Bienvenue sur SWRPG !

Créé en septembre 2006, ce RPG situé dans l'univers Star Wars a démarré à l'aube de la Guerre des Clones. Nous avons cependant pris une trajectoire bien différente de celle de la saga. 18 ans plus tard, nous voilà dans un univers parallèle aux films de George Lucas, un univers unique dans lequel nos propres personnages ont eu (et auront) un impact sur sa destinée.

Contexte: Il n'y a pas si longtemps que ça, dans une galaxie lointaine, très lointaine... L'Ancienne République influençait les quatre coins de la Galaxie, guidée et protégée par les légendaires Chevaliers Jedi, gardiens de la paix et de la justice. De nombreuses années plus tard, on dénombre de nombreux régimes successifs, mais aucun n'a réussi à s'imposer durablement. Empire Démocrate... Empire Sith... Voilà que les différents chemins empruntés nous ramènent donc à une République Fédérale, sans que l'on soit assuré qu'elle parvienne à durer dans le temps. Une République Fédérale qui décide de miser sur la nouvelle Garde Républicaine, vouée à remplacer un Ordre Jedi dont on refuse le dogme si particulier.

Pendant ce temps, Sith, Séparatistes et Chasseurs de Primes ont su se préserver à différentes échelles de l'échec de l'Ancienne République. Tandis que l'Ordre Sith a connu récemment sa fin sur Cathar, laissant la place à différents cultes bien moins influents mais tout aussi dangereux, les Chasseurs de la Guilde de Dantooine n'ont jamais été aussi nombreux, parcourant les mondes à la recherche de primes qui en valent le coup. La Confédération des Systèmes Indépendants, elle, résiste aux fluctuations du temps et se préserve des menaces extérieures en n'hésitant pas à agir lorsqu'il le faut, comme l'en atteste son intervention musclée sur Cathar. La même Cathar qui avait accepté d'accueillir les Vestiges de l'Empire suite à la scission de l'Empire Sith, et qui aujourd'hui se retrouve sous la tutelle des Séparatistes.

Les temps sont sombres, le ciel annonce de mauvais présages comme c'est le cas à chaque nouvelle ère. Les relations entre les grandes puissances ne sont pas au beau fixe, les Sith sont de nouveaux reclus dans l'ombre -là où ils sont les plus menaçants- et les Jedi se terrent sur Endor, bien décidés à ne pas dévoiler leur présence à ceux qui leur sont hostiles et bien décidés à s'en tenir à leur but éternel : l'étude de la Force.

Jamais une ère de SWRPG n'aura été si indécise et pourtant, il y aura toujours quelqu'un pour bouleverser l’échiquier galactique. Comme ce fut le cas ces huit dernières années. Peut-être que tu seras cette personne, qui sait? Notre Galaxie t'attend !

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    Le ChroniqueurL Hors-ligne
    Le Chroniqueur
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    #8

    Post n°8
    Auteur : Hivernus

    Hommes, femmes, vieillards et même gamins. Ils sont nombreux à faire la queue devant le sergent Slaryn. Et malgré les différences d'âge, d'espèce ou même de sexe, ils désirent tous la même chose : S'engager dans l'armée impériale. Cela pourrait surprendre à première vue. Mais quand on meurt de faim et qu'on a pour seul repas un rat crevé qui doit tenir toute une semaine dans un estomac déjà bien vide, il est difficile d'envisager d'autres solutions que l'armée. A ce qu'il paraît, ceux qui rejoignent le Chiss et ses hommes sont relativement bien nourris. Au moins deux repas par jour. Bon, la plupart du temps, il s'agit de boîtes de conserve et de rations militaires. Rien d'appétissant. Mais quand on a le ventre qui gronde et qui digère dans le vide, on ne se pose pas vraiment la question. On fonce vers l'opportunité. Slaryn dévisage ceux qui se pointent devant lui, leur pose deux ou trois questions et les affecte à un service bien particulier. Jouer les recruteurs, ça ne l'enchante guère, mais quand on est en guerre, on doit parfois prendre le temps de trouver de nouvelles troupes. Après tout, nombre de blessés sont perdus pour les batailles suivantes, et l'on ne pourrait pas compter sur les morts non plus.
    Et contrairement à ce que l'on pourrait croire, toutes ces recrues n'iront pas forcément à l'abattoir en tant que chair à canon. Une armée a besoin de bien plus que des soldats pour être opérationnelle. Il faut en outre des cuisiniers, des intendants, des cordonniers, des couturiers, des brancardiers, pourquoi pas du personnel soignant aussi... Enfin tout ce qui peut être utile sur un champ de bataille. Après tout, si un soldat a besoin de nouvelles chaussures ou bottes, ou s'il demande à ce que ses habits soient raccommodés afin d'être plus chauds, il faut bien des gens derrière pour s'assurer qu'il aura un minimum de confort au front. Bien sûr, certains ne s'encombrent pas avec ça et vont dépouiller les cadavres des ennemis dès qu'ils en ont l'occasion. Mais dans les faits, c'est toujours plus agréable de pouvoir compter sur quelqu'un à l'arrière. Et puis ça permet aux hommes d'échanger avec d'autres gens, de garder le moral d'une certaine façon. En outre, chacun est libre de contribuer à l'effort de guerre à sa manière... A l'instar de ce gosse musicien recruté quelques jours plus tôt, qui amuse les combattants et leur donne du courage quand ils en ont bien besoin.

    Le regard du commando impérial se braque sur un duo particulièrement atypique : Un humain visiblement sans langue et un Duros borgne. A en juger leur dégaine et leur attitude, ils ont l'air d'être des criminels ou des esclaves en cavale. Peut-être de ceux que l'escouade Griffe du Loup a eu à faire s'évader pour provoquer le chaos dans la base. Le sergent Slaryn ne se rappelle pas des visages de tous ceux qu'il a aidé à libérer. Dans le feu de l'action, on ne pense pas forcément à regarder dans les moindres détails ceux que l'on est amené à côtoyer le temps d'un instant. Surtout quand on se fait tirer dessus ! Et dans tous les cas, il en a probablement libéré moins que les gars de l'escouade Griffe du Loup, lui qui était rattaché à la protection du commandant encore lieutenant à ce moment là. Enfin cela n'a plus vraiment d'importance. Ils cherchent sûrement à se racheter. Du moins faut espérer. Dans le cas contraire, on s'assurerait de leur faire goûter la discipline impériale. Le sergent jette un coup d'oeil à au blaster qui pend dans son holster de jambe, puis adresse un regard entendu aux trois soldats qui l'accompagnent. Si l'un de ces deux vauriens cherche à faire le malin, on se chargerait de le remettre à sa place à grand renfort de coups de crosse dans la mâchoire.


    - Noms et prénoms je vous prie. Ordonne sèchement Slaryn.

    - Felanil Chaa pour ma part. Et mon camarade ici présent s'appelle Gar. Juste Gar. Répond le Duros en souriant étrangement.

    - On vous a aidé à vous enfuir pas vrai ? Continue le commando impérial en pianotant sur son datapad.

    - On ne peut rien vous cacher Monsieur. C'était du beau spectacle par ailleurs. Acquiesce le dénommé Felanil en hochant de la tête.

    - Oh ça oui. Dites, comment est-ce qu'il a perdu sa langue votre ami ? Veuillez m'excuser, je suis simplement curieux... Lâche soudainement le sergent.

    - Et bien... Disons que mon camarade de cellule avait tendance à parler dans son sommeil. Ce n'était pas volontaire de sa part hein. Somnambulisme, ou une connerie du genre, vous voyez ? Figurez-vous que ça n'a pas plu aux gardiens. Alors ils l'ont fait taire pour de bon ! Ricane l'alien à peau bleue, avant de reprendre. Enfin ne vous inquiétez pas, il leur a rendu la pareille. Armé uniquement d'un surin !

    - Je vois. Vous n'avez pas pour projet de nous causer des problèmes j'espère. Parce qu'on aura aucun mal à vous botter le cul et plus si nécessaire. Rétorque Slaryn en ajoutant des notes à ce qu'il vient de rédiger sur le bloc de données.

    - Non Monsieur. On veut juste repartir à zéro. Et faire la peau à quelques vieux copains mercenaires... Glisse le criminel dans un nouveau sourire.

    - Parfait ! Bienvenue dans l'armée impériale dans ce cas ! Vous serez affectés à la compagnie Molitor. Vous allez en voir du mercenaire, je peux vous l'assurer. Termine le commando avant de se tourner vers l'un de ses soldats. Trouvez leur des blasters et des tenues convenables.

    La compagnie Molitor. Ils ne savent pas dans quelle unité ils mettent les pieds ces deux-là ! On va voir s'ils vont garder le sourire ces p'tits drôles. Bon, faut admettre, le coup du surin, c'est intéressant. Peut-être qu'on pourrait en tirer quelque chose de ces deux là, s'ils survivent assez longtemps. Remarque, ils pourraient bien se plaire dans cette bande de joyeux timbrés. La compagnie Molitor affiche les meilleures performances au combat, et aussi le meilleur taux de morts et de blessés. Mais pour sa défense, c'est cette unité qui a eu, jusqu'à présent, à faire le plus gros du travail. On veut se débarrasser d'une position ennemie ? On envoie le capitaine barjo et ses hommes. Besoin de tenir une position réputée intenable ? Pas de problème. Molitor et ses hommes sont là pour faire l'impossible. Étrangement, malgré les situations difficiles vécues et le flagrant taux de mortalité, l'unité de combat du capitaine balafré n'a jamais manqué de volontaires. Il faut croire que réaliser des actes suicidaires de bravoure semblent attirer tous ceux qui recherchent une certaine reconnaissance dans une galaxie où ils ont régulièrement été traités comme des sous-merdes. Ce n'est peut-être pas pour rien qu'on appelle les hommes de Molitor les "sans-espoirs" finalement. Même si, d'un autre côté, ils pourraient être parmi ceux qui espèrent le plus...

    - Seriez-vous perdu dans vos pensées Slaryn ? Demande une voix dans son dos.

    - Sylvar ! Qu'est-ce que vous faites là ? Vous ne devriez pas être auprès du Commandant ? Répond simplement le sergent en se tournant vers la Cathar.

    - Je viens justement vous transmettre ses ordres. Annonce la jeune femme en plongeant son regard dans celui du commando impérial.

    - Bien entendu. Quels sont nos directives ? Reprend Slaryn en croisant machinalement les mains dans son dos, comme il a si souvent eu l'habitude de le faire dans l'attente d'instructions.

    - Regroupez vos hommes. Votre compagnie remplace celle de Molitor au niveau du carrefour. Vous devrez tenir coûte que coûte vos positions. Jusqu'à ce que de nouveaux ordres vous soient affectés. Puisque le temps est précieux, vous devriez partir immédiatement. Déclare Sylvar sur un ton froid qui ressemble fort à celui qu'emprunte le Chiss.

    L'homme hoche doucement de la tête comme pour dire qu'il est prêt à partir sur le champ. Toutefois, il se permet de jeter un coup d'oeil par dessus l'épaule de l'aide de camp du commandant. Plus d'une centaine de soldats mal réveillés se lancent au pas de course dans les rues du quartier. Ces derniers longent les bâtiments en formant des colonnes dignes de figurer dans les parades impériales. Engourdis par trop peu de sommeil, ces combattants là ne lâchent aucun son. Seuls les bruits cadencés de bottes martelant le sol semblent réellement les animer. En détaillant un à un les visages fermés de ces soldats, Slaryn comprend qu'il ne s'agit pas de ses hommes à lui, mais de ceux de Sylvar. Le plus gros des forces impériales prend donc part aux combats à venir, cela ne fait aucun doute.

    - Le Commandant rassemble toutes ses troupes pour la bataille. Ce sera un moment grandiose... Et probablement un massacre dans les deux camps. Commente le sergent en reportant son attention sur la Cathar. L'avenir de cette base se jouera lors de cet affrontement. Il nous faudra vaincre ou périr...

    - En êtes-vous certain ? Souffle la jeune femme en fronçant les sourcils.

    - Il vous reste encore beaucoup à apprendre de lui visiblement... Lâche le commando impérial en esquissant un sourire amusé. S'il prend le risque de gaspiller ses troupes, c'est que l'ennemi est prêt à être vaincu.

    - Alors montrons-nous dignes de la confiance qu'il nous accorde Slaryn... Nous ne faiblirons pas. Rajoute avec force l'aide de camp du Chiss.

    L'homme acquiesce d'un simple signe de tête. Ils n'ont pas le choix. L'ennemi sera bientôt sur eux, s'il suit scrupuleusement le plan du commandant sans le vouloir. Les forces impériales n'auraient qu'une seule occasion de lui infliger le coup de grâce. L'échec n'est pas une solution envisageable, car il serait synonyme de mort pour tous ceux qui ont suivi l’humanoïde à peau bleue. Le sergent regrette seulement de ne pas avoir Hivernus à ses côtés. Sa présence aurait probablement pu le galvaniser, le rassurer. Et les soldats placés sous son commandement ont bien besoin, eux aussi, de trouver leur source de motivation. Des roulements de tambour intempestifs le forcent à se tourner vers l'origine des bruits. Petit Jean frappe avec énergie sur la peau de sa caisse, chantant de plus belle. Un nouveau sourire vient illuminer le visage toujours si sérieux et froid du commando impérial.

    - Ma chère Sylvar, je viens d'avoir une brillante idée... Il va nous falloir quelques tambours de plus...




    Les impériaux peuvent être vaincus au combat, les blasters peuvent en venir à bout. Mais le grondement sourd de leurs tambours, aucun artifice ne saurait l’interrompre. Ces instruments sont comme un coeur qui bat dans leur poitrine. Chaque battement marque la résistance implacable de ces satanés impériaux. Ces combattants là sont nés pour la guerre, pas pour l’art. Et cela se ressent dans la mélodie qu’ils jouent. Les musiciens frappent comme des déments sur les peaux tendues des tambours, comme s’ils sont gorgés d’une rage meurtrière qui ne demande qu’à s’exprimer. Et d’une certaine façon, les battements assourdissants et bestiaux des instruments semblent prévenir les mercenaires du sort fatidique qui les attend tous. La Mort est en marche. Elle viendra bientôt moissonner les centaines d’âmes qui s’offriront aux décharges des uns et aux lames des autres.

    Bientôt, impériaux et porte-flingues verseront à nouveau leur sang dans ces ruines noircies qui ont déjà connu plusieurs affrontements. Le fracas des armes et les battements frénétiques des tambours vont une nouvelle fois sonner le glas de cette lente agonie qui déchire les entrailles des protagonistes avant une bataille. La véritable affaire n'est pas encore commencée, mais la peur se saisit déjà des cœurs des hommes qui s'apprêtent à combattre du côté du Syndicat Tenloss. Au grondement sonore des instruments de quelques musiciens s'ajoute désormais l'écho de dizaines de voix scandant un même nom à l'unisson. Les roulements orageux des tambours ne parviennent pas à couvrir les cris des soldats impériaux. Et le nom qu'ils répètent inlassablement est des plus terribles à entendre pour ceux qui ont survécu à la prise du carrefour. Des souvenirs se mêlent aux cauchemars. Ces rescapés là, que l'on envoie à nouveau au front, ont déjà entendu ce nom... Et leur sang se glace presque immédiatement.

    Hivernus !


    Finalement, le moment fatidique que tout le monde attend avec nervosité arrive...

    Le sol se met à trembler. Sept cent mercenaires quittent leurs positions défensives et se lancent à l’assaut des rues sous les ordres de leurs officiers. Ils se sont finalement décidés à attaquer… Ils veulent reprendre leur avant-poste et ainsi avoir à nouveau le contrôle du carrefour. Mais ces soudards n’auraient pas ce qu’ils souhaitent sans combattre. L’endroit est déjà occupé par les cent-vingt soldats de la compagnie Slaryn. La lutte s’annonce visiblement inégale, l’assaillant ayant presque sept fois le nombre de combattants alignés par les défenseurs. Mais ces derniers ne semblent pas vouloir céder un seul mètre de terrain aux troupes mercenaires. Les impériaux se sont déjà préparés à l’attaque frontale et ont dispersé leurs forces le long de la ligne de front, derrière des barricades de fortune ou à l’intérieur de bâtiments à moitié rongés par les traits lasers, les explosions et les flammes.

    Slaryn est incapable de détourner le regard. Ses yeux sont fixés sur cette grande rue qui déverse son flot de sous-fifres du Syndicat Tenloss. Tel un raz de marée, ceux-ci déferlent en masse compacte en grognant et en hurlant… Probablement dans le but de se donner du coeur à l’ouvrage… Ou pour intimider leurs ennemis. Mais la deuxième option semble improbable puisque les soldats du Chiss disposent de leur propre source d’intimidation. L’endroit se remplit finalement de cris animaux en tout genre. L’écho amplifie davantage les beuglements et il semble même que les grondements des tambours impériaux enivrent désormais tout autant les alliés que les ennemis. Ces sons déformés qui se renvoient probablement d’un bout à l’autre de la base pénètrent l’esprit du sergent. Il lui semble tout à coup que la masse déchaînée et grouillante qui charge les positions impériales exhale une telle assurance qu’il peut littéralement la saisir. Le regard du commando impérial se pose finalement sur le groupe d’inébranlables soldats qu’il commande. Nombre d’entre eux périront dans les minutes qui vont suivre. Cent-vingt hommes sont prêts à donner leur vie sous ses ordres. Il lui en aurait fallu facilement le double pour tenir tête à l’armée qui marche actuellement sur eux. Mais Slaryn garde espoir. Car ce que l’ennemi ignore, c’est qu’il sera flanqué par deux compagnies d’impériaux déchaînés lorsque le moment sera venu. Il lui faut juste tenir assez de temps histoire que le piège puisse se refermer sur les mercenaires...


    - Messieurs, on va trouer ces jolis régiments bien habillés que le Syndicat Tenloss nous sert sur un plateau d'argent ! Préparez vous à ouvrir le feu ! Gueule le sergent en se préparant à réceptionner comme il se doit les premières vagues d'assaut.

    En face, les combattants de l'Association Natori continuent toujours d'affluer. On dirait presque que leur nombre ne fait que de croître. Comme si le Syndicat Tenloss disposait de milliers d'hommes à sacrifier, encore et encore, jusqu'à ce qu'ils submergent entièrement les forces impériales. Les porte-flingues se rapprochent inlassablement des positions tenues par la compagnie de Slaryn. Le commando attend encore que ces abrutis fassent quelques mètres de plus avant de donner l'ordre de tirer... Il y aurait bientôt assez d'ennemis dans le coin pour commencer le carnage... Et il fallait que chaque tir atteigne une cible. Alors autant s'assurer que ces gars là soient assez près pour qu'on puisse les flinguer à la chaîne ! Encore quelques secondes... L'impérial retient son souffle.

    - Feu à volonté ! Hurle Slaryn en laissant son blaster cracher ses salves mortelles.

