Bienvenue sur SWRPG !

Créé en septembre 2006, ce RPG situé dans l'univers Star Wars a démarré à l'aube de la Guerre des Clones. Nous avons cependant pris une trajectoire bien différente de celle de la saga. 18 ans plus tard, nous voilà dans un univers parallèle aux films de George Lucas, un univers unique dans lequel nos propres personnages ont eu (et auront) un impact sur sa destinée.

Contexte: Il n'y a pas si longtemps que ça, dans une galaxie lointaine, très lointaine... L'Ancienne République influençait les quatre coins de la Galaxie, guidée et protégée par les légendaires Chevaliers Jedi, gardiens de la paix et de la justice. De nombreuses années plus tard, on dénombre de nombreux régimes successifs, mais aucun n'a réussi à s'imposer durablement. Empire Démocrate... Empire Sith... Voilà que les différents chemins empruntés nous ramènent donc à une République Fédérale, sans que l'on soit assuré qu'elle parvienne à durer dans le temps. Une République Fédérale qui décide de miser sur la nouvelle Garde Républicaine, vouée à remplacer un Ordre Jedi dont on refuse le dogme si particulier.

Pendant ce temps, Sith, Séparatistes et Chasseurs de Primes ont su se préserver à différentes échelles de l'échec de l'Ancienne République. Tandis que l'Ordre Sith a connu récemment sa fin sur Cathar, laissant la place à différents cultes bien moins influents mais tout aussi dangereux, les Chasseurs de la Guilde de Dantooine n'ont jamais été aussi nombreux, parcourant les mondes à la recherche de primes qui en valent le coup. La Confédération des Systèmes Indépendants, elle, résiste aux fluctuations du temps et se préserve des menaces extérieures en n'hésitant pas à agir lorsqu'il le faut, comme l'en atteste son intervention musclée sur Cathar. La même Cathar qui avait accepté d'accueillir les Vestiges de l'Empire suite à la scission de l'Empire Sith, et qui aujourd'hui se retrouve sous la tutelle des Séparatistes.

Les temps sont sombres, le ciel annonce de mauvais présages comme c'est le cas à chaque nouvelle ère. Les relations entre les grandes puissances ne sont pas au beau fixe, les Sith sont de nouveaux reclus dans l'ombre -là où ils sont les plus menaçants- et les Jedi se terrent sur Endor, bien décidés à ne pas dévoiler leur présence à ceux qui leur sont hostiles et bien décidés à s'en tenir à leur but éternel : l'étude de la Force.

Jamais une ère de SWRPG n'aura été si indécise et pourtant, il y aura toujours quelqu'un pour bouleverser l’échiquier galactique. Comme ce fut le cas ces huit dernières années. Peut-être que tu seras cette personne, qui sait? Notre Galaxie t'attend !

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Star Wars RPG

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Au croisement de la Force

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    #3

    Post n°3
    Auteur : Pete Jeabro

    Le moment de quiétude n’avait été que de courte durée. Déjà, le cerveau de Pete tournait à vive allure. Une nouvelle fois, il venait de se transformer en champ de bataille, sur lequel se disputaient toutes les questions que pouvaient se poser Pete. Pourquoi cette famille le protégeait-il des autorités ? Qu’était devenue Endolorean ? Qui étaient les responsables derrière cet attentat ? Pete avait-il réellement vécu six mois dans une grotte ?

    Le couple en face de lui resta mutique face à son désarroi. Que pouvaient-ils bien dire ? Lui-même finit par briser le silence :


    - Je ne souhaite pas vous mettre en difficulté. Vous m’avez accueilli, c’est déjà beaucoup. Merci.

    Le Jedi fit mine de se lever, mais Sylla posa calmement la main sur son bras. Son regard mêlait bienveillance et détermination. De toute évidence, elle n’affichait aucune animosité envers lui. Comment aurait-il pu en être autrement ? Elle l’avait accueilli et pris sous son aile. Son geste inattendu eut le mérite d’apaiser Pete.

    - Vous pouvez rester, dit-elle simplement.

    - Pourquoi ? demanda-t-il.

    Le couple s’échangea un regard dubitatif, avant que Karib ne réponde maladroitement :

    - Vous ne craignez rien ici. Prenez le temps qu’il vous faut pour vous reposer.

    Pete ne comprenait pas. Était-ce de la gentillesse ou un stratagème malsain ? Il n’était pas d’un naturel méfiant, mais si sa tête était mise à prix, il préférait rester prudent. Peut-être que les autorités étaient déjà en route pour le mettre aux arrêts ?

    - Vous étiez agonisant lorsque nous vous avons retrouvé, expliqua Karib. Nous ne pensons pas que vous ayez quelque chose à voir avec ces attentats.

    En réalité, le Jedi ne savait plus où se mettre. Il refusait de croire qu’autant de temps s’était écoulé ! Pourtant, il le sentait au fond de lui : c’était vrai. Soudain, il eut l’impression de courir après le temps, d’être en retard, de devoir rattraper ce qu’il n’avait pas pu faire : s’enquérir auprès d’Endolorean, résoudre l’enquête pour le Commandant Boerr et tenir le Conseil Jedi informé. Mais en six mois, de nombreuses choses avaient dû se produire.

    - Comment va Endolorean ? interrogea-t-il inutilement.

    - Vous voulez dire votre consoeur Jedi ? reformula Sylla. On l’ignore. Elle s’est volatilisée de l’hôpital. D’après les médias, elle avait entraîné le gouverneur dans sa fuite. Depuis, plus de nouvelles. Ni de l’un, ni de l’autre.

    Pete ignorait ce que cela pouvait signifier. Il savait juste qu’il était inutile de s’inquiéter pour rien. Le couple de fermiers ne pouvait malheureusement pas le renseigner davantage. L’état de santé d’Endolorean était un sujet qui devrait attendre. Là, où auparavant, il aurait tout fait pour la retrouver, il préféra remettre ce problème à plus tard. Le Jedi se rendait compte qu’il n’avait aucune emprise sur le sujet. Ces événements dataient d’il y a six mois : il ne pouvait plus rien faire. Pete retint le sentiment d’amertume qui commençait à le gagner. Pour une raison qu’il ignorait, il s’en voulait. Il sentait qu’il n’avait pas été à la hauteur. En échouant, il trahissait la confiance qu’avaient placé en lui le Commandant Boerr, la Reine Oliwia, le Conseil Jedi tout entier, mais surtout Endolorean et Phyl Reez. Heureusement, sa déception était passagère. Même s’il savait qu’il lui faudrait du temps pour pleinement en venir à bout, il ne parvenait pas encore à en faire abstraction. Aussi étrange que cela puisse paraître, malgré ses états d’âme, il comprenait que la priorité était lui-même. Pete se sentait affaibli par les récents événements et devait d’abord songer à sa reconstruction. C’est uniquement à partir de là qu’il serait en mesure de prendre les meilleures décisions, de savoir si Endolorean avait besoin d’aide et comment la soutenir si besoin.

    Le jeune homme resta donc plusieurs jours à la ferme. Puis les jours se transformèrent en semaines. Il avait besoin de temps pour accuser le coup des récents événements. La journée, Pete aidait Karib et Sylla dans les champs. Le soir, il s’éloignait quelque peu de la maison pour aller méditer au pied d’un arbre. Le Jedi aimait profiter de la quiétude du crépuscule. Face au soleil couchant, il se reliait à la faune et la flore des environs. Ouvert à la Force, il puisait dans le calme ambiant et se concentrait sur l’instant présent. Pete laissait son esprit voguer au gré des fluctuations de la Force. La passé, le présent et l’avenir se réunissaient en une seconde, le temps de laisser place à d’autres bribes du temps. Le jeune homme ne s’attachait plus à aucune pensée et se contentait d’observer ce qu’il ressentait, d’écouter les messages de la Force sans spontanément chercher à les comprendre. Laisser tout passer était le meilleur moyen de faire le vide, de se retrouver face à lui-même, son environnement et la Force. Plus que jamais, il se sentait en phase avec Elle.

    Méditer ainsi réconforta Pete sur de nombreux aspects. Premièrement, il savait Endolorean en sécurité. Il ignorait tout de l’endroit où elle se trouvait, mais il savait qu’elle ne courait pour le moment aucun danger. Il était donc inutile de s’inquiéter pour elle. Deuxièmement, de nombreuses bribes de son expérience récente lui revenaient à l’esprit. Le jeune homme comprenait mieux ce qui s’était passé. Ou, du moins, le croyait-il. Depuis sa chute dans les entrailles de Naboo, Pete n’avait rien fait d’autre que d’avoir peur. Il s’était laissé paralyser. Pendant des mois, il était littéralement resté immobile et n’avait même pas vu la lumière de la sortie qui, pourtant, avait scintillé dès son arrivée dans la grotte. Par ailleurs, son ignorance, alimentée par la peur, l’avaient poussé à préjuger la voix du fantôme et à la repousser. Pour être honnête, Pete ne parvenait toujours pas à se faire une opinion claire et précise sur cet esprit. Mais il devait reconnaître que le fantôme avait fait mouche à de nombreuses reprises. En apprenant à accueillir sa peur, Pete était parvenu à sortir de cette grotte. Tout ce qu’il avait redouté n’avait été en réalité que le fruit de sa propre imagination. À part l’attaque d’un monstre marin, il ne lui était rien arrivé. Pourtant, Pete était resté immobile. Pendant des jours entiers, il ne s’était pas nourri, simplement par peur. Allait-il réussir à pêcher ? Allait-il se faire attaquer ? Évidemment, au vu de ce qu’il venait de vivre, il était normal d’avoir peur. Mais il n’était pas normal qu’il se laisse ainsi intimider et qu’il se façonne ses propres craintes. Finalement, il était parvenu à accepter ses peurs pour mieux les surmonter. Littéralement, il s’était jeté à l’eau. Il avait bravé l’impossible jusqu’à atterrir dans cette ferme, foyer inattendu d’hospitalité et de bienveillance. C’était une importante leçon, pour lui, qui redessinait beaucoup des croyances qu’il avait. Son système de valeur venait d’en prendre un coup et il ne savait pas encore à quel niveau. Cela le déstabilisait, et le ragaillardissait en même temps ! Pete voyait en l’épreuve qu’il venait de traverser un enseignement dont il ne tirait pas encore toutes les leçons. C’est pourquoi il préférait prendre le temps de se ressourcer ici, au contact d’habitants accueillants.

