Varglas
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Post n°1
Auteur : Slice.
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Jaera / Hélène
Pourquoi ? Pour quelles raisons ce Seigneur Sith l’avait sauvée sur Coruscant ?! Elle qui était à l’époque Jedi ?! … Assise à la terrasse d’un café en compagnie d’Hélène, Jaera ne parvenait pas à ôter ces pensées de son esprit ... Elle avait beau réfléchir encore et encore, aucune réponse rationnelle ne parvenait à définir les motivations de son sauveur ! Ils étaient tous deux de mondes différents, de peuples et de philosophies opposés … Et pourtant ce Seigneur Noir l’avait protégé et l’avait recueilli ! De tout l’enseignement du temple, jamais on avait parlé de tels agissements chez leurs ennemis. Les maîtres avaient-ils obscurcis la réalité ? Mais qu’elle que fût la réponse tout ça n’avait plus vraiment d’importance. A présent ils n’étaient plus que des parias et à défaut de savoir pourquoi Slice l’avait acceptée, Jaera se sentait redevable envers lui. Elle épousait à présent la vision du talion et elle avait à dorénavant un but dans sa vie : servir et protéger ce Seigneur Noir bien plus Blanc qu’il ne voulait l’admettre.
Il était encore très tôt ce matin-là et son esprit était lui-même encore trop embrouillé à cause de ces pensées pour comprendre quelque chose à ce qu’elle lisait. La jeune Arkanienne de sang mêlé finie par se surprendre à relire par trois fois le même passage et décida de fermer le journal local qu’elle lisait avant d’entamer cette introspection. Se faisant elle préféra se complaire à regarder le magnifique panorama sur la mer et la ville qu’elles avaient depuis l’endroit. Les deux femmes se tenaient assises à la terrasse d’un café par une belle matinée ensoleillé. Il devait être dans les huit heures du matin et déjà tout un monde s’activait dans les rues. Les artistes peintres et musiciens étaient sortis et s’affairaient à leur art tandis que les hommes qui travaillaient s’en allaient vers leurs métiers. Nombreux étaient ceux à s’arrêter quelques instants en terrasse et à commander quelque chose pour le petit déjeuner. Il fallait reconnaître que ce lieu valait le détour. Seuls des imbéciles ne pourraient jamais comprendre la gratification personnelle que l’on éprouvait à voir ainsi la nature et ce monde se lever, à côté de ces choses-là, le reste paraissait bien futile. La place où elles se trouvaient était située sur une petite colline qui surplombait les vieux quartiers du port de la ville. D’ici on pouvait profiter d’une vue exquise sur la mer mais aussi sur toute la zone urbaine de la commune, de ses toits de tuiles rouges au capitole du Musé Central de Tirée qui surplombait bien des édifices. C’était là leur prochaine étape après cette pause matinale. Les hommes de main d’Hélène étaient quant à eux restés à l’hôtel pour faire la grâce matinée. C’était des hommes d’actions, pas des « gonzesses » comme ils se plaisaient à le rappeler quand leur patronne n’était pas dans les parages.Du haut de ses huit cent cinquante milles quatre cent vingt habitants, la cité côtière de Tirée était la troisième commune du royaume de Varglas en termes de population. Pourtant, cette ville portuaire était bien petite en comparaison des agglomérations maritimes des nations voisines. A une époque où le sol des planètes était généralement unifié sous un seul et même étendard, le territoire de la planète Angos était quant à lui resté grandement divisé. C’est ainsi que l’on pouvait encore compter sur place une multitude de gouvernements autonomes les uns des autres, répartis sur les divers continents de cet astre. Modeste mais fier, le royaume de Varglas était lui-même un de ces petits États.
Le petit pays de Varglas, d’une superficie de seulement quatre cent milles km², était le berceau d’un peuple ancien à la culture côtière et nomade. Sa capitale, plus au Sud de Tirée, était Sagar. Comme pour de bon nombre de gouvernements dans la galaxie, le territoire de cette petite monarchie souffrait d’une répartition très inégale de sa population. Le milieu rural, qui était principalement à l’Ouest, avait été abandonné à l’époque de l’avènement des premiers astroports. La province se vida, concentrant dès lors les habitants de Varglas vers l’Est et ses zones urbaines. C’est ainsi que le long des siècles précédents, de grandes villes furent érigées à l’Est, le long de la grande côté de la mer de Gilsen, tandis que les terres de l’Ouest s’élançaient à présent dépeuplée le long de ses hautes steppes et de ses cols brumeux. Seule Vidra, la capitale de province était encore partiellement peuplée.
Le territoire abandonné en Ouest était, en ces heures nouvelles, en proie à la convoitise des nations limitrophes. Mais le principal danger ne venait pas de leurs voisins jaloux mais bien de l’intérieur. Car mue depuis bien des années par l’habille pression d’intervenants étrangers, la région était devenue l’épicentre d’un conflit armé entre l’autorité légale et des tribus autochtones. Ces terres faisaient en effet dissidence, et ce fût en cette zone tribale que les montagnards de l’Ouest, hommes fiers, robustes et violents, déclarèrent ces terres comme leurs. Ayant annoncé leur indépendance du pouvoir Varglas, ces gens menaient à présent une véritable guérilla dans ces contrées reculées. Mobile, peu nombreux et connaissant le terrain, les rebelles des montagnes étaient difficilement arrêtable par les forces publiques présentes sur place. Cette lutte interne s’était déjà montrée très couteuse en vie humaine, mais elle avait aussi eut de très néfastes répercutions économiques.
Le petit royaume vivait principalement (avant ce conflit) du tourisme. Cette nation qui était réputée dans la galaxie pour sa philosophie dans laquelle l’art avait une place prépondérante, était depuis boudée par les touristes dont l’Ouest leur avait été interdit. Sous couvert de ces mesures officiellement votées pour protéger les allogènes, l’Etat comptait bien éloigner les médias de ces terres pour pouvoir mater cette rébellion sans avoir à affronter d’hypothétiques objecteurs de conscience. Gare aux étrangers qui bravaient les interdits … Qu’ils soient d’intrépides reporters ou juste de simples curieux, tout étranger entrant en zone tribale était passible de la peine capitale. Ceux qui ne craignaient pas la révolte montagnarde et qui venaient sur Varglas en étaient conscients et généralement s’en moquaient. Pour ceux qui ne connaissaient pas le passé de cette nation, l’Ouest n’était pas intéressant ...
Le serveur revint avec la commande sur un plateau. Se saisissant de la théière, l’homme rempli avec grâce la tasse de thé de Jaera avant de poser à côté la Théière encore fumante sur la table. D’un geste rapide et tout aussi adroit, il déposa délicatement la tasse de café pour Hélène. Jaera paya directement le garçon et lui donna un gracieux pourboire (il fallait reconnaître qu’il était fort charmant). Une fois le paiement effectué, l’homme s’en alla vers d’autres tables tandis que jaera se repenchant dans la lecture de son Journal.
La jeune Arkannienne de sang mêlé était vêtue d’une simple bure à capuche de couleur écru et à l’intérieur grisâtre. Elle portait au niveau de ses hanches une ceinture utilitaire de couleur brune qui s’élançait délicatement le long sa svelte silhouette. La capuche rabattue sur son visage, son sabre enfoncé dans une large poche, Jaera espérait bien ne pas attirer l’attention sur elle. Elle portait là des habits ordinaires, passe partout, mais qui témoignaient toutefois d’un certain raffinement. Depuis l’enfance, la jeune femme avait prit conscience des dangers que pouvaient représenter ses origines. Se faisant, elle avait su rester discrète pour assurer sa propre sécurité. Cette galaxie était pourrie et bien des gens la coïncideraient comme une « race exotique ». Maints esclavagistes étaient friands de ce genre de produits et étaient prêts à d’odieux agissements pour en tirer un bon prix en la vendant sur le marché aux esclaves. Jaera l’avait malheureusement bien comprise et avait toujours en mémoire les deux brutes Coruscanti qui l’avaient fait prisonnière avant que Slice ne vint la sauver. Toujours discrète et silencieuse, Jaera essayait de chasser de son esprit ses sinistres pensées en se concentrant sur le journal qu’elle lisait et en buvant quelques gorgées encore brûlantes de son thé. Manquant de se brûler la langue elle posa avec précipitation la tasse sur la table avant de s’adresser à sa camarade.