    Des dizaines de traits lasers traversent les rues et viennent se loger dans les corps des mercenaires. Ce barrage de tir a ravagé les rangs ennemis. Les premiers morts jonchent le sol et encombrent légèrement la progression des camarades bien vivants. Il semblerait même que les vauriens soient en train de se replier ! Mais ce moment de pagaille est relativement bref. Les officiers vocifèrent de nouvelles directives et la boucherie reprend. L'infanterie ennemie continue sa progression et réplique finalement. Le champ de bataille est alors rapidement zébré par différentes nuances de couleur et les cadavres continuent de s'empiler. La bataille ne fait que commencer pourtant. Les grondements furieux des tambours dictent la marche à suivre, sous un déluge d'acier et de feu. Tenir la position, tuer l'assaillant ! Tels sont les ordres qui parviennent aux oreilles des impériaux. Après avoir assisté à la chute de quelques-uns de leurs camarades, qu'ils attribuent à la malchance, les hommes de Slaryn tirent toujours dans cette foule qu'ils voient un peu floue... Les soldats impériaux s'efforcent de tenir l'ennemi à distance. Chaque détonation, chaque mort, provoque une série de commentaires grivois ou vengeurs. L'essentiel, c'est que l'ensemble de l'infanterie du Syndicat Tenloss serait bientôt engagé dans la bataille... Et dès lors, on pourrait s'étriper joyeusement.

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      #9

      Post n°9
      Auteur : Hivernus

      Les hommes de la compagnie Molitor se serrent dans les bâtiments où ils pris leurs quartiers provisoires. Bien loin d’afficher des mines inquiètes, les soldats impériaux retranchés attendent tout de même avec nervosité le moment où ils seront envoyés en première ligne. S’ils ne redoutent pas la mort lorsqu’ils sont au coeur de la bataille, ils appréhendent tout de même le premier choc avec l’ennemi. Certains craignent pour leur part de ne pas avoir assez de combattants adverses à flinguer… En outre, les hommes de Molitor ne sont pas de ceux qui aiment être en réserve. Ce sont des hommes d’action. Et en tant que tels, il semble tout à fait logique qu’ils se plaisent à écouter les échos de la bataille se déroulant à quelques rues de leurs positions. D’après les cris et les sons rapportés à leurs oreilles, c’est loin d’être une partie de plaisir pour ceux qui se retrouvent coincés dans d’étroites ruelles, sous un tir nourri. Molitor, à l’instar des autres, prend son mal en patience. Il jette un coup d’oeil aux soldats partageant sa pièce. Nombre d’entre eux vérifient machinalement les attaches de leurs protections ou s’assurent que leurs armes soient fonctionnelles afin de ne pas avoir de surprise le moment venu.

      Puis soudain, le silence pesant est brisé. Des bruits alarmants parviennent aux oreilles des combattants de la compagnie Molitor. L’officier au visage balafré se redresse doucement et cherche discrètement l’origine des bruits depuis la fenêtre où il s’est positionné. Il distingue de brefs éclats de lumière… Puis des casques et des armures d’un métal sombre au dessus d’uniformes disparates. Plusieurs colonnes passent ainsi dans les ruelles, traversant les bâtiments sans bruit. Seuls les cliquetis de leur équipement et les claquements de bottes sur le sol semblent les animer et indiquer leur présence. Et au fur-et-à mesure que le temps passe, il en vient toujours plus, comme un flot continu et interminable. L’impérial semble comprendre l’intérêt de cette manoeuvre… Les mercenaires de l’Association Natori cherchent à contourner les forces de Slaryn pour les prendre par surprise ! Et ces derniers n’auraient pas le temps de se réorganiser… Ils seraient submergés par les hommes de main du Syndicat Tenloss. Dans ce scénario là, la bataille prendrait un tournant désastreux pour les impériaux. Molitor doit prendre une décision rapidement s’il veut espérer pouvoir changer le cours du combat. Et quelque chose semble indiquer qu’il a déjà pris sa décision. Il ferait ce qu’il sait faire de mieux… Rentrer dans le lard de l’ennemi. L’officier se tourne vers un soldat muni d’un tambour et lui fait signe de s’approcher.


      - Faites passer le message, on va lancer l’assaut sur les troupes mercenaires. Glisse le capitaine en veillant à ne pas rester exposé à la fenêtre.

      - A vos ordres Monsieur. Chuchote à son tour le porte-tambour.

      L’impérial tire ses baguettes et se met à frapper sur sa peau de caisse. Le balafré sort le blaster de son holster et le pointe vers le plafond, pour attirer l’attention de ses camarades de bataille.

      - Messieurs ! Pas de pitié ! Pas de quartier ! Gueule finalement Molitor.

      Les hommes placés sous ses ordres hurlent à l’unisson, comme excités à l’idée d’engager le combat contre l’ennemi. Le capitaine est par ailleurs le premier à se sentir grisé par la simple idée de tuer quelques péquenauds portant des armures qu’ils ne méritent même pas. Il n’est pas fait pour attendre, assurément. Et le fait de savoir qu’il va enfin pouvoir entrer en action le rend particulièrement enthousiaste. Il affiche un large sourire… Un sourire sadique qui s’accorde parfaitement avec son visage couvert de cicatrices.




      Gar taquine le corps d’un rat crevé avec le canon de son blaster. Le pauvre animal est probablement mort de faim depuis quelques jours à en juger sa rigidité cadavérique. L’homme privé de sa langue pense à son dernier repas. Il s’est contenté d’une soupe de légumes dans laquelle on a trempé quelques morceaux de biscuit et de viande. Rien de bien alléchant, mais ça tient le corps et ça a au moins le mérite de nourrir un peu. Peut-être pourrait-on par la suite se servir de ces satanées bestioles comme d’une source de nourriture supplémentaire… Après tout, le rat, c’est peut-être pas si mauvais que ça ! L’ancien détenu lâche un soupir. Attendre est une telle plaie… Il se permet de braquer son regard sur les quelques compagnons d’armes qui partagent avec lui ce qui fut probablement une salle à manger à en juger le mobilier encore debout. Leur regard vide et sans expression semble en dire long sur leur état actuel. Si l’ordre d’attaquer n’était pas bientôt donné, ils finiraient tous par mourir d’ennui !

      Vient finalement le moment où les roulements de tambour viennent ébranler les murs. Les soldats sortent de leur léthargie et se préparent à charger. La lueur éteinte des yeux laisse place à une certaine vivacité… Comme si les impériaux sortaient de leur sommeil profond pour combattre à la demande d’un quelconque maître. Peut-être sont-ils fait pour ça… Peut-être sont-ils nés comme ça… Pour cette fonction là… Gar retient son souffle. Les secondes qui suivent semblent être des minutes. Il ne peut s’empêcher de jeter un nouveau coup d’oeil à ses comparses. Certains sont visiblement plongés dans leurs pensées, redoutant peut-être de vivre une dernière journée, un dernier instant… L’homme qui les observe ne pense à rien, si ce n’est à tuer. Il ne ressasse jamais le passé, et ne cherche pas à réfléchir au futur. Il ne pense qu’à l’instant présent, au moment où il va se jeter dans la mêlée à la recherche de proies à éliminer. Quelques visages sont figés par la peur, ou par l’appréhension. Lui ne ressent rien. Il n’affiche aucune émotion. Il est d’une certaine façon… Un parfait sociopathe.

      Les beuglements de Molitor sont l’élément déclencheur de la furie des soldats impériaux. Les ordres sont clairs. Pas de prisonniers ! Gar esquisse l’ombre d’un sourire malgré lui. Il va pouvoir mettre beaucoup de coeur à l’ouvrage… Les hommes crient, hurlent à plein poumons, les yeux injectés de sang. Ils ressemblent plus à des bêtes qu’à des combattants… C’est ce qui fait la spécificité de la compagnie commandée par le balafré. Et les battements assourdissants des instruments semblent accentuer cet instinct guerrier particulièrement sauvage. Ceux qui sont postés aux fenêtres ouvrent le feu sur les mercenaires. Les autres sortent des bâtiments et se ruent immédiatement sur les ennemis les plus proches. L’ancien détenu ne fait pas exception à la règle. Il est même parmi les premiers dehors. Après avoir défoncé la porte d’entrée d’un coup de pied violent, brisant par ailleurs la cloison nasale d’un porte-flingue passant à proximité, le criminel tire sur tout ce qui bouge. Plusieurs infortunés membres de l’Association Natori s’écroulent ainsi au sol, la poitrine fumante, avant même d’avoir eu le temps de se rendre compte de quoi que ce soit.

      Les traits laser fusent dans tous les sens, s’écrasant sur les impériaux comme sur les mercenaires. Au coeur de la bataille, les combattants deviennent des silhouettes floues et il devient difficile de discerner un allié d’un ennemi. Les hommes s’entretuent sans méthode. Certains optent pour le corps-à-corps, quand d’autres privilégient les armes de distance. Pour sa part, Gar utilise tout autant son surin que son blaster. Le sang gicle et tâche les uniformes disparates des uns et des autres. Les cris viennent se mêler aux détonations dans le chaos le plus total. Surpris par cet assaut violent qu’elles n’attendaient pas, les forces du Syndicat Tenloss semblent totalement désemparées et désorganisées. Il semble impossible de riposter face à un ennemi qui a déjà engagé ses troupes dans un corps-à-corps des plus sanglants. La combativité des portes-flingues s'estompe et laisse place à l’instinct de survie. Des colonnes entières de mercenaires désoeuvrés fuient le champ de bataille sous le regard furieux d’impériaux toujours prêts à en découdre. Molitor ne semble pas vouloir laisser ces gars là fuir. Et c’est donc le blaster au poing qu’il les poursuit, bientôt imité par nombre de ses camarades.
      Mais au lieu de s’effacer, comme le pense l’officier impérial, les combattants de l’Association Natori se regroupent selon un plan bien étudié. Les mercenaires s’enfoncent dans les bâtiments où ils forment d’ultimes carrés destinés à résister à ces assaillants forcenés. Et ce que ces derniers ignorent en chargeant dans ces ruines, ils le découvrent en s’écrasant sur les défenses improvisées des portes-flingues. Nombreux sont les impériaux qui finissent donc la gorge tranchée par une lame ou la cervelle brûlée par un blaster. Ceux qui survivent aux remparts mortels dressés par les mercenaires, à l’instar du capitaine barjo, ne tardent pas à rebrousser chemin. Ils se jettent hâtivement dans le premier trou ou derrière le premier mur encore debout afin d’éviter les traits laser qui se font toujours plus nombreux. Certains soldats se sentent assez braves pour aller épauler ceux qui traînent péniblement des moribonds dans leur sillage. La sarabande fatigante du tambour indique aux traînards et aux hommes isolés qu’il faut se regrouper afin de mieux retourner à l’assaut. Malgré l’échec cuisant de la première attaque, Molitor semble bien décidé à prendre sa revanche.

      L’officier lève à nouveau son blaster pour rallier à lui les éclopés de sa compagnie. Un coup part et accompagne la nouvelle série d’ordres de l’impérial. Les hommes se lancent à nouveau hors des bâtisses qui leur servent de refuge et prennent d’assaut les positions ennemies. Les traits laser s’écrasent tout autour des combattants et fauchent du monde. Les soldats de Molitor ne cherchent même plus à se protéger. La tête baissée, ils se contentent de foncer vers l’ennemi, telles des créatures qui ne raisonnent plus et qui sont prêtes à faire le sacrifice de leur vie. Par vingt fois ils manquent d’être tués avant même de rejoindre l’objectif, sans même s’en soucier. Quand un fou mène au combat des fous, voilà ce qui en résulte… Le pire est certainement le fait qu’ils trouvent tous, d’une certaine façon, leur mesure dans ce chaos ambiant. Un détonateur vient fracasser un pan de mur et tout ce qui entre dans son champ d’action vole en éclat. Les membres sont déchiquetés, arrachés et se répandent aux quatre coins d’une pièce.

      Gar profite de la charge folle de ses camarades pour piller les cadavres des malchanceux. Le criminel semble particulièrement s’intéresser aux belles bottes d’un officier mercenaire. Alors qu’il commence à dénouer les lacets, le faux mort se redresse et s’empare de son blaster. Mais il n’est pas assez rapide. L’ancien détenu se saisit de son surin et l’enfonce d’un coup sec dans la gorge du malheureux. Il l’observe ensuite, sans empathie, se vider de son sang avant de reprendre sa basse besogne. Le moribond tente désespérément de contenir l'hémorragie en portant ses mains à sa gorge, mais il est déjà trop tard. Et il s’éteint finalement dans un ultime gargouillis, quand Gar achève de le délester de ses bottes. Le muet se persuade même naturellement qu’il serait particulièrement intéressant de poser sa “signature”, en guise de raillerie. Après tout, il n’est pas prêt d’oublier le jour où on l’a “soulagé” de sa langue. Et pour conjurer ce mauvais tour, l’homme décide donc de trancher ce muscle à l’officier qu’il vient de tuer. Autant rendre la pareille à ces enfoirés ! Il prend donc un malin plaisir à couper la langue du cadavre à l’aide de son surin, puis la glisse dans la plaie béante. Le simple fait de se salir les mains n’est pas un réel problème à ses yeux. Il s’essuie par ailleurs sur la tenue de l’officier, histoire de le souiller un peu plus. Satisfait de son oeuvre macabre, Gar entreprend ensuite de se déchausser afin d’enfiler ses nouvelles bottes.
      Voilà qu’il se sent désormais un peu plus respectable ! Il devrait prendre le temps de dépouiller plus d’officiers… Il pourrait certainement faire de belles trouvailles. Mais il décide d’abord de retourner au combat, afin de ne pas laisser les autres impériaux s’en donner à coeur joie avec ceux qui pourraient être parmi ses nouvelles victimes… Le pillage peut encore attendre après tout ! L’homme quitte donc son officier et longe les bâtiments où alliés et ennemis s’entretuent à l’aide de toutes les armes laissées à leur disposition. Au détour d’une rue, le criminel surprend son ancien compagnon de cellule au dessus des corps inanimés de plusieurs mercenaires. Le Duros semble particulièrement concentré sur sa tâche. Et quelle tâche ! Visiblement, l'humanoïde à peau bleue se constitue un collier à l’aide des index arrachés aux adversaires morts au combat. Lorsqu’il redresse la tête et aperçoit son camarade d’infortune, il ne peut s’empêcher de sourire bêtement.


      - Eh ! Gar ! C’est pour le souvenir… Pas un mot au Capitaine hein ! Il aurait tôt fait de nous botter le cul ! Ricane Felanil Chaa en secouant son collier trophée.

      L’autre esquisse l’ombre d’un sourire. Il aurait presque ri s’il avait pu. Les salauds dans leur genre se plaisent bien dans la compagnie Molitor. Si la discipline est stricte en temps normale, dans les combats, tout est permis… Ou presque. Mais toute envie de rire le quitte lorsqu’il voit ce qui arrive vers eux. Un immense droïde, comme il n’en a jamais vu.

      - Qu’est-ce qui t’arrive vieux ? Tu fais dans ton froc en voyant ça ? Petite nature ! Rajoute le Duros en lâchant un nouveau rire.

      Gar aurait bien aimé lui dire ce qui approche de leur position. Mais privé de sa langue, il ne peut pas prévenir son comparse. Il se contente donc de braquer son blaster sur le colosse de métal et tire plusieurs rafales. Sans succès. Les traits laser ricochent sur la carlingue. Comprenant finalement que quelque chose ne tourne pas rond, Felanil se retourne et fait face à l’impensable. Le muet assiste impuissant à la fin de celui qu’il aurait pu considérer comme un ami. Le visage du Duros explose au moment où le poing de l’immense droïde le percute. Le crâne fracassé disperse sang et matière cérébrale, qui viennent souiller tout ce qui est à proximité. Le corps désormais privé de tête est repoussé contre un mur et s’écroule finalement. L’automate contemple son oeuvre funeste l’espace d’un instant puis redresse la tête vers le deuxième individu. Affronter un tel monstre est une pure folie, même pour un type aussi insensé que lui. Son instinct lui dicte de fuir. Et c’est exactement ce que Gar compte faire.




      Sylvar retient son souffle lorsqu’elle aperçoit les silhouettes d’un détachement mercenaire au travers des bâtiments à moitié écroulés. Elle se rassure toutefois rapidement en constatant qu’il ne s’agit probablement que d’un groupe envoyé là pour sécuriser leur flanc droit. Ils sont loin de se douter qu’à quelques pas d’eux, plus d’une centaine de soldats impériaux attend le bon moment pour fondre sur eux. Et le simple fait d’imaginer cette scène fait frémir la jeune femme. Jusque là, la Cathar n’a jamais eu à combattre directement les troupes de l’Association Natori. Sa compagnie s’est contentée d’une poignée d’escarmouches d’à peine quelques minutes et n’a pas réellement subi de baptême du feu. A l’instar des hommes qu’elle commande, Sylvar appréhende le moment présent. Elle ne redoute pas la mort, contrairement à certains de ses camarades. Elle est prête à faire le sacrifice de sa vie si cela est nécessaire. Ce qui l’angoisse, c’est l’échec. Elle a peur de décevoir Hivernus, pire même, de perdre la confiance de ses hommes en les envoyant à une mort certaine. On lui a confié le commandement d’une compagnie et aujourd’hui, elle a la responsabilité de faire en sorte de ramener le plus de monde possible en vie. Chaque ordre, chaque choix, chaque instant sera crucial. L’esclave affranchie se prépare donc mentalement au pire afin de prendre les bonnes décisions, dans les meilleures comme dans les plus difficiles situations.

      La jeune femme se berce silencieusement dans les tumultes de la bataille faisant rage à quelques dizaines de mètres de là. Elle semble s’habituer à toutes ces sonorités qui lui font dresser le poil. Tous ces cris, toutes ces détonations, ces râles d’agonie… Cela semble désormais faire partie de sa vie, comme si cela avait toujours été là, au plus profond d’elle. En tant qu’esclave, elle pensait avoir vécu le pire. Mais la Cathar se rend compte aujourd’hui qu’on peut toujours trouver pire ailleurs. Elle n’oubliera probablement jamais les sons affreux des champs de bataille. Lorsque les battements frénétiques des tambours de la compagnie Molitor viennent ajouter leur mélodie bestiale aux frappements assourdissants de ceux de la compagnie de Slaryn, Sylvar se redresse instinctivement. Il ne lui reste plus qu’à donner l’ordre d’attaquer à ses propres hommes… Et toutes les forces impériales seraient alors engagées dans cet affrontement sanglant.
      L’aide de camp du Chiss vérifie nerveusement les attaches du plastron en plastoide recouvrant sa poitrine. Le blaster est hissé hors de son holster. La jeune femme se rend compte que tous les regards sont portés sur elle. Les soldats impériaux de sa compagnie n’attendent que son signal pour se lancer à l’assaut. La Cathar sent son coeur s’affoler. Et elle a l’impression que l’organe vital va s’extraire de lui-même de sa cage thoracique tant elle le sent marteler avec force son buste. Ces hommes là comptent sur elle et sont prêts à suivre aveuglément ses ordres. Sylvar se doit donc d’être irréprochable. Oui. Elle doit montrer l’exemple.Sa poitrine se gonfle non pas de peur mais bien de courage. Elle est désormais prête à affronter son destin. Et c’est dans un calme olympien que la jeune femme s’adresse à ses soldats.


      - Pour Hivernus ! Lâche t-elle dans une simplicité extrême.