    D’ailleurs, il était surprenant de voir une famille modèle comme celle de Karib, Sylla et Ugo. Par moment, Pete avait l’impression de vivre un rêve éveillé. Il était touché par leur attention, leur sensibilité er leur écoute les uns envers les autres. Karib et Sylla s’étaient de toute évidence trouvés et, même si Ugo était quelque peu chahuteur parfois, ils formaient tous les trois un joli foyer. Par moment, cela rappelait à Pete son enfance sur Broh, dans la quiétude d’une famille apaisée. Même s’il n’avait pas bénéficié de la même prévenance et chaleur parentale qu’Ugo, il se reconnaissait parfois en lui. Le coeur du Jedi se serra en repensant à ses parents et au triste sort qui les avait attendus. Dans le fond, il ne s’était jamais autorisé à accuser le coup. Il avait mis le plus de distance possible entre ce qui s’était passé et lui. Mais pouvait-il réellement y échapper ? Son départ au service de l’Ordre avait semé le chaos dans sa famille. À tel point qu’il s’était retrouvé à affronter sa propre mère dans un duel à mort, avant qu’elle ne périsse assassinée par son mari ! Ce n’était pas vraiment ce qu’on pouvait appeler un portrait de famille idéal... Pete s’en voulait presque de ne pas culpabiliser pour ces événements. À vrai dire, c’était son manque de remords qui le faisait se sentir coupable.

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      #4

      Post n°4
      Auteur : Pete Jeabro

      Certains jours, Karib ou Sylla partait avec Ugo et Aspie à Theed pour vendre leurs récoltes. L’autre restait à la ferme avec Pete qui, pour des raisons de sécurité, préférait demeurer discret et éviter les lieux bondés. Ce jour-là, c’était Karib qui tenait compagnie au convalescent. Tous deux s’étaient installés à l’entrée de la ferme. Face à eux, l’étendue des plaines renvoyait quelque chose d’apaisant. C’était paradoxal, songeait Pete, de disposer d’un tel havre de paix en étant aussi proche de la capitale planétaire, emplie d’agitation et récente victime des attentats. Surtout pour Naboo, qui était beaucoup plus développée que Broh à bien des égards : une surface et une population plus importante, ainsi qu’une connexion au reste de la galaxie déjà très établie. Or, ce type de paysage paraissait inconcevable aux abords d’une cité aux fortes connexions galactiques. Cela n’avait rien à voir avec les bas-fonds de Coruscant que Pete avait visités rapidement. Les deux hommes étaient donc tranquillement assis l’un à côté de l’autre, savourant une tasse de stim-thé et un repos mérité entre deux travaux dans les champs. Pete, issu d’une famille bourgeoise, n’était nullement habitué à un tel travail. En un temps record, ses mains s’étaient abîmées, suite aux journées passées dans les champs. Il ne s’était jamais attendu à infliger à son corps un pareil effort. Lui qui était habitué aux cockpits de vaisseaux et aux maisons entretenues par d’autres personnes, voilà qu’il se retrouvait à labourer le sol et à cultiver des légumes. Ça ne le dérangeait aucunement. Il appréciait découvrir un nouveau métier. Même si les Jedi étaient très proches de la nature sur Endor, Pete avait passé la plupart de son temps libre dans les archives ou au bord du lac Fektur. Il s’était très peu investi dans les tâches permettant le bon déroulement de la vie au Sanctuaire.

      Travailler les champs était une forme de méditation en soi. Il y avait quelque chose de paisible. C’était l’occasion de renouer avec soi et avec la nature en même temps. Et, comme pour la méditation, Pete savait qu’il n’était pas seul. À quelques pas de lui se trouvaient Karib et Sylla, en train d’effectuer des tâches similaires. Tout comme un Jedi, à un autre point de la Galaxie, pouvait très bien être en train de méditer en même temps que lui. Dans l’effort physique, le jeune homme y trouvait donc une forme d’équilibre, de paix intérieure, qui venait accompagner ses méditations quotidiennes et son travail introspectif.


      - Ugo est très curieux, lâcha Pete, sur un ton léger, entre deux gorgées de stim-thé.

      En réalité, il avait une idée derrière la tête. Maintenant qu’il avait eu le temps de se remettre de ses émotions dans les entrailles de Naboo, il avait retrouvé sa sensibilité à l’environnement. Ses fréquentes méditations lui avaient permis de se connecter pleinement à la Force et il avait remarqué qu’en la présence d’Ugo, Elle se manifestait toujours. Cela l’intriguait et il voulait en savoir davantage. D’un ton guilleret, Karib répondit :

      - Oui, en effet. Il a l’âme d’un aventurier ! Il dit que lorsqu’il sera grand, il voudra être observateur.

      Pete avait suffisamment d’expérience pour reconnaître une personne sensible à la Force, lorsqu’il en croisait une. Il avait suivi sa formation au sein du Sanctuaire d’Endor, haut-lieu de rencontres des Jedi. En contact permanent avec des sensitifs, mais également des non-sensitifs comme les Ewoks, les soldats clones et la faune locale, il avait pris l’habitude de déceler cette caractéristique particulière qui faisait d’un individu un sensitif. Pete n’avait aucun doute sur la question : Ugo était l’un d’entre eux. Le Jedi avait longuement observé le garçon et il paraissait indiquer des signes manifestes de sensibilité à la Force. Lorsqu’il jouait, il arrivait presque à prédire le mouvement d’une balle, ou à anticiper les questions de Pete. Il faisait aussi preuve d’une agilité remarquable dans les jeux d’équilibre. Seul problème : le Jedi ignorait comment aborder le sujet avec Karib. Il se voyait mal dire : « Alors il va falloir que vous vous sépariez de votre fils ! ». En un sens, c’était très cruel et il était inenvisageable pour lui de demander à cette famille de se séparer de l’un de ses membres. Mais il voulait savoir si son intuition était bonne, aussi tenta-t-il une approche délicate :

      - Il a de la chance de grandir dans une famille telle que la vôtre.

      À ces mots, le regard de Karib se planta dans le vide, un sourire léger modelant ses lèvres.

      - Je ne sais pas , murmura-t-il. C’est toujours difficile de savoir si nous sommes de bons parents. Nous faisons au mieux pour qu’il ne manque de rien et puisse s’épanouir.

      - Vous êtes de bons parents, vous pouvez en être certains.

      Un franc sourire accompagnait la réponse de Pete. Il repensait encore une fois à ses parents. Même s’il considérait avoir eu une enfance heureuse, à travers laquelle il n’avait manqué de rien, il ressentait une grande différence entre celle de Karib, Sylla et Ugo et la sienne. Ugo baignait d’un amour inconditionnel, porté par ses parents. Même si Pete ne remettait aucunement en cause le profond attachement de ses parents à son égard, il n’avait pas toujours ressenti cette bienveillance éternelle que manifestaient Karib et Sylla envers leur fils.

      - Et vous ? , demanda Karib, Je suppose que vous avez grandi avec votre famille dans votre ordre ancestral ?

      - Non, répondit Pete. En réalité, j’ai rejoint l’Ordre Jedi que récemment. J’ai grandi sur une planète de la bordure extérieure.

      - Ah bon ? Mais comment avez-vous fait ? C’est à peine si on connaissait encore l’existence de votre confrérie !

      L’étonnement de Karib était sincère. Pete ne répondit pas tout de suite à ses exclamations. Il savait que, pour protéger l’Ordre, il ne pouvait pas trop en dire. Et puis, il n’était pas si facile de répondre à sa question. Comment avait-il fait ? Comment avait-il pu trahir ses parents, son escouade et l’Empire tout entier ? Ces questions, Pete se les était déjà posées des centaines de fois. La seule chose dont il était certain était que, ce jour-là dans la cantina de Coruscant, il avait fait le bon choix.

      - La Force..., commença le Jedi, en cherchant ses mots, m’a conduit jusqu’à un Jedi. Au fait, savez-vous ce qu’est la force, Karib ?

      Le paysan fit « non » de la tête.

      - C’est ce qui relie les êtres à toute chose. Elle est présente partout et régit la vie dans la Galaxie. Elle est très puissante chez certaines personnes, comme chez les chevaliers Jedi.

      Voyant une opportunité de revenir sur le sujet initial, Pete enchaîna :

      - Elle se manifeste de bien des manières. Quelqu’un de sensible à la Force peut avoir des particularités parfois surprenante : un instinct très développé, des réflexes importants, ... une forme de sixième sens, comme de deviner ce que vous pensez, par moment.

      - Vous voulez dire que, là, vous êtes en train de lire dans mes pensées ? fit Karib, incrédule.

      Pete laissa échapper un petit rire détendu.

      - Non ! Bien-sûr que non ! Mais n’avez-vous pas l’impression qu’Ugo a déjà pu vous surprendre ? Plutôt habile dans un jeu de balles ? Ou cette capacité à agir exactement de la manière que vous redoutiez, comme pour vous agacer ?

      Une ombre passa sur le visage de Karib alors qu’il considérait les propos du chevalier Jedi. Il était vrai que Ugo avait ce don de mettre Sylla et lui hors d’eux. Qui plus est, il se débrouillait plutôt bien dans les parties de cache-cache ou pour façonner des petits objets en bois. Était-il possible que...

      - Non ! s’exclama subitement le fermier.

      Pete put lire en lui -dans son coeur, non dans ses pensées- une colère montante. Karib avait peur. À travers la conversation qu’il venait d’avoir avec le jeune homme, il réalisait ce que ce dernier insinuait : Ugo était sensible à la Force et il devait rejoindre l’Ordre Jedi. Cela signifiait qu’il quitterait son foyer et -pire encore- sa planète natale. De toute évidence, c’était un sacrifice que Karib ne se voyait pas faire. Sur la défensive, il proféra :

      - Il est hors-de-question que vous touchiez à mon fils ! Ugo deviendra observateur, menuisier ou que lui importe ! Mais il est hors-de-question qu’il rejoigne un ordre religieux accusé de terrorisme !

      Sans s’en rendre compte, Karib avait haussé le ton. Ses sourcils froncés surplombaient des yeux qui lançaient des éclairs, à destination de Pete. Celui-ci les prit en plein coeur. Il ne savait pas du tout où se mettre car, au fond de lui, il savait la réaction du fermier normale. Lui-même aurait probablement agit ainsi. Et, au fond de son coeur, il était d’accord avec son hôte : Ugo était bien mieux ici que sur la lune forestière d’Endor à grandir dans l’ombre de la Montagne Noire. Dévouer sa vie à l’Ordre Jedi était synonyme de nombreux sacrifices, à commencer par couper tout lien avec sa famille. Un geste extrême que Pete ne se voyait pas imposer aux trois personnes qui partageaient sa vie actuellement. D’un air peiné, le Jedi ne put qu’observer Karib se lever, lancer un dernier regard mécontent, avant d’entrer dans la maison.