« - Si on se fît à ces journaux locaux et le peu d’information qui échappe encore à la censure, on dirait bien que le conflit en Ouest est loin de se terminer … L’Etat de Varglas à fait installer de nombreux points de contrôle et postes frontières aux abords des routes, des chemins et les sentiers. La zone tribale est bouclée et la capitale de province, Vidra, sert à présent de quartier général d’où sont coordonnées les opérations des forces loyalistes. Tous les étrangers sont cantonnés aux trois grandes villes côtières Kamra, Tirée et Sagar. Je suppose que nous devons tirer un trait sur le monorail ou tout autre transport … L’Ouest est définitivement interdit aux étrangers … »
L’interlocutrice de Jaera haussa les épaules avec une expression de lassitude. Blouson et bottes en cuir, jeans bleu et holster à la ceinture, on ne pouvait nier qu’Hélène Broodbaker ne s’habillait pas de manière aussi raffinée que Jaera. Pourtant cette femme n’en restait pas moins diablement sexy ! A la voir ainsi il était certain que cette humaine avait visiblement le diable au corps et aimait pécher les plaisir de la vie. Hélène avait été la première véritable mission de Jaera pour le compte du Culte de Cypher. Malgré son jeune âge, cette femme fatale était une ancienne Capitaine de la flotte Républicaine qui avait déserté et fondée par la suite une petite organisation mercenaire. Elle n’avait à présent qu’un seul et unique but dans sa vie : retrouver son frère qui avait été fait prisonnier par les Républicains. Slice le savait et il jouait de cette situation à son avantage. Car le Seigneur Noir avait été un ancien camarade de cellule du Frère Broodbaker et ce fût par ses motifs que Jaera, se présentant comme une intermédiaire de Slice, avait convaincue Hélène de se joindre avec ces hommes à la Maison de Cypher. Se faisant, le Prince Noir consentirait à respecter sa part du marché et lui délivrer ces informations le jour où il aurait obtenu son dut (mais ça vous ne savez pas encore ce que c’est, ahah, suspens !). Le culte possédait un moyen de pression sur Hélène et ses quelques mercenaires, en ces temps difficile c’était un atout qu’il ne fallait pas négliger. L’ex militaire et l’ex Jedi avaient ainsi une chose à retrouver pour Slice … Quelque chose d’ancien et d’oublié dans les limbes de l’histoire. Oublié au plus profond du royaume de Varglas.
« - Rien ne nous dit que ce que nous cherchons est en Ouest Jaera. Ne brûlez donc pas les étapes ... Nous ne savons pas où chercher, ni même par où commencer. Ces terres sont vastes et ce ne sont pas la vingtaine de soldats qui sont à mon service qui retrouvera ce qui est annoté dans d’anciennes chansons et légendes d’une religion depuis longtemps révolue. Je ne crois pas au destin ni au hasard, je veux des faits au lieu de m’accrocher à des contes pour enfants. Vous m’aviez parlé d’une piste ? »
« - Oui … Il faut reconnaître que nous avons du bol Hélène ... Je sais que vous n’aimez pas particulièrement l’archéologie, l’art et les chasses au trésor mais je préfère tout cela à l’action. J’ai assez donné lorsque les Siths ont attaqués le temple sur Coruscant … Le regard de Jaera se perdit un instant dans son thé, les atrocités de la guerre l’avait marquée au plus profond de son âme … Elle releva toutefois la tête rapidement sans rien laisser paraître. Le musé central de Tirée a réceptionné il y à quelques jours de nombreuses pièces d’une collection qui était initialement à Vidra. Le conflit en zone tribale les effraies et ils rapatrient en Est-ce qui peut être protégé si Vidra venait à tomber. Vous connaissez l’amour des habitants de Varglas pour l’art et l’histoire ? Ils craignent plus pour tout cela que pour leur propre vie ... Mais au moins ceci est un avantage, si nous ne pouvons aller en Ouest, alors l’Ouest viendra à nous !
Le Prince Noir sait de source sure que parmi ces objets, y figure une Stèle écrite dans une langue étrangère à toute la planète d’Angos. D’après sa Seigneurie il se pourrait qu’elle soit rédigée en une langue Sith ancienne, la même que parlait Cypher … Sachant que toute cette collection est encore interdite au public j’ai contacté le directeur du musé pour négocier un accès aux réserves, il était réfractaire mais nous à donné rendez vous en début d’après midi. Je doute que ça aboutisse mais je pense que nous aurons sur place d’autres moyens de le persuader. Jaera fit un signe de la main avec un léger sourire. Elle avait imité la célèbre persuasion des Jedis. Hélène hocha sa tête bien qu’elle préférait manier le blaster pour contraindre un homme que de manipuler les esprits... Sachant qu’il est encore très tôt dans la matinée et que le rendez-vous n’est pas pour tout de suite nous en profiterons pour visiter ce musé, il y à de nombreuses expositions qui valent le détour ! » -
Post n°2
Auteur : SliceC’était une matinée des plus ensoleillée qui avait une fois de plus débuté sur la capitale. Sagar, la cité royale de Varglas, abandonnait ainsi la nuit et la floraison des fleurs d’Ulsùn pour se mettre au rythme des hommes. Kalef s’était levé de bonne heure et après avoir vaqué aux tâches qui nécessitaient sa présence immédiate, il s’en était allé retrouver Katerine, la fille du roi. Vêtu de noir de ses chaussures à son turban, le vieil homme était un personnage discret et qui pourtant était ancré depuis des générations dans les engrenages du pouvoir. Ce vieillard, dont l’âge véritable n’était connu que de sa maison, était en effet le Nissaïr mît au service de la famille royale par la mystérieuse école. Les rois qu’il avait servi s’étaient succédé et les quelques hommes qui connaissaient sa présence disaient indéfectible sa loyauté envers la couronne. Ses employeurs directs, soit la famille royale, ne savaient même plus vraiment depuis quand Kalef les servait. Certain disaient qu’il remontait à Halarus Ier mais aucune donnée tangible ne pouvait avérer leur dire tant ce dernier restait dans l’ombre, comme il était de nature pour tous ses homologues Nissaïr.
Depuis les hautes fenêtres du KibTuš Lugal, le palais royal de la capitale qui était érigé sur un sommet central et qui dominait tout Sagar, le vieil homme s’accorda un instant pour regarder la ville et ses habitants qui s’agitaient doucement en cette matinée. Il songea un court instant au jour futur où la royauté annoncerait au peuple le décès du souverain Halarus III. Piqué il y avait maintenant six années par une Didila Gamlil, le monarque était tombé depuis peu dans Gig-Tila. Ses jours étaient comptés et le bon roi souffrait le martyr. Pourtant, comme c’était le cas pour toutes les victimes de la libellule venimeuse, il ne pouvait mettre fin à ses jours car la culture Varglas interdisait le suicide. Aussi, il périssait à petit feu. Cette mort maintenant imminente allait survenir bien trop tôt alors que son pays avait besoin de lui. Sa fille n’était pas prête à gouverner et maintes tensions étaient observables dans le royaume. Soupirant, Kalef songea aux derniers rapports qu’on lui avait fait, s’ils étaient juste, alors seule l’agonie d’Halarus III tenait encore à l’écart le pays de la division. Aussi sournois que des vautours, les ennemis intérieurs et extérieurs attendaient patiemment la fin du règne de ce dernier pour se déverser sur ces terres avec leurs sinistres projets.
L’homme se releva avant de se retourner. Il abandonna alors sa contemplation des toits de Sagar et ses réflexions sur le devenir du royaume pour revenir à des préoccupations plus immédiates. Il se trouvait dans un couloir du palais et faisait face à la porte de la chambre de la princesse Katerine. Deux gardes se tenaient fièrement devant. Ils étaient vêtus de Jilbab rouges et de capes bleues. C’était là les deux couleurs de la monarchie. Ils étaient armés de traditionnelles vibros-lances mais avaient dans les pants de leur habit bien d’autres armes et des blasters. D’un bref signe de la main, il les invita à s’écarter, ce qu’ils firent immédiatement. Le Nissaïr ouvrit alors la porte et s’engouffra en silence dans la pièce. Les lourdes portes en bois se refermèrent immédiatement derrière Kalef. Comme à son habitude, le vieillard contempla les lieux d’une manière qui était impossible pour le commun des mortels. Son regard analysait tout ce qu’il voyait et enregistrait le moindre détail. Sans bouger, ses yeux allaient d’un endroit à l’autre de la pièce, la balayant au peigne fin. La chambre de la Katerine était bel et bien digne de la princesse. Ce lieu témoignait autant d’un raffinement unique aux gens de Varglas, mais aussi d’une grande richesse. Il y avait là de tout et à profusion dans le logement de la fille unique d’Halarus III.
