Bienvenue sur SWRPG !

Créé en septembre 2006, ce RPG situé dans l'univers Star Wars a démarré à l'aube de la Guerre des Clones. Nous avons cependant pris une trajectoire bien différente de celle de la saga. 18 ans plus tard, nous voilà dans un univers parallèle aux films de George Lucas, un univers unique dans lequel nos propres personnages ont eu (et auront) un impact sur sa destinée.

Contexte: Il n'y a pas si longtemps que ça, dans une galaxie lointaine, très lointaine... L'Ancienne République influençait les quatre coins de la Galaxie, guidée et protégée par les légendaires Chevaliers Jedi, gardiens de la paix et de la justice. De nombreuses années plus tard, on dénombre de nombreux régimes successifs, mais aucun n'a réussi à s'imposer durablement. Empire Démocrate... Empire Sith... Voilà que les différents chemins empruntés nous ramènent donc à une République Fédérale, sans que l'on soit assuré qu'elle parvienne à durer dans le temps. Une République Fédérale qui décide de miser sur la nouvelle Garde Républicaine, vouée à remplacer un Ordre Jedi dont on refuse le dogme si particulier.

Pendant ce temps, Sith, Séparatistes et Chasseurs de Primes ont su se préserver à différentes échelles de l'échec de l'Ancienne République. Tandis que l'Ordre Sith a connu récemment sa fin sur Cathar, laissant la place à différents cultes bien moins influents mais tout aussi dangereux, les Chasseurs de la Guilde de Dantooine n'ont jamais été aussi nombreux, parcourant les mondes à la recherche de primes qui en valent le coup. La Confédération des Systèmes Indépendants, elle, résiste aux fluctuations du temps et se préserve des menaces extérieures en n'hésitant pas à agir lorsqu'il le faut, comme l'en atteste son intervention musclée sur Cathar. La même Cathar qui avait accepté d'accueillir les Vestiges de l'Empire suite à la scission de l'Empire Sith, et qui aujourd'hui se retrouve sous la tutelle des Séparatistes.

Les temps sont sombres, le ciel annonce de mauvais présages comme c'est le cas à chaque nouvelle ère. Les relations entre les grandes puissances ne sont pas au beau fixe, les Sith sont de nouveaux reclus dans l'ombre -là où ils sont les plus menaçants- et les Jedi se terrent sur Endor, bien décidés à ne pas dévoiler leur présence à ceux qui leur sont hostiles et bien décidés à s'en tenir à leur but éternel : l'étude de la Force.

Jamais une ère de SWRPG n'aura été si indécise et pourtant, il y aura toujours quelqu'un pour bouleverser l’échiquier galactique. Comme ce fut le cas ces huit dernières années. Peut-être que tu seras cette personne, qui sait? Notre Galaxie t'attend !

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Star Wars RPG

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Les ruines d'un empire.

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    Le ChroniqueurL Hors-ligne
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    #1

    Post n°1
    Auteur : Hivernus

    Précédemment.


    L'effervescence est totale au sein de la citadelle. Des sections entières d’impériaux et de Corelliens longent les murs du centre administratifs au pas de course. Si la conquête de Base Vergesso est achevée, que la victoire est acquise et qu’un traité de reddition est déjà signé, il reste encore beaucoup à faire. Flanqué de sa garde rapprochée, Hivernus traverse un couloir où une escouade se charge d’aligner les morts le long d’une paroi, dans le but de faciliter le passage. Le Chiss marque un temps de pause, imité par ses protecteurs. Son regard de braise détaille les corps inertes de ceux qui se sont entretués ici. Il compte une trentaine de braves tombés sur les champs d’honneur, dont plus de la moitié appartenant aux troupes mercenaires. Son attention est toutefois attiré par la dépouille d’un combattant qu’il reconnaît facilement. Petit Jean gît là, troué de blessures, une baguette dans une main, un blaster dans l’autre, sa peau de caisse percée à ses pieds. A ses côtés, un sous-officier de l’Association Natori est mort sur le ventre, les lèvres pleines de sang. Un autre porte-flingue est figé contre un mur, les mains enfoncées dans une plaie béante qui l’a probablement tué. Sa bouche grande ouverte indique qu’il a certainement passé ses derniers instants à crier de douleur. Et le spectacle macabre continue ainsi, toujours plus horrible, toujours plus poignant. Deux corps raidis qui ont roulé dans un coin présentent des blessures ignobles. Les mains sont tordues, les nez sont arrachés, les dents sont cassées et les yeux ont sauté hors des orbites... Sûrement l’effet dévastateur d’un détonateur thermique. Le commandant, qui observe silencieusement ces misérables immobilisés dans leur attitude de mannequins cassés, semble indifférent. Cette fois-ci, il n’y a rien derrière son air grave.

    Il se tient debout dans le sang de ceux qui se sont sacrifiés pour sa cause. Il est à l’origine de leur mort et il devra vivre avec ce fait durant le reste de sa vie. Chaque décès reste à jamais gravé dans sa mémoire. Les visages des hommes tombés sous ses ordres défilent parfois devant ses yeux, lorsque le sommeil commence à le prendre. Mais cela ne trouble nullement Hivernus. Les feux de guerre qu’il a déclenché au sein de Base Vergesso projettent son ombre sur l’ensemble de la ville spatiale. Jusqu’à ce que son temps brûle, jusqu’à ce que ses braises fondent en gris, il serait là, décidant du destin de chacun. Tel est le sacrifice nécessaire. Un sacrifice qu’ils doivent tous accepter. L'humanoïde à peau bleu est prêt à donner sa vie pour les autres. Et il attend des autres la même chose. Ensemble dans la vie ou dans la mort, unis à jamais par un serment de sang. Voilà ce qui le lien étrange qui rassemble le Chiss et ceux qui combattent sous sa bannière. Et pourtant, au sein des ruines d’un empire sur le déclin, au milieu de la mort et de la dévastation, quelque chose, ou plutôt quelqu’un, trouve la force de pousser un premier cri. Les pleurs du nourrisson attirent la curiosité de l’officier impérial. Il se laisse ainsi guider par les gémissements du nouveau-né, jusqu’à arriver dans une pièce où le major Cottle s’empresse de couvrir d’un linge le corps fragile de l’enfant. La mère, allongée sur un lit aux draps couverts de sang, reste immobile, comme fatiguée par le travail intense de l’accouchement. Dans un coin de la salle, un mercenaire est mort assis contre le mur, la tête à demi emportée, les épaules couvertes des éclaboussures de la cervelle qui tâchent aussi la paroi sur laquelle il s’est reposé. Il s’agit là de l’oeuvre d’un Trandoshan, d’un Wookie, ou d’un être d’une force équivalente.


    - Major, comment va la mère ? Demande simplement Hivernus, avec sa froideur habituelle.

    - Morte. Une pauvre esclave qui a accouché dans d’effroyables douleurs. Probablement décédée à cause de mauvais traitements sur sa personne. Déclare le médecin militaire.

    - Et l’enfant ? L’interroge ensuite le Chiss, curieux.

    - Elle se porte bien… Soupire Cottle avant de reprendre. Mais la vie ne l’a pas gâté. Pas de parents… Pas d’avenir...

    - Au contraire Major, elle a trouvé une famille. Souligne l'humanoïde à peau bleue. Une grande famille.

    Le major présente, dans un geste spontané, le nourrisson à l’officier impérial. Ce dernier accepte silencieusement de prendre dans ses bras le nouveau-né. Et alors que son regard de braise se pose sur le petit être, celui-ci secoue ses mains potelées dans tous les sens en braillant. Hivernus reste de marbre face à cette agitation pour le moins déconcertante. Il ne sait pas quoi faire et se contente donc de fixer le bambin qui ouvre enfin ses yeux et l’observe à son tour. Lorsque les petits doigts de l’enfant viennent agripper son menton, le Chiss est d’une impassibilité à toute épreuve. Si son visage est dur et sévère, il en est toutefois autrement pour ce qui lui sert de coeur. Quelque chose semble remuer tout au fond de sa poitrine. Une sensation étrange, que l'humanoïde à peau bleue ne reconnaît pas. Là, au milieu du chaos et de la mort qu’il provoque, la vie trouve le moyen de prendre le dessus. Quelle ironie. Sous le regard perplexe ou amusé des membres de sa garde rapprochée, Hivernus tombe presque sous le charme. Lui, l’émissaire et le commandant de la Mort, le briseur de chaînes. A t-il l’âme d’un père ? Il n’en sait rien. Cette question restée sans réponse s’efface rapidement de son esprit.

    - Major, je compte sur vous pour lui trouver un endroit adéquat. Indique l’officier impérial d’une froideur renouvelée. Cette petite est un membre de notre famille désormais.

    - Bien sûr. Et… En tant que patriarche de cette famille, c’est à vous de lui trouver un prénom. Rétorque le médecin militaire en récupérant dans ses bras le bambin.

    - C’est une bonne suggestion. Mais je préfère prendre cette décision en compagnie de mon état-major. Répond à sa suite le Chiss. Vous pouvez disposer Major, il y a encore beaucoup de blessés à prendre en charge dehors.

    - Bien sûr mon Commandant. Souffle Cottle pour éviter de réveiller le nouveau-né, qui a finalement trouvé le sommeil. Je passerai vous voir plus tard dans ce cas.

    Le major disparaît, le nourrisson dans les bras. Hivernus reste planté là un instant, le regard rivé sur cette femme morte en donnant naissance à un enfant qu’elle ne verra jamais grandir. Le conflit a probablement fait des tas d’orphelins au sein de la base. Il faudrait leur trouver un toit, une raison de vivre… Le commandant impérial réfléchit aux solutions possibles. Et alors qu’il cherche à résoudre ce problème par tous les moyens, il est interrompu par un jeune homme portant un uniforme flambant neuf. Il s’agit certainement d’un membre de l’équipage du “Poing de Pandore”.

    - Je… Mes respects mon Commandant.
    Commence celui qui arbore une plaque d’enseigne. Le Capitaine Netbers m’envoie vous dire qu’il attend votre présence pour débuter l’holo-conversation avec la Grande Moff.

    - Je vois. Il ne sera pas nécessaire de rejoindre le “Poing de Pandore” toutefois. Il serait dommage de perdre du temps quand on peut utiliser la salle de conférence de la citadelle n’est-ce pas Enseigne ? Commente froidement le Chiss.

    - Erhm… Oui mon Commandant. Ajoute l’autre pour toute réponse.

    Alors que l'humanoïde à peau bleue quitte la pièce, suivi de près par ses protecteurs, le jeune enseigne reste un instant immobile. Son visage perd en couleur, devient livide. Il se retient un instant de vomir mais finit tout de même par craquer et vide le contenu de son estomac en quelques secondes. Hivernus s’arrête et se retourne. Le matelot est tétanisé, les pieds dans son vomi. Son regard effrayé s’est figé sur le mercenaire à la tête éclatée et à moitié arrachée.

    - Vous allez vous y habituer Enseigne. Lâche d’un ton hivernal le commandant impérial. Mais pour l’heure, vous devriez toutefois penser à autre chose… Et regarder ailleurs.

    Le gosse ne répond rien, toujours hanté par cette image d’horreur. Il faut qu’un des membres de la garde rapprochée du Chiss vienne lui toucher l’épaule pour que le jeune homme sorte de sa torpeur. Une fois que l’enseigne est prêt à suivre son supérieur, le cortège se met en route. Le groupe longe alors plusieurs séries de couloirs dans lesquelles il croise les cadavres de brassards rouges et de combattants du Syndicat Tenloss tombés fraternellement dans l’adversité. Une nouvelle scène d’horreur que le gamin s’efforce de ne pas regarder. Lorsque l'humanoïde à peau bleue pénètre dans ladite salle de conférence, le matelot pense être débarrassé de ces tableaux macabres, mais il se trompe. Car il lui faut encore enjamber le corps sans vie d’un officier tué dans le dos et éviter de poser son regard sur les dépouilles trouées de deux autres mercenaires. Constatant que le gosse ne s’en remettra pas à moins de débarrasser de sa vue les cadavres des porte-flingues de l’Association Natori, Hivernus fait signe aux soldats de sa garde d’honneur de traîner les morts hors de la pièce. Une fois le lieu rendu plus “propice” à la discussion, l’officier pianote sur le terminal de la salle de conférence.

    La table de projection holographique s’active et laisse apparaître les silhouettes translucides de deux personnages. Ces deux individus interrompent le fil de leur conversation et reportent leur attention sur le nouvel arrivant. Ils n'ont visiblement pas attendu sa présence pour débuter la discussion. A en juger le visage sévère et l’attitude rigide du premier, il doit s’agir du capitaine Netbers, le commandant du “Poing de Pandore”. La deuxième silhouette est celle de la Grande Moff Ashe, qui, à l’inverse de son statut, est principalement connue pour sa petite taille. Le Chiss ne connaît la dirigeante de l’Impérium que de nom, et se demande bien ce qu’elle peut avoir à lui dire… Personnellement. Il se persuade qu’elle n’est pas du genre à faire la conversation à des officiers de second ordre, préférant sûrement reléguer cette tâche à d’autres. Ce qui ne laisse qu’une option : La présence du capitaine Netbers et de ses hommes est une manoeuvre de la Boroskaise. Et cette dernière attend probablement quelque chose de lui à présent.


    - Mes respects Madame. Capitaine. Débute froidement l'humanoïde à peau bleue en les saluant d’un signe de tête.

    - Commandant Hivernus… J’aurai préféré vous rencontrer en d’autres circonstances, et en personne. Mais nous avons tous deux des occupations qui demandent une attention particulière. Déclare presque chaleureusement la naine, croisant machinalement ses mains dans son dos. Pour cette raison, je ne vais pas vous retenir très longtemps Commandant.

    Le Renard Impérial rive son regard d’acier sur le commandant du “Poing de Pandore”. Ce dernier déglutit et redresse le menton.

    -Vous pouvez disposer Capitaine Netbers.
    Ordonne t-elle finalement.

    - Oui Madame. Commandant… Souffle le capitaine en faisant claquer ses talons.

    Sa silhouette holographique disparaît après avoir tressauté l’espace d’un instant. Voilà désormais le Chiss seul en présence de la dirigeante de l’Impérium. Fait intéressant, elle a tenu à garder sa réelle identité secrète, comme si le reste des impériaux déployés sur Vergesso ne doivent avoir connaissance des détails concernant sa mission. Pourquoi donc ? C’est une question qui nécessite une réponse… Toutefois, interroger la Boroskaise à ce sujet serait probablement faire preuve d’un manque de respect.

    - Je suis à vos ordres Madame. Répond simplement Hivernus.

    - J’ai suivi votre parcours de loin Lieutenant Futhark. Je peux assurer sans prétention qu’une grande et longue carrière d’officier vous attend... Reprend la Moff doucement avant de durcir le ton. Votre petite campagne militaire personnelle aurait pu vous coûter cher, très cher… Notamment votre place. Car vous avez pris l’initiative de combattre un ennemi qu’il ne vous était pas demandé d’affronter directement.

