Une mise au point.
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Post n°1
Auteur : HivernusPrécedemment.
Alors que son convoi pénètre dans le quartier de la Roseraie, le seigneur Hivernus, à bord d’un véhicule plus petit que les autres, demeure concentré sur le rapport que le lieutenant Garland lui fait via holo-communication. La silhouette de l’officier tressaute un moment, puis se stabilise à nouveau.« Mon unité a remonté la piste jusqu’au quartier du Petit Cloaque. Il y a fort à parier que nos mystérieux assaillants se sont planqués là-bas, au beau milieu de la vermine qui y pullule. On aura du mal à les dénicher sans soutien. En tout cas, l’agent Ressler est formel. Ces gars-là ne sont pas des professionnels. Selon lui, il doit s’agir d’un gang local. »
- Bien reçu Lieutenant. Poursuivez les recherches discrètement. Ordonne le Chiss. Et attendez mon signal avant d’intervenir.« A vos ordres mon seigneur. »
Garland exécute un salut militaire avant d’enfiler son casque. L’image disparaît, happée par l’holo-projecteur, laissant l'humanoïde à peau bleue seul avec ses pensées. Le convoi poursuit sa route dans une allée parfumée et fleurie bordant d’imposantes bâtisses aux façades décorées. Un passant grassouillet, canne en main, s’attarde un instant sur le trottoir pour observer de ses yeux globuleux les nombreux véhicules qui passent à côté de lui. Lorsqu’il croit reconnaître la silhouette du seigneur Hivernus, il s’incline doucement, rapidement imité dans son geste par le domestique qui l’accompagne.
Le convoi s’arrête un peu plus loin, devant la demeure des Valerius. Plusieurs escouades de la Brigade Impera se déploient rapidement pour sécuriser le périmètre au moment même où un imposant Yinchorri, le caporal Qubbrakt, aide le Chiss à descendre de son véhicule. Quatre agents de sécurité travaillant pour le compte de la famille Valerius se positionnent à l’entrée de la demeure, les armes bien mises en évidence. Si l’on se fie aux tronches qu’ils tirent, ils n’apprécient pas vraiment cette démonstration de force. Le plus gradé du groupe, un Nikto balafré, tire une dernière bouffée sur sa cigarette puis décide de s’avancer vers le seigneur de la guerre.
- Seigneur Hivernus, les Valerius n’acceptent aucune visite aujourd’hui. Ils ont pris leur journée. Indique le mercenaire en jetant un coup d'œil à l’important dispositif de sécurité déployé autour de la bâtisse.
- Ils feront une exception pour moi. Répond froidement l'humanoïde à peau bleue en s’engageant dans l’allée.
- Hé ! Vous êtes sourd ou quoi ? Arrêtez-vous nom d’un Bantha ! Lance le Nikto en poursuivant le Chiss.
Alors qu’il pose sa main sur l’épaule du seigneur de la guerre, le porte-flingue est soulevé dans les airs par le caporal Qubbrakt et lancé contre une haie. Il s’enfonce dans le mur végétal en poussant un rugissement. Les trois autres agents de sécurité mettent rapidement en joue Hivernus. Mais les soldats de sa brigade personnelle, bien plus nombreux qu’eux, les encerclent, prêts à les abattre au moindre mouvement suspect.
- Laissez-moi passer ou vous finirez par le regretter amèrement. Déclare simplement l'humanoïde à peau bleue.
Les trois mercenaires s’échangent des regards inquiets, puis décident finalement de coopérer. Ils posent leurs armes sur le sol et mettent ensuite leurs mains en l’air en guise de collaboration. Plusieurs stormtroopers se chargent de les maîtriser afin qu’ils ne puissent rien tenter par la suite. Leur supérieur, alors qu’il sort de la haie en grognant quelque chose, est plaqué au sol et neutralisé à son tour. Le seigneur de la guerre poursuit son chemin. Un laquais ouvre la porte d’entrée et se présente sur le seuil.
- Mon seigneur… Les Valerius sont prêts à vous recevoir.
Le serviteur tente de demeurer impassible. Cependant, Hivernus parvient à entrevoir une certaine inquiétude sur le visage du domestique. Il a peur. Il y a fort à parier que les Valerius doivent être au moins aussi anxieux que ce pauvre bougre s’ils acceptent de le recevoir aussi rapidement. Le Chiss pénètre donc à l’intérieur, suivi de près par une poignée de soldats. L’un d’entre eux plaque le laquais contre un mur afin qu’il n’oppose aucune résistance. Le groupe que mène l'humanoïde à peau bleue passe le hall d’entrée, traverse le grand salon puis rejoint une pièce de taille plus modeste où les différents membres du clan Valerius semblent attendre leur invité de marque dans l’angoisse.
Le patriarche de la famille, Ardus, est installé dans un fauteuil hors de prix. Il s’accroche fermement aux accoudoirs, fixant de son regard mauvais cet alien qui ose débarquer en conquérant dans sa demeure. A sa gauche, sa chère épouse, à peine plus aimable que lui, en fait tout autant. Camilla Valerius, l’aînée de la fratrie, semble être plus détendue que ses parents. Le léger sourire qu’elle affiche aux lèvres indique qu’elle s’amuse de la situation. En tant que fiancée du major Telsh, l’officier commandant la Brigade Impera, elle sait qu’il ne peut rien lui arriver… Du moins, c’est ce qu’elle pense. Le dernier-né de la fratrie, Cassius, oscille visiblement entre colère et peur.
- Allons droit au but Hivernus. Débute Ardus, d’une voix gorgée de mépris. Qu'est-ce que vous voulez ?
Le seigneur de la guerre demeure un instant silencieux. Il savoure le moment présent. A son signal, plusieurs soldats de la Brigade Impera se déploient autour des divers membres de la famille Valerius, à la surprise de ces derniers. Le regard de braise du Chiss se pose sur le patriarche du clan. L’homme serre la mâchoire, luttant probablement pour ne pas sortir un flot de grossièretés au visage de celui qui l’humilie par sa présence même.
- L'un de mes informateurs a été tué. Un autre est actuellement pris en charge par une unité médicale après avoir été pris pour cible par un gang... Et l’un de mes agents a été blessé en tentant de le protéger. Indique Hivernus en s’appuyant fermement sur sa canne. Ils ont tous un point commun. Un simple mot... Ororo. Je vous donne une chance de vous expliquer Ardus. Une seule. Qu’est-ce que vous me cachez ?
- Je n’ai rien à vous dire. Je ne suis au courant de rien. Se contente de répondre Valerius père.
- Vraiment ? Peut-être que l’envie de parler vous reviendra lorsque j’en aurai fini avec votre fils… Poursuit l'humanoïde à peau bleue en venant planter son regard enflammé sur le jeune homme. Après tout, il semble que c’est à lui que j’ai remis la direction des Transports Ororo.
- Comment osez-vous menacer ma famille ? S’insurge Ardus en se redressant. Sans nous, vous ne seriez encore qu’un pauvre petit seigneur de la guerre n’ayant pas les moyens de réaliser ses ambitions. Ce que vous avez accompli jusqu’à présent, c’est grâce à notre soutien, ne l’oubliez pas Hivernus. La base de votre pouvoir, c’est notre argent. Rien de plus, rien de moins.
- Je n’oublie rien Ardus. C’est peut-être bien ça le problème. Vous semblez croire que votre argent peut tout acheter. Vous vous trompez. Je ne suis pas votre outil. Votre argent, aussi utile soit-il à l’effort de guerre, ne peut en aucun cas vous permettre d’acheter ma soumission. Rétorque calmement le Chiss. Je crois que je me suis montré trop clément à votre égard. Aujourd’hui, mon indulgence n’a plus lieu d’être.