Le regard du vieux Nissaïr vint finalement se porter sur Katerine. Tournant le dos à la porte de sa chambre, l’impétueuse adolescente ne l’avait visiblement pas vu venir. Les lèvres de l’assassin royal se resserrèrent alors pour ne former plus qu’une faible moue. Cette mimique, aussi minime soit-elle, était significative de la colère qui le parcourait intérieurement. En cet instant, Kalef ne pouvait éprouver qu’indignation et irritation à l’égard de cet enfant gâté, qui, une nouvelle fois, négligeait le plus élémentaire de ses enseignements. Car, de toutes les nobles tâches qui incombaient au vieillard de par son rôle de Nissaïr, il en était certaines qu’il aurait préféré éviter. L’homme était en effet le tuteur de cette adolescente et il lui inculquait ainsi, depuis sa plus tendre enfance, les principes et agissements de sa maison. Son devoir était de façonner ce bout de femme immature pour qu’elle devienne un jour un dirigeant. Il y avait encore beaucoup à faire pour que la gamine égoïste disparaisse au profit d’une femme mature. Unique enfant d’Halarus III, sa mère étant morte depuis longtemps, son destin était tracé depuis le jour de sa naissance : elle se devrait d’endosser les responsabilités de sa famille et de continuer la lignée lors de la fin du règne de son père. Pour se faire, elle devait, de gré ou de force, devenir comme ces ancêtres : un véritable monarque connaissant le pouvoir et tous les outils à sa portée, qu’ils soient légaux ou immoraux. C’était là une condition sinequanone à la survie de la monarchie. La première de toutes les règles que l’on inculquait aux gens de haute lignée (y compris à Katerine) était de ne jamais tourner le dos à un porche. Le risque d’y voir surgir un assassin était important et il était primordial pour ces gens-là de toujours rester sur leurs gardes. Une nouvelle fois, elle lui avait sciemment désobéi. Sans doute considérait-elle tout cela comme un simple jeu ? Maîtrisant ses émotions pour ne pas se ruer sur elle et la gifler, Kalef n’avait de cesse que de se dire qu’instruire cet enfant était de loin la plus dure des tâches qu’il avait jamais eu à accepter.
Katerine restait toujours immobile. Sereine, l’air rêveuse, ses yeux étaient entièrement clos. Un faible sourire était incrusté sur son doux visage d’ange. Discret mais présent, il témoignait là de l’incroyable force de caractère qui animait cette triste princesse. Certes son père était mourant, le royaume était au bord de la guerre civile et on contestait de plus en plus son droit futur à gouverner. Mais en cet instant, tout cela n’avait nulle importance. Katerine se tenait assise en tailleur sur un des rebords de la fontaine à suspenseur de sa chambre. Une chica était à ses côtés, posée à même la mosaïque de l’ouvrage. L’odorat de Kalef ne le trompa pas, une fraîche odeur de feuille d’Ulsùn avait envahie les lieux, signe que la jeune femme avait consommé le narcotique. Restant sur le seuil de la porte, il fixait toujours son élève. Une sphère d’eau lévitait avec douceur au centre de la fontaine, fruit de l’harmonie entre art et technologie Varglas. D’un geste gracieux de sa main, la princesse effleura cette surface liquide en suspension avant de se retourner vers son tuteur. Ce ne fût qu’alors que ses yeux s’ouvrirent. Son sourire s’évapora de son visage, ne laissant là qu’un masque placide sans la moindre émotion.
Ses lèvres s’ouvrirent un instant pour se refermer avec fermeté. A l’âge où les siens allaient s’instruire dans les institutions publiques et éprouvaient les premiers amours, elle se devait d’agir comme le voulait son rang, perdant son enfance et sa jeunesse au prix des sinistres trames de la cour royale. Avec douceur, la princesse quitta le rebord de la fontaine pour faire face à son maître. Kalef la fixait toujours sans ciller du regard. Katerine était vêtue d’une Pala. C’était là une très belle robe aux épaules dénudées. L’étoffe était en soie de Vidra, un textile de grande qualité qui était coloré pour l’occasion d’un blanc cassé. Le tout contrastait avec les quelques traces de rouges qu’il y avait sur l’habit de part et d’autre de ses hanches. Les finitions de la robe étaient faites au fil d’or et la jeune femme arborait sur elle maints diadèmes, bagues et autres bracelets fait de même ce matériau. Tout, dans la parure de Katerine, rappelait qu’elle était un être de sang royal. Cet apanage malsain de richesse n’était toutefois pas suffisant pour surpasser son charme. Sa peau couleur olive et ses yeux verts émeraude avaient fait chavirer bien des cœurs d’hommes malgré son jeune âge. Ses cheveux bruns foncés n’étaient pas peignés, et étant d’un naturel frisé, ils lui donnaient ainsi un côté sauvage, voire hautain. C’était là une apparence à des années lumières de l’image que l’on se faisait d’une princesse. Cette nature sauvage, son air de défit dans le regard, tout chez cette adolescente de 17 ans ramenait à une personne qui aurait espéré vivre une autre vie. Immobile, elle se tenait silencieuse face à son tuteur.
Les mains derrière le dos, le vieillard considéra une dernière fois Katerine d’un regard des plus méprisants avant de finalement se désintéresser d’elle. Il n’avait pas eu à parler pour qu’elle comprenne la colère qui habitait le Nissaïr. Elle le craignait et le détestait autant qu’elle l’aimait, lui, l’homme qui l’éduquait depuis qu’elle était en âge d’apprendre et qui avait bien des fois substitué le rôle de son père, trop souvent absent de par ses prérogatives. L’assassin royal marcha ainsi jusqu’à la fontaine à suspenseur. Lorsqu’il fût enfin arrivé à destination, il ouvrit sans ménagement le panneau de commande de l’appareil qui était ingénieusement caché dans les décorations de l’ouvrage et l’éteignit. Aussitôt, la sphère d’eau qui lévitait au centre de la fontaine retomba dans le bassin. La princesse ne bougeait toujours pas. Elle se contentait de le fixer. Son visage était toujours placide mais ses pupilles étaient dilatées. Son regard était toutefois aussi perçant que celui d’un serpent, il mêlait toujours malice et dédain à son égard. Le Nissaïr avait enregistré cette attitude mais il n’en avait que faire. En cet instant il était primordial de ramener Katerine à la réalité. Ses capacités d’interprétation de l’attitude de l’adolescente lui permettaient de se prononcer sans le moindre doute : elle était encore sous les effets de l’Ulsùn. C’était là quelque chose de préoccupant et il restait à espérer que l’ennemi n’ait pas vent de cette dépendance. L’homme rangea dans son manteau les quelques feuilles non consommées et se saisit sans mot de la chica. Il s’en alla la ranger dans une commode puis, alors qu’il rabattait les battants du meuble, prît enfin la parole. Sa voix était neutre mais il était aisé de deviner son état d’esprit.
« - Dun ! Vous saborder est un choix, condamner Varglas en est un autre. Pensez donc à votre peuple et un peu moins à l’Ulsùn. Mais dîtes moi Katerine, dans votre chute, en êtes-vous allée jusqu’à oublier le jour que nous sommes ? Ces propos étaient durs mais avaient l’avantage de rappeler à la princesse qu’elles étaient les priorités. Kalef avait parlé à la jeune fille en Varglas et le terme « Dun » lui rappelait qu’il était son tuteur et maître jusqu’à la mort de son père. Bien qu’il ne puisse la contraindre, il savait où appuyer pour lui faire part de la précarité de sa situation. Car Katerine aimait autant qu’elle détestait sa vie, elle ne pouvait se refuser au luxe mais ne pouvait non plus abandonner son peuple. Kalef avait toute son attention, aussi, reprit-il la parole tout en posant sur une table un rétroprojecteur, pour l’heure encore éteint. Les représentants de toutes les maisons nobles du royaume (autant les mineures que les majeures) ont répondus présents à la séance exceptionnelle de l’Assemblée des Maisons Nobles de Varglas que nous avons planifié il y a maintenant plusieurs semaines. Nombreux sont ceux à déjà être arrivé à Sagar hier et durant la matinée. Nous n’attendons plus que les quelques retardataires avant de débuter la séance qui se tiendra cette après-midi. Séance que vous présidez. Dois-je vous rappeler ce qui est en jeu, Katerine ?! »
Le fonctionnement interne du Royaume de Varglas était tout à fait typique. Le pouvoir était recentré autour de la famille Royale ainsi que les maisons nobles. La capitale était le fief du monarque, venaient ensuite les Grandes Familles Nobles qui avaient comme fief les trois autres grandes cités du royaume (ainsi qu’une exception), et enfin les Maisons Nobles Mineures qui régnaient sur les autres villes de Varglas. Toutes ses parties siégeaient à l’Assemblée des Maisons Nobles de Varglas que présidait le Roi. Traditionnellement nul sujet n’osait remettre en question les décisions royales, le gouvernement ainsi formé permettait généralement de débattre de sujets du Royaume et de laisser le roi seul juge sur la décision finale. En cette journée, Katerine devait remplacer son père à l’Assemblée et sa situation était bien moins confortable que ces ancêtres. Elle était jeune, n’avait pas d’expérience, était réputée égoïste et était décriée par bon nombres de maisons Nobles comme n’ayant ni la carrure, ni les capacités, ni le droit futur à les gouverner. Cette séance, officiellement annoncée comme portant sur l’insurrection à l’Ouest, devait être le moyen de leur rappeler à tous envers qui allait leur loyauté : soit, la couronne. Silencieuse suite aux paroles de Kalef, la princesse leva la main droite et croisa les doigts, signe des philosophes du Ley. Elle était prête ...Spoiler : Glossaire :
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Post n°3
Auteur : Don SyrioAngos, belle Angos, sublime Angos. Du hublot, je restais scotché, le visage, comme un enfant qui voyage pour la première fois, collé à la vitre. Mes yeux grands ouverts, je n'arrivai pas à détacher mon intention de la beauté féerique du paysage. L'excellente vue me faisait presque oublier mon ticket de deuxième classe où, au lieu d'un bon caviar, je retrouvais une salade « Mechwia ». La petite planète aux couleurs vivantes, me séduisait et c'est l'une de ses régions, appelée Varglas, qui attirait particulièrement mon attention. Ce dernier était un royaume ne s'éloignant pas trop d'Azul et que j'avais déjà visité, par le passé, pour y rencontrer mon défunt père. Un souvenir amère qui trottait dans ma mémoire, c'était là qu'on avait parlé de cette foutue mission. Je me perdais dans mes remords, repensant pour la énième fois à ce que j'aurais du faire et ne pas faire et j'en passe. J'étais toujours confus, désorienté. J'avais beaucoup trop perdu en si peu de temps. Je m'étais fait avoir comme un bleu, c'était un fait. J'avais conduit à la mort ceux que j'aimais le plus. C'était un échec.
