Une leçon d'histoire.
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Post n°1
Auteur : HivernusLeroy enfile ses lunettes sur son nez et fait les cent pas devant ses élèves. La bedaine bien remplie, le visage joufflu, les joues empourprées… On aurait du mal à le voir en compagnon de la libération de Base Vergesso. Et pourtant, selon les témoignages de quelques vétérans, ce bon vieux professeur, qui a déjà passé les quarante ans, aurait pris les armes contre les mercenaires de l’Association Natori. Certains prétendent même qu’il aurait été blessé lors de la bataille du carrefour. Pour Alec et ses camarades, cela ne fait aucun doute, ce type est un héros. Leroy déambule entre les tables, les mains croisées dans le dos, le regard apparemment plongé dans le vide, l’air songeur. Il rejoint finalement son bureau, après s’être égaré dans ses pensées plus que nécessaire et s’installe dans sa chaise en poussant un soupir d’aise.
- Bien… Veuillez prendre vos blocs de données et consulter le dernier fichier que je vous ai envoyé. Aujourd’hui, nous allons commencer l’étude d’un sujet aussi sérieux que complexe. Débute l’enseignant de sa voix rocailleuse. Est-ce que quelqu’un a déjà entendu parler de la Nouvelle République ?
- C’est pas République Fédérale plutôt ? Demande quelqu’un dans l’assemblée.
- Et bien… Les deux termes peuvent être employés pour désigner ce régime. Et il en existe bien d’autres, moins flatteurs cependant... Croyez-moi. Répond Leroy en posant ses mains sur son ventre rebondi. Alors… Quelqu’un aurait-il quelque chose à dire à ce sujet ?
- Euh… Ils ont pas récemment bombardé une de leurs planètes avec du napalm ou j’sais pas quoi pour… Faire fuir des bêtes… ? Lâche timidement un jeune Twi’lek au second rang.
- C’est plus ou moins exact oui. Sale histoire d’ailleurs. Mais dites moi... D’où sortez-vous cette information ? L’interroge alors Leroy.
- Bah euh… C’est mon cousin. Il traîne souvent sur les quais et un jour il a discuté avec des réfugiés. Ils venaient de…
- De la planète Ondéron. Dans le système Japrael.
- Oui... Oui c’est ça !
Alec, qui se moque bien de cette conversation, s’intéresse plutôt à l’exécution de ses petites affaires. Il rédige quelque chose sur son datapad et, d’un glissement de doigt, envoie son contenu à une jolie Mirialan. Cette dernière, qui s'esclaffe subitement en lisant le message sur son bloc de données, attire sur elle le regard noir du professeur.
- Et bien Mademoiselle Madee, le malheur des autres vous fait rire ? Lance Leroy en quittant sa chaise avec la rapidité d’un homme qui n’a rien perdu de ses réflexes militaires. Ou peut-être que vous avez une blague à nous faire partager…
- Non… Monsieur. Souffle sur le bout des lèvres la principale concernée.
- Mademoiselle Madee, je pense qu’un petit tour dans les quartiers pauvres de notre ville est une punition adéquate pour vous apprendre à respecter autrui.
- Mais… C’est injuste ! Proteste la Mirialan.
- Oh ne vous en faites pas… Je ne compte pas vous y envoyer toute seule… Poursuit l’enseignant en esquissant l’ombre d’un sourire. Monsieur Pethorel va vous accompagner. Je suis sûr qu’il est déjà ravi de l’apprendre…
Alec, dévisagé par l’ensemble de la classe et son professeur, rougit et baisse la tête. S’il est du genre à faire l’intéressant pour séduire la gente féminine, il reste tout de même raisonnable. Ses parents, officiers au sein de la glorieuse armée seigneuriale, n’aimeraient qu’il soit ridiculisé en public. Cette punition, à elle-seule, suffit déjà calmer ses ardeurs. Ses camarades, cependant, qui ne souffrent pas d’un tel statut de gosse privilégié, ne se privent pas de s’amuser de cette situation. Quelques rires étouffés et une poignée de commentaires font le tour des tables.
- D’autres volontaires pour cette sortie pédagogique ? Demande Leroy pour faire taire les mauvaises langues. Non ? Bien. Je vais donc pouvoir poursuivre mon cours. Reprenons...
La salle de classe est entièrement plongée dans le noir. Un rayon de lumière vient aveugler les élèves. Une carte de la galaxie est projetée dans l’ensemble de la pièce. Des milliers de petits points lumineux occupent l’espace, défilent sous les yeux émerveillés des jeunes ou gravitent au dessus d’eux. Subitement, des dizaines de points s’affichent en surbrillance, attirant plus l’oeil que les autres.
- La République est l’une des trois grandes puissances actuelles. Grâce à des jeux d’alliance et aux fédérations, son influence s’étend aux quatre coins de notre galaxie, si bien qu’il est préférable de ne pas s’impliquer dans ses affaires... Reprend le professeur. Toutefois, bien qu’impressionnante économiquement et militairement parlant, la République n’est qu’une vaste structure aux fondations pourries. Un coup de pied bien placé et le tout s’effondre.
Une main se lève dans l’assemblée.
- Monsieur… Je ne comprends pas… N’est-ce pas contradictoire de dire qu’il ne faut pas s’en prendre à la République si elle est fragile ?
