître Jedi ou à directement se jeter sur ce modeste repas, qui allait constituer sa seule pitance depuis près de vingt-quatre heures. Finalement, au bout d'une demi-minute d'hésitation, il esquissa un salut profond de la tête et engloutit la galette à grandes bouchées goulues. L'aliment n'était pas extraordinaire, il était même très ordinaire. Mais comparé aux racines et cadavres de rats ingurgités ces dernières semaines, il s'agissait d'un met royal. Elyna Faràn sembla ignorer la gloutonnerie de l'Alderaani, elle-même occupée à se sustenter, avec plus de noblesse ceci dit.

        Quand il eut fini son repas, c'est-à-dire moins de deux minutes après l'avoir commencé, Kath poussa un léger râle de contentement. Il calma son estomac bruyant d'une petite tape et épousseta son torse nu des quelques miettes qui y étaient collées. L'esprit clair, il prit encore une petite minute pour ressentir l'atmosphère de la pièce. La présence de Vendar Olorin avait disparu, absorbée par la quiétude et le calme qui entouraient Maître Faràn. Kath ne l'avait rencontré qu'une seule fois auparavant, de même que tous les maîtres du Conseil du reste, mais il avait gardé un souvenir assez clair de sa présente interlocutrice. Sage, douce mais résolue, il ne pouvait s'empêcher d'éprouver un profond respect pour elle et ses paroles. Peut-être était-ce parce qu'elle incarnait bien mieux la figure maternelle que ne le faisait Nass en son temps. Ou peut-être était-ce parce qu'elle correspondait à l'idée romantique que Kath s'était faite des Jedi avant de les rencontrer.
        Quoiqu'il en soit, il fallut bien plus que cette minute de contemplation pour pousser Kath à sortir de son silence. D'une part, il restait impressionné par cette présence charismatique en face de lui. D'autre part, il ne savait pas par où commencer.

        Il commença donc par le commencement. Il raconta à Maître Faràn ses premiers pas au sein du Clan du Dragon sous les instructions du maître gungan Nass. Il lui expliqua comment il était tombé par hasard sur des mercenaires dans la forêt et comment, tentant de leur échapper, il avait accidentellement mis le feu à la forêt sacrée des Naa'Fruu. Il n'omit pas de mentionner la disparition dans les flammes de ce mercenaire, Jarrik, et de quelques jeunes Ewok, ni de décrire la fureur des villageois Naa'Fruu et leur désir de mettre le novice à mort. Il décrit en détail sa capture par les villageois, sa tentative d'évasion avec son camarade kaleesh Uriel, son recrutement forcé dans une croisade contre les ennemis héréditaires des Ewoks.
        Les instants qui suivirent furent alloués à leur périple : comment les vingt compagnons, menés par le maître Nass, traversèrent les marécages et les forêts mystérieuses, comment les novices poursuivirent leur enseignement par bribes entre deux orages, avant d'arriver à la Montagne Noire. Ensuite, comment ils retrouvèrent les corps sans vie des cousins des Naa'Fruu, les Chù, et comment ils pénétrèrent dans les grottes pour retrouver leurs assassins. Comment ils combattirent les Sanyassans pour la première fois, comment l'Ombre du Côté Obscur se manifesta pour la première fois. Et comment Nass sombra dans l'abîme, emporté par la hargne d'un Dragon-Condor.

        Kath dut reprendre son souffle plusieurs fois. Il essayait de donner le plus de détails possibles à maître Faràn afin, peut-être, de l'aider à prendre en compte la complexité de la situation lorsqu'elle aurait à rendre un jugement. Cependant, ses mots se faisaient confus et il prit une nouvelle inspiration avant de continuer.

        - Maître Nass s'est sacrifié pour nous sauver
        , dit-il enfin. Mais dans les grottes, nous avions été séparés du reste du groupe et nous n'étions plus que six...

        Il continua donc son récit, expliquant en tâchant d'être plus concis comment Bareman, Saecha, les Ewoks et lui parvinrent au fleuve Chuurelung hors de la Montagne. Comment il les perdit tous de vue en manquant de se noyer dans le fleuve. Comment un esprit inconnu l'avait sauvé et conduit jusqu'à un village Yuzzums, près du lieu-dit Knalung. Kath eut beaucoup de dificultés à expliquer la suite. Jusque là, son récit avait suivi une progression chronologique assez simple. Mais il ne lui fut pas aisé d'expliquer que son passage chez les Longues-Jambes, qui avait duré plusieurs mois, n'avait pas été tout à fait conscient : il avait passé le plus clair de son temps à ruminer des pensées obscures, avant de comprendre que son apathie était due à l'influence de l'Ombre. Le novice avait fini par s'en écarter grâce à l'aide des chamans Yuzzums et... de quelqu'un d'autre. Kath hésita un instant avant de parler de cette rencontre.

        - Le...la force qui m'a tirée hors du Chuurelung n'était pas... enfin, c'était...c'était un Maître Jedi. Je ne sais pas comment vous l'expliquer, mais il était présent et absent à la fois. Il a continué ma formation, il m'a enseigné le code, il m'a aidé à me relever. Mais je ne suis pas certain qu'il ait vraiment existé.