      Seul, Pete mit du temps avant de bouger. Il resta assis sur les marches du bâtiment, observant les champs s’étendre devant lui, à perte de vue. Au loin, un speeder fit son apparition. Sylla, Aspie et Ugo revenaient du marché.

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        #5

        Post n°5
        Auteur : Pete Jeabro

        Depuis sa dispute avec Karib, Pete dormait mal. Il avait d’abord redouté qu’elle découle sur une ambiance électrique, mais le Jedi réalisa rapidement que le paysan avait préféré garder cet incident pour lui. À sa grande surprise, il n’en avait rien dit à Sylla. Pourtant, les deux fermiers étaient habituellement très complices ! Néanmoins, Karib semblait vouloir garder sa mauvaise humeur pour lui. Il va sans dire qu’il s’avéra beaucoup moins cordial envers Pete. Il n’allait pas jusqu’à le maltraiter, ni l’ignorer. Mais il ne proposait plus de partager d’activités avec lui -autre que le travail dans les champs. En présence de Sylla et Ugo, il faisait bonne figure. Mais Pete sentait au fond de lui que le masque de façade n’allait pas tenir longtemps. Tôt ou tard, il finirait par craquer, ce qui conduirait sûrement à une dispute d’envergure. Pete était donc très mal-à-l’aise, pour de nombreuses raisons.

        Tout d’abord, il s’en voulait d’avoir « tout gâché ». Par « tout gâché », il entendait avoir mis un terme à une période de quiétude. S’il n’avait pas abordé un sujet aussi délicat, alors la paix règnerait encore dans le foyer. Mais Pete s’était senti obligé de poser les questions qu’il ne fallait pas. Il ne pouvait que comprendre la colère de Karib. C'était d’ailleurs pourquoi il se sentait aussi mal. Au fond de lui, Pete s’en voulait.

        Il était mal-à-l’aise pour une deuxième raison : il sentait la tension monter. Autrement dit, la dispute tant redoutée n’allait pas tarder à exploser. Et lorsqu’elle arrivera, quelle posture devra-t-il adopter ? En restant ici, le Jedi avait l’impression de vivre dans une cocotte minute. L’atmosphère auparavant si apaisante devenait étouffante. Il n’avait qu’une envie : partir.

        Et c’était ce qui le conduisait à la troisième source de son malaise. Pour la première fois, il ne se sentait plus à sa place en restant ici. Mais il se voyait mal partir en catimini ou du jour au lendemain, sans vraiment prévenir. Il ne parvenait pas non-plus à indiquer une date lointaine. Pete sentait que Karib était à bout et souhaitait le voir partir rapidement -même s’il n’avait évidemment fait aucune remarque en ce sens. Le Jedi avait donc l’impression d’abuser de ses hôtes. Pourtant, Sylla était toujours aussi accueillante et Ugo avait fini par s’habituer à leur étrange invité. Enfin, le jeune homme ne pouvait pas décemment rester plus longtemps ! Même s’il filait un coup de main dans les champs, il avait toujours cette impression d’être en trop, d’abuser des ressources de ce foyer qui l’avait si généreusement accueilli.

        Et puis, Pete dormait vraiment mal. Ses nuits apaisées étaient devenues agitées. Il faisait des rêves étranges, durant lesquels il revivait les événements de la Montagne Noire, de son retour sur Broh et même de son isolement sur Naboo. Trois moments de sa vie qui le travaillaient en plein jour, mais qui le poursuivaient jusque dans ses nuits. Souvent, il revoyait encore et encore les mêmes événements. Comment Sam avait jeté Olorin Vendar dans un précipice. Comment sa mère avait brandi son sabre-laser pour le tuer. Comment la déflagration avait surpris tout le monde dans le palais royal. Comment le fantôme l’avait fait sursauter dans les entrailles de Naboo. D’autres fois, il rêvait de moments plus paisibles : sa première séance de méditation avec Phyl, sur Coruscant. Son excursion au village Ewok avec Yae-Wan. Ses moments de lecture dans la Bâtisse des Archives. Pete avait la désagréable impression de revoir défiler sa vie. Si la Force tentait de lui dire quelque chose, il n’y comprenait rien. En soit, ça ne l’aurait pas dérangé : il savait que, parfois, de nombreuses méditations étaient nécessaires pour comprendre un message de la Force. Mais là, ces rêves s’ajoutaient à son désarroi. Ils le perturbaient, ne l’aidaient pas à se reposer, et aggravaient son sentiment d’inconfort. Pete en était conscient, et c’était précisément ce qui le rendait fou.

        Une nuit, cependant, l’un de ses rêves fut différent. Pete se trouvait dans cette infâme grotte, dans les profondeurs de Naboo. Comme toujours, il était assis sur son rocher, essayant vainement de méditer. Un clapotis l’interrompait dans sa tentative. Pete se saisissait alors de son sabre, prêt à parer au danger. Pete était tendu, sous une pression énorme. Mais là, il y eut quelque chose de différent. Pete réalisa qu’il était encore plus tendu : l’attente était interminable. Il réalisa qu’à cet instant, le fantôme intervenait habituellement, comme il l’avait réellement fait lorsque Pete avait vécu cet événement. Mais cette fois-là, il ne se produisit rien. Pete était encore plus décontenancé que d’habitude. Étrangement, il se sentait abandonné.


        - Tu m’attendais ?

        - Wouaaaaah !

        Ça ne manqua pas. Pete sursauta et appuya sur le bouton de son sabre-laser. Mais aucune lame n’en jaillit. En face de lui, le jeune homme put distinguer la silhouette qu’il avait déjà vue une fois, juste avant de quitter la grotte. Elle n’avait pas changé : ses longs cheveux encadraient sa tête, habitée par une légère barbe. Son paisible sourire était toujours aussi agaçant.

        - Ça ne va pas de faire des frayeurs pareilles ? hurla Pete avec force.

        Le fantôme fit quelque pas autour de Pete, ignorant dans un premier temps sa remarque. Il leva les yeux vers lui et, d’un ton calme, répondit :

        - Nous n’avions pas terminé notre précédente discussion.

        Ce fut au tour de Pete de ne pas répondre. Le fantôme prit cette absence de réaction comme un appel à poursuivre :

        - Qu’as-tu appris ?

        Pete ne s’était pas attendu à cette question. En réalité, il s’apprêtait à écouter un nouveau récit sur la fin de l’Ordre Jedi et les grandes capacités de clairvoyance du fantôme. Voilà qu’il changeait d’holo-disque. Sans se défaire de sa méfiance habituelle, Pete répondit :

        - Vous aviez raison : j’avais peur. Et cette peur m’a aveuglé. Par la méditation, j’apprends à m’en défaire.

        - Que veux-tu ?

        Le jeu de questions-réponses n’avait jamais été dans les activités favorites de Pete. Encore moins lorsque la personne qui posait les questions n’avait que faire des réponses données. Et surtout lorsque les questions posées amenaient des réponses difficiles à formuler. Pete réfléchit un instant puis tenta :

        - Je veux la paix dans la Galaxie, réparer les torts causés par l’Empire.

        - MENSONGES !

        L’accusation était forte. Pete ne s’y était définitivement pas attendu. Cet unique mot le blessa dans un premier temps. Puis il réalisa que c’était son orgueil qui était affecté : le fantôme visait une nouvelle fois juste. En effet, Pete avait donné une réponse vide de sens. Il avait dit ce qu’il supposait être attendu d’un Jedi. Il avait à peine pris le temps de réfléchir à la question avant d’émettre sa réponse.

        - Que veux-tu ? répéta le fantôme, d’une voix tranchante.

        Pete n’eut pas le temps de répondre. Il venait de se réveiller en sursaut, le corps en nage.

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          Post n°6
          Auteur : Pete Jeabro

          L’ambiance ne s’était pas améliorée avec le temps. Pete avait souhaité s’entretenir à nouveau avec Karib pour apaiser la situation, mais celui-ci évitait toujours d’être seul avec lui. À la surprise de Sylla, son mari s’était éternellement porté volontaire pour aller vendre les récoltes au marché. La fermière commençait à se poser des questions et Pete redoutait plus que tout le moment où il aurait à rendre des comptes. D’un côté, il ne voulait pas couvrir le manège de Karib. De l’autre, il n’osait pas évoquer le sujet de la dispute. Il savait que, là encore, la peur le paralysait. Mais il s’agissait de diplomatie et de relations humaines : s’il faisait la moindre erreur, la vie d’autres personnes pouvait être bouleversée. C’était un fardeau qu’il ne désirait pas porter. Alors il s’isolait, sous le regard curieux de Sylla et, parfois, celui d’Ugo. La situation était de plus en plus louche et la tension avait gagné chacun des membres de la famille.

          Éloigné de ses hôtes, Pete avait pris pour habitude de se placer sous le même arbre, afin de méditer. Là, il se connectait à la Force. À plusieurs reprises, il avait cherché à renouer avec l’esprit de Naboo, celui qu’il voyait en rêves, mais n’y parvint jamais. Son dernier songe le laissait interrogateur. Que voulait-il ? Partir d’ici, c’était sûr. Mais comment ? Pete ne savait même pas où se trouvait le vaisseau qui l’avait emmené ici. Et, à supposer qu’il soit toujours là, il était très probablement sous scellés. Peut-être qu’un contrebandier pourrait l’aider à fuir ? Enfin, toutes ces questions techniques l’éloignaient de ce qu’il voulait réellement. Car, Pete devait être honnête envers lui-même : il était incapable de répondre à cette question. Il savait simplement qu’il voulait se rendre utile. Mais auprès de qui ? Avait-il rejoint l’armée pour protéger les populations, ou pour rendre son père fier de lui ? Était-il devenu un Jedi pour apporter le bien autour de lui, ou par un concours de circonstances ?

          De nouveau, Pete se sentait mal-à-l’aise. À son arrivée dans cette famille, il avait espéré que ses prises de têtes resteraient derrière lui. Mais il devait constater que les vieilles habitudes avaient la vie dure. Le voilà qui s’interrogeait encore sur sa condition, alors qu’il y avait du travail ! Bien décidé à se changer les idées, Pete se leva, s’équipa de ses outils et se mit à travailler la terre. Au-dessus de lui, le soleil brillait, réchauffant l’atmosphère et rendant le travail plus pénible. Concentré sur son effort, le Jedi ne fit pas attention à Ugo, qui venait de le rejoindre.


          - Pourquoi tu boudes ? demanda-t-il de sa petite voix.

