Bienvenue sur SWRPG !

Créé en septembre 2006, ce RPG situé dans l'univers Star Wars a démarré à l'aube de la Guerre des Clones. Nous avons cependant pris une trajectoire bien différente de celle de la saga. 18 ans plus tard, nous voilà dans un univers parallèle aux films de George Lucas, un univers unique dans lequel nos propres personnages ont eu (et auront) un impact sur sa destinée.

Contexte: Il n'y a pas si longtemps que ça, dans une galaxie lointaine, très lointaine... L'Ancienne République influençait les quatre coins de la Galaxie, guidée et protégée par les légendaires Chevaliers Jedi, gardiens de la paix et de la justice. De nombreuses années plus tard, on dénombre de nombreux régimes successifs, mais aucun n'a réussi à s'imposer durablement. Empire Démocrate... Empire Sith... Voilà que les différents chemins empruntés nous ramènent donc à une République Fédérale, sans que l'on soit assuré qu'elle parvienne à durer dans le temps. Une République Fédérale qui décide de miser sur la nouvelle Garde Républicaine, vouée à remplacer un Ordre Jedi dont on refuse le dogme si particulier.

Pendant ce temps, Sith, Séparatistes et Chasseurs de Primes ont su se préserver à différentes échelles de l'échec de l'Ancienne République. Tandis que l'Ordre Sith a connu récemment sa fin sur Cathar, laissant la place à différents cultes bien moins influents mais tout aussi dangereux, les Chasseurs de la Guilde de Dantooine n'ont jamais été aussi nombreux, parcourant les mondes à la recherche de primes qui en valent le coup. La Confédération des Systèmes Indépendants, elle, résiste aux fluctuations du temps et se préserve des menaces extérieures en n'hésitant pas à agir lorsqu'il le faut, comme l'en atteste son intervention musclée sur Cathar. La même Cathar qui avait accepté d'accueillir les Vestiges de l'Empire suite à la scission de l'Empire Sith, et qui aujourd'hui se retrouve sous la tutelle des Séparatistes.

Les temps sont sombres, le ciel annonce de mauvais présages comme c'est le cas à chaque nouvelle ère. Les relations entre les grandes puissances ne sont pas au beau fixe, les Sith sont de nouveaux reclus dans l'ombre -là où ils sont les plus menaçants- et les Jedi se terrent sur Endor, bien décidés à ne pas dévoiler leur présence à ceux qui leur sont hostiles et bien décidés à s'en tenir à leur but éternel : l'étude de la Force.

Jamais une ère de SWRPG n'aura été si indécise et pourtant, il y aura toujours quelqu'un pour bouleverser l’échiquier galactique. Comme ce fut le cas ces huit dernières années. Peut-être que tu seras cette personne, qui sait? Notre Galaxie t'attend !

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    #1

    Post n°1
    Auteur : Asavar Phocas

    Chapitre 1 - Elayne Navarr, première partie :


    "C'est pas vrai... Non... Non ! C'est pas possible ! C'est un cauchemar !"

    La jeune femme hurlait de rage, dévastant l'intérieur de son luxueux appartement de Tyrena dans le violent accès de colère. Comment en était-on arrivé là ? Jetant violemment au sol un dernier vase précieux dans l'espoir de faire disparaître ses envies de meurtre, elle prit finalement un air dépité, résigné. Le regard triste et fatigué, des larmes commençaient à se faire paraître au coin de ses yeux, étalant le maquillage rendu humide le long de ses joues blanches sur lesquelles se dessinaient des traces noires au fur et à mesure que le sanglot s'intensifiait. Comment en était-on arrivé là ?...

    Refoulant son chagrin et sa détresse du mieux qu'elle pouvait, elle prit une grande inspiration et se dirigea à pas lents vers la grande baie vitrée de son salon et s'appuya sur le dossier d'un ample fauteuil. A côté de celui-ci étaient disposés sur une table basse en bois sombre une bouteille de whisky corellien, un verre de cristal et une pile d'ouvrages traitant de sujets allant de la poésie alderaani, qu'elle adorait, à l'étude politique et sociologique des mouvements indépendantistes au sein de la Bordure Extérieure, de l'entrée de la maison Valorum à la chancellerie de la République jusqu'à la crise séparatiste : son sujet de thèse à l'académie de science politique de l'université de Coronet.

    D'ordinaire, elle prenait un immense plaisir à s'affaler dans les coussins en dégustant un verre de l'exquis brevage alcoolisé. Elle prenait alors un datapad ou un livre au hasard, et se plongeait dans des heures et des heures de lecture assidue, jetant de temps à autre un regard à la vue qui s'offrait à elle. Et quelle vue ! La baie vitrée donnait sur un panorama absolument exceptionnel. Luisantes comme des lances d'argent, les tours de la grande cité de Tyrena semblaient s'élever indéfiniment, perçant les cieux tel des fusées. Entre celles-ci, les lignes d'airspeeders défilaient comme des colonies d'insecte, bourdonnantes, grouillantes d'activité. Mais ce qui lui plaisait le plus, c'était sans aucun doute la mer.