    La jeune femme marque un temps de pause. L’officier impérial n’a pas toutefois pas besoin de prendre le temps de la réflexion. Bien sûr qu’elle a le droit et le pouvoir de le démettre de ses fonctions, de l’envoyer en cellule le temps qu’il soit jugé en cour martiale pour avoir désobéi aux ordres, pour avoir pris l’initiative de déclencher un conflit dont l’Impérium n’a pas besoin. Mais la Boroskaise sait aussi qu’il n’est pas nécessaire d’en arriver là quand elle peut simplement profiter de la situation pour retourner les événements à son avantage, et ça, le Chiss le devine facilement. Elle compte se servir de lui pour une tâche précise. Une tâche qu’il va bientôt découvrir…

    - Néanmoins, je sais reconnaître le talent. Et vous n’en manquez pas. Il serait donc dommage de priver l’Impérium d’un officier compétent…
    Continue sur sa lancée la Grande Moff. Vous ne demandez qu’à servir les intérêts de votre régime, je le vois bien. Pour cette raison, je vais vous donner la chance, les moyens même, d’atteindre vos objectifs. Vous allez continuer votre campagne militaire contre le Syndicat Tenloss… Non pas au nom du régime impérial mais en votre propre nom. Je vous nomme Seigneur de la guerre. En tant que tel, vous n’êtes officiellement plus rattaché à l’Impérium, vous agirez pour vos propres intérêts… Et ce dans un but bien précis… Vous faire connaître du Seigneur Gelmir, que je vous charge d’approcher par tous les moyens… Même s’il est préférable que vous l’approchiez avec… “Courtoisie”. Pour mener à bien votre mission, toutes les informations concernant le Seigneur Gelmir vous seront transmises.

    - Sauf votre respect Madame, si vous voulez que cette mission soit un succès, que la campagne contre le Syndicat Tenloss soit une réussite, il va me falloir plus que quelques informations. Si je puis me permettre Madame… J’aimerai vous suggérer la possibilité d’avoir accès à l’ensemble de la base de données du Bureau de la Sécurité de l’Impérium, ainsi qu’aux nombreuses ressources que les services secrets peuvent apporter. Rétorque alors Hivernus avec sa froideur habituelle. J’aimerai par ailleurs que les hommes actuellement déployés à mes côtés soient placés sous mon commandement jusqu’à la fin de cette mission. Et j’aimerai ajouter à cela la possibilité de transférer quelques officiers et hommes supplémentaires à mes effectifs actuels.

    - Vous m’en demandez beaucoup Lieutenant. Est-ce là une preuve d’audace, de confiance, d’orgueil ? Faites attention… Certains pourraient mal le prendre… Cela pourrait vous être fatal. Souligne Ashe en durcissant le ton, puis devenant plus douce. J’accepte néanmoins vos demandes. Je vous accorde temporairement une accréditation de niveau cinq pour remplir vos objectifs… Les commandos ayant participé à votre opération clandestine resteront sous vos ordres. Je vous confie également le commandement du “Poing de Pandore”, de l’équipage et des troupes qui sont à bord. Et vous aurez la possibilité de faire des demandes de transfert…

    - Je vous remercie de m’accorder votre confiance, Madame. Réplique finalement l'humanoïde à peau bleue en baissant respectueusement la tête en guise de merci.

    - N’abusez pas de cette confiance Lieutenant. Et n’échouez pas. L’Impérium est le régime des secondes chances, mais dans votre cas, il n’y aura pas de tolérance. Nous surveillerons de près vos progrès. Finit par conclure la jeune femme. Ah et... N'oubliez pas de me faire un rapport sur votre... Opération et votre insurrection.

    L’officier impérial salue militairement sa supérieure. La silhouette de cette dernière finit par s’estomper, le laissant désormais seul avec ses pensées… Le Chiss oublie la présence de l’enseigne, qu’il n’a pas congédié. Le matelot a entendu l’entièreté de la conversation et pourrait s’avérer être un danger. Mais pour l’heure, la seule chose qui préoccupe vraiment le nouvellement nommé seigneur de la guerre est la base spatiale dans laquelle il se trouve. Ce mystérieux Gelmir pourrait bien attendre quelques jours.

    Car pour mener à bien cette mission, il lui faut d’abord rebâtir pierre par pierre Base Vergesso. Il faut rendre à cette ville déchue, craquelée et brûlée, sa beauté d’antan... Son âme et sa gloire. Et alors que le chagrin enfle, que la mort empeste, que les chaînes se brisent et rouillent, la lumière succède timidement à l’obscurité.

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      #2

      Post n°2
      Auteur : Hivernus

      Sylvar jette un coup d’oeil à ses bottes maculées du sang de l’ennemi. Elle ne sait pas ce qu’il s’est passé entre ces quatre murs, mais une chose est sûre, l’évènement a été particulièrement brutal et sanglant. Les rigoles rouges qui partent d’un bout à l’autre de la pièce indiquent que des corps ont été traînés hors de la salle, probablement dans le but de permettre une certaine bienséance… Ou plutôt une parodie de bienséance. Après tout, le commandant aurait pu choisir une autre pièce pour faire sa réunion. Peut-être faut-il voir ce choix comme volontaire. Peut-être qu’il y a un message caché dans le choix précis de ce lieu, comme un avertissement à l’encontre de ceux qui tenteraient de le trahir, d’abuser de sa confiance. La jeune Cathar secoue la tête. Distraite par le sang qui vient souiller ses bottes et qui colle sous les semelles, elle perd le fil de la discussion. Elle se persuade finalement que ses sombres pensées ne sont que le fruit de son imagination, qu’il n’y aucun sous-entendu dans le choix de cet endroit.

      L’aide de camp du Chiss détaille un à un les individus qui se sont réunis autour de la table de projection holographique. Molitor affiche un air perplexe sur son visage couturé de cicatrices. Les bras croisés sur la poitrine, il mâchouille quelque chose en faisant remuer ses lèvres d’une façon allant du ridicule à l’absurde. Telsh, à sa droite, conserve une attitude toute militaire. Les mains jointes dans le dos, il suit attentivement le rapport fait par son commandant. Il dissimule avec peine un sourire sur ses lèvres. Vient ensuite le tour de Slaryn, qui à l’instar de son camarade des Opérations Spéciales Impériales, garde un air sérieux. Il semble analyser avec minutie les indications de son supérieur, une main machinalement glissée sur le holster de jambe qui tient son blaster, l’autre soutenant mollement son menton. Hivernus, pour sa part, demeure impassible, comme à son habitude. En maître de cérémonie qu’il est, l'humanoïde à peau bleue dirige l’assemblée depuis le bout de la table. Si son visage n’exprime aucune émotion, la lueur qui anime son regard de braise semble dire autre chose. Il est néanmoins impossible pour Sylvar de deviner ce qu’il se passe à l’intérieur de la tête de son supérieur. De son point de vue, l’officier impérial a tout d’une machine et rien d’un être vivant, même si l’on pourrait techniquement considérer que les droïdes sont des êtres vivants. Quoi qu’il en soit, la Cathar s’effraie en imaginant un commandant Chiss entièrement mécanique. Hivernus, privé de la douleur et de la plupart des besoins vitaux des êtres vivants normalement constitués, enveloppé dans une armure résistante dédiée à remplacer sa peau, serait une véritable machine à tuer. Une machine entièrement vouée à la guerre. Le pelage de la jeune femme se dresse sous les vêtements à cette pensée. Finalement, le regard de la créature féline se pose sur le Corellien placé à sa gauche, Keldron Iblis. L’ancien militaire semble songeur. Du moins, c’est ce qu’indique plus ou moins sa posture nonchalante. En fait, on dirait qu’il souhaite en finir au plus vite afin de retourner auprès des siens. De son avis, l’alliance de circonstance avec les impériaux semble toucher à sa fin… C’est du moins ce qu’il espère… Mais il va vite se rendre compte qu’il demande l’impossible.


      - Alors il n’y a aucune foutue aide à attendre du régime impérial ? Demande Molitor, la mâchoire crispée par la possibilité d’un abandon de la part de l’Impérium.

      - Aucune. Du moins, pas officiellement parlant. L’Impérium ne peut pas se permettre d’entrer en conflit diplomatique ou armé avec une quelconque faction parce que j’ai déclenché une guerre en son nom. Annonce froidement Hivernus, posant son regard enflammé sur le capitaine aux multiples balafres. Il a donc été décidé de faire de moi un seigneur de la guerre indépendant, de me laisser le commandement des troupes impériales basées sur Base Vergesso et sur le “Poing de Pandore”. J’ai toutefois réussi à obtenir de l’Etat-major impérial une aide matérielle et l’intégration de quelques éléments à nos forces actuelles. Nous pourrons donc compter sur du matériel militaire de première qualité et l’expertise de plusieurs vétérans pour poursuivre notre campagne au sein du secteur de Bajic.

      Une moitié de vérité pour une moitié de mensonge. Il ne peut évidemment pas leur dire que la Grande Moff lui a confié une mission de première importance, que cette mission concerne l’approche discrète d’un seigneur Sith. En dévoilant cette information à ses lieutenants, le Chiss se priverait du caractère secret de son véritable objectif. Sa mission pourrait rapidement s’achever sur un échec. Il est donc nécessaire d’éviter la fuite possible des informations en gardant cela pour lui.

      - Et bien… Nous ne sommes pas dans la merde ! Commente simplement le quinquagénaire, en soupirant. Que comptez-vous faire Commandant ? Je n’ai pas pour but d’engager mes hommes dans vos multiples combats à travers la galaxie.

      - Je ne vous demande pas de le faire Keldron. Laissez-leur toutefois la possibilité de rejoindre les rangs de mon armée si c’est ce qu’ils souhaitent. Rétorque alors le commandant, toujours aussi glacial. Vous refusez de prendre part à la suite des opérations, je peux le comprendre. Votre communauté a besoin de vous, et pour cette raison, je ne peux que respecter votre choix. Je ne reviendrais pas sur notre marché. Votre quartier conservera son indépendance, comme convenu... Mais respectez votre part en offrant aux Corelliens qui le désirent l’opportunité de combattre pour ma cause.

      - Mouais… D’accord… Ainsi soit-il ! Râle le Corellien en passant une main dans sa barbe.

      - Bien. Bien… Répète deux fois l'humanoïde à peau bleue sur un ton mystérieux. Nous allons permettre à chaque quartier de proposer un ou plusieurs représentants pour siéger au sein du conseil d’administration qui dirigera les affaires importantes de Base Vergesso.

      - Commandant, vous êtes sûr de vouloir faire ça ? Vous savez tout aussi bien que moi que la politique est une belle connerie… Vous devriez gérer cela seul ! Intervient Molitor sur un ton plus ou moins réprobateur.

      - De plus, cela prendrait des semaines entières à rassembler les votes pour les uns ou les autres, vu l’importante population de la base. Autant dire que les élections risquent de tourner en conflit d’intérêt et même potentiellement en bataille de rue… Du moins, c’est ma crainte. Ajoute Slaryn à la suite de son camarade impérial.

      - La loi martiale sera mise en application jusqu’à l’investiture des différents membres du conseil d’administration. Cela devrait calmer les ardeurs des esprits enflammés. Déclare calmement Hivernus, tranchant avec l’attitude de ses comparses. Keldron, j’aimerai que vous preniez une place au sein de ce conseil.

      - Vous m’imaginez moi en politicien ? Naaaah. Sans façon ! Grogne le militaire à la retraite dans sa barbe. Vous m’apportez déjà bien assez d’ennuis comme ça !

      - Keldron, vous pouvez choisir de rester dans votre coin et prendre le risque de voir votre communauté isolée et affaiblie par les intrigues des autres. Répond avec une froideur renouvelée le Chiss. Ou vous pouvez choisir de prendre la place qui vous revient de droit à mes côtés dans ce conseil d’administration afin d’avoir l’avantage sur ceux qui pourraient nuire à nos intérêts respectifs.

      - Et bien… Vu sous cet angle... Pourquoi est-ce que vous avez toujours réponse à tout hein ? Raaaah… C’est énervant. Vous entendez Commandant, vous m’énervez ! Ronchonne le chef des insurgés en faisant comprendre d’un geste las de la main qu’il accepte visiblement de prendre une place importante dans l’appareil militaire et politique de l'humanoïde à peau bleue.

      - Je n’en doute pas Keldron. Je n’en doute pas… Souffle l’officier impérial en esquissant l’ombre d’un sourire, visiblement amusé par le comportement de son interlocuteur.

      - Ah la politique... Si j’connaissais le crétin qui a inventé cette merde... Maugré le capitaine barjo. ’fin bon ! J’imagine que vous n’allez pas vous laisser marcher sur les pieds, que vous avez déjà un plan… Comme toujours.

      - Vous commencez à me connaître par coeur Capitaine. C’est bon signe. Souligne ironiquement Hivernus avant de reprendre sur un ton plus naturel, celui de l’indifférence. Mais nous aurons tout le temps de parler de ceci par la suite. La politique est un jeu dangereux qui se planifie. Pour l’instant, il nous faut aller à l’essentiel, à savoir s’occuper des affaires urgentes.

      - On raconte que vous avez adopté une gamine orpheline. C’est vrai ? Lance alors Telsh, curieux de connaître la réponse.

      - Un bambin qui n’a pas de nom plutôt. Rectifie Slaryn.

      - Et bien… Hivernette me semble être un bon prénom pour cette gamine ! Je suis sûr qu’elle aura l’esprit conquérant de son père ! Ricane Molitor.

      La remarque ne passe pas inaperçue. Les rires du major Telsh rejoignent bientôt ceux de la tête brûlée du groupe. Il n’y a bien qu’eux pour raconter des conneries du genre. Le sergent Slaryn, pour sa part, est plutôt sur la retenue et se contente de sourire bêtement à cette blague. Keldron, comme à son habitude, affiche un air dépité. Le principal concerné, celui que l’on nomme déjà “père” sans savoir ce qu’il en est réellement, semble suivre l’exemple du sous-officier impérial et dissimule à peine le sourire qui vient étirer ses lèvres. Sylvar prend le temps de la réflexion. Une idée lui traverse l’esprit.

      - Espoir. Glisse t-elle au milieu des ricanements et des expressions amusées.

      Un silence suit rapidement cette réponse simple mais évidente. Tous les regards sont désormais braqués sur la jeune femme. Des regards approbateurs. Il y a une lueur dans les yeux des impériaux qui ne trompe pas. L’espoir. C’est ce qui les anime tous, d’une façon ou d’une autre. Et rien n’est plus logique que de donner ce nom à une petite qui pourrait apporter à Hivernus et à ses partisans ce qu’ils recherchent… Un but. Un avenir. Un espoir. Le commandant lui-même semble se satisfaire de ce prénom. Il approuve le choix de son aide de camp d’un signe de tête, toujours aussi souriant. Il est étonnant de le voir afficher de la sorte une quelconque expression sur son visage aussi longtemps. Peut-être, finalement, que le Chiss n’est pas aussi froid et distant qu’il semble vouloir l’être. Ou peut-être qu’un contact prolongé avec ceux qui deviennent peu à peu sa famille, selon ses propres mots, va le rendre plus… Agréable à vivre. Le rêve est permis. La réalité, à l’inverse, est moins édulcorée. Il faudra donc attendre encore un peu avant de voir l’officier impérial s’épanouir en société. Après tout, on peut douter d’une telle possibilité…

      - Va pour Espoir. Conclut d’une voix parfaitement modulée Hivernus.

      L'humanoïde à peau bleue tourne la tête vers l’entrée. Il est imité par le reste de l’assemblée. Là, sur le seuil de la porte, se tiennent Azah Suutrar et une autre femme, inconnue de la plupart… Mais pas du lieutenant passé commandant puis seigneur de la guerre. Le Chiss n’a pas besoin de dire quoi que ce soit. Ses camarades comprennent qu’il est grand temps pour eux d’aller donner leurs directives aux troupes qui attendent dehors. Leur supérieur aurait tout le loisir de les convoquer à nouveau en cas de besoin. Chose qu’il ferait probablement dans les prochaines heures ou les prochains jours. La porte se dérobe au passage des membres de l’état-major, puis revient à sa place à leur disparition dans le couloir. L’agent Fringilla Morgana fait claquer ses talons, gonfle sa poitrine et redresse instinctivement la tête. L’Anzat, pour sa part, se moque bien du protocole militaire et se contente d’observer dans un silence coupable son prince des ténèbres.

      - Repos Agent. Des nouvelles de l’escouade Tête de Mort ? Débute simplement l’officier impérial en faisant quelques pas dans la direction de sa subordonnée.

