- Danta -
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Post n°1
Auteur : Dam DOnOsPendant que certains préparent leur escapade dans les bois, d’autre se promène dans les couloirs...
Ce ne serait que « Provisoire », lui avait-on dit. Un « provisoire » qui perdure dans le temps pense Danta en parcourant les couloirs du palais d’un pas sans hâte, léger et assuré. Cela remonte à si longtemps et pourtant, tous souvenirs lui reviennent, par habitude, en tête comme si quelques événements ont eu lieu hier ou à peine quelques heures. Avant de quitter les siens, ce jour-là, elle se rappelle encore. Au sein de sa tribu, comme dans toutes autres tribus d’ailleurs, toutes les décisions importantes sont toujours prises collectivement par cinq à six aînés, choisis parmi les membres les plus expérimentés et les plus âgés de leur groupe. Ils étaient assis là en cercle au cœur de la grande tente centrale. Accompagnée de ses proches, la Dantari y avait été conviée. Elle n’était plus une enfant depuis fort longtemps, elle aurait pu s’y rendre seule, mais leur présence était explicitement demandée, même si dans leur coutume, un dantari atteint l’âge adulte à douze ans et que celle-ci les avait dépassés du haut de ses dix-neuf ans. C’est le « Garoo » qui en avait donné l’ordre. Il n’est pas seulement membre très respecté de la tribu mais surtout un individu particulier considéré comme une autorité d'une importance particulière par ses pairs, et lorsqu’il ordonne, sans commentaire, sans question, on s’exécute. C’est ainsi que cette jeune femme, son père, sa mère, son jeune frère, même sa sœur aînée, le mari de celle-ci et leurs enfants ont pris place au milieu de ce cercle.
Danta progresse toujours dans les couloirs, l’esprit ailleurs, mais le regard dans le présent, à chaque personne rencontrée, elle rend leur salut. Danta en a fait du chemin. Mais elle poursuit l’image de ce jour où elle avait quitté le village.
Après une entrevue très longue, interminable pour chacun, les explications ont été données à toutes personnes présentes sous cette tente. De toute façon la décision était prise, le choix était fait et nul ne pouvait refuser. Il semblait qu’à cet instant, à la demande de la cour de Dantooine, qu’une servante Dantari, jeune, discrète était demandée. Elle se souvient d’ailleurs de celui qui avait envoyé la demande express, un certain Man Dela, proche du roi. Les « anciens » s’étaient réunis et en quelques secondes, ils avaient conclu.
Après l’annonce fait par ces anciens, l’autorité mit fin à l’entrevue par un « - Il n’y a pas de temps à perdre. ». C’était dit, ainsi la Dantari et sa famille apprirent en quelques heures ce départ pour le Palais Royal. C’est en ces mêmes quelques heures, qu’elle quitta père, mère, frères, sœur, neveux et nièces en compagnie d’une escorte afin de rejoindre l’appareil du gouvernement de Dantooine sous les yeux étonnés d’un dantari mâle du même âge qui la regardait s’éloigner bêche et râteau en main. La jeune demoiselle croisa son regard et pour seules gestes ses lèvres articulaient un « c’est provisoire » tandis que sa main droite lui fit un dernier adieu. Elle prit place à bord. La dernière image qu’elle avait gardée avant le décollage et même lorsque on pouvait le confondre qu’avec ces petits cailloux sur le sol, c’était celle de ce « galant », promis, prétendant, le seul peut-être qui n’y a pas cru à ce « provisoire » puisqu’il ne lui a fallu que peu de temps pour prendre femme et enfants, et mené sa vie comme il en a toujours relatée. La dantari ne lui en voulait pas et a paru soulager lorsqu’elle l’a appris. Etait-ce de son initiative ? C’était peut-être même sous la demande du « Garoo », que cela ne l’étonnerait pas.
- Sa majesté n’est pas encore de retour ? La voix la fait sursauter. A peine sortie de ses songes, elle s’en presse d’apporter réponse.
- Non, non ! Sir Raymond ! Mais elle ne saurait tarder.
- Vous étiez, me semble-t-il, plongé dans vos pensées. J’espère ne pas avoir ...
- Ne vous en faîtes pas rien de grave, Sir.... C’est ... Rassurez-vous ! Vous savez bien qu’une femme n’est jamais inactive soit elle agit, soit elle pense ! Fait-elle sur un large sourire
- Ha, oui ! Je vois ! ... Ben je vous laisse, j’ai à faire... Bonne journée ! Puis il tourne les talons et s’en va presque à pas de course sous l’œil surprise de la jeune femme.