          Pete interrompit son travail et prit appui sur sa bêche, le temps de se reposer. Des gouttes de sueur perlaient sur son front. Aveuglé par le soleil, il ne put offrir au jeune garçon qu’une grimace crispée, tout en s’essuyant le front du revers du bras. Il dévisagea un instant Ugo, dont il ne distinguait que la silhouette, avant de répondre :

          - Je ne boude pas. Qu’est-ce qui te fait croire ça ?

          - Ça se voit ! Papa aussi, il boude. Et Maman !

          Pete continua d’observer le garçon. Sous sa tignasse blonde, il affichait un air renfrogné. Le Jedi soupira : visiblement, la situation tendue affectait l’ensemble de la famille. Il devait y mettre un terme : c’était lui qui l’avait créée. Mais comment ? Il ne pouvait rien confier à Ugo : il était encore jeune et ne comprendrait certainement pas les tenants et aboutissants de la situation. Pete lui-même se sentait quelque peu dépassé, tout comme Karib. Et, au vu des dires de l’enfant, Sylla aussi ressentait la tension créée par la querelle des deux hommes. Le Jedi était dans une impasse. Il se sentait pris entre le marteau et l’enclume et cela créait en lui un fort inconfort. Néanmoins, il ne pouvait laisser Ugo sans réponse. Il s’accroupit donc pour se mettre à son niveau, et dit :

          - Parfois, il arrive que les adultes ne soient pas d’accord sur certains sujets.

          - Lesquels ?

          La question avait fusé alors que Pete n’avait même pas fini de dérouler son idée. Ugo était vraiment très curieux ! Et impatient, aussi. Légèrement pris au dépourvu, le Jedi bafouilla avant de se ressaisir :

          - Tu vois, ton Papa et ta Maman sont inquiets pour toi, car ils t’aiment beaucoup.

          - Pourquoi ?

          Mais dans quelle galère était-il en train de s’embarquer ? Pete ne se voyait absolument pas comme étant la personne idéale pour avoir ce genre de conversations. Du mieux qu’il put, il tenta d’expliquer :

          - C’est dans leur nature de parents, c’est normal. Ils veulent que tout se passe au mieux, pour toi. C’est comme ça, les parents.

          Pete voulut mettre fin à la conversation. S’appuyant sur sa bêche, il se redressa. Mais c’étant sans compter sur la curiosité intarissable d’Ugo, qui posa une nouvelle question.

          - Et toi, dans tout ça ?

          C’était à prévoir... Pete devait l’admettre, il s’y était pris comme un pied. Comment expliquer la situation au jeune garçon ? D’un côté, il ne voulait pas l’envoyer balader : sa curiosité était légitime. De l’autre, le sujet paraissait éminemment complexe. Il tenta :

          - Je suis resté longtemps parmi vous, je pense bientôt partir.

          À peine eut-il achevé sa phrase qu’un événement aussi soudain qu’inattendu se produisit. Il vit les yeux d’Ugo s’écarquiller alors que le jeune enfant s’élançait vers lui. L’instant d’après, il était cramponné à son bassin, dans une étreinte maladroite.

          - Oh non ! laissa-t-il échapper, dans un cri plaintif.

          Pete ne sut pas comment réagir. D’un geste gauche, il tapota le bras du garçon. Comment avait-il pu développer une telle affection envers lui, alors qu’ils s’étaient à peine côtoyés ? Bien qu’ils aient partagé un quotidien commun, Pete devait reconnaître avoir passé le plus clair de son temps avec les adultes, dont il préférait la compagnie. Comme pour se rassurer, il finit par tapoter sur la tête d’Ugo et murmura :

          - Viens, rentrons à la maison. Le dîner doit être bientôt prêt.

          Ugo acquiesça timidement, puis le duo se mit en route. L’espace d’un instant, l’enfant était parvenu à chasser les inquiétudes de Pete. Et puis, un gargouillement lui rappela qu’il avait faim. D’un pas presque enthousiaste, le Jedi se hâta vers la ferme, Ugo à ses côtés.

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            #7

            Post n°7
            Auteur : Pete Jeabro

            Il connaissait l’endroit, pour y être déjà venu. Comme la dernière fois, la grotte était lugubre. Elles l’étaient toutes. Des tunnels conduisaient à une salle obscure, dont la seule lumière venait d’une lampe ou deux posées au sol... et de l’objet flottant en son centre, irradiant les alentours d’une aura violette. Devant lui se trouvait deux silhouettes encapuchonnées, manifestant une aura d’une obscurité rare. La plus grande, agenouillée, se redressa avant de se tourner vers Pete. Elle fut immédiatement imitée par son acolyte. Pete se souvenait parfaitement de ce moment : il était à jamais gravé dans son coeur. Mais, là encore, certaines choses étaient différentes. Le jeune homme voulut chercher le soutien de son maître et mentor, mais il n’était pas là. Pete allait se retrouver à devoir affronter sa mère, seul.

            Un sentiment de panique l’envahit, alors qu’il réalisait sa solitude face à la menace imminente. Sans mot dire, les deux Sith qui se dressaient face à lui sortirent les lames rouges de leurs fourreaux. Pete ne put détacher son regard du sourire carnassier qui se dessina sur les lèvres de la femme. Une nouvelle fois, sa mère allait chercher à le tuer. Bien malgré lui, Pete dut s’apprêter au combat. Il se saisit de son sabre-laser et voulut l’allumer. Mais, à sa grande surprise, aucune lame n’en sortit. Hébété, il appuya frénétiquement sur le bouton, mais l'arme refusait de se mettre en marche. Ne voulant pas céder à la panique, Pete recula de quelques pas. Face à lui, sa mère se rapprochait. Elle serait bientôt à portée de sabre. Le Jedi tendit les bras, comme pour calmer le jeu.


            - Ce n’est pas réel ! implora-t-il.

            Mais sa remarque résonna dans le vide. Sa mère ne parut absolument pas concernée par ses jérémiades. Bien au contraire, son sourire carnassier s’élargit. Enfin suffisamment proche de son adversaire, elle sabra l’espace en face d’elle, espérant porter un coup fatal. Ne comptant plus que sur ses réflexes, Pete se jeta en arrière, évitant de justesse l’attaque adverse. Mais il n’eut pas un instant de répit : le premier coup fut rapidement suivit d’un deuxième, plus précis. Cette fois-le Jedi l’esquiva plus difficilement. Il ne parviendrait pas à se mettre à l’abri d’un troisième assaut. Dans un réflexe, il brandit la main pour éjecter sa mère. Un soupir de soulagement s’échappa de ses lèvres lorsqu’il constata le résultat satisfaisant : sa mère avait traversé les airs, offrant une bouffée d’oxygène à Pete. Celui-ci la mit à profit pour camper sur sa position et analyser la situation.

            Autour de lui, il n’y avait aucune sortie. L’autre Seigneur Sith avait semble-t-il disparu. Il ne restait plus que sa mère, dont le sabre rouge émettait une lueur inquiétante ; non loin d’elle se trouvait l’holocron à l’aura violette. Et enfin, Pete, seul et désarmé, venait compléter le tableau.


            - Tu es un traître ! vociféra Léopoldine Jeabro, s’avançant d’un air menaçant vers son fils.

            Celui-ci voulut répondre, mais il avait l’impression d’avoir déjà eu ce débat, en un autre temps. C’était d’autant plus déstabilisant que le souvenir de la scène qu’il avait vécue était déjà éprouvant en soi. Il ne souhaitait pas la vivre une deuxième fois, même si elle comprenait quelques différences.

            - Je suis un chevalier Jedi. J’agis pour la paix.

            Ce qu’il était en train de vivre en ce moment n’était pas semblable à son passé. Alors autant mettre les différences à son profit. C’était trop tentant de rentrer dans le jeu de sa mère, aussi Pete dut se faire violence pour ne pas protester. Contrairement à la fois dernière, peut-être parviendrait-il à discuter avec elle ?

            - Tu as fait la pire chose qui soit : tourner le dos à ta famille.

            L’accusation, bien que formulée en d’autres termes que la fois précédente, restait blessante. Sur ce point, Pete ne pouvait la contredire. Mais il était déjà passé à travers cette épreuve. Alors pourquoi la revivait-il ? Quel message souhaitait lui transmettre la Force ?

            D’un bond en arrière, il esquiva une nouvelle attaque. Ce qui se passait n’était pas réel -du moins, le croyait-il fermement. Alors, comment s’évader ? Se mettant à l’abri d’une nouvelle attaque, les yeux de Pete se posèrent sur l’holocron. Flottant dans les airs, il brillait de son aura violette. Sans vraiment comprendre pourquoi il agissait ainsi, le jeune homme se défaussa d’une énième attaque, pour se précipiter vers l’artefact antique. Dans la réalité, il l’avait détruit avec l’aide de Phyl Reez. À l’époque, Pete lui avait demandé pourquoi est-ce qu’ils s’en débarrassaient sans même chercher à savoir ce qu’il contenait. Aujourd’hui, peut-être allait-il l’aider à sortir d’ici ? Ou peut-être pourrait-il accéder au savoir enfoui en son sein ? Un élan d'excitation s'empara du Jedi alors qu'il s'élançait pour l'attraper. Mais un cri résonna subitement dans sa tête :


            - NON !

            Surpris par cette intervention inattendue, le Jedi apposa ses mains sur ses oreilles endolories. Le cri était sorti de nulle part. Mais Pete en avait reconnu l’origine : il s’agissait de Dark Pyrthel, le Sith qui avait corrompu sa mère. Sa silhouette venait de se dessiner derrière l’holocron. Pete le dévisagea, affichant un air de défi. Encouragé par la défiance de son adversaire, le jeune homme s’élança à nouveau : il tendit le bras pour se saisir de l’objet. Mais au moment où il allait l’atteindre, tout s’arrêta. Dans la précipitation, il avait fait l’erreur impardonnable -pour un ancien soldat- d’oublier son adversaire. Dans son dos, Leopoldine s’était rapprochée. Profitant de l’inadvertance de son fils, elle n’avait pas hésité un instant. Pete ne put rien faire d'autre que d'observer avec effarement le laser rouge dépasser de sa poitrine. Son coeur venait d'être transpercé par la lame d'un sabre-laser.