        Vendar Olorin était-il le fruit de ses nombreuses hallucinations ? Kath avait la conviction qu'il était bien réel. Dans les yeux d'Elyna Faràn, il put apercevoir une étincelle qu'il ne sut comment interpréter. En tout cas, elle souriait doucement.
        Le visage de l'Alderaani se fit plus grave quand il aborda la dernière partie de son récit. Il ne désira pas rentrer dans les détails, par pudeur et aussi parce que ces plaies étaient encore ouvertes dans son coeur. Il raconta donc très brièvement ses retrouvailles avec Bareman, Woopee et Saecha, leur accrochage rapide avec les maraudeurs sanyassans. La mort atroce de Saecha, les tortures encore plus atroces infligées à Bareman après leur capture. Ce qui avait débuté dans les flammes s'était achevé dans les flammes, quand le campement sanyassan avait été réduit en cendres par l'action encore malchanceuse du novice. La fin de l'histoire fut expéditive : il se contenta d'expliquer en quelques mots sa victoire sans gloire sur le chef sanyassan ainsi que le retour du groupe mené par Muyi Tano. Et enfin, son départ vers le Sanctuaire, accompagné du seul Woopee. Ensuite, machinalement, il compta les morts, d'une voix monocorde.

        - Maître Nass a sombré dans la Montagne. Des six de mon groupe, seuls Woopee et moi avons survécu. Bareman, Saecha, Growok et Kolgat sont morts. Quand j'ai retrouvé Muyi Tano et sa troupe, ils m'ont dit que le chef Chitupa avait été tué lui aussi, avec les Ewoks Touk et Killi. Aucune nouvelle d'Uriel...

        Kath ne put éteindre le sanglot qu'il avait dans la voix, mais il ne pleura pas. Il avait tant tourné et retourné ces noms dans sa tête que la mélancolie avait remplacé la tristesse.

        - Je n'en peux plus, maître Faràn. J'ai vu ce que les Sanyassans étaient capables de faire. Ils sont cruels et dangereux. Mais si nous n'avions pas continué notre progression, nous aurions pu sauver beaucoup de vies. Les leurs, les nôtres. Je ne sais même pas pourquoi nous avons commencé cette guerre, mais personne ne va la gagner, j'en suis sûr. Elle ne s'arrêtera que quand un camp aura complètement annihilé l'autre. Et que restera-t-il de celui qui survivra ? Des lambeaux, des morts ? Continuer ce combat, c'est au-dessus de mes forces. On m'a demandé de me joindre à cette expédition pour racheter les vies emportées par mon accident. Et comment ? En emportant d'autres vies ?

        Kath déglutit et prit une profonde inspiration avant de continuer.

        - Quand je vous ai rejoints... quand vous m'avez admis comme novice, maître Faràn, je vous avais dit que j'avais pour désir d'aider. J'ai cherché à devenir un Jedi pour faire quelque chose d'utile de ma vie. Parce que j'ai toujours cru qu'un Jedi défendait les faibles et combattait l'injustice. C'est peut-être naïf, mais c'est comme ça. Mais ce que j'ai fait sur cette lune, ce n'est pas ça. Partout où je suis allé, des gens sont morts ou ont disparu par ma faute.

        Kath se releva, montrant le sabre laser incomplet que lui avait abandonné Vendar Olorin dans le village des Longues-Jambes, qu'il déposa ensuite aux pieds d'Elyna Faràn.

        - Est-ce que c'est ça être un Jedi ? Ou est-ce que j'ai encore tout foiré ? Dans tous les cas, je n'ai aucun droit de porter cette arme. J'ai abandonné Muyi Tano et son groupe parce que je ne veux plus participer à ce massacre inutile. Si c'est ça, la dure formation Jedi, si c'est ça ce qu'on va me demander de faire si je deviens un jour chevalier, alors je préfère redevenir "Kath Astrophe", le pire tourment des beaux quartiers d'Aldera.

        Kath s'inclina humblement. Ses cheveux longs pendaient vers le sol et cachaient ses yeux humides.

        - Je suis revenu pour entendre votre jugement et pour affronter les conséquences de mon échec. Je reconnais donc avoir abandonné mes compagnons face à l'adversité et m'être rendu coupable indirectement de beaucoup de morts. Je voudrais seulement ajouter une chose...

        L'Alderaani avait fait preuve d'une éloquence un peu inhabituelle dans son chef. Mais il ne fallait pas s'y tromper, ses genoux tremblaient et ses poings étaient serrés.

        - ... l'Ordre enseigne qu'il n'y a pas d'émotion, qu'il y a la paix. Pourtant, cette participation à cette "croisade" ne répondait qu'à la soif de vengeance des Ewoks. L'Ordre enseigne qu'il n'y a pas d'ignorance. Pourtant, il a envoyé au combat trois jeunes novices, sans aucune idée du Côté Obscur de la Force ni des dangers auxquels ils allaient faire face. L'Ordre enseigne qu'il n'y a pas de passion. Pourtant, il a prêté ses guerriers pour sauvegarder une amitié chancelante avec les autochtones. L'Ordre enseigne qu'il n'y a pas de chaos. Pourtant, il a cédé la paix pour le feu de la guerre. L'Ordre enseigne qu'il n'y a pas de mort... Racontez ça à Bareman, Nass, Saecha et tous les autres !

        Kath réalisa qu'il s'était un peu emporté. S'agenouillant de nouveau, il s'excusa doucement en tâchant de cacher un hoquet et le tremblement compulsif de tous ses muscles. Le stress et l'adrénaline qui montaient n'étaient en rien calmés par l'aura pourtant apaisante d'Elyna Faràn.

        - ... Pardon, maître. Ce que j'essaie de dire, c'est que j'assume ma responsabilité là-dedans. Toute entière. Mais je ne peux pas m'empêcher de penser que l'Ordre est aussi responsable. C'est sans doute arrogant de ma part, mal placé, orgueilleux... Mais c'est ce que je ressens. Encore désolé.