      Mais cette simple phrase se transforme bientôt en cri de guerre lorsque tous les soldats impériaux viennent répéter ces mêmes mots à l’unisson. Le musicien rattaché à sa compagnie frappe frénétiquement sur la peau tendue de son tambour. Exaltés par les roulements orageux de l’instrument, les combattants quittent leurs positions retranchées pour se porter à la rencontre de l’ennemi. L’esclave affranchie à leur tête, ils submergent le petit détachement de mercenaires protégeant le flanc du gros des forces en l’espace de quelques minutes. Leur frénésie ne semble avoir aucune limite. C’est comme si les fracas assourdissants des explosions et les battements furieux des tambours les inspiraient et les rendaient d’autant plus combatifs. Mais ce petit succès n’est qu’un timide pas vers la réussite. Le plus gros reste encore à faire.

      - Je veux vingt hommes pour renforcer les positions de Slaryn ! Le reste, avec moi ! Ordonne Sylvar d’une voix qu’elle ne reconnaît pas.

      La voilà transformée par le combat… La brève halte de sa compagnie dans les ruines occupées peu avant par les hommes du Syndicat Tenloss prend fin. Les soldats partent à nouveau à l’assaut, bien décidés à mettre en pièces ou tout du moins en déroute les combattants adverses. Si la victoire semble à portée de main pour les impériaux, elle ne sera pas acquise avant de trop nombreux sacrifices de leur part…

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        Auteur : Hivernus

        La bataille dure ainsi près de trois heures. Trois longues heures durant lesquelles les combattants des deux camps s’entretuent sans méthode et dans une boucherie totale. Malgré leur infériorité numérique, les soldats impériaux se montrent braves. La combativité et l’ingéniosité faisant défaut aux mercenaires se trouvent particulièrement redoutables et efficaces du côté impérial. Si les compagnies de Slaryn et Sylvar n’ont aucun mal à accepter la reddition des portes-flingues de l’Assocation Natori, du côté de Molitor, la donne est différente. La cruauté des criminels composant son unité de combat est telle que les mercenaires refusent tout simplement de rendre les armes. Ainsi, le capitaine barjo et ses hommes progressent avec beaucoup de peine dans les dernières zones encore tenues par les forcenés du Syndicat Tenloss. Au coin d’une ruelle, une poignée de fantassins les tient en échec encore dix bonnes minutes, sous un feu si nourri que les cadavres s’entassent du côté des impériaux. Et lorsque ce rempart tombe enfin entre les mains des hommes de Molitor, il leur faut encore nettoyer d’autres endroits. De ce fait, ils s’emparent de plusieurs bâtiments dans lesquels on arrive à distinguer les silhouettes de quelques tireurs depuis les fenêtres. L’une de ces bâtisses est visiblement une ancienne boulangerie. Une fois l’endroit investi par les soldats impériaux, un effroyable flot de cris s’ensuit. Puis bientôt, les hommes de la compagnie Molitor s’organisent en peloton d’exécution improvisé. Quelques détonations grondent et des corps tombent mollement sur les sacs de farine. Les ordres du balafré sont clairs. Il se montre inflexible. Les pertes innombrables de sa compagnie le pousse à d’atroces actes de représailles. Et dès lors, chaque mercenaire trouvé est tué à vue sans la moindre forme de procès. Le massacre ne s’arrête qu’après un nettoyage en règle par les troupes de Molitor.
        Les murs et les sols se tâchent de rouge. Les morts encombrent les rues. Certains endroits ne sont plus que des charniers d’où s’élèvent encore quelques râles. La bataille, d’une certaine perspective, ne laisse ni vainqueur ni vaincu. Les impériaux ont beau avoir remporté cette confrontation, ils en ressortent affaiblis. Les officiers se chargent de faire l’appel, on compte les morts et les blessés. C’est ainsi sans surprise qu’on dénombre plusieurs dizaines d’hommes perdus pour les combats suivants… Ou perdus définitivement. Sylvar et Slaryn rassemblent les survivants de leurs compagnies respectives… Et les prisonniers qu’ils ont pu faire. Etrangement, il y a presque plus de mercenaires captifs que de soldats impériaux encore debout. La Cathar et le commando pensent déjà à la suite des évènements. Leurs troupes sont à bout de souffle et diminuées. De plus, il ne faudrait pas compter sur une nouvelle vague de recrutement pour combler le manque d’effectifs. Bien sûr, il y aurait bien une poignée de fous ou de braves pour rejoindre les rangs de l’armée d’Hivernus, mais rien d’assez significatif pour lui permettre de prendre le dessus sur le Syndicat Tenloss. Au final, on peut se demander avec raison pourquoi le Chiss a absolument cherché à confronter l’ennemi… Les deux impériaux ressentent le besoin d’évacuer la pression accumulée lors de la bataille et s’isolent dans une ruelle annexe à la place où leurs troupes ont actuellement parqués les prisonniers sous leur garde. Le sergent marque un temps de pause devant la carcasse fumante d’un automate.


        - Dites moi Sylvar… Vous qui avez pas mal d’informations au sujet du Syndicat Tenloss, que pouvez-vous me dire au sujet de ces droïdes de combat ? Demande Slaryn en donnant un coup de botte sur la carlingue du mystérieux modèle.

        - J’ai entendu parler d’une série de droïdes de combat entièrement financée pour répondre aux attentes de certains clients. Je sais que le Syndicat Tenloss a acheté quelques dizaines exemplaires de ce modèle là pour les besoins de l’Association Natori. Je crois me souvenir qu’il s’agit de la série GX1. Répond alors la Cathar en observant d’un oeil perplexe le sous-officier assis sur ce qu’il reste du droïde.

        - Une saloperie de ce genre a descendu cinq de mes hommes sous mes yeux. Lâche pour tout commentaire le commando impérial, qui sent le regard interrogateur de la jeune femme se poser sur lui.

        Un léger silence s’ensuit… Silence durant lequel les ordres aboyés par les soldats en faction à quelques mètres sont les seuls bruits à des lieues à la ronde. C’est d’une certaine façon… Un moment propice pour la méditation. Même si l’endroit ne s’y prête pas réellement. Les deux individus imaginent silencieusement les brancardiers faisant le tri entre les morts et les blessés dans tous les recoins de ce champ de bataille abominable. Là où le travail des uns s’achève, celui des autres commence...

        - Sacré journée hein ? Si les mercenaires ne comprennent pas le message avec ce massacre… C’est qu’ils sont sacrément cons ! Glisse Slaryn pour briser un silence qui se fait trop long à son goût.

        - Espérons seulement que vous ayez raison… Et qu’Hivernus ait encore assez de ressources pour nous tirer de cette sale affaire. Réplique simplement la créature féline.

        Le sous-officier plisse les yeux, étonné par l’étrange attitude de la jeune femme. Il ne l’a jamais vu perturbée par un quelconque évènement. A vrai dire, jusque là, elle était parfois hésitante, peu confiante, mais toujours obéissante. Mais cette fois-ci, quelque chose semble s’être brisé en son for intérieur. L’homme comprend toutefois l’origine de cette personnalité troublée. Traverser une épreuve aussi difficile qu’un champ de bataille ne laisse jamais indemne. On pense pouvoir passer à autre chose, penser à autre chose. Mais au final, on ne peut s’empêcher de ressasser volontairement ou non les images horribles des combats… Il faut se laisser le temps de la réflexion. Le commando impérial suit du regard la Cathar, qui s’éloigne et semble bien décidée à retourner auprès de ses hommes. Slaryn, pour sa part, profite des dernières secondes de répit qu’on lui accorde… Puis imite l’aide-de-camp du Chiss.
        La colonne dirigée par Molitor, ou plutôt ce qu’il reste de colonne, vient bientôt se joindre au reste des forces impériales. Le carnage semble n’avoir épargné personne, et surtout pas les hommes du balafré, qui sont bien connus pour ne réfléchir à rien, sinon au meurtre, en pleine bataille. Toutefois, il est étonnant de noter que ces derniers n’ont pas de prisonniers avec eux. Et à en juger le regard noir que Molitor adresse à ses deux camarades, il y a fort à parier qu’il n’a pas l’intention d’en faire. C’est d’un pas déterminé, le visage fermé et la mâchoire serrée par la colère, qu’il se dirige vers le duo d’officiers.


        - Vous devriez tous les flinguer ! Ces salopards ne méritent pas de vivre ! Si vous n’avez pas le courage de les crever… J’peux m’en charger à votre place ! Lance le capitaine en sortant son blaster pour le pointer sur le premier prisonnier venu.

        - Molitor, ce n’est pas à vous de décider du sort de nos captifs. Seul le Commandant peut prendre cette décision. Rétorque Slaryn en posant une main sur l’épaule de l’officier, comme pour l’inciter à baisser son arme.

        - Il se trouve que le Sergent Slaryn a raison. Intervient une voix glaciale dans leur dos. Cette décision est mienne.

        Les deux hommes se retournent et font face à la lueur brûlante du regard d’un humanoïde à peau bleue. Le Chiss est venu en personne pour féliciter ses troupes… Escorté uniquement par sa garde d’honneur. Les commandos impériaux du major Telsh et l’Anzat sont donc restés en arrière pour garder un oeil sur la population civile. Ou pour contrer une quelconque action hostile de la part des forces de l’Association Natori. Les soldats combattant sous la bannière d’Hivernus contemplent leur commandant dans un silence religieux. Ils attendent tous de savoir ce qu’il va dire… Ou faire.

        - Toutefois... Le Capitaine Molitor marque aussi un point. Je n’ai pas le temps de m’encombrer avec des prisonniers. Nous avons déjà bien assez de bouches à nourrir. Reprend avec sa froideur habituelle le borgne. C’est pourquoi, Messieurs, je vous laisse deux choix : Mourir pour des maîtres qui n’ont aucune considération pour vos vies, ou bien me rejoindre et espérer pouvoir revoir vos familles et recouvrer votre liberté lorsque nous aurons pris le contrôle de cette base.

        - Un vieux fou estropié ! C’est donc ça votre chef ? Plutôt crever que servir sous les ordres d’un borgne unijambiste ! Ricane un mercenaire avant de cracher au pied du Chiss.

        Ces propos injurieux semblent faire sortir les combattants impériaux de leur torpeur. En quelques secondes, plusieurs blasters sont braqués sur le provocateur. Les doigts sont au dessus de la gâchette, prêts à la presser au moindre geste ou ordre de la part de leur supérieur. Mais ce dernier se contente simplement de fixer l’importun sans afficher la moindre expression sur son visage. Il ne ressent ni mépris, ni compassion pour ce curieux personnage qui se permet de lui manquer de respect. En réalité, ce qui contrarie silencieusement notre commandant, c’est la douleur qui vient lui ronger ce qu’il lui reste de jambe droite. Une sensation désagréable qui lui donne la nausée malgré lui. Son état de faiblesse le rend malade… Et particulièrement sinistre.

        - Laissez. Je vais m’en occuper moi-même. Commente Hivernus avant de continuer d’une voix à faire glacer le sang. Sergent Slaryn, votre couteau.

        L’impérial s’exécute sans broncher et tend à l’alien l’arme blanche qui pend habituellement à sa ceinture. La tension est à son comble. Les prisonniers et les soldats retiennent leur souffle. Par le passé, l’ancien lieutenant a déjà eu à faire taire des personnages récalcitrants. L’exemple le plus connu, qui fait courir bien des rumeurs au sein de l’armée, est cette curieuse scène où le Chiss a fait sectionner la langue d’un détenu qui se permettait de manquer de respect au régime impérial. Nul ne sait si l’homme a survécu à cette punition ou s’il est mort étouffé avec son propre sang. Mais cet acte a eu un effet certain, autant sur les occupants des prisons de la police politique impériale que sur les militaires chargés de garder ces complexes de haute-sécurité. D’autres exemples ont suivi… Comme cette fameuse exécution d’un capitaine mercenaire orchestrée par la tueuse Anzat sur l’ordre de son charmant prince des ténèbres. Slaryn et Sylvar étaient là, lors de la mise à mort du vieux pirate. Et ils se mettent tous deux à frémir au simple souvenir de cette vision d’horreur. L’officier impérial est capable du meilleur comme du pire… Une leçon qu’ils devraient tous retenir… Et qu’ils retiendront probablement après le nouveau coup d’éclat du commandant borgne. C’est avec un calme nonchalant qu’il plante brutalement l’arme blanche dans la gorge du forcené. Le prisonnier se débat vainement et tente d’ôter la lame dans un geste de survie désespéré. Il se vide rapidement de son sang en se tordant de douleur sur le sol, sous le regard désintéressé de l’être qui a décidé de son tragique sort. La mort arrive après quelques secondes de lutte. Le moribond émet des gargouillis écoeurants avant d’expirer son dernier souffle. Son visage s’est figé en une expression d’horreur. Cet imbécile semble bien moins fier et moqueur maintenant qu’il n’est plus de ce monde.

        - Nous n’avons pas de munitions à gaspiller pour une chose aussi déplaisante. Nous en aurons besoin pour les combats à venir. Conclue avec une simplicité malsaine l'humanoïde à peau bleue.

        C’est une belle façon de dire que ceux qui refuseront de rejoindre sa cause seront massacrés comme du bétail. A l’arme blanche, par soucis d’économie. Les mercenaires ont donc un choix crucial à faire : Mourir comme des animaux, ou vivre comme des esclaves pour un temps indéterminé. La vie réserve parfois de belles surprises… Et amène avec elle d’étranges situations paradoxales. Les persécutés d’hier sont aujourd’hui les bourreaux. Le sang, qui a déjà trop coulé en cette journée funeste, risque donc de souiller à nouveau le sol avant la fin du jour. Si cette triste réalité en rebute certains, elle semble toutefois acceptée par la majorité. Pour survivre, il faut savoir faire des choix difficiles. Qui plus est, nul ne souhaite discuter les ordres du Chiss. Slaryn se penche au dessus du cadavre pour récupérer son couteau. Il en profite par ailleurs pour essuyer la lame sur les vêtements du malheureux. Les autres combattants de l’Association Natori qui ont assisté à cette scène ne semblent pas plus réactifs que leurs gardiens. Ils ont probablement eu à faire d’atroces choses eux aussi.

        - Je vous offre la possibilité de vous en sortir. Ne faites pas la même erreur que votre camarade. Reprend fermement le commandant impérial. Capitaine Molitor, vous avez vos instructions.

        - A vos ordres Monsieur. Répond l’officier balafré. C’est visiblement votre jour de chance Messieurs ! Levez-vous si vous acceptez l’offre du Commandant ! Les autres, vous restez assis !

        - Sergent Slaryn, Mademoiselle Sylvar, j’ai besoin de vos hommes pour une tâche bien précise. Ce champ de bataille regorge d’armes et d’équipement en tout genre. Il serait dommage que des pilleurs ou des civils mettent la main dessus à notre insu. Ajoute Hivernus en rivant son regard de braise sur les deux personnages concernés.

        - Bien compris Monsieur.

        Pas d’éloge de la part du Chiss. Rien. Peut-être pour plus tard. Mais pour l’instant, l’ambiance ne s’y prête pas. Les soldats impériaux ont reçu leurs ordres. Le temps est précieux et ne doit pas être gaspillé en bavardages inutiles. La machine impériale se met en marche et les hommes s’organisent rapidement. Tels des rouages essentiels de ce mécanisme complexe, ils remplissent à merveille la tâche qu’on leur a confié. Les compagnies du commando et de la Cathar disparaissent au sein du vaste charnier, quand les combattants de Molitor se chargent de l’alimenter… Hivernus quitte les lieux dans le silence le plus total, suivi de près par sa garde d’honneur. Il ne semble pas avoir récupéré pleinement de ses blessures et se contente donc de traîner péniblement son corps meurtri par les batailles. Alors qu’il s’éloigne peu à peu des prisonniers et de leurs tortionnaires, de nombreux râles et gémissements parviennent à ses oreilles. Ah ! Qu’il est doux… Le son produit par la mort. Une mélodie macabre qui ne semble pas vouloir quitter l'humanoïde à peau bleue. Certains se rappelleront alors avec justesse qu’il est le messager de la Mort… Et le commandant des forces chargées de saigner à mort ceux qui s’opposent à la vision de l’idéal impérial… D’une certaine façon, ceci est sa malédiction à lui. Et il ne pourra pas prétendre au repos éternel avant d’avoir accompli ce qui pourrait être considéré comme une noble tâche pour les uns, et comme un cruel dessein pour les autres.

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          Post n°11
          Auteur : Hivernus

          La douleur est insupportable. Mais c’est ce qui différencie les êtres organiques des machines. Certains, à l’instar des Sith, se servent de cette souffrance pour accroître leurs capacités. Se renforcer par une sensation aussi désagréable est une bien étrange conception. Toutefois, le Chiss comprend désormais l’intérêt que portent les utilisateurs du Côté Obscur à cette… Douleur. L'humanoïde à peau bleue sent une certaine colère bouillonner dans ses veines… Elle se répand tel un poison pernicieux dans l’ensemble de son corps mutilé. Nul personnage ne peut accepter d’être un état de faiblesse. La douleur amène la colère… Et cette dernière est particulièrement destructrice entre les mains d’hommes ou de femmes mal intentionnés. Mais Hivernus n’est pas un être ordinaire qui se laisse influencer par ses sentiments. Non. Il est un Chiss. Et en tant que tel, il a appris dès sa plus tendre enfance à immoler les moindres émotions. L’esprit rationnel de son espèce repose sur la puissance intellectuelle. Une application rigoureuse de cette destruction systématique des sentiments évite donc un affaiblissement progressif du corps et de l’esprit. Ce détachement est nécessaire, vital même, pour prendre les bonnes décisions. C’est ce qui fait que les Chiss semblent si distants… Si froids… Et si… Mystérieux.
          Le commandant impérial rive son regard de braise sur les deux droïdes médicaux qui tournent autour de lui. Ils sont le rappel d’un état de santé pour le moins douteux. Ou tout du moins… Pas encore optimal. L’officier fixe la seringue qui le vide de son sang. Il n’a jamais vraiment aimé ces moments de prélèvement sanguin. Bien sûr, il ne s’agit là que d’une simple précaution destinée à vérifier le statut d’un patient… Mais il n’est jamais agréable de savoir qu’une aiguille va se planter dans la peau pour prélever plusieurs tubes de sang. Néanmoins, cela n’est rien. Hivernus se désintéresse totalement de ce que les droides font avec ce qu’il lui reste de corps. Il se contente de retourner à son occupation principale : La réflexion. Son esprit divague, bien loin de la douleur qui accable son corps, bien loin des bruits générés par l’activité des droïdes. Le cerveau du Chiss élabore des plans, rectifie certaines prévisions, passe en revue des scénarios… Le tout défile dans sa tête à une vitesse folle. Rien ne semble pouvoir arrêter l’imagination sans limite de l'humanoïde à peau bleue...