      - Les recherches ne donnent toujours rien Monsieur. Mais nous faisons tout ce qui est possible pour trouver le moindre indice pouvant nous informer sur le statut de l’escouade. Annonce la jeune femme en guettant du coin de l’oeil la réaction de l’être mystérieux qui lui a donné des ordres à distance pendant plusieurs semaines.

      - Voilà une chose bien affligeante. Qu’en est-il du professeur Zimmel ? Demande alors Hivernus en gardant cet air froid qui le caractérise tant.

      - Mes gars ont réussi à intercepter la cible avant que son escorte ne puisse quitter la base. Les informations de mes indic’ étaient bonnes. L’informe l’opératrice. Vous voulez lui parler ? Il a peut-être quelques réponses à fournir sur le sort de vos hommes.

      - Agent Morgana, le sort de mes hommes vous concerne tout autant que moi. Vous étiez leur opératrice, leurs yeux, leurs oreilles. Cette disparition est de votre ressort, pas du mien. Rétorque Hivernus sèchement. Remuez l’ensemble de la base s’il le faut, mais retrouvez-les morts ou vifs. Je me suis montré particulièrement patient jusque là. Mais je n’accepterai aucun échec de votre part. Me suis-je bien fait comprendre Agent ?

      - Je… Je... Oui Monsieur. Balbutie l’agent des services secrets impériaux sans toutefois baisser les yeux.

      Fringilla fixe son supérieur avec une certaine audace. Elle affronte son regard enflammé et furieux sans craindre les représailles. Elle sait ce qu’implique une vie au service de l’Impérium. Elle connaît les conséquences. La jeune femme reprend rapidement ses esprits. Le doute qui l’envahit se dissipe. Un flot d’adrénaline se répand dans ses veines et achève de la vivifier. Sa première rencontre avec le lieutenant passé depuis commandant se révèle particulièrement informatrice.

      - Je ne vous décevrai plus, Commandant. Affirme Fringilla.

      Elle exécute un salut militaire dans les règles de l’art et entreprend de quitter la pièce. Lorsque la porte disparaît dans le mur, plusieurs silhouettes barrent le chemin et bloquent l’agent. Des silhouettes entièrement vêtues de noir qui braquent déjà des blasters sur sa personne. Avant qu’elle ne puisse faire quoi que ce soit, la jeune femme est mise hors d’état de nuire. Plusieurs traits laser viennent la traverser de part en part.

      - Mon seigneur, mettez-vous à couvert ! Hurle alors Azah Suutrar en dégainant sa vibrolame.

      Hivernus prend note de l’ordre expéditif de son garde du corps. Il se jette instinctivement sur le côté. Quelques rayons mortels passent au dessus de sa tête et s’écrasent contre le mur en crépitant. Le Chiss s’empare de l'un de ses deux Westar-34 accrochés dans les holsters de jambe. Ne pouvant se redresser correctement, à cause de sa prothèse de fortune, l'humanoïde à peau bleue s’appuie sur la table pour garder un certain équilibre. Un premier assaillant dépasse le seuil de la porte et enjambe le corps sans vie de l’agent Morgana. Il est couvert par un deuxième individu, dont le blaster crache des salves meurtrières dans le but de couvrir son camarade. L’officier impérial prend le temps de viser, au détriment de sa propre vie, puis tire une seule fois. Le trait rouge traverse la salle et vient se loger dans la gorge du premier combattant. L’homme s’écroule sans bruit, tué sur le coup. Mais il en vient d’autres. Deux nouvelles silhouettes quittent le couloir et se jettent dans la mêlée.

      Les traits laser fusent dans tous les sens. La pièce se transforme rapidement en champ de bataille. Un type est touché au bras par un tir précis du Chiss et réplique en grognant. L'humanoïde à peau bleue est plaqué au sol brutalement. L’épaule est touchée. Le trou fumant qui décore désormais l’endroit frappé par la décharge vient arracher un râle de douleur au commandant. Son assaillant est rapidement liquidé par l’Anzat, qui lui tranche la tête d’un geste sec à l’aide de son arme blanche. Un autre homme cherche à s’interposer mais rejoint rapidement son comparse dans la mort. La lame d’Azah Suutrar vient se planter dans le ventre du malheureux avec une violence rarement égalée. Et alors qu’il se vide lentement de son sang sur le sol froid, éventré comme du vulgaire bétail, la jeune femme se rue déjà sur le prochain adversaire. La rage qui l’anime ne semble connaître aucune limite. Le dernier assaillant, qui comprend que sa fin approche, ne cherche pas à se replier. Il pointe son blaster vers la tueuse en série et s’apprête à appuyer sur la détente. Mais une puissance invisible l’empêche d’aller au bout de son action. Le combattant est projeté avec force contre le mur du couloir, sans raison apparente ou logique. Ses pieds quittent le sol. Son corps se met à remonter le long de la paroi. Il lévite dans les airs. Ses mains se portent instinctivement à sa gorge. Il suffoque. Il sent les battements affolés de son coeur. L’étreinte invisible se resserre toujours plus autour de son cou. L’homme commence à manquer d’air. L’Anzat s’approche doucement de lui. Son regard noir n’évoque rien, si ce n’est la mort qu'elle laisse dans son sillage et la colère qui alimente son oeuvre funeste. La vibrolame pointée vers le sol, souillée du sang de ses camarades, s’abat fatalement sur l’agresseur. Il cherche à dire quelque chose, mais les mots refusent de sortir de sa bouche. Un liquide chaud et poisseux s’écoule le long de ses lèvres. Quelques borborygmes plus tard, la vie le quitte et son corps retombe mollement contre le mur.

      Le carnage prend fin. L’escarmouche n’a au final duré que quelques secondes. Quelques minutes tout au plus. Hivernus ne comprend pas ce qu’il s’est passé. L’action s’est déroulée trop rapidement pour qu’il puisse en saisir le sens. Ses pensées sont confuses. La seule chose qui semble réellement retenir son attention est une certaine personne… Azah Suutrar. La Force… La Force l’habite. Les nombreuses hypothèses à son sujet sont donc fondées. Véridiques même. Sous le coup de la colère, la jeune femme a réussi à libérer son potentiel destructeur. Celui qui anime ses moindres cellules. Celui qui imprègne ses moindres gestes. La vision du Chiss se trouble. Et alors qu’il sombre peu à peu dans les méandres de l’inconscience, il ne pense qu’à une chose : Tout ceci est fascinant.

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        Post n°3
        Auteur : Hivernus

        Le vacarme des combats est bref, mais suffisamment intense pour qu’il parvienne aux oreilles attentives des membres de l’état-major. Blaster au poing, ils se dirigent vers l’origine des tirs et des cris. En arrivant sur place, les impériaux et leur allié Corellien tombent sur les dépouilles de deux combattants. Le garde en faction devant la salle de réunion a visiblement été tué durant l’affrontement. L’autre cadavre est celui d’un type inconnu. A l’intérieur, quatre autres corps, dont celui de l’agent Morgana. La jeune femme est morte sur le coup, les yeux écarquillés, la bouche ouverte. Peut-être essayait-elle de dire quelque chose au moment où on lui a tiré dessus. Dans un coin de la pièce, Hivernus est appuyé contre un mur, blessé à l’épaule. Azah Suutrar semble le soutenir du mieux qu’elle peut, inspectant le trou béant à l’origine de la mine déconfite du Chiss.

        - Bordel ! Qu’est-ce qu’il s’est passé ici ? Demande soudainement Telsh, retournant d’un mouvement du pied le premier mort qui lui tombe sous la main.

        - Le Commandant Hivernus a été victime d’une tentative d’assassinat ! Réplique sèchement l’Anzat.

        Les lieutenants de l'humanoïde à peau bleue s’interrogent du regard, surpris par cette découverte. Le ton sensiblement courroucé de la garde du corps et son regard furieux semblent aller dans ce sens. Et les nombreux cadavres ne mentent pas non plus. Slaryn se penche déjà au dessus des multiples dépouilles pour recueillir des indices sur l’identité des mystérieux agresseurs. Telsh s’empresse de quitter la salle pour aller prévenir ses commandos du danger qui plane sur leur leader. Keldron imite bientôt le sous-officier, affichant un air inquiet sur son visage habituellement perplexe.

        - Sylvar, allez chercher le doc’ ! Beugle Molitor en pointant bêtement le couloir avec son index.

        La Cathar ne conteste pas l’ordre expéditif du capitaine et disparaît à son tour. L’agitation gagne bientôt l’ensemble de la citadelle. Les soldats des Opérations Spéciales Impériales et leurs camarades de la garde d’honneur forment un cordon de sécurité autour de la zone où a eu lieu l’horrible incident. Sous la supervision du major, un poste de commandement est rapidement installé et seul le personnel prévu à cet effet est autorisé dans le coin. Le reste de la base est bientôt touchée par cette curieuse effervescence. Les troupes impériales et Corelliennes se déploient dans les endroits jugés sensibles. De véritables points de contrôle sont installés afin d’éviter les moindres débordements de la part des civils ou les attaques surprises de potentiels assaillants. Des sections entières de soldats reçoivent l’ordre de fouiller certaines zones dans le but de rechercher d’éventuelles caches d’armes ou tout du moins pour repérer un coin où les conjurés auraient pu préparer leur coup en douce. Certains individus suspects sont interceptés et sont immédiatement conduits dans des endroits louches où ils seront interrogés par les hommes de confiance du Chiss.

        Bien loin de l’agitation qui s’empare de la base et qui frappe de terreur la population, le major Cottle et ses aides continuent de traiter les blessures de ceux qui occupent les lits et les brancards de l’hôpital improvisé. Lorsqu’une colonne de soldats passe au pas de course au pied du bâtiment réquisitionné et reconverti en dispensaire, le médecin militaire émet l’hypothèse qu’il s’agit d’un simple exercice. Mais il comprend qu’il se trompe rapidement quand Sylvar vient le chercher en hurlant son nom dans les moindres recoins de l’édifice. L’homme retire ses gants couverts de sang et ôte sa blouse blanche, puis entreprend de rejoindre la Cathar. Les deux finissent par se trouver au détour d’un couloir. L’aide de camp de l’officier impérial manque même de renverser le médecin, tant elle est pressée de lui délivrer son message.


        - Du calme ! Du calme voyons ! N’allez pas propager un vent de panique dans mon hôpital ! J’ai déjà bien du mal à contenir les angoisses de mes patients. Et j’ai encore plus de mal à retenir l’attention de mes aides lors des opérations. Lâche alors Cottle en croisant les bras. Vous allez m’expliquer ce qu’il se passe à la fin ?

        - Je… Hmpf… Je… Je... Bredouille la créature féline. Fffff. Le… Co...

        Sylvar cherche ses mots, s'essouffle, manque de suffoquer. Elle s’appuie au mur pour se calmer. Le docteur ne comprend pas l’attitude étonnante de la Cathar, qui a toujours été d’une professionnalisme à toute épreuve jusque là. Quelque chose de grave semble s’être produit. Le major craint le pire et fronce ses sourcils. Lorsque la jeune femme reprend son souffle, que sa respiration se fait plus régulière, elle parvient finalement à articuler clairement le contenu de sa requête.

        - Le Commandant est blessé… On… On a essayé de l’assassiner ! Annonce t-elle en essayant de rester calme et discrète. Nous avons besoin de vous au plus vite.

        La discrétion voulue par l’aide de camp est presque superflue. Le reste du bâtiment finirait par l’apprendre de toute façon. Tout cela n’est qu’une question de temps. Mais pour l’heure, il est inutile de perturber le bon déroulement des activités actuellement en cours dans le dispensaire de fortune. Après tout, le personnel soignant n’a pas besoin de connaître ces détails qui pourraient nuire à leur travail. Et certains, parmi les blessés, auraient tôt fait de sortir de leur lit ou de leur brancard pour aller se porter au secours de leur commandant… Ou du moins chercheraient se traîner jusqu’à lui... Au mépris de leur propre état de santé. Cottle se masse nerveusement la nuque. La priorité reste la vie du commandant. Il en a toujours été ainsi.

        - Et bien ne perdons pas plus de temps. Je vais chercher le matériel médical. Passez devant.






        L’arrivée du médecin militaire dans la salle de réunion ne passe pas inaperçue. Cottle sort de sa trousse une paire de ciseaux et entreprend de découper l'uniforme troué du commandant afin de pouvoir oeuvrer en toute liberté sans risquer d'aggraver la chose. L'habit déjà rapiécé de toute part qui fait la fierté d'Hivernus est une fois de plus victime de son succès. Des morceaux de tissus tombent à terre. Et finalement, le blessé se voit méticuleusement retirer ce qu'il lui reste de veste d'uniforme. Alors qu’il inspecte la blessure du Chiss avec une minutie propre à sa profession, nombreux sont ceux qui s’amassent autour de l'humanoïde à peau bleue et du major pour avoir des nouvelles rassurantes sur l’état de santé de leur leader. Les chuchotements incessants et les regards insistants des curieux semblent irriter le sous-officier médical, qui rumine quelques mots à voix basse.

        - Alors Cottle, est-ce que le Commandant va s’en sortir ? Demande alors Molitor en se penchant au dessus de l’épaule de son comparse.

        - Il s’en sortira ! Comme toujours ! Mais cessez donc de nous regarder comme des idiots ! Soupire l'autre avec agacement. Vous voilà rassurés ? Bien ! Retournez donc à vos occupations ! Il me semble que cette histoire d’assassinat raté ne va pas se régler d’elle-même !

        Quelques grognements suivent cette réflexion sincère. Un bref silence s’ensuit. Puis, tout d’un coup, comme un roulement de tonnerre, Molitor se met à exploser de rire. Sylvar arque un sourcil, perplexe à l’idée de voir le balafré se marrer devant leur commandant blessé. Mais elle se rend rapidement compte qu’il est inutile de vouloir chercher un sens aux actes de celui qu’on appelle “capitaine barjo”. Slaryn semble partager l’avis, ou plutôt les réflexions, de la Cathar. Les voilà tous les deux pensifs devant l’officier mort de rire. Azah Suutrar n’a pas l’air d’apprécier la bonne tranche de rigolade de Molitor, à en voir sa mâchoire serrée. Et Cottle, ce bon vieux médecin, lève simplement les yeux au ciel. Il est habitué aux réactions excessives de son camarade.

        - Le Commandant est né sous une bonne étoile ! Ricane le capitaine. Rien ne peut le tuer ! Avec Cottle en médecin miracle et le Commandant Hivernus comme guide, notre armée est invincible !

        - Cessez de… Raconter des âneries Capitaine… Ressaisissez-vous… Souffle le principal concerné sur le bout des lèvres. Vous êtes… Un soldat… Pas un clown.

        - Je… Erhm. Veuillez m’excuser Commandant. Vous avez raison ! Cela ne se reproduira plus. Répond Molitor avec une certaine gêne.

        Hivernus, toujours assis comme une misère contre le mur, ouvre doucement son unique oeil dévoré par les flammes de son intense regard. Le major aide le Chiss à s’installer sur une chaise, secondé dans sa tâche par l’Anzat. L’attitude de la tueuse en série semble déstabiliser les impériaux réunis dans la salle. Ils découvrent une nouvelle facette de l’étrange femme qui sert d’assassin et de protecteur à leur commandant. Ils ne s’attendaient sûrement pas à une telle réaction de la part de celle qui s’amuse à tuer et à manipuler par pur plaisir. S'ils savent ou se doutent qu'elle en pince secrètement pour Hivernus, ils ont tout de même du mal à la voir agir avec plus ou moins de douceur et d'attention. Bien sûr, à l’instar de la créature à l’éternelle jeunesse, les membres de l’état-major sont d’une loyauté indéfectible. Toutefois, contrairement à cette dernière, l’admiration qu’ils éprouvent pour leur supérieur ne frôle pas le fanatisme religieux ou un amour inconditionnel. Mais le curieux comportement de la garde du corps n’est pas le seul élément troublant. Cottle pose sa trousse de soin sur la table et sort les outils nécessaires à l’opération qu’il s’apprête à réaliser. Un scalpel, une paire de ciseaux, une pince à épiler, une aiguille et du fil à coudre, plusieurs rouleaux de bandages… Du matériel médical sommaire. L’homme nettoie dans un premier temps la plaie à l’aide d’un flacon d’alcool.