Spoiler : Salade Mechwia
« - Il n'y a point d'échec. »
Troublé, cette voix me fit sortir de l'état d'intense réflexion où je m'étais logé. Je me tournis à droite et à gauche cherchant d'où provenait cette parole, mais à part les autres passagers à moitié endormis, il n'y avait rien. C'est ainsi que je remis les yeux sur le hublot et me rendis compte qu'on était enfin arrivés. Je descendis enfin vers l'astroport de la capitale du royaume Tirée. Très vite je m'étais mêlé à la foule, une vrai fourmilière. On pouvait facilement distinguer les catégories sociales. Quelques nobles et bourgeois bien étoffés de tissus impressionnant, la plus part gants couvrant leur main. Certains osaient même snober leur frères on mettant des mouchoirs sur leur bouches. D'un autre côté, la diversité vestimentaires du 'peuple' est extraordinaire. La première fois où j'étais venu ici, je n'avais pas remarqué la richesse qui s'offrait à mon regard, aveuglé par la recherche de « l'or ». Il y avait une magie enchanteresse dans chaque individu, le rendant encore plus unique. Je me sentais ridicule devant eux, moi aux costards à 4.000 Crédits. Bizarrement je n'attirais pas trop l'attention, il devait bien avoir plusieurs touristes par ici. Marchant lentement, j'étais comme un enfant, distrait, explorateur. Je me promenais et j'observais chaque détail avec attention. La prouesse architecturale du bâtiment me laissait bouche-bée à vrai dire. La finition de chaque recoin était à noter. Sans oublier le style général des bâtiments, mettant à côté les grosses battisses métalliques pour des relativement petites, de pierre et multipliant les dômes. Un genre qui me rappelait évidemment Azul. Varglas était décidément un royaume doté d'une beauté resplendissante. Je m'étais lancé dans l'aventure qu'était l'exploration de Tirée. Autant dire que sans carte c'était pas gagné. Mais j’espérais que dans cette petite quête, je rencontrerai des hommes avec qui je partagerai mon goût pour les arts et avec qui je passerai du bon temps autour d'un café. J'espérais aussi trouver ou dormir cette nuit et c'était pas gagné vu que j'avais pas des millions sur moi ; Juste un trombone, des costards, un chapeau et tout le savoir faire d'un voleur.
Sans m'en rendre compte, il était déjà tard et la journée fanait, laissant planer un soupçon de douce brise. Levant mes yeux vers le ciel, j'étais étonné de voir un spectacle indescriptible. L'espace était un plafond éclairé de milliers de lanternes, scintillantes d'une façon inégale. Les derniers reflets meurtris d'un soleil épuisé se projetant sur les nuages, devenus des palettes colorées de nuances de rouge. L'image, naturelle, était digne des plus grands artistes. Je me laissais dire qu'une âme géante devait s'amuser à peindre chaque jour ce tableau unique. Je fus, néanmoins, rappelé à l'ordre quand j'entrai en collision avec un marcheur. A peine le temps de me retourner, lancer un juron à voix basse et des excuses que j'aperçus la personne. Un homme, humain, d'une quarantaine d'années. Les traits de son visage renfermât une sorte d'harmonie et de sensation, extraordinaire, de réconfort. Ses yeux qui dégageaient à la fois un regard vide mais rempli d'une riche philosophie, son sourire paisible, laissant paraître ses dents blanches comme neige. Même si les rides de ce personnages et son attrait général n'était pas d'une grande beauté, il dégageait une aura de bienveillance et de sérénité. Alors même qu'il s’apprêtait à repartir, de son félin, léger, pas, je le retenais par son manche.
«
- Excusez moi, cher bon monsieur. Je m'appelle Syrio Quint, je suis écrivain et journaliste. Je parcours la galaxie à la recherche d'un sens à ma vie et à la vie, dans une vue plus globale, dirons nous. Je voyage d'endroit à un autre pour essayer de comprendre l'essence de la vie. J'essaye de rencontrer le plus possible d'êtres organiques et j'essaye, au bout de quelques jours partagés, de me mettre à leur place, d'enfiler leur « baskets » et marcher sur leurs pas et...
-Eh bien, c'est une bien noble cause, mon enfant. Je me présente Su. Excusez moi, j'ai le dîner sur le feu, il faudrait que je me dépêche, voudriez vous partager ma route, et mon dîner par la même occasion ?
-Avec grand plaisir ! Répliquai-je avant de me dire, à voix basse, autant de charité en si peu de temps, ça commence bien ! »
Je partageai alors le chemin avec mon compagnon. Même si je me faisais passer pour un journaliste, c'était bien lui qui posait la plus part des questions. Il me demandait comment c'était de vivre sur d'autres planètes, mes contacts avec les gens de différentes races, la découverte des autres cultures... Arrivés au quartier touristique, je compris enfin qu'il n'était pas natif de la ville, « Tirée ». Peut être un visiteur venu d'une autre ville. Je lui fis part alors de ma remarque. Il m'expliqua donc qu'il était à l'origine un Enkum Zu, rien que ça ! C'était un genre de moine, ce qui expliquait cette aura chaleureuse qui émanait de lui. Il suivait les principes du Ley, une sorte de philosophie basée sur le partage de connaissances, l'écoute. D'ailleurs je me souviens de cette si bonne réplique qu'il prononça : « Nul concept est irréfragable, écoute, apprend et étudie l’avis d’autrui » Sous cette phrase se cache la devise de son enseignement et de cette croyance. Finalement, nous arrivâmes à sa maison : Une petite maisonnette louée. Juste à coté il y avait une ponte qui menait vers la partie commerciale, où on pouvait voir d'ici les différentes affiches lumineuses. Sous le bruit des clés, je retrouvais mes esprits et j'entrai finalement dans la maison de mon hôte. Je me posais directement sur un pouf, au salon. Une merveilleuse sensation de relaxation et de repos m'envahit. En extase, j'attendis mon ami le moine qui réglait les derniers préparatifs pour le dîner. Il m'appela au bout de quelques minutes à m'invita à m'asseoir au tour de la table, bien décorée et mise en ordre.
« - Faîtes attention, c'est chaud, chaud chaud..
-Merci beaucoup. Je remplis en parallèle mon plat, mais je ne m'étais rendu compte que trop tard, que j'avais beaucoup trop mis.
-C'est avec grand plaisir mon petit.
-Alors, comme ça se passe quand vous êtes un Enkum Zu, c'est bien ça, non ?
-Oui oui, il lâcha un petit rire, c'est bien ça. La prononciation est un peu difficile pour un étranger, je vous l'accorde. Alors, pour ma part, je parcours le monde, mon monde. J’essaye de rassembler toutes les connaissances, toutes les expériences en les prenant pour vérité. Ensuite, rentré au temple de Kamra, je réfléchis à toutes ces informations : Je les filtre, je les partage, je les modifie comme bon me semble...
-Eh bien, c'est plus ou moins ce que je fais, même si ce n'est pas la même échelle. Enfin je ne dis pas qui est mieux que qui, ce serait absurde ! Enfin bref, nos deux vies sont assez semblables. Nous recherchons fatalement une solution à une question qu'on ne connaît pas. Touché ! Ce genre de phrases, tout le monde les aime J'espère que vous voyez ce que je veux dire.