          Sauf peut-être le glissement discret d’une porte qui disparaît dans un mur. Lorsque la jeune Cathar pénètre dans l’antre du commandant, la scène qu’elle observe lui glace, malgré elle, le sang. Là, immobile dans son fauteuil, l’officier impérial est semblable à une entité mystérieuse qui attend son heure… Ses cheveux noirs bleutés luisent doucement dans la lumière qui baigne l’endroit. Sa peau d’un bleu pâle, pour sa part, paraît froide, éteinte, et bien plus sinistre qu’à l’habitude. L'humanoïde a son oeil, désormais unique, mi-clos. Seul un mince trait rouge filtre sous les paupières. Le droïde médecin 2-1B et son assistant de modèle FX-6 qui font des batteries de tests sur son corps mutilé ne semblent nullement troubler la méditation du Chiss. Néanmoins, il ouvre son oeil et braque son regard de braise sur son aide-de-camp quand celle-ci s’approche quelque peu de lui. Hivernus demeure un instant silencieux... Un moment gênant pour Sylvar, qui se demande avec justesse si son supérieur tente de déchiffrer les nombreuses élucubrations qui lui traverse la tête uniquement par le regard. Le geste de la main qu’il adresse aux droïdes est aussi bref que précis. Les deux automates quittent finalement la pièce, laissant la jeune femme seule avec celui qu’elle admire autant qu’elle redoute.


          - Approchez Mademoiselle Sylvar… Faites moi votre rapport, car j’imagine que vous êtes là pour cela n’est-ce pas ? Débute alors le commandant impérial, dont la voix étrangement douce semble mettre fin aux pensées inquiètes de la Cathar.

          - Oui Monsieur. Répond simplement Sylvar avant de reprendre plus fermement. Nous avons récupéré tout ce qui pouvait l’être sur le champ de bataille. L’équipement de nos troupes rivalise désormais avec celui des forces du Syndicat Tenloss.

          - Parfait… Combien d’hommes avons-nous perdu durant l’assaut ? Demande ensuite le Chiss, toujours impassible.

          - Ma compagnie compte vingt-deux morts et dix-sept blessés. Slaryn, pour sa part, a recensé trente-deux morts et vingt-neuf blessés. Molitor a les pires résultats… Soixante-trois morts et sept blessés. Déclare d’une voix troublée la jeune femme. Quatre-vingt-dix-sept mercenaires ont accepté votre offre. Dix-neuf autres ont refusé… Et l’ont payé de leurs vies.

          Tant de chiffres donneraient probablement un mal de crâne à ceux qui ne sont pas de grands adeptes des mathématiques. Mais pour Hivernus, faire quelques calculs n’est pas un réel problème. En tout, il dispose de presque trois cent hommes pour les combats à venir… Dont une centaine qui n’est pas réellement fiable et qu’il faudra encadrer. Voilà qui semble problématique. Peut-être pourrait-on rajouter à cela une ou deux douzaines de soldats dont les blessures sont suffisamment légères pour être traitées en temps et en heure. Mais il ne faudrait pas compter sur plus pour assurer la continuité de la campagne militaire. Bien loin d’être dans une impasse, le Chiss projette déjà dans son esprit toutes les possibilités qui s’offre à lui. Les Corelliens… Bien sûr. Ils ont été parmi les premiers à réclamer leur indépendance, à affronter les troupes mercenaires. S’il parvient à les convaincre de se battre à ses côtés, il aurait peut-être une chance. Leur aide s'avère inestimable et même… Vitale. L’officier impérial se détourne quelque peu de ses pensées et observe avec soin la Cathar qui a posé un regard interrogateur sur lui.

          - Mademoiselle Sylvar, je sens vos lèvres brûler à l’envie de me poser une question. Reprend Hivernus d’une voix parfaitement modulée. Je vous en prie… Éclairez ma lanterne.

          - Veuillez m’excuser par avance Commandant, mais… Était-ce réellement nécessaire d’ordonner l’exécution de ceux qui n’acceptent pas de nous rejoindre ? Cela ne risque t-il pas d’avoir un impact négatif ? Demande à son tour Sylvar.

          - Nous sommes des soldats. Laissez les historiens juger nos actions si cela leur chante. La gloire importe peu. La seule chose qui doit réellement compter à nos yeux, ce sont les résultats que nous obtenons. Lâche mystérieusement l'humanoïde à peau bleue. Par ailleurs… Le doute tue Mademoiselle Sylvar. Nous sommes en guerre. Les choix difficiles sont le quotidien des officiers. Ceux qui hésitent un instant de trop meurent. N’oubliez jamais ceci.

          - Oui Monsieur. Souffle pour toute réponse la créature féline.

          L’esclave affranchie s’étonne toujours de l’éloquence de son supérieur. Il semble avoir réponse à tout, et son expérience ne connaît aucune limite visiblement. Mais pourquoi n’a t-il obtenu qu’un grade de lieutenant, lui qui obtient résultat sur résultat ? L’aide-de-camp se retient de poser de nouvelles questions au Chiss. Bien sûr, elle aimerait tant lui demander d’où il tire toutes ces leçons. Elle souhaiterait en savoir plus sur ce qu’il est, et d’où il vient. Mais il faut se rendre à l’évidence, il refusera toujours de parler de son passé. L’officier impérial est une énigme que nul ne pourra résoudre avant longtemps. Toutefois, cela ne veut pas dire qu’il faut baisser les bras pour autant… Peut-être qu’en parlant aux bonnes personnes, Sylvar pourrait récupérer quelques informations intéressantes sur lui. Mais pour cela, il faudrait déjà en finir avec cette campagne militaire meurtrière… Et malgré les progrès certains de l’armée commandée par Hivernus, le conflit semble s’enliser… S’éterniser.

          La porte glisse à nouveau dans le mur et laisse apparaître la silhouette du major Telsh. Le commando fait claquer ses talons avec une rigueur toute impériale. Il ne semble néanmoins pas vouloir pénétrer dans un lieu qu’il considère comme sacré et se contente donc de rester sur le seuil.


          - Monsieur, nous venons de terminer les préparatifs. Annonce le sous-officier, rigide comme peut l’être un bâton planté dans le sol.

          - Parfait. Donnez-moi deux minutes. Conclue le Chiss en se redressant péniblement.






          Des corps drapés de blanc, par dizaines, sont allongés et alignés sur plusieurs rangs. Un tel spectacle fait frémir d’horreur; intimide ou dérange. Et pourtant, cela ne semble nullement perturber le commandant des forces impériales. Son regard ardent suit un instant les va-et-vient continuels des brancardiers, qui achèvent de transporter les dernières dépouilles pour leur voyage final. Il se rive ensuite sur les troupes réunies pour cet évènement pour le moins… Singulier et important. Les soldats impériaux sont tous là, au garde-à-vous, prêts à écouter celui qui les mène au combat depuis plusieurs semaines. Leurs uniformes et leurs armures sont striés de bleu, autant pour se démarquer des forces mercenaires que pour rendre hommage à leur leader. Un symbole qui en dit long sur le dévouement de ces hommes… Si l’on excepte toutefois les individus qui combattaient il y a encore peu pour l’ennemi. Le Chiss détaille ensuite les nombreux civils ayant eu l’audace ou tout du moins l’envie de se présenter à cet évènement. Il s’agit, pour la plupart, de proches des soldats ayant péri lors des affrontements. Des membres éplorés de leur famille ou bien des amis affligés. Mais il y a aussi parmi eux des personnages curieux, des gens intéressés par ce que cet étrange officier impérial va dire et faire. Le regard de l'humanoïde à peau bleue se perd désormais sur les corps sans vie recouverts d’un drap blanc.

          - N’ayez pas de regrets pour les morts… Cette campagne militaire contre le Syndicat Tenloss ne signifie rien… La vraie guerre aura bientôt lieu, dans un endroit qui vous sera familier... Vient murmurer une voix douce dans son dos. Quelques dizaines ont donné leur vie pour vous aujourd’hui. Des milliers d’autres mourront sous votre commandement dans un futur proche… Car telle est votre destinée.

          Hivernus ne répond rien à cela. Peut-être qu’il n’en a pas envie. Ou peut-être est-il plongé dans ses pensées, comme à son habitude. Contrairement à ce que l’Anzat peut croire, le Chiss ne gaspille jamais ses hommes. Il prend en considération les risques… Et la mort de chaque soldat placé sous ses ordres. Un officier est responsable de ceux qui servent sous son autorité. Telle est la première règle du commandement. Il est responsable de leur sécurité, de leur équipement, de leur entraînement et ultimement… De leur mort. La vie des soldats ne tient qu’à un fil. Ce fil, le commandant est le seul à pouvoir le trancher, volontairement ou non. Il est en outre une sorte de dieu de la guerre et de la mort. Les décisions prises amènent toujours des conséquences, qu’elles soient bénéfiques ou au contraire… Néfastes. Et il ne tient qu’à l’officier de faire en sorte que ces conséquences se transforment en avantages. Azah Suutrar se trompe donc sur toute la ligne.
          L’art de la guerre ne repose pas uniquement sur la création de plans élaborés devant mener à la victoire. Cet art, aussi délicat et complexe soit-il, demande aussi une conception particulière du commandement. Le charisme et l’obéissance sont les deux piliers sur lesquels la vie d’un officier repose. L’obéissance doit être instantanée et complète. Ceux qui osent remettre en question les ordres doivent être disciplinés. Le charisme, pour sa part, repose sur la compréhension du commandant et les interactions qu’il a avec ses subordonnés. Ces deux piliers sont nécessaires puisqu’ils permettent de poser les bases solides d’une confiance entre celui qui commande et ceux qui sont commandés. Le Chiss pourrait débattre de tout ceci pendant des heures, mais il n’a pas besoin de se convaincre.

          L’impérial borgne préfère se pencher sur l’interprétation des mots, qui ont une importance capitale à ses yeux. L’Anzat fait mention d’une “véritable” guerre qui se rapproche de lui. Et qui se déroulera dans un endroit qu’il connaît relativement bien. Se peut-il qu’elle parle d’un conflit important au sein de l’Impérium ? Ou même d’une guerre touchant les Régions Inconnues et impliquant l’Ascendance Chiss ? Voilà des questions qui méritent d’être posées et étudiées soigneusement. Mais la principale interrogation de l'humanoïde à peau bleue, qui retient toute son attention, est de savoir si la tueuse en série ment pour parvenir à ses fins... Ou si elle est dotée d’un réel pouvoir de prédiction. De son point de vue, il ne peut pas s’agir de la deuxième possibilité. Du moins, pas avant qu’il n’ait pu prouver que cette chère Azah soit sensible à la Force. Il ne reste donc que la première option. Mais cela ne semble faire aucun sens. Pourquoi chercher à le manipuler de la sorte sur un sujet aussi étrange ? Voilà un mystère qu’il faudra résoudre assez rapidement.


          - Nous sommes en guerre Mademoiselle Suutrar. Ce n’est pas la première fois que je perds des hommes. Et ce ne sera probablement pas la dernière fois. Rétorque finalement Hivernus sans même se tourner vers son interlocutrice.

          - Oui bien sûr… Vous n’étudiez pas seulement l’art de la guerre… Vous avez été forgé par elle, dans un acier si pur qu’il est impossible pour vous de plier. Glisse doucement la femme dans le creux de son oreille. C’est ce qui fait de vous un être particulièrement… Intéressant et unique en son genre.

          - Dites moi Mademoiselle Suutrar… Faites vous des rêves prémonitoires ? L’interroge alors l’officier impérial avec sa froideur habituelle.

          - Je ne comprends pas l’intérêt de cette question… Répond l’Anzat, un brin de curiosité dans la voix.

          - Je ne vous demande pas de comprendre. Répondez, tout simplement. Insiste le commandant, se tournant enfin vers la tueuse en série et la fixant de son regard flamboyant.

          - Je… Oui… Peut-être ! Avoue Azah avant de continuer sur un ton plus méfiant. En quoi cela vous regarde t-il ?

          L'humanoïde à peau bleue se contente d’esquisser l’ombre d’un sourire. Il a eu la réponse qu’il souhaitait. Et cela le satisfait amplement. Toutefois, ce qu’il vient de découvrir à propos de sa chère acolyte restera un mystère pour les autres… Du moins pour un certain temps. Chaque personne a ses objectifs. Ceux de l’énigmatique créature qui affronte fièrement son regard infernal sont des secrets sombres qui ne souhaitent pas voir la lumière du jour. Mais inévitablement, ces buts profonds doivent être rendus manifestes s’ils veulent être atteints. L’Anzat ne semble pas s’offusquer du comportement froid et hostile de l’officier impérial. La femme le connaît assez pour savoir qu’il y a des choses auxquelles il refuse de répondre. Pour elle comme pour lui, cet étrange jeu de questions-réponses a pour but de tester l’autre sur de nombreux domaines afin de déceler de potentielles faiblesses. Jusque là, le Chiss s’est montré meilleur… Mais celle qui est devenue sa lame pense qu’il est sur le point de s’exposer… Oui… Il va bientôt baisser sa garde et révéler ses secrets. Azah a presque réussi à pénétrer dans son esprit la dernière fois, et elle a tiré de cette excitante expérience quelques informations précieuses sur son dieu de la guerre.

          - J’ai une mission à vous confier. Préfère ajouter Hivernus sur un ton glacial.

          - Je suis à vos ordres… Murmure avec amusement son interlocutrice.

          - J’ai besoin que vous transmettiez un message aux Corelliens. Déclare alors le commandant en croisant les mains dans son dos. Le contenu de ce message et vos instructions ont été notés dans un datapad. Adressez-vous au Major Telsh pour récupérer les informations contenus dans le bloc de données. Vous pouvez disposer dès à présent.

          - Bien mon seigneur… Souffle l’Anzat avant de disparaître hors du champ de vision du Chiss.

          Il n’y a nul doute à avoir sur le fait qu’elle va d’abord observer la scène qui va se dérouler dans peu de temps avant de remplir sa tâche. Il est dans la nature de la jeune femme d’assouvir sa soif de curiosité, surtout quand cela concerne son bien-aimé prince des ténèbres. Pour l'humanoïde à peau bleue, cela n’a pas d’importance. Il y a une foule qui attend une intervention de sa part. L’impérial traverse le cordon de sécurité formé par les commandos des Opérations Spéciales Impériales et les membres de sa garde d’honneur. Il s’arrête à quelques pas des dépouilles, flanqué par les officiers constituant son état-major. Sylvar, Slaryn, Telsh… Ils sont tous là, revêtus d’un uniforme noir aux bandes bleues. Molitor est le seul à faire exception, avec son uniforme vert olive. Mais il semble également avoir adopté les stries de la même couleur que la peau de son supérieur sur sa tenue militaire. Hivernus leur adresse un signe de tête bienveillant, puis pose son œil unique sur les corps sans vie drapés de blanc. Une minute de silence s’ensuit, comme un ultime recueillement destiné à accompagner les âmes défuntes dans l’au-delà. L’impérial humecte ensuite ses lèvres et son regard flamboyant vient détailler un à un les visages de ceux qui sont présents pour cet évènement. Le Chiss prend le temps de deviner les pensées des hommes et des femmes se tenant à quelques dizaines de mètres de sa position. Colère, rancune, chagrin, peur… Tant de sentiments qui peuvent mettre à mal ces êtres et qui les rendent si fragiles. Être tourmenté ou aveuglé par des émotions est une chose qui semble être assez commune parmi ces espèces. Dans leur détresse, ils se mettent à rêver d’un futur meilleur. Ils envisagent des solutions pouvant mettre fin à leurs tourments. L’espoir. Voilà ce qui anime ces gens, et ce, même dans les heures les plus sombres de leur insignifiante vie. Après tout, ne dit-on pas des rébellions qu’elles sont toutes fondées sur l’espoir ? C’est là un point sensible et important que l’officier impérial se doit d’utiliser. Quand on a des atouts en main, autant s’en servir à bon escient.

          - J’aimerai vous parler de la notion de sacrifice. Ces hommes et ces femmes, pour qui nous nous sommes aujourd’hui réunis, se sont sacrifiés dans la pure tradition du service militaire. Le coût du port de l’uniforme peut être élevé, parfois trop même. Mais ces gens là ont donné leur vie pour une cause à laquelle ils croyaient et pour laquelle ils ont combattu jusqu’à la fin. Débute Hivernus d’une voix forte et glaciale, presque sortie d’outre-tombe. Il est donc de notre devoir d’honorer leur sacrifice, tout comme eux ont honoré la cause qu’ils ont servi jusqu’à leur dernier souffle. Tant qu’il restera des forces mercenaires à affronter, il nous faudra mener les moindres combats. Car la guerre est loin d’être achevée et les batailles que nous avons jusque là remporté ne sont pas des victoires. Tel est le sens véritable de la notion de sacrifice. Nous devons être prêts à vivre et à mourir s’il le faut pour défendre nos valeurs, nos idéaux et nos familles...

          L'humanoïde à peau bleue marque un temps de pause. Les valeurs pour lesquelles il est prêt à faire le sacrifice de sa vie sont autant impériales que Chiss. D’une certaine manière, les deux sociétés sont intimement liées à ce qu’il est actuellement. L’officier impérial ne serait rien sans l’un ou l’autre. D’un curieux point de vue, Azah Suutrar a parfaitement raison. Il est forgé dans un acier pur et impossible à rompre, car il est le mélange étrange de deux cultures militaristes aux fortes convictions. Et en tant que tel, celui qui répond maintenant au nom d’Hivernus est amené à représenter cet empire composé de multiples espèces et cultures. Son dévouement envers ce régime idéal ne connaît aucune limite. C’est sans déférence ni préjugé qu’il sert cet ensemble de personnes aux origines variées. Car il est dans la logique des choses de poursuivre cet héritage… Un héritage légué sans le vouloir par les Chiss eux-mêmes et par un certain capitaine impérial aujourd’hui disparu. Un héritage qu’il jure silencieusement de transmettre à ceux qui combattront pour lui et avec lui jusqu’à la mort.

          - Cette armée est une grande famille. Aliens ou humains, hommes ou femmes, nouveaux membres ou anciens, cela n’a aucune importance. Nous sommes tous des frères et soeurs d’armes liés par un serment signé dans le sang de nos ennemis, et dans celui de nos camarades tombés au combat. Continue toujours aussi froidement le commandant en dévisageant les hommes qui se battaient encore peu pour l’ennemi. Le message les concerne tout autant que les autres après tout. Un soldat solitaire progresse vite, mais ce n’est qu’accompagné de son escouade qu’il progresse loin. Et c’est pour cette raison qu’il nous faut rester unis. Ce n’est qu’ensemble que nous pourrons dessiner un avenir meilleur pour cette base. Pour cette raison évidente, nous ne pouvons que saluer le comportement exemplaire de nos frères et soeurs tombés sur les champs d’honneur en ce jour, et durant les deux dernières semaines. Leur sacrifice ne sera pas oublié, car nous ferons en sorte de poursuivre l’oeuvre pour laquelle ils ont donné leur vie. Soyez fiers d'avoir combattu à leurs côtés. Et soyez fiers de servir ensemble, sous la même bannière, car vous ne trouverez pas d'armée plus efficace et dévouée dans toute la galaxie.