        - Commandant, quand je vous ai dit plus tôt que je passerai vous voir, je ne pensais pas venir vous recoudre une fois de plus. Fait remarquer le major en examinant à nouveau la blessure de l'humanoïde à peau bleue. Serrez les dents, ça risque de faire mal.

        - Ne vous en faites pas pour moi… Faites votre… Travail. Rétorque froidement Hivernus avant de s’adresser au reste de l’assemblée. Avez-vous trouvé des pistes sur… Nos mystérieux assassins… ?

        - J’ai bien quelques hypothèses personnellement. J’pense que c’est un coup de mercenaires revanchards. Ou alors, ce sont nos amis Corelliens qui ne veulent pas de votre autorité. Suggère Molitor avec une simplicité extrême.

        - Je doute réellement que les Corelliens aient envie de s’en prendre au Commandant. Vient commenter Sylvar. Sa mort aurait des conséquences tragiques. En outre, ils risqueraient de perdre leur indépendance… Et ils pourraient se retrouver coincés dans un nouveau conflit.

        - Peu probable que ce soit... L’officier impérial serre la mâchoire. La pince du médecin militaire vient arracher des lambeaux de peau morte et calcinée. Que ce soit… Un coup de... Nos alliés Corelliens. Pour ce qui est des mercenaires… C’est une option envisageable, mais également peu probable.

        - Qui alors ? L’interroge le capitaine en fronçant les sourcils, perplexe. Je doute que ce soit l’acte de trous du cul lambdas.

        - Je penche pour un commando impérial… Même si je ne comprends pas encore le but de leur… Intervention. Déclare le Chiss avec une froideur renouvelée.

        - Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? Ajoute la Cathar, aussi sceptique que son camarade au visage couturé de cicatrices.

        Un silence pesant s’installe. L'humanoïde à peau bleue s’enferme dans ses pensées, comme il sait si bien le faire. Les autres l’observent bêtement, attendant une réponse de sa part. Ils sont aussi muets que peut l’être un mort. Seul le bruit de la pince qui arrache la peau abîmée semble audible à travers toute la pièce. Finalement, Cottle pose sa pince sur la table et s’empare de son aiguille et du fil. Lorsque la petite pointe en fer rentre dans la chair du Chiss, ce dernier ne peut s’empêcher de remuer quelque peu sur sa chaise. Sentir un morceau de métal s’enfoncer dans sa peau est tout sauf agréable. Le travail du médecin militaire continue. Le major procède avec minutie. Et le commandant semble finalement s'accommoder des sensations qui accompagnent l’opération délicate.

        - Je suis sûr que le Sergent Slaryn a des… Éléments de réponse à vous fournir. Finit-il par répondre mystérieusement. Je suppose qu’il a remarqué certaines choses… Des détails qui ne trompent pas. N’est-ce pas Sergent ?

        Le commando impérial hoche la tête, sans s’étonner de voir son supérieur reprendre son aplomb et ses vieilles habitudes. Cottle ne ment pas. Hivernus s’en sortira... Comme toujours.

        - Vous devinez juste Commandant. Affirme alors le sous-officier. Ces hommes portaient des tenues similaires à celles portées par les commandos des forces spéciales impériales. Et je reconnais le matériel porté par ces individus. Équipement majoritairement impérial.

        - Bien sûr que vous le reconnaissez… Tout comme je l'ai reconnu. Mes... Mystérieux assaillants ne le sont pas finalement. Continue avec une froideur énigmatique le Chiss. Ils se déplaçaient comme des commandos impériaux. Et l’utilisation d’une arme de poing de type SC-4 est typiquement... Une caractéristique des forces spéciales impériales.

        - Qu’est-ce que ce blaster a de si particulier ? Cherche à comprendre son aide de camp.

        - Il est équipé d’un traceur et peut également s’auto-détruire avec une commande. Indique Slaryn. Pratique pour suivre à la trace les escouades commandos ou d’éventuels voleurs. Et utile quand on veut faire disparaître nos traces ou éviter que l’arme ne tombe entre de mauvaises mains. On offre parfois même des cargaisons entières de ce blaster à des groupes rebelles pour tout faire sauter de l’intérieur.

        Sylvar et Molitor jettent un coup d’oeil nerveux du côté des cadavres des assaillants, alignés contre un mur dans l’attente de leur transfert. Ces deux là constatent toutefois que les blasters sont manquants, ce qui achève de les rendre d’autant plus suspicieux.

        - Ne vous en faites pas, j’ai mis deux membres des Opérations Spéciales sur le coup. Ils devraient désarmer la charge explosive des modèles SC-4, si toutefois il y en a une. Assure le sergent.

        - Je ne comprends pas… Pourquoi des impériaux voudraient-ils s’en prendre à vous Commandant ? Lâche alors la Cathar. N’avez-vous pas le soutien de la Grande Moff ?

        La question est intéressante. Une question honnête et intuitive comme Hivernus les apprécie. Il ne se lasse jamais des jeux de questions-réponses. De son point de vue, il est important de laisser aux officiers la possibilité de développer leur sens de l’analyse afin qu’ils puissent réagir avec parcimonie à tout ce qui peut sembler inattendu ou incohérent. Restreindre la pensée des hommes à l’unique vision de leur commandant est une idée farfelue. Il faut savoir accepter les remarques, les questions et les suggestions quand elles sont bonnes. Le Chiss n’a toutefois pas le temps de répondre à l’intéressant commentaire de son aide de camp. Lorsqu’il ouvre ses lèvres pour donner son avis sur la question, le major Telsh fait irruption dans la salle.

        - Commandant, nous avons du nouveau. Le directeur Kase a été tué… Les soldats attribués à sa protection rapprochée ont péri, à l’exception d’un. Le rescapé nous a informé qu’un mystérieux commando les a pris par surprise. Deux assaillants ont été abattus, les deux autres ont réussi à se replier. Vient annoncer le sous-officier impérial.

        Le silence s’installe une fois de plus. Cette nouvelle, en plus d’être mauvaise, vient apporter son flot d’interrogations. Deux actions parfaitement coordonnées, visant deux personnalités importantes de la base. Ceci n’est pas un simple hasard. Hivernus ne tire pas de conclusions hâtives, mais il commence à entrevoir un pan de vérité. Ces deux escouades, qu’elles soient impériales ou entraînées et équipées à la manière des forces spéciales impériales, ont reçu l’ordre de s’en prendre à ceux qui nuisent de près aux intérêts du commanditaire de cette opération. Deux solutions sont envisageables. Premièrement, il est possible que le Syndicat Tenloss ait fait appel à des commandos entraînés et équipés comme des impériaux afin de semer le doute dans l’esprit des combattants du Chiss. La deuxième option est plus obscure, mais tout aussi vraisemblable. Il se peut que certains impériaux soient directement impliqués dans cette opération. Peut-être voient-ils en lui l’émergence d’un nouveau danger. Oui. Il est probable qu’il se soit attiré les foudres de quelques vieux officiers et dignitaires conservateurs en ayant obtenu les faveurs de la dirigeante de l’Impérium. Mais pourquoi vouloir la mort de l’ancien directeur de la base dans ce cas ? Une nouvelle hypothèse germe dans l’esprit de l'humanoïde à peau bleue. Une hypothèse qui met en lien les deux théories précédentes. Se peut-il que ces mêmes impériaux et le Syndicat Tenloss aient passé un accord ? Cela pourrait expliquer la volonté de voir mourir Carth Kase. Il aurait pu dévoiler les liens unissant l’organisation criminelle à ces officiels impériaux. Cela aurait provoqué quelques désagréments. Et des personnalités influentes auraient probablement perdu leur place ou même leur tête au sein de l’Impérium.

        Dans tous les cas, quelle que soit la réelle réponse, Hivernus la trouverait. Le commandant impérial va profiter des ressources offertes par la Grande Moff pour tirer au clair cette histoire. Les moindres personnes impliquées dans cette affaire auront à répondre de leurs actes. Il n’y aura aucune considération, aucune pitié de la part du Chiss. Son honneur et sa noblesse d’esprit ont été éclipsés par la froide vengeance d’un cerveau qui se veut impitoyable. Chaque pas qui le rapproche de la mort semble l’obscurcir un peu plus. Et alors que notre humanoïde à peau bleue s’engage sur un sentier dangereux, il en vient à développer une personnalité toujours plus glaciale et terrifiante. Hivernus ne connaît pas les remords. Il ne craint pas la peur des conséquences, ni même la mort… D’une certaine façon, on pourrait dire qu’il n’est plus réellement vivant. Son regard s’assombrit. Les flammes qui dansent dans son oeil désormais unique prennent en intensité. Elles le consument de l’intérieur à l’instar des brasiers éternels d’un royaume infernal.


        - Je vais me charger de cette affaire... Personnellement. Déclare dans un calme perturbant l’officier impérial en insistant sur le dernier mot. Je vous donnerai très rapidement mes… Nouvelles instructions. Pour l’heure… Contentez-vous d’organiser la sécurité de la base et des futures élections. Je ne veux plus aucun débordement de… Ce genre. Vous pouvez disposer.

        Les quatre membres de l’état-major exécutent un salut militaire et entreprennent de quitter la pièce. Avant de franchir le seuil de la porte, ils doivent néanmoins enjamber les nombreuses flaques écarlates des quelques soldats anonymes ayant eu l’audace d’attenter à la vie du commandant. L’élimination d’individus hostiles est tout un art avec l’Anzat. Un art qui trouve sa mesure dans une violence pure et simple... Un art qui se signe dans le sang. Hivernus oublie pendant l’espace d’un instant qu’un médecin s’affaire à le recoudre. Mais le travail de Cottle prend finalement fin.

        - Commandant, je crains de ne pas pouvoir faire mieux. Soupire le major en cassant le fil. J’ai arrangé la chose du mieux que j’ai pu. Mais il manque trop de peau. Je vais devoir appliquer une dose de bacta sur votre blessure.

        - Faites donc Major. Répond froidement le Chiss, à moitié plongé dans ses pensées.

        L’autre s’exécute en hochant doucement la tête en guise de réception de la réponse. Le médecin militaire s’en tient à son plan et applique une dose de bacta sur la plaie de son supérieur. Il enroule ensuite le torse du commandant avec du bandage, afin de garder la dose de bacta au contact de la blessure.

        - Et bien… Cela devrait faire l’affaire. Du moins pour un moment. Annonce Cottle après avoir achevé son travail. Je vous recommande de garder ça en état une semaine minimum, afin de laisser le temps au bacta de faire son effet.

        - Je vous remercie, Major.

        - Encore une chose… Continue le sous-officier médical en plongeant son regard dans celui de l'humanoïde à peau bleue. Sylvar m’a annoncé la nouvelle à propos de la gamine. Sympathique prénom. Je dois avouer qu’elle ne manque pas de créativité.

        - Allez au bout de votre… Question. Ne tournez pas autour du pot Major. Commente sèchement son interlocuteur.

        - Euh… Oui Commandant. Qu’est-ce que vous comptez faire avec ce bambin ? Demande le médecin, qui semble réellement se préoccuper de la petite. Vous avez l’intention de l’adopter ? De la reconnaître comme étant votre fille ?

        - Oh que oui Major… Se contente simplement de répondre Hivernus, fixant son regard de braise sur une Azah Suutrar au sourire coupable.

        Cottle n’ose pas poser les nombreuses interrogations qui viennent le tirailler. Il s’en tient à cette réponse énigmatique. Le commandant a ses raisons d’agir de la sorte. Ces raisons ne concernent que lui. Ce que le sous-officier ignore, c’est que le Chiss a longuement réfléchi à cette question. Le fait de s’engager dans une danse dangereuse avec la mort l’a rendu plus… Lucide. Espoir est prédestinée à un grand avenir. Son éducation reposerait sur un mélange de concepts impériaux et Chiss. Hivernus songe déjà à lui offrir un héritage digne de ce nom. Et lorsqu’il ne serait plus en mesure de donner des ordres, d’assurer l’avenir de tout un pan de la galaxie, Espoir aura à régner sur l’empire qu’il s’apprête à fonder.

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          Auteur : Hivernus

          Bérangar se plaque instinctivement contre un mur et évite ainsi de tomber sur une colonne de soldats impériaux lancés au pas de course. Il prend le temps de souffler. Rien ne se passe comme prévu. L’opération s’avère être un échec. La cible principale est encore vivante et ses troupes fouillent déjà de fond en comble l’entièreté de la base à la recherche des principaux acteurs de cette tentative d’assassinat ratée. L’agent marque un temps de pause, en profite pour reprendre son souffle et fait le point sur la situation. Faire appel à des détenus “volontaires” entraînés spécifiquement pour l’élimination d’un officier impérial des services de renseignements fut une grosse connerie... Surtout quand on le sait entouré d’une poignée des meilleurs commandos de l’Impérium. Bérangar soupire, se cogne la tête contre le mur de colère. Il aurait dû émettre des doutes sur la réussite de cette mission quand on lui en a donné l’occasion. Mais il est un soldat, et un soldat ne remet jamais en question les ordres de ses supérieurs. Il aurait peut-être du faire une exception cette fois-ci.

          L’homme reprend rapidement ses esprits. Se lamenter sur son sort ne sert à rien et n’améliore en rien la situation. Les troupes d’Hivernus peuvent se déployer partout si cela leur chantent. Il s’en moque. L’agent n’est peut-être pas le meilleur dans son domaine, mais il excelle quand même dans l’art de la discrétion et du subterfuge. C’est par ailleurs pour cela qu’on l’a affecté ici sur Base Vergesso. Bérangar se souvient du jour où il parvint à s’introduire dans une base militaire républicaine, costumé en capitaine d’infanterie. Il avait même eu l’honneur de passer en revue plusieurs bataillons républicains parfaitement alignés. Il se souvient aussi de cette fois où il eût à se dissimuler dans une caisse embarquée à bord d’un transport pour fuir une ville assiégée. Le pilote du véhicule ne s’était rendu compte de rien. Des anecdotes du genre, il en a plein à raconter. Notre homme est de ceux qui parviennent à s’échapper à chaque fois, même lorsqu’il est traqué, recherché ou, plus rarement, capturé.

          Bérangar est fait pour ce métier. Il sait qu’il s’en sortira, comme toujours. Et pour cela, il compte d’abord et avant tout sur son sang-froid. La colonne est passée sans le remarquer. Les soldats disparaissent à l’angle de la rue. Des cris se répercutent contre les murs. Des ordres sont aboyés. Des résidents sont temporairement jetés hors de leur maison afin de procéder à des fouilles. L’agent s’assure que personne ne regarde dans sa direction, puis se glisse dans la ruelle d’en face. Nul ne semble avoir remarqué sa présence. L’attention des civils est concentré sur l’action des hommes du Chiss, qui investissent bâtiment sur bâtiment à la recherche d’éléments suspects ou de personnes louches. Notre homme entreprend ensuite de longer les bâtiments, guettant du coin de l’oeil les moindres ouvertures et les moindres mouvements afin d’éviter d’être pris par surprise. Les bruits cadencés de bottes militaires foulant le sol parviennent bientôt aux oreilles de l’agent, qui se dissimule à nouveau dans l’ombre d’une ruelle. Une autre escouade de soldats, mixte à en juger les brassards rouges et les armures blanches, passe sous ses yeux. La présence militaire semble se renforcer dans le quartier. Il est grand temps de partir. Néanmoins, il n’est pas question de quitter la base sans avoir rempli l’objectif. De toute façon, les hommes du lieutenant Futhark, ou Hivernus, quel que soit son nom, doivent probablement tenir immobilisés les vaisseaux présents dans le spatioport. Bérangar ne pourrait pas s’en approcher sans livrer combat.

