Le royaume des ombres.
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Post n°1
Auteur : HivernusLe “Trou Scintillant”. Repaire infâme de crapules. Sur la lune des contrebandiers, les établissements du genre sont légions. Comme toute bonne cantina qui se respecte, le “Trou Scintillant” a son lot de clients louches. Poivrots excités, marchands douteux, consommateurs de substances illicites et autres fripouilles ont fait de cet endroit peu recommandable un véritable quartier général. On vient à des lieues à la ronde pour acheter et vendre ce qu’il se fait de mieux dans le domaine des drogues et de l'alcool de contrebande, si bien que le “Trou Scintillant” est devenu en peu de temps l’endroit incontournable pour les lunatiques en manque de sensations fortes. C’est dans cette tanière de bons à rien que la mystérieuse figure qui se fait appeler la “messagère” a décidé de fixer certains de ses rendez-vous. La sale réputation de l’endroit lui permet, à elle et à son groupe, de jouir d’une certaine tranquillité. Nul n’irait venir leur chercher des noises ici. Du moins, pas au milieu de clients aussi tarés que dangereux.
Installée dans une alcôve sombre, l’énigmatique figure encapuchonnée sirote son verre en silence et observe du coin de l'œil les allées et venues des divers clients. Deux Advosec hilares s’amusent à tirer sur leur pipe hookah, crachant leur fumée infecte sur les passants tout en lâchant des commentaires insensés. Plusieurs clients déjantés se livrent à une compétition de bras de fer sous le regard enthousiaste d’une poignée de parieurs. Pour l’instant, c’est un imposant et féroce Besalisk qui semble rafler toutes les mises. Le dernier compétiteur, un humain chétif sous substances, se fait arracher un bras par le colosse dans l’indifférence la plus totale. Le bougre plane tellement qu’il ne prend pas conscience du problème, tandis qu’autour de lui, parieurs et spectateurs s’amusent de la situation et s'échangent de belles poignées de crédits.
Ici et là, plusieurs groupes de clients se livrent à des jeux d’alcool stupides. Un Weequay éméché fait quelques pas avant de s’écrouler sur une table. Plus loin, un Twi’lek enthousiaste court après la gueuse, tentant tant bien que mal de trouver une donzelle docile sous le regard amusé de ses camarades de beuverie. Un autre s'empresse de quitter la cantina, la vessie en feu. Un dernier somnole contre un mur, à deux pas des toilettes.
Dans une alcôve voisine à celle de la messagère, un Givin et un Devaronien, ayant visiblement un coup dans le nez, discutent de la meilleure façon de faire des profits sur la vente de bâtons de la mort. Un associé Balosar vient par la suite les rejoindre et leur tend discrètement de petits sachets scintillants que les deux comparses s’empressent de fourrer dans leurs poches. Consommation personnelle ou produits destinés à la vente ? L’étrange figure ne saurait dire… Mais une chose est sûre. Pour rien au monde elle ne voudrait savoir ce qu’il y a dans ces sachets, ni à qui ils sont destinés.
Quoi qu’il en soit, le “Trou Scintillant” porte bien son nom. Dans cet endroit malfamé, toute matière brillante, qu’elle soit sous forme solide, liquide ou volatile, se vend à prix d’or. Tant que ça se consomme, le client est preneur. Et dans le cas où ça ne se consommerait pas, il suffit simplement de trouver un acheteur trop défoncé pour faire la différence afin de réaliser des profits faciles. Sur Nar Shaddaa, il n’est guère compliqué de vendre tout et n’importe quoi.
Mais la silhouette encapuchonnée ne s’est pas installée dans ce trou à rats pour consommer des substances illicites. Elle préfèrerait mille fois crever plutôt que de toucher à ces produits toxiques. Et ce ne sont pas les ravagés du cerveau qui pullulent dans l’établissement qui la feront changer d’avis à ce sujet. Enfoncée dans son fauteuil d’angle rapiécé, la messagère se contente de boire son verre de spotchka en écoutant d’une oreille distraite la cacophonie jouée par un groupe de Bith déjantés. Durant près d’une demie-heure, la mystérieuse figure siffle sa boisson dans son coin. Puis soudain, une nouvelle silhouette fait son apparition dans la cantina. L’inconnu, un Evocii au teint maladif, piétine un instant sur place. Les vapeurs toxiques qui flottent au-dessus des clients lui font tourner la tête et une quinte de toux lui décolle brusquement les poumons. Lorsqu’il reprend ses esprits, l'humanoïde ne sait pas où donner de la tête. Il balaie du regard la salle, visiblement à la recherche de quelqu’un. Au bout d’un moment, ses yeux se posent sur l’ombre encapuchonnée et il se dirige instinctivement vers elle d’un pas hâtif.