- Bonne remarque. Admet l’enseignant. La République est faible sur le plan politique. Il se trouve que son Sénat n’est qu’une vaste supercherie. La démocratie, belle idée sur le papier, n’en reste pas moins une chimère. Dans les faits, nos chers sénateurs se plaisent à tirer profit de chaque situation pour leur propre compte. Des individus menacent leurs affaires ? Ils les traitent de terroristes et en font des ennemis publics à abattre. Un régime ne leur convient pas ? Ils complotent contre les dirigeants et établissent un nouveau gouvernement. Un ennemi s’avère trop menaçant ? Ils cherchent un moyen de retourner contre lui ses alliés ou tentent de l’impliquer dans une sale affaire pour le décrédibiliser...
Leroy marque un temps de pause, songeur. Lorsqu’il reprend son explication, son ton se fait plus dur.
- Les politiciens qui gèrent les affaires de la République prétendent agir au nom du peuple qu’ils représentent. Ils affirment agir pour le bien du plus grand nombre et n’hésitent pas à nous servir à toutes les sauces qu’ils défendent des idéaux nobles comme la liberté, l’égalité et la démocratie pour tous… Tout ceci n’est qu’une vaste plaisanterie destinée à garder dans les rangs des gens qu’ils considèrent comme des moins que rien. Poursuit-il en remontant ses lunettes sur son nez. Coruscant, la grande et glorieuse planète-capitale de la République Fédérale, est l’exemple même de la médiocrité. Du dessus, Coruscant a de l’allure, elle scintille et attire le regard. Mais quand on s’attarde sur les détails, ce qu’on voit est moins charmant. Les bas-fonds de Coruscant abritent la majeure partie de la population et l’on n’y trouve rien de bien glorieux… D’une certaine façon, la capitale de la République n’est qu’une merde emballée dans un magnifique papier cadeau. C’est ça la réalité. Et elle est loin d’être plaisante.
Une main se lève timidement dans la salle de classe. Le professeur, d’un hochement de tête, donne la parole au curieux.
- Monsieur… Dans ce cas, puisque Base Vergesso ressemble par endroits à votre description de Coruscant, doit-on dire du Seigneurat de Bajic qu’il ne vaut guère mieux que la République ?
- Excellente question. Les conditions déplorables dans lesquels vivent bon nombre de nos concitoyens sont le fruit d’une très mauvaise gestion, comme c’est actuellement le cas sur Coruscant. Mais il est important de noter qu’au sein de Base Vergesso, les taudis et autres lieux de misère que l’on retrouve à certains endroits sont antérieurs à la formation du Seigneurat de Bajic. Répond Leroy en prenant un ton plus doux. Ce sont les Transports Ororo, et par extension le Syndicat Tenloss, qui sont à l’origine de ce malheur. Notez bien que le seigneur Hivernus a dépensé des sommes colossales pour réhabiliter les quartiers défavorisés de notre ville et améliorer les conditions de vie des plus pauvres. Il n’a rien à voir avec ces maux que propagent quelques vermines criminelles ou ces chiens corrompus de la République...
Un temps de pause vient ponctuer la fin de sa longue intervention. Notre homme racle le fond de sa gorge, humecte ses lèvres desséchées par cette leçon d’histoire particulièrement animée puis reprend de plus belle.
- Les militaires ont toujours joué un rôle important dans les sociétés qui ont traversé l’Histoire. Dans certains cas, ils se contentent de gérer des crises internes. Dans d’autres, ils prennent des décisions qui peuvent changer le cours des choses au sein de la galaxie. Poursuit l’enseignant. Notre nation, pour sa part, a été fondé dans le feu, les larmes et le sang. C’est la guerre qui a forgé notre société. Ces uniformes que vous portez représentent ce que vous êtes, ce que vous serez et ce que vos prédécesseurs furent. L’armée occupe une place importante au sein du Seigneurat de Bajic. Elle est le ciment de toute chose. Elle développe l’esprit de partage, de camaraderie, d’obéissance, d’appartenance à quelque chose de plus grand que soi. C’est ce qui rend notre société unique et plus efficace qu’aucune autre dans la galaxie. A l’inverse, la République, gangrenée par une élite politique méprisante, corrompue et incompétente, ne doit son salut qu’à la loyauté de son armée. Ce sont les militaires républicains qui maintiennent le tout en un ensemble fragile. Sans eux, cette chère République se serait déjà effondrée.
Et le cours se poursuit ainsi pendant deux bonnes heures. Leroy met l’accent sur l’inefficacité du système politique républicain, fait remarquer que la démocratie ne peut en aucun cas être une solution aux nombreux problèmes qui sévissent dans la galaxie, donne des exemples pertinents de trahison et d’incompétence de la part d’élus républicains… Il n’hésite pas non plus à mettre en avant les exactions et les fautes graves commises par l’Ancienne et la Nouvelle République au cours de divers épisodes marquants de l’Histoire... Tout est fait pour rendre le système démocratique méprisable et cela semble fonctionner à merveille. Les gosses des jeunesses seigneuriales, endoctrinés depuis des mois déjà, semblent comprendre les enjeux.
Pour Alec Pethorel, cela ne fait aucun doute : La République est une entité aussi incapable que dangereuse. Elle représente un mal qu’il faut éradiquer… Les illusions qu’elle entretient avec soin n’apportent que le chaos et la misère. La galaxie a besoin d’ordre, de sécurité et de justice. Seul le seigneur Hivernus et les idéaux qu’il défend semblent pouvoir rétablir la stabilité aux quatre coins de l’espace connu. Le mauvais garçon de la classe se demande silencieusement ce qu’en pense la charmante Mirialan pour qui il en pince un peu...