D’un geste sec de la main, le seigneur de la guerre désigne l’épouse de celui qui lui résiste. Deux stormtroopers aux armures blanches striées de bleu s’emparent de la compagne du réfractaire et la traînent sur le sol sans ménagement. La pauvre femme hurle et tente de se débattre. En vain. Elle disparaît au détour d’un couloir sous le regard effrayé des membres de sa famille. L’écho de ses cris de détresse se dissipe peu à peu, happé par un silence angoissant.
- Comme je le disais, je n’ai rien oublié Ardus. J’ai fermé les yeux sur la nature de vos activités parce que nous avions un accord. Comme je l’ai déjà répété maintes fois, vos privilèges ne sont pas un dû. Ils sont accordés selon mon bon vouloir. Je vous ai offert deux ministères et la direction d’une entreprise puissante pour les bons services que vous m’avez rendus. Et vous osez retourner les ressources que j’ai mis à votre disposition contre moi. Je ne peux pas tolérer une telle chose... Reprend Hivernus en conservant son calme. Alors je vais faire en sorte de reprendre tout ce que je vous ai offert… Et bien plus encore. Mes hommes auront pour instruction de détruire la base de VOTRE pouvoir. D’ici peu, il ne vous restera plus rien, que ce soit au sein de Base Vergesso ou ailleurs… Comme sur Nar Shaddaa par exemple… Ou encore Abregado-rae.
Le patriarche de la famille devient de plus en plus blême. Toute envie de protester semble peu à peu le quitter. Il s’affale contre le dossier de son fauteuil et prend une longue inspiration.
- Vous me pensiez assez stupide pour me contenter de surveiller ce qu’il se passe sur Base Vergesso n’est-ce pas ? Ajoute le Chiss, un sourire sinistre aux lèvres. Laissez-moi vous dire une chose… Il y a plusieurs façons de tuer une personne. Un soldat ne meurt qu’une fois. En revanche, avec les bonnes méthodes, on peut tuer un politicien ou un homme d’affaires plusieurs fois. On peut ruiner la réputation d’un individu, le priver de ses biens, lui arracher toute envie de vivre sans même avoir besoin de s’en prendre à lui physiquement. Une petite information, bien placée, peut venir à bout de personnages puissants. Un seul renseignement peut changer le cours d'une guerre ou l'avenir d'un régime… Voyez-vous où je veux en venir Ardus ? Oui… Je crois que vous commencez à saisir. L’information a toujours eu plus de valeur à mes yeux que l’argent. Mon pouvoir, je le tire des renseignements que je récolte ici et là. Et ceux que j’ai pu récupérer sur vous, mon cher Ardus, vont me permettre de vous mettre hors d’état de nuire… Définitivement.
Nouveau geste de la main. L’homme à la tête de la famille Valerius est embarqué à son tour par les soldats d’élite. Il ne reste plus que les deux enfants du couple… Camilla, qui jusque-là s’est montrée confiante, commence à se sentir en danger. Son sourire a disparu et sa mâchoire est contractée, signe évident qu’elle ne trouve plus la situation à son goût. Cassius, pour sa part, demeure inconstant, laissant tantôt sa peur s’exprimer dans son regard, tantôt sa colère se manifester dans sa posture. Le regard flamboyant du seigneur de la guerre s’attarde sur la fille aînée des Valerius, puis se pose sur son jeune frère.
- Reprenons…
L'humanoïde à peau bleue, qui commence à fatiguer, tire un fauteuil vers lui et s’installe confortablement en face de la fratrie.
- Vous pouvez suivre l’exemple de vos parents Cassius. Ou vous pouvez me révéler tout ce que j’ai à savoir sur les Transports Ororo. Qu’avez-vous fait qui puisse me nuire au sein de MON entreprise ? Demande finalement le Chiss, bien décidé à obtenir une réponse.
- Je… Je n’en sais rien. Je le jure ! J’ai laissé mon père gérer les affaires des Transports Ororo pour moi. Admet le jeune homme, la gorge nouée par l’angoisse.
- Je vois. Consternant… Vraiment. Se contente de commenter Hivernus.
Un signe de tête de sa part suffit à faire comprendre aux stormtroopers qui l’accompagnent que le benjamin de la famille est voué à subir le même sort que ses parents. Cassius est traîné hors de la pièce par plusieurs soldats. Il tente vainement de se débattre, avant d’être assommé par un coup sur la tête. Le regard du seigneur de la guerre est désormais posé sur la jeune femme. Camilla tente de conserver son calme. Sa fierté l’empêche probablement de montrer la moindre once de faiblesse.
- Il n’y a plus que vous et moi ma chère Camilla… J’espère sincèrement que vous avez quelque chose à me dire.
- Mon frère est un imbécile… Et mes parents ont toujours eu les yeux plus gros que le ventre. Fait remarquer la dernière représentante des Valerius. Je… Je suis prête à coopérer. Mais... Je veux des garanties seigneur Hivernus.
- Vous n’en aurez aucune de ma part Camilla. Cependant, si vous souhaitez conserver certains de vos privilèges, je vous conseille de parler… Maintenant.
- Il y a certaines personnes au sein des Transports Ororo qui ont reçu des pots-de-vin pour fermer les yeux sur le contenu de certaines cargaisons… Avoue alors la jeune femme. Je ne sais pas ce qu’il y a à l’intérieur de ces cargaisons, mais je me doute que ça a un rapport avec votre affaire.
- Qui a offert ces pots-de-vin ?
- Quelqu’un que je ne connais pas. Même mon père n'a aucune idée de qui il s’agit. Il se contente simplement de récupérer sa part sur les pots-de-vin perçus par ses contremaîtres. Indique Camilla. Vous devriez vous adresser aux principaux concernés. Ils se nomment Penwick et Garadal.
- Je vous remercie. Répond l'humanoïde à peau bleue d’une voix étrangement calme. Un agent du Cœur Ardent viendra bientôt vous rendre visite. Faites-moi plaisir, dites-lui tout ce que vous savez sur les affaires de vos parents.
- Bien sûr… Souffle la rescapée, encore méfiante.
Se peut-il qu’elle échappe au sort funeste réservé au reste de sa famille ? Le seigneur de la guerre quitte son fauteuil et se dirige vers le grand salon. Il s’arrête sur le seuil de la porte et se retourne vers la jeune femme. Cette dernière retient son souffle.
- Vous êtes plus intelligente que le reste de votre famille Camilla. Et il me semble qu’il y a une place vacante au ministère des finances... Si jamais vous souhaitez reprendre le poste de votre père, je ne m’y opposerai pas. Ajoute Hivernus d’une froideur renouvelée. Cependant, je vous conseille sincèrement de ne plus jamais vous mettre en travers de ma route. Si je vous ai épargné, c’est uniquement parce que j’ai beaucoup d’estime pour le Major Telsh et que je ne souhaite pas le priver de sa fiancée. Ne gaspillez pas cette chance qui vous est offerte.
L’autre se contente d’un simple hochement de tête. Le Chiss passe le seuil de la porte et traverse le grand salon en prenant soin d’examiner avec intérêt les nombreuses œuvres exposées là. Camilla l’observe s’éloigner, lui et sa démarche lente, vers le hall d’entrée. La dernière représentante des Valerius demeure silencieuse, ruminant probablement une quelconque rancœur à l’égard de l'humanoïde à peau bleue qui vient de tout lui prendre. Il vient de lui infliger une leçon qu’elle n’est pas prête d’oublier…
Le seigneur de la guerre quitte la bâtisse et s’engage dans l’allée. Sur sa droite, les quatre agents de sécurité sont surveillés par une poignée de combattants de la Brigade Impera. Les mercenaires, genoux au sol et mains sur la tête, ont l’air de prisonniers préparés pour un peloton d’exécution. Un lieutenant se dirige vers Hivernus pour prendre ses ordres et fait claquer ses talons en arrivant à sa hauteur. L’officier retire son casque. Il s’agit d’une Devaronienne.
- Mon seigneur, que faisons-nous de ces quatre là ? Demande-t-elle à son supérieur.