        Kath s'inclina plus profondément encore. Il avait fini sa longue tirade et son gosier était sec. Chancelant, il se retint au sol d'une main, les yeux posés sur le sabre laser. Maître Olorin l'aurait sans doute grondé pour son impertinence, Nass l'aurait envoyé valser dans une rivière. Et Elyna Faràn ? Le novice attendait à présent les paroles de la Conseillère Jedi avec une angoisse non dissimulée.

        Spoiler : HRP
        Liste récapitulative du devenir des membres de l'expédition:

        Chitupa – Chef des Naa'fruu (leader) --- Tué par les Sanyassans
        Lokee - Chaman des Naa'fruu (magicien, expert en potions médicinales) --- En vie, avec Muyi Tano
        Luuki – Sous-chef des Naa'fruu (leader en second, expert en guerilla forestière) --- En vie, avec Muyi Tano
        Woopee – Guerrier Ewok (troisième leader, expert en infiltration et camouflage) --- En vie, de retour au village Naa'Fruu
        Killi – Guerrier Ewok (expert en combat de corps à corps, lance et dague) --- Tué par les Sanyassans
        Kolgat – Guerrier Ewok (expert en combat à longue portée, arc et sarbacane) --- Tué par les Sanyassans
        Gili – Guerrier Ewok (expert en combat de corps à corps, lance et dague) --- En vie, avec Muyi Tano
        Growok – Guerrier Ewok (expert en combat à longue portée, arc et arbalète) --- Tué par les Sanyassans
        Pikpik – Explorateur Ewok (reconnaissance) --- En vie, avec Muyi Tano
        Wokee – Chef animalier (expert en faune sauvage) --- En vie, avec Muyi Tano
        Touk – Chef cuisinier (expert en flore sauvage) --- Tué par les Sanyassans

        Nass – Maitre Jedi (maître d'armes du Soresu), formateur de Kath et d'Uriel --- Disparu dans les entrailles de la Montagne lors d'un combat avec un Dragon-Condor
        Hotar – Chevalier Jedi, diplomate --- En vie, avec Muyi Tano
        Muyi Tano – Chevalier Jedi, formateur de Saecha Tan, expert en faune sauvage --- En vie, pistant les Sanyassans à l'autre bout de la lune
        Saecha Tan – Novice Jedi, élève de Muyi Tano --- Tuée par les Sanyassans
        Kath Aplazm – Novice Jedi, élève de Nass (PJ)--- En vie, de retour au Sanctuaire Jedi
        Uriel Jai Veelar – Novice Jedi, élève de Nass (PJ) --- Porté disparu après l'épisode de la Montagne Noire

        Bareman – commandant clone (Fusil Blaster DC-15A) --- Tué par les Sanyassans
        Snipeur – sergent clone (Fusil Blaster DLT-20A) --- En vie, avec Muyi Tano
        Cody – sergent clone (Fusil Blaster DC-15A) --- En vie, avec Muyi Tano
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          Auteur : Super PNJ

          - Tu as raison, Novice Aplazm.

          La voix de la maître Jedi vint se répercuter sur les parois de la pièce. Confortablement assise dans son fauteuil, Elyna Faràn n’avait pas bougé d’un millimètre. Elle s’était contentée de prononcer cette phrase, comme le verdict libérateur d’une épopée sans fin ; comme la sentence qui venait achever un périple interminable, à la fois harassant et mortel. Est-ce que ces mots avaient été prononcés dans une optique de réconfort ? Absolument pas. Ils venaient ponctuer les propos du jeune homme, prolonger leur pensée, étendre leur portée. En les formulant, Elyna Faràn accueillait par la même occasion les lourds enseignements -à chaud- du récit du novice. Et, comme il le suggérait, elle prenait sa part de responsabilité dans les événements récents.

          Ainsi donc, Maître Nass avait péri. Ses pires craintes se voyaient confirmées. Des neuf personnes envoyées par l’Ordre Jedi, seule une était revenue. Trois d’entre elles étaient assurément mortes : Maître Nasss, la padawan Saecha et le vétéran Bareman. Tous les autres étaient portés disparu. Kath Aplazm avait effectivement de quoi être bouleversé. Surtout après tout ce qu’il venait de traverser. Car il revenait d’une des épreuves les plus douloureuses qu’un Jedi puisse subir : la perte des siens. Alors, autant dire que son trouble ne pouvait qu’être plus grand en tant que novice. Elyna Faràn comprenait pleinement l’amertume partagée par Kath. Elle aussi avait traversé des épreuves similaires, un nombre incalculable de fois. Comment pouvait-elle le réconforter ? Elle n’était absolument pas la bonne personne pour cela. Car, si en restant Jedi, Kath espérait ne plus avoir à endurer pareilles épreuves, il se trompait éperdument. La vie de Jedi consistait bel et bien à essuyer les assauts les plus sombres du Côté Obscur pour pouvoir en préserver les autres. Mais c’était aussi le rôle d’Elyna, en tant que maître et membre du conseil, de faire en sorte que les novices soient préservés. Il était vrai que le Conseil avait peut-être bien commis une erreur, ce jour où il avait accepté de laisser partir Nass et sa troupe aux côtés des Ewoks.

          Mais une lueur d’espoir étincelait dans le récit macabre de Kath Aplazm. Elyna Faràn ne pouvait que se fier à son instinct mais, en écoutant attentivement le novice, elle était parvenue à déceler certains signes positifs. La mention à Vendar Olorin en était le plus fort. Phyl Reez et les deux novices qui l’avaient accompagné dans la Montagne Noir avaient été catégoriques : l’illustre maître avait sombré dans un nexus de Force, sous la main traitre du chevalier Sam Skawalker. Il était difficile de savoir ce qu’il était advenu de lui par la suite. Ce jour-là, le dénommé Barbe-Blanche, avait rejoint la longue liste des Jedi disparus, dont l’ordre ignorait précisément la situation : mort, ou vif ? Le récit de Kath Aplazm laissait donc présager que Maître Olorin se trouvait quelque part entre les deux. Un symbole d’espoir porté par la Force, qui avait de quoi ragaillardir le coeur meurtri d’Elyna Faràn.


