Un simple foyer
-
Post n°1
Auteur : Trent KithUne ombre épaisse écrasait les alentours. Trent ne parvenait pas à se tenir droit, quelque chose le forçait à rester vouter. Cette position, ainsi que l’absence d’ouverture visuelle l’oppressaient de plus en plus. Il ne savait pas depuis combien de temps il se trouvait ainsi, des secondes, des heures ? Peut-être des années ? A cette pensée, à l’idée même de rester ainsi éternellement, Kith sentit que son mental s’écroulait, que son esprit lui échappait, ce qui en soit était plutôt embêtant pour lui. Puis une lueur rouge s’étira à sa gauche. Depuis quand était-elle présente, il ne le savait pas non plus.
Trent fit un effort extraordinaire pour tourner son regard vers cette lumière qui s’étendait de plus en plus. Tout autour de lui, l’environnement changea. Inconsciemment, son esprit martial le remarqua, étant habitué à s’adapter le plus rapidement possible aux divers changements qui pouvaient avoir lieu, au cours d’une mission. Ses yeux fixaient enfin la source de la lueur. Un puit de lumière rouge, tellement puissant que son centre était d’une blancheur parfaite, se trouvait face à lui.
Un puits, qui tranquillement prenait la forme d’une longue cicatrice. Autour de lui, l’ombre se changeait en brume grisâtre, le sol en boue spongieuse, et une odeur de pourriture et d’ozone envahissait les sinus du jeune homme.
Un hurlement déchira le silence, et la balafre rouge se jeta sur lui. Trent, toujours courbé, ne put qu’opposer faiblement son bras gauche, gémissant devant l’inévitable. Dans un éclair de lucidité, son esprit comprit qu’il avait déjà vécu cette scène, puis la lame laser s’abattit implacablement sur son bras de chair.
Trent s’étrangla doucement, tandis qu’il se réveillait. Les nimbes obscurs de son cauchemar se dissipaient à peine, le laissant de cet étrange état, qui fait que l’on ne sait pas si l’on a quitté le rêve ou pas. Sa main droite agrippait fermement le drap blanc légèrement taché de sueur. Bougeant rapidement ses yeux, il constata que son bras gauche était toujours là. Puis il le sentit de nouveau, masse froide et inamovible, simplement posée sur le matelas de sa couchette. Déglutissant avec difficulté, il se leva tremblotant et se dirigea vers les douches.
Une petite dizaine de minutes plus tard, Trent fixait attentivement le miroir de sa chambre, s’appliquant à éliminer les poils de barbe qui poussaient le long de son menton. En tant que sous-officier, il avait droit aux baraquements réservés à son grade, et il lui semblait bien que ceux-ci étaient d’un stade légèrement supérieur à ceux des troupes de base, qu’il avait eu l’habitude de fréquenter. Passant une dernière fois une poignée d’eau sur son visage, le jeune homme enfila sa veste gris-vert de son uniforme simple. Boutonnant les dernières attaches, il planta une dernière fois son regard dans la glace, et y aperçut enfin le lieutenant Trent Kith de l’Armée de la République. Il soupira lentement, et enfila sa casquette.
Cela faisait bien longtemps que Trent n’avait pas enfilé son uniforme de repos, la sensation lui était étrange, surtout qu’au cours des dernières 24 heures il n’avait porté que son armure, même durant sa petite sieste au Sénat. Il accrocha son blaster au holster, et fixa les galons de lieutenant sur sa veste. Il n’avait maintenant plus qu’un vague souvenir de son cauchemar, mais son goût était encore présent dans son palais, un goût âpre, métallique, qui parvenait à dessécher sa gorge. Leur petite excursion sur Dagobah l’avait plus affecté qui ne le pensait.
Entre l’ancienne académie de Dantooine, cette saleté de boule de boue de Dagobah, et l’Enclave Sith où il avait mariné un certain temps, il avait pris une sacré dose de Force de plein fouet. L’énergie du côté obscur était sûrement la pire, elle réactivait de vieux souvenirs, enfouis au fin fond de sa mémoire, des peurs irrationnelles, et des événements que Trent aurait préféré ne jamais connaître. Il massa son bras gauche, sans rien ressentir, et sortit de la chambre.
Normalement, il aurait dû rencontrer un colocataire, un autre sous-officier, mais il semblait bien que plusieurs baraquements dans son secteur de la garnison fussent vides. Suspicieusement, Trent se demanda si cela avait un quelconque rapport avec la transition gouvernementale.