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              Post n°8
              Auteur : Pete Jeabro

              Dans l’adversité, il arrivait que les ennemis d’antan s’allient pour faire cause commune. C’était le cas de Karib et Pete. Le Jedi, sans raison apparente, avait attrapé la fièvre. Pourtant, il semblait en réminiscence depuis des semaines. D’où lui venait ce mal inconnu ? Alité, il ne pouvait boire que les soupes que lui apportaient Karib, Sylla ou même Ugo. Le docteur était venu une nouvelle fois examiner le jeune homme. Il avait prodigué herbes et lotions, expliquant que le malade en aurait pour plusieurs jours ainsi. Ensuite, les circonstances offriraient deux possibilités : soit il serait guéri, soit il faudrait l’emmener en urgence à l’hôpital de Theed. Pete, plus qu’affaiblit, n’avait pas réellement conscience de ces deux alternatives. Pour le moment, il se contentait de dormir, greloter, avoir chaud ou manger. Ses nuits n’étaient en aucun cas reposantes : il continuait de faire des rêves étranges et, parfois, inquiétants. Le seul mérite -mais il était bien trop faible pour s’en apercevoir- était que Karib semblait avoir mis de côté ses différents avec lui. A l’instar des autres membres de la famille, il participait aux soins. Toutefois, dans l’intimité de sa relation avec Sylla, il lui rappelait par moment que leur foyer n’était en aucun cas un hospice. Entre deux moments de fièvre, le Jedi avait pu saisir cet échange. D’une voix rassurante, la mère de famille avait répondu :

              - Ne t’inquiète pas, Karib. Dans quelques jours, nous serons fixés sur son sort.


              *

              Pete voyait la pluie tomber sur les débris de la rue. Dehors, il faisait gris. Il se tenait debout, à côté de son maître. C'était le jour de leur première rencontre. Phyl Reez venait de le tirer de deux mauvais pas. Premièrement, il avait éliminé un chasseur de primes véreux et sa bande, sauvant ainsi Pete et l’escouade impériale dont il faisait partie. Ensuite, il était venu récupérer le jeune homme au sein d’une cantina, alors qu’il était sur le point de se faire détrousser -voire tuer?- par un jawa mafieux. Désormais, le duo se trouvait dans une piaule qui, semblait-il, était le lieux de vie rustique du Jedi. Phyl Reez venait d'annoncer qu'ils partiraient demain à la première heure à bord d’une navette. Il avait ensuite invité Pete à méditer avec lui.

              Face à l’inactivité de son apprenti, Phyl Reez interrompit sa méditation. Il ouvrit un oeil et, d’un ton neutre, lui dit :


              - Médite.

              Là encore, c’était différent ce qui s’était réellement passé. Dans la vraie vie, Pete avait obtempéré. Du moins, avait-il essayé. À dire vrai, il n’était absolument pas parvenu à méditer. il n’avait pu s’empêcher de s’inquiéter pour ses parents et des conséquences de sa désertion sur leur vie. Pour en revenir à l’étrange songe dans lequel il naviguait, Pete n’avait aucune envie de méditer. Il préférait rester debout, afin de se dégourdir les jambes. Il reporta son attention sur la pluie battante, rendant floues les formes des immeubles en face.

              - La méditation aide à prendre du recul et à te recentrer. Elle est essentielle dans la vie des Jedi.

              Son maître avait raison. Si cette opportunité lui était présentée de méditer, alors pourquoi s’en priver ? Pete s’installa donc aux côtés de son maître et ferma les yeux. Cependant, il opta pour une autre technique de méditation : celle qu’il avait apprise dans la grotte de Naboo, sous le regard vigilant du fantôme. Contrairement à ce qu’il croyait bien faire auparavant, Pete adopta cette fois une posture plus contemplative. Là où il se fixait avant des objectifs, là où il cherchait à bien faire, cette fois il se contentait d’observer. C’était ainsi qu’il méditait, depuis qu’il était sorti des entrailles de Naboo. Et c’est ainsi qu’il fit dans cet étrange songe.

              - Que vois-tu ?

              ... Cette voix ! C’était de nouveau le fantôme ! Surpris, Pete se tourna vers son maître. Mais, en lieu et place de Phyl Reez se trouvait l’esprit qui l’avait tourmenté sur Naboo. Ravalant sa curiosité, le jeune homme se concentra pour répondre à la question qui venait de lui être posée :

              - Des souvenirs de mon passé.

              - Mais encore ?

              Pete prit le temps de réfléchir. À haute voix, il énonça le déroulement de sa pensée :

              - Ils sont différents... Ce ne sont pas de réels souvenirs, mais des variantes. Est-ce... Je suppose que c’est lié à la Force.

              - Peut-être.

              Réel ou non, ce fantôme continuait de rester mystérieux, ce qui avait le don d’agacer Pete. Faisant preuve de la plus grande retenue possible, le Jedi ne pipa mot. Entretemps, l’esprit posa une nouvelle question :

              - Que veux-tu ?

              Cette question, il la lui avait déjà posée. Une nouvelle fois, Pete prit le temps à la réflexion. Si ces rêves traduisaient un message de la Force, que cherchaient-ils à lui dire ? Toujours les yeux clos, le jeune homme voulut sonder son âme. Il se trouvait au beau milieux d’un rêve, il en était conscient. Cette fois aussi, il était différent. Pete comprenait qu’il ne s’agissait pas là d’une occasion de réécrire l’histoire, mais de porter un regard différent sur les choses l’environnant. Pour autant, il était perdu et n’y comprenait rien.

              - Que veux-tu ?

              Inlassablement, la voix se répétait. Pete l'entendait encore, tel un holo-disque rayé. Dans la tête du jeune homme, elle s’amplifiait, jusqu’à devenir assourdissante ! Elle se transforma en un bourdonnement incontrôlable ! Pour l’arrêter, Pete se saisit la tête à pleine main. Il voulut crier, mais n’y parvint pas. À la place, il se réveilla, un cri muet dessiné sur ses lèvres. Il était dans son lit, il avait chaud. Autour de lui, il n’y avait rien d’autre que l’obscurité. Seul un bruit léger venait perturber la quiétude du lieu : le battement de ses tempes à ses oreilles.

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                Post n°9
                Auteur : Pete Jeabro

                « Que veux -tu ? » Pete semblait butter sur cette question. Or, l’insistance du fantôme lui montrait à quel point elle était importante, à quel point il devait y trouver une réponse. C’était vrai : que recherchait-il ? Que voulait-il ? Du plus loin qu’il s’en souvienne, Pete avait toujours oeuvré pour des idéaux. D’abord au service de l’empire, il cherchait à y faire respecter l’ordre et à le protéger. C’était pourquoi il avait rejoint l’armée impériale. Mais pas seulement. Il l’avait fait pour ses parents. Au fond de lui, il sentait qu’il avait souhaité les rendre fiers. Voilà pourquoi il se sentait toujours meurtri, des années plus tard, pour avoir quitté l’empire et, par la même occasion, sa famille. Il avait beau chercher à se convaincre du contraire, il devenait de plus en plus difficile pour lui de se voiler la face : il avait trahi sa famille, il avait trahi son Empire.

                Était-ce légitime ? Certes, il l’avait fait pour quelque chose de plus noble encore. Pete avait senti que tout ce qu’il avait entendu sur les Jedi n’avait été qu’une propagande infâme, dans le but de maintenir un système corrompu et néfaste. Ses parents s’étaient fourvoyés -comme des centaines de milliards d’autres individus- sur le bienfondé de l’empire. Les Jedi, plus que quiconque, n’étaient pas des terroristes. Ils cherchaient à établir la paix et la justice. Ces idéaux avaient été martelés par la propagande de l’Empire, mais elle en avait déformé l’essence. Était-ce vrai pour les Jedi également ? Pete avait été victime d’une première propagande, qu’est-ce qui lui indiquait qu’il ne s’égarait pas à nouveau ?

                La réponse lui apparut comme une évidence. La Force. Plus que jamais, Pete était capable de La ressentir. Auprès des Jedi, il avait appris à s’ouvrir à Elle, à L’écouter, à s’Y fier. Mais pour aller où ? Le fantôme soulevait un point non négligeable. Pete s’efforçait au mieux à exercer la volonté de la Force. Mais qu’en était-il de sa propre situation ? Depuis son entrée dans l’Ordre Jedi, il s’était laissé entraîner : Ilum; le Labyrinthe d’Arbo, la Montagne Noire... Même pour Broh, sa planète natale, Pete s’y était rendu sur demande de l’Ordre Jedi. Était-ce réellement ce qu’il souhaitait ?

                Oui. En un sens. Pete voulait servir le bien -il n’avait pas menti en répondant ainsi au fantôme. Il voulait apprendre, d’abord auprès de Phyl, des maîtres Jedi, du conseil. Et aussi tout seul, par lui-même, via ses méditations. Il cherchait à devenir quelqu’un de meilleur, pour pouvoir réparer ses fautes. Car, au fond de lui, Pete se sentait coupable. Coupable d’avoir servi un empire despotique, coupable d’avoir trahi sa famille, coupable de n’avoir pu sauver Sam et Maître Olorin, coupable d’avoir croisé le fer avec sa mère, coupable de n’avoir pu protéger le peuple Naboo, coupable d’être resté coincé dans une grotte pendant des mois, coupable d’avoir voulu séparer Karib de son fils. À la réponse « Que veux-tu ? », Pete avait enfin un réponse satisfaisante. Maintenant qu’il s’en rendait compte, elle sonnait comme une évidence : le...


                - Pardon !

                Le bruit caractéristique de la porte avait retenti, laissant apparaître Sylla. Croyant avoir réveillé Pete, elle s’était ainsi exclamée. Puis, réalisant son erreur, elle se ressaisit immédiatement. Elle resta cependant là, dans l’embrasure de la porte, à le dévisager curieusement. Pete ne comprenait pas vraiment son regard interdit : elle l’avait pourtant déjà vu alité de nombreuses semaines ? Après un temps d’attente, comme si elle avait pris le temps de réfléchir, Sylla se décida à entrer, avant de refermer la porte derrière elle. L'homme et la femme se retrouvaient donc ensemble, dans l’obscurité de la salle. Gêné et ne comprenant pas ce qui lui arrivait, Pete s’empressa d’allumer sa lampe de chevet. La lumière révéla au grand jour le visage bienveillant de Sylla. Ses traits ronds lui conféraient un air perpétuellement jovial, mais Pete remarqua qu’il y avait quelque chose de différent, aujourd’hui. Peut-être de la consternation ?

                - Comment vous sentez-vous ? demanda-t-elle.

                - Mieux.