          Nouveau silence. Un silence étrange et pesant, durant lequel nul n’ose remuer, parler ou même simplement respirer. Bien que fermement campé sur sa jambe et sa canne, le Chiss se sent défaillir. Une douleur vive vient de nouveau le lancer au niveau de ce qu’il lui reste de jambe droite. Une douleur si pénible qu’il n’arrive plus à penser à autre chose. Pour ne pas arranger les choses, les hommes et les femmes regroupés autour de sa personne ne semblent pas décidés à briser le silence. Seuls quelques raclements de gorge sont perceptibles ici et là. Ils attendent tous quelque chose, sans réellement savoir quoi, comme transcendés ou bouleversés par le discours de l’officier impérial. La communication passe uniquement par le regard. Il n’y a parfois nul besoin de recourir à la parole pour faire passer un message. Et dans le cas présent, la teneur du message est claire. Jusque là, les volontaires combattant sous la bannière impériale se sont battus pour des idéaux. Aujourd’hui, ces mêmes soldats sont prêts à mourir pour celui qui les représente en ce lieu. Hivernus a gagné bien plus que le respect et l’obéissance aveugle de ses troupes. Il a obtenu de leur part quelque chose de plus précieux encore… Une loyauté inconditionnelle.

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            Post n°12
            Auteur : Hivernus

            Quelque part au sein de Base Vergesso, dans le secteur contrôlé par les insurgés Corelliens.

            - Comment a-t-elle franchi notre périmètre de défense constamment modifié ?
            Demande avec un certain agacement un premier homme.

            - Nous n’avons pas de réponse à ça. On ignore comment elle s’est débrouillée pour atterrir dans le coin sans se faire repérer. Mais puisqu’elle est toujours dans votre bureau… Vous pourrez le lui demander vous-même.
            Répond le deuxième, qui suit le premier comme son ombre.

            - Je vais faire mieux que ça. Râle simplement l’autre en accélérant la cadence.

            Ayant entamé la cinquantaine, Keldron Iblis n’est pas né de la dernière pluie. Il a passé ces trente dernières années à batailler sans relâche. Il s’était battu avec les séparatistes contre la République puis contre l’Empire Démocrate. Notre homme avait participé à certaines campagnes militaires particulièrement dévastatrices, comme les deux assauts sur Coruscant. Il compte depuis presque autant de blessures que de victimes. Il avait tout pour être un héros de guerre. Mais c’était il y a longtemps, à une époque qui lui semble lointaine… Quand il était encore jeune. Car un beau jour, il décide de quitter l’armée séparatiste et disparaît sans laisser de traces... Avant de resurgir quelques années plus tard comme contrebandier dans des endroits peu accueillants. La vérité, c’est qu’il ne trouvait plus son compte au sein de la Confédération des Systèmes Indépendants. Il avait combattu dans l’espoir d’imposer certaines choses qui faisaient défaut à la République, puis à son successeur impérial. Mais au bout du compte, le régime séparatiste a basculé du mauvais côté de la balance. En jurant de lutter contre la corruption et la décadence des républicains et, par la suite, des impériaux, les séparatistes ont goûté de trop près à ces fruits pourris. Et depuis, ils se plaisent dans leur fortune amassée au cours de nombreux conflits meurtriers provoqués par leurs soins. Ils se vautrent dans ces sentiments de puissance, de fierté, de confiance qui ont pu ronger de l’intérieur l’Ancienne République et les régimes qui lui ont succédé.

            En tant que contrebandier, Keldron avait collectionné les missions suicidaires. Il avait fait nombre de courses dangereuses dans des territoires qui le sont tout autant. Il avait pris des risques qu’aucun individu sensé ne prendrait. Ses vieux instincts prenaient toujours le dessus. Ses réflexes automatisés de pilote avaient sauvé sa vie à de multiples reprises. Le Corellien avait passé des années entières à fourrer son vaisseau dans des situations improbables, s’en sortant toujours, mais parfois de justesse. Une vraie tête brûlée. Il se sentait intouchable. Mais il espérait secrètement en finir avec la vie, attendant la joie du dernier grand frisson, attendant d’être enfin délivré de sa lassitude lors d’un combat épique ou d’une ultime course folle… Sans jamais trouver l’un ou l’autre. Voilà à quoi aspirait l’homme brisé qu’il était après la grande désillusion que fut la Confédération des Systèmes Indépendants.Tel est le bilan d’une vie passée à lutter contre une République qui s’effondre, contre un Empire Démocrate déjà bancal… Le bilan d’une vie passée à fuir les conséquences de l’émergence d’une nouvelle puissance galactique qu’il a aidé à construire.

            Du moins, telle fut sa vie avant Base Vergesso. Car il a depuis trouvé l’amour et la chaleur réconfortante d’une famille. Libéré des regrets et de la léthargie qui l’accablaient depuis tant de temps, Keldron n’est plus l’âme perdue qu’il a été. Son arrivée au sein de Base Vergesso a donné un sens à sa vie. Lorsque l’occasion de prendre le dessus sur le Syndicat Tenloss s’est présentée, le natif de Corellia n’a pas hésité une seconde. Il a pris les armes non pas au nom d’une quelconque idéologie, mais bien pour assurer l’avenir de sa famille. Cette famille, c’est une communauté Corellienne forte de quelques milliers d’âmes qui vit au sein même du planétoïde. Nombreux sont ses camarades qui l’ont rejoint dans sa lutte. Aujourd’hui, les insurgés dirigés par Iblis sont maîtres d’un territoire assez grand pour qu’ils puissent y vivre en paix sans être étalés les uns sur les autres. Et bien loin des préoccupations douteuses de quelques gangs malintentionnés… En outre, notre homme est prêt à faire le sacrifice de sa vie pour conserver ce qui a été durement acquis durant ces dernières semaines.

            En entrant dans son bureau, le leader des indépendantistes Corelliens n’est pas étonné de voir qu’une jeune femme a pris la peine de se vautrer dans un sofa. On ne lui avait pas menti. Elle l’attendait. Les deux gardes en faction de chaque côté de la porte saluent Keldron d’un signe de tête. L’homme détaille silencieusement la mystérieuse intruse. Une silhouette parfaite, une longue chevelure brune à en rendre jalouse les femmes, une peau aussi pâle qu’un astre, un sourire à peine dissimulé… A première vue, cette curieuse visiteuse n’a rien de dangereux. Elle attire même la sympathie. Et pourtant, derrière un joli sourire peut se dissimuler le pire assassin de la galaxie. La méfiance est donc de mise… Surtout quand on ne connaît pas les intentions de ceux qui se permettent de s’introduire chez les autres sans demander la permission. L’ancien militaire se sert un verre de whiskey et s’installe dans un fauteuil faisant face à celui de l’inconnue. Il avale une gorgée de ce précieux liquide, qui se fait rare en ces temps difficiles, avant de se lancer à l’eau.


            - Félicitations, vous vous êtes faufilée dans les failles de nos défenses sans la moindre difficulté. J’ignore qui vous a envoyé ici ou ce que vous tentez d’accomplir, mais la clémence n’a pas son cours ici. Donnez-moi une seule bonne raison de ne pas vous faire exécuter sur-le-champ.
            Débute simplement Keldron en fixant l’énigmatique femme qui le regarde avec un certain dédain.

            - Je ne suis qu’une simple messagère Monsieur. Tuez-moi maintenant et vous devrez répondre de vos actes à mon supérieur. Rétorque cette dernière avec amusement.

            - Et la messagère a un nom j’imagine.
            Grogne le Corellien, mécontent de la réponse donnée par son interlocutrice.

            - Bien évidemment. Cette messagère s’appelle Azah Suutrar, mais cela n’a aucune importance... Ajoute sur un ton moqueur l’Anzat.

            Le chef des insurgés sent un frisson intense parcourir l’ensemble de son corps. Barouder dans l’espace froid qu’est la galaxie offre son lot de sensations. S’arrêter dans les astroports pour faire le plein de crédits et de vivres devient rapidement une nécessité. Ce sont dans ces endroits là que l’on trouve des types louches, des ivrognes et des âmes désespérées. Et ce sont dans ces endroits là que l’on entend tout plein de choses… Des rumeurs, des légendes, parfois même des mensonges… Keldron Iblis avait entendu parler d’une certaine Azah Suutrar dans un coin paumé de la galaxie où il avait fait quelques affaires. De ce qu’il sait, celle qui répond à ce nom est une tueuse en série Anzat recherchée dans plus d’une dizaine de systèmes pour plusieurs douzaines de meurtres. Employée comme garde du corps ou comme tueuse à gage par divers groupes ou personnages, elle avait fait des ravages chez les dignitaires de mondes secondaires comme chez les grosses frappes du milieu criminel. Jusque là, cette charmante femme n’avait jamais été attrapée par les services de sécurité planétaires ou par de quelconques organisations douteuses ayant des comptes à régler avec elle. L’Anzat avait donc eu le temps et l’occasion de continuer ses sinistres oeuvres… En résumé, le cinquantenaire sait qu’il ne vaut mieux pas lui chercher des embrouilles à celle-là. Car si elle bien ce qu’elle prétend être, à savoir Azah Suutrar, elle serait capable de tous les flinguer en l’espace de quelques secondes.

            - Bien... Je vous écoute.
            Soupire l’ancien militaire après avoir avalé une nouvelle gorgée de whiskey.

            - Je vous remercie par avance, joli minois. Indique alors la messagère, gloussant légèrement. Vous n’êtes pas sans savoir qu’un officier impérial répondant au nom d’Hivernus est à l’origine de ce qu’il se passe actuellement au sein de Base Vergesso… C’est en quelque sorte grâce à lui que vous avez pu vous soulever contre le Syndicat Tenloss…

            - J’ai effectivement entendu parler d’un certain Hivernus… Et j’ai eu quelques retours sur les actions qu’il a mené contre les mercenaires de Natori. Acquiesce l’homme en passant une main dans sa barbe, l’air songeur. Donc les impériaux vous ont finalement rattrapé et vous bossez pour eux depuis ?

            - Quelle perspicacité ! Commente Azah en lâchant un nouveau rire. Toutefois, je tiens à préciser une chose… Je ne travaille pas pour l’Impérium, loin de là. Je ne suis redevable qu’à une seule personne.

            - Hivernus j’imagine. Maugrée alors Keldron, déjà lassé par ce jeu stupide de questions-réponses qu’il a involontairement provoqué. Je me demande bien pourquoi vous pouvez lui être loyale à ce point...

            - Décidément, vous êtes devin ! Réplique en souriant la tueuse en série. Du point de vue d’Hivernus, nous avons tous un rôle à jouer, une place à trouver dans la société. Laisser croupir des criminels en cellule est un gaspillage sans nom de son avis… Alors il offre à tout le monde une raison de vivre… Ou une chance de mourir. L’Impérium aurait pu me garder enfermée et enchaînée pendant des décennies entières, sans jamais rien attendre de moi. Mais Hivernus est arrivé. Il a décidé que mes talents pouvaient servir les intérêts du régime impérial. Il m’a offert une opportunité. Cette opportunité a donné un but à ma vie. Et depuis, je sers sa volonté comme s’il s’agissait de la mienne. D’une certaine façon, nous ne sommes pas si différents vous et moi… Nous n’étions que des âmes perdues et errantes avant que quelqu’un ne vienne nous indiquer la voie à suivre.

            La comparaison est osée. Mais d’un certain point de vue, cette analyse se révèle être exacte. La question que se pose désormais le Corellien, c’est de savoir comment cette femme a réussi à trouver des informations à son sujet. Ce qu’il ignore, c’est que cette dernière est capable de lire dans les pensées et même de prendre le contrôle de l’esprit d’un quelconque individu. Un mystérieux don de la Force elle-même qui s’avère particulièrement utile… Que ce soit pour satisfaire un besoin personnel ou pour répondre aux attentes précises d’un client. C’est en outre ce lien privilégié avec la Force et ses talents naturels dans l’art de l’assassinat qui ont fait de notre chère Anzat un outil particulièrement efficace et dangereux entre les mains d’un Chiss ambitieux… Toutefois, ces informations ne sont pas connues du leader des insurgés Corelliens. De ce fait, Keldron, qui n’a pas envie de dévoiler son avenir sentimental et son passé à la jeune femme, décide de recentrer la conversation sur un sujet moins personnel.

            - Cela se peut en effet, mais revenons à l’essentiel. Vous avez un message à me transmettre… De la part de ce fameux Hivernus je suppose. Reprend l’ancien militaire, particulièrement méfiant.

            - Oui… Bien évidemment. Souffle Azah en esquissant l’ombre d’un sourire. Le Commandant Hivernus propose une alliance entre vos forces et les siennes, dans le but de chasser de Base Vergesso les troupes du Syndicat Tenloss.

            - Je vois. Et qu’est-ce que j’y gagne dans l’histoire ? Vous savez, les impériaux n’ont pas bonne réputation… Ils sont gourmands à ce qu’on dit. Vous comprendrez donc que je ne tiens pas vraiment à me faire berner par vos petits copains. Réplique le Corellien en réajustant sa position dans son fauteuil.

            - Hivernus n’est pas de ceux qui abusent de la confiance qu’on leur offre. Il tient toujours parole. Et je sais qu’il s’éloigne peu à peu du chemin habituel des officiers impériaux pour suivre sa propre voie... Débute alors l’Anzat d’une voix étrangement douce et douteuse. Ce qu’il vous propose, c’est de l’aider à combattre les mercenaires du Syndicat Tenloss en échange de la conservation de vos territoires une fois la base sous notre contrôle. Vous aurez le droit à votre autonomie et à votre espace vital. Personne ne viendra vous déranger. Croyez-moi quand je vous dis que cette offre est généreuse...

            - Certes. Laissez-moi un peu de temps pour réfléchir. Marmonne Keldron, toujours pas convaincu.

            - Ne réfléchissez pas trop longtemps… Le temps joue contre nous. Lorsque les troupes du Syndicat Tenloss en auront fini avec les forces impériales, c’est vers vous qu’elles se tourneront… Surenchérit la jeune femme, toujours aussi confiante et moqueuse. Considérez cette alliance comme une nécessité...

            Son interlocuteur n’a pas le temps de répondre à cette remarque pour le moins éloquente. Son attention est requise ailleurs… Les gardes laissent entrer l’un des soldats combattant sous la bannière du mouvement indépendantiste Corellien. Ce dernier vient glisser quelques mots à l’oreille de l’ex militaire. Iblis, qui jusque là semblait peu convaincu et méfiant, le visage sévère, se permet à présent de sourire.

            - Votre Commandant semble avoir encore beaucoup de cartes à jouer Mademoiselle Suutrar… Annonce finalement le cinquantenaire en passant machinalement une main dans sa barbe. Un vaisseau de guerre vient d’entrer dans le système et s’apprête à livrer bataille en son nom. Je vais peut-être reconsidérer votre offre...

            - Je n’en doute pas… Croyez-moi, vous aurez beaucoup à apprendre l’un de l’autre… La rencontre sera des plus intéressantes. Conclue la tueuse en série en affichant une expression amusée.

            Le Corellien quitte son fauteuil et son verre pour venir échanger une poignée de main avec l’étrange émissaire. Une fois le lieu du rendez-vous fixé et l’heure donnée, les deux individus se séparent. Keldron retourne à ses occupations militaires et s’apprête à mener une enquête sur une possible défaillance de son réseau de défenses… L’Anzat, pour sa part, s’évanouit dans la nature, comme elle sait si bien le faire. Les types dépêchés par le leader des insurgés pour la surveiller de loin ne parviennent pas à retrouver sa trace et rentrent bredouilles, sans avoir d’explications à donner à leur supérieur. La jeune femme semble être un véritable fantôme capable d’apparaître et de disparaître à volonté. Néanmoins, ce que la lame d’Hivernus ne dit pas, c’est qu’elle dispose des indications de son tant adoré prince des ténèbres pour s’infiltrer à sa guise dans les moindres recoins de la base. Et alors qu’elle se déplace dans les étroits conduits des installations du planétoïde, Azah ne peut s’empêcher de réfléchir aux informations offertes par le Corellien. Un vaisseau de guerre impérial vient se pointer dans le secteur… Ce qui peut indiquer deux choses. La première, c’est que le Chiss cache bien son jeu, une fois de plus, et qu’il n’est visiblement jamais à court de ressources. Mais tel était le cas, il n’aurait pas besoin de demander le soutien militaire des insurgés Corelliens. Ce qui ne laisse qu’une deuxième possibilité… A savoir que l’officier commence à se faire un nom au sein de l’Impérium, qu’on s’intéresse à lui et que certains voient là l’opportunité de soutenir un individu qui pourrait par la suite leur être utile…

            Les choses promettent donc d’être intéressantes. De multiples choix semblent se dessiner et peuvent offrir divers chemins hasardeux. Mais Azah Suutrar, la première lame d’Hivernus, ferait tout pour guider l’élu de son coeur dans la bonne direction… Elle se voit déjà le prendre par la main pour l’emmener sur des terres en proie aux flammes dans une galaxie mourante. Non, elle n’aurait aucun regret à le conduire vers son destin, vers la guerre et la gloire. Et si pour cela elle devait avoir recours au meurtre, à la séduction ou à la manipulation, alors elle le ferait sans hésiter.






            Précédemment.


            Un antique croiseur stellaire de classe Interdictor quitte l’hyperespace et vient fendre l’obscurité dans un silence inquiétant. La structure particulière du vaisseau ressemble fortement au bec d’un rapace venu dévorer les entrailles d’un quelconque cadavre laissé sur un champ de bataille. Et quel champ de bataille en effet. Les morts se comptent par centaines au sein de Base Vergesso. Vautours et corbeaux sont donc de sortie et se livrent un duel à mort pour s'approprier les restes encore chauds… Le croiseur, rebaptisé pour l’occasion “Poing de Pandore” afin d’éviter aux impériaux un éventuel incident diplomatique, se dirige vers son objectif : Le planétoïde où se rassemble déjà les forces spatiales de l’Association Natori. A son bord, l’équipage s’est déjà préparé pour les affrontements à venir. Le branle-bas de combat a gagné l’ensemble du vaisseau en l’espace de quelques minutes. Les hommes, tels des automates qui ont l’habitude de répéter cet exercice, sont à leur poste, prêts à exécuter la tâche qui leur est confié. Sur la passerelle du “Poing de Pandore”, l'effervescence est totale. Le capitaine Netbers contemple les astéroïdes qui viennent occuper l’ensemble de la baie vitrée. Fort heureusement pour lui, son croiseur et les chasseurs qu’il embarque n’auront pas à livrer bataille dans ce champ d'astéroïdes. Base Vergesso, par chance, est située à un endroit facile d’accès. Il sera donc un véritable jeu d’enfant de prendre d’assaut l’installation et la flotte qui la protège…

            L’officier impérial se tourne silencieusement vers son équipage, rectifiant machinalement les plis de son uniforme vert olive. Ses ordres sont clairs. Ils viennent de la Grande Moff en personne. Pour certains, il s’agit d’un honneur immense de recevoir de la part de la naine des directives précises. Mais le capitaine Netbers n’est pas de ceux-là. Peu lui importe de savoir qui dirige, qui donne les ordres. De son avis, la seule chose qui importe vraiment est de savoir si celui ou celle qui donne ces directives est suffisamment compétente. A partir du moment où il est sûr d’être sous le commandement d’une personne qualifiée, l’impérial exécute sans broncher les ordres qu’on lui donne, en bon officier qu’il est. L’homme fait quelques pas sur le pont de son vaisseau et s’arrête au dessus d’une des deux fosses.