La messagère se contente de l’observer approcher en silence. L’étrange silhouette ne dit rien lorsqu’il prend place en face d’elle. Elle avale une nouvelle gorgée de son spotchka et l’examine sous tous les angles sans lui adresser la parole. L’Evocii, visiblement nerveux, tape frénétiquement du pied et jette des coups d’oeil inquiets autour de lui.
- C’est… C’est vous qu’on appelle la “Messagère” ? Demande finalement l’alien à voix basse.
Aucune réponse. L'humanoïde plisse les yeux, perplexe, puis semble avoir un éclair de lucidité.
- Nous sommes les oubliés… Débute-t-il doucement, dubitatif.
- Dans l’obscurité naissante… Poursuit-elle, au plus grand étonnement de l’Evocii.
- Le Nocher viendra nous libérer.
La figure énigmatique répond par un bref signe de tête approbateur. D’un geste de la main, elle attire l’attention d’une serveuse qui vient rapidement prendre commande.
- La même chose. Indique-t-elle simplement.
L'humanoïde se voit servir un verre de spotchka qu’il observe attentivement, sans y toucher. Il tend une main tremblante vers la coupe et la fait glisser du côté de la messagère.
- J’ai besoin de vos services… C’est urgent. Déclare l’individu en regardant à nouveau par dessus son épaule.
L’ombre encapuchonnée termine son verre d’une traite et plante son regard sur l’Evocii, qui déglutit péniblement. La mystérieuse silhouette sort un paquet de cigarettes de sa veste et s’en fait griller une. Elle tire une première bouffée, sans quitter des yeux le bougre qui lui fait face, puis lui sourit doucement. L’alien est mort de trouille. Pas la peine de le rendre plus nerveux.
- J’écoute. Se contente-t-elle de répondre en s’enfonçant dans son fauteuil miteux.
- Ma famille est en danger… Explique l'humanoïde en s’assurant que personne d’autre n’écoute. Il nous faut quitter Nar Shaddaa au plus vite. Vous pensez pouvoir nous obtenir un transport rapidement ?
Seuls les individus ayant la mort aux trousses sont aussi pressés. Ce pauvre Evocii doit avoir de sérieux ennuis s’il en vient à demander ses services. Quoi qu'il puisse fuir, le bougre a pris la bonne décision en choisissant de solliciter l’aide son réseau. D’expérience, La messagère sait de toute manière qu’une grande majorité des Evocii est inféodée aux clans Hutts. Les “bave-limaces” ne sont pas particulièrement connues pour leur bonté d’esprit et il n’est donc pas rare de voir leurs serviteurs s’éclipser en douce lorsque l’occasion leur est donnée de le faire. Parfois, ce sont des familles entières qui disparaissent ainsi des radars pour fuir le courroux des Hutts et leurs chasseurs de tête impitoyables.
- C’est envisageable, en effet. Je connais deux ou trois types qui pourraient vous faire quitter la lune dans les plus brefs délais. Répond l’étrange figure. Tout ce qu’il me faut savoir, à présent, c’est le nombre de passagers à inclure dans l’équation.
- Dix-neuf… Dix neufs passagers.
Sacrée famille. L’Evocii, qui tient visiblement à ce que l’ensemble des siens soit sain et sauf, a probablement inclus ses oncles, tantes, neveux et nièces, cousines, cousins, frères et sœurs et même parents ou grands-parents dans le lot. C’est tout à son honneur. Mais d’un point de vue logistique, l’histoire est plus complexe. Quant à la sécurité… Il va falloir mobiliser les grands moyens pour assurer la protection de tout ce beau monde.
- J’en prends note. Une destination en tête ?
L'humanoïde semble hésiter un instant. Il n’a peut-être pas poussé la réflexion assez loin pour avoir ne serait-ce qu’envisagé le choix d'une planète d’accueil. Après tout, il ne s’attendait peut-être pas à ce qu’une personne quelconque lui vienne en aide. Sur Nar Shaddaa, les Evocii font partie de cette caste d’individus invisibles qu’une majeure partie de la population ignore volontairement. Nul ne se soucie vraiment de leur sort. C’est probablement la première fois que quelqu’un lui accorde véritablement la moindre attention.
