Conseil de guerre.
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Post n°1
Auteur : HivernusLes voix s’élèvent sous le dôme de métal ouvragé de la salle du conseil de guerre. Les arguments fusent d’un bout à l’autre de la table et la conversation semble interminable.
- Je comprends votre inquiétude, général, et j’admets que vous avez raison sur certains points… Mais vous n’avez pas l’air de saisir les enjeux.
- Au contraire, je sais exactement de quoi il en retourne… Et je ne vous en veux pas de défendre votre bout de viande, amiral. Je tenais simplement à exposer mon point de vue. Nous avons besoin de plus de moyens pour défendre nos mondes. Les quelques véhicules que nos légions opèrent ne suffiront pas à repousser une quelconque invasion planétaire si un tel scénario devait se produire… Et je ne parle pas de nos capacités offensives. Nous aurions bien du mal à mener des opérations de grande envergure au vu du peu de moyens accordés à nos légions.
- Je ne reviendrai pas sur vos arguments car ils sont d’une logique imparable… Mais je demeure convaincu que l’essentiel des combats ne peut se faire sans la puissance de feu de notre armada. Je crains que nous ne soyons dans une impasse, général.
Voilà bien trente bonne minute que l’amiral Netbers et le major-général Bradd s’opposent dans une joute verbale, cherchant à faire valoir leur opinion auprès de leurs pairs. Les deux officiers supérieurs se connaissent depuis un certain temps maintenant. Ils ont appris à travailler ensemble, à se respecter. Mais l’un commande la marine et l’autre les forces terrestres. Les anciennes rivalités entre marins et fantassins sont toujours amenées à refaire surface lorsque vient le moment de distribuer les ressources.
Puisqu’ils sont dans l’incapacité de se mettre d’accord, les deux hommes se tournent alors vers le bout de table, où est installée leur jeune souveraine. Les mains croisées devant elle, le visage impassible, Frilla Hawan semble plongée dans ses pensées. La fille adoptive du Chiss inspire doucement et son regard s’anime soudainement.
- J'entends vos arguments et je les prendrai en considération, général. Déclare la jeune femme, se laissant un temps de réflexion. Cependant… L’amiral Netbers a raison. Notre survie est assurée par notre puissante armada de guerre. Nos vaisseaux interdisent à l’ennemi un quelconque passage au sein de nos territoires et ils sont de toutes les batailles, qu’elles soient spatiales ou terrestres.
Le major-général s’apprête à protester, mais il se ravise finalement lorsque la souveraine lève une main dans sa direction pour lui indiquer de la laisser poursuivre.
- Quand bien même nos mondes seraient protégés par d’importants contingents lourdement armés, il suffirait d’un bombardement orbital pour anéantir la plupart de nos troupes ou détruire nos infrastructures. Que vous le vouliez ou non, général, il semble évident d’allouer plus de fonds à la marine. Néanmoins, je m’efforcerai de trouver un moyen de vous fournir plus d’équipement.
- C’est tout ce que je demande, Excellence… Soupire Bradd, ayant au moins la satisfaction d’une promesse qui sera sans aucun doute tenue.
- Bien. Vous vous assurerez de superviser la construction de nouvelles fortifications sur nos mondes. Si jamais notre marine venait à échouer ou à être mise en déroute, j’entends bien défendre nos concitoyens avec tous les moyens possibles. Nous devons faire en sorte de l’ennemi perde plus d’hommes qu’il n’en a sur nos systèmes de défenses.
- Entendu, Excellence. Je pense pouvoir remplir cet objectif si la ministre de la guerre peut m’assurer de son soutien et de l’appui logistique de ses industries.
L’attaque est peu subtile. Le major-général reproche visiblement le parti pris du ministère de la guerre, qui alloue des moyens considérables à la marine et ne laisse que les miettes aux forces terrestres. Mais la Cathar qui est visée par ces accusations demeure insensible. Elle accepte les critiques sans broncher et c’est tout à son honneur.
- Je mettrai à votre disposition certaines de mes ressources, général. Et je veillerai à ce que vos besoins soient pris en considération dans la mesure du possible. Répond Sylvar, impassible. Je suis par ailleurs certaine que le ministère de la Sécurité Intérieure sera ravi de vous fournir de la main d'œuvre pour vos chantiers de construction.
- Il est vrai que nos prisons regorgent d’individus peu utiles à la société… Nous saurons les mettre à contribution. Commente celle qui commande les services de renseignements et les forces du maintien de l’ordre. Excellence, si vous me permettez… J’aimerai attirer votre attention sur les derniers rapports que nous avons reçu de nos espions et informateurs. Il y a d’importants mouvements de troupes dans les systèmes Palanquin, Verisin et Yasilor. Les effectifs des mercenaires de Natori sont actuellement renforcés par des contingents étrangers constitués d’esclavagistes et de pirates… Et il semblerait que d’autres renforts soient en route.