          - Ce à quoi tu as fait face, ce sont là les méfaits du Côté Obscur, sous sa forme la plus visible. Il répand la peur et la haine dans le coeur des plus fragiles, il exacerbe les craintes des uns et intensifie la colère des autres. Il sème le chaos, la tyrannie et la destruction. Tu as pu en être témoin toi-même : le Côté Obscur a une forte emprise sur Endor.

          De ses paroles mesurées, la maître Jedi réagissait enfin aux propos de Kath. Tout le long, elle l’avait laissé parler, se refusant de l’interrompre. Patiemment, elle avait écouté chaque détail du récit, à commencer par ce dont elle avait déjà entendu parler : son entraînement auprès de Maître Nass et les infortunés événements que le novice avait causé. Désormais, elle tenait à réagir aux interrogations du jeune homme :

          - Nous sommes les chevaliers Jedi. Notre rôle est de combattre le Côté Obscur, partout où il se trouve. Et pour y parvenir, comme tu le soulignes si justement, nous devons choisir nos combats. Nous devons faire preuve de discernement, écouter ce que nous dit notre coeur et agir en conséquence.

          Elyna Faràn laissa échaper un soupir las avant de reprendre.

          - Mais cela devient difficile en ces temps, alors que le Côté Obscur gagne du terrain sur cette lune. Avons-nous fait une erreur, nous, le Conseil Jedi, en vous envoyant dans cette croisade périlleuse ? Oui, je l’admets. À la lumière de ce que tu contes en ce jour, il semble que nous... que tes compagnons et toi ayez payé un lourd tribu.

          Par délicatesse, la maître Jedi avait souhaité se reprendre. Même si elle partageait la peine du novice, elle l’imaginait difficilement comprendre cela. Il était encore en état de choc face à ce qu’il venait de traverser, aussi préférait-elle le ménager :

          - Cependant, il s’agit-là d’une bataille que nous devons mener. Nous ne soutenons pas les Ewoks car ils crient vengeance. Nous les aidons car ils sont opprimés par le Côté Obscur. Nous les aidons car ils font partie de l’équilibre de cette planète. Vois-tu, sans la protection que nous leur accordons du mieux que nous pouvons, le village des Naa’fru aurait été balayé. Vendar, Nass, ... Les sacrifices que nous avons concédés dans la Montagne Noire nous ont permis d’acheter du temps : d’affaiblir l’expansion du Côté Obscur. Ce que tu fais ici, sur cette lune, et aussi horrible que cela paraisse, consiste bel et bien à protéger les plus faibles.

          Le regard transperçant d’Elyna Faràn était braqué sur les yeux fatigués de Kath. Elle faisait preuve d’une lucidité farouche. Derrière son masque d’une neutralité douce, ses pupilles laissaient paraître une légère incandescence, qui montrait la conviction de ses propos. Lentement, dans une sérénité déroutante, elle se leva et s’approcha du novice meurtri. Un léger sourire, passablement peiné, vint orner le coin de ses lèvres. Elle n’avait pas besoin de parler pour montrer au jeune homme qu’elle partageait sa peine. Dans le même mouvement calme, elle fit quelques pas afin de se rapprocher du centre de la pièce, afin de se rapprocher de Kath. Toujours aussi doucement, elle posa sa main sous le menton du jeune homme, pour l’aider à se redresser. Une fois leurs deux visages au même niveau, Elyna Faràn fixa le novice droit dans les yeux. Ce dernier attendait toujours sa réponse. Mais ce ne fut pas la maître Jedi qui rétorqua à la tirade désespérée de Kath :

          - La facilité, les Jedi, ne connaissent pas.

          Sans un bruit, la porte de la salle c’était ouverte. Sur son pas se trouvait une petite silhouette rabougrie qui, dans le bruit caractéristique de sa canne en bois foulant le sol de la pièce, s’approcha d’une démarche claudiquante. Très lentement, mais dans une énergie que l’on ne devinerait pas au premier abord, Maître Yuda fit son entrée dans la chambre du conseil. Dans un silence surprenant, il continua d’avancer jusqu’à atteindre son siège, sous le regard de Maître Faràn. Ensuite, il entreprit de s’installer -il du s’y prendre à deux reprises avant d’être confortablement assis sur son siège. Une fois certain d’être prêt à poursuivre, il posa de nouveau ses yeux sur le jeune novice.

          - Tourmentée est, la vie des Jedi.

          Les yeux du maître Jedi semblaient fixer Kath avec un certain grain de folie, comme s’il expliquait pour la centième fois quelque chose qui devait relever de l’évidence.

          - Le Côté Obscur, tu as affronté. Le Côté Obscur, tu affronteras encore, Kath Aplazm. Et dans ton combat, la Force sera ton allié. Car avec elle : voir ce que tu ne vois pas, tu pourras. Entendre l’inintelligible, tu pourras. Croire l’invraisemblable, tu pourras.

          Le regard de Maître Yuda s’élevait alors qu’il énumérait les avantages de la Force. L’espace d’un instant, il sembla se perdre dans ses pensées. Elyna Faràn se permit d’ajouter :

          - Kath, tu reviens effectivement d’une épreuve douloureuse et difficile. Nous déplorons tous la mort de Maître Nass, de Saecha et de Bareman. Mais nous devons les accepter. C’est le seul moyen de faire en sorte qu’elles ne soit pas vaine.