* Des loyalistes qui auraient désertés ? Ca expliquerait certaine décomposition des unités… Ou alors l’état-major a procédé à des roulements et des changements massifs d’affectations, pour éviter que les soldats se fassent la malle…Ces pensées occupaient toujours Trent lorsqu’il s’installa sur un des bancs de la plateforme d’observation, avec une barre de rations et un café brûlant. Autour de lui, Coruscant grouillait toujours, la seule différence était la lumière du jeune soleil de l’aube, entamant sa course vers le zénith. Un calme étrange régnait, et derrière cette grande baie vitrée du camp militaire, Kith frissonna. L’entraînement psychologique des soldats est suffisant pour qu’ils sachent se tenir en public, mais Trent se demanda si les pontes militaires n’avaient jamais pensé que l’endoctrinement ne parviendrait jamais à calmer leur for intérieur.
Il but une gorgée chaude de son liquide caféiné, et termina sa ration. Ce genre de temps de latence, ces quelques pauses qui survenaient parfois dans sa vie, faisaient que Trent se perdait dans ses réflexions, le regard fixé vers le lointain. Ses mésaventures récentes et nombreuses avec la Force l’avaient quelque part profondément touché, bien qu’il se refusa de l’admettre.
En effet, comment lui, fidèle lieutenant de l’armée, qui avait subi de nombreuses fois l’expérience du feu, l’horreur des combats, et les blessures, comment lui pouvait-il être atteint par une puissance invisible, maitrisée par quelques élus ? Ridicule, une bonne vieille blague bonne pour les obscurantistes et autres bouseux de la Bordure Médiane.
N’empêche que cette saleté….Son datapad personnel vibra. Nouveaux ordres, nouvelle affectation. Il se releva, jeta son gobelet dans une poubelle, et se mit en route vers le point de rassemblement Sigma-7, qu’on lui avait attribué. La pause était finie, la pensée aussi, revenait le devoir et sa charge. Il ne les avait quittés que pour mieux les retrouver. Mais cette idée pour la première fois, lui fit se sentir un peu mieux.
Une dizaine de minutes plus tard, Trent se retrouvait devant le lieu de rendez-vous, une salle plutôt spacieuse et bien éclairée, dans le pur style des garnisons kaminoannes. Quelques soldats circulaient dans les alentours, et devant une table en arc de cercle se trouvaient plusieurs projecteurs holographiques. Un petit groupe d’officiers se tenaient devant, conversant à voix basse. Le jeune homme distingua un grade de colonel et un autre de capitaine. Il y avait aussi un lieutenant et une caporale. Cependant, les uniformes du capitaine et des deux autres sous-officiers étaient différents du sien et de celui du colonel.
Tandis qu’il s’approchait du petit groupe, faisant résonner ses bottes noires cirées, son esprit s’activait. Les autres uniformes étaient ceux de la Marine, un peu plus sombres que ceux de l’infanterie, et une coupe plus originale que ceux très rigoureux de l’Armée de Terre. A son de ses pas, le petit groupe se retourna doucement, et une ouverture se créa furtivement pour lui laisser une place. Cette ambiance tranquille et propre, cette délicatesse dans les gestes des officiers, les non-dits et le langage des corps, tout ceci était assez nouveau pour Kith, promu lieutenant en 2 jours.
Quand on est simple soldat qui crapahute dans la boue, on trouve ce genre de manèges ridicules et factices. Pourtant, c’est… C’est carrément plus agréable comme ça. Ca y est, je vais finir vieux rond de cuir… *
Cette pensée glissa dans son mental au moment où il faisait claquer ses talons et saluait, raide comme à la parade devant les autres personnes. Les deux sous-officiers de la Marine parurent se renfrogner un peu, tandis que le capitaine levait un sourcil perplexe. Le colonel, le seul clone du groupe, abordait un léger sourire.
- Repos lieutenant Kith. Je me présente, colonel Thor, voici le capitaine de vaisseau Prajda, le lieutenant de bord Seil et la caporale Aald.
Le jeune homme hocha la tête vers chaque visage qui se présentait à lui, ces derniers étant trop froid à son goût. Il se sentit mal à l’aise rapidement. Détectant ce qu’il se passait, Thor se tourna vers les autres.
- J’aurais dû préciser que notre lieutenant a reçu son grade, ainsi que celui d’adjudant auparavant, au cours des dernières 48h. Il est possible qu’il ne soit pas très au fait des protocoles et autres politesses qui interviennent en plus haut lieu.
- Comment avez-vous obtenu ces grades, lieutenant ? demanda d’un ton neutre le capitaine Prajda.