- Il semblerait, dans leur malheur, que nos ennemis aient enfin décidé de faire front commun. Fait remarquer l’amiral Netbers. Et je doute qu’ils restent sur la défensive très longtemps. Ils prévoient sûrement de contre-attaquer d’un instant à l’autre afin de tester notre réactivité ou l’étendue de nos défenses.
- L’affrontement semble en effet inévitable… Et il nous faudra bien choisir nos combats si nous voulons nous assurer d’obtenir la victoire. Déclare Frilla, imperturbable. Je ne doute pas un instant de nos chances face à l’ennemi mais je compte sur chacun d’entre vous pour donner le meilleur de vous-même. Colonel Sylvar, vous aurez la lourde responsabilité de renforcer nos moyens offensifs et défensifs. Vous coordonnerez vos efforts avec l’amiral Netbers et le major-général Bradd… Et vous veillerez à ce qu’ils aient tout ce dont ils ont besoin, quel que soit le coût. Général Zakarov, je compte sur vous pour préparer au mieux nos pilotes. Je veux qu’ils excellent sur le champ de bataille. Colonel Wexley, poursuivez votre surveillance et rapportez-moi toute information qui viendrait à vos oreilles… Et faites en sorte que nos forces de sécurité soient en mesure d’assister nos troupes en cas de conflit armé. Si nous voulons remporter une victoire décisive sur le Syndicat Tenloss, il nous faudra avoir toutes les cartes en main, nous préparer à toutes les éventualités.
Les officiers rassemblés autour de la table opinent du chef. Seul l’imposant et silencieux Vsoatahn Vott’i demeure immobile. Il n’a pas reçu la moindre instruction pour une simple et bonne raison : il n’a besoin d’aide d’aucune sorte pour accomplir la tâche qui lui a actuellement été confiée. Sa présence au sein du conseil de guerre sert simplement à rappeler le rôle important de la maison militaire de la famille Hawan au sein des opérations de terrain du Seigneurat de Bajic. Après tout, les hommes de la Brigade Impera et de la légion Anooba ont été de toutes les batailles, ou presque, et forment l’élite des forces armées seigneuriales.
- Avant que vous ne soyez congédiés, j'aimerais rappeler à tout le monde l’importance de notre unité. Indique la jeune souveraine. Je ne tolérerai aucune querelle, aucune dissension qui pourrait nuire à l’achèvement de nos objectifs. Si vous avez un problème à régler, venez m’en faire part directement… Car ceux qui auraient le malheur d’outrepasser leurs fonctions en semant la discorde au sein des rangs finiront par partager le sort du regretté capitaine Sturges…
Ce nom est devenu synonyme d’infamie au sein des forces armées du Seigneurat de Bajic. L’homme s’est en effet rendu détestable en s’octroyant des ressources dédiés à d’autres projets, n’hésitant pas à utiliser ses relations parmi les officiers de haut rang ou, dans le pire des cas, à corrompre ou faire chanter les bonnes personnes pour obtenir l’objet de ses convoîtises. L’attitude de ce capitaine ambitieux a été particulièrement néfaste au sein du corps des officiers puisque de nombreux jeunes militaires, pourtant prometteurs, se sont vus affiliés à ses magouilles et ont été sanctionnés en conséquence.
La division que Sturges a amené à l’intérieur du département des recherches militaires et les tensions qu’il a pu propager au sein même de la chaîne de commandement ont forcé les autorités seigneuriales à se montrer particulièrement sévères à son sujet. Renvoyé de l’armée pour son comportement inadéquat et soumis à une lourde peine de prison qu’il purge désormais en compagnie des pires criminels, l’homme est devenu l’exemple même de ce qu’il ne faut pas reproduire.
- Rien à ajouter ? Bien. Vous pouvez disposer. Conclue finalement la fille adoptive du Chiss. Colonel Sylvar, général Vott’i. Si vous avez un instant à m’accorder… Je n’en ai pas encore fini avec vous.
Les officiers présents se retirent en silence, à l’exception du mystérieux guerrier et de la Cathar, qui demeurent immobiles. Frilla attend que les autres aient quitté la salle avant d’entamer une conversation qui, visiblement, ne doit pas être entendue de tous. La jeune souveraine se méfie. Mais de qui ? Et pourquoi ?
- Général Vott’i, transférez la moitié de vos hommes sur Ealor. Je vous charge de la construction de nos nouvelles infrastructures sur place, l’attention de Sylvar étant requise ailleurs. Nos prisonniers de guerre auront la tâche de bâtir les fondations des mines et des usines au sein desquelles ils travailleront. Vous aurez à votre disposition des moyens limités et vos contacts avec l’extérieur seront restreints au strict minimum, le secret de cette nouvelle mission devant être entier. Je m’assurerai de vous fournir le matériel et les ressources nécessaires à l’achèvement de cette entreprise.