            - Lieutenant, combien de vaisseaux ennemis comptez-vous ? Demande finalement Netbers à un individu ayant tout juste la vingtaine.

            - L’ennemi a rassemblé deux frégates d’escorte de type Nébulon-B, soutenues par au moins deux escadrons de chasseurs.
            Rapporte alors le jeune homme depuis son trou d’équipage.

            - Je vous remercie Lieutenant. Continuez votre surveillance.
            Répond le capitaine sur un ton plus ou moins autoritaire.

            - A vos ordres Monsieur.

            L’officier se racle la gorge, puis humecte ses lèvres desséchées par une trop longue attente. L’angoisse semble monter jusqu’à son cerveau et le prive l’espace d’un instant de ses réflexions. Mais l’homme prend finalement le dessus sur ses peurs et chasse ces dernières de sa tête. S’il attend trop longtemps avant de donner l’assaut, il laisserait aux forces mercenaires l’occasion de se préparer, chose qu’il tient absolument à éviter. Le commandant du “Poing de Pandore” se dirige vers l’autre fosse et lance de nouveaux ordres.

            - Ouvrez un canal de communication.
            Ordonne le capitaine en ajustant nerveusement le col de son uniforme.

            - C’est fait Monsieur. Annonce un enseigne chargé des communications.

            - Bien… Netbers toussote légèrement puis humecte une nouvelle fois ses lèvres, avant de débuter d’une voix ferme : Ici le Capitaine Netbers, du croiseur stellaire “Poing de Pandore”. Cette zone est désormais placée sous l’autorité du Commandant et Seigneur de la guerre Hivernus. Les forces mercenaires sont invitées à se retirer du secteur. Tout refus d’obtempérer sera considéré comme un acte de guerre et entraînera de violentes représailles. Vous avez cinq minutes pour signaler vos intentions.

            Un silence s’installe progressivement sur la passerelle. Les minutes passent et aucune réponse ne semble pointer le bout de son nez. La conclusion est évidente. La bataille est inévitable… Du moins le semblait jusque là. Une nouvelle ne tarde pas à rassurer le commandant du croiseur stellaire de classe Interdictor.

            - Monsieur, les vaisseaux ennemis semblent quitter la zone. Ils se replient de l’autre côté du champ d'astéroïdes.
            Indique alors le lieutenant chargé de surveiller les mouvements des forces de l’Association Natori. Ils se regroupent à proximité d’un complexe Monsieur.

            Le combat n’est donc pas pour maintenant. Le capitaine souffle un coup et sent la pression s’évacuer doucement. Toutefois, l’heure n’est pas aux réjouissances. Car en s’éloignant vers un point précis, l’ennemi a tout le temps de réfléchir à la stratégie qu’il faut adopter. Et il pourrait très bien attendre que les renforts arrivent avant de lancer une quelconque offensive. En outre, le court laps de temps permet à notre officier impérial de débarquer quelques troupes à l’intérieur de Base Vergesso pour appuyer ce mystérieux “Hivernus” qu’on lui a demandé de seconder.

            - Identifiez ce complexe Lieutenant. Commente finalement Netbers après un moment de réflexion.

            Le jeune homme hoche la tête en guise de réception de l’ordre et se penche à nouveau sur les données défilant sur sa console. Si l’heure de l’affrontement n’est pas encore fixée, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas rester sur ses gardes. Après tout, qui sait à quoi sert ce complexe ? Il se peut que ce soit une forteresse… Ou une construction d’une réelle importance stratégique. Dans tous les cas, la prudence est de mise. A bord du vaisseau de guerre impérial, chaque homme, chaque femme est à sa place, dans sa section. L’équipe des senseurs transmet les informations en temps réel, rapidement relayées par le personnel chargé de la liaison entre les défenses et l’armement. L’opération militaire en cours requiert un mental d’acier, une discipline de fer et une coordination à toute épreuve… Il en va de la réussite de la mission… Et de la survie de l’équipage. L’échec n’est pas permis.

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              Post n°13
              Auteur : Hivernus

              [Light of the Chiss.]


              Base Vergesso a des allures de champ de bataille. Les Corelliens qui quittent une zone dévastée pour en rejoindre une autre constatent toutefois que certains endroits sont sévèrement plus touchés que ceux occupés par leur communauté insurgée. Le carrefour, lieu de rendez-vous avec Hivernus, est l’un de ces quartiers dévisagés par la guerre. Les bâtiments sont en ruines, noircis et ravagés par la violence des combats. Et malgré la volonté du Chiss de renvoyer aux mercenaires leurs morts, les hommes de la compagnie Molitor ont volontairement oublié certains cadavres sur place afin de les laisser pourrir pour les priver de leur dignité. Une sorte d’acte de vengeance à l’encontre des combattants de l’Association Natori qui ont fauché du monde dans leurs rangs.

              Keldron Iblis, à la tête d’un cortège de dix de ses meilleurs soldats, contemple cette scène macabre d’un oeil sinistre. Mort et destruction. Voilà ce qu’il est amené à observer. Cela le ramène des années en arrière, quand il était encore jeune et fringant. Il se replonge dans les sombres heures de sa vie antérieure. Il se remémore les batailles sanglantes menées par les séparatistes et ces visions d’horreur du passé achèvent de le rendre plus maussade encore. La guerre, on la subit, que ce soit en prenant les armes ou en attendant dans l’angoisse qu’elle s’achève. Tout le monde y participe, de près comme comme de loin. Et elle ne laisse dans son sillage que des âmes en peine, brisées par la mort d’êtres chers… Ou au contraire, apporte avec elle son lot d’hommes braves et héroïques, rendus sinistres par les évènements. Dans tous les cas, la guerre n’apporte rien de bon. Elle change à tout jamais la mentalité de ceux qui y participent volontairement comme involontairement… Sauf peut-être celle des politiciens et des commerçants, qui voient là l’occasion de faire de beaux profits et qui trouvent probablement quelques intérêts à faire la guerre. Au final, ce sont toujours eux qui sortent gagnant des conflits. Et il en serait probablement ainsi jusqu’à la fin des temps.

              Les Corelliens restent sur leurs gardes. Ces derniers ont oublié ce qu’est un champ de bataille. Jusque là, ils se sont contentés de protéger leurs positions, de conserver ce qu’ils ont durement acquis lors des premiers jours d’insurrection. Ils sont restés bien au chaud derrière leurs remparts improvisés. Ils n’ont jamais eu à lancer des assauts violents contre les mercenaires, à l’instar des hommes combattant sous le commandement d’Hivernus. Les indépendantistes menés par Iblis ne savent pas ce qu’est une guerre de mouvement. Ils découvrent progressivement les ravages causés par des charges meurtrières et répétitives. Par endroits, les murs sont recouverts de matière cérébrale ou sont souillés de sang, témoins infortunés des carnages ayant eu lieu dans ce coin désolé de la base spatiale. Paradoxalement, c’est ce carrefour qui a été choisi par la messagère Anzat et le cinquantenaire pour servir de lieu de rencontre entre lui et le Chiss.

              Du fait de sa position stratégique, l’endroit est idéal pour une réunion “improvisée” de la plus grande importance. Chacun des deux camps a une possibilité de repli vers les places fortes tenues par leurs troupes respectives, si jamais les forces du Syndicat Tenloss cherchent à lancer une nouvelle attaque sur le carrefour. Chose qui, du point de vue des combattants, est peu probable. Le désastre que fut le dernier affrontement entre soldats impériaux et mercenaires est certainement encore fortement ancré dans la mémoire des portes-flingues ayant survécu à l’assaut. Et puisque Hivernus a dépêché la compagnie de Sylvar en renfort de celle de Molitor pour assurer la sécurité du front, il est pour le moins improbable qu’une quelconque attaque ait lieu pour le moment. Keldron et ses hommes avancent donc dans un terrain apparemment conquis, mais qui semble pour le moins abandonné par les troupes impériales, du fait du manque cruel de combattants. Le silence total et les éléments macabres qui pullulent à tous les coins de rue mettent particulièrement mal à l’aise les Corelliens. Ils ont l’impression de traverser une ville fantôme, animée seulement par quelques spectres du passé. Les heures de gloire de Base Vergesso sont loin derrière maintenant…

              Finalement, une silhouette familière mais tout aussi lugubre quitte l’ombre d’un bâtiment à moitié écroulé et vient à la rencontre du cortège. Azah Suutrar, beauté mortelle et assassin personnel du commandant Hivernus, se plante face à eux en esquissant l’ombre d’un sourire. Cette attitude étrange ne rassure nullement le leader des insurgés, ni ses compagnons d’armes. Il y a une lueur étrange dans le regard noir de la jeune femme. Une étincelle qui ne demande qu’à consumer le coeur des hommes… Iblis se persuade silencieusement d’une chose : Elle doit se plaire ici, au milieu des morts, dans ce chaos ambiant. Oui. L’Anzat est à sa place dans ce monde cruel. Et il y a fort à parier qu’elle se nourrit des douleurs et des peines de ceux qui viennent mourir en ces lieux. Cette simple pensée fait frissonner le militaire à la retraite.


              - Le Commandant Hivernus vous attend Messieurs… Déclare la tueuse en série en s’inclinant, sans quitter son curieux sourire.

              - Nous vous suivons. Grogne Keldron, déjà agacé par l’attitude de la jeune femme.

              Azah étire ses lèvres en un sourire carnassier, qui achève de plonger les Corelliens dans un état de méfiance. Se peut-il qu’ils plongent dans un piège ? Non, cela n’aurait aucun sens. C’est du moins ce que le chef des insurgés essaie de croire. Il espère silencieusement que cette rencontre n’est pas un sale traquenard… Sa paranoïa prend finalement le dessus. L’homme ne peut s’empêcher de guetter les fenêtres et les ruelles sombres, à la recherche d’un éventuel combattant embusqué. Les minutes passent, le groupe poursuit sa route et aucun individu louche ne semble vouloir se présenter dans le coin. Iblis ne sait plus quoi penser… Et il finit par se convaincre que tout ceci n’est qu’un mauvais tour joué par la peste qui leur sert de guide dans ce quartier ravagé par les combats. Cette femme le rend dingue, il en est sûr et certain à présent ! Elle cherche à les tester… A les éprouver… Elle joue avec leurs nerfs. Le Corellien serre les dents. Il espère secrètement que le “commandant” n’est pas fait dans le même bois que cette folle furieuse. Si c’est le cas… Il se voit malheureusement bien être l’auteur d’une nouvelle boucherie dans ce coin déjà bien macabre. Laisser le contrôle de cette base à un taré serait une énorme connerie de sa part. Mais pour l’heure, il faut se laisser le temps de découvrir ce fameux Hivernus, de le cerner, avant de prendre une quelconque décision.

              L’Anzat disparaît dans un bâtiment aux fenêtres brisées, bientôt suivie par le reste du groupe. Elle monte une série de marches, sans même se préoccuper de savoir si les autres sont bien dans son sillage. Keldron s’arrête en bas de l’escalier. Il reste méfiant. Une partie de lui se persuade qu’il y a quelque chose de louche dans toute cette affaire. Ce sentiment semble partagé par ses camarades. Il suffit de voir les têtes qu’ils tirent pour comprendre qu’ils ne sont pas plus sereins que lui.


              - Vous trois, avec moi. Ordonne nerveusement le cinquantenaire avant de s’adresser aux autres. Surveillez le périmètre. Restez vigilants.

              Selon les directives de leur leader, les Corelliens se dispersent et forment un périmètre de sécurité autour de la bâtisse. Après un court instant de réflexion, l’ancien militaire décide finalement de grimper les marches, imité par la suite par les trois combattants désignés pour couvrir ses arrières. Lorsqu’il arrive à l’étage, il est soulagé de voir qu’il n’y a aucun piège à l’horizon. Il s’est, encore une fois, pris la tête pour pas grand chose à cause de cette foutue femme. Iblis pénètre dans la pièce et fait désormais face à celui qui se fait appeler Hivernus. Confortablement installé dans son fauteuil, flanqué par son aide de camp Cathar et par son garde du corps Anzat, il ressemble presque à un conquérant attendant patiemment qu’un ennemi vaincu vienne déposer les armes à ses pieds. C’est peut-être même un peu le cas quand on y pense. Mais le chef des insurgés ne s’arrête pas à cette pensée et détaille silencieusement son futur interlocuteur. Le commandant impérial est, à première vue, un type salement amoché par la guerre. Un oeil est manquant et il semblerait même qu’il ait perdu une jambe dans un quelconque affrontement, à en voir la prothèse de fortune qui la remplace. Cet Hivernus est donc probablement un homme d’action, qui sait ce qu’est la guerre et qui a donc une certaine expérience des champs de bataille. Toutefois, ce qui frappe le plus Keldron, en dehors des nombreuses blessures de guerre, est l’aspect physique général de l’impérial. L'humanoïde ne ressemble à rien de connu dans la galaxie. Et pourtant, le cinquantenaire en a vu des choses. La peau bleue et l’oeil rouge qu’il lui reste lui donnent un air de Duros, mais il a bien plus l’apparence d’un humain que d’un représentant de cette espèce. Il pourrait toujours le questionner à ce sujet plus tard…

              - Monsieur Iblis, je vous en prie, installez-vous. Débute d’une voix glaciale le Chiss, en désignant d’un geste de la main le fauteuil vide. Vous m’excuserez de vous accueillir dans ces circonstances… Je n’ai pas de quoi nous rafraîchir correctement.

              - Ne vous en faites pas pour moi Commandant. Les temps sont durs dans tous les coins de cette foutue base. Un verre d’eau suffira. Répond simplement le Corellien en se vautrant dans le mobilier encore en bon état.

              En y réfléchissant, l’ancien militaire se dit que l’officier impérial a probablement déplacé quelques uns des meubles de ses quartiers privés pour le recevoir “correctement”. Un geste dérisoire mais toutefois apprécié par le leader des indépendantistes. Après tout, il est plus facile de discuter de l’avenir quand on est bien installé… Hivernus acquiesce d’un signe de tête. La jeune Cathar s’empare d’un pichet d’eau disposé sur une table basse et remplit un premier verre, qu’elle tend au cinquantenaire. Elle sert un deuxième verre à son supérieur borgne, mais cette fois-ci, le liquide n’est pas translucide, mais bleu. Du lait bleu pour un être bleu. Quelle ironie ! Iblis étire ses lèvres en un sourire amusé. Après avoir fait son service, la créature féline reprend sa place initiale, auprès du commandant. Tout semble protocolé au millimètre près chez les impériaux. On ne ment visiblement pas à leur sujet. Keldron avale une gorgée d’eau avant de se lancer, comme à son habitude.

              - Dites moi Commandant… Si vous voulez que je sois de votre côté, il va falloir m’expliquer vos intentions… Et le but de votre venue ici. Commence le Corellien. Cette question est sûrement indiscrète, j’en conviens, mais la base se portait bien mieux avant votre arrivée vous voyez… Alors je me pose des questions. Comme tout l’monde.

              - Je comprends parfaitement vos interrogations Monsieur Iblis. Déclare alors froidement le Chiss, après avoir siroté son verre de lait bleu. Je ne peux pas vous indiquer l’origine de ma présence au sein de Base Vergesso. Ceci relève du confidentiel. Je peux toutefois vous donner satisfaction sur ce qui m’a fait rester…

              Alors qu’Hivernus s’apprête à révéler ce qui le retient en ces lieux, l’écho d’un tir se répercute dans l’ensemble du quartier, bientôt suivi par un deuxième, mettant tout le monde sur ses gardes… Sauf peut-être le principal concerné, l'humanoïde à peau bleue, qui reste aussi stoïque qu’une statue. Sans oublier bien sûr, sa sublime protectrice et tueuse, qui, ne semblant pas s’intéresser à ce qu’il se passe dehors, se contente de sourire étrangement. Ces deux là forment un curieux duo… Un duo qui fait froid dans le dos. C’est du moins l’avis d’Iblis lorsqu’il tourne à nouveau son attention vers eux. Quelque chose les lie, c’est certain. Peut-être la noirceur qui semble les noyer de l’intérieur… Oui, c’est une possibilité. Ce sont deux êtres rongés par les ténèbres, peut-être même forgés dans ces ténèbres. La question que se pose désormais Keldron, c’est de savoir pourquoi et comment cet individu mystérieux s’est retrouvé plongé dans l’obscurité.

              - Ne vous inquiétez pas Monsieur Iblis. Nous ne sommes pas attaqués. Continue sur un ton hivernal l’officier impérial. Nos tireurs d’élite et les leurs s’échangent quelques “politesses”… C’est une façon pour eux, comme pour nous, de signaler notre présence et notre refus de rendre les armes.

              - Je vois… Marmonne le militaire à la retraite.

              - Pour en revenir à votre question… Disons que j’aurai pu partir après avoir rempli ma mission, en laissant cette base se consumer d’elle-même dans le chaos que j’ai provoqué. Reprend le commandant, d’une voix toujours parfaitement calme et froide. Mais je sais prendre en considération la vie de ceux qui n’ont rien demandé. Et je ne pouvais pas passer à côté de l’opportunité de débarrasser cette galaxie d’un syndicat du crime. Il devenait donc évident pour moi de prendre mes responsabilités et de mener la lutte. Je n’abandonne jamais ceux dans le besoin, et nous savons tous les deux que cette base regorge d’individus exploités par des gens qui ne préoccupent guère de leur état de santé et de satisfaction.

              - Attendez… Vous êtes en train de me dire que ce bordel a été créé dans l’unique but de mettre à terre le Syndicat Tenloss ? Vous n’allez donc pas vous arrêter avant d’avoir complètement réduit à néant cette organisation ? Demande soudainement le Corellien, perplexe. Et que ferez-vous ensuite ? Vous vous en prendrez à une autre organisation qui nuit à la galaxie à et ses citoyens ?

              - C’est en effet là mon objectif. Et l’objectif de ceux qui combattent sous ma bannière. Affirme Hivernus sans quitter du regard son interlocuteur.

              - Votre cause est perdue d’avance. Vous ne pourrez jamais venir à bout de tous les maux de cette galaxie. Ce n’est qu’une utopie. Un rêve impossible à réaliser. Vous perdez votre temps et vos ressources pour rien. Souligne le chef des insurgés après avoir avalé une nouvelle gorgée d’eau.