          Derrière elle, Maître Yuda reprit :

          - Au coeur de la Montagne Noire, le combat ultime n’est pas. En tout endroit il nous faut le mener.

          Un nouveau silence. Elyna Faràn dévisagea à nouveau Kath, avant de traduire en un murmure la pensée énigmatique du vieux sage :

          - ... dans nos coeurs.

          Elle marqua une pause, le temps de laisser à Kath la capacité à ingérer ce précieux enseignement. Puis elle toucha la poitrine du jeune homme. Était-ce un tour de la Force, où avait-elle réllement prodigué une chaleur apaisante dans son corps ? En même temps, elle expliqua :

          - C’est là que se déchainent nos passions. C’est aussi là que se manifeste notre intuition. La méditation est ce qui nous aide à faire le vide, à apaiser nos émotions, à nous ouvrir à la Force et à nous guider. Le combat contre le Côté Obscur se joue ici, en chacun de nous. C’est en étant vigilants, c’est en étant assidus, que nous parviendrons à surmonter des épreuves comme celles que tu as vécues ces derniers mois.


          - Alors apaisée, la vie du Jedi, devient, compléta Maître Yuda.

          Sur ces paroles, Elyna Faràn retourna s’asseoir à la place qui lui était due. Sur un ton légèrement plus sérieux -avec peut-être moins de passion- elle ajouta :

          - Nous vous avons envoyés là-bas pour soutenir les Ewoks, en effet. Mais, surtout, pour endiguer la menace grandissante du Côté Obscur. Car il ne s’agit pas seulement d’en venir à bout. Il s’agit également de former les Naafrus pour qu’ils puissent y faire face seuls. Les Jedi n’ont pas toujours vécu sur Endor et nous ne sommes là que depuis peu de temps. Si vous avez été trois novices à avoir fait partie de cette expédition, c’est bien parce que le conseil avait confiance en vous. Comme l’a laissé entendre Maître Yuda à l’instant, certains enseignements ne peuvent se faire dans l’enceinte du Sanctuaire. La vie de Jedi est rude, Kath. Parfois, elle peut paraître cruelle. C’est dans ce genre de circonstances que la Force peut te guider.

          Nul doute qu’Elyna Faràn faisait allusion au malheureux sort des compagnons d’infortunes de Kath. Saecha avait péri et Uriel était porté disparu, comme l’ensemble des Jedi partis dans cette expédition. La situation était déplorable à première vue. Le temps, et la Force, diraient si elle était vouée à s’améliorer.

          - Quant aux doutes que tu émets sur tes agissements, reprit Elyna sur un tout autre ton, tu n’as pas à t’en vouloir. Tu as agis en faisant ce que te disait ton coeur, en faisant ce que te disais la Force. Là où tu penses avoir échoué, je t’invite à t’ouvrir à la Force. Tu verras que les plus grands succès sont parfois ceux que l’on distingue le moins aisément.

          Décidément, la maître Jedi n’en finissait pas de dévisager Kath. Une nouvelle fois, elle l’observa, avant de poser une question, dont-elle prit soin de détâcher chacun des mots, comme pour en vérifier la justesse :

          - Es-tu un chevalier Jedi ?

          C’était une question rhétorique, qu’elle posait sans réellement attendre de réponse. Par-là, elle voulait attirer l’attention du jeune novice ; elle voulait le mener à s’interroger sur ses propres paroles.

          - Toi seul le sais, finit-elle par lâcher sur un air désinvolte. Le fait que tu te présentes aujourd’hui face à nous en dit long sur ton lien à la Force -qui existe bel et bien- et sur ta droiture -qui, elle aussi, existe bel et bien, Kath. En revanche, toi seul peux nous dire si tu souhaites rester parmi nous, avec les conséquences que cela suggère, avec les... défauts, les failles, qui nous caractérisent. Toi seul peut nous dire si tu désires être un chevalier Jedi.

          Une nouvelle fois, le regard de Maître Faràn s’était plongé dans celui de Kath. Son visage était toujours aussi neutre et son air sérieux. Elle avait adopté un ton grave qui, pour autant, n’avait pas effacé sa bienveillance habituelle. Mais une chose était certaine : Kath faisait-là face à un choix déterminant.

          Spoiler : HRP
          Pete Jeabro
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            Post n°5
            Auteur : Kath Aplazm

            Kath prit un instant pour digérer ses propres paroles. Il n'avait pas l'esprit suffisamment clair pour se rendre compte de la portée de ses mots : ne venait-il pas de réprimander le Conseil, en la personne d'une de ses membres les plus respectables ? A sa grande surprise, Elyna Faràn acquiesça et lui donna raison. Mais les remontrances auxquelles s'attendait Kath ne tardèrent pas ; les mots doux de la Maître Jedi renfermaient sagesse et enseignements, mais aussi un certain lots de reproches dissimulés et sans doute dirigés vers tous les Jedi. Le novice alderaani avait été influencé par le Côté Obscur de la Force, dont il avait appris l'existence, mais il n'avait pas été le seul. Des Sanyassans à Muyi Tano, une part d'obscurité avait pénétré tous les cœurs ces derniers mois, encourageant le chaos, la destruction et la mort.

            Malgré les pincettes que prenait manifestement la Conseillère Jedi et le soin délicat apporté à la construction de ses phrases, Kath ne put s'empêcher de ressentir une pointe d'amertume lorsqu'elle apporta une justification au périple que le novice et ses défunts amis avaient entrepris. Toute cette destruction faisait donc partie d'un plan plus large pour affaiblir le Côté Obscur... la belle affaire. Kath avait l'impression que les ténèbres avaient surtout appelé les ténèbres et que l'Ordre avait juste cédé à une escalade de la violence, mais il se garda bien de le faire remarquer à Elyna Faràn. Qu'importait son avis là-dessus de toute façon ?