- Je saurai faire d’Ealor le bastion inexpugnable du Seigneurat de Bajic, Excellence… Et l’un de ses joyaux les plus précieux. Articule le général dans un Basic très rugueux.
- Je n’en doute pas un instant, général. La jeune femme se tourne ensuite vers Sylvar. Colonel, vous aurez beaucoup à faire je le crains… D’autant plus que je dois m’absenter le temps de quelques jours. Vous représenterez les intérêts de la famille Hawan auprès du peuple et de l’armée en mon absence… Et aurez la lourde tâche de diriger l’empire de mon père le temps de mon voyage.
- C’est… C’est un grand honneur, Excellence. Et une responsabilité des plus importantes. Répond la Cathar, inclinant la tête pour témoigner son respect. Je saurai me montrer à la hauteur de la tâche, Excellence.
- Je l’espère, colonel. Je l’espère… Car le contraire aurait des conséquences fâcheuses. Fait remarquer la jeune souveraine. Si vous n’y voyez aucun inconvénient, j’aimerai vous demander une dernière chose, colonel… Où en est-on avec le projet Nébulon-S ?
- Le projet Nébulon-S est dans sa phase finale d’exécution, Excellence. Nous avons déjà débuté les essais en conditions réelles et les premiers résultats s’avèrent plutôt concluants. L’Aube Argentée est en pleine possession de ses capacités opérationnelles. Nous devons encore effectuer quelques réparations et ajustements mais le vaisseau sera paré au départ d’ici quelques jours.
Enfin ! Après des mois de retard et de problèmes en tout genre, le vaisseau semble prêt à prendre le large. Les erreurs du capitaine Sturges ont eu un impact certain sur le développement du projet, qui a traîné en longueur… Mais il s’agit à présent d’une histoire ancienne. Et l’ambitieux officier n’aura pas le plaisir de voir le résultat de son oeuvre.
- Vous détacherez l’Aube Argentée du service actif le temps de mon départ… Car j’entends bien voyager à bord de ce vaisseau.
- Bien évidemment. Il en sera fait selon vos ordres.
Le choix de cette frégate de la classe Nébulon-B modifiée comme moyen de transport n’est pas anodin. En fait, la décision est réfléchie. Modèle de vaisseau très répandu dans la galaxie et donc passe-partout, il sera assez aisé pour la jeune femme de voyager en toute discrétion à son bord. Nombreux sont les gouvernements à posséder un tel navire de guerre dans leur flotte et nul ne se soucie vraiment du passage éphémère d’un unique vaisseau militaire dans leur système tant qu’il ne fait pas preuve d’hostilité. Les modifications structurelles certes inhabituelles sur un modèle de cette classe pourraient trahir les origines seigneuriales de la frégate… Mais il faut encore, pour cela, avoir eu connaissance du projet Nébulon-S qui pour l’heure n’a pas fait parler de lui en dehors des cercles militaires et scientifiques du Seigneurat de Bajic. Et puis il n’est pas rare de voir des individus riches ou des propriétaires de vaisseau peu honnêtes se livrer à des modifications en tout genre, qu’elles soient légales ou non.
Relativement bien armé pour un vaisseau de sa taille, mieux protégé grâce à l’ajout de nouvelles plaques de blindage sur la structure et disposant de sa propre chasse embarquée, l’Aube Argentée est de fait le navire idéal pour voyager dans l’anonymat et la tranquillité. Sa nouvelle silhouette, qui tranche avec l’allure d’épave squelettique des autres vaisseaux de sa classe, lui donne par ailleurs un air plus majestueux qui convient donc au transport d’une personne de haut rang. Et puisqu’une partie de l’intérieur a été remanié, nul doute que les ingénieurs ont pensé tant à l’utile qu’au confort de l’équipage…
- Excellence… Veuillez m’excuser pour cette intrusion. Indique un jeune enseigne qui entre timidement dans la salle. Les représentants d’Eirrauus sont arrivés. Dois-je les faire patienter ?
- Ce ne sera pas nécessaire… Dites-leur que je suis prête à les recevoir d’un instant à l’autre.
- Entendu, Excellence.
Le jeune homme fait claquer ses talons puis disparaît dans le couloir. Frilla termine sa conversation avec ses officiers afin de leur livrer d’ultimes consignes puis les congédie. Il est grand temps pour elle d’accueillir ceux et celles qui ont été élus par les clans d’Eirrauus pour les représenter auprès de l’autorité seigneuriale… Et il ne fait aucun doute que la jeune souveraine aura beaucoup à faire afin de répondre aux besoins des Eirraucs, dont la récente intégration nécessite une certaine attention. S’approchant du comlink intégré au mur afin de réclamer à boire et à manger pour ses invités, la fille adoptive du Chiss se permet de soupirer. La journée risque d’être longue…