- Libérez-les après mon départ et rendez-leur leurs armes. Ordonne le Chiss sans même jeter un regard du côté des porte-flingues.
- Bien mon seigneur. Et concernant les Valerius… ?
- Envoyez-les à la Citadelle. Les agents du Cœur Ardent se chargeront d’eux. Vous pouvez disposer Lieutenant Fahd.
- A vos ordres.
Dans la rue, plusieurs passants commencent déjà à se masser aux abords de la demeure. Seul le cordon de sécurité formé par les soldats d’élite les empêchent de s’approcher plus. Quelques-uns, au sein de ces curieux, semblent se satisfaire de l’arrestation des Valerius. D’autres, à l’inverse, s’inquiètent pour leur sécurité. Madu Fahd fait disperser les badauds avant qu’ils ne deviennent trop nombreux. L'humanoïde à peau bleue remonte dans son véhicule, aidé dans cette tâche par son chauffeur personnel et le dévoué Qubbrakt. Alors que la voiture s’éloigne doucement du domicile des Valerius, Hivernus dirige ses pensées sur le sort qu’il réserve aux traîtres. Il n’aura aucune pitié pour ceux qui osent sympathiser avec l’ennemi. -
Post n°2
Auteur : HivernusLe regard d’Hivernus se perd dans l’improbable collection d’objets qui vient ornementer les murs de son salon privé. Cet ensemble hétéroclite, qu’il a déjà eu l’occasion d’étudier de très nombreuses fois, le fascine toujours autant. Dans un coin de la salle, un uniforme noir similaire au sien et habillant un mannequin attire son attention. Les doigts du Chiss effleurent le tissu taché du sang d’un jeune homme, contournent les trous béants laissés là par les éclats de shrapnel d’une explosion particulièrement violente, puis s’arrêtent au niveau d’une plaque de grade abîmée... Une plaque de cadet. L’esprit du seigneur de la guerre s’égare au contact de souvenirs troublants. Le visage de son jeune aide de camp lui revient en tête. L'humanoïde à peau bleue s’imagine à nouveau au sol, emporté par la déflagration. Il se remémore ses anciennes douleurs, le sang imprégnant son uniforme d’une chape tiède et poisseuse. Et puis, brutalement, l’image d’un corps désarticulé et mutilé se présente à lui.
Doxal… Il était promis à un bel avenir. Quel gâchis.
Hivernus chasse ce souvenir désagréable. L'œil désormais unique du Chiss se pose ensuite sur une série de quatre masques traditionnels Kaleesh exposés sur un pan de mur. Ceux-là appartiennent aux natifs de Kalee affranchis par ses soins lors de sa douloureuse campagne de libération de Base Vergesso. En tant que guerriers tenus par l’honneur, les Kaleesh qu’il a pu sauver d’une vie de honte et de misère ont demandé à se joindre à ses troupes afin de combattre pour lui. Après avoir accepté d’eux leur loyauté et leurs services, le seigneur de la guerre a reçu en guise de présent les masques tribaux qui ont de tout temps dissimulé les traits des vaillants combattants de la lointaine Kalee. Cet hommage singulier a une importance symbolique. En offrant de la sorte une partie même de leur culture à l'humanoïde à peau bleue, les Kaleesh ont uni leur destinée à la sienne. En acceptant ce geste, Hivernus montre qu’il a une grande estime pour les guerriers qu’il a pris à son service.
Le respect mutuel qui lie le seigneur de la guerre et ses fidèles combattants Kaleesh est depuis devenu un exemple à suivre au sein de la Brigade Impera, et par extension, au sein de l’ensemble des forces armées seigneuriales. Le Chiss effleure du bout des doigts les différents masques traditionnels, confectionnés à partir des crânes de dangereux prédateurs de Kalee, comme le Mumuu ou le Karabacc. Son regard se perd dans les détails. Il étudie une fois de plus les marques guerrières, s’intéresse aux détails sculptés dans l’os et note à nouveau la différence de style dans les contours des masques et les peintures appliquées.
Le frémissement discret d’une porte qui glisse dans un mur attire soudainement l’attention de l'humanoïde à peau bleue. Un soldat de sa garde personnelle s’avance en silence, casque sous le bras, puis fait claquer ses talons en arrivant à hauteur du seigneur de la guerre. Le Chiss, qui connaît l’ensemble des membres de la Brigade Impera, reconnaît Nunnai san Urubtiyar à la profonde entaille qui marque son visage.
- Mon seigneur, vous m’avez fait demander ? S’interroge le stormtrooper dont l’armure blanche est striée de bleu.
Hivernus acquiesce d’un signe de tête. Il penche légèrement la tête sur le côté, un léger sourire aux lèvres.
- Vous avez décidé de garder cette vilaine balafre à ce que je vois Nunnyar.
- Oui mon seigneur. Un souvenir pour me rappeler mon erreur. Indique le Kaleesh en serrant doucement ses poings.
Visiblement, il n’a pas encore pardonné à l’Anzat de lui avoir tailladé le visage. Azah Suutrar n’a jamais essayé de cacher son excentricité. De ce fait, mutiler les soldats d’élite de son seigneur adoré lors de quelques sessions d’entraînement semble être, pour elle, le meilleur moyen de lier l’agréable à l’utile. Ils apprennent comment se défendre face à des assassins de sa trempe et en échange, elle s’amuse à les bousculer un peu en leur infligeant quelques blessures mémorables. Bien évidemment, sa méthode d’instruction fait débat… Cependant, Nunnai san Urubtiyar n’est pas le genre d’homme, ou plutôt de Kaleesh, à se plaindre. Son honneur lui dicte de servir au mieux le seigneur qu’il s’est choisi. De ce fait, il est prêt à passer par quelques entraînements déplaisants pour protéger Hivernus comme il se doit.
- Bien… Bien.
L'humanoïde à peau bleue rive à nouveau son regard enflammé vers le mur sur lequel sont exposés les masques traditionnels Kaleesh. Dans son dos, le caporal Nunnyar demeure impassible.
- Quels genres de pigments utilisez-vous pour décorer vos masques ? Demande alors le Chiss d’une voix intriguée.
- Il est coutume d’utiliser des pigments d’origine animale, minérale ou végétale mon seigneur. En fait, chaque tribu se sert de ce qui l’entoure.
- Intéressant. J’imagine que chaque motif sur les masques a sa propre signification. Je reconnais notamment sur votre masque les marques d’un Mumuu. Des attributs honorifiques obtenus après une chasse fructueuse ? D’autres symboles me sont cependant étrangers. Que racontent-ils Nunnyar ?
Le stormtrooper se place aux côtés du seigneur de la guerre, silencieux. Il contemple le temps d’un instant le réceptacle de ses gloires passées... Cette chose a eu une place importante dans sa vie. Et aujourd’hui encore, le natif de Kalee demeure profondément attaché à cet objet. Son regard passe du masque traditionnel qu’il a porté des années durant au casque glissé sous son bras. Jusqu’à présent, on ne s’était intéressé qu’à ses compétences martiales. Il avait combattu pour divers maîtres qui ne voyait en lui qu’un esclave destiné à les divertir. Hivernus, à l’inverse, lui avait donné une motivation sans chercher à le priver de son honneur ou de sa dignité. Il avait pour lui l’estime qu’un guerrier respectable peut avoir pour un guerrier de même rang. Cette marque de considération a depuis conforté le Kaleesh dans son désir de servir le Chiss.
- J’aimerai pouvoir répondre à l’ensemble de vos interrogations mon seigneur. Mais je doute que vous ayez plusieurs jours devant vous. Répond Nunnyar, sur la réserve.
L'humanoïde à peau bleue ne semble pas s’offusquer de la remarque du stormtrooper. Une fois de plus, un léger sourire vient étirer ses lèvres.
- Vous avez certainement raison… J’ai toutefois un peu de temps devant moi… Que vous évoque cet endroit ? Demande le Chiss d’une voix légèrement enjouée.