                En effet, depuis son dernier songe, la fièvre s’était faite moins forte. Pete sentait qu’il était quasiment guéri. D’un air entendu, Sylla acquiesça, mais elle donna plus l’impression de faire ce geste à elle-même, comme pour se donner du courage. Le jeune homme sentait qu’elle était troublée, mais il ne comprenait pas pourquoi. Soudain, il se remémora un échange qu’il avait surpris entre Karib et Sylla, dans les rares moments de répits que lui avaient offert la fièvre. D’un air assuré, Pete déclara :

                - J’ai profité de votre hospitalité bien plus longtemps que les bonnes manières ne le permettent. Je vous suis infiniment...

                Il n’eut pas l’occasion d’achever sa phrase que Sylla l’interrompit :

                - Ce n’est pas ça.

                - Qu’y a-t-il, alors? demanda Pete, d’un air perplexe.

                La fermière afficha un air décontenancé. Le jeune homme comprit qu’elle avait découvert la querelle qu’il avait eue avec Karib. Peut-être le fermier avait-il tout avoué, ou alors l’avait elle deviné par elle-même. Après tout, certains signes ne trompaient pas. Même Ugo s’était douté de quelque chose. Comprenant cela, Pete se redressa sans s’en rendre compte, se préparant à une conversation peu agréable. Il ne serait pas surpris, s’il devait avoir affaire au courroux d’une mère dont on s’apprête à arracher son fils.

                - Vous vous trompez.

                Pete accusa le coup d’un silence interdit. Il savait ce qui allait venir. Un instant fuyant, son regard vint finalement se plonger dans les yeux de Sylla. Étonnamment, ils n’étaient en aucun cas habités par la colère. Que décelait-il dans le regard de la fermière ? De la mélancolie ? Voyant qu’elle ne disait toujours rien, le Jedi se décida à rompre le silence :

                - Écoutez, Sylla... Je comprends que ce soit difficile pour vous, tout comme pour Karib. Mais j’ai de bonnes raisons de croire qu’Ugo est sensible à la Force.

                - Non, vous vous trompez.

                Son ton avait été calme, mais ferme. Elle avait le mérite d’être moins colérique que son mari, songea Pete.

                - Ugo n’est pas sensible à la Force.

                - Vous n’avez jamais remarqué sa facilité pour répondre aux devinettes ou son adresse aux jeux de balle ? Je l’ai vu, à plusieurs reprises, jouer avec vous. Ce sont là des signes d’une potentielle affinité avec la Force. C’est un don rare, mais prodigieux.

                - Non, Pete, je vous assure que vous vous trompez.

                Comment pouvait-elle en être si certaine ? La droiture de son interlocutrice en venait à perturber le Jedi. Pourtant, il était tout aussi sûr de lui. La plupart du temps, en présence d’Ugo, il avait senti un renforcement dans la Force, un poids représentatif des personnes sensitives.

                - J’ai longuement réfléchi, fit-il. En tant que chevalier Jedi, mon devoir serait de l’emmener auprès de moi pour qu’il puisse être formé. Dans notre Sanctuaire, il apprendrait à...

                Encore une fois, il ne put aller au bout de son idée. Sylla l’avait de nouveau interrompu :

                - C’est impossible.

                - Oui, c’est en effet la conclusion à laquelle j’en suis arrivé. Après plusieurs semaines auprès de vous, j’ai constaté le lien fort qui vous unissait Karib, Ugo et vous. Il m’est impossible de vous infliger pareil tourment. Rejoindre l’Ordre Jedi est un choix crucial. C’est accepter de tourner le dos à son passé.

                En disant cela, Pete avait bien entendu en tête sa propre expérience. Rejoindre l’Ordre Jedi avait marqué une rupture significative avec sa famille. Cependant, il se rassurait en se disant que cette rupture aurait eu lieu tôt ou tard. Il n'aurait certainement pas pu marcher dans les traces de ses parents plus longtemps.

                - Pete, je vous remercie pour votre prévenance. Mais c’est impossible tout bonnement car Ugo n’est pas, comme vous le dites, un sensitif.

                Le chevalier Jedi était de plus en plus déconcerté par l’échange qu’ils étaient en train d’avoir. Il avait l’impression d’assister à un dialogue de sourds. Pour autant, il resta patient -certainement un enseignement de sa formation de Jedi. Il se contenta d’observer Sylla sans mot dire. Elle finit par clarifier sa pensée :

                - Là où je veux en venir c’est que...

                Elle hésita un instant. Elle parut chercher ses mots puis, d’un air désemparé, finit par se lever et à sortir de la pièce. En la regardant partir aussi soudainement qu’il l’avait vue entrer, Pete jura avoir entendu un sanglot. Abasourdi, il ne sut comment réagir.

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                  Auteur : Pete Jeabro

                  C’était un endroit dans lequel Pete Jeabro espérait ne plus jamais mettre les pieds. Il n’y était venu qu’une fois et, pourtant, il le reconnaissait sans peine. La grotte, précédemment emplie de Sanyassans, paraissait immense. Désormais, elle était vide. Au loin, une corniche surplombait un immense gouffre, dans lequel une forme ténébreuse semblait vivoter. C’était un nexus de Force, celui qui se trouvait au coeur de la Montagne Noire.

                  Une nouvelle fois, Pete se trouvait dans les méandres du mal d’Endor. Mais il était seul. Dans son accoutrement de Jedi, il tenait des deux mains un sabre-laser : le sien. Il était éteint. Sur le qui-vive, Pete observa les environs, prêt à faire face au danger. Un endroit pareil ne pouvait rester calme aussi longtemps. Pour se sentir plus en sécurité, le jeune homme voulut activer la lame de son sabre-laser. Il appuya sur le bouton, mais rien ne se produisit. Hébété, il appuya plus vigoureusement, mais sans plus de résultats. Ce dysfonctionnement l’inquiéta : ce n’était pas le moment que la technologie ne l’abandonne !


                  - Un problème ? s’enquit une voix derrière-lui.

                  Dans un cri de panique, Pete se retourna, brandissant inutilement son arme. À son grand soulagement, il s’agissait une nouvelle fois de ce fantôme aux contours verts. D’un regard insistant, Pete lui fit comprendre qu’il commençait à en avoir assez de ce genre d’apparitions intempestives.

                  - Sais-tu où nous sommes ? demanda le fantôme, détachant son regard du Jedi pour le porter sur les environs.

                  - Évidemment... La Montagne Noire !

                  - Je n’y suis jamais allé.

                  Le ton était neutre. Pete, souhaitant pour le moment faire autre chose que d'explorer la biographie du fantôme, se recentra sur le présent :

                  - Pourquoi sommes-nous ici ?

                  - N’est-ce pas à moi de te poser cette question ? Jusque là, nous avons voyagé dans tes souvenirs.

                  - Celui-là a l’air encore plus différent que les autres.

                  - Alors peut-être est-ce le temps idéal pour une petite marche ?

                  En même temps qu’il parlait, le fantôme avait fait un geste de la main, invitant Pete à marcher à ses côtés. La silhouette intangible entama sa marche, en direction du pont. Le jeune homme le suivit.

                  - Vous n’êtes jamais venu ici ?

                  - Non, de mon temps, l’Ordre était sur Coruscant.

                  Le duo poursuivit sa route, dans un silence étrange. Ils étaient là, comme deux amis marchant tranquillement dans un jardin fleuri, sous une brise estivale. Pourtant, il n’en était rien. Pete connaissait à peine cet esprit. D’un autre côté, il avait l’impression de l’avoir côtoyé plus que quiconque. Le fantôme finit par demander :

                  - Sais-tu ce que tu veux ?

                  Cette fois, Pete avait la réponse. Il était sûr de lui. D’un ton désinvolte, toujours en fixant le pont duquel ils s’approchaient, il lâcha :

                  - Le pardon.

                  Le fantôme ne répondit pas tout de suite. Sans un mot, il continua sa marche. Puis il demanda :

                  - Et donc, que vas-tu faire ?

                  Pete fut déstabilisé par cette question. Après tant de réflexion, il s’était attendu à autre chose. À une analyse, un conseil... Certainement pas à une nouvelle question ! Le jeune homme interrompit sa progression, prenant le temps de réfléchir à nouveau. Mais il fut coupé court par le fantôme :

                  - Tu ne peux rien faire.

                  D’un geste de la main, il embrassa l’étendu de leur environnement :

                  - Tu ne peux pas revenir ici pour sauver Vendar Olorin. Tu ne peux pas faire demi-tour pour pretter main forte à Phyl Reez.

                  Le fantôme touchait là un point sensible. Pete eut le souffle coupé lorsqu'il réalisa à quel point son interlocuteur visait juste. Effectivement, le Jedi s'était demandé à de nombreuses reprises s'il n'aurait pas mieux fait de soutenir Phyl coûte-que-coûte. Même si, sur le moment, il savait que battre en retrait était la plus sage des décisions -impossible de faire le poids face à un Sith dans un lieu si imprégné du Côté Obscur- le jeune homme s'était longtemps interrogé sur le bienfondé de son choix. En agissant ainsi, c'est-à-dire en agissant pour sa survie, n'avait-il pas tourné le dos aux préceptes Jedi de solidarité, de combativité et d'affirmation de soi face au Côté Obscur ? Pete avait pris le temps d'en discuter avec son mentor et celui-ci avait défendu mordicus que le choix de Pete -obéir à son maître et assurer sa propre survie- avait été le bon. Mais rien n'avait jamais pu retirer en lui ce sentiment de culpabilité. Dans la même logique, Pete avait souvent reconstruit l'histoire, cherchant les différents moments où il aurait pu agir différemment pour sauver Maître Olorin. Même Sam, qui avait fatalement basculé vers le Côté Obscur, aurait certainement pu être sauvé. Le fantôme regarda Pete avec des yeux ardents et poursuivit ses propos :

                  - Tu ne peux pas non plus aller voir tes anciens compagnons d’arme ou ta famille pour leur demander pardon ! Tu ne peux pas réparer le passé. Mais tu peux réparer l’avenir.

                  Sur ces paroles, il tourna les talons et reprit sa marche vers le gouffre. Voulant en savoir plus sur ces intrigantes paroles, Pete pressa le pas pour le rattraper.

                  - Alors que me suggérez-vous ?

                  Le pas du fantôme était toujours vif. Un instant, Pete crut qu’il avait ignoré sa question. Mais il finit par répondre :

                  - Tu dois te libérer de tes démons.

                  Pete ne savait pas vraiment que penser de cette idée. Quels pouvaient bien être ses démons ? De toute évidence, il y trouvait la culpabilité. Et, peut-être aussi, son envie de bien faire. En tant que Jedi, Pete se sentait investi d'une lourde tâche, parfois difficile à porter. Il avait beau faire de son mieux, il ne pouvait s'empêcher de penser à ses échecs : l'attentat de Naboo, la disparition d'Endolorean. Et, comme le fantôme l'avait évoqué, il y avait aussi la trahison de l'Empire, l'abandon de son escouade et l'éloignement de sa famille. Des actions passées que Pete avait prises par conviction, mais dont les conséquences avaient été bien plus importantes qu'il ne l'avait imaginé.