          Mais pour l’heure, il lui faut se concentrer sur sa mission. On lui a donné l’ordre d’éliminer l'humanoïde à peau bleue et il compte bien remplir le rôle qu’on lui a assigné. Rentrer au bercail avec un échec sur les bras serait probablement synonyme de mort. Ses supérieurs ne sont pas réellement connus pour leur côté compréhensif et indulgent. L’agent doit donc retrouver les survivants du deuxième commando au point de rendez-vous convenu. Ils pourraient alors concevoir un nouveau plan d’attaque et achever la mission qu’on leur a confié… Ou du moins mourir en essayant. Il est toutefois clair qu’il serait préférable de finir ses jours un blaster à la main. Les commanditaires de cette opération suicide sont du genre à tuer à petit feu ceux qui échouent lamentablement. Finir entre leurs mains sadiques et impitoyables n’est donc pas une option envisageable. Bérangar s’empare d’un long manteau séchant sur un fil à linge étendu entre deux bâtiments et l’enfile presque aussitôt. Il attend ensuite que l’agitation perde en intensité dans le coin, prêtant une attention particulière aux mouvements de troupes, et s’enfonce dans les profondeurs du planétoïde.







          L’arrivée jusqu’à la cantina abandonnée servant de planque et de point de rendez-vous aux conjurés ne fut pas de tout repos. Plusieurs heures furent nécessaire pour parvenir jusqu’à l’abri. Bérangar eût à éviter à de très nombreuses reprises les forces conjointes des impériaux et des Corelliens dispersées dans tous les recoins de Base Vergesso. Il lui fallut également passer plusieurs points de contrôle établis par les soldats du Chiss en prenant tantôt l’apparence d’un vieux vagabond, prenant une autre fois l’attitude d’un père de famille affolé par les évènements. L’art du subterfuge avait une nouvelle fois fait ses preuves. Incarner divers rôles dans divers costumes est un comportement presque naturel pour lui.

          L’agent reste tout de même prudent. Le quartier des affaires est étrangement tranquille. Les sections militaires se font moins nombreuses dans ce coin de la base spatiale. Notre homme dégaine son blaster et entre dans la cantina avec une méfiance spontanée. La salle de restauration passée, il s’enfonce dans les cuisines et y découvre les corps sans vie des deux rescapés qu’il devait retrouver. Allongés sur des tables, les bras se balançant dans le vide, une expression de terreur sur le visage, ils côtoient divers aliments et ustensiles de cuisine laissés en évidence. Bérangar fronce les sourcils en remarquant un détail particulièrement troublant. Plusieurs couteaux et couperets sont plantés dans les dépouilles. Il est néanmoins impossible de savoir si ceci a été fait durant leur mise à mort ou après. Une chose est sûre, celui ou celle qui les a tué doit probablement être dans les parages, attendant le bon moment pour finir son travail en l’éliminant lui aussi. L’agent entreprend de quitter les lieux au plus vite. Sa mission est clairement compromise. Mais un rire sinistre vient lui glacer le sang et le retient dans les cuisines de l’établissement.


          - Vous croyiez réellement pouvoir tuer le Commandant et vous en sortir ? Glisse une voix moqueuse dans son dos. Voilà le prix à payer pour votre négligence !

          Bérangar fait volte face et presse sur la détente de son blaster à de nombreuses reprises. Les traits laser traversent la grande pièce. L’ombre noire rieuse évite les salves mortelles en s'esclaffant à nouveau. Les rayons mortels s’écrasent sur les ustensiles de cuisine et les murs de la salle en crépitant. L’écho des tirs a tôt fait de ramener les commandos embusqués aux quatre coins de la bâtisse. Les portes battantes laissent passer un flot de soldats en l’espace de quelques secondes. L’agent pointe son blaster sur l’un d’entre eux, puis recule jusqu’à être acculé contre une table où gît le corps d’un de ses camarades de mésaventure. Il compte rapidement les adversaires qui lui font face. Onze commandos. Les solutions de repli et d’échappatoire sont quasiment nulles et relèvent du suicide pur et simple. L’étrange femme aux sinistres éclats de rire finit par montrer son visage. Alors qu’elle contourne la table, un grand sourire affiché sur ses lèvres, ses doigts viennent effleurer le cadavre d’un des deux assaillants. Elle s’approche doucement vers l’homme qui fait l’objet d’une surveillance accrue… Jusqu’à se trouver à quelques centimètres de lui. Azah Suutrar ne semble pas craindre la mort. Elle lui crache volontiers au visage en agissant de la sorte. Bérangar ne semble pas encore décidé à presser sur la détente. Son esprit divague. Il est troublé, sans réellement savoir pourquoi.

          - Ne jouez pas au héros. Vous n’avez rien à y gagner. Souffle alors l’Anzat d’une voix douce et trompeuse. Quelqu’un vous attend et souhaite s’entretenir avec vous… Remettez-moi votre arme.

          L’agent coopère et pose son blaster sur la table. Sa combativité l’a abandonné. Une vive curiosité prend la place. Il se demande bien pourquoi on décide de l’épargner lui, quand ses camarades de mésaventure gisent dans une flaque de sang, éventrés et étalés à la vue de tous comme de vulgaires morceaux de viande prêts à la consommation. Un commando se charge de récupérer l’arme. Deux autres escortent le prisonnier vers la salle principale. Au fond dans la pièce, confortablement installé dans un fauteuil à l’intérieur d’une alcôve, attend un être particulièrement atypique. Le bras en écharpe, l’oeil gauche dissimulé par un cache-oeil, une jambe manquante, un regard enflammé et un visage pâle et bleu… Le tout dans un uniforme noir rapiécé qui semble tissé dans les ténèbres même de l’endroit. Il n’y a pas de doute à avoir sur l’identité de cette personne. Il s’agit du lieutenant Futhark. L’officier impérial ne semble pas craindre la mort lui non plus. Il s’affiche volontiers devant celui qui a commandé sur le terrain l’opération visant à le tuer. Bérangar ne sait pas s’il doit voir là une forme de provocation ou de témérité. Peut-être est-ce le mélange des deux. L’Anzat vient rejoindre son supérieur et se place à son côté, fidèle dans son rôle de garde du corps.
          D’un simple geste de la main, le Chiss invite son mystérieux agresseur à s’installer dans le fauteuil qui lui fait face. L’agent s’exécute sans broncher et se pose sur le sofa. Tout ceci lui semble bien étrange. Son instinct lui dicte de se méfier de cette curieuse mise en scène. La présence de la sinistre femme et des commandos des Opérations Spéciales Impériales n’est pas anodine. On cherche à l’impressionner, à l’empêcher de commettre la moindre erreur. Et pour l’heure, Bérangar sait qu’il ne peut rien tenter contre le lieutenant passé commandant. Alors il se contente de faire ce qu’il sait faire de mieux, attendre le bon moment pour agir. Hivernus, ou Nash Futhark, quel que soit le nom qu’il emprunte, pose un datapad sur la table basse qui sépare les deux fauteuils.


          - Agent Bérangar… Opérant au sein du Département Infiltration et Manipulation depuis dix ans. Élément efficace du régime impérial, décoré à de multiples reprises pour les nombreuses missions effectuées pour le compte du Bureau de la Sécurité Impériale… Un excellent dossier et un comportement exemplaire. Débute froidement l'humanoïde à peau bleue en posant son regard de braise sur le principal concerné.

          L’autre ne répond pas. Il ne sert visiblement à rien de mentir à un individu qui a l’entièreté de son dossier sous les yeux. La réelle question est plutôt de savoir comment il a eu accès à des informations classifiées de niveau 3. Se peut-il qu’il ait un niveau d’accréditation supérieur à son rang, qu’il ait un rôle important au sein des services de renseignements impériaux ? Le doute est permis. Se sortir de cette fâcheuse situation risque d’être compliqué.

          - Vous perdez votre temps. Lâche finalement Bérangar.

          - Jamais, Agent. Rétorque à sa suite le Chiss. Vous vous êtes rendu responsable de la mort de sept militaires et de plusieurs civils. Sachez que je prends en considération leur perte. Et pour cela, je prendrai le temps qu’il faut pour tirer au clair cette histoire.

          L’agent impérial regrette aussitôt d’avoir parlé. Il vient de prouver qu’il est ouvert à la conversation et qu’en outre, son interlocuteur peut utiliser diverses moyens pour le faire parler. Autant jouer carte sur table et espérer s’en sortir de cette manière… Quelque chose lui fait dire que l’officier est tout sauf un type qu’il faut contrarier... Surtout quand on connaît sa réputation au sein de cette base. L’homme soupire doucement.

          - Qu’est-ce qui m’a trahi ? Demande alors Bérangar en s’enfonçant dans son fauteuil.

          - Malheureusement pour vous, rien. Vous êtes un excellent agent. Vous savez couvrir vos traces, vous dissimuler dans une foule, opérer en toute discrétion… Indique sur un ton mystérieux Hivernus. Non… Le réel problème vient de moi, je le crains. J’écoute les rumeurs, je me souviens des propos déshonnêtes, je récolte les informations. Le mauvais esprit, en temps de guerre, peut faire des ravages. J’en ai sans doute le goût, Agent, et puis cette manie est bien commode.

          - Comment êtes-vous parvenu à tomber sur moi alors ? L’interroge son interlocuteur. Vous n’avez pas mis beaucoup de temps pour me rattraper.

          - Votre plan était bien préparé. Sa réalisation aurait pu être parfaite. Ce qui signifie que vous avez eu accès à des informations précises... Répond avec une froideur renouvelée l’officier impérial. Mes informateurs m’ont rapporté les moindres éléments suspects, les moindres questions louches. Plus important encore, j’ai finalement eu un nom. Un nom d’emprunt certes, qui m’a toutefois permis de découvrir votre véritable identité dans les fichiers du Bureau de la Sécurité de l’Impérium. Vous retrouver ne fut qu’une question de temps. Et vos camarades n’ayant pas votre expérience… Voilà où nous en sommes aujourd’hui, en ce moment même.

          Alors le lieutenant Futhark a bien eu accès à des informations sensibles de la terrifiante police politique impériale. Et le tout en quelques heures seulement. Il occupe une fonction bien plus importante que son grade ne le laisse présager. Pire encore, il se peut qu’on lui ait caché certaines choses afin de ne pas le troubler davantage pour sa mission. Erreur grossière qui a fait échouer l’opération lamentablement. La mort du directeur Kase est certes une bonne chose. Ses nombreux secrets resteront enterrés avec lui. Mais malheureusement, le Chiss, pour sa part, vit toujours. En refusant de communiquer à Bérangar des informations vitales, la mission s’est achevée sur un échec cinglant. Du moins… Si les commanditaires de cette opération sont au courant de tous les détails concernant l’officier impérial. Tous les renseignements que l’agent pourrait tirer de son interlocuteur sont potentiellement des acquis s’il parvient à s’en tirer plus ou moins indemne. Mais pour l’heure, son sort ne semble pas encore décidé. Hivernus a l’air de jauger son “invité”, tout comme ce dernier le jauge.

          - Écoutez moi attentivement Agent Bérangar. Par respect pour votre carrière exemplaire au service du régime impérial, je m’engage à me montrer particulièrement indulgent pour vos actes.
          Reprend l'humanoïde à peau bleue d’une voix parfaitement modulée. Toutefois… Je ne crains de pouvoir respecter cet engagement si vous persistez à vouloir vous murer dans le silence et le refus de coopérer.

          - Vous êtes dans le milieu des renseignements vous aussi, vous savez comment ça fonctionne mon Lieutenant. Se contente de rappeler Bérangar en insistant bien sur les deux derniers mots.

          - C’est… Tout à votre honneur Agent. Commente froidement Hivernus. Malheureusement pour vous, vos tourments ne font que commencer.

          Les commandos s’emparent du parjure et l’emmènent aux cuisines, où ils se chargent de l’allonger sur un plan de travail et de l’y attacher fermement. L’officier impérial demeure silencieux dans son fauteuil, observe la scène d’un air impassible, se sert un verre de lait bleu et avale d’une traite le contenu. Suivi de près par la redoutable et cruelle Azah Suutrar, il entreprend ensuite de rejoindre l’arrière-salle de la cantina, où ses hommes rassemblent les instruments nécessaires à la suite du travail. Le Chiss s’empare d’un couteau et examine le tranchant de la lame. Lorsqu’il semble “satisfait”, il tend l’ustensile à son acolyte.

          - Je ne voulais pas en arriver là Agent Bérangar. Mais vous ne me laissez pas vraiment le choix. Ajoute avec toujours autant de froideur le commandant.

          D’un simple regard, il fait comprendre à l’Anzat qu’elle peut entrer en action. La lame du couteau tranche d’abord le tissu des vêtements, afin d’avoir une meilleure visibilité sur ce qu’il y a en dessous. L’agent se débat à peine et reste presque de marbre face à ce qui l’attend. Il a été entraîné à supporter la douleur, comme la plupart des éléments de terrain du Bureau de la Sécurité Impériale. Toutefois, rien ne l’a préparé aux futures atrocités de l'humanoïde à peau bleue et de sa chère compagne de jeu. Et lorsque la lame vient se planter à divers endroits, qu’elle lui arrache des pans entiers de peau, de nerfs et de muscles, il ne peut s’empêcher de regretter son choix. Il ne souhaite désormais plus qu’une seule chose : Une mort rapide.

          Durant plusieurs heures, les cris se succèdent. Finalement, la résistance de l’agent conjuré est brisée. Les aveux tombent. La barbarie s’achève sur une exécution sommaire perçue comme une délivrance par le supplicié.







          Les jours passent. La tentative d’assassinat ne semble être qu’un lointain souvenir. Pourtant, Hivernus n’oublie rien. La douleur reste fermement ancrée dans son corps affaibli. Elle alimente silencieusement ses réflexions, ses ambitions, tel un mal dévorant qui ne demande qu’à grandir. Il se remémore les hurlements inhumains de l’agent Bérangar, qu’il a condamné au supplice. Et ces seules plaintes, ces cris arrachés, ne suffisent pas à lui infliger des remords. Cet homme a choisi son camp, il a en payé le prix. Telle est l’unique conclusion du Chiss. Le regard enflammé de l'humanoïde à peau bleue se pose sur le bambin qu’on lui installe doucement dans les bras.

          - Elle vous réclame. Déclare simplement la nourrice.

          L’officier impérial lève la tête vers cette quinquagénaire déjà grand-mère. Lorsqu’on lui avait proposé de garder la fille du nouveau dirigeant de la base, cette femme ne s’était posée aucune question. Elle avait accepté tout simplement l’offre, par amour des enfants. Aujourd’hui, sa famille bénéficie d’un traitement de faveur et la loyauté de la gouvernante n’est plus à prouver. Elle se contente de faire son travail et le tout en essayant d’importuner le moins souvent possible le commandant, qu’elle sait investi dans son rôle. Une chose particulièrement apprécié du principal concerné, qui semble en retour lui vouer une certaine confiance.

          - Je ne suis pas encore entièrement rétabli… Vous le savez n’est-ce pas ? Fait remarquer Hivernus en esquissant l’ombre d’un sourire.

          - Bien évidemment, mais vous ne sauriez résister à ce magnifique sourire angélique.
          Répond à sa suite la gouvernante en lui rendant son sourire.