Le soldat d’élite parcourt la salle du regard. La pièce regorge d’objets étranges et d'œuvres de collection de grande valeur. Un aquarium de belle taille, occupé par un banc de poissons exotiques, attire son attention le temps de quelques instants. Puis soudainement, les yeux du natif de Kalee se posent sur une arme dont on parle souvent dans les traditions orales de sa tribu. Un sabre laser...
- Ah oui… La pièce maîtresse de ma collection. Commente Hivernus en voyant l’intérêt que le Kaleesh porte au sabre laser. L’arme noble d’une époque civilisée dit-on… Les temps ont changé, à n’en pas douter.
- Comment avez-vous obtenu une telle arme ?
Le regard enflammé du seigneur de la guerre semble s’intensifier à cette question. Quelque chose dans sa posture change, comme si cette seule interrogation suffisait à raviver en lui des souvenirs lointains. Le temps de quelques battements de cœur, le corps du Chiss se raidit. L'humanoïde à peau bleue ignore la douleur qui s’empare brusquement de ce qu’il lui reste de jambe droite.
- C’est une longue histoire. Disons simplement que je l’ai récupéré au cours d’une opération militaire particulièrement sanglante. Déclare mystérieusement Hivernus.
- Vous avez affronté des Jedi ?
- En fait, il s’agissait de Sith. Peu nombreux certes, mais suffisamment déterminés pour causer d’incroyables dégâts. Indique le Chiss en baissant son œil désormais unique vers son inconfortable prothèse de fortune. Ils m’ont laissé un petit souvenir ce jour-là… Mais ils n’auront plus jamais l’occasion de s’en prendre à qui que ce soit.
Le natif de Kalee demeure silencieux. Les Sith… Des guerriers sanguinaires aux multiples talents selon les dires de certains. De nombreux témoignages évoquent les massacres commis par ces conquérants impitoyables. Et l’on dit même d’eux qu’ils se sont maintenus à la tête du plus puissant empire de la galaxie pendant près de dix longues années. Vaincre un Sith en combat singulier relève de l’impossible si l’on n’est pas soi-même Jedi ou Sith si l’on se fie aux terrifiants récits qui les mentionnent. Il n’est pas donné à tout le monde de combattre des adversaires aussi dangereux. Survivre à une rencontre avec de tels individus n’a donc rien d’anodin… Et réussir à les tenir en échec est d’autant plus prodigieux.
Nunnai san Urubtiyar se demande silencieusement si un seigneur de la guerre non-Kaleesh pourrait un jour s'élever au rang de divinité et rejoindre dans la mort le glorieux panthéon de ses ancêtres. Sur Kalee, ceux qui figurent parmi les dieux sont ceux qui accomplissent de grands exploits. Guerriers d’exception, chefs de guerre impitoyables et chasseurs de renom sont légions au sein du panthéon des Kaleesh. Du point de vue du soldat, l'humanoïde à peau bleue est déjà l’équivalent d’un demi-dieu. Les nombreuses victoires obtenues par ses soins et le fait qu’il a réussi à résister à l’étreinte de la grande faucheuse par trois fois prouvent bien qu’il est destiné à devenir une figure de légende.
- Alors Nunnyar, que vous évoque cet endroit ? Demande une fois de plus le Chiss.
Cette question… Pourquoi cette question ? Le seigneur Hivernus attend de lui une certaine réponse visiblement. Mais qu’essaie t-il de faire exactement ? Quel obscur raisonnement se cache derrière cette curieuse question ? Le stormtrooper n’en sait rien. Son regard s’égare sur les nombreux objets exposés, à la recherche du moindre indice qui pourrait l’éclairer. Des armes diverses et variées, des statues, un aquarium servant de refuge à un banc de petits poissons exotiques, un uniforme noir ensanglanté et troué… Et finalement les masques Kaleesh. Il doit bien y avoir une connexion entre toutes ces choses… Un lien dissimulé quelque part. Nunnyar garde le silence pendant quelques instants, examinant avec soin les diverses options qui se présentent à lui.
Une salle des trophées peut-être ? Nombre de grands guerriers aiment garder auprès d’eux des souvenirs récupérés sur leurs ennemis. Non. Certains objets ont une valeur “sentimentale” aux yeux de l'humanoïde à peau bleue. Un cabinet de curiosités alors ? Hypothèse probable. Le Chiss a le goût des choses rares et singulières. Il s’intéresse toujours à ce qu’il ne connaît pas. Cependant, le seigneur de la guerre n’aurait pas posé cette question si la réponse était aussi évidente. Non… Ce doit être autre chose. Les yeux du Kaleesh passent de l’uniforme noir au sabre laser, puis se posent finalement sur les masques traditionnels de sa planète natale. Il croit comprendre...
- Cette salle… C’est un résumé de votre histoire n’est-ce pas ?
L’ombre d’un sourire traverse le visage du seigneur de la guerre. Il acquiesce doucement d’un signe de tête.
- C’est une déduction intéressante Nunnyar. Elle n’est pas tout à fait exacte, mais elle s’approche de la vérité. Admet Hivernus en présentant d’un geste de la main l’ensemble de sa collection. Tout ce que vous voyez ici, c’est notre histoire... Celle du Seigneurat de Bajic. Voici ce que nous sommes… Un peuple, une armée… Et plus important encore, un ensemble de cultures. C’est ce qui fait assurément notre force.
Le natif de Kalee voit où son seigneur veut en venir. L'humanoïde à peau bleue désire établir un puissant empire en prenant le meilleur des différentes cultures et sociétés représentées dans son armée.
- La culture Kaleesh a sa place dans l’histoire du Seigneurat de Bajic. Poursuit le Chiss en posant une main sur l’épaule du soldat d’élite. Et je me sens honoré d’être protégé par quelques-uns des vaillants guerriers de la grande et lointaine Kalee.
Nunnai san Urubtiyar sent sa poitrine se gonfler de fierté. Faire don de sa vie à l’empire que l'humanoïde à peau bleue contribue à former est pour lui un grand honneur. Un grand chef de guerre comme Hivernus mérite d’avoir des guerriers de sa trempe pour le servir en tout temps. Quelqu’un s’invite dans la conversation au moment où le stormtrooper s’apprête à répondre quelque chose.
- Mon seigneur… J’ai en ma possession des informations qui requièrent toute votre attention. Lance une voix dans le dos des deux hommes.
Le colonel Wexley, figée dans une posture rigide, patiente nerveusement. Celle qui dirige les services de renseignements du Chiss guette une réaction chez son supérieur. Le seigneur de la guerre n’est pas du genre à s’énerver quand il est interrompu dans ses activités. Dans la plupart des cas, il s’assure toujours de réagir avec courtoisie. Cependant, il lui arrive parfois de devenir beaucoup moins conciliant. La ministre de la sécurité intérieure croit apercevoir un éclat malveillant dans le regard enflammé de l'humanoïde à peau bleue. Elle déglutit péniblement et tente de demeurer impassible.
- Laissez-nous Nunnyar. Nous reprendrons cette discussion plus tard. Indique Hivernus en resserrant son emprise sur le pommeau de sa canne.
- Oui mon seigneur.
Le stormtrooper à l’armure blanche striée de bleu incline la tête puis ferme un poing sur sa poitrine avant de disposer. Le Chiss, qui commence à faiblir, décide de s’installer dans son fauteuil et invite la femme à peau noire à faire de même. Wexley s’installe donc en face de lui en tenant précieusement un bloc de données entre ses mains.
- Je vous écoute Colonel.
- Ardus Valerius refuse encore de parler. Cependant, sa femme s’est montrée très bavarde dès que nous avons commencé à la secouer un petit peu... Débute la ministre de la sécurité intérieure en remettant son datapad au seigneur de la guerre. Elle nous a indiqué où fouiller… Et voyez par vous-même sur quoi nous sommes tombés…
L'humanoïde à peau bleue prend le temps de lire les informations compilées sur le bloc de données, ignorant complètement la douleur qui vient malmener son moignon et même la présence du colonel Wexley. Pendant quelques minutes, le temps semble suspendu à cette simple lecture. Lorsqu’il reporte son attention sur la femme qui lui fait face, Hivernus semble animé d’une énergie nouvelle. Son regard enflammé brille d’une lueur étrange que la directrice des services de renseignements n’a jamais vue jusque-là.