                  Alors que Pete continuait de réfléchir sur les paroles du fantôme, et sur la possible manière de se libérer de ses démons, son attention fut subitement attirée par quelque chose d’autre. En un temps record, le duo venait de se retrouver au bord du gouffre, près du pont qui le surplombait. Non loin en dessous des deux êtres s'agitait le nexus de Force. Contrairement à la dernière fois, il paraissait tournoyer au ralenti. Et, chose étrange, il était en noir et blanc. Un bruit rappela Pete à la réalité. Il se retourna pour voir apparaître une silhouette inconnue. C’était étrange, car il ne se rappelait pas l’avoir vue : ni dans la Montagne Noire, ni ailleurs. Pourtant, elle avait quelque chose de familier. La silhouette revêtait une armure pointue, ornée d’une cape noire. Son visage était invisible, caché sous une sorte de heaume couronné de pointes. Et l’inconnu n’était en rien amical : il brandissait un sabre-laser d'un noir de jais.

                  Pris au dépourvu, Pete chercha du regard l’assistance du fantôme. Mais il ne le vit nulle-part. Voyant le guerrier se rapprocher, le Jedi brandit son arme par réflexe et fit un pas en arrière, pour se tenir prêt à un éventuel assaut. Il appuya mécaniquement sur le bouton de son sabre et, cette fois-ci, un trait de lumière en sortit. Mais, contrairement à la teinte bleue habituelle, celle-ci était blanche. Pete n'eut pas le temps de s'interroger sur cette irrégularité : déjà, son adversaire se ruait sur lui. Le guerrier n’attendit pas un instant de plus pour porter sa première attaque : s’estimant assez proche de son adversaire, il abattit sa lame sur celle de Pete. Les deux combattants effectuèrent une première passe, puis deux, puis trois. Cependant, le chevalier Jedi perdait du terrain, se rapprochant délicatement du gouffre et du nexus qu’il contenait. Restant bien sur ses appuis, il se décida à ne plus céder un millimètre, de peur de connaître une énième chute dans le vide. Il dévisagea son adversaire, un air de profonde détermination dessiné sur son visage. Il voulut percer le regard du guerrier, mais son heaume ne laissait paraître que deux fentes obscures. Pete le connaissait, il en était sûr. Il le sentait, dans la Force. Cette présence, il l’avait déjà ressentie par le passé, il l’avait déjà côtoyée. Mais à quelle occasion ?

                  Les deux sabres continuaient de se croiser, la lame blanche s’opposant à la lame noir. Quand l’une s’abattait, l’autre venait à sa rencontre, pour aussitôt fuir et revenir. Ces ébats mortels s’immobilisèrent un instant, dans une embrassade lumineuse. Les deux bretteurs insistaient de toutes leurs forces, refusant de céder face à leur adversaire. Tout en agitant son arme, Pete passait en revu les différents adversaires qu'il avait pu rencontrer. Le fantôme ? Non, ce n'était pas lui ! Cela paraissait peu probable qu'il ait soudain pris une telle apparence pour l'attaquer. Pourquoi ici ? Pourquoi maintenant ? Dark Pyrthel, le Sith qui avait corrompu sa mère ? Non plus. Pete l'avait déjà retrouvé dans un autre songe et son aura était différente.

                  Une nouvelle fois, les regards se croisèrent : les yeux marrons face aux fentes abyssales. Pete fut soudain pris d’un haut-le-coeur. Un puissant frisson le parcourut, alors qu’il comprenait enfin qui se trouvait en face de lui. Son désarroi le paralysa et il se retrouva incapable de réagir. Face à lui se dressait le prince des démons, le responsable de tous ses tourments, l’homme qui l’empêchait de dormir la nuit, celui dont il avait peur de ressembler, celui que Pete refusait de devenir. Ce guerrier imposant à la lame noire incarnait à lui seul tous les démons du jeune homme. Il canalisait ses craintes, respirait ses peurs, exhalait ses reproches. Ce combattant était le modèle de ce que Pete désirait ne jamais devenir, il était le guide du chemin que Pete voulait fuir à tout prix, il était le miroir de ses pires tourments. Cet homme était l’incarnation du Jedi déchu, il était le héraut du parjure, il était l’allégorie du Côté Obscur de la Force.

                  Cet homme était Sam Skawalker.

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                    Post n°11
                    Auteur : Pete Jeabro

                    Pete se réveilla en sursaut. Ses draps étaient trempés et, sous ses vêtements, il était en nage.

                    - Il vit ! Ne put-il s’empêcher de murmurer.

                    Le coeur du jeune homme battait la chamade. Il ne parvenait pas à se remettre de ce qui venait de se passer. Il savait bien que ce n’était qu’un rêve, mais il n’avait aucun doute sur le message que la Force voulait lui transmettre. Ce qu’il avait ressenti était trop profond pour être illusoire. Il avait senti la présence de Sam, il avait ressenti sa haine, il avait reconnu son empreinte dans la Force. C’était quelque chose de difficile à expliquer, mais il savait que son instinct ne le trompait pas : Sam était bel et bien en vie.

                    Tremblant, Pete se redressa et dégagea les draps. Il voulut se lever mais se ravisa aussitôt : il était encore sous le choc. Le jeune homme se souvenait bien de la question qu’il avait posée au Conseil Jedi, à son retour de la Montagne Noire. Il avait demandé si Sam avait survécu à l’effondrement de la grotte dans laquelle ils s’étaient tous retrouvés. Personne n’avait pu donner de réponse précise. Mais plusieurs maîtres avaient laissé sous-entendre qu’il avait survécu. Maintenant, Pete était certain que c’était le cas.

                    Prenant appui sur le lit, le chevalier Jedi se redressa. Il prit la direction de la cuisine, en quête d’un verre d’eau. Il en trouva un dans l’étagère à cet effet et se servit un grand verre qu’il but goulument. Mais l’hydratation ne chassait pas le choc. Sam était en vie ! L’homme qui avait trahi les Jedi, qui avait assassiné Vendar Olorin, qui avait retourné son arme contre Phyl, Tev et Pete, l’homme qui avait dérobé la relique obscure... Il était toujours vivant. Où pouvait-il bien être ? Isolé quelque part sur Endor, consumé par le Côté Obscur ?

                    Un pincement au coeur saisit Pete lorsqu’il réalisa qu’il n’avait aucune réponse à ces questions. Il ne savait même pas dans quel état se trouvait le Sanctuaire à l’heure actuelle. Depuis combien de temps l’avait-il quitté ? Depuis combien de temps vivait-il ici, dans cette famille ? Plusieurs semaines, peut-être plusieurs mois. À dire vrai, le chevalier Jedi avait perdu toute notion du temps. Il réalisait déjà à grand peine qu’il avait vécu plusieurs mois dans une grotte, alors ils se représentait très mal le temps qui s’était écoulé depuis qu’il avait pris place avec Endolorean dans le vaisseau cargo en partance pour Naboo.

                    Cette mission diplomatique paraissait très lointaine ; tout comme l’attentat à la bombe qui en avait découlé. Qu’en était-il de la situation politique ? Et sanitaire ? Même ces événements, très proches de l’endroit où se trouvait Pete, connaissaient une issue qu’il ignorait. Le jeune homme avait l’impression d’avoir vécu éloigné du monde depuis trop longtemps. Il s’était mis en orbite, s’était coupé de la galaxie et n’y avait plus pris part. Bien sûr, cela s’était produit malgré lui. Mais il sentait qu’il avait maintenu cet écart, cet isolement, comme pour se ressourcer. Il avait eu besoin de se couper de ce qu’il avait vécu : la Montagne Noire, Broh, Naboo. ... Cette famille l’avait accueilli et il en avait profité pour reprendre des forces. Pour méditer beaucoup, pour faire le point sur sa situation. Mais il était temps pour lui de partir. Il avait abusé trop longtemps de leur hospitalité et cela s’en faisait ressentir grandement : la querelle avec Karib, la dernière discussion ahurissante avec Sylla, ...

                    Pete reposa son verre. Alors qu’il allait le rincer, il sentit une présence derrière lui. Il se retourna pour découvrir Sylla, visiblement toute aussi insomniaque que lui :


                    - J’allais partir, expliqua-t-il, résumant ainsi la conclusion à laquelle il venait d’arriver.

                    - Sommeil difficile ? demanda-t-elle.

                    - Égaré..., répondit Pete, sur un ton évasif.

                    - Je suis désolée, pour toute à l’heure, je me suis un peu emportée.

                    - Ce n’est rien. Je comprends votre agitation. Elle est légitime. Comme je disais, je n’en ferai rien : ce n’est pas à moi de décider du sort d’Ugo.

                    À ces mots, Sylla se rapprocha d’un pas vif. Elle se plaça au niveau du visage de Pete et le regarda intensément -à un point que ça en devint gênant et qu’il dut détourner le regard. Les yeux de la fermière l’observaient avec intensité : elle semblait habitée par quelque chose. Soudain, elle saisit le Jedi pas les épaules ! Ce geste surprenant força Pete à soutenir de nouveau son regard. Les yeux de Sylla s’écarquillèrent alors qu’elle murmura :

                    - Ugo n’a rien à voir là-dedans. C’est moi !

                    À son tour, Pete écarquilla les yeux. Sa bouche s’entrouvrit légèrement, sous le coup de la surprise. Pour appuyer ses propos, Sylla tendit sa main vers le verre que tenait Pete. Celui-ci se mit à virevolter dans les airs, avant de se renverser sur le comptoir. Mais cette démonstration de Force était inutile : Pete voyait très bien où elle voulait en venir. Il passa en revue toutes les fois où Ugo lui avait semblé faire usage de la Force : les jeux de balles en extérieur, les discussions avec Karib, ces fois où il intervenait dans les conversations des adultes... Et, à chaque fois, Pete revit le visage de Sylla : c’était elle qui jouait au ballon avec Ugo, c’était elle qui écoutait attentivement les conversations entre son mari et son fils, c’était elle qui surveillait qu’il n’arrivait rien à Ugo alors qu’elle avait des échanges sérieux sur des sujets délicats. C’était elle que Pete avait sentie dans la Force. Depuis le début, il s’était fourvoyé. Abasourdi, il posa la main sur le comptoir, comme pour se maintenir debout. Il chercha un point de son environnement capable de soutenir son regard : il n’osait pas se perdre dans celui de Sylla. Il bafouilla légèrement, cherchant des mots qui ne venaient pas. La phrase résonnait en boucle dans sa tête : Sylla était sensible à la Force.