- Peu m’importe. Tant que ma famille est dans un lieu sûr… Je me moque bien de la destination. Déclare l’alien, toujours sur les nerfs.
La messagère acquiesce d’un signe de tête, tirant une nouvelle bouffée sur sa cigarette. Elle connaît bien quelques endroits sympa qui pourraient plaire à la famille de cet Evocii. Il lui suffirait de mettre en marche son réseau de contacts pour assurer à ces pauvres gens le confort et la sécurité d’un nouveau foyer. L’énigmatique silhouette encapuchonnée note quelque chose sur un bout de papier qu’elle remet ensuite à l'humanoïde.
- Rassemblez vos proches et rendez-vous à cette adresse. Je me charge du reste. D’ici peu, vous aurez une nouvelle vie loin des dangers de Nar Shaddaa. Indique la mystérieuse figure, avant de rajouter sur un ton plus sérieux. Il demeure crucial, pour votre propre sécurité, de ne pas divulguer à qui que ce soit votre intention de partir, ni même l’adresse que je viens de vous remettre. Vous comprenez ? Personne ne doit être au courant. Veillez à faire passer le mot à vos proches.
- Oui… Je… Oui, bien sûr… Balbutie l’alien, avant de saisir les mains de son interlocutrice, qu’il serre chaleureusement. Merci pour tout… Je n’oublierai pas ce que vous avez fait pour moi, pour ma famille.
L’autre se contente de sourire en silence, clope au bec.
- Une nouvelle vie vous attend. Partez sans crainte. Les miens assureront votre sécurité. Déclare-t-elle, se voulant rassurante.
- Merci… Mille fois merci !
La messagère l’observe s’en aller en silence, sirotant le verre de spotchka que l’Evocii a refusé. La silhouette de l’alien disparaît rapidement au milieu des épais nuages de vapeurs en tout genre. Un complice de l’ombre encapuchonnée, posté en planque non loin de sa table, s’invite discrètement afin de recevoir ses instructions.
- Nous avons une nouvelle cargaison à faire passer en douce. Transmets le message au vieux Stockton, qu’il prépare sa légendaire casserole stellaire pour l’occasion. Souffle-t-elle, s’assurant que personne n’écoute autour d’eux. Rassemble les gars de Skippy à l’angle de Tyrena Avenue. Qu’ils se tiennent prêts à faire transiter le paquet en lieu sûr lorsque le “Nocher” te refilera l’adresse à rejoindre.
L’autre se contente d’acquiescer d’un signe appuyé de la tête avant de disparaître à son tour. Pour l'énigmatique figure et sa bande de roublards, ce genre d’activités douteuses est devenu une véritable routine. En tant que messagère, elle se doit de transmettre toute annonce qu’on lui remet. Véritable entremetteuse au sein d’un vaste réseau de contacts, la mystérieuse silhouette encapuchonnée se charge donc de mettre en relation différents individus. Informateurs, passeurs, mercenaires, détectives privés, insurgés, fugitifs… Ils passent tous par elle pour obtenir l’aide dont ils ont besoin, le tout sans avoir à se compromettre d’une quelconque façon que ce soit. Et elle ne se prive pas, en retour, de faire usage de leurs compétences. Tel est le prix pour ses services… Et tout le monde semble y trouver son compte.
La silhouette encapuchonnée termine sa cigarette en silence, surveillant les faits et gestes des autres clients de ce trou à rats qui lui sert de lieu de rencontre insolite. Chacun vaque à ses occupations, trop défoncé ou bourré pour prêter attention à une ombre immobile. Tout à coup, et sans prévenir, un humain qui semble plus sobre que les autres vient s’appuyer contre le pan de mur qui sépare l’alcôve de la messagère de celle des vendeurs de bâtons de la mort.
- Rouge… Débute doucement le nouveau venu.
- Rouge est le sang des opprimés. Répond alors la mystérieuse figure. La Mort le portera en bannière à la tête de nos bataillons…
- Et sous un ciel flamboyant nous marcherons… Ajoute à sa suite l’homme. Osez… Osez nous défier…
- Des asservis nous sommes la fureur…
- Afin que viennent des jours meilleurs.
L’étrange silhouette encapuchonnée offre au grand gaillard un signe de tête approbateur.