- Fascinant… Mais prévisible. Commente t-il simplement.
Les vingt-cinq vaisseaux des Transports Ororo disparus ou volés au cours des derniers mois l’ont été à cause des Valerius. Ils se sont enrichis sur le dos du Seigneurat de Bajic en participant de manière indirecte aux raids de ces vaisseaux. Le simple fait qu’ils aient reçu leur part sur les marchandises volées irrite silencieusement le Chiss… Mais peu importe. D’ici peu, ils ne seront plus là pour nuire à qui que ce soit d’autre.
- Il y autre chose mon seigneur... Continue la femme à peau noire. Regardez bien. En regroupant les vecteurs de disparition des vaisseaux, nous avons réussi à définir une zone susceptible d’être leur destination.
- Et qu’avez-vous trouvé en suivant cette piste ?
- Une planète située dans un système isolé... Un endroit parfait pour l'établissement d'une base d’opérations pirate.
- Intéressant. En effet... Admet le seigneur de la guerre. Toutefois, vous semblez mettre de côté trois de ces disparitions.
- Nous supposons qu’il s’agit d’attaques isolées, sans rapport avec le groupe que nous pensons avoir découvert. Indique Wexley en haussant un sourcil.
- Certes. Mais je me dois de vous corriger. Ces trois disparitions sont bien plus importantes que celles concernant votre groupe de pirates Colonel.
- Très bien… Dans ce cas, vous avez une théorie à me dévoiler ?
Elle se rend soudainement compte du ton condescendant qu'elle emploie. Elle ravale difficilement sa salive. Visiblement, son supérieur ne semble pas lui en tenir rigueur... Du moins pas pour l'instant.
- Bien évidemment. Observez bien la fréquence des disparitions. Il y a un intervalle très précis entre les trois incidents. Notez bien... Quatre semaines. A chaque fois. Pas un jour de plus. Pas un jour de moins. Fait remarquer l'humanoïde à peau bleue avec une logique imparable. Quelles questions peut-on alors se poser Colonel ?
- Pourquoi viser ces vaisseaux spécifiquement ? Et pourquoi tiennent-ils à garder la même fréquence ?
- Tout juste. Pourquoi ?
Le Chiss remet le bloc de données au colonel, qui se retient de jurer. Elle n’apprécie pas ce petit jeu de questions-réponses. D’habitude, c’est elle qui mène l’interrogatoire. Où donc Hivernus veut-il en venir avec ses “pourquoi” ? Que cherche t-il à lui faire dire exactement ? A t-elle laissé derrière elle un précieux indice qui pourrait lui apporter des éléments de réponse ? Celle qui dirige le Cœur Ardent se concentre dans un premier temps sur les registres de cargaison des différents vaisseaux. Au bout de quelques minutes, Wexley croit avoir trouvé une piste de réflexion...
- Ils visent le matériel minier, les équipements de survie et les provisions. Lance-t-elle en guise de déduction.
- Effectivement. Maintenant, pourquoi cet intervalle très précis entre chaque raid ? Demande le seigneur de la guerre.
- Pour rester discrets...
Un hochement de tête désapprobateur de la part du Chiss suffit à la convaincre de trouver autre chose. La ministre de la sécurité intérieure se creuse donc la tête et trouve rapidement une nouvelle suggestion.
- Parce qu’il leur faut deux semaines pour transporter leur butin du point de départ au point d’arrivée. Et deux semaines pour revenir. Tente t-elle.
- En effet. C'est l'hypothèse la plus probable. Lâche Hivernus avant de se lancer dans une conclusion. Nous avons donc affaire à deux groupes bien distincts et aux méthodes différentes. D’un côté, une bande de pirates bien organisée mais peu discrète, qui s’en prend à tout type de marchandise dans un rayon d’action très précis. De l’autre, un groupe discipliné qui cible les cargaisons de certains transports dans un rayon très étendu mais dont les motivations restent pour l'heure un mystère.
- Oui mon seigneur. Ardus Valerius a probablement toutes les informations dont nous avons besoin, puisqu’il est en contact avec ces deux groupes. Cependant, je doute qu’il crache le morceau.
- Sa femme et son fils ne seront pas plus bavards, je le crains. Ils ne doivent pas avoir accès à ce genre d’informations. Nous devons donc étudier ces deux pistes par nos propres moyens Colonel.
- Entendu mon seigneur.
- Je vous suggère de commencer dès à présent.
Wexley se redresse, glisse son datapad sous son bras et fait claquer ses talons. Elle s’éloigne lentement, observé par l'humanoïde à peau bleue. Ce dernier, plongé dans ses réflexions, esquisse l’ombre d’un sourire. Voilà encore un retournement de situation inattendu qui pourrait bien avoir son lot de conséquences et de mauvaises surprises… -
Post n°3
Auteur : HivernusSpoiler : A lire avant :
Le seigneur Hivernus a remporté une grande victoire contre les forces de l’Association Natori, ce qui lui a permis d’obtenir le ralliement de Rezi-9 au Seigneurat de Bajic et la sécurisation de ses matières premières, vitales pour l’effort de guerre. Jugeant une poursuite des opérations trop prématurée et dangereuse, tant pour le matériel que les hommes, le Chiss a toutefois décidé de se retirer dans le système de Lybeya afin de faire ravitailler et réparer ses vaisseaux.
Certains officiers s’offusquent d’un tel choix, considérant qu’il aurait été plus judicieux d’utiliser à leur avantage la débâcle des forces du Syndicat Tenloss. Mais l'humanoïde à peau bleue leur a rappelé que cette victoire, aussi décisive soit-elle à leurs yeux, n’est qu’une pièce dans un puzzle complexe et que d’autres combats importants restent à mener. Après tout, le Seigneurat de Bajic n’a toujours pas réglé ses problèmes de pirates. Tant que cette menace subsistera, le bon déroulement de la campagne militaire demeurera perturbé. Les raids fréquents sur les convois des Transports Ororo sont largement préjudiciables. A long terme, le Seigneurat de Bajic se retrouverait privé d’une partie de ses revenus et les opérations militaires perdraient en efficacité du fait d’une chaîne de ravitaillement ébranlée. Hivernus ne peut pas se permettre une telle chose. Il doit mettre un terme à cette menace avant qu’elle ne prenne en ampleur.
Ayant ordonné à l’amiral Netbers de déployer quelques éléments appartenant au commando Szabo dans le secteur de Sarin, sur la supposée planète abritant la base des pirates, le Chiss n’attend désormais plus que leur rapport pour établir son plan d’attaque.
Installé derrière son bureau, sur un fauteuil qui semble le bercer doucement, le seigneur de la guerre lit sur son bloc de données personnel les derniers renseignements tirés du vaste réseau de contacts de son allié Keldron Iblis. Le recrutement d’agents isolés et de sympathisants pour le compte du Seigneurat de Bajic poursuit son cours. Les rapports les plus récents font état de plusieurs dizaines de volontaires enrôlés à travers différents secteurs de la galaxie, notamment sur les mondes les plus peuplés où les conditions de vie difficiles offrent peu d’opportunités. Il n’est pas nécessaire de rappeler que la misère a de tout temps été un allié fidèle des recruteurs. Nombre d’individus désespérés ont fini pirates, voyous, soldats ou mercenaires faute de mieux.