-Oui, oui tout à fait. »
Au fur et à mesure que nous nous enfoncions dans nos assiettes pour goûter à ce magnifique ragoût, nous parlâmes des différentes expériences vécues puis un peu de politique, sujet où il n'était pas très à l'aise. Finalement et puisqu'il était un peu tard il me proposa de rester dormir. Me demandant par la même occasion où j'étais logé, et vu que ma réponse n'était qu'un pitoyable et médiocre « Nul part », il me proposa de rester avec lui pour cette semaine, le temps que j'aille me chercher un bon appartement. Il profita aussi du même moment pour critiquer mon manque d'organisation, chose qui me fit un peu rire, puisque les « ordres de grandeur » étaient un peu changés : En général considéré comme quelqu'un de soigneux, méticuleux et là un farouche, du moins comparé au quarantenaire. C'est sur cette discussion que nous finîmes la première journée.
La deuxième ainsi que la troisième étaient une grande occasion pour moi de visiter la cité. Même ci j'ai eu quelques heures où j'ai joué au solitaire, mon compagnon m'avait fait visité plus d'un endroit. Musées, temples, écoles mais aussi restaurants et cafés. J'avais bien profité de ces deux journées pour m'en mettre pleins les yeux. Quand j'étais seul je m'attardais sur les bâtiments luxueux où j'y découvrais les perles du royaumes : Les grandes et nobles familles du pays. J'essayais, malgré la réticence de la plus part, de faire connaissance. Certaines d'entre elles, contrairement à la majorité fermée, étaient très sympathique et je partageai de bons moments en leur compagnie au tour d'une tasse de thé ou devant un tableau. Par contre, quand j'étais en compagnie de mon guide, je me perdais volontiers dans les bas-quartiers de la ville. En effet, c'est dans ce labyrinthe de pierre que ce cachait l'essence même de la ville. C'est dans les fissures des vieilles habitations que résidait cette vie, cette joie, toutes ces sensations. Je retrouvais la même diversité de l'Astroport que ce soit dans les différentes couleurs qui se dégageaient du teint et des habits de chacun mais aussi dans l'aura qui se dégageait de chacun des habitants. Même si j'aime la compagne, j'ai toujours été un amoureux de la ville et autant dire que celle ci dansait, swinguait, voltigeait même, nuit et jour. Le rythme qui y résidait la faisait vibrer continuellement. Ici, à Tirée on ne dormait pas. Je vis alors des enfants qui jouaient au ballon au beau milieu de la nuit. Je vis le père travailleur qui arpente la même rue dés le soleil levé. Je vis la femme d'ossature lourde qui rejoignait son amie en pleins après-midi pour lui raconter son histoire (fictive) avec son amant d'hier. Je vis des mendiants, des pauvres, des faibles. Je vis ceux à qui la vie n'était pas si facile mais résistaient quand même. Je vis l'univers en miniature.
Ces deux journées s'étaient aussi soldées par le développement de la complicité entre nous deux. Nous nous étions racontés notre enfance mais aussi ce qu'on avait accompli et ce qu'on voulait accomplir. De plus en plus, même si je n'y faisais pas attention, j'étais de plus en plus ouvert au moine, de plus en plus vulnérable. Et c'est à la fin de la quatrième, qu'il me posa une étrange question :
« - Es-tu libre, Syrio ?
-Quoi ? Que ? Comment ? M'exclamai-je en recrachant presque le bout de pain que je mâchais !
-Non, mais.. Non. Il ria un moment, puis repris, ce n'est pas de la situation amoureuse que je parle. Es-tu, mentalement et spirituellement libre ?
-Aaaaah.. Dis-je avec un joli sourire aux lèvres, aussitôt disparu avec ma réponse. Eh bien j'imagine oui. Je choisis mes actions de mon propre chef et j'assume mes responsabilités. J'estime que oui, je suis libre.
-Eh bien, je vois en toi un fardeau, dun. Une terrible peine hante ton cœur, je le sens, je le sais. Tu es accablé de remords qui empoisonne ta vie. Ce sont tes sentiments qui te guident au dépend de ta conscience. Tu es guidé par la haine, par la vengeance.. par la colère ! Tu t'en veux, tu veux modifier le monde, tu veux retourner au passé et changer le cours de l'histoire, n'est ce pas ? Mais le temps ne t'es pas offert, le temps ne peut rebrousser chemin, alors tu te morfonds dans ton sombre palais de glace et tu y cherches réconfort que tu ne peux trouver. Tu es seul et tu le sais. Je sens en toi, dans tes paroles et tes gestes, dans chacune des syllabes que tu prononces, dans chaque sourire que tu effaces. Ceci est bien visible même pour un étranger, alors dis moi.. Dis moi ce qui t'habite.
-Je... Tout... »
Chacune des lettres qu'il prononça était une dague qui s'enfonçait profondément dans ma tendre chair. Je me sentais lapidé par milliards de pierre aussi aiguisées que des lames. Un flux important de peine, de chagrin et de colère s’emparât de moi. Mes yeux suivaient une trajectoire rectiligne, de gauche à droite, essayant d'échapper à l'eye-contact. Mes dents s'entrechoquèrent violemment. Mes mains vibraient, voulaient s'abattre sur le premier venu et l'étrangler. Je me sentais juste, démoli, sur les nerfs, prêt à exploser. Je me sentais déphasé, totalement coincé.
«
-Non ! NON ! Mais mrde laisse moi tranquille ! Je ne veux pas répondre à ces stupides questions ! Fiche moi la paix !
Oh, oh, oh ! Désolé, désolé.. Calme toi, je vais aller faire un tour.. Juste calme toi. »
Fou, ivre de colère, je m'étais rendu vers ma chambre. Claquant la porte, je me jetai vers le grand lit moelleux.
Mrde, je vais pas me brosser les dents, ce soir*
Sous un état de choc sentimental, le lit me semblait terriblement reposant. Ma tête se calmait peu à peu, mes yeux se fermaient d'eux même, j'étais dans une sorte de transe. Je me retrouvais dans un noir profond. Mais dans ces abysses, cachée au fin fond, une lumière éclatante. Tellement rayonnante, d'ailleurs, qu'elle pourfendait les épais voiles de ces ténèbres. J'essayais alors d'atteindre cette source, de la connaître, de la comprendre. Plus je restais à rechercher cette lumière, plus je devenais obsédé par elle. Chaque seconde de passée, était pour moi des heures de recherche. Plus le temps passait et plus je restais longtemps à essayer de capturer cette divine chose. J'essayais d'abandonner tous mes sens, mon corps en entiers. Je ne cherchais qu'à accomplir mon but. À fur et à mesure que je me laissais transporter dans cet univers à part entière, je me détachai de plus en plus de mon corps. Je n'étais plus qu'une âme, sans race, ni couleur de peau ni handicap, juste une âme qui voyage dans le néant absolu, dans le noir. J'arrivai finalement au seuil de cette lumière. Et pour une fois, depuis fort longtemps, j'avais le choix. Je pouvais choisir entre ouvrir mes yeux et quitter définitivement cet endroit ou bien, entrer dans ce monde à part. Je n'avais rien à perdre, je n'avais plus rien à perdre. J'entrai enfin dans cette lumière.
Je m'étais retrouvé, comme téléporté, dans une sorte de temple circulaire. La pièce était sans portes ni fenêtres apparentes. Juste des murs de pierres dressés infiniment vers le haut. Au centre, il y avait une étrange fontaine. L'eau qui y échappait et qui était d'un éclat sans pareil, s'était arrêté, lévitant dans l'espace. Je m'étais approché d'elle, à la fois, intrigué et méfiant. Levant ma main, je « trempais » mon doigt en elle, du moins, j'avais tenté. Le matière, à ma surprise, était aussi solide que le sol. C'est comme si l'eau était gelée mais avait conservé sa forme liquide.
« - Salutations cher Syrio ! »
C'était cette voix ! Cette même et unique voix infantile, extrêmement aiguë, aux allures diaboliques et malsaines, que j'avais entendu au cours de mon voyage. Identifiant la voix, je me mis à sa recherche. Elle émanait du fond de la salle, derrière la fontaine. Quelques pas à coté, je pus apercevoir mon interlocuteur. Choqué, je me figeai à ma place. Au même moment une violente onde secoua toute la pièce.
« - Mais non, gamin. N'aies pas peur de moi ! »
Qu'avais je vu ! Quel était cette immonde chose, cette créature ! À fur que la « chose » s'approchait, je voulais m'enfuir n'importe où, mais quelque chose me retenait. La silhouette de la créature s'affinait et devenait de plus en plus claire. Je n'y croyais pas ! C'était un monstre ! Il se déplaçait sur ses deux pâtes, semblables à celles d'un cheval. Le reste de son corps était vêtu d'un manteau de longs poils bruns. Sa tête, gravée au front d'étranges tatouages était entourée de longs cheveux châtains et d'où sortait de larges cornes. Ses grands yeux bleus était aussi belles que des saphirs. De ses longs doigts presque humains, il jouait à tourner une fine dague dorée d'un beauté sans égale. Me voyant fixant la lame, il s'arrêta un moment et la cacha derrière lui.Spoiler : Le monstre
« - Oh excusez moi, ça doit être ça qui vous a choqué ! Alors êtes vous prêt pour votre destinée ?