- Il paraît que les affaires vont bon train sur Rezi-9… Souffle l’humain, le regard planté sur une serveuse aux courbes sensuelles.
- En effet. Annonce la messagère en venant écraser ce qu’il reste de sa cigarette dans un cendrier déjà bien rempli. Les exploitants peu scrupuleux ont été flanqués à la porte.
- A la bonne heure… Ricane l’autre, un sourire satisfait aux lèvres. J’ai l’honneur de vous annoncer que mon employeur est prêt à appuyer votre patron quant à l’établissement d’une nouvelle firme sur Kabaira.
- Je ne manquerai pas de transmettre cette bonne nouvelle… Indique la figure mystérieuse en avalant d’une traite ce qu’il reste de son deuxième verre.
L’homme disparaît aussi rapidement qu’il est apparu. L’énigmatique silhouette encapuchonnée suit rapidement son exemple, quittant son coin d’ombre pour se fondre dans les épais nuages de vapeurs toxiques. S’assurant de n’être suivie par personne, la messagère s'éclipse doucement afin de transmettre de nouvelles informations à sa hiérarchie… -
Post n°2
Auteur : HivernusEn dépit des apparences, Nar Shaddaa est une ville où chaque chose est à sa place. La lune des contrebandiers, fief par excellence des syndicats du crime et tout particulièrement du puissant cartel des Hutts, dispose en effet de quartiers entièrement dédiés à certains pôles d’activités. Un secteur a même été agencé de manière à accueillir les dépouilles des défunts locaux. Cet endroit curieux, qui a obtenu le doux surnom de “ville morte” du fait de sa population particulière, est pratiquement entièrement peuplée de droïdes. Ces légions d’automates sont elles-mêmes organisées en diverses sections, chacune ayant sa propre spécificité. On retrouve ainsi au sein de ces cohortes droïdes des thanatopracteurs, des médecins légistes, des jardiniers et des agents d'entretien, des transporteurs spécialisés, des ouvriers opérant de larges fours crématoires… Et la liste s’allonge. Citer tous les corps de métiers prendrait volontiers du temps… Et le temps, c’est de l’argent. C’est d’ailleurs d’autant plus vrai sur un monde tel que Nar Shaddaa où tout (ou presque) tourne autour des crédits.
Il faut cependant retenir que nos voyous sont tout à fait aptes à devenir de sacrés administrateurs quand il le faut. Qui aurait pu croire que ces criminels, qui défient volontiers toutes les lois et s’affranchissent de règles quand ça les arrange, seraient capables d’un tel exploit ?
Pour notre mystérieuse inconnue, il n’y a rien de surprenant à cela. On ne parlerait pas de crime organisé pour désigner les puissantes associations de malfaiteurs qui sévissent aux quatre coins de la galaxie si ces dernières n’étaient qu’un ramassis de hors-la-loi désordonnés. Les hommes d’affaires les plus prospères sont ceux qui mettent de l’ordre dans leurs opérations financières et les criminels ne sont pas différents en cela. Les plus ingénieux d’entre eux sont même devenus de véritables entrepreneurs dont la fortune est bâtie à la fois sur des sociétés légales et illégales, la limite étant parfois floue entre les deux. Leurs empires financiers, organisés d’une telle manière qu’ils sont souvent complexes à déchiffrer, sont jalousés par les plus grandes puissances galactiques qui leur envient probablement leur redoutable efficacité.
Dissimulant ses traits sous d’amples habits, le visage obscurci par une épaisse capuche, celle qui se fait appeler la “messagère” est à son aise dans ce secteur où la mort s’est transformée en une activité très lucrative. Se frayant un chemin entre diverses rangées de mausolées et prenant soin de ne pas déranger les droïdes dans leurs activités, l’énigmatique figure encapuchonnée finit par rejoindre un entrepôt où un va-et-vient constant de transports funéraires, de corps bâchés ou placés en caisse, et d’automates spécialisés s’organise en une danse macabre complexe mais très ordonnée.
Observant cette sinistre chorégraphie de loin, dans l’ombre d’un transport à l’arrêt, la mystérieuse inconnue attend son contact. Après quelques minutes d’attente, un homme finit par la rejoindre. Avec son visage livide et creusé, son dos voûté et sa jambe en vrac qu’il traîne péniblement, le gérant de l’entrepôt se fond particulièrement bien dans ce décor lugubre. Il pourrait presque passer pour un mort-vivant tiré d’un holo-film à l’ambiance horrifique. Avec sa tronche ignoble de cadavre ambulant, le responsable se sent probablement plus à sa place au milieu des machines et des défunts qu’au sein du monde des vivants… Mais peu importe.