L’incorporation de ces nouveaux éléments au sein d’une machine de guerre qui demande toujours plus d’hommes pour s’alimenter n’est pas une mauvaise chose. Mais l'humanoïde à peau bleue semble davantage se satisfaire d’une autre nouvelle… Les insurgés de Kabaira s’estiment prêts à passer à l’action sur ses ordres. Avec l’appui de ces diverses cellules de combattants clandestins, qu’il a contribué à entraîner et équiper, il lui serait bien plus facile d’obtenir la reddition de la planète. Et grâce aux informations qu’il a pu obtenir via ces différents groupes, il sait exactement où et quand frapper.
Le seigneur de la guerre est interrompu dans ses lectures, avant même qu’il ne puisse songer à la meilleure façon de libérer Kabaira et ses habitants du joug du Syndicat Tenloss et de ses associés locaux. Plusieurs individus pénètrent dans son “cabinet de guerre”. L’un fait claquer ses talons, l’autre piétine sur place. Ils attendent en silence que leur supérieur leur donne l’autorisation d’avancer. D’un bref signe de la main, le Chiss indique au curieux duo de se présenter jusqu’à son bureau. Les réflexions militaires seront remises à plus tard.
- Vous nous avez fait mander, mon seigneur ? Demande alors le major Cottle, vêtu d’un uniforme d’officier à la tenue irréprochable.
- C’est exact, major. Je requiers vos services et ceux du professeur Zimmer pour régler un problème de taille… Indique l'humanoïde à peau bleue en posant son regard de feu sur ce qu’il lui reste de jambe droite.
Le médecin militaire n’est pas particulièrement surpris par cette requête soudaine. Voilà des mois que son supérieur se traîne misérablement dans tous les sens, que ce soit sur le pont d’un croiseur ou dans les couloirs de sa sinistre citadelle. A la longue, une telle suractivité est éreintante… Surtout pour un blessé de guerre qui n’a guère le temps de se reposer. L’ajout d’une prothèse de jambe devrait le soulager de bien des maux. D’autre part, ce serait l’occasion pour Hivernus de jouir d’un nouveau prestige. Sa condition actuelle d’unijambiste ternit quelque peu son image de seigneur de la guerre implacable. On ne s’attend en effet pas à voir un illustre conquérant s’appuyer sur une canne, le corps en vrac.
- Oui… Je vois, mon seigneur. N’ayez crainte. On va vous rafistoler en un rien de temps.
Le major consulte son bloc de données afin d’étudier le cas du Chiss. En tant que médecin personnel de l'humanoïde à peau bleue, il a toujours près de lui l’unique copie du dossier de son patient le plus précieux. Zimmer, pour sa part, tripote machinalement sa longue barbe hirsute, l’air songeur. Son cerveau est en pleine ébullition, probablement occupé à résoudre cette nouvelle équation. Il faut dire que son esprit complexe ne manque pas d’imagination. L’homme réfléchit aux différents matériaux qu’il pourrait utiliser pour confectionner la prothèse, mettant à profit ses nombreux expérimentations pour faire le tri dans la liste des choix possibles.
- Une prothèse en duracier ne ferait pas l’affaire… Il faudrait quelque chose de plus léger, moins dense… Pense le professeur à voix haute. Du duranium peut-être ? Oui… Pourquoi pas… Léger et résistant. Nous pourrions aussi envisager une prothèse en phrik… Particulièrement malléable et compatible avec différents métaux… Et à l’épreuve des sabres laser… Mais également plus rare à trouver. Hmm…
Le phrik… Hivernus se permet d’esquisser l’ombre d’un sourire à la mention de ce métal d’un genre particulier. Il avait eu la chance de porter une armure en phrik lors d’une opération sur Mygeeto. Contre les sabres laser, il est en effet difficile de faire mieux en matière de protection. Le Chiss avait eu l’occasion d’affronter une adepte Sith au cours son assignation sur la colonie Muun et sans cette armure, il est certain qu’il aurait pu y laisser la vie. Une douleur vive et soudaine vient le lancer. Son membre fantôme s’agite, comme ressuscité par le souvenir pénible de cette sinistre journée.
- Faites au mieux, professeur. Je sais de quoi vous êtes capable et je m’en remets pleinement à vos intuitions. Commente alors le seigneur de la guerre.
L’autre acquiesce en silence, perdu dans ses pensées.
- La reconstruction des nerfs ne devrait pas être un problème… Mais nous devrions commencer à voir ensemble la structure de la nouvelle jambe… Si vous n’y voyez aucun inconvénient, professeur. Ajoute Cottle, le regard plongé sur son bloc de données.
- Hmm… Non. Aucun. Marmonne Zimmer en venant jeter un coup d'œil au datapad du médecin militaire. De toute manière, il va me falloir une copie de ces dossiers pour travailler sur le plan de la prothèse. Et votre expertise médicale ne sera pas de trop… Enfin, j’imagine.
Le major semble réticent à l’idée de partager des informations sensibles avec une personne extérieure à son équipe médicale. Il ne souhaite pas être responsable de la fuite potentielle de documents importants. Mais il sait aussi que le professeur Zimmer est un individu méticuleux et consciencieux, dont l’expérience en matière de cybernétique pourrait être utile.
- Bien évidemment. Je vous apporterai un exemplaire d’ici peu. Indique le médecin. Ou alors… Pourquoi ne pas venir à mon bureau ? Il sera plus simple pour nous de travailler ensemble en ayant à portée de main tout ce qu’il faut.
- J’apprécie le geste, major Cottle, mais je pense que mon bureau est un endroit plus approprié à la réflexion. Renchérit l’inventeur à sa suite. Par ailleurs, j’ai sur mon plan de travail quelques prototypes de jambe et de bras qui pourraient vous intéresser…
- Vous avez piqué ma curiosité, professeur… Admet l’officier, rivant son regard vers le Chiss dans le but d’obtenir son approbation.
Mais l'humanoïde à peau bleue, devinant le fond de ses pensées, le devance avant qu’il n’ait le temps d’ouvrir la bouche. Il accepte de congédier les deux hommes afin qu’ils se penchent sur la réalisation de sa prothèse de jambe. A nouveau seul dans son bureau, Hivernus peut désormais pleinement se concentrer sur la planification de ses prochains mouvements…
Quelques jours plus tard… Au sein de la citadelle.
- J’apporte des informations au seigneur Hivernus. Indique Wexley alors qu’elle s’approche des deux gardes postés en faction à l’entrée des quartiers privés du Chiss.
Les soldats d’élite s’écartent doucement, en silence. Ils l’observent insérer sa clé de sécurité dans la console. La porte glisse lentement dans le mur et laisse passer un faisceau lumineux qui vient éclairer le mobilier de la pièce. Le colonel s’avance prudemment dans le salon personnel du seigneur de la guerre, son datapad glissé sous son bras. La porte se referme derrière elle. Le faisceau lumineux disparaît alors, plongeant la salle dans une obscurité quasi totale. Seul l’éclairage discret de l’aquarium apporte une source de lumière tranquillisante dans la pièce. L’actuelle dirigeante des services de renseignements est apparemment seule dans cet endroit ténébreux. Du moins, c’est ce qu’elle croit. Avant même qu’elle ne puisse calibrer son œil cybernétique, une voix vient la surprendre et la lumière jaillit du plafond.
- Colonel Wexley… Je vous attendais.
Cette voix, parfaitement modulée mais froide au possible, est reconnaissable entre toutes. Hivernus… L'humanoïde à peau bleue se tient tranquillement dans un coin de la salle. Il lui tourne le dos, probablement occupé à étudier quelques objets de sa collection, comme il le fait si souvent.
- Vous m’attendiez ? Demande l’officier, perplexe.
- Bien sûr… Indique mystérieusement le Chiss, toujours plongé dans ses observations. Approchez.
Wexley s’exécute sans broncher. Le seigneur de la guerre se tourne doucement vers elle. Le regard rouge, flamboyant, de l'humanoïde à peau bleue se pose sur la femme, qui frissonne sans le vouloir. D’un simple geste de la main, il désigne une série de casques.
- Qu’en pensez-vous ?