- N'y voyez pas d'atteinte personnelle, grand monsieur, mais vos griffes ont l'air aussi affûtée que votre jolie lame ! »
Je n'avais pas réalisé la grosse cnnerie que j'avais dit que quand ses fines lèvres se refermèrent d'un coup, leur union créant un seul segment qui se confondait au reste de son visage. D'un coup, il se propulsa devant moi, moi qui avait perdu équilibre et était tombé.
« - N'insultes jamais la création divine, c'est ton maître qui te fit venir ici et qui créa cette lame à qui ne rien résiste ! Repens-toi insolent !
-Oui, mes sincères excuses, mes sincères excuses ! Balbutiai-je avant de me remettre debout. »
D'une autre propulsion, il atterrit derrière moi. Je m'éloignais rapidement de lui aussitôt.
« - Mais qu'as tu, élu ? As-tu peur de te donner au créateur ! N'as tu pas choisi de ton propre chef de foncer vers la « Porte Écarlate » ? Ne t'es tu pas rendu, tout seul, vers moi et vers ton créateur !
-Si ! C'était ma décision. La mienne sans influence ni peur. J'ai choisi la voie en ayant conscience du risque.
-Alors tu es bien l'élu de Dieu, et je serai son messager. Tu as pourfendu le voile noir et t'es ouvert à la vérité. Tu as dépassé le stade de l'ignorance et te voilà enfin devant l'omniscience. Dit-il d'une voix extrêmement calme, perdant son agitation antérieure.
-Soit... Soit... Mais... Pourquoi moi ?
-Seul lui le sait !
-Ne suis-je pas fou ?! Je me suis endormi et voilà que je suis devenu un élu divin ! N'est ce pas grotesque ?!
-Non tu es sain, élu !
-Vous êtes sûr ?! Criai-je
-N'avez vous pas confiance en lui ?!
-Si... »
Le dialogue s'était conclu en quelques rapides phrases. J'étais terriblement confus, je ne savais pas quoi dire.
Est ce que j'étais devenu fou ? Non, impossible que ça soit possible en si peu de temps ! Je ne pouvais pas perdre la raison en une seconde ! Peut être que je suis celui qu'on a choisi après tout. Peut être qu'il a tout simplement raison, que je suis bel et bien ce fameux élu !*
« - Ne crains point, élu. Dieu t'as bien choisi pour accomplir une tâche en connaissant ta force et ta faiblesse. Il te guidera vers ton but si tu exécutes sa volonté. Il te guidera et te testera. Il veillera sur toi. Tu devras attendre ses signes avec prudence mais n'oublies pas de profiter de la vie qu'il t'a donné. Dieu a un plan pour tout le monde, et en particulier, toi. »
Je n'y avais jamais réfléchi, mais pour convaincre n'importe quelle croyant, de n'importe quoi, il fallait lui sortir « l'argument religieux ». Tu pouvais, grâce à ça, convaincre un physicien que les étoiles sont des planètes qui brillent. J'ai toujours eu foi en ma divinité, une seule, unique et omnisciente. C'est cette même divinité universelle qui m'offrait de m’élever sur les autres humains. Une distinction particulière dont je n'étais pas vraiment contre.
« - Maintenant, jeune élu va ! Retourne dans ton univers, matériel. Ton destin te guidera vers les prémices d'une nouvelle vie qui aura un but divin. N'oublies jamais que Dieu a un plan pour tous. Il t'accordera ainsi, par sa grande miséricorde, un nouveau don donné aux élites de cette vie physique. Un don qui te d’interagir avec l'essence de toute création. Ce cadeau te laissera enfin apercevoir une partie de Dieu. Retourne me voir quand tu maîtrisera ton nouveau don. Il reperdit finalement ce ton calme pour adopter sa voix infantile et clôturer : Bye Bye Syrio. »
Mon nom retentit un milliard de fois dans mes oreilles. Mes lourds yeux s'ouvraient peu à peu. Petit à petit je rouvrais les yeux, au même moment où la voix du « messager » disparaissait pour une voix plus familière. Finalement, je repris conscience: C'était Su qui me réveillait d'un long sommeil. J'ouvris enfin les yeux quand je vis un nouveau monde s'ouvrir devant moi : Tout avait changé ! Chaque objet était comme animée d'une âme singulière. Chaque chose, vivante ou morte, était entourée d'une aura qui se mélangeait parfaitement aux autres. Tout formait un ensemble uni. Une extraordinaire harmonie réunissait tous les objets et les mettaient dans une sorte de chaîne sans fin, reliant toutes ces « âmes » entre elles. Au cours d'un instant, j'ai vu des formes et des lignes s’entremêlant entres elles, des corps qui se parlaient et agissaient ensemble, des flux et reflux de pouvoirs qui allaient dans tous les sens. Tout était bien réel, je peux voir Dieu.
L'instant disparut et ma vision avec. Su me fixait bizarrement, un air presque triste dans ces yeux. Il s'excusa ensuite de m'avoir réveiller et m'expliqua qu'il devait rapidement se rendre à Kamra où il était demandé par son temple. Ayant payé la maison pour quelques jours encore, il me la confia et me dépanna de quelques sous pour tenir un petit bout de temps. Il me fallait trouver un travail facile et apprendre à utiliser mon don. Il me fallait obéir à la volonté divine. -
Post n°4
Auteur : Slice
« - Dibella je t’en supplie, dépêches-toi ! On n’a pas le temps pour tes caprices. »
Malik n’était pas tranquille et ça se voyait. Ses sens en alerte, il remuait d’angoisse comme l’aurait fait une anguille. Les secondes semblaient durer des heures pour le pauvre homme et il commençait à regretter d’avoir accepté ce contrat. L’argent paraissait bien fade lorsqu’on le comparait avec le prix de la vie. A ce rythme-là, la peur allait inexorablement finir par prendre le dessus sur le peu de courage qui le forçait à ne pas abandonner sa camarade. Heureusement ce n’était pas encore le cas et Malik se contentait de s’en tenir à son rôle. Sa main droite posée sur le pommeau de son poignard, le couard était adossé contre un portique et surveillait l’intersection de la ruelle dans laquelle ils se trouvaient. Le timbre de sa voix n’avait rien à voir avec la manière posée avec laquelle il parlait d’ordinaire. Il était angoissé. Voyant qu’il n’avait de cesse de bouger, Dibella lui envoya un regard noir.
« - Si tu agis comme ça tu vas finir par attirer l’attention ! Contente-toi de faire le guet et de la boucler bon-sang ! J’ai presque fini si ça peut te rassurer ! »
« - Tssssss ! Malik siffla nerveusement dans les airs. Le son qu’il émit était strident et glacial mais ce n’était rien en comparaison de ses propos. Si on se fait prendre je te promets que la première lame qui te touchera sera la mienne ! A cette remarque, la jeune femme se contenta de lui adresser un doigt d’honneur. Remarquant que ça ne suffirait pas à le forcer à se taire et ne plus se plaindre elle se concentra sur ce qu’elle faisait et le laissa parler dans les airs. Les ruffians ne font pas de vieux os dans le coin ! Si on nous surprend ici avec l’étranger la seule chose que l’on gagnera sera d’avoir nos têtes empalées à l’entrée de la ville ! »
Les injonctions de Malik, proférées aussi froidement qu’avec peur, n’eurent aucun effet. Dibella ne l’écoutait guère et elle se contenta de rire à sa remarque. Bien qu’il fût encore à plusieurs mètres de la jeune femme il hésita un instant à sortir son couteau pour lui apprendre à respecter ses ainés. Mais pour cela il fallait quitter son poste et c’est encore une fois la peur qui l’en empêcha. Dibella ne respectait pas le plan qu’ils s’étaient fixés et à vrai dire ça ne le surprenait plus vraiment. Elle n’avait que faire des ordres et des directives, ce qui lui importait était agir au moment présent et l’improvisation ; soit deux choses que son comparse détestait. Cette dernière était ainsi en train de faire les poches au petit bourgeois qu’ils avaient agressé et assommé.