L’homme s’approche de la “messagère” en se frottant les mains, lui adresse un signe de tête en guise de salutation et esquisse l’ombre d’un sourire sinistre.
- La cargaison est prête à partir. Tout est en ordre. Il ne me manque plus que votre feu vert.
D’un bref geste de la main, l’étrange silhouette donne son consentement. Le gérant de l’entrepôt se tourne alors vers une équipe de droïdes et leur beugle ses ordres. Connaissant leur travail sur le bout des doigts, les automates s’exécutent sans broncher et remplissent un transport de cercueils vides. Une fois l’affaire réglée, le véhicule démarre doucement puis disparaît dans une rue dont la seule source de lumière est issue des immenses fours crématoires au sein desquels les corps disparaissent aussi vides qu'ils s'entassent.
- Votre service ne sera pas oublié… Déclare finalement l’énigmatique figure en remettant à son interlocuteur une bourse remplie de crédits.
L’homme empoche volontiers le pot-de-vin, se frotte les mains avec satisfaction et gratifie la mystérieuse inconnue d’une courbette.
- Des asservis nous sommes la fureur…
- Afin que viennent des jours meilleurs.
Les deux individus se séparent, chacun retournant vaquer à ses occupations. L’étrange silhouette encapuchonnée disparaît comme elle est apparue, profitant des ombres pour se dérober à la vue des droïdes qui, de toute manière, sont bien trop occupés à se concentrer sur leur tâche. Un nouveau rendez-vous l’attend. Une autre mission se doit d’être menée à bien. Le responsable, pour sa part, s’isole dans son sinistre bureau afin de poursuivre ses activités douteuses… -
Post n°3
Auteur : HivernusLa salle principale du “Trou Scintillant” est blindée de monde. Un groupe de musique local, célébré d’un bout à l’autre de Nar Shaddaa pour ses concerts débordant d’une énergie affolante, a décidé de faire de la cantina son nouveau terrain de jeu. Le torse nu des musiciens est couvert de sueur. Le maquillage dégouline sur leurs joues déjà rouges d’effort et leurs cheveux colorés se dressent seuls sur leur tête, comme doués de vie. Face à eux, la foule est en délire. Le guitariste du groupe défonce son instrument de prédilection contre un mur lors d’un solo qui n’en finit pas, sous les acclamations de fans enivrés par la musique et l’alcool. Autour de lui, les autres artistes se livrent à des danses aussi étranges que pénétrantes. Les spectateurs sont ravis, lèvent leur verre pour saluer les performances du groupe et acclament leur nom en sautillant sur place. Les jeux de lumière qui traversent les nuages de fumée de quelques pipes hookah consommées sur place achèvent de rendre l’évènement plus festif… Ou plus mystique.
Quoi qu’il en soit, on chante à tue-tête et on gesticule dans tous les sens, emporté par une sorte de transe sensorielle d’un genre particulier. Les corps sont mis à rude épreuve et les spectateurs se déshydratent plus vite qu’à l’habitude. Le propriétaire du “Trou Scintillant”, planqué derrière le bar, mordille son cigare fumant en souriant. Les affaires sont bonnes ce soir. Les boissons s’enquillent à toute vitesse et les crédits coulent à flot. C’est le genre de soirées qu’il apprécie… Les quelques ivrognes qui viennent dégueulasser le sol de son établissement ne peuvent en rien entacher sa bonne humeur. Les yeux pétillants, le patron empoche l’argent des clients en se frottant les mains de plaisir. Le voilà plein aux as ! Tirant un coup sur son cigare, crachant sa fumée en l’air, l’homme réfléchit à comment investir ce nouveau pactole de manière intelligente. Plongé dans ses pensées, le propriétaire du “Trou Scintillant” ne fait plus attention à ce qu’il se passe autour de lui, laissant ses serveuses s’occuper des commandes.