              - C’est une possibilité en effet. Du moins, quand on se persuade qu’il n’existe aucune solution. J’ai passé l’essentiel de ma vie, avec tous les doutes et tous les écarts que cela peut entraîner, à donner du sens aux actes des espèces peuplant cette galaxie. Savez-vous ce que j’y ai trouvé ? Les plus affreuses pulsions que nous autres, êtres vivants, avons fait surgir dans la galaxie, avec toutes les répercussions que cela implique. Explique alors le Chiss sur un ton parfaitement modulé. Je me suis interrogé sur l’origine de la violence. Ce que je sais, c’est que le répertoire de l'horreur est absolument sans fin. Chaque fois que l’on croit avoir dépassé l’échelle du crime, un nouveau fait, jailli de l'imagination déréglée d'un sadique, vient ajouter un nouveau degré dans l'impitoyable échelle du Mal. Je n'ai, pour l’instant, pas trouvé d'autre signification à cette folie que le plaisir de donner la mort, de dominer autrui d’une quelconque façon qui soit. Vous avez raison de dire que pacifier la galaxie, la rendre plus sûre, est une utopie. Il y a toujours eu des guerres et il y en aura toujours. Car ceux qui peuplent cette galaxie sont tentés d’assouvir les besoins qui les animent. Mais croire qu’il est plus juste de rester dans son coin à ne rien faire est là une affreuse erreur. C’est permettre, d’une certaine façon, que le Mal se répande plus vite, plus loin et avec plus de force. Et un jour ou l’autre, la guerre viendra peut-être vous cueillir, sans prévenir, même si vous avez tout fait pour vous en éloigner le plus possible.

              - Vous semblez accorder beaucoup d’importance à la notion de Mal. Maugrée Keldron, pas encore entièrement convaincu par les nobles intentions de l'humanoïde à peau bleue.

              - Parce qu’il est partout Monsieur Iblis. Sous de nombreuses formes. Il est là, tapis dans l’ombre, attendant le bon moment pour sortir et se montrer au grand jour. Répond énigmatiquement Hivernus.

              - Peut-être que vous pourriez être plus “précis” Commandant. Grogne le cinquantenaire, toujours aussi enthousiaste quand il s’agit de participer à un jeu de questions-réponses.

              Bien sûr qu’il veut des précisions. Il veut tout savoir à propos de l’officier impérial. Et plus ce dernier lui donnera de détails à propos de ce qu’il sait, plus en pourra en apprendre sur un potentiel ennemi. Les Corelliens ont toujours été curieux par nature. Cela va de paire avec leur soif de liberté. Et pour aller au bout de leurs convictions, ils sont prêts à tout. Azah Suutrar, qui peut lire dans l’ancien militaire comme dans un livre ouvert, le sait. Et son prince charmant, pour sa part, le devine. Keldron Iblis cherche à avoir un coup d’avance sur lui, au cas où il y aurait un revirement de situation. Le commandant ne peut pas lui en vouloir. Car le chef des indépendantistes ne cherche qu’à préserver sa communauté au mieux. Toutefois, s’il s’avère être une menace pour les intérêts impériaux, une solution devra sûrement être envisagée… Du moins, si le Chiss n’y a pas encore pensé. Il est en effet fort probable, en toute logique, que ce soit déjà le cas. Par chance, Hivernus est prêt à lui donner quelques détails… Des détails que son interlocuteur aura tout le loisir d’analyser, de déchiffrer, de vérifier.

              - Il existe des organisations et des personnages que nous connaissons particulièrement bien pour leurs actes. Les criminels… Les politiciens… Les commerçants... Ils sont nombreux à profiter du chaos ambiant pour s’enrichir, pour renforcer leurs positions dans l’ombre ou dans la lumière. Continue l'humanoïde à peau bleue d’une voix ferme et glaciale. Mais il existe des dangers encore plus grands. Des dangers bien plus imprévisibles et sournois. Prenons par exemple les Sith. Je l’accorde, ils ne se sont pas particulièrement fait discrets ces derniers temps, mais leur menace reste bien réelle. Lorsqu’ils sont touchés mortellement, ils se replient dans les tréfonds de cette galaxie et attendent toujours le bon moment pour agir à nouveau. Ils observent en silence, à l’instar des prédateurs, et n’attaquent que lorsqu’ils sont sûrs de pouvoir frapper fort. Mais ils ne sont pas les seuls à agir de la sorte. Il existe, dans des coins reculés de cette galaxie, des forces obscures et terrifiantes, dont les effectifs ne font que grossir. Elles se renforcent dans l’ombre, oubliées de tous et se répandront un jour dans l’ensemble de la galaxie, pour y apporter la destruction et la mort.

              - Tout ceci n’est que mensonges et spéculations. Rétorque le Corellien, dubitatif. Il n’existe aucune preuve de ce que vous affirmez.

              - De votre point de vue peut-être. Et parce que vous ne prenez pas la peine de chercher là où il faut. Les vérités ne sont pas toujours exposées au grand jour. Et elles sont parfois ailleurs. Ajoute mystérieusement le commandant. Dites moi Monsieur Iblis, que savez-vous des Régions Inconnues ?

              - Pas grand chose. Des légendes. Des rumeurs. C’est un coin fantasmé par les aventuriers et ceux qui aiment entendre des histoires d’épouvante. Soupire Keldron après avoir avalé une nouvelle gorgée d’eau. Je ne prête pas trop attention aux ragots vous savez.

              - Vous devriez pourtant. Les légendes sont toujours intéressantes et particulièrement informatives. Et certaines d’entre elles sont mêmes basées sur des pans de vérité. L’Oméga ne serait probablement jamais tombé sur la Forge Stellaire s’il ne s’était pas intéressé à la légende dont elle est issue, et l’histoire de notre galaxie aurait probablement eu un autre tournant. Commente froidement l’officier impérial. Certaines histoires à propos des Régions Inconnues sont exagérées ou inventées de toutes pièces. Mais d’autres sont le témoignage horrible de faits réels… De choses qui nous dépassent et qui pourraient un jour nous menacer directement.

              - Comment pouvez-vous le savoir ? Vous le dites vous-même, il faut savoir faire la distinction entre histoires inventées, exagérées et véridiques. L’interroge l’ex militaire, irrité.

              - Je n’ai pour ma part, pas ce problème de vérification, de recherches. Je sais exactement ce qu’il se passe dans les Régions Inconnues. Je connais les choses qui s’y trouvent. Car je suis né au sein de ces Régions Inconnues, dans un régime nommé l’Ascendance Chiss. Déclare alors Hivernus, toujours aussi impassible face à l’anxiété montante de son interlocuteur. Les miens ont exploré une grande partie des Régions Inconnues, ils ont fait la rencontre de trop nombreuses espèces hostiles, à l’instar des Vagaari... Des humanoïdes de petite taille, qui sont à la tête d’un vaste empire esclavagiste nomade. Ils ne connaissent rien d’autre que la guerre, et c’est via ce discours qu’ils communiquent avec leurs voisins. Les Vagaari sont des conquérants impitoyables et ils se servent de leurs esclaves comme boucliers humains sur leurs vaisseaux de guerre. Cette espèce n’est qu’une espèce hostile parmi tant d’autres dans les Régions Inconnues. Et en dépit de leur agressivité, les Vagaari ne représentent qu’une menace infime face à d’autres. Jusque là, l’Ascendance Chiss a toujours réussi à contenir ses ennemis hors de ses frontières. Mais il se peut qu’un jour, elle soit submergée par le nombre. Tout comme il se peut que les créatures malveillantes qui peuplent les Régions Inconnues trouvent finalement l’occasion d’envahir le reste de la galaxie. Nous savons tous les deux que les pertes seraient innombrables dans tous les camps, et que les petites guerres que se livrent nos diverses régimes seraient profitables à de potentiels envahisseurs.

              Voilà beaucoup d’informations à traiter d’un coup, que ce soit pour Keldron Iblis, Sylvar, ou même encore Azah Suutrar. Pour l’Anzat, cela ne fait que confirmer ses suppositions. Les deux autres découvrent un pan d’histoire de l'humanoïde à peau bleue et les nombreux dangers qui y sont liés. Ils prennent enfin connaissance de certains détails qu’ils rêvaient silencieusement de découvrir. Chiss. Voilà l’espèce du commandant. Pour la Cathar, cette information n’a pas de valeur, car elle ne sait rien de cette curieuse espèce. Mais pour le Corellien, ce simple renseignement est capital. En tant que contrebandier, il avait été amené à côtoyer des tas de gens. Des marchands, des explorateurs, des cartographes… Quelques uns d’entre eux s’étaient aventurés dans l’Espace Sauvage et même dans les Régions Inconnues, selon leurs dires. Parmi ceux-là, il y en avait qui prétendaient avoir fait la rencontre d’êtres à peau bleue et aux yeux rouges, des types mystérieux, froids et distants, qui les avaient volontiers aidé mais qui avaient refusé de livrer leurs secrets. Les Chiss ont toujours fait partie de ces légendes des Régions Inconnues qu’on aime raconter. Le mystère qui les entoure en a continuellement attiré plus d’un. Mais jusque là, le cinquantenaire avait constamment placé ces histoires absurdes dans la catégorie des fantaisies.

              Du moins, jusqu’à aujourd’hui.

              Car aujourd’hui, en ce moment même, le chef des insurgés est en proie au doute. Il ne sait plus quoi penser. Il n’arrive plus à réfléchir correctement… Comme si son esprit est embrumé. Une partie de lui se persuade qu’il s’agit là d’un stratagème du Chiss et de sa comparse Anzat. Peut-être qu’ils sont doués pour embrouiller les gens et les convaincre à l’aide de mots empoisonnés. Peut-être qu’ils arrivent à deviner leurs sombres pensées pour les retourner contre eux. Mais une autre partie pense simplement que c’est le fait d’accumuler les informations sans arriver à les traiter efficacement qui le secoue. La colère monte silencieusement. L’ancien militaire enrage. Il sait, au plus profond de lui, que l’officier impérial a raison. Et c’est ce point précis qui l’agace. Pour triompher, le mal n’a besoin que de l’inaction des gens de bien. Alors d’une certaine façon, il est aisé de comprendre que certains veulent suivre Hivernus, l’être qui promet de réduire l’influence néfaste de ce mal en le combattant à sa manière... Même si sa façon de faire est pour le moins discutable.


              - Il se peut que vous ayez raison, tout comme il se peut que vous ayez tort. Et pour tout vous dire, je dois vous avouer que vous m’avez perdu. Avoue le Corellien. Mais si ce que vous dites est vrai, alors je me vois mal rester dans l’inaction. Toutefois, ne croyez pas que je vais me joindre à vous et me battre pour votre régime pour autant. Disons qu’il s’agit là d’une alliance nécessaire.

              - Je ne vous demande pas de combattre pour moi Monsieur Iblis, mais de combattre pour votre peuple. Souligne froidement son interlocuteur.

              - Alors vous pourrez compter sur le soutien des miens… Si toutefois vous ne revenez pas sur notre accord. Lâche Keldron en se massant la nuque, perplexe.

              - Respectez votre part du marché et je respecterai la mienne. Répond finalement Hivernus.

              - Entendu. Le cinquantenaire termine son verre d’eau d’une traite, puis quitte son fauteuil. Commandant, ce fut un plaisir de discuter avec vous.

              -Tout le plaisir est pour moi Monsieur Iblis. Ajoute sur un ton presque cordial le Chiss, se relevant péniblement pour serrer la main de l’homme qui lui fait face. Je vous recontacte bientôt pour la suite des évènements.

              Le chef des insurgés acquiesce d’un signe de tête et disparaît rapidement du champ de vision de

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                Auteur : Hivernus

                l’officier impérial, suivi de près par les membres de son escorte. Le commandant s’installe à nouveau dans son fauteuil et prend le temps de siroter son verre de lait. Le Corellien est irrité. Sa fierté est blessée. Mais il comprendra rapidement qu’il n’y a pas d’autres solutions. S’il veut assurer l’avenir de sa communauté, une alliance avec les impériaux est le seul choix possible… Surtout depuis que la balance penche en faveur de ces derniers, grâce aux renforts inattendus du croiseur stellaire “Poing de Pandore”.

                - Mademoiselle Sylvar, je sens que vous brûlez d’envie de me poser de nombreuses questions… Note Hivernus sans même se tourner vers son aide de camp. A propos des Régions Inconnues n’est-ce pas ?

                - Je… Oui Monsieur. Reconnaît la Cathar, gênée.

                - Les réponses viendront bien assez rapidement, rassurez-vous. Indique l'humanoïde à peau bleue, d’une voix tranquille et indifférente Mais avant de partager avec vous mes connaissances, nous devons nous assurer de terminer la conquête de Base Vergesso.

                Le Chiss profite du silence et du peu de temps qu’il lui reste pour terminer son verre de lait bleu. Il lui reste encore une bataille à mener… Et il n’aurait probablement pas l’occasion de goûter à tant de tranquillité avant un bon moment.






                L’agitation se propage au sein des rangs impériaux. Les roulements orageux des tambours, impérieux, appellent au rassemblement. Dans le quartier des affaires, les soldats courent dans tous les sens, se regroupent en escouades, attendent les ordres des supérieurs. En moins d’une heure, les compagnies sont assemblées, prêtes à partir au pas de charge vers les positions ennemies. Le capitaine Molitor et le sergent Slaryn se chargent de passer en revue les troupes. Petit Jean, armé de ses baguettes et de son tambour, est le premier à être inspecté par les deux officiers. Le blaster de poing qui pend dans un holster de jambe est presque trop grand pour lui. Le plastron en plastoide qui vient protéger sa poitrine lui donne l’air d’un combattant à peine sorti de l’enfance. Mais cela ne dérange nullement le gamin, qui affiche un air bien trop sérieux pour quelqu’un de son âge. Endurci par la vision d’horreurs macabres et par la violence des combats, Petit Jean a tout du soldat et rien d’un jeune adolescent. Molitor, suivi de près par Slaryn, continue son inspection, vérifiant l’état des munitions et de l’équipement de plusieurs combattants avant de s’arrêter devant un ancien mercenaire de l’Association Natori. Le bougre n’a rien à se reprocher : L’arme et l’armure sont bien entretenues et l’homme s’est même rasé de près, ce que d’autres rechignent à faire. Là n’est pas le problème visiblement. Le capitaine barjo humecte ses lèvres et racle sa gorge.

                - Messieurs, je sais que certains d’entre vous sont anxieux, hésitants ! Vous redoutez d’affronter vos anciens frères d’armes ! Et c’est compréhensible ! Annonce d’une voix forte l’officier impérial, s’adressant à ceux qui combattaient pour l’ennemi il y a encore peu. Mais vous avez fait un choix ! Le choix de rejoindre Hivernus, de vous battre sous sa bannière ! Notre bannière ! Il n’y a pas de retour en arrière possible ! Si certains d’entre vous ne se sentent pas assez courageux, il est toujours temps de vous manifester avant de partir au front !

                Le capitaine fait les cent pas devant les troupes alignées face à lui, sous le regard perplexe de Telsh. Mais nul être ne semble remuer, manifester une envie de rester en arrière. Les mercenaires savent à quoi s’en tenir. Ils savent qu’ils auront plus de chance de s’en sortir en luttant du côté des impériaux… Ils espèrent secrètement que l'humanoïde à peau bleue tiendra sa parole… Celle de les libérer lors de la prise de Base Vergesso. Depuis l’annonce d’une alliance avec les Corelliens et l’arrivée de renforts impériaux, les porte-flingues qui ont décidé de rejoindre Hivernus sont sûrs et certains d’obtenir la victoire… Et par conséquent, leur affranchissement. Pour les autres, ceux qui se sont volontairement engagés dans les rangs des combattants impériaux, le simple fait de participer à la dernière bataille pour Base Vergesso est perçu comme un honneur… Un privilège ultime qu’ils ne veulent pas rater.

                - Personne ne souhaite rester à l’arrière ? Parfait ! Molitor rectifie machinalement les plis de son uniforme vert. Ce jour restera gravé dans les mémoires comme le jour où les soldats d’Hivernus ont remporté une grande victoire sur le Syndicat Tenloss ! Combattez comme des lions et rien ne saura nous résister ! En avant Messieurs ! Vers les combats et vers la gloire !

                Galvanisés par le discours du balafré, les musiciens se mettent à frapper comme des déments sur les peaux de caisse. Les trois compagnies d’infanterie se mettent en marche. La cadence est donnée par les battements assourdissants et bestiaux des tambours. Et alors que les impériaux se dirigent vers la ligne de front, une mélodie funeste les accompagnent dans leur sillage, révélatrice d’un destin fatidique. Mais rien ne saurait venir à bout des combattants d’Hivernus. Et le chant enfantin de Petit Jean semble donner du courage aux plus nerveux. Un chant rapidement repris par l’ensemble des soldats. Même les plus réticents, à l’instar des anciens mercenaires, se prêtent timidement au jeu.

                Base Vergesso
                Est aux impériaux !

                Reprenons l’endroit à ces nigauds
                Qui en ont fait un repère de brigands !
                Frappez dans l’flanc
                Ces filous et chenapans !

                Tel est le devoir du soldat
                En avant les gars !

                Si je tombe dans l’caniveau
                C’est d’la faute de ces idiots !
                Mais, camarades n’vous arrêtez pas
                Car il nous faut gagner un combat !

                En avant gaillards
                Hissez haut l’impérial étendard !
                Rentrez leur dans le lard
                Nous n’sommes pas des flemmards !

                Tel est le devoir du soldat
                En avant les gars !

                Base Vergesso
                Est aux impériaux !


                Les voix rauques et grossières des partisans du Chiss, accompagnées des grondements sonores des instruments, viennent emplir le champ de bataille en devenir d’une note particulièrement déchirante. Au fur-et-à mesure que les troupes impériales se rapprochent du front, le chant devient plus puissant, plus… Sauvage. Lorsqu’elles atteignent les positions des insurgés Corelliens, situées à quelques dizaines de mètres de la citadelle, Keldron ne peut faire qu’un seul constat. Ceux qui combattent pour l'humanoïde à peau bleue sont prêts à donner leur vie pour lui pour diverses raisons. Parce qu’ils veulent recouvrer leur liberté, parce qu’ils désirent démarrer une nouvelle vie ou même tout simplement parce qu’ils lui sont redevables de donner un sens à leur existence. Au final, quand y réfléchit bien, ces raisons aussi diverses que variées se regroupent toutes au sein d’une unique notion : Celle d’assurer l’avenir. Aussi étrange que cela puisse paraître, l’avenir semble bien passer par les impériaux. L’ancien militaire se perd dans ses pensées, accoudé à la fenêtre depuis laquelle il peut observer l’arrivée des troupes d’Hivernus.


                - Monsieur Iblis, seriez-vous distrait par l’approche de mes hommes ? Le questionne alors une voix glaciale dans son dos.

                - Ils ont fait vite pour venir jusque là. Et ils ont l’air d’être pressés d’en finir... Constate le Corellien en grognant. Je ne m’attendais pas à autant de réactivité… De votre part comme de la part de vos hommes.

                - La fin de la libération de Base Vergesso arrive à grands pas. Il est normal de voir les combattants s’empresser de livrer l’ultime bataille qui leur permettra de bénéficier d’un répit bien mérité. Commente froidement le commandant. Vous avez peut-être passé trop de temps hors des institutions armées… Vous avez sûrement oublié la réactivité nécessaire au bon déroulement des opérations militaires.

                - C’est possible. Je n’ai jamais eu à mener de troupes à la bataille et je n’ai jamais eu à élaborer des stratégies. L’avantage d’être un simple soldat… On se contente d’obéir aux ordres, de les suivre et on espère survivre au carnage. Je regrette presque le bon vieux temps ! Soupire le chef des insurgés en retournant auprès du Chiss et de ses comparses.