Si l’étroite ruelle dans laquelle ils avaient commis le méfait était pour l’heure déserte, il était certain que cela ne durerait pas. Il était vital de se dépêcher et de s’occuper du corps le plus rapidement possible. Les doigts de fée de la femme Varglas n’avaient pas d’égal lorsqu’il fallait soulager une personne de quelques babioles mais visiblement le butin était en deçà de ses espérances. Bien qu’il portait là des habits fort beaux et de bonne facture, leur victime ne semblait pas être bien riche. Lorsque la chose fût faite et qu’elle lui eut dérobée une montre en or, elle fit signe à son comparse de se charger du corps. Dibella était contrariée et attacha le bijou à son poignet avant d’asséner un violent coup de pied dans le ventre du malheureux. Ce dernier poussa un léger gémissement. Visiblement il n’était pas entièrement dans les vapes mais il était encore bien incapable de se mouvoir. La jeune Varglas s’apprêta à lui donner un second coup lorsqu’elle se souvint des consignes de leur employeur. S’il elle n’avait que faire des ordres, la peur qu’elle éprouvait à l’égard de celui qui les avait engagé l’empêcha de continuer d’avantage son acte de violence gratuite. Mis à part la haine de la jeune femme à l’égard des riches, il n’y avait eu rien de personnel dans le choix de leur cible. Dibella et Malik n’étaient pas de vulgaires brigands et encore moins des assassins. S’ils s’en étaient pris à cette personne c’était car cela faisait partit du contrat qu’ils avaient acceptés. Malik n’avait fait qu’assommer leur victime en la frappant par derrière avec une arme contondante. Pas de coups de poignards, pas de rouage de coups, leur prise devait être ramenée en « bon état ». L’homme à présent dépouillé et qui gisait aux pieds de la jeune femme était un étranger. Leur employeur leur avait demandé de le kidnapper et de le ramener jusqu’à lui. Le malheureux était soit disant un noble originaire d’Azul. Si ses habits avaient étayés cette théorie, il n’y avait eu nul autre élément pouvant corroborer cette hypothèse après la fouille minutieuse de Dibella.
Il ne fallait toutefois pas se méprendre, lui faire les poches n’avait été qu’un petit bonus que c’était permit la jeune femme. Ce genre de caprice avait bien manqué de faire foirer leur mission car ils perdaient là un temps précieux dans un espace public. La rue où ils avaient attaqués l’étranger était longue et étroite. Elle était composée de nombreuses marches et escaliers et aboutissait non loin du souk. Il était probable que leur victime avait prévue de s’y rendre avant d’être rattrapé par son destin. Le lieu, pour l’heure désert, était généralement emprunté par des coursiers en direction du marché. Aussi, plus ils restaient là avec le bourgeois inconscient, plus ils avaient de chance d’être vu … Fort heureusement les gens étaient partis travaillés en cette matinée et nul curieux n’avait passé sa tête par une fenêtre. Soulagé de n’avoir croisé personne, Malik quitta son poste pour rejoindre Dibella.
Si la jeune femme affichait ostensiblement sa robe bleu éclatante et son visage fin aux couleurs de bronze, lui, restait dissimulé sous une Jilbab noire et un long turban. La partie inférieure de son visage était recouverte d’une étoffe de soie de couleur rougeâtre. On ne voyait de Malik que ses sombres et creuses orbites d’où brillaient de petits yeux nacrés. Bien que l’on ne voyait que peu de chose de lui, il semblait être bien différent des hommes ordinaires. Un tatouage représentant un croissant de lune était tracé sur son lobe frontal gauche. Le mystérieux personnage se saisit de leur victime, lui noua les mains avec une corde de chanvre, improvisa un bâillon avec un torchon qui séchait sur un étendoir tout prêt. Le plus difficile fût sans doute de faire rentrer ce dernier dans une nacelle/panier en osier qui était traditionnellement utilisé pour transporter de lourdes denrées dans la cité. Après avoir refermé le couvercle, Dibella aida à faire passer les harnais du panier dans le dos de Malik. Une fois la chose faite ils purent s’en aller avec leur prisonnier sans éveiller la moindre attention. Alors qu’ils s’éloignaient du lieu de l’embuscade la femme remarqua qu’ils avaient laissés par terre le chapeau du bourgeois. Elle trottina pour aller le récupérer et le plaça sur sa tête en prenant un air supérieur et hautain. La jeune Varglas rejoignit son compagnon et s’amusa à mimer les manières des gens de bonne naissance. A la voir ainsi Malik se surprit lui-même à rire durant le trajet. Regardant finalement l’heure dans sa nouvelle montre au passage d’un carrefour, elle remarqua qu’ils étaient en retard.
« - Nous devions être au port depuis plus de vingt minutes … Malik souffla, il avait averti sa camarade sur l’importance que portait leur employeur à la ponctualité. Elle le regarda en haussant les épaules avant de jeter un œil en direction de la corbeille en osier qu’il transportait. Apportons le colis à notre mécène. Je te dédommagerais du contretemps en te payant un coup. Une liqueur d’algue te conviendrait ? Le panier remua violemment. Malik manqua de tomber et s’arrêta de marcher. Visiblement leur prisonnier avait repris des forces et se débattait à l’intérieur de sa cage. Dibella sortit un fin couteau d’une des manches de sa robe et vint placer son visage contre le panier. Elle se tenait de manière à voir à l’intérieur de la nacelle. Depuis les espaces qui existaient entre les fibres d’osier elle vit les yeux grands ouvert de leur victime qui la fixait de la même manière. Il put en outre remarquer que la personne qui le fixait portait là son chapeau. Amusée elle s’adressa à lui en chuchotant pour ne pas attirer l’attention. Pardonnez-moi votre altesse. Peut-être vous trouvez vous à l’étroit ? Le natif d’Azul remua de plus vive. Dibella lui désigna le couteau qu’elle avait dans la main avant de rajouter : Vous ne devriez pas remuez autant, un accident peut si vite arriver vous savez … Nous arriverons bientôt votre majesté alors prenez votre mal en patience où je crains qu’il vous arrive quelque chose … L’homme cessa de bouger et Dibella rangea son arme blanche avant de reprendre la route avec Malik. Le visage de cet inconnu lui semblait familier mais c’était pourtant impossible, elle n’avait jamais quitté le Royaume de Varglas. Elle resta muette le reste du voyage jusqu’à ce qu’ils arrivent sur le port. Là, pendant que Malik était en train de se diriger vers les quais, elle se décida à parler. Comment s’appelle- t-il déjà ? »
« - Tsss. Malik leva les yeux au ciel sans répondre. Il atteignit le bord de la berge et descendit à bord d’une petite barque au niveau d’une borne d’amarrage. Elle se trouvait pile où ils l’avaient laissée à l’allée. Il déposa son colis au centre de l’embarcation et aida Dibella à monter à bord. Il démarra le moteur annexe à eau du navire et déploya les deux voiles dont était composé ce petit bateau. Il entama alors une manœuvre pour quitter leur zone de stationnement et se diriger vers la mer. Pendant que Dibella était occupée à enlever les amarres, il siffla une nouvelle fois avant de prendre la parole. C’est Syrio … Syrio Quint. Dibella le dévisagea du regard. Son mystérieux compagnon hocha la tête. Il savait à quoi elle pensait. Il est le fils de feu Pedro Quint … dit le Rossignol. »
La jeune femme lâcha de surprise la corde qu’elle était en train de ranger dans un conteneur du navire. Elle regarda une nouvelle-fois le panier dans lequel se trouvait leur prisonnier. Son regard avait changé. Lui, qui avait d’ordinaire été très dur envers ce bourgeois, laissa place à de l’incrédulité … -
Post n°5
Auteur : SliceDurant toute la matinée, le mistral n’avait eu de cesse que de se lever. Il était à présent midi et ce vent dominant Nord-Ouest soufflait maintenant vaillamment sur la côte de Tirée. Dès qu’ils eurent quittés le port, Malik arrêta le moteur annexe du navire pour ne se propulser qu’à la force des voiles. Le vent était dans leur dos et les deux ruffians savaient visiblement bien naviguer. Ainsi, l’embarcation filait sur les flots à une vitesse déconcertante. Le port de Tirée, pourtant le plus grand de tout Varglas, ne tarda pas à devenir qu’un petit point brillant à l’horizon. Mais alors qu’ils faisaient face à une étendue d’eau à perte de vue, ces deux-là savaient exactement où ils allaient. Le couard et sa camarade faisait cap vers un objectif bien précis et pour se faire ils manœuvraient régulièrement leur embarcation. Les instruments étaient archaïques mais encore efficaces. Malik se servait d’une simple boussole pour vérifier sa route tandis que Dibella se fiait à une girouette en haut du mât pour surveiller l’évolution du vent. Lorsqu’ils furent certains qu’ils étaient seuls dans cette partie de la mer de Gilsen, le grand personnage se retourna vers le panier dans lequel était enfermé leur prisonnier. Syrio était resté sage durant toute cette partie du voyage et cela lui avait évité de recevoir bien des coups de la part de ses tortionnaires ...