          - En effet… Souffle doucement le Chiss en plongeant à nouveau son regard sur la petite énergumène.

          Espoir s’agite dans tous les sens et tend ses doigts potelés vers le visage de son père adoptif. Elle se met à gazouiller quand ce dernier se penche volontiers en avant pour lui permettre de tripoter son menton. La nourrice lâche un rire timide à la vue de cette scène attendrissante. La pauvre femme n’imagine pas un seul instant ce que l'humanoïde à peau bleue peut faire dans l’ombre, lorsque la situation l’exige. Et même si elle a eu vent de certaines rumeurs le concernant, elle semble les ignorer volontiers en se persuadant qu’il sait ce qu’il fait et qu’il n’est pas le démon qu’on cherche à dépeindre. Voir Hivernus et sa fille jouir d’un moment de tendresse est un événement à la fois touchant et privilégié. Il y a fort à parier que les proches du commandant seront verts de jalousie. Mais le bambin s’excite un peu trop du goût de la gouvernante et un coup de pied dans le bras en écharpe de l’officier impérial vient lui arracher une plainte de douleur.

          - Laissez-moi vous débarrasser de ce petit monstre. Intervient alors la quinquagénaire en reprenant dans ses bras le nourrisson.

          Ce moment de libération arrive exactement quand il le faut. La porte des appartements privés du Chiss se dérobe dans le mur et laisse passer la silhouette d’une Cathar aux cheveux argentés. Sylvar fait claquer ses bottes en un salut militaire, un air solennel affiché sur son visage.

          - Commandant, nous sommes prêts pour la cérémonie. Annonce l’aide de camp, figée dans sa posture rigide, la main posée machinalement sur le blaster glissé dans le holster de jambe.

          - Très bien, je vous suis.

          Hivernus boîte sur quelques mètres et attrape sa canne. Il se tourne ensuite vers Espoir, qui semble s’être calmée dans les bras de la gouvernante. Cette dernière lui fait comprendre du regard qu’il peut partir tranquillement là où on l’attend. Mais avant de quitter le salon de ses quartiers, l'humanoïde à peau bleue dirige son unique oeil vers un coin sombre… Un visage angélique sort de l’obscurité. Celui d’Azah Suutrar. La tueuse en série abandonne son petit royaume de ténèbres pour rejoindre l’être qu’elle aime tant. Les deux individus suivent Sylvar dans le couloir, où une colonne de six commandos impériaux les attend. Nul ne souhaite voir le Chiss dans une situation similaire à celle du tragique épisode ayant conduit quelques uns de ses meilleurs hommes à la mort et lui coûtant presque la vie. Tous les moyens sont donc bons pour assurer sa protection.
          Le commandant constate toutefois un détail remarquable. Les membres constituant son service de sécurité rapprochée ont revêtu la légendaire armure blanche des stormtroopers. Celle-ci est cependant recouverte par endroits de marques bleues, afin d’indiquer l’allégeance de son porteur. La Cathar elle-même porte un uniforme vert strié d’une bande bleue au niveau des bras et des jambes. Une marque de considération et de loyauté qui ne manque pas d’affirmer la position d’Hivernus au sein de Base Vergesso. Grâce à l’intervention de la Grande Moff Ashe, les uniformes, armures et armes de confection impériale sont parvenus en grande quantité dans le planétoïde. Et le tout s’est finalement accompagné du renfort de quelques dizaines de militaires aux qualités bien spécifiques, sur demande du Chiss lui-même.

          Le cortège se met en route. Flanqué de sa garde d’honneur, l’officier impérial marche à son rythme dans les couloirs vides de la citadelle. Pour l’occasion, il a revêtu un uniforme à la hauteur de son rang, retouché avec soin par des couturières d’exception. La tenue d'apparat est entièrement blanche, brodée d’or par endroits, notamment au niveau des épaulettes et des manches. La boucle du ceinturon est elle-même faite d’or ou dans un métal y ressemblant fortement. On trouve sur cet uniforme de grande cérémonie quelques autres petits détails, comme le rappel de l’appartenance à une unité militaire. En effet, la tenue d’apparat du commandant dispose des mêmes stries bleues que les uniformes militaires plus traditionnels portés par ses officiers. Les bottes et les gants, confectionnés à partir de cuir noir souple, renforcent l’air autoritaire et élégant de l'humanoïde à peau bleue. Mais l’élément le plus marquant de cet habit de soirée, comme aime déjà l’appeler Hivernus avec un semblant d’ironie, est la plaque d’insigne… Qui indique que son porteur est un amiral de la flotte impériale. Chose étrange et étonnante, puisque le principal concerné n’a jamais atteint ce rang de manière officielle au sein des institutions impériales. Il s’agit en fait d’un coup de la Grande Moff, qui, dans sa grande espièglerie, a décidé d’en faire don à son agent afin que sa couverture soit la plus crédible possible. Et il est sûr qu’un seigneur de la guerre portant l’insigne de lieutenant est un tant soit peu vraisemblable.
          De l’avis du Chiss, l’uniforme est certes agréable à porter mais reste avant tout le symbole de ce qu’il n’aspire pas être : Un personnage hypocrite et hautain qui s’affirme volontiers dans sa médiocrité. Rien ne semble plus l’insupporter que la vue de quelques officiers de haut-rang qui se vautrent dans leur stupidité et leur manque flagrant de compétences militaires. Du point de vue d’Hivernus, les uniformes hauts en couleur ne sont que le pâle reflet d’une société corrompue où les personnages riches et influents se complaisent dans la célébration criarde du rang et du pouvoir. Mais par respect pour le travail acharné des couturières, et aussi pour mieux rentrer dans le rôle qu’on attend de lui, il se doit de porter une tenue d’apparat qui correspond à certaines exigences et traditions.

          Le trajet se fait dans un silence pesant. Les protecteurs du commandant sont aux aguets, sur les nerfs. Ils ne veulent pas d’une nouvelle tentative d’assassinat sur sa personne. Mais le principal concerné ne se préoccupe guère de ce détail qui lui semble lointain et secondaire. Ses réflexions intérieures sont principalement tournées vers la pratique du pouvoir. Ce qui en sort principalement, c’est que le pouvoir ne peut pas être exercé efficacement sans une bonne compréhension des peuples administrés. Le savoir. Le savoir apporte le pouvoir. Conquérir des mondes sans jamais les visiter, ravager des civilisations sans jamais s’y intéresser, ce n’est pas le pouvoir. Du moins… Pas le pouvoir que recherche Hivernus. Il est important, essentiel même, de prêter attention aux moindres détails, à chaque pan de culture, afin d’y trouver des failles à exploiter. Apprendre à connaître ses alliés et ses sujets est une démarche similaire à la recherche d’informations sur l’ennemi. Le manque de discernement a toujours mené les grands à leur chute. C’est un fait avéré. Les souvenirs d’un empire galactique puissant et prospère sont bien loin. Ils s’étiolent, se fanent, laissent apparaître l’horrible vérité : Des empereurs et des généraux incompétents à la tête d’un régime moribond.

          Sous le dôme opalin d’une vaste salle de réception aménagée en salle du trône, Telsh, nommé responsable de la sécurité, veille à ce que chacun de ses hommes occupe le poste qui lui est assigné. Aucun détail ne doit être négligé, la vie de son supérieur en dépend. Les commandos des Opérations Spéciales Impériales se cachent dans l’ombre des alcôves, y côtoyant les officiers et agents du Coeur Ardent. Revêtus d’uniformes verts reprenant les stries bleues emblématiques, avec toutefois un col entièrement bleu pour signifier leur statut, les membres du Coeur Ardent sont issus du personnel militaire du Bureau de la Sécurité Impériale dépêché auprès du Chiss par la Grande Moff. Fidèles à leur principale fonction, ces individus servent à la fois de police politique et de services de renseignements au sein de Base Vergesso. Lorsque le major s’est assuré que son dispositif est bien en place, il autorise l’entrée du commandant. Ce dernier s’avance enfin dans la lumière et remonte le tapis noir qui conduit jusqu’à son siège. Sa garde d’honneur se réduit petit à petit, au fur et à mesure des braseros dépassés. Les soldats prennent position sous les alcôves, à l’instar de leurs camarades. Il ne reste finalement plus que Sylvar et Azah Suutrar, qui viennent flanquer le fauteuil occupé par l'humanoïde à peau bleue.

          Hivernus jette un coup d’oeil du côté des membres des Opérations Spéciales Impériales. Telsh et Slaryn, aux uniformes verts impeccables, arborent fièrement de nouvelles plaques de grade sur leur poitrine. Le premier est nommé commandant en chef de la Brigade Impera, l’unité d’élite chargée de la sécurité du Chiss. En tant que tel, il garde son grade de major, qui est désormais un rang d’officier supérieur. Le second, pour sa part, s’est vu promu au rang de lieutenant. Les deux hommes ont été généreusement récompensés pour leur fidélité et leur acharnement au combat. Le regard enflammé d’Hivernus se dirige ensuite sur celle qui se tient immobile à sa droite. Sylvar, la poitrine gonflée de fierté, les mains croisées dans le dos, a pour sa part été gratifié d’un insigne de capitaine. Du fait de sa qualité d’aide de camp du dirigeant de l’endroit, nul ne s’est opposé à cette décision. Seule l’Anzat, sur sa gauche, ne semble pas avoir reçu le moindre grade de la part de son supérieur… Et pour cause, il attend d’elle autre chose. Elle

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            appartient déjà à une autre structure militaire.

            L’humanoïde à peau bleue indique d’un geste de la main qu’il est prêt. Les lourdes portes s’ouvrent et laissent passer une véritable légion d’armures blanches striées de bleu. Le bruit des bottes martelant le sol vient emplir la salle d’une note militaire. Plusieurs dizaines d’hommes, de femmes, d’aliens, se tiennent désormais devant le commandant. Pas loin de deux cent individus, pour être plus précis. Tous ou presque sont issus des rangs de ceux qui ont combattu sous la bannière du Chiss. Anciens détenus, esclaves affranchis, partisans impériaux… On compte même quelques Corelliens et ex-mercenaires convaincus dans le lot. L’emplacement des marques bleues sur l’armure varie en fonction du grade de chacun. Mais l’alignement d’autant d’armures impériales immobiles, parfois modifiées pour correspondre à la morphologie des différentes espèces aliens, est un spectacle saisissant. Leurs porteurs sont prêts à faire serment d’allégeance à leur dirigeant, à l’instar des officiers supérieurs, des membres des Opérations Spéciales Impériales et des agents du Coeur Ardent. Le capitaine Molitor, commandant en second de la toute nouvelle brigade, quitte sa position et se place devant les troupes rassemblées au sein de la salle du trône.

            - Soldats ! Présentez… Armes ! Beugle l’officier.

            Les soldats s’exécutent et plaquent l’arme contre la poitrine. De nouveaux ordres ne tardent pas à tomber.

            - Reposez… Armes ! Continue le capitaine. Retirez… Casques !

            Là encore, les futurs combattants de la Brigade Impera suivent les directives. Ils rangent l’arme dans l’étui et passent le casque sous le bras. C’est à visage découvert qu’ils vont prêter leur serment d’allégeance. Ainsi donc, ils seront tous égaux devant leur supérieur, qui les acceptera sans déférence ni préjugé.

            - Bien ! En vous joignant à la Brigade Impera, vous vous mettez au service de notre seigneur et donc au service de chaque citoyen du Seigneurat de Bajic. Déclare Molitor en faisant les cent pas devant les soldats. Il n’existe pas de plus grand honneur, de plus grande gloire, que celui ou celle de servir en ces jours de besoin !

            Les partisans d’Hivernus demeurent de marbre, immobiles dans leur position de combattants modèles. On peut lire dans le regard illuminé des hommes, des femmes et des aliens qui s’apprêtent à servir le Chiss, une fierté immense. Ils sont prêts. Ils n’attendent que le moment où ils pourront se lier corps et âme à leur supérieur. L’ordre arrive finalement.

            - Faites honneur à votre seigneur dans l’ordre des colonnes ! Rajoute alors le capitaine avec ardeur.

            Le premier homme de la première colonne quitte le rang et s’avance vers le braseros qui fait face au trône. Il dirige sa main vers les flammes dansantes et plante son regard dans celui de l'humanoïde à peau bleue. Le soldat, qui a comme pression de passer en premier, prend une grande inspiration puis se lance.

            - Sur mon honneur, je jure fidélité au seigneur Hivernus et une obéissance inébranlable aux officiers de sa glorieuse armée. Commence d’une voix grave l’homme. Qu’ils me jugent et que mes camarades m’en tiennent compte si je manque à mon devoir. Longue vie à notre seigneur ! Longue vie au Seigneurat de Bajic !

            Le combattant termine son serment d’allégeance en fermant son poing sur son plastron. Il exécute ensuite un salut militaire impeccable avant de laisser la place aux autres membres de sa colonne, qui suivent son exemple. C’est ensuite au tour de la deuxième colonne de prêter serment, puis au tour de la troisième et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il n’en reste aucune. Le seigneur de la guerre quitte son fauteuil et se dresse devant les nouvelles têtes de la Brigade Impera. Son regard se pose sur chacun des visages de ceux qui ont décidé de le suivre jusqu’à la mort.

            - Vous avez tous combattu courageusement et vous avez beaucoup sacrifié pour nous amener à ce moment précis. En reconnaissance de votre service exemplaire, je double votre salaire et la rémunération pour les veuves de vos camarades tombés au champ d’honneur ! Indique dans un premier temps Hivernus, d’une voix froide et puissante.

            Les soldats hurlent de joie, frappent sur leur plastron pour approuver cette décision. Le silence revient rapidement.

            - Nous pourrions croire que nous ne sommes que le rebut d’une génération qui promettait plus qu’aucune autre… Mais cela est faux. L’avenir de ce secteur est entre nos mains, vos mains ! Il ne tient qu’à vous de choisir le visage de notre futur. Reprend avec fermeté le Chiss, s’appuyant avec résolution sur sa canne. Cet empire pour lequel vous choisissez de vivre n’est pas seulement le mien, c’est aussi le vôtre ! Ce n’est qu’en unissant nos forces que nous pourrons rétablir une ère de prospérité dans ce secteur ! Longue vie au Seigneurat de Bajic ! Et longue vie à ses vaillants soldats !

            Les hommes hurlent à nouveau et se mettent à acclamer à l’unisson leur seigneur. Tout le monde semble se prêter au jeu. Parmi les officiers, Molitor, Telsh et Slaryn sont les premiers à montrer l’exemple. Et il semble même que Sylvar et Azah Suutrar soient aussi de la partie…

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              Post n°5
              Auteur : Hivernus

              Sous le dôme de métal ouvragé de la salle du conseil d’administration, la tension est palpable. Les représentants des divers quartiers de la base spatiale se sont réunis autour d’une large table à projection holographique. Sous le regard sévère des cariatides qui soutiennent la voûte, les conversations tournent principalement autour de sujets concernant les affaires de Base Vergesso… Keldron Iblis, qui dispose aussi d’un siège au sein de ce conseil restreint, observe d’un oeil désabusé cette bande de rapaces qui cherchent déjà à se partager ou à se disputer le pouvoir. Le Corellien ne leur adresse pas la parole. Il se contente d’écouter en silence les propos déshonnêtes de ceux qui l’entourent. De son avis, ces incapables se perdent en débats inutiles et pire… Se complaisent dans la conspiration. Car oui, du point de vue de l’ancien militaire séparatiste, ces représentants de quartier ne sont que des comploteurs, des individus qui n’attendent déjà que le bon moment de renverser Hivernus pour prendre sa place. Le quinquagénaire soupire, s’enfonce un peu plus dans son fauteuil. Ceci n’est que la première séance du conseil d’administration, et pourtant, les choses promettent déjà d’être difficiles. Le commandant passé seigneur de la guerre va se confronter à de multiples problèmes avec ces gens là. Ces derniers vont s’opposer à ses moindres décisions, vont chercher à le déstabiliser, à le décrédibiliser même. Keldron le voit dans leurs yeux. Il parvient à lire en eux comme dans un livre ouvert. Ces foutus hypocrites qui ont été “élus” pour représenter leur quartier sont pour la plupart favorables au retour du Syndicat Tenloss. Finalement, Molitor avait raison. Hivernus aurait mieux fait de gouverner seul. Mais peut-être que le Chiss a ses raisons… Peut-être qu’il a encore un énigmatique plan en tête.