- Le premier est une promotion de terrain monsieur, j’ai mené une escouade sur Dagobah, accompagné de de deux gardes républicains. Le deuxième m’a été donné à mon retour sur Coruscant, et mon affectation à l’Enclave, hier soir.
- Quoi qu’il en soit, ce n’est pas pour échanger des banalités officielles que nous nous sommes réunis. Je pense que vous comprenez lieutenant Kith, que nous vivons des temps extraordinaires. Et ce genre d’événements entraîne toujours son lot de réforme, n’est-ce pas ?
Les autres officiers hochèrent la tête de concert, Trent le fit un peu à contre temps.
- Toujours est-il que dans le cas de l’institution militaire, ces réformes sont en train d’être établies, pour être en accord avec les nouvelles aspirations du gouvernement. La commission à l’Armée, qui est donc dans l’attente d’être réélue, continue pourtant la lancée d’un projet qui avait été imaginé sous l’Empire, et désormais largement approuvée par la République, comme quoi…
La phrase du colonel resta énigmatiquement en suspens. Prajda eu un sourire étrange, et Seil eu son regard assombrit. Kith compris rapidement ce qui se passait, mais resta silencieux.
- Le plan général est très simple, il s’agit de simplement renforcer la Flotte spatiale de la République. Si vous n’avez pas dormis sur les bancs de l’Académie, Kith, cela ne vous a pas échappé que les flottes de la Marine sont déployées un peu partout sur les secteurs où des planètes sont rattachées à la République. Grâce aux efforts de l’amiral Codor, ces flottes furent standardisées, et sont polyvalentes. Elles fournissent à la Marine une puissance d’action importante, puisque pouvant être déployées rapidement dans toute la Galaxie.
Il y eut encore des hochements de tête.
- Cependant, bien qu’il fût un temps où ces flottes représentaient la puissance même de l’Empire, cette époque est révolue. Pour ne citer qu’elle, la CSI dispose maintenant d’une flotte capable de faire jeu égal avec la nôtre, et ce n’est qu’une question de temps avant qu’elle ne nous surclasse. Nous pouvons, bien évidemment, nous appuyer sur les flottes planétaires des nations qui composent la République, mais ce serait négliger notre indépendance, et retarder l’échéance d’une défaite spatiale certaine. Il faut donc désormais changer notre conception de la Flotte, mais aussi et bien évidemment les navires qui la composent.
Le colonel s’approcha des hologrammes, tandis que le petit groupe le suivait du regard. Plusieurs représentations de croiseurs, frégates et autres vaisseaux s’affichèrent, ainsi que des cartes de secteurs galactiques.
- Il y a plusieurs chantiers navals un peu partout dans la galaxie, mais le plus important qui soit au service de la République se trouve sur Mon Calamari. Ceci nous amène à votre mission lieutenant Kith. Vous êtes chargé par l’Etat-major, de présenter un rapport d’études sur les bâtiments de gros tonnage que nous proposent les chantiers Mon Cals. Estimez lesquels pourraient le mieux convenir à la Marine, croisez vos données, et fournissez les à l’Etat-major, ils décideront sur la base de votre étude. Le lieutenant Seil et la caporale Aald vous épauleront dans votre démarche.
Trent déglutit avec peine, tandis que son crâne chauffait sous sa casquette. Le colonel Thor mis en veille les appareils et se rapprocha du groupe, en se tournant vers Prajda.
- Je pense que vous pouvez commencer à préparer vos officiers juniors. Le départ aura lieu dans deux heures, sur les plateformes de la garnison.
Prajda hocha la tête, l’air très sérieux, et fit signe aux deux autres de le suivre. Quelques instants les officiers de la Marine avaient disparu. Le colonel compulsait des paquets de feuilles sur la table principale. Kith, la gorge desséchée n’en revenait toujours pas. Il s’était attendu à une mission spéciale d’escorte, à une intervention sur un navire, à tout sauf à ça. Il s’approcha du colonel.
- Mon colonel, je voudrais m’entretenir avec vous…
- Je vous écoute Kith.
- Hum… Je… J’avoue ne pas comprendre pourquoi je suis chargé d’une telle mission.
- Ha. Effectivement cela peut être problématique pour la suite. Comme je l’ai dit plus tôt, nous vivons des temps extraordinaires, et à temps exceptionnels, mesures exceptionnelles, n’est-ce pas ?
- Mais monsieur, sauf votre respect, c’est une tâche qui incombe uniquement à la Marine. C’est à eux de faire ce genre de choses. Je ne comprends pas pourquoi un lieutenant de l’Armée de Terre devrait mener un rapport sur des affaires spatiales ! Ce serait d’avantage au lieutenant Seil de s’en charger si vous voulez mon avis.