    Au zénith, ses eaux étaient d'un bleu intense, profond, hypnotisant. Au crépuscule, elles se teintaient d'une lumière entre le rose et le doré, majestueuse et féérique. La Force seule savait à quel point elle aimait la mer ! Elle était tombée éperdument amoureuse de son imprévisibilité. Ses couleurs n'étaient jamais totalement différentes, et en même jamais tout à fait les mêmes. Lorsqu'elle plongeait son regard dans les eaux lointaines, il lui semblait qu'elle redécouvrait à nouveau le monde qui l'entourait. Elle retrouvait alors l'émerveillement et l'innocence d'ordinaire si caractéristiques des jeunes enfants, et laissait son esprit divaguer au gré des flots, rêvant de mondes lointains, d'aventures et de mystères à découvrir. Tant de lieux inconnus qui ne demandaient qu'à être apprivoisés et conquis ! Oui, elle adorait la mer. Mais ce soir-là, elle n'avait nullement envie de se lover entre les coussins, nullement envie de s'abreuver de connaissances, nullement envie de rêver en plongeant son regard dans les abysses...

    Ce dont elle avait besoin en revanche, à défaut d'en avoir envie, c'était d'un verre du whisky corellien. Elle se saisit de la bouteille et versa abondamment son contenu dans le verre de cristal, qu'elle vida ensuite d'une traite : l'heure n'était ni à la dégustation, ni aux plaisirs de la vie. Une fois le verre vie, elle le reposa sur la table basse et avança vers la vitre. L'astre Corell amorçait son coucher et semblait plonger sous les flots marins. Plus il s'en rapprochait, plus sa couleur virait à un rouge qui évoquait d'ordinaire à la jeune femme la passion et les sentiments amoureux, mais qui lui paraissait alors semblable aux teintes écarlates du sang. Elle observa d'abord l'étoile disparaître, puis jeta un regard à son reflet sur la vitre.

    Elle était belle, cela ne faisait aucun doute. Cependant, elle n'était pas d'une beauté rayonnante qui aveuglait les admirateurs où qu'elle se rende. Non, sa beauté était froide et sophistiquée. Il fallait plonger dans son regard et s'y perdre pour réaliser à quel point sa beauté était à couper le souffle. Sa peau au teint pâle contrastait avec sa chevelure noire de jais, et sur son visage fin trônaient deux magnifiques yeux d'un bleu profond, qu'on avait maintes fois comparé à des saphirs dans le but de la séduire, mais qui étaient néanmoins plus évocateurs de la mer qu'elle chérissait. Oui, elle était belle. Et elle avait haï sa beauté.

    Elle qui avait choisi la voie du prestige et du pouvoir, elle avait dû supporter les regards des observateurs posés sur son corps, et ce tout au long de son parcours. Elle avait dû ignorer les murmures qu'elle entendait derrière elle, lorsqu'elle arpentait les couloirs de l'Académie et des diverses institutions qu'elle avait intégrées après ses études. Non, sa beauté ne la disqualifiait pas pour une fonction politique. Non, le fait qu'elle était une femme ne leur donnait pas le droit de la mépriser. Non, elle ne se laisserait pas faire. Ces porcs... Un jour, elle les ferait payer, tous autant qu'ils sont... Un jour elle leur ferait ravaler leurs paroles et ils imploreraient son pardon, tombant en larmes à ses pieds. Et ce jour-là, elle se servirait un verre de whisky corellien, et avec un sourire glacial, elle savourerait le moment et prendrait plaisir à les voir sombrer dans l'abysse. Mais il y en avait un... L'un d'entre eux était pire, bien pire que tous les autres. Un salopard. Un monstre. Elle était parvenue à éviter ses griffes, mais elle savait que bien d'autres n'avaient pas eu cette chance. Narben... Immonde chiure de Bantha... A bien des reprises, elle avait rêvé de lui crever les yeux et de les lui faire bouffer. Et maintenant, il était le seul candidat à la présidence et le pouvoir lui semblait acquis. Elle qui s'était battue comme une lionne toute sa vie, elle qui avait surmonté toutes les difficultés, elle qui était parvenu à se faire une place dans ce monde détestable et devenir une personnalité influente du Parti, elle devait désormais observer tous ses efforts devenir inutiles, impuissante, contrainte de faire le deuil de l'œuvre de toute une vie.

    Elayne Navarr essuya ses larmes. Son regard s'emplit de colère et, serrant les dents et s'enfonçant les ongles dans sa paume droite jusqu'au sang, elle alla se resservir un verre de whisky.