              Le fauteuil du seigneur de la guerre ne reste pas longtemps vide. Les portes s’ouvrent, laissent passer l'humanoïde à peau bleue et les membres de son escorte. Ses détracteurs y voient là une démonstration de force, quand il ne s’agit en fait que d’une simple mesure de sécurité après la tentative ratée d’assassinat sur sa personne. Ou peut-être est-ce le mélange des deux. Les six stormtroopers de la Brigade Impera se retirent dans l’ombre de quelques renfoncements ou se tiennent en sentinelles silencieuses devant les portes. Hivernus rejoint sa place, suivi de près par son garde du corps Anzat, qui se tient debout derrière lui en adressant un sourire carnassier aux invités. Les individus qui servent dans le régiment personnel du seigneur de la guerre inspirent le dégoût et la terreur dans le coeur des représentants de quartier… Du moins, pour ceux qui ont assez d’argent au porte-monnaie. La Brigade Impera, bataillon d’élite composé de condamnés à mort graciés, de repris de justice dangereux, de fanatiques impériaux et d’esclaves affranchis… Les hommes et les femmes qui servent au sein de cette prestigieuse unité vouent un véritable culte à leur seigneur. Il est en outre impossible de les corrompre à grand renfort de pots-de-vins et menaces, chose qui irrite fortement les résidents les plus influents de Base Vergesso. Les soldats de la Brigade Impera se cantonnent au quartier de la Citadelle et passent le plus clair de leur temps à s’entraîner dans leur obscure caserne. Ils jouissent de nombreux privilèges qui font pâlir d’envie nombre d’individus au sein de la ville spatiale. Leur présence même au sein de la salle du conseil administratif est perçue comme une insulte. Mais nul ne songe un instant à les remettre en cause officiellement...


              - Veuillez rejoindre vos places. Intime le Chiss à l’attention des quelques indisciplinés encore debouts.

              Le brouhaha des conversations chuchotés s’efface peu à peu pour laisser place à un silence troublant. Hivernus prend le temps d’observer un à un les membres du conseil administratif. Son regard enflammé et son air indifférent semblent en perturber plus d’un… Mais pas les esprits déterminés et fourbes.

              - Mon seigneur, que comptez-vous faire au sujet du Syndicat Tenloss ? Demande finalement quelqu’un.

              Le Chiss reconnaît immédiatement la personne qui lui adresse cette question. Camilla Valerius… Une femme aussi belle que mortelle, redoutable et intelligente. Désignée pour représenter le quartier de la Roseraie, cette charmante demoiselle appartient à l’une des plus anciennes et prestigieuses familles de Base Vergesso. En effet, la famille Valerius est la tête d’un petit empire financier et détient quelques uns des plus luxueux établissements de la ville spatiale. Fortement liés au monde criminel, les Valerius ont toujours usé de leur influence et de leur richesse pour obtenir ce qu’ils voulaient… Jusqu’à aujourd’hui du moins. Il est évident que les conflits ont ébranlé leurs positions et que le changement de dirigeant ne leur est pas profitable.

              - Jusqu’à nouvel ordre, le Syndicat Tenloss est mon ennemi. J’utiliserai toutes les ressources dont je dispose pour le mettre à genoux. Indique simplement l'humanoïde à peau bleue.

              Une vague de désapprobation secoue l’ensemble du conseil administratif. Nombre de représentants sont acquis à la cause de l’organisation criminelle… Et à juste titre. Le crime rapporte beaucoup. Il est bien plus facile de se faire de l’argent en trempant dans toute sorte d’affaires illégales qu’en travaillant honnêtement. Camilla scrute la réaction de ses alliés et se permet de sourire. Un simple échange de regards permet de s’assurer de leur soutien.

              - Les affaires sont bonnes pour Base Vergesso mon seigneur… Et jusque là, le Syndicat Tenloss s’est toujours montré très investi dans le commerce. Fait remarquer avec justesse la représentante du quartier de la Roseraie. Les troubles que vous avez apporté avec vous ne nous sont pas profitables. Moins de commerce signifie moins de revenus… Et plus de gens affamés. Et bien sûr… Cela signifie que la criminalité ne va faire qu’augmenter.

              Une manoeuvre habile. Des paroles accusatrices et chargées d’hypocrisie pour déstabiliser l'humanoïde à peau bleue et le décrédibiliser en public. Mais aussi étrange que cela puisse paraître, ce dernier ne semble en rien affecté par les mots durs de la femme qui soutient fièrement son regard de braise. Il apparaît déconnecté de la réalité, comme issu d’un autre univers. Une étrange lueur brille dans l’oeil désormais unique du seigneur de la guerre. Une lueur… Sinistre et malsaine. Le Chiss esquisse l’ombre d’un sourire, comme s’il s’attendait à cette réponse de la part de son adversaire.

              - Mademoiselle Valerius, je vous conseille de ne pas trop vous mettre en avant en m’accusant d’être à l’origine de tous les maux de cette base. Reprend froidement Hivernus. J’en sais beaucoup sur vous… Je sais exactement dans quelles affaires louches trempe votre famille… Et ceci est valable pour la plupart d’entre vous. Vos droits ne doivent pas être considérés comme acquis. Les libertés dont vous jouissez ne sont pas un dû. Elles sont accordées selon mon bon vouloir. Retenez bien ceci.

              - Pourquoi nous avoir réuni ici alors ? Dans le simple but de nous ridiculiser ? De nous rabaisser ? Vient se plaindre un autre, frappant du poing sur la table. Tout ceci n’est donc qu’une mascarade ?! Pourquoi vouloir nous manipuler ?

              L’auteur de ces propos n’est autre que le représentant du quartier des affaires, un humain méprisable dénommé Walter Cole. Ce petit homme bourru au crâne dégarni est le numéro deux des Transports Ororo. La mort du directeur Kase lui a bien évidemment laissé le champ libre pour reprendre à son propre compte les locaux de l’entreprise au sein de Base Vergesso. Mais la présence du seigneur de la guerre est un obstacle sur sa route. Et notre cher Walter Cole n’est pas du genre à se laisser intimider et insulter par un quelconque individu. Néanmoins, il n’est pas réellement de taille à se mesurer à celui qui se fait appeler Hivernus…

              - A situation exceptionnelle… Mesures exceptionnelles. Jouons cartes sur table voulez vous ? Rétorque mystérieusement le Chiss avant de continuer d’une froideur renouvelée. Je ne suis pas dupe. J’ai des informateurs aux quatre coins de la ville qui viennent me rapporter vos agissements. Vous croyez réellement pouvoir comploter dans mon dos sans attirer mon attention ? Vous vous trompez. Je pourrais faire fermer vos établissements, mettre aux arrêts les membres de vos familles, et sûrement exercer quelques autres moyens de pression. Mais soyons réalistes, nous avons beaucoup à gagner les uns des autres.

              Keldron affiche un grand sourire amusé sur son visage toujours maussade. L'humanoïde à peau bleue vient de dévoiler le réel intérêt de sa curieuse stratégie et voilà ses détracteurs offusqués, ridiculisés à leur propre jeu ! Il n’y a bien que lui pour s’autoriser de telles manoeuvres… En agissant de la sorte, il peut à la fois se renseigner sur ses adversaires et leur dévoiler clairement ses intentions. Ceux qui pensaient ne pouvoir faire qu’une bouchée de lui sont finalement forcés de se rendre à l’évidence : Hivernus est bien plus dangereux qu’il n’y paraît. Cole s’apprête à répliquer et se lève de son siège, mais son voisin de droite l’intime de rester assis d’un simple geste sur l’épaule.

              - Très bien seigneur Hivernus… Il semblerait que vous ayez réussi à attirer notre attention. Déclare ce dernier en croisant les mains sur la table. Qu’avez-vous à nous proposer ?

              L’homme qui intervient pour apaiser les tensions n’est autre que l’un des personnages parmi les plus influents de Base Vergesso : Un certain type nommé John Ulgo Kamski. Les informations à son sujet parlent d’elles-mêmes. Arrivé sur la base spatiale il y a environ un an, sans avoir laissé de traces de son passé, ce mystérieux individu a fini par s’imposer sur le planétoïde en usant de moyens tantôt douteux, tantôt honnêtes. A l’inverse de certaines autres personnalités de la base, qui usent volontiers de la force pour arriver à leurs fins, ce dernier s’est hissé dans les plus hautes sphères d’influence en investissant dans les bons établissements. Fort de sa nouvelle richesse et jouissant d’une excellente réputation, notre homme s’est finalement établi dans la Zone Verte, qu’il représente aujourd’hui avec une certaine retenue. Quelques rumeurs indiquent qu’il aurait des liens très intimes avec le Syndicat Tenloss, apportant apparemment son soutien financier à ses deux principales firmes : L’Association Natori et les Transports Ororo. De l’avis du Chiss, John Ulgo Kamski est probablement l’individu le plus dangereux du groupe. Le fait qu’il ne tente pas de provoquer le conflit, contrairement à ses complices, le rend particulièrement suspect et intriguant.

              - Je ne suis pas venu ici dans le but de couler vos affaires. Si tel était mon dessein, vous ne seriez pas ici actuellement, mais plutôt au fond de quelques sinistres cellules. Débute froidement l'humanoïde à peau bleue en détaillant un à un ses interlocuteurs. Le Syndicat Tenloss a prouvé sa faiblesse en perdant l’une de ses plus belles pièces. Base Vergesso est tombée en quelques semaines aux mains d’une armée moins nombreuse, moins bien équipée et moins bien entraînée que les forces de l’Association Natori déployées sur place. Peut-être est-il grand temps pour vous de reconsidérer votre allégeance...

              Le seigneur de la guerre marque un léger temps de pause, histoire d’enfoncer le clou un peu plus. Les représentants de quartier sont suspendus à ses lèvres. Lorsqu’il était arrivé sur Base Vergesso, celui qui était encore un simple lieutenant avait un objectif bien précis en tête : Purifier la ville spatiale de sa corruption et des moindres influences néfastes. Mais avec le temps, il avait appris à reconsidérer cet objectif. Aujourd’hui, l’officier impérial estime qu’il est plus sage de parlementer avec les principales têtes du crime au sein de la base. De cette façon, il est sûr de pouvoir contrôler, ou tout du moins surveiller, les agissements de gens qu’il connaît et peut éventuellement s’assurer de leur sympathie. Se contenter de réduire à néant les personnalités influentes de Base Vergesso n’aurait en rien empêché le retour des activités criminelles, qui restent après tout le quotidien de la plupart de ceux qui vivent en ce bas monde. De ce fait, il est préférable de traiter avec des visages familiers plutôt qu’avec des inconnus imprévisibles...

              - Il est clair que mes récents coups d’éclat ont considérablement nuit à vos affaires, j’en conviens. Continue avec sa froideur habituelle le Chiss. Et la guerre qui se prépare ne risque en rien d’arranger la situation.

              - Il est évident que cette situation est un reflux inévitable et malheureux dans nos sources de revenus… Mais j’imagine que si nous vous soutenons dans votre effort de guerre, nos sacrifices seront bien récompensés, n’est-ce pas ? Commente simplement John Ulgo Kamski.

              Sa vivacité d’esprit ne cesse d’impressionner Hivernus… Ce qui semble le conforter dans ses soupçons. Il faudrait surveiller de très près les agissements de cet homme qui semble totalement à l’aise en politique comme en affaires. Son attitude pragmatique cache probablement des choses. Ceux qui sont capables de s’adapter rapidement à tout type de situation sont bien plus redoutables que leurs homologues dans le monde obscur des intrigues. Une qualité particulièrement pratique quand on baigne dans toute sorte d’affaires louches et très lucratives.

              - Bien sûr. Nous pouvons nous arranger sur quelques points, j’en suis certain. Acquiesce le seigneur de la guerre. Des réductions sur les taxes commerciales, quelques autorisations spéciales et pourquoi pas faire en sorte que certaines de vos activités ne soient pas “ciblées” par mes troupes par exemple.

              - Voilà un premier pas vers un partenariat fructueux… Constate le représentant de la Zone Verte. Il se peut que l’on reconsidère nos accords avec le Syndicat Tenloss en effet.

              - Je vous suggère d’y réfléchir sérieusement. Souligne l’officier impérial.

              - Et c’est ce que nous allons faire. Soyez-en assuré. Rajoute à sa suite John Ulgo Kamski. Si vous permettez seigneur… Nous avons quelques changements à effectuer.

              Il adresse ensuite un regard chargé de ses sens à ses camarades, qui semblent tous comprendre le message. Un à un, les représentants des quartiers de la Roseraie, des affaires, de la Zone Verte et de l’Allée des Pèlerins se lèvent et quittent la salle après avoir salué le dirigeant des lieux. Il ne reste finalement plus que Keldron Iblis et une autre représentante, celle du quartier des affranchis. Hivernus se tourne vers la Twi’lek à peau bleue qui s’offre à sa vue. Cette dernière affiche un air mécontent qui ne gâche en rien la douceur de son visage. Raaylah a la taille et la silhouette d’une nymphe, et une grâce encore plus attirante que sa beauté. Elle avait été durant de longues années une esclave au sein de Base Vergesso. L’intervention des forces impériales dans la ville spatiale avait permis à des centaines d’esclaves de retrouver leur liberté et pour cela, Raaylah voue une certaine admiration pour Hivernus. Toutefois, elle est également de ceux qui militent activement en faveur de l’égalité des individus au sein de la base et cherche à diminuer l’influence des grandes personnalités liées au monde du crime organisé. Le fait que le Chiss s’acoquine avec ces gens là semble la contrarier au plus haut point. Après tout, elle avait été abusée par les hommes de main de quelques riches entrepreneurs trempant dans des activités illégales… Et voir le héros des affranchis fermer les yeux sur leurs sombres affaires fruste au plus haut point la Twi’lek. Un sentiment d’injustice semble s’emparer d’elle. Raaylah quitte la salle du conseil restreint d’un pas furieux, sans même prendre le temps de saluer le seigneur de la guerre.

              - J’peux essayer de la calmer, de lui faire comprendre votre point de vue, si vous voulez… Lâche Keldron en soupirant doucement.

              - Vous auriez ma reconnaissance en agissant de la sorte. Indique l'humanoïde à peau bleue d’une voix parfaitement modulée.

              - Faisons comme ça alors ! Maugrée le Corellien en se demandant bien pourquoi il aide l’officier impérial. Alors qu’il s’apprête à sortir de la pièce à son tour, le cinquantenaire s’arrête devant le seuil et se tourne vers le Chiss en souriant bêtement. Au fait, pas mal votre petite entourloupe. C’était bien joué !

              Hivernus lui rend son sourire et hoche la tête. Il se retrouve bientôt seul avec le cours de ses pensées, entouré de ses gardes silencieux happés par les ténèbres. Cette première rencontre avec les représentants des différents quartiers de Base Vergesso a amené un lot d’informations intéressantes à exploiter. John Ulgo Kamski et Camilla Valerius sont vraisemblablement les deux personnages les plus importants dans le monde du crime organisé, à en juger leur comportement. Ils seront donc les principaux à faire les frais d’une surveillance accrue de la part des agents du seigneur de la guerre. Une chose est sûre : Faire confiance à ces individus n’est pas une option. S’ils acceptent de jouer le jeu, de soutenir financièrement Hivernus, ce n’est que le temps de trouver le moyen de se débarrasser de lui. Ou tout du moins, ce n’est qu’une solution destinée à leur empêcher une fin tragique. Il est néanmoins certain que ces êtres méprisables vont continuer d’entretenir des liens avec l’ennemi qu’est le Syndicat Tenloss. Au final, quel que soit le vainqueur dans cette guerre, ils en sortiront gagnants...