Mais la surprise est de courte durée, elle reprend sa route, sa traversée du couloir. Aucun bruit n’émane de dessous ses pas, d’une légèreté, ses pieds se posent sur le sol comme si elle l’effleurait. Et dès le premier mouvement de sa marche, l’esprit rejoint les images du passé.
C’était ces premiers pas dans le palais, le début d’une nouvelle... Vie. Tout comme pour Dam DOnOs. Cette jeune Gand ramenée par le Souverain lui-même et il était là l’urgence, être au service de la nouvelle Reine de Dantooine. Deux êtres dont tout s’oppose que le destin ou le hasard, chacun son interprétation, a mis sur la même route. Deux entités différentes ! La première avait grandi entouré des siens au cœur de la plaine verdoyante de Dantooine, travaillant la terre pour vivre. La seconde, c’était sur une planète glaciale au milieu de bêtes féroces qu’elle essayait de garder la vie sauve. L’une était autant rebelle que l’autre était timide. Une timidité qui tenait à un manque d’assurance, une perte de confiance lorsqu’il fallait s’exprimer en Basic, alors que parler dans sa langue maternelle, le Dantarian, était bien plus aisé. Un langage qui se limitait d’un ensemble de mots parlés complétés par des gestes de la main et des expressions faciales. La rébellion pour l’autre, était liée à une révolte, elle ne voulait pas se soumettre à une vie dite « civilisée » et se rebellait de ne plus avoir sa liberté. Et Pourtant, ces différences sont devenues leur richesse, car elles leur ont rendu complémentaires.
Complémentaires, l’une à l’autre, elles se sont façonnées. Jour après jour, la timidité de la Dantari s’évaporait à vue d’œil sous l’assurance et le caractère bien trempée de la Rebelle qui elle, avait laissé place à un caractère plus serein. La présence de la douce suivante sut étreindre la tempête, le bouillonnement s’estompa, révélant la vraie nature de la Gand, et en même temps Danta prenait beaucoup plus d’assurance, à chaque sortie officielle de sa souveraine, elle était présente, l’obligeant à rencontrer d’autres individus. Et le travail se faisait surtout, lorsqu’il fallait s’employer à prendre des leçons de maintien, de bonne élocution, du savoir être, du savoir faire. Si Danta ne le faisait pas la première, Dam ne voulait pas s’y soumettre trouvant ces pratiques obsolètes, désuètes, et plus que tout, qui la modelaient en ce qu’elle ne voulait être. Alors Danta s’exécutait au grand désespoir du maître de Séance, le plus « protocole » des protocolaires qui s’arrachait les cheveux lorsque les deux femmes se prêtaient au jeu par mimétisme, un brin de taquineries qui souvent se finissaient par des éclats de rire.
Une image, ou plusieurs de ces moments, a du défiler dans sa tête, car tous ceux qui la croisent ne peuvent manquer d’entrevoir ce sourire qui s’affiche sur son minois. Danta les salue, en inclinant légèrement du chef, elle essaie quand même de garder autant de contact possible avec la réalité afin de ne pas se faire surprendre comme précédemment. Elle se demande qui a été le plus surpris des deux. Lui par le bond qu’elle a du faire lorsqu’il lui a adressé la parole ou elle par son accoutrement qui n’avait rien d’habituel. Ce qui est certain c’est que le premier ministre a du penser qu’elle perdait l’esprit, peut-être même comme tous ceux qu’elle croise sur son passage depuis un petit moment déjà. Afin de ne pas se rendre ridicule, soudain sur sa droite le chemin est tentant. Elle l’emprunte, atterrit dans le jardin intérieur, se dirige vers le banc le plus éloigné de l’entrée, et s’y pose. La tête relevée vers ce ciel splendide de clarté. Une douce brise lui caresse le visage. Elle plonge de nouveau dans sa mémoire, afin de faire ce rétrospectif d’elle-même.
Pensant être la servante, elle était .... Dame de compagnie. De dame de compagnie elle était devenue amie. Une amie qui était de toutes confidences. De cette amitié, un lien de fidélité s’est noué, une complicité s’est soudée. Tellement complice que par moment, les gestes, les paroles, se faisaient à l’unisson dans les secrets des alcôves. Certes, elles n’étaient pas de la même espèce, certes on ne pouvait pas dire qu’elles se ressemblaient, loin de là. Et il n’y avait pas photo. Si les Dantari ressemblaient beaucoup aux humains de base, les Gands davantage à la famille des insectoïdes. Mais elles étaient « jumelles » de par leur façon d’être, par leur façon de faire. Comme si elles s’étaient « scannées ». Et malgré ces détails physiques flagrants, il leur est arrivé plusieurs fois, d’ailleurs de jouer des tours, à quelques habitués du palais. Un petit rire étouffé s’échappe de la gorge de Danta, résonnant légèrement dans l’espace verdoyant. Personne à l’horizon, assure son œil aux aguets. Un second ne s’y retient pas.