Installée à sa table habituelle, l’étrange silhouette encapuchonnée observe en silence tout ce remue-ménage. Sirotant son verre dans son coin sombre, la “messagère” surveille les faits et gestes des clients, cherchant probablement à identifier les potentiels fauteurs de trouble, espions ou assassins qui se cachent parmi eux. Quand on bosse dans le milieu criminel avec certaines des pires ordures, il est difficile de mettre en veille ses vieux réflexes de défense. Après tout, il est admis que ceux qui vivent le plus longtemps avec la mort aux trousses sont ceux qui font preuve de prudence et ne baissent jamais leur garde. C’est d’autant plus vrai quand on travaille pour certains des individus parmi les plus puissants de la galaxie. La moindre erreur peut être fatale… Il semble donc nécessaire de ne rien laisser au hasard.
Les trois mercenaires Wookies qui partagent la table voisine sont hilares. Si elle ne comprend pas ce qu’ils baragouinent, la mystérieuse figure devine néanmoins le sujet de leurs moqueries. Agitant les bras en direction des artistes, les trois immenses boules de poils grognent à tour de rôle, raillant cette bande de drogués notoires et leur façon de se dandiner sur scène. Un Advozse passant par là leur adresse un regard noir, se sentant probablement visé par leurs commentaires désobligeants. Le plus imposant des Wookies se lève brusquement, prêt à dévisser la tête de l’alien s’il s’approche de trop près. L’autre prend rapidement ses jambes à son cou, disparaissant au milieu de la foule.
- Foutus Advozsec… Imbéciles en plus d’être pleutres. Ricane Skippy en venant s’installer à la table de la “messagère”.
- Salut Skippy. Tu as mes info’ ? Demande simplement la silhouette énigmatique, sirotant son verre.
- J’ai réussi à infiltrer un de mes gars… Et il a plein de choses à raconter. Des choses intéressantes… Qui valent leur pesant d’or. Répond l’homme en commandant un verre d’un signe de main.
- Tu auras tes crédits… Une fois les informations en ma possession. Et si celles-ci s’avèrent exactes. Rappelle la mystérieuse figure encapuchonnée.
- T’ai-je déjà déçu ? Soupire le gangster, dépité par son manque de confiance.
L’autre ne répond rien. Impossible de savoir quelle expression se cache sous cette capuche. Face au mutisme de son interlocutrice, le dénommé Skippy est obligé de céder. Faire poireauter la “messagère” plus longtemps, c’est prendre le risque de se mettre à dos son vaste réseau de contacts. Et pour un criminel de moyenne envergure tel que notre homme, cela signifierait la fin des haricots. Il tire de sa veste une puce de données qu’il remet discrètement à son interlocutrice.
- Je suis sûr que ça va te plaire… Indique l’homme, un léger sourire en coin.
- Nous verrons bien. Se contente de répondre l’étrange silhouette, glissant une poignée de crédits sur la table. Ceci devrait suffire à couvrir tes frais… Et si les renseignements de ton gars sont bons, je m’arrangerai pour t’en faire apporter une caisse entière.
Le gangster esquisse l’ombre d’un sourire.
- Je n’ai aucune raison de mentir sur la marchandise… Réplique-t-il, dépité.
- C’est ce que disent tous les criminels de ton espèce, Skippy. Fait remarquer l’énigmatique figure.
- C’est pas faux… La plupart du temps. Mais j’ai des principes, moi. Marmonne Skippy, acceptant le verre que vient lui offrir une serveuse. Et un certain sens des affaires… Entuber ses partenaires, c’est tout sauf bon pour le business. Et franchement, ma p’tite dame, ce foutu arrangement qu’on a tous les deux est particulièrement rentable.
- Très bien… Dans ce cas, nous nous reverrons dans quelques jours. Annonce la “messagère” en se redressant doucement.
L’homme acquiesce d’un signe de tête puis sirote son verre en silence, l’observant s’évanouir au milieu d’une foule de spectateurs et clients. Il ne comprendra jamais cette foutue femme… Et c’est peut-être mieux ainsi.
Il a fallu plus d’une semaine pour faire confirmer, auprès de différents intervenants, les informations partagées par la taupe de Skippy. Isolée depuis quelques jours dans un appartement miteux du Quartier Corellien, la “messagère” examine en silence les moindres détails relevés par les renseignements des uns et des autres. Analysant les plans fournis, vérifiant l’exactitude des rapports, compilant tout élément qui semble digne d’intérêt, la mystérieuse inconnue semble travailler d’arrache-pied. Finalement, après avoir avalé une énième tasse d’une boisson caféinée, la femme achève enfin la rédaction de ses observations personnelles.