- Malheureusement Kith, j’ai bien peur que votre avis ne compte pas dans cette histoire. Ecoutez, répondez à ces questions : de quel régiment venez-vous ? Qu’avez-vous fait sur Dagobah ? Qu’avez-vous fait hier, ici sur triple zéro ?
- Je ne vois aucun lien entre le 31ème, et mes diverses missions, dont une était du BSI…
- Laissez-moi recoller les morceaux pour vous alors. Le 31ème est un des régiments connu pour son aversion des sith, l’un des plus surveillés du BSI à l’époque. Vous étiez dans le Sénat au cours du soulèvement, vous avez servi le Sénat, non l’Empereur sith. Votre mission sur Dagobah vous a mis en contact direct avec des sensitifs maîtrisant le côté obscur, et hier vous avez défendu et sécurisez l’Enclave Sith contre des intrus, vraisemblablement des pilleurs.
- Je…
- Et vous n’avez toujours pas déserté Kith. Vous êtes toujours dans les rangs de l’Armée, à servir le nouveau régime, là où des milliers de nos frères d’armes sont partis et ont rallié Cathar.
Alors c’était ça. Ce que Kith avait fait, contraint par la situation, les ordres qu’il avait suivi, sans trop se poser de questions, tout ce qui n’avait été qu’un concours de circonstances, tout cela avait été perçu en haut-lieu comme un signe de dévouement pour la République. Il resta interdit quelques secondes.
- On ne peut donner un tel travail qu’à des personnes de confiance. Des personnes dont on est certain de l’allégeance, du camp qu’elles ont choisi. Dernièrement, la Marine est quelque peu mal perçue de par ces agissements envers les flottes planétaires, car elle n’a jamais cédé aux opposants, et a obéit aveuglément aux ordres.
- Vous… L’Etat-major confie des missions concernant la Marine à des officiers d’infanterie, dans l’optique de contrôler l’activité de la Marine ?
- D’une certaine manière oui. Mais ils veulent aussi des regards neufs sur la situation. Et puis nous savons trouver les talents, et bien les utiliser.
Thor fit un sourire énigmatique. Ce sourire lui fit penser au flottement qu’il y avait eu au cours de sa présentation, et aux réactions de Prajda et Seil. Deux attitudes qui ne faisaient que confirmer les dires du colonel.
- Alors votre pause étrange de toute à l’heure… ? C’était pour me montrer cette idée ?
- Quelle pause ? demanda Thor, avec un plus grand sourire.
Trent ouvrit plusieurs fois la bouche, sans rien dire. Il était proprement médusé. Puis quelque chose se libéra au fond de lui. Le sentiment d’être dans la connaissance d’un secret, et d’être dans la confiance des puissants. Quelque chose d’excitant et de terriblement nouveau. Il salua le colonel.
- Colonel, je me mets en route immédiatement pour la mission.
- Vous avez encore une heure et demie lieutenant.Le jeune homme s’éloigna du colonel, et retourna tranquillement vers sa couchette. Trent empaqueta ses affaires dans son sac, et le posa sur le bord de la couchette. Ce serait une mission de courte durée, pas besoin de prendre trop d’affaires. Il se massa la nuque en soupirant puis quitta pour de bon les quartiers résidentiels.
Une dizaine de minutes plus tard, alors que le soleil continuait sa course, il se retrouva à l’air libre. Le vent était plutôt violent et manquait de faire décoller sa casquette. Il grimpa une volée de marche et se retrouva sur une coursive circulaire menant aux diverses plateformes d’atterrissage du fort militaire. La majorité était vide, mais Trent aperçut, avec beaucoup de surprise, une navette confédérée sur l’une d’entre elles. Il se renseigna auprès d’un technicien, et se dirigea vers la plateforme 7, sur laquelle une navette rapide attendait.
Le lieutenant et la caporale était là. Trent s’approcha d’eux, puis contempla la navette d’un air légèrement désabusé.
- J’espère que ce n’est pas notre transport…
- Nous allons rejoindre un galion en orbite avec, déclara Seil.
- Un galion ?
- Oui un appareil commercial que l’Etat-major a réquisitionné pour nous.
Kith hocha lentement la tête, et contempla l’étendue urbaine qui s’étalait en dessous de la plateforme. Sentant que Seil et Aald attendait quelque chose, il les regarda avec un sourire.
- Et bien en avant, la Marine n’attend pas.
Les 3 sous-officiers s’élancèrent vers la navette.