Le regard de celle qui dirige les services de renseignements se pose sur les objets de collection de son supérieur. Elle ne comprend pas l’intérêt qu’Hivernus peut porter à de telles babioles. Et elle ne comprend pas non plus pourquoi il s’amuse à étudier ces choses dans le noir… Car c’est visiblement ce qu’il faisait avant son arrivée. Les loisirs du Chiss demeurent pour le colonel un véritable mystère. Mais elle se prête volontiers au jeu. Aussi curieux que cela puisse paraître, il y a beaucoup à apprendre de l'humanoïde à peau bleue et de ses étranges manies. Wexley examine en silence les cinq casques imposants disposés dans un coffret en verre. Certains sont parfaitement conservés. D’autres, à l’inverse, présentent un état de dégradation avancé.
- C’est… Intéressant. Commente simplement l’actuelle ministre de la sécurité intérieure, sans grande conviction.
- Très intéressant en effet. L’art Coynite dans toute sa splendeur… Ces pièces d’armure, en plus d’être parfaitement fonctionnelles pour le combat, offrent de précieux renseignements sur la culture guerrière des redoutables combattants de la planète Coyn. Fait remarquer le seigneur de la guerre, une main posée sur son menton. La culture Coynite met en avant les exploits guerriers, les actes de grande valeur. L’honneur et le statut social sont d’une extrême importance aux yeux des Coynites. Il est dit que les mots et noms Coynites, qu’ils soient destinés à des objets, des lieux ou des personnes, racontent en fait une histoire singulière. Regardez ce casque sur la droite. Appréciez le travail de ciselure. Notez la technique dans les reliefs, la précision des détails, l’attention particulière apportée aux couleurs. Le guerrier portant ce heaume devait probablement appartenir à la noblesse Coynite, ou s’est suffisamment illustré au combat pour s’élever dans la société Coynite. Visiblement, il a tenu à ce que son histoire soit racontée au travers de son armure.
Hivernus reporte son attention sur un autre casque, le premier en partant de la gauche. Il le désigne d’un geste aussi bref que précis.
- Maintenant, observez bien cet autre casque. Voyez à quel point il est abîmé. Que pouvez-vous en déduire ?
Une question piège, à tous les coups. Wexley serait tentée de dire qu’il a été endommagé au combat. Mais le Chiss ne se serait pas amusé à poser une telle question si la réponse était aussi évidente. Il a probablement sa propre idée en tête. Et il cherche à voir si elle saura se faire son propre avis sans passer par des raccourcis faciles.
- Une sorte de rituel peut-être… ? Lâche-t-elle au hasard.
Un hochement de tête approbateur de la part de l'humanoïde à peau bleue suffit à convaincre le colonel qu’elle est sur le bon chemin.
- C’est une possibilité en effet. J’ai encore beaucoup à apprendre sur la culture Coynite. Répond le seigneur de la guerre. Mais passons. Vous êtes venue m’apporter des informations… J’imagine que vous savez désormais qui se cache derrière les mystérieuses disparitions de vaisseaux.
Il marque un temps de pause, avant de reprendre doucement.
- La princesse Saadia s’est montrée particulièrement astucieuse pour dissimuler son implication… Au moins autant que notre ancien directeur. Qu’avez-vous appris sur la relation qu’entretenait notre amie Falleen et ce cher Ardus ?
Le temps d’un instant, la directrice des services de renseignements a l’impression que son cœur s’est arrêté de battre. Elle fronce doucement les sourcils puis dissimule son inconfort derrière un visage qui se veut impassible. Comment peut-il savoir ? Est-ce qu’un agent a vendu la mèche au Chiss ? Quelqu’un aurait-il reçu pour instructions de rapporter tout avancement au seigneur Hivernus ? Non. Impossible. Elle le saurait. Rien ne lui échappe au sein du Cœur Ardent. Il a donc deviné par lui-même qu’un lien existait entre la pirate Falleen et le directeur déchu des Transports Ororo. Comment… ? C’est la seule question qui mérite d’être posée.
- Ardus Valerius est un individu très prudent, bien organisé. Il n’a laissé aucune trace chez lui. Et nous n’avons rien trouvé dans les locaux des Transports Ororo. Il a pris le soin d’effacer toute preuve compromettante. Cependant, nous avons fini par trouver quelque chose en fouillant bien… Un indice. Il s’est servi d’une clef de chiffrement très spécifique, réservée uniquement aux officiels de haut rang du Seigneurat de Bajic, pour dialoguer en toute discrétion avec la princesse Saadia. Cette ouverture nous a par la suite permis d’établir, en regroupant diverses informations, que les Filles du Vent Noir sont liées aux vols des vaisseaux. Rapporte alors la femme en remettant son bloc de données à son supérieur. Mais... Comment avez-vous su qu’ils étaient de mèche ?
Alors qu’il parcourt l’ensemble des données compilées sur le datapad, un sourire parcourt les lèvres de l'humanoïde à peau bleue. Une fois de plus, il se contente de désigner la série de casques d’un geste de la main.
- Ces pièces d’armure, colonel, sont ce qui m’a mis sur la voie. Dévoile Hivernus, sans en dire plus.
- J’avoue ne pas comprendre mon seigneur... Admet Wexley, dépassée.
- Bien sûr que vous ne pouvez pas comprendre… Vous n’avez pas toutes les cartes en votre possession. Indique le Chiss, d’une voix étrangement calme. Je n’ai eu l’occasion de voir une telle collection qu’en un seul lieu. Le “Vent Noir”. La cabine de la princesse Saadia regorge d’objets d’une valeur inestimable récupérés lors de divers pillages. Je n’ai certes pas eu le temps d’observer l’ensemble des œuvres exposées dans ses quartiers privés, mais j’en ai suffisamment vu pour reconnaître quelques pièces. Celles-ci notamment.
- N’est-il pas possible, selon vous, qu’Ardus Valerius et la princesse Saadia aient une collection de casques Coynites similaire ? Demande le colonel, perplexe.
- Non. Il y a des indices, sur ces heaumes, qui me font penser qu’il s’agit bel et bien de ceux de la princesse Saadia. De toute manière, la probabilité qu’ils aient tous deux une telle collection est assez faible. Poursuit le seigneur de la guerre.
Il semble terriblement confiant. Dispose t-il réellement d’une preuve qui permet d’affirmer que cette collection a changé de propriétaire ?
- La vérité éclate au grand jour, dit-on. Lorsque des éléments sont mis en lumière, ils apportent toujours des réponses. C’est du moins ce que la plupart des gens estime. Cependant... L'humanoïde à peau bleue prend une profonde inspiration avant de reprendre. Cependant, il est parfois plus judicieux de laisser ses pensées vagabonder dans l’obscurité. Certains éléments, jusqu’alors passés inaperçus, se dévoilent d’eux-mêmes sous le bon angle.
Encore une énigme. Ce jeu, lorsqu’il se prolonge indéfiniment, devient rapidement lassant. Tout ceci n’est qu’une perte de temps. Mais une fois encore, l’officier sait qu’elle a beaucoup à apprendre de ces jeux de questions-réponses que son supérieur affectionne tant.
- Laissez vos sens vous guider, colonel. Prenez le temps d’étudier ces casques. Commente Hivernus en guise d’encouragement, alors que la lumière s’éteint subitement.
Celle qui occupe le poste de ministre de la sécurité intérieure se retient de soupirer. Elle prend le temps de s’intéresser à cette collection qui lui fait dépenser beaucoup trop de salive... Du moins, à son goût. Elle s’attarde sur les motifs ciselés et peints, les empreintes laissées par les armes et les marques de brûlure, sans rien trouver d’intriguant. Peut-être n'a-t-elle tout simplement pas l'œil pour ça. Après tout, l’art, peu importe sa forme, n’a jamais été son truc. Soudain, Wexley pose son regard sur quelque chose qu’elle n’avait, jusque-là, pas remarqué. De petits points lumineux se cachent ici et là dans les crinières des casques. Une fois de plus, l’esprit du colonel est bombardé de questions.