Elle prend le temps de se relire une dernière fois afin de chasser de potentielles fautes, corrige ce qui doit être rectifié puis se lève afin de dégourdir ses jambes. Faisant les cent pas dans l’espace restreint de son appartement, la “messagère” s’arrête finalement devant la seule fenêtre de la pièce. Divers véhicules aériens circulent tranquillement dans l’horizon, semblables à de petits insectes lumineux, tandis qu’ici et là, d’imposantes enseignes éclairées rappellent à la population que Nar Shaddaa est avant tout le repaire d’impitoyables cartels criminels et de puissantes corporations tout aussi féroces.
Un jour, tout ceci disparaîtra… L’ordre établi sera renversé. Et les puissants d’aujourd’hui deviendront les miséreux de demain. Mais en attendant qu’advienne ce jour, il convient de préparer au mieux le terrain. Et il reste encore tant à faire…
La mystérieuse silhouette observe une dernière fois les allées et venues des véhicules qui glissent doucement dans l’horizon puis se détourne de la fenêtre afin de rejoindre son bureau. S’installant dans un fauteuil à l’allure misérable, l’énigmatique figure ordonne ses affaires puis se décide enfin à entrer en communication avec son employeur. L’image d’une silhouette en armure d’éclaireur impérial apparaît soudainement sur le plan de travail, tressaute quelques instants puis finit par se stabiliser.
- Mon seigneur… Souffle la femme, inclinant doucement la tête en signe de respect.
- Messagère… J’en déduis rapidement que vous avez des informations à me communiquer si vous prenez le risque de me contacter.
- C’est exact, mon seigneur. Répond la “messagère” en gardant la tête baissée. Il semblerait que vous aviez raison concernant le “Colère de Coruscant”. Le destroyer dispose d’une base d’opérations sur Nar Shaddaa. Selon mes renseignements, il se ravitaille depuis l’orbite à l’aide d’une station entièrement dédiée à cet effet. L’endroit est bien gardé, protégé par un important contingent armé et un escadron de chasseurs.
En face, le personnage en armure demeure silencieux, impassible. Sa petite silhouette translucide tressaute à nouveau.
- Sait-on à qui appartiennent ces hommes et ces appareils ? Demande finalement l’employeur, croisant les bras sur sa poitrine.
- En effet, mon seigneur. Indique la mystérieuse figure. Selon toute vraisemblance, il s’agirait de mercenaires employés par l’Association Natori.
- Intéressant… La présence de ces mercenaires, aussi loin de leurs théâtres d’opérations habituels, laisse suggérer que cette station est d’une importance vitale pour le Syndicat Tenloss et ses associés. Pense à voix haute l’inconnu en armure. Une base arrière peut-être… Ou un point de transition entre deux secteurs. Il me faudra plus de renseignements à ce sujet.
- Bien entendu, mon seigneur. J’aimerai retenir votre attention sur un autre point. Il se trouve qu’une source interne à la station nous a confirmé le rôle du “Colère de Coruscant”. Il s’agirait avant tout d’un vaste transport de troupes et de marchandises. Notre informateur a réussi à nous partager différents rapports et clichés qui mettent en avant le transfert à bord de cages remplies d’esclaves et de soldats modifiés placés en cuve.
- Hmm. Un destroyer de la classe Impériale utilisé en tant que transport de troupes. Un choix curieux… Mais qui peut éventuellement faire sens. Commente l’employeur, perplexe. Félicitations. C’est du bon travail et je n’en attendais pas moins de vous. Une dernière chose toutefois, messagère… Débrouillez-vous pour infiltrer un agent à bord du “Colère de Coruscant”. Je veux connaître ses moindres déplacements, la composition de son équipage, l’identité de son capitaine l'utilité donnée aux esclaves et soldats modifiés et surtout… Sous quelle bannière ce destroyer opère.
- Vos désirs sont des ordres, mon seigneur. Affirme l’énigmatique silhouette, inclinant la tête de plus belle.
En face, l’autre acquiesce d’un signe de casque. La communication s’achève alors brusquement, la petite figure translucide disparaissant dans un ultime soubresaut. La “messagère” demeure silencieuse le temps d’un instant, plongée dans ses réflexions, puis se redresse subitement. Puisqu’elle a ses nouveaux ordres, il ne lui reste plus qu’à les exécuter… Et c’est bien ce qu’elle compte faire.