            Les mots de son interlocutrice eurent au moins le mérite de le réconforter sur un point : Vendar Olorin était bien réel. Sans qu'elle ne le situât précisément, Kath comprit qu'il avait du s'agir d'un membre très respecté du Sanctuaire qui avait connu un sort similaire à celui de maître Nass lors d'une expédition précédente. Depuis combien de temps cette guerre durait-elle ? Un instant, Kath se demanda s'il n'aurait pas mieux fait d'achever le Sanyassan Thra et d'intimer aux hommes de Muyi Tano de finir le travail. Mais son cœur lui criait que cela n'aurait fait qu'étendre un peu plus l'influence du Côté Obscur. Il avait beau tourner et retourner le problème dans sa tête, il ne voyait que la paix et l'apaisement comme unique voie de sortie de cette crise... mais cet espoir était mince, si pas impossible. Ils étaient allés trop loin, il était sans doute trop tard.

            Kath se mordit la lèvre de frustration. Il n'osa pas exprimer ouvertement son désaccord avec la Maître Jedi mais son visage fermé et ses yeux fiévreux ne cachaient aucun de ses sentiments. Elyna Faràn dut se rendre compte du conflit intérieur qui animait le jeune homme car elle s'approcha lentement de lui et le poussa à se relever d'un geste aussi doux et leste que les précédents. Déglutissant maladroitement, Kath s'exécuta, un instant apaisé par ce geste tendre, presque maternel. A force d'avoir côtoyé Nass, il en avait presque oublié que les Jedi étaient décrits dans la galaxie comme des êtres de paix, évoluant en harmonie avec leurs pairs et leur environnement. La présence rassurante de Faràn le ramenait à ses premières lectures et l'aidait à progressivement reprendre contenance.

            Il se retourna au son sourd d'une voix derrière lui. Un sourire mécanique se dessina sur les lèvres du novice à l'approche de maître Yuda. Le petit être vert dégageait à la fois une impression de faiblesse extrême --probablement due à son âge avancé-- et une aura puissante et réconfortante. Entre ces deux figures, l'Alderaani ne pouvait pas être mieux entouré. Se redressant et inclinant légèrement la tête en guise de salut au vieux maître, Kath sentit ses muscles se détendre peu à peu.

            Dans les mots de Yuda se cachaient les maximes de Vendar Olorin. Ces mises en garde, ces conseils, il les avait déjà entendus. Cela ne faisait pas de mal d'encore s'en imprégner. Kath était de ces jeunes gens à qui il faut rabâcher sans cesse les mêmes leçons pour obtenir un résultat, après tout. De concert, Maîtres Yuda et Faràn évoquèrent le Côté Obscur et la lutte intérieure que doivent mener les Jedi.
            Kath les fixa tour à tour. Une ride, une intonation dans la voix, un éclat dans le regard,... tout en eux lui rappelait Olorin et Nass. Il ne comprenait pas encore très bien ce qu'il devait comprendre, mais il avait maintenant la sensation que tous les maîtres se ressemblaient, malgré leurs différences. Philosophes, ils faisaient preuve d'empathie et de compassion, sans faux sentiment mais également mais sans verser dans le pathos. Son désaccord avec leurs conclusions ne l'avait toujours pas quitté, mais il se doutait maintenant que cela arriverait un jour.

            Elyna Faràn s'approcha et posa ses doigts agiles sur le torse nu du jeune novice. Un instant, l'Alderaani sentit un feu nouveau animer ses membres. Ses tempes se crispèrent. La Force résonnait dans son esprit. Son flot indistinct lui parlait ; il avait du mal à l'écouter mais les bribes qu'il captait lui rappelaient des souvenirs heureux issus d'un passé plus lointains. Les paroles de la Maître Jedi se mêlèrent à ce flux d'impressions. La méditation, les émotions, la paix. Il les concevaient bien ici, dans ce lieu hors du temps et des souffrances du quotidien. Mais dans le monde cruel, aurait-il le loisir de polir l'harmonie de ses sentiments ? Rien n'était moins sûr.

            Kath ferma les yeux un instant. Des mois auparavant, maître Faràn lui avait accordé sa confiance en ces lieux. Il était sans doute temps de la lui rendre, de suspendre son incrédulité et d'accorder quelque crédit aux enseignements Jedi. A ce stade, cela ne lui coûtait plus grande chose. Et il avait la conviction que c'était la bonne chose à faire.
            Il but les paroles des maîtres pendant les minutes qui suivirent, détachant chaque syllabes mentalement pour retenir ces tirades. Plus tard, quand il serait reposé, il les analyserait encore et encore.


            - Es-tu un chevalier Jedi ?

            La question interloqua Kath, qui resta coi. Avant même d'avoir rencontré les Jedi, il s'était déjà présenté comme le chevalier Kath Aplazm, volant au secours de la veuve et de l'orphelin. Il avait même usurpé l'identité du Grand Maître Rylen Korr auparavant. Et pourtant, il ne s'était jamais senti aussi peu légitime de porter le titre de chevalier Jedi, lui, le novice raté.