              Mais le Chiss n'a pas encore joué l'ensemble de ses cartes. En réalité, la partie vient tout juste de commencer.

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                Post n°6
                Auteur : Hivernus

                Hivernus fait les cent pas dans la salle du trône, traînant misérablement son corps de long en large, soutenu par sa canne. Dans l’ombre des alcôves, quelques membres de la Brigade Impera surveillent en silence le mouvement continu de leur sinistre seigneur. Azah Suutrar, comme à son habitude, cherche à deviner les pensées de son prince des ténèbres. Sans succès. S’il avait eu un moment de faiblesse par le passé, il est désormais impossible pour la tueuse en série de sonder à nouveau le Chiss. Ce dernier semble avoir façonné de multiples barrières impénétrables autour de son esprit. Depuis sa position, à proximité du trône, l’Anzat observe l’officier impérial avec une attention toute particulière. Elle le dévore du regard, élaborant probablement quelques sombres plans… Mais Hivernus ne semble nullement s’intéresser à elle. Il continue son va-et-vient jusqu’à ce qu’il se lasse, jusqu’à ce qu’une sensation de vertige vienne s’emparer de son corps déjà fragile. L'humanoïde à peau bleue s’arrête, fixe de son regard enflammé les braises encore chaudes et rougeoyantes d’un feu dans l’un des nombreux braseros. Le voilà plongé dans une profonde méditation. La chaleur du foyer mourant lui apporte une forme de réconfort, revigorant son esprit embrumé par les innombrables questions et les multiples stratagèmes qui défilent à toute vitesse.

                Des souvenirs remontent. Des vestiges de son passé. Fanés, incomplets, lointains. Les Chiss ont de tout temps idolâtré leurs idéaux sous la forme d’une flamme rouge. La discipline, le courage, la stratégie. Voilà ce que symbolise cette flamme rouge pour les fiers représentants de la puissante nation Chiss. L’archétype du soldat parfait entretient sa flamme intérieure s’il veut aller au bout de ses objectifs. Une leçon simple que tous les Chiss se doivent de retenir dès leur plus jeune âge… Et jusque là, Hivernus n’a jamais failli à sa tâche. Il a toujours suivi avec une rigueur militaire les idéaux qui ont bercé sa jeunesse, qui ont forgé l’être qu’il est aujourd’hui. Et pourtant, l'humanoïde à peau bleue ne se considère pas comme l’archétype même du vaillant soldat qui lutte jour après jour pour protéger les siens. Le goût amer de quelques échecs l’empêche de savourer ses moindres victoires. Non. Il n’est pas parfait. Il ne le sera jamais. L’officier impérial s’est éloigné du chemin lumineux et flamboyant de ses camarades pour emprunter une voie sinistre pleine de dangers et d'inconnus.


                - Mon seigneur… Vient l’interrompre un des gardes postés devant les lourdes portes de la salle du trône. Trois hommes se sont organisés en délégation et souhaitent s’entretenir avec vous. Dois-je les faire entrer ?

                - Engagez la procédure habituelle. Effectuez une fouille réglementaire avant de les laisser entrer. Indique alors le Chiss sans même se tourner vers le soldat.

                - A vos ordres mon seigneur. Se contente de répliquer ce dernier avant de retourner à son poste.

                Une escouade entière de stormtroopers aux origines diverses et variées vient encercler les trois individus pour procéder à la fouille. Sous les armures blanches striées de bleu, on parvient à distinguer la silhouette épaisse d’un Trandoshan, et celle plus allongée d’une fière représentante de l’espèce des Farghul. Les aliens sont légions au sein du bataillon personnel du seigneur de la guerre. Ils sont sûrement plus nombreux que leurs camarades humains. Mais cela ne semble pas avoir la moindre importance… Car chacun se doit de traiter en égal les frères et les soeurs d’armes qui servent dans cette unité d’élite prestigieuse. L'humanoïde à peau bleue considère la Brigade Impera comme étant le premier pas vers l’avenir d’un empire fort et uni. D’une certaine façon, cette vision des choses est un héritage de l’Ascendance Chiss. L’officier impérial ne fait que reproduire ce que ses congénères ont mis en application bien des siècles auparavant. Toutefois, à l’inverse des grandes familles Chiss isolationnistes et xénophobes, Hivernus fait preuve de créativité et d’audace en se constituant une famille hétéroclite. Rien ne permet de dire à l’avance ce que cette initiative va apporter… Et cette part de mystère semble être particulièrement appréciée du principal concerné.

                La fouille ne révèle rien de suspect. Les soldats de la Brigade Impera s’écartent et laissent les visiteurs s’approcher. Les trois hommes avancent lentement vers l'humanoïde à peau bleue, prenant le temps d’observer les détails sculptés dans le marbre des colonnes qui soutiennent l’immense dôme opalin. Ils ne prêtent pas la moindre attention aux gardes dissimulés dans l’obscurité, dans les nombreux recoins de la vaste salle. Ils n’ont probablement jamais rien vu d’aussi beau de toute leur vie. Les trois gaillards portent de simples bures rapiécées et une corde en guise de ceinture. Ils arborent également un signe religieux distinctif mais inconnu du seigneur de la guerre. Il se pencherait sur l’étude de ce signe à la fin de ce curieux entretien à venir. Néanmoins, ces maigres indications permettent d’affirmer plusieurs choses. Ces hommes, sûrement pieux, ne sont visiblement pas issus des quartiers de la Roseraie et de la Zone Verte. Ils ne sont probablement pas non plus originaires de l’Allée des Pèlerins, qui est un lieu infâme de débauche. Lorsqu’ils arrivent à hauteur du Chiss, les membres de l’énigmatique délégation le saluent à l’aide d’une humble révérence. Ce dernier leur adresse un signe de tête indifférent en retour, fidèle à ses habitudes.


                - Noble seigneur… Nous vous remercions par avance de nous accorder un peu de votre précieux temps… Débute le plus âgé des trois d’une voix profonde. Les modestes gens que nous sommes ne chercheraient en aucun cas à vous contrarier si la situation n’était pas grave…

                - Poursuivez Messieurs. Je vous écoute. Déclare simplement Hivernus, s’appuyant fermement sur sa canne.

                - Je vous remercie seigneur… Reprend calmement le vieil homme en hochant doucement de la tête. Vous n’êtes pas sans savoir que le quartier des affranchis est actuellement rongé par la pauvreté… Une pauvreté accablante qui profite au crime et qui va de paire avec un manque de sécurité grandissant. Votre clairvoyance et votre sagesse vous poussent à agir avec prudence, nous le comprenons bien… Toutefois, permettez au moins que notre communauté puisse vous appuyer en ces temps difficiles...

                - Que proposez-vous ? Demande froidement l’officier impérial, plantant son regard flamboyant dans les yeux du pauvre homme.

                - Reconnaissez officiellement notre Église comme culte régulier, donnez le droit à notre communauté de s’armer pour défendre ses fidèles et les lieux de prière et laissez nous agir en toute autonomie. Réclame alors le vieillard avec lenteur, détachant chaque syllabe.

                La secte se dévoile enfin. Les trois individus qui la représentent ne tournent pas autour du pot. Ils ont des revendications et comptent bien repartir avec la satisfaction du devoir accompli. Pour l’heure, l'humanoïde à peau bleue se contente d’observer silencieusement ses invités. Les visages creusés et livides des religieux n’expriment rien. Ils restent murés dans leur silence, immobiles dans leur posture passive.

                - Et qu’aurais-je à y gagner ? L’interroge avec une froideur renouvelée le Chiss, brisant ainsi le calme angoissant qui s’est installé.

                - Le soutien et la loyauté de notre Église en tous lieux et en toutes circonstances. Répond l’homme sur un ton obséquieux. Mon seigneur… Nous sommes des gens pauvres et vulnérables… Et pourtant, nous faisons basculer des empires lorsque nous sommes réunis. Ne négligez pas l’impact de la foi sur l’esprit des plus démunis. En ces temps sombres, nous avons tous besoin d’une lumière pour nous éclairer, pour nous guider sur le bon chemin.

                Des hommes saints. Des fanatiques. Des flagellants. Peut-être même des sorciers. Qui sait réellement ce que sont ces hommes qui viennent s’adresser “humblement” à lui ? Quel est donc le mystérieux but de leur sinistre culte ? Beaucoup de rumeurs circulent à propos des ordres religieux. On raconte souvent dans les histoires qu’ils jouent un rôle important, prenant tantôt le contrôle d’une société, renversant une autre fois un gouvernement. Le vieillard a raison de dire qu’ils peuvent faire basculer des empires au nom de quelques dieux. Ceux qui écrivent et racontent des histoires à leur sujet s’accordent à dire que ces groupuscules religieux sont implacables dans leur haine des ennemis de leur ô glorieuse et sainte foi. Une chose est sûre : Ils peuvent être d’incroyables alliés. Tout comme ils peuvent être d’imprévisibles ennemis. La méfiance est donc de mise...

                - Parlez moi un peu de votre… Croyance. Lâche finalement Hivernus.

                - Une vie de débauche, de pouvoir et de richesse. Nous avons tous eu ce souhait cher au moins une fois durant notre insignifiante existence… Et cette simple pensée nous a rendu aveugles. Nous sommes des êtres faibles et vaniteux, portés par des idéaux égoïstes.
                Dévoile alors le vieillard avec ferveur. Nous ne sommes en vie, malgré nos péchés, que par la miséricorde du Dieu Brisé. Nous avons compris que nous n’étions rien face à sa grandeur, à sa bonté, et qu’il nous fallait suivre son exemple. Nous ne sommes que les humbles serviteurs de sa divine volonté. Notre seule richesse réside dans notre générosité, dans notre fraternité avec les pauvres âmes brisées que ce monde cruel laisse derrière lui. Notre allégeance va au Dieu Brisé, aux frères et soeurs jurés de notre communauté qui s’offrent à une misérable vie de servitude.

                Ainsi donc, les fidèles de l’Église du Dieu Brisé sont des hommes pieux, bienveillants et modestes. Des individus prêts à donner leur propre pitance aux plus démunis, des individus prêts à se fouetter en public afin d’obtenir la rédemption pour une vie de péchés. Des fanatiques doués d’une âme généreuse… Ces mots sonnent étrangement faux dans l’esprit du Chiss. L'humanoïde à peau bleue a du mal à les imaginer en bons samaritains et les voit plutôt comme des êtres machiavéliques qui cachent leur véritable personnalité derrière un masque. L’habit ne fait pas le moine comme on dit. Toutefois, le seigneur de la guerre voit là la possibilité de faire d’une pierre deux coups. En reconnaissant officiellement ce culte religieux, Hivernus s’assure du soutien de ces étranges individus. L'Église du Dieu Brisé pourrait ainsi restaurer un semblant d’ordre dans le quartier des affaires et appuyer les troupes seigneuriales déjà cantonnées dans ce secteur. Les membres de ce groupuscule pourrait même apporter un semblant d’espoir aux résidents de ce quartier et ainsi éviter quelques émeutes. Mieux encore, le Chiss pourrait peut-être se servir du fanatisme de ces gens là pour nuire aux intérêts du crime organisé représenté par la famille Valerius et John Ulgo Kamski. Néanmoins, il lui faudra faire preuve de prudence et de retenue, car les religieux ne sont pas réellement réputés pour leur clémence et leur tempérance. De ce fait, ils pourraient très bien prendre trop à coeur leur rôle et se retourner contre lui. Le fanatisme est tout aussi bien un atout qu’un défaut…

                Les alliances sont utiles dans certains cas. Dans d’autres, elles sont absolument vitales. Mais elles doivent toujours être approchées avec prudence. Une unité de ce genre est basée sur des avantages mutuels. Tant que ces avantages existent, l’alliance perdure. Cependant, les besoins changent, les avantages s’effacent et un jour peut venir où un allié trouve plus d’avantages à trahir. Un individu avisé doit être attentif aux moindres changements s’il veut anticiper un coup et y survivre. Parfois, le changement permet de renforcer une alliance, même si cette éventualité est bien moins présente. Pour l’heure, le choix que le seigneur de la guerre s’apprête à faire va lui permettre de bénéficier d’un nouvel outil qu’il pourra utiliser par la suite à sa convenance… Avec modération et précaution.


                - Vous semblez être investis d’une noble cause Messieurs. Conclue Hivernus de sa froideur habituelle. Pour cette raison, je m’engage à reconnaître officiellement votre culte. Concernant votre deuxième requête, j’autorise votre communauté à s’armer. Toutefois, toute action armée de votre part devra être rapportée aux forces seigneuriales. Notez que tous les abus seront sévèrement sanctionnés. Je vous accorde ma confiance, ne la trahissez pas.

                - Nous n’oserions pas vous manquer de respect en agissant de la sorte, noble seigneur. Nous ne sommes que d’humbles serviteurs du Dieu Brisé. Le mensonge et la trahison sont deux choses abjectes qu'il condamne fermement. Et nous ne voulons pas nous attirer son courroux. Rétorque le vieil homme.

                - Bien… Bien. Souffle l'humanoïde à peau bleue avant de continuer d’une voix ferme et puissante. Apportez de la chaleur et du réconfort aux plus démunis. Apportez leur un peu de lumière et d’espoir. Montrez-vous dignes de ma confiance.

                - N’ayez crainte seigneur… Nous suivrons votre exemple de générosité et de clairvoyance en aidant ceux dans le besoin. Affirme le vieillard avec énergie. Par ailleurs… Nous serions ravis de vous accueillir au sein de notre communauté…

                - Il se peut que je vous honore de ma présence à l’occasion. Ajoute à sa suite Hivernus d’une voix parfaitement modulée. Tout comme il se peut que j’entreprenne une rénovation de vos lieux de culte… Il ne tient qu’à vous de faire en sorte que cela soit possible.

                - Le Dieu Brisé récompensera votre illustre exemple de bienveillance à notre égard mon seigneur… Termine l’homme en inclinant doucement la tête. Notre communauté vous rendra hommage, soyez-en assuré. Nous prierons pour votre âme… Et pour celle de votre… Fille.

                Les trois membres de la délégation religieuse se retirent sur ces derniers mots, courbant une fois de plus l’échine devant le dirigeant des lieux. Le seigneur de la guerre n’est pas du genre à se laisser aveugler par les courbettes et les compliments. Cependant, il ne parvient pas à se décider sur le comportement de ces individus. Un comportement qui sonne étrangement faux. Sont-ils réellement dévoués à leur étrange dieu magnanime ou est-ce une façade destinée à tromper les faibles d’esprit ? Le Chiss n’a pas encore statué. Il se tourne vers Azah Suutrar, qui comprend ce que son seigneur attend d’elle. Mais cette dernière se contente de secouer la tête de gauche à droite pour signifier qu’ils ne l’ont pas dupé. Ce sont donc bien des fanatiques... D’humbles fanatiques. Se renseigner sur leur curieuse religion et leurs étranges pratiques semble nécessaire pour les comprendre et anticiper leurs mouvements. Une surveillance de leurs faits et gestes est également essentielle si l’on veut éviter qu’ils ne fassent n’importe quoi.

                Néanmoins, Hivernus a encore beaucoup de travail. Il abandonne ses réflexions au sujet des fanatiques de l’Église du Dieu Brisé pour se porter sur des points plus importants… Des points qui requièrent toute son attention.

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