                L’homme se penche au dessus de la table sur laquelle est dépliée une longue carte représentant la base dans son ensemble. Cette même carte, il ne le sait pas, a été l’objet de toutes les stratégies de l’officier impérial. Et les nombreuses pierres peintes aux couleurs des différentes armées ont toujours été liées à ce morceau de papier… Le tout forme en fait un ensemble bien rodé. Le major Telsh et l’aide de camp Sylvar, autres membres conviés à cette assemblée exceptionnelle, semblent de ce fait habitués à ces réunions d’état-major où leur supérieur dévoile ses manoeuvres et les illustrent à l’aide de cette carte rudimentaire et de pions improvisés. En regardant de plus près le plan de Base Vergesso et les cailloux représentant les forces en présence, le Corellien essaie de deviner les prochains mouvements voulus par son allié. Si le cinquantenaire n’est certes pas un grand stratège et préfère de loin voler dans un cockpit, il semble comprendre les enjeux présentés sur le morceau de papier qui sert de carte.

                - Monsieur Iblis, de combien d’hommes disposez-vous ? Demande soudainement Hivernus, son unique oeil planté dans le regard de l’ancien soldat.

                - Rah ! Pour l’amour du ciel ! Cessez donc de m’appeler “Monsieur Iblis” ! Appelez moi Keldron bon sang ! Maugrée le principal concerné, toussotant avant de reprendre plus aimablement. Erhm… Veuillez m’excuser... Et bien… J’ai réussi à mobiliser huit cent combattants. Pourquoi cette question ?

                - Patience Keldron… J’allais y venir. Souligne sur un ton hivernal l'humanoïde à peau bleue. Deux cent de vos hommes vont rester en retrait et aider la population civile à évacuer la zone. Ils s’assureront ensuite de nettoyer la zone des gangs locaux ralliés au Syndicat Tenloss.

                Le Chiss déplace ensuite plusieurs cailloux à l’effigie des troupes impériales et Corelliennes vers des points bien précis. Les pions improvisés encerclent désormais la citadelle des mercenaires de tous les côtés, ne laissant aucune issue de secours possible.

                - Nos forces se sépareront en trois groupes d’attaques bien distincts. Chacune de ces forces d’assaut, nommée colonne, sera constituée d’une compagnie impériale et de deux cent Corelliens. La colonne de Molitor lancera l’offensive de face. Continue le commandant en bougeant plusieurs pierres représentant les forces de Molitor vers l’objectif, puis décalant les autres vers cette même position. La colonne de Slaryn prendra l’ennemi sur le flanc gauche, et celle de Sylvar attaquera par la droite. Les commandos du Major Telsh renforceront les maigres effectifs de ma garde rapprochée. Nous nous déploierons là où le besoin s’en fait sentir.

                Le major Telsh se retient de donner son avis sur le sujet. Mais l’expression qu’il affiche sur son visage veut tout dire. Le sous-officier n’est visiblement pas rassuré à l’idée de savoir que son supérieur va prendre part à la bataille. Il se souvient encore de l’épisode tragique du carrefour… Et Sylvar aussi par ailleurs. Le commando et l’aide de camp échangent un bref regard entendu, mais gardent le silence. Les deux individus savent qu’il est impossible de raisonner l'humanoïde à peau bleue quand il a un objectif en tête.

                - A quel niveau de résistance devons-nous nous attendre ? Préfère demander la Cathar, qui s’attend déjà à livrer des combats acharnés.

                - La citadelle est défendue par un millier d’hommes. Mais en dépit de cela, je ne prévoie qu’une résistance minimale. Plusieurs de mes agents sont déjà sur place et informent l’ennemi de la possibilité de rendre les armes sans effusion de sang. Nombreux seront ceux qui accepteront l’offre. Mais il y aura toujours des forcenés pour mener le combat jusqu’au bout. Indique alors Hivernus, d’une voix parfaitement calme. Il faudra donc s’attendre à lutter contre des poches de mercenaires prêts à tout pour défendre le peu d’honneur qu’ils leur restent.

                - Vous avez fait exécuter certains des leurs, ceux qui refusaient de vous rejoindre. Rétorque Sylvar, perplexe. Je doute qu’ils acceptent votre demande de reddition.

                - J’ai fait exécuter ceux qui refusaient mon offre. Les mercenaires ayant assez de bon sens comprendront donc qu’il est plus judicieux d’accepter la proposition généreuse qui leur est offerte avant qu’il ne soit trop tard. Poursuit froidement l’officier impérial, comme indifférent face aux propos de sa jeune aide de camp. Je pense qu’ils seront nombreux à accepter nos conditions. Les forces de l’Association Natori ont accumulé les défaites et les pertes ces dernières semaines. Leur moral est au plus bas. Les troupes du “Poing de Pandore” investissent en ce moment même les quais et nos sections s’apprêtent à lancer l’assaut sur la citadelle. Ce qui ne laisse qu’un constat : Ils sont coupés du reste de la galaxie, à attendre dans l’angoisse la mort ou un miracle qui ne viendra pas. Et la plupart d’entre eux ne se battent pas pour des principes, mais par appât du gain. Ceux là ne prendront pas le risque de mourir pour rien.

                - Alors c’est la fin… Nous allons enfin pouvoir mettre un terme aux ambitions du Syndicat Tenloss au sein de Base Vergesso. Résume simplement Telsh, avec un brin d’émotion dans la voix.

                - Il nous reste encore une bataille à mener Major. Ne précipitez pas les choses... Rectifie machinalement le Chiss.

                - Oui Monsieur. Souffle le commando.

                - Et bien… Qu’attendons-nous dans ce cas pour engager le combat ? Râle Keldron, pressé d’en finir avec ces affrontements qui ont déjà fait trop de morts.

                Le commandant se contente d’esquisser l’ombre d’un sourire. Il quitte la table, bientôt suivi par le reste du groupe. Après avoir descendu quelques étages, l’état-major rejoint les troupes qui attendent de recevoir leurs directives. Mais Hivernus va faire bien plus que cela. Il ne va pas se contenter de distribuer des ordres. L'humanoïde à peau bleue détaille un à un les hommes et les femmes qui se présente à son regard enflammé. Les brassards rouges marqués d’un “C” blanc se mélangent aux stries bleues des armures noires. Corelliens et impériaux sont unis en ce jour pour lutter ensemble, côte à côte, pour des objectifs communs. Cette association étrange et douteuse rassemble en son sein de très nombreuses espèces. Humains, majoritaires chez les Corelliens et les impériaux, Twi’leks, Duros et Devaroniens se côtoient ainsi dans les rangs d’une armée hétéroclite. Sans oublier la présence de quelques Trandoshans, Wookies et Kaleesh ayant contracté une dette de vie envers le Chiss. Cet humble constat semble gonfler de fierté Hivernus. Voilà sa vision de l’avenir : Un empire cosmopolite, regroupant en son sein différentes cultures et espèces, les acceptant toutes sans déférence ni préjugé, considérant ces éléments distincts comme un ensemble harmonieux. L’officier impérial est réaliste. Il sait très bien qu’il lui faudra mener combats sur combats pour arriver à un tel résultat… Mais il sait aussi que Base Vergesso pourrait devenir la vitrine de cette vision. Et à cette simple pensée, le Chiss ne peut que se conforter dans son idée…

                - Le soleil s’est couché sur Base Vergesso ! Elle vit des heures sombres ! Mais elle se réveillera aux premières lueurs d’une ère nouvelle ! Les mercenaires du Syndicat Tenloss n’ont pas votre force. Ils n’ont pas votre foi. Ils n’ont pas votre coeur ! Parce qu’ils ne vivent que pour eux-mêmes, ils sont faibles. Parce qu'ils n'accordent aucune valeur à la vie de leurs semblables, ils n'ont pas de fraternité. Commence d’une voix puissante et glaciale le commandant. Mais regardez autour de vous ! Observez les visages de ceux qui vous entourent. Ils peuvent provenir d’une planète différente et être d’une espèce différente, ils peuvent parler une langue différente et avoir une culture différente, mais n’oubliez pas une chose : Ils sont vos frères et vos soeurs ! Ils se tiendront à vos côtés. Et si vous combattez et mourrez pour eux, ils combattront et mourront pour vous ! Mes frères ! Mes soeurs ! Tenez vous debouts à mes côtés ! Ce n’est qu’ensemble que nous pourrons apporter la promesse d’une ère nouvelle au sein de Base Vergesso !

                Et alors qu’il achève son discours, les soldats impériaux s’empressent déjà de scander son nom. La bienveillance d’Hivernus à l’égard de ses troupes est telle qu’elles lui vouent en retour une admiration sans borne. Ce sentiment de sympathie se transmet peu à peu au sein des Corelliens. Certains finissent par imiter les partisans du Chiss et brandissent armes et poings en criant le nom de ce dernier… Au plus grand désespoir de leur leader, Keldron Iblis.






                [Hear Me Roar.]


                Le commandeur Brayl abat son poing sur la table. Sa rage est telle qu’il n’arrive pas à la contenir. Les officiers présents dans la salle n’osent pas remuer, ne désirant pas être exécutés sur le champ pour avoir eu la malheureuse idée de dire quelque chose qui pourrait vexer leur supérieur. Ils se contentent donc de le regarder ruminer sa colère. Les rapports qui lui parviennent aux oreilles sont inquiétants et le confortent dans son point de vue : Il est entouré d’incapables. Brayl serre silencieusement ses poings. Il pourrait les faire fusiller sur le champ, pour leur incompétence. Les quais sont perdus. Face aux troupes innombrables impériales, les compagnies amoindries de l’Association Natori n’ont offert qu’une résistance symbolique. Et on lui apprend maintenant que les Corelliens se sont rangés du côté d’Hivernus, le commandant impérial censé être mort ! Et que leurs forces respectives marchent désormais sur la citadelle, sans avoir rencontré la moindre opposition ! Les officiers qui constituent son état-major ont trouvé plus judicieux de se replier à l’intérieur du centre administratif, sans livrer le moindre combat.

                Voilà désormais que les dernières troupes mercenaires sont encerclées de toutes parts, assiégées misérablement, sans espoir d’évolution favorable. Les messages de détresse adressés à la flotte sont restés sans réponse… Comme si le reste de l’organisation semble déjà faire le deuil de cette tragique perte… Personne ne viendrait à leur secours. Le commandeur est coincé avec ses derniers régiments dans ce qui leur sert de forteresse, condamné à mourir au milieu de ses hommes. Au milieu des lâches, des incapables... Des traîtres même ! Car Brayl se persuade silencieusement que certains vont profiter de ce revirement de situation pour déserter… Mais le commandeur n’a pas encore tiré sa révérence. Tant qu’il lui restera un souffle de vie, il aura son mot à dire. Et s’il ne peut pas sortir vivant de ce trou à rat, alors il ferait en sorte d’emporter tout le monde dans la tombe ! Plutôt que de vivre dans le déshonneur, en rendant les armes, Brayl préfère mourir en faisant sauter cette foutue base ! Après tout, si l’Association Natori refuse de leur envoyer des renforts, plus rien ne retient notre commandeur dans ses obligations de protéger à tout prix les possessions du Syndicat Tenloss. Alors qu’il se perd dans ses pensées, afin de trouver la meilleure solution possible pour partir en beauté, une communication entrante vient le ramener à la réalité.


                « Commandeur ! Nous sommes attaqués ! Les bat… Pshrrrr… convergent vers nos positions… Nous… Psssshrrrr… trahi par les nôtres. BDEW ! BDEW ! Beaucoup ont rendu les armes avant le début de… Prrrrrrttt… KRA-KOW ! Nous sommes forcés… Pschrrrrsch… replier vers votre niveau… KRA-KOW ! Hmpff ! Pshrrrrrtt. Gnnn... »

                La communication se termine sur ce râle. Le mercenaire à l’origine de ce message est probablement mort, ou en train d’agoniser. Toutefois, pour Brayl, ce type a l’étoffe d’un héros. Il a honoré son uniforme jusqu’au bout. Il aurait peut-être été un meilleur officier que ces bons à rien réunis dans cette pièce, qui restent plantés là comme des ignares, alors qu’on se bat dehors. C’est par ailleurs assez suspect. Se peut-il que ses aides de camp soient de ceux qui refusent de combattre et préfèrent rendre les armes ? Se peut-il qu’ils soient à l’origine de cette mutinerie soudaine ? Le commandant des forces de l’Association Natori jette un regard mauvais à l’assemblée. Il flaire le complot. Il en est sûr et certain à présent. Et au moment où le commandeur découvre la machination et se redresse pour s’opposer, il est trop tard. Le lieutenant Nikto braque son blaster sur lui et presse la détente. Le coup part. Un trait laser vient transpercer l’homme au niveau de la poitrine. Son garde du corps n’a pas le temps de réagir non plus. Le Gamorréen s’apprête à abattre sa lourde hache sur un conjuré, mais est coupé dans son élan. Le guerrier nommé Grub s’écroule et s’éteint ainsi dans un couinement porcin, percé de part en part par plusieurs rayons mortels. Un officier, qui n’est pas dans la confidence, cherche à prendre la fuite. Il est abattu d’un tir dans le dos par l’un de ses comparses. Le commandeur, qui n’est pas encore tout à fait mort, se traîne sur plusieurs mètres...

                - Lâches… Traîtres… J’aurai du… Parvient à articuler Brayl, avant d’être interrompu par une quinte de toux violente.

                - Nous faire fusiller ? Sûrement. Rétorque le capitaine Weequay.

                - Enfoi…rés… Souffle le commandant des forces de l’Association Natori.

                - Au revoir Commandeur. Lâche simplement le lieutenant Nikto, pointant le canon de son blaster sur le crâne de son supérieur.

                L’autre n’a pas le temps de répondre. Une détonation plus tard, un trou fumant vient décorer son front. Avec la mort du commandeur s’achève ses aspirations démesurées… Il aurait peut-être mieux fait de se renseigner sur l’état de ses troupes, au lieu de rêvasser et de porter des accusations sur ses aides de camp. Ce qu’il ne savait pas et qu’il ne saurait jamais de toute manière, puisque passé dans l’au-delà, c’est qu’une entrevue avait eu lieu entre les officiers conjurés et une mystérieuse émissaire impériale. Celle qui représentait Hivernus était d’une rare beauté, mais une beauté froide et sombre… Que l’on ne souhaite pas toucher. L'humanoïde à peau bleue, que l’on croyait à tort mort et desséché, avec sa face glabre de mathématicien, gagnait en fait ses batailles du fond de sa chambre de convalescence, à grand renfort d’algèbre ! Il connaissait la situation désespérée des mercenaires. En peu de temps, ces derniers avaient tout perdu. Retranchés dans la citadelle, dans l’incapacité absolue de rompre le dispositif mis en place par le Chiss, les porte-flingues du Syndicat Tenloss se retrouvaient bêtement piégés. Ils n’auraient pas pu tenir un siège en règle, du fait du manque de munitions et de vivres sur le long terme… Sans oublier la démoralisation qui sapait peu à peu la combativité des mercenaires. Occupant les positions les plus avantageuses et bénéficiant de renforts, Hivernus pouvait froidement dicter sa volonté, ce qu’il fit par l’intermédiaire de sa messagère. Du fait de leurs troupes entièrement prisonnières, avec armes et bagages, les officiers n’eurent pas d’autres choix que celui d’accepter les conditions du commandant impérial. Et pour s’assurer de leur bonne foi, l’étrange émissaire restait sur place pour contrôler… Chose qu’elle peut faire en ce moment même.

                - Félicitations Messieurs. Vient lancer une voix moqueuse dans leur dos. Vous avez rempli votre part du marché…

                - J’espère que votre supérieur remplira la sienne. Répond le Weequay balafré.

                - Ne vous inquiétez pas pour cela, le Commandant Hivernus tient toujours sa parole. Affirme l’Anzat en souriant étrangement.

                La victoire est acquise après une heure passée à combattre les poches de résistance. Ceux qui ont refusé de se rendre selon les termes de l'humanoïde à peau bleue sont tués les armes à la main, tels de vrais soldats. Les forces coalisées investissent la citadelle progressivement et le désarmement s’opère rapidement. Les adversaires faits prisonniers défilent les uns après les autres dans les rues, sous bonne garde. Ils sont dirigés vers une place, où un détachement commandé par le capitaine Molitor se charge de surveiller l’opération de désarmement. Les porte-flingues jettent leurs armes dans un tas qui ne fait qu’augmenter en taille et en volume. L’un d’entre eux, dans un mouvement de révolte, cherche à conserver un couteau lui ayant toujours apporté bonne fortune. Il ne lui apportera désormais plus rien du tout. Le réfractaire est fusillé sans la moindre forme de procès. Les autres, mornes, continuent à défiler pour empiler leurs armes dans cet écroulement de ferraille, pressés d’en finir avec ces combats stupides.

                Les premiers convois de mercenaires désarmés, escortés par la compagnie de Sylvar, partent en direction du quartier des affaires, dans l’attente d’une affectation provisoire ou définitive. Les combattants de l’Association Natori se bousculent, se marchent sur les pieds, la tête basse, l’air abattu et résigné. La voix rude des gardiens improvisés les pousse comme un coup de fouet; au travers de cette débandade silencieuse où l’on n’entend que le martèlement régulier des bottes militaires sur le sol. Rien n’est plus lamentable. Ces soldats déchus et déshonorés, ressemblent désormais aux vagabonds et aux mendiants que l’on peut croiser dans certains coins de Base Vergesso. Pourtant, au milieu de cette cohue,

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                  Post n°13
                  Auteur : Hivernus

                  certains trouvent la force ou le courage de sourire… Ceux-là sont contents. Ils n’auront plus à livrer la moindre bataille. Et cette simple pensée les soulage.

                  Les officiers conjurés, pour leur part, sont conduits jusqu’à Hivernus, où ils se chargent déjà de discuter des suites logiques de la reddition des troupes mercenaires. Il est ainsi convenu que les prisonniers bénéficieront d’un traitement “privilégié” si ceux-ci acceptent de contribuer à la reconstruction de la base. En outre, ils pourront rapidement retourner auprès de leur famille après avoir juré sur l’honneur qu’ils ne prendraient pas part à la suite des hostilités à l’encontre du Syndicat Tenloss. De même, il est offert aux volontaires la possibilité de rejoindre les rangs des forces impériales, le Chiss reconnaissant le talent des combattants de l’Association Natori en dépit d’une bonne chaîne de commandement.

                  Et alors que le lieutenant Nash Futhark, répondant désormais au nom d’Hivernus, se rend maître de la base, une agitation vient remuer l’ensemble de la ville spatiale. Des sections entières de brassards rouges, armures blanches ou noires striées de bleu fouillent chaque recoin de Base Vergesso, à la recherche de soldats cachés qui refusent de se rendre. Les gangs ne sont pas épargnés non plus. Les groupuscules criminels résolus à ne pas céder un pouce de leur territoire aux forces du commandant sont simplement rayés de la carte. La population avait été écorché et saigné durant ces dernières semaines. La voilà désormais purgée des mauvaises influences du Syndicat Tenloss et des petites bandes de scélérats qui sévissaient sous son règne.

                  Base Vergesso se couche dans une marre de sang. Mais grâce au bon vouloir du Chiss, elle se réveillera aux lueurs d’une ère nouvelle…

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