- On dirait… Du phosphore ? S’interroge alors la femme, perdue dans ses réflexions.
- Il n’en a pas l’odeur. Révèle Hivernus. Approchez encore, colonel.
La directrice des services de renseignements s’approche davantage. Maintenant elle comprend… Une odeur de poisson, bien que discrète, persiste sur l’acier et le crin. Voilà donc pourquoi le seigneur de la guerre voulait qu’elle fasse appel à ses sens...
- Qu’est-ce donc ?
- Probablement du microplancton bioluminescent. Du moins, ça expliquerait l’odeur. Indique l'humanoïde à peau bleue. La question est de savoir, désormais, comment ce microplancton s’est déposé sur ces casques.
- J’imagine que vous avez la réponse...
Un nouveau sourire parcourt les lèvres du Chiss. Visiblement, le colonel a fait la bonne déduction.
- Bien évidemment. Se contente t-il de répondre en acquiesçant.
”Bien évidemment”… “Bien évidemment” ! Hivernus semble avoir réponse à tout. C’en est presque navrant. La femme demeure silencieuse, mais n’en pense pas moins. Il pourrait au moins avoir la décence d’allumer la lumière, maintenant qu’il lui a montré ce qu’elle avait à voir. Mais Wexley se ravise. Ceux qui manquent de respect au seigneur de la guerre ne font pas de vieux os sur ce misérable planétoïde. Ce dernier, qui remarque des signes de frustration et d’agacement chez son subordonné, décide de faire plus court.
- Ardus Valerius et Saadia ont trouvé comment communiquer en toute discrétion en se servant d’une clef de chiffrement utilisée seulement par les officiels de haut rang. Par ce biais, ils ont pu échanger des informations sans se faire remarquer par nos services de renseignements. Mais ils ont également trouvé une combine pour faire des transactions sans éveiller les soupçons... En passant par l’intermédiaire des Transports Ororo. Explique le seigneur de la guerre d’une voix parfaitement modulée. Nous savons que cette collection de casques appartenait à la princesse Saadia avant qu’elle n’en fasse “don” à Ardus Valerius. Hors, il est évident qu’ils ne voulaient pas qu’on les découvre en train de magouiller dans notre dos. Pour se faire, ils ont convenu d’un ou plusieurs lieux de transaction et se sont arrangés pour que les échanges soient réalisés par l’intermédiaire des Transports Ororo. Le microplancton nous donne un indice tout à fait intéressant quant à l’un de ces lieux…
Wexley demeure perplexe. Comment peut-il être certain d’avoir trouvé une piste à suivre ? De ce qu’elle sait, ce microplancton peut se trouver sur n’importe quelle planète de la galaxie, tant qu’il y a une mer ou un océan pour l’héberger. Avoir une idée de sa provenance exacte semble impossible, inconcevable. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin… Mais notre colonel préfère ne rien dire et laisser le Chiss poursuivre ses explications. Après tout, découvrir l’impossible semble être sa spécialité…
- Avez-vous déjà fait un tour au marché aux poissons, colonel ? Demande alors Hivernus, dont le regard de braise est désormais planté sur la directrice de ses services de renseignements. Non ? Quel dommage… C’est un endroit fort sympathique, très dynamique, fréquenté par des individus chaleureux et authentiques. Il est aisé d’y trouver son bonheur, si l’on aime les produits venant de la mer… Il y a l’embarras du choix. Et pour les enfants, c’est un lieu tout à fait magique. De nombreux marchands exposent leurs produits dans des cuves, afin de les garder les plus frais possibles pour les clients. Imaginez la tête d’un enfant lorsqu’il peut voir, pour la première fois, un poisson ou un crustacé en train de se mouvoir parmi ses congénères dans un grand bassin prévu à cet effet. Ajoutez à cela la magie de petits organismes bioluminescents, qui viennent par milliers illuminer chaque cuve, et vous avez là un spectacle tout à fait saisissant pour n’importe quel enfant.
Bien évidemment… Quelle sotte. Le marché aux poissons… La réponse était donc là, sous son nez, depuis le début ! Pourquoi n’y a-t-elle pas pensé ? Pourquoi faut-il que ce soit toujours une évidence pour son supérieur, mais pas pour elle ? La ministre de la sécurité intérieure enrage en silence, maudissant sa propre incompétence. A ce rythme-là, le seigneur de la guerre se débarrassera rapidement d’elle au profit d’un individu plus talentueux… Il va falloir qu’elle redouble d’efforts. Et vite.
- Je dois admettre que nous avons eu de la chance... Poursuit le seigneur de la guerre en venant se caresser le menton, pensif. Ardus Valerius a du recevoir ce cadeau peu de temps avant son arrestation. Dans le cas contraire, je doute que nous ayons eu un quelconque indice à trouver quant à la localisation d'un de ces endroits de transaction... Notre bon vieux Valerius aurait probablement fait nettoyer ces casques avant de les exposer dans sa collection personnelle. Après tout, je doute que quiconque, au sein de son cercle restreint d'associés et d'amis, ait un goût quelconque pour les objets extirpés d'un container pour poisson.
- Erhm... Oui. Concernant le marché aux poissons, il ne fait aucun doute qu’une approche discrète est préférable à une approche frontale, mon seigneur… Laissez-moi monter une opération d’infiltration. Avec un peu de chance, mes agents seront capables de remonter la piste aussi loin que possible. Indique Wexley, essayant de remonter dans l’estime du Chiss.
- Ce ne sera pas nécessaire, colonel. Répond avec courtoisie l'humanoïde à peau bleue. J’ai déjà ma propre équipe sur le terrain. De toute manière, j’ai besoin des ressources de votre ministère sur une autre affaire… Il me semble que vous n’avez toujours pas localisé notre mystérieux commando… Les interrogatoires des contremaîtres d’Ororo ont-ils donné quelque chose ?
Le colonel serre doucement la mâchoire. Un frisson vient courir le long de sa colonne vertébrale. Ce petit rappel n’est pas anodin. La directrice des services de renseignements sait que sa carrière ne tient plus qu’à un fil. Si elle échoue à éliminer la menace que représente ce commando… Alors elle ne sera plus d’aucune utilité au seigneur Hivernus. Et elle ne préfère pas penser à ce qu’il adviendra d’elle lorsqu’il aura décidé de se passer de ses services.
- Les contremaîtres Penwick et Garadal ont été retrouvés morts à leur domicile. Il semblerait que quelqu’un ait été plus rapide que nous… Annonce nerveusement Wexley, guettant une réaction sur le visage du Chiss.
- Prévisible… On les aura fait taire pour qu’ils ne dévoilent aucun secret. Se contente de commenter l'humanoïde à peau bleue, rivant désormais son regard enflammé sur l’aquarium qui abrite une colonie de petits -
Post n°3
Auteur : Hivernuspoissons exotiques qu’il affectionne tant. Je dois admettre que votre manque de réactivité me consterne, colonel… Je vous pensais pourtant apte à assurer mes arrières… Me suis-je trompé à votre sujet ?
- Non… Non. Je… Je n’échouerai plus, mon seigneur. Parvient à articuler la ministre de la sécurité intérieure.
- Je l’espère sincèrement, colonel… Car je commence à être las de vos échecs. Indique le seigneur de la guerre en admirant les motifs que dessinent les écailles colorées de ses poissons. Si vous n’avez rien à ajouter, vous pouvez disposer.
- Mon seigneur…
Wexley fait claquer ses talons et se retire en silence, laissant son supérieur seul avec ses réflexions. Hivernus demeure planté devant l’aquarium durant quelques minutes encore puis décide de se laisser tomber dans un fauteuil. Plongé dans les ténèbres d’une pièce peu éclairée et laissant vagabonder ses pensées, le Chiss se détend peu à peu, oubliant le temps d’un instant la douleur insupportable qui ravage ce qu’il lui reste de jambe droite.