            Il devait choisir sa voie. Etait-il un Jedi ? Non, sans doute pas. Un Jedi n'abandonnait pas ses camarades face à l'adversité. Un Jedi n'oubliait pas ses enseignements face au premier ennemi venu. Un Jedi ne mentait pas à tort et à travers pour sauver sa peau. Et pourtant... s'il n'était pas un Jedi, qu'était-il ? Que signifiaient les morts de Saecha, Nass ou Bareman, en effet ? Comme l'avait dit maître Faràn, leur disparition était un fait, et ne pas l'accepter revenait à les rendre vaines. Plutôt que de la tristesse, il pouvait ressentir de la reconnaissance : il n'aurait jamais été là à larmoyer sans le sacrifice de ses compagnons. Tout ceci était un enseignement qu'il devait emporter et qui l'aiderait à grandir à l'avenir, aussi douloureux qu'il soit. En tant que Jedi ? Kath en doutait encore. Peut-être n'était-ce pas sa destinée, mais c'était la seule voie qu'il entrevoyait pour ne pas salir la mémoires de ses camarades. Ils n'avaient pas seulement donné leur vie pour le sauver, ils l'avaient aussi fait pour l'Ordre. Il leur devait bien de respecter ça.

            - Ce que je désire n'a pas d'importance, dit-il lentement, détachant les mots comme il réfléchissait à sa réponse. J'ai une dette envers ceux qui sont tombés, et je ne l'oublierai pas. Si je peux continuer leur œuvre, j'espère leur rendre hommage.

            Il s'interrompit un instant, soutenant le regard grave d'Elyna Faràn.

            - Je crois que la Force a quelque chose à me montrer et à m'apprendre, plus que jamais. Ce n'est pas le hasard qui m'a guidé ici dès le départ. Je ne l'admettais pas auparavant, je m'en rends compte, mais je suis prêt à l'accepter maintenant.

            Il inspira profondément.

            - Je veux être honnête avec vous : je ne sais pas si ma destinée est d'être un chevalier Jedi. Mais en écoutant la Force et avec votre enseignement, j'espère pouvoir le découvrir un jour. Je dois encore ouvrir les yeux sur de nombreuses choses. Alors... si vous le voulez bien, je demande à continuer ma route au sein de l'Ordre. Avec mes défauts et mes failles, mais aussi avec la promesse de me plier à la discipline, à la rigueur et à l'ouverture d'esprit que requiert ce chemin.

            Un jour peut-être, Kath serait un chevalier Jedi. En attendant, il était juste Kath Aplazm, conscient de son inexpérience, de ses faiblesses et de ses manquements. S'il doutait encore de la justesse des paroles des Maîtres, il voulait leur accorder une chance et tenter de les comprendre. Après tout, il le devait à ses compagnons, à lui-même, à Vendar Olorin. Son cœur était empli de doutes et de craintes, mais une lueur brillait en lui et écrasait les ombres. L'espoir d'être meilleur demain et d'enfin trouver sa voie.

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              Auteur : Super PNJ

              Au fur et à mesure des échanges, d’autres membres du Conseil Jedi avaient pris place. Par respect envers les personnes déjà présentes, ils avaient préféré rester en retrait, sur le pas de la porte. Tous devaient faire l’effort de prendre la conversation en route, mais nul ne se permit d’interrompre la conversation. Chacun d’entre eux savait que le temps du débat viendrait par la suite. L’instant présent était trop important pour être gâché par des questions inopportunes. Le peu d’éléments mis à la disposition des retardataires suffisait à leur faire comprendre le sérieux de la situation : on avait des nouvelles de l’expédition de la Montagne Noire. Et, au vu de l’accoutrement de Kath -et, surtout, de sa présence solitaire- les choses ne s’étaient pas vraiment passées comme prévues. Ce constat pouvait également être fait en observant l’air affligé du jeune homme et le ton grave d’Elyna Faràn -Maître Yuda, quant à lui, affichait toujours la même expression impénétrable.

              Parmi les nouveaux venus se trouvait Phyl Reez. Peut-être lui, plus que quiconque, désirait savoir ce qu’il en était. Après tout, il avait fait partie de la première expédition envoyée dans la Montagne Noire. Il avait même été parmi les instigateurs, aux côtés de Vendar Olorin. Il avait suivi son vieil ami -son frère- jusque dans les ténèbres de la Montagne Noire, afin d’y repousser la menace du Côté Obscur. Là-bas, il avait connu l’horreur de ce lieu et avait vu périr, impuissant, l’illustre maître Jedi. Un voyage qui ne l’avait pas laissé sans séquelles. Même si ce fait d’arme -vaincre un esprit du Côté Obscur et assurer la survie des autres membres du groupe- lui avait valu d’accéder aux sièges du Conseil, il en conservait toujours une profonde amertume. Bien sûr, il y faisait face avec une grande philosophie -son sang froid était souvent salué par ses pairs- mais il n’était pas encore parvenu à en tirer les leçons qui s’imposaient. En un sens, il partageait la douleur de Kath, autant qu’il la comprenait. Il savait ce que l'on ressentait en foulant pour la première fois le sol bafoué de la Montagne Noire, il était familier de l’inquiétude que l’on ressentait alors que l’on parcourait ses tunnels obscurs, il connaissait le désespoir que l’on éprouvait à la perte de ses compagnons de route. La Force l’avait soumis à une épreuve difficile. Elle y avait soumis Kath, mais aussi l’ensemble des Jedi. Car Phyl Reez n’oublierait jamais les atermoiements d’Elyna Faràn, lorsque celle-ci était venue secourir les Jedi à leur sortie de la Montagne Noire. L’heure était grave et l’avenir trouble.

              Aussi écoutait-il la conversation avec un grand intérêt. Malheureusement pour lui, il avait raté toutes les mentions faites à Vendar Olorin, mais son regard affuté avait immédiatement repéré l’arme posée aux pieds d’Elyna. Il l’avait suffisamment vue pour la reconnaître sur-le-champ. Nul doute que le compte-rendu de Kath Aplazm devait être riche en informations. Des éléments qu’il ne tarderait pas à découvrir, dès lors que le Conseil discutera à huis clos de ce qu’avaient bien pu apprendre Elyna Faràn et Maître Yuda.