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                      Post n°12
                      Auteur : Pete Jeabro

                      Pete jeta le sac sur ses épaules. Il se tenait devant la ferme de Karib et Sylla. Au-dessus de lui, le soleil était déjà haut dans le ciel : c’était le milieu de la matinée. L’ensemble de la famille se tenait sur le pas de la porte, y compris Aspie, leur droïde assistant. Tous étaient venus dire au-revoir au voyageur qu’ils avaient accueilli ces derniers mois. Pete avait effectivement meilleure allure que le jour de son arrivée. Avec le temps -et une alimentation riche- il avait regagné des forces. Le creux de ses joues avait disparu et, lorsqu’il se regardait dans un miroir, ses côtes n’étaient plus visibles. Le Jedi avait aussi beaucoup dormi et médité, lui redonnant une énergie dont il manquait cruellement à son arrivée. Ce long temps de repos et de convalescence lui avait permis d’atteindre un certain niveau de sérénité, d’autant plus que sa querelle avec Karib s’était bien terminée.

                      Passé le choc de la conversation avec Sylla, Pete avait décidé de réunir les deux parents au petit matin pour mettre les choses au clair une bonne fois pour toute. Il avait d’abord présenté ses excuses à Karib, qui s’était en réalité montré très compréhensif. La paysan avait fait part, à son égard, d’un certain emportement qu’il avait mis de côté aussi rapidement qu’il lui était venu. Autrement dit, Pete s’était encore une fois pris la tête sur un soucis imaginaire. Enfin, pas vraiment : le Jedi savait que, contrairement aux dires de Karib qui se voulait apaisant, celui-ci lui en avait voulu pendant plusieurs jours. Il entendait encore les bribes de conversation qu’il avait saisis entre deux moments de fièvre. Quoi qu’il en soit, tous avaient réalisé qu’ils étaient du même avis : hors de question d’éloigner Ugo de sa famille. Surtout qu’il n’était en aucun cas sensible à la Force. Cependant, la question s’était rapidement tournée sur le sujet de Sylla. Même si Pete estimait plus acceptable de l’emmener avec elle, le problème de fond restait le même : pouvait-on réellement priver Ugo de sa mère ? Pour Karib, c’était un « non » ferme et définitif. Pour Pete, c’était à Sylla de prendre la décision. Et pour Sylla... Elle était dans le flou le plus total.

                      Pete comprenait son désarroi : elle venait tout juste de prendre conscience de quelque chose d’immense. Cette différence qu’elle avait toujours perçue en elle était désormais explicable. Outre cette découverte, qui était un choc, elle apprenait disposer de facultés rares et d’un potentiel qu’elle pouvait, si elle le désirait, étoffer. Cette révélation conduisait à une dernière possibilité : celle de rejoindre, en la personne de Pete, un ordre ancestral qui formait les personnes sensitives, comme elle, à mieux comprendre leurs pouvoirs et à les utiliser avec responsabilité. Mais, d’un autre côté, le prix à payer était inenvisageable : se séparer définitivement de son mari, de son fils et de sa vie sur Naboo. Il n’avait donc pas fallu longtemps à Sylla avant de décliner l’offre muette de Pete : non, elle ne viendrait pas avec lui. Elle préférait rester avec sa famille. Bien évidemment, le Jedi s’était montré compréhensif. Il n’avait pas même insisté. D’une part, il se voyait mal arracher Sylla à ses proches. D’autre part, il ne savait pas encore où il allait. Donc il ne préférait pas s’associer à quelqu’un qu’il devrait prendre en charge. Sylla était probablement débrouillarde, mais elle aurait eu affaire à un environnement auquel elle n’était pas familière -pas beaucoup moins que Pete, soit dit en passant. Le jeune homme avait donc accepté la décision du couple, avant d’annoncer son départ.

                      Le voilà donc sur le seuil du foyer qui l’avait si convenablement accueilli. Une dernière fois, Pete regarda ses hôtes, avant de les saluer un à un. À Sylla, il glissa :


                      - N’oubliez pas : Ouinouin Pinedhuitre. Il pourra vous aider.

                      Ouinouin était un contrebandier que Pete avait rencontré lorsqu’il avait fuit l’empire. Les deux comparses avaient sympathisé sur Ilum, alors qu’ils recherchaient des cristaux. Pete, à l’époque, voulait construire son sabre-laser. Ouinouin, quant à lui, agissait pour d’obscures raisons, que Pete ne perça jamais à jour. Le contrebandier avait gagné sa confiance en s’interposant face aux droïdes de la Confédération des Systèmes Indépendants : au péril de sa vie, il avait couvert la fuite de Pete. Heureusement, les choses s’étaient bien terminées et le duo avait pu rejoindre le Sanctuaire Jedi d’Endor. Les deux amis s’étaient séparés à leur arrivée et, pour tout dire, Pete ignorait complètement ce qu’était devenu son compagnon d’infortune. Mais il était sûr d’une chose : si Sylla désirait finalement rejoindre le Sanctuaire d’Endor, c’était bien Ouinouin qui pourrait l’y aider. Car, maintenant que Pete prenait congé de la famille, il doutait de leur capacité à entrer de nouveau en contact. Le jeune homme ignorait tout de son avenir, mais il n’était pas certain de revenir de si tôt sur Naboo. Encore moins s’il y était considéré comme un fugitif.

                      Ugo insista pour faire un dernier câlin, que Pete accepta avec son air habituel air gêné. Malgré tout, le temps avait rendu le garçon plus affectueux et Pete, au fond de lui, sentait qu’il s’était vraiment attaché à cette famille. Puis, prenant son courage à deux mains, il desserra l’étreinte d’Ugo, salua Karib, Sylla et Aspie et s’éloigna de la ferme. Il avança ainsi à travers champs, prenant la direction de Theed. Pete n’avait pas de réel plan en tête. Il souhaitait avant tout glaner des informations dans la capitale. À partir de là, peut-être saurait-il ce qu’était advenue Endollorean ? Et peut-être saurait-il comment se faufiler dans l’astroport pour y récupérer le vaisseau avec lequel il était arrivé ? C’était une mission délicate, à n’en pas douter, car il devait être sous bonne garde. Les possibilités étaient grandes et Pete n’avait, pour le moment, pas assez d’informations pour se projeter convenablement. Quoi qu’il en soit, il désirait quitter la planète au plus vite. Malheureusement, avec plusieurs mois de retard, il voyait mal comment résoudre une enquête. D’autant plus que les choses semblaient s’être stabilisées. Karib, Sylla et Ugo ne semblaient pas vivre dans l’inquiétude permanente, bien au contraire.

                      Une fois à bord du vaisseau, où irait-il ? Pete n’avait toujours pas trouvé la réponse à sa question. Le bon sens lui dirait de retourner sur Endor. C’était désormais son foyer et, auprès des Jedi, il trouverait aisément conseil pour se remettre de ce qu’il avait vécu sur Naboo et se projeter vers la suite. En plus, ses proches se trouvaient là-bas : Phyl, Tev, Yae-Wan. Pete savait qu’auprès d’eux, il retrouverait un réconfort évident. Mais, une autre voix, à l’intérieur de lui, laissait entendre que c’était-là la solution de facilité ; qu’il pouvait aspirer à d’autres choses ; que les différentes pièces d’un même puzzle se trouvaient devant lui et qu’il ne parvenait pas à les voir. Cette petite voix, c’était celle du fantôme : « Retourne à l’origine de toutes choses », lui avait-elle dit. Mais qu’était-ce ?

                      À cette question non-plus, Pete n’avait pas la réponse. Il était certain de la trouver dans les songes récents qu’il avait fait, mais il ne parvenait pas encore à les tirer au clair. C’était peut-être ça, les fameuses pièces du puzzle qu’il ne parvenait pas à voir. Aux yeux de Pete, l’« origine de toutes choses » pouvait, justement, recouvrir à peu près tout et n’importe quoi. Était-ce Broh, l’endroit où il avait grandi et où il avait affronté sa mère dans un combat à mort ? Était-ce Coruscant, l’endroit où il avait rencontré Phyl Reez et décidé de quitter l’Empire ? Était-ce la Montagne Noire, l’endroit où il avait assisté à la trahison de Sam ? Où était-ce quelque chose qui n’avait rien à voir avec lui ? Pete nageait dans l’inconnu. Ces trois endroits, il les avait vus en rêve : des rêves étranges, semblables à la réalité mais pourtant différents.

                      Pete s’interrompit soudain, frappé par une pensée surprenante. Il était toujours dans les champs et venait d’arriver à une intersection. Mais ce n’était pas ce qui l’avait interpellé. Est-ce que... ? Non, c’était trop invraisemblable ! C’était trop éloigné de la philosophie Jedi ! Est-ce que... ? Pete n’osait même pas formuler cette pensée, tant elle lui paraissait incongrue. Il repensait à son dernier rêve et à la surprenante rencontre qu'il y avait faite.

                      Est-ce que sa mission était de retrouver Sam ?

                      Pete avait du mal à y croire. Ça lui paraissait absurde ! Les Jedi bannissaient toute forme de dépendance. Donc Pete trouvait vraiment incongru qu’un fantôme définisse sa quête comme étant centrée autour d’une unique personne. Et puis, ça n’avait aucun sens ! C’était inconcevable qu’à l’époque où avait vécu le fantôme, il ait déjà cherché à arrêter Sam. Celui-ci ne devait être qu’un enfant ! Mais, d'un autre côté, le jeune homme ne pouvait nier que l'ombre de Sam n'avait cessé de le hanter depuis sa sortie de la Montagne Noire. Au fond de lui, Pete avait une épouvantable crainte : celle de devenir comme Sam. Celle de basculer à son tour, au moment le plus critique, comme Sam avait fini par faire dans les entrailles de la Montagne Noire. Pete refusait catégoriquement de devenir ce Jedi déchu ! Alors peut-être que le seul moyen d'y parvenir était de se confronter à l'être qui le terrifiait tant ?

                      Encore une fois, Pete était confus. Le fantôme l’avait laissé dans le flou et les messages envoyés par la Force n’étaient pas toujours clairs. À l’instant, il se trouvait à cette intersection, au croisement de deux idées que tout semblait opposer. Devait-il retourner parmi les Jedi ? Ou devait-il chercher à savoir ce qu’était devenu Sam ?



                      Spoiler : À suivre...
                      ... La fuite de Naboo !

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