« - Dibella vient me remplacer au gouvernail, je vais m’occuper de notre invité … »
Dibella hocha la tête et vint prendre la relève en silence. Les propos que Malik avait proférés au sujet du Rossignol l’avaient visiblement marquée et elle était perdue dans ses propres pensées. N’en ayant que faire, le mystérieux personnage ouvrit le panier et laissa leur prisonnier en sortir. Là, il dégaina de sa ceinture une courte dague en acier et fixa ce dernier de ses yeux malsains. A la vue de la lame, Syrio manqua de s’évanouir. Il était visiblement apeuré et il bougea vainement en essayant de se défaire de l’autochtone. Malik siffla comme à son habitude avant de lui donner une claque. L’originaire d’Azul maîtrisé et calmé, il lui trancha ses liens d’un coup net avec sa lame. Le noble était soit en état de choc, soit il avait compris, quoi qu’il en soit il ne bougeait plus. Satisfait, le ravisseur rengaina son arme et lui ôta le bâillon qu’il avait sur la bouche.
« - Tssss. D’un geste sec, Malik désigna à Syrio un endroit où s’asseoir sur le bateau. Reste sagement à ta place et tout se passera bien. Si tu souhaites t’enfuir … libre à toi … tu n’as qu’à rentrer à la nage … »
Syrio regarda autour de lui pour ne découvrir qu’une étendue d’eau qui défilait sur des lieux et des lieux. Dépité et pris au piège, il consentit à obéir à « son obligé ». Malik n’en dit d’avantage et il se contentât de s’asseoir non loin de lui. Il ouvrit une petite glacière qui avait été placée sous un des bancs de la barque et en sortit un met enroulé dans un chiffon à carreau. Une douce odeur de viande séchée et de pain frais titilla alors les narines des passagers du voilier. L’attention de Dibella se retourna instinctivement vers son compagnon : c’était l’heure du repas. L’homme enleva le chiffon avec mépris pour dévoiler la pitance : un pain paysan rond, à la viande. C’était là une spécialité d’Angos qui venait d’un Etat plus à l’Ouest. Cette nourriture était l’apanage des gens humbles et des plus pauvres. Elle ni mauvaise ni transcendante. Son seul intérêt résidait dans le fait qu’elle calait l’estomac et donnait quelques précieuses protéines. Malik coupa le pain en trois : un quart pour Dibella, un second quart pour Syrio, puis la moitié restante pour lui. Chacun récupéra son auge et nul ne parla durant tout le repas.
Le début d’après-midi fût très calme. Le bateau voguait paisiblement et les deux ravisseurs de Syrio se montraient moins méchants en son encontre. Visiblement ils étaient moins tendus, il fallait dire que leur prisonnier ne pouvait leur fausser compagnie ni appeler à l’aide. Ils alternaient leur rôle à la barre de temps en temps et firent quelques parties d’osselets. D’après les bribes de conversation que put entendre le natif d’Azul, ils n’étaient plus très loin de leur objectif. Alors que tout se passait sans la moindre encombre et que Dibella et Malik était en train de se disputer au sujet d’une hypothétique tricherie de la jeune femme aux dés, Syrio remarqua un scintillement anormal au creux des vagues qui se trouvaient à bâbords. Intrigué, il se pencha en avant pour regarder ce dont il s’agissait. Il fût alors témoin d’un spectacle que peu d’étranger peuvent se vanter d’avoir vu sur Angos : une Guivre Marine nageait en surface, à une dizaine de mètre de l’embarcation. Voyant que Syrio fixait la mer, Malik s’approcha de lui afin de voir ce qu’il faisait. Lorsqu’il aperçut les longs anneaux aux écailles d’argent du mastodonte, il se rua sur Syrio et le jeta à l’intérieur du navire. Sa main sur la nuque de ce dernier, il le plaqua à même le sol en bois de la barque. Voyant ce dont il s’agissait, Dibella ramena énergiquement les voiles sur le mat et se jeta pour rejoindre les deux autres passagers au fond du bateau. L’instant d’après un vrombissement terrible, a moitié étouffé par l’eau, retentit sous eux.
« - Un Ushum-Gal ! Vu sa largeur il doit faire dans les 30 mètres ! S’il nous a vus nous sommes foutus ! »
La mer, qui avait été très paisible jusqu’alors, se changea du tout au tout. Une forte houle se leva là où se trouvait l’animal. Le bateau était mis à rude épreuve tant les vagues frappaient avec force contre la petite coque. Les remous provoqués par les violents mouvements de la guivre formèrent un large siphon qui était délimité par les sillons de son passage. Chacun de ses mouvements bougeait d’énormes quantités d’eau et le bruit qu’elle faisait était semblable au tonnerre. Elle tourna ainsi autour de l’embarcation durant de longues minutes qui semblèrent être des heures pour ses occupants. Finalement, elle replongea sous la mer et abandonna la surface. Personne ne bougea tant que l’eau ne redevint pas aussi calme qu’elle l’avait été l’origine. Lorsque ce fût le cas, Dibella déploya une nouvelle fois les voiles et Malik reprit sa place sur le banc qu’il avait quitté. Ces gens-là étaient habitués à l’animal et savaient comment réagir, aussi, à la différence de Syrio, ils reprirent leur vie comme si de rien n’était. Mis à part les intrépides chasseurs Uscar de Guivres Marine, les marins qui empruntaient la mer de Gilsen coupaient tous leurs moteurs et rabaissaient leurs voiles lorsqu’ils en rencontraient par mégarde. Le bateau devait paraitre à la créature comme n’étant comme un simple objet qui flottait à la dérive, si elle se rendait compte que ce n’était pas le cas, elle l’attaquait avec véhémence. D’une manière générale, les Guivres terrestres et marines s’attaquaient à tout ce qui bougeait. Sur la mer, c’était les vibrations qui les attiraient. Si elles pensaient la chose vivante, elles la dévoraient. Par chance, la Guivre qu’ils avaient croisée n’était pas très grande mais sa taille aurait été suffisante pour couler bien des chalutiers et des Frégates Varglas.
Le voilier continua ainsi sa route. Après une demi-heure de voyage supplémentaire, Syrio put enfin découvrir la nature de sa destination. Perdu en pleine mer et entouré par un épais brouillard, se trouvait là un bateau gigantesque. Le bâtiment faisait dans les 300 mètres de long et il était aussi grand que certains immeubles d’Azul. Sa coque semblait être faite d’ardoise tandis que la zone supérieure, en fer, était d’un blanc cassé. Sa proue avait l’apparence d’une flèche, elle était longue et élancée. A voir le navire depuis la mer, il paraissait être aussi tranchant qu’un couteau et capable de couper les vagues qui se présentaient sous lui. La poupe formait un délicat arrondi tandis que trois hautes cheminées d’ardoise étaient réparties le long du navire. On aurait pu le confondre avec une sorte de paquebot si on n’avait pas remarqué de nombreuses trappes au-dessus de la zone de flottaison. Il s’agissait à coup sûr de l’emplacement de canon lasers. Balloté par le vent, un fanion représentant une plume noire au centre d’un cercle vert émeraude se dressait fier et droit en haut de la plus haute des cheminées du navire. Si Dibella n’en avait que faire, Malik remarqua que Syrio semblait étranger à cet emblème. L’énigmatique personnage inspira profondément avant de lui apporter quelques réponses. Relevant la tête et fixant à son tour le drapeau il s’adressa à sa victime. Il y avait de l’amertume dans sa voix, comme s’il n’aimait pas ce qu’il contemplait.
« - La plume et son cercle d’émeraude, ce sont les héraldiques de l’archipel d’Uscar. Syrio le regarda d’un regard dubitatif. Tssss. Ce bateau s'appelle la Rose des Vents, c'est une ambassade mobile de la nation Uscar, voisin de Varglas à l’extrême Orient de la mer de Gilsen. C’est le peuple des chasseurs de Guivre. Je t’expliquerais plus tard mais pour l’instant ne trainons pas d’avantage, nous sommes déjà en retard et l’ambassadeur veut te voir ... Ne regarde jamais un Uscar dans les yeux, reste prêt de moi et de Dibella et tout se passera bien.»
Dibella rangea les voiles de leur embarcation tandis que Malik rallumait le moteur annexe de son bateau et manœuvrait de manière à se mettre sous une échelle qui permettait de monter à bord. Ils amarrèrent l’embarcation au géant d’acier avant de se hisser le long de l’échelle. Le mystérieux compagnon de la jeune femme passa le premier, suivit de Syrio puis de Dibella. Une fois sur le pont, qui était fait de bois de fer, il fît signe à sa camarade de s’approcher de leur colis. Elle attrapa la main de Syrio et la serra avec force.
« - Hé ducon, ne me lâche pas et ne t’éloigne sous aucun prétexte. »
On ne voyait pas grand-chose dans ce brouillard et ce dernier avait gagné en intensité depuis quelques minutes. Déjà plusieurs formes humanoïdes s’approchaient en direction des 3 marins. Lorsque Syrio put voir leur visage ce fût une vision d’horreur qui se présenta à lui : les êtres qui se tenaient devant lui ressemblaient à des cadavres.
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