              - Ta vertu est admirable, rebondit Elyna Faràn, et ta dévotion, encore plus. Attention cependant à ne pas demeurer sourd à ce que te dit ton coeur. Délaissé, il peut te guider dans la mauvaise direction.

              Elle marqua une pause, avant de reprendre :

              - Il n’est pas toujours évident de comprendre les messages de la Force. La méditation, le temps et la patience t’y aideront. Parfois, il faut toute une vie pour comprendre ce que d’autres comprennent en un instant. Parfois, il suffit d’un rien pour comprendre ce que d’autres recherchent depuis des millénaires.

              Elyna Faràn jeta un regard à destination de ses acolytes. D’un léger mouvement de tête, elle les invita à se joindre à Maître Yuda et elle. Bientôt, l’ensemble des maîtres était installé, formant autour de Kath l’arc-de-cercle caractéristique du conseil Jedi. Seul un siège était vacant : celui d’Albus Fellwud. Sa disparition étant encore récente, il n’avait toujours pas été remplacé. Elyna Faràn contempla une nouvelle fois Kath et dit, sur un ton solennel :

              - Novice Aplazm, tu es ici chez toi. Le Sanctuaire est ton foyer. Pour l’heure, il est temps pour toi de te reposer. Profite des prochaines semaines pour te réapproprier ce lieu et ton lien à la Force. Tu es ici en sécurité.

              Personne n’avait rien à ajouter. Car, tous connaissaient le seul remède capable de panser les plaies de Kath. C’était le temps. Le temps de digérer les récents événements, le temps de faire le deuil des compagnons perdus, le temps de s’interroger sur son avenir dans l’Ordre Jedi, le temps d’assimiler certains préceptes de la Force. Le temps : cet allié qui nous faisait souvent défaut, dont on manquait régulièrement et qui arrivait toujours tardivement. D’un regard empli de compassion, Elyna dévisagea une dernière fois le novice.

              Spoiler : HRP
              Pete Jeabro

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                Le Chroniqueur
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                #7

                Post n°7
                Auteur : Kath Aplazm

                Kath ne sursuata pas quand il sentit se poser sur son dos nu plusieurs paires d'yeux. A l'instar de maître Yuda, les autres habitués de la Chambre du Conseil avaient rejoint tout à tour le cénacle, silencieux. L'Alderaani se contenta d'une grimace gênée et d'un salut poli en les regardant du coin de l’œil. Il ne les connaissait que de vue et quoique leur sagesse et leur savoir dussent être aussi si grands que ceux de maître Faràn, Kath se sentait gêné en leur présence. Un siège restait vide ; Kath haussa les épaules. Un maître Jedi, fut-il Conseiller, avait aussi le droit à aller aux toilettes. Cette pensée lui arracha un sourire que la mine grave des maîtres effaça immédiatement.

                Il se concentrait sur les paroles d'Elyna Faràn, toujours sages, toujours justes. Il y avait tant de choses qu'il ne comprenait pas, mais cela faisait partie de son apprentissage, disait-elle sans le dire. Et tout ceci était un processus on-ne-peut-plus normal. L'impression que la Maître Jedi lui faisait, l'assurance de ne pas être un paria après ce qu'il avait vécu, rassuraient le jeune homme. Ses doutes étaient toujours présents, mais le Conseil tout entier semblait en accord avec les paroles de la sage Jedi : on lui laisserait le temps de les dissiper, dans le calme et la méditation. C'était ce à quoi il aspirait pour l'instant, et cette seule autorisation lui convenait.

                Les épaules tendues de Kath se relâchèrent un peu. Debout, il serra entre ses mains le sabre défectueux trouvé chez les Yuzzums. Il ne savait pas vraiment pourquoi il s'accorchait à cet objet. Le découvrir serait bientôt sa nouvelle quête. Plongé dans ses pensées, il ne prêta pas attention aux quelques yeux posés sur lui et son arme inoffensive. L'Alderaani s'était fait à l'idée que l'esprit des maîtres était insondable et qu'il valait mieux se concentrer sur leurs mots. Ils l'accueillaient de nouveau au Sanctuaire, voilà ce qui importait. Rien de plus.

                L'estomac et la gorge de Kath se nouèrent, de faim et d'appréhension. Il regarda, par terre, les miettes de la galette que Maître Faràn lui avait offerte. La cantina serait sans doute sa prochaine étape. Il regarda, ensuite, l'ensemble du Conseil. Il se l'était toujours imaginé dur, tranchant, garant de la formation "la plus dure de la galaxie" selon les propres mots de Nass. La compassion qu'il voyait devant lui tranchait avec cette image spartiate. Mais cela ne le réjouit pas. Peut-être aimait-il détester ses maîtres, après tout. Il était plus facile de ne pas avoir de remords. Mais s'il les respectait... la pression sur ses épaules était tout autre. Kath déglutit.


                - Merci, merci pour tout.

                Le novice voulut ajouter quelque chose. Rien ne lui vint. Il avait des questions, des pensées troubles, mais rien qu'il ne put évoquer sans bégayer et trembler. Après une profonde inspiration, il se courba pour saluer solennellement les maîtres rassemblés autour de lui. Puis il tourna les talons et quitta la pièce. Refermant la porte derrière lui, il sentit le vent lui caresser la peau et balayer ses cheveux. Il était doux, printanier.


                - Eh bien, eh bien. Que la Force soit avec moi. Y va y avoir du boulot.

                Les mains sur les hanches, il souffla, puis éclata d'un rire silencieux, nerveux, comme si une pression invisible s'échappait de chacun de ses muscles. Son ventre gargouilla. Il savait ce qui lui restait à faire.

                La suite...

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