Ah ! Oui ! Qu’est-ce qu’ils ont bien ri ! Danta emmitouflée sous la cape de la reine, laissant de sortie que son visage affublé d’un masque en silicone et des accessoires que toutes deux avaient fait fabriquer par un bon artisan du coin, payé gracieusement. Tout ça pourquoi ? Juste pour le plaisir de voir jusqu’où elles pouvaient pousser le jeu, par amusement et aussi quelques fois pour que Dam puisse s’aventurer seule hors du palais, sans garde et surtout afin que son escapade ne soit pas découvert. D’ailleurs, même le roi n’avait pas vu ce tour de « passe-passe », lorsqu’il l’avait croisé juste avant qu’elle ne rentre rapidement dans les appartements de Dam. Elle espérait surtout qu’il n’en sache rien, d’un pour ne pas le fâcher et de deux, ce genre de « tour » est si amusant surtout quand d’autres n’y voyaient que du feu. Elles en étaient fières de cette trouvaille. Et cela pouvait se faire car la Danta n’était pas bâtie comme les gens de son espèce. Elle n’était pas plus musclée et plus grande que Dam. Une chance pour les deux « complices », la supercherie marchait à merveille.
Une amie ? Peut-être même bien plus que ça. Et beaucoup ne pourront peut-être pas y comprendre. Bien plus, oui ! Une famille ! Pour l’une celle qu’elle n’a jamais eue et pour l’autre celle qu’elle a due quitter. En dehors de ces « gamineries », de ces jeux infantiles, le travail se faisait et c’était de tout cela que Danta en était et en est la plus fière.
Dam l’avait prouvé et la première reconnaissante de la jeune femme c’était le travail accompli pour les siens. On voyait jadis les Dantari comme des êtres sous-développés, en espèce primitive, vivant en simple nomade errant dans les plaines de Dantooine. La Souveraine de la Couronne a su en faire un peuple digne en leur apportant, soutien. Fort longtemps, et pendant très longtemps, certains étaient heureux d’annoncer en ces quelques phrases « Les Dantari ne possèdent pas la technologie moderne, et ils savent peu de choses sur l’agriculture. » Alors celle qui était devenue la gérante de la planète avec l’aide de Danta avaient apporté le nécessaire afin qu’ils puissent y remédier que cette partie de la population de Dantooine puisse proclamer haut et fort, la tête haute qu’ils ne sont plus à présent une civilisation technologiquement ignorante, même s’ils utilisent toujours des armes simples telles que des haches de pierre et des lances, pas que pour chasser les animaux. Non, non, pas que ! Aussi et surtout pour faire perdurer des traditions auprès des plus jeunes. Car sans promouvoir ses traditions, un peuple se meurt.
C’est grâce à ce genre de procédé que l’héritage perdure, c’est pour cela qu’un grand nombre de Dantari, après quelques enseignements supplémentaires, ont pu intégrer les écoles et poursuivent leur route au sein des grands hôpitaux de la planète en amenant avec eux leur connaissance approfondie des propriétés médicinales de la flore et de la faune locale, par exemple la racine de la plante Vincha, pour ne citer qu’elle, pour ses incroyables pouvoirs anesthésiques.
En parlant du pouvoir anesthésiant, il faudrait peut-être ne pas s'en dormir. Il y a encore du travail à accomplir, il n’est pas encore l’heure de la pause déjeuner.** - Eh, bien, nous sommes ici depuis de nombreuses lunes...**
Comme revenue d’un autre monde, Danta se met debout. Danta est prête à atteindre sa destination, encore quelques foulées légères tout droit et elle arrive. Elle décide d’emprunter un couloir moins fréquenté et poursuit son chemin. Son chemin et son histoire.
Les dernières paroles du « Garoo » lui reviennent en tête. « - Ce n’est que provisoire.... Ta situation ... ne sera que provisoire... Aie Confiance ! » Une phrase qu’il avait prononcée lorsqu’il lui avait saisi le bras, et elle pense avoir tout compris, ce que c’était ce « provisoire »
De suivante à Amie, elle est devenue le bras droit de la directrice de l’Association Secours-Sans-Frontière. Quand Dam est occupée pour les affaires de la Politique, c’est elle qui veille au bon fonctionnement. Elle regarde le ciel afin de définir l’heure qu’il était, depuis tôt ce matin, elle n'avait pas encore mangé. Qu’importe, elle peut encore patienter parce qu'elle sait qu'il y a encore quelque destin à accomplir.