    Comment en était-on arrivé là ?...
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      #2

      Post n°2
      Auteur : Asavar Phocas

      Chapitre 2 - Lorne Romanski, première partie :


      Quelle tragédie... Il avait... Il avait... quoi exactement ? Que était son âge à ce môme ? A quel âge s'engage-t-on sur la voie peu reluisante de la contrebande quand on a grandi dans les basses couches de la société corellienne ? Dix-huit ans ? Dix-neuf, peut-être ? Pas plus en tout cas. Peu importait, après tout... Ce n'était qu'un enfant. Un jeune garçon issu de la lie de la société corellienne, des déchets dont les notables refusaient de prendre en considération l'existence même. Ils n'étaient rien. Absolument rien. Ils rêvaient de devenir tout. Ils rêvaient de sortir de la misère et de se lancer à la conquête des étoiles. Oui, c'était ce genre de gamin. Un gosse qui rêvait d'une vie de contrebandier, à parcourir la galaxie, à l'explorer d'une extrémité à l'autre, sans en manquer une miette. C'était un beau rêve pour un enfant, mais le chemin de la criminalité était le prix à payer pour espérer voir un jour ce fantasme devenir une réalité. Pourtant, le souci de justice sociale des présidents Mufus et Fear avait amélioré les choses ! Mais rien n'y faisait. Corellia était ainsi faite. Encore et toujours, des enfants aspiraient à une vie d'aventures et faisaient des choix stupides.

      Le nom de cet enfant n'avait aucune importance. Ce soir serait son dernier soir en ce monde et personne ne s'en souciait. Il aurait pu éviter tout cela ! Il ne l'a pas fait.

      Ses boucles blondes étaient trempées de sueur. Ses yeux verts, emplis de terreur, tranchaient avec le carmin du sang qui se répandaient sur son manteau depuis la profonde entaille visible sur son dos. La douleur était atroce. L'Autre ne l'avait pas manqué. Le goût métallique de l'hémoglobine envahissait sa bouche, et tandis que des gouttes de transpiration se formaient sur son front, des larmes commençaient à leur tour à se faire visibles sur ses joues. Des larmes abondantes. Les dernières larmes du condamné. Il courrait pourtant ! Usant de toutes les forces qui lui restaient, il faisait un ultime effort. Surmontant la peur et le calvaire que lui faisait subir la plaie dans son dos, il repoussait les limites de ce que son corps était capable d'accomplir. La force de caractère de ce jeune garçon était admirable. Il ne mourrait pas ici. Il n'avait le droit de mourir ici, dans l'indifférence générale, au milieu des ordures de ce quartier malfamé de la cité basse de Coronet. Et il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour surmonter cette épreuve. Malheureusement, cela ne suffirait pas. Alors que les souvenirs défilaient les uns après les autres dans son esprit rendu plus vif que jamais par l'adrénaline, une question lui vint à l'esprit.

      Comment en était-il arrivé là déjà ? Ah, oui ! C'est vrai. L'espace d'un instant, avant qu'il ne se lance dans sa course effrénée pour la survie, la douleur avait failli lui faire tout oublier, y compris son propre nom.

      Ce devait être un travail simple. Le patron avait été très clair. Tout ce qu'il devait faire, c'était suivre ce type, noter le moindre de ses faits et gestes. Prendre en note ses habitudes, les lieux où il se rendait, ce genre de choses... S'il réussissait ce boulot, le patron le mettrait sur les rails et ferait de lui quelqu'un ! Il apprendrait auprès des meilleurs contrebandiers de Corellia. Peut-être même serait-il un jour jugé suffisamment talentueux pour se voir confier son propre vaisseau ! Quelle fierté ! Rien au monde ne le mettait plus en joie que cette idée. Tout ce qu'il devait faire, c'était accomplir le travail. Ça avait pourtant l'air tellement facile, à première vue...

      Mais l'Autre, lui, s'était avéré être beaucoup moins conciliant que ce à quoi le jeune homme s'attendait. Pourtant, il n'avait l'air de rien à la base. Un type grisonnant, ayant certainement dépassé la quarantaine, semblant un peu malingre, toujours le sourire aux lèvres. Le jeune homme avait d'ailleurs trouvé ça étonnant. Qu'est-ce qui pouvait bien intéresser le patron chez ce type banal ? Car avant cette soirée fatidique, il n'avait jamais observé chez cet homme quoi que ce soit qui sortait de l'ordinaire ! C'en était presque ennuyeux. Le patron avait refusé de lui donner ne serait-ce que le nom de cet homme. C'était vraiment très étrange.

      Le fil de ses pensées fut coupé par une vibrolame qui vint se loger tel un éclair dans le mur à côté de lui. Elle était passée à quelques millimètres de son crâne. Il aurait d'ailleurs juré avoir entendu le bourdonnement de l'arme lorsqu'elle avait longé son oreille droite avant de se planter dans la paroi du taudis. Le jeune homme s'arrêta. La panique le gagna et il sentit son cœur battre si fort qu'il en exploserait presque. Il tourna lentement la tête vers l'extrémité de la ruelle déserte. Là, il le voyait, Lui, immobile, se tenant dans l'obscurité. La lumière rouge des néons d'une boutique se situant dans la rue avoisinante lui permettait de distinguer le contours de sa silhouette malgré la pénombre. Il semblait être le Diable en personne. Une ombre enveloppée par les flammes rougeoyantes de l'Enfer. Un être quasi-divin animé par une cruauté sans borne.

      D'un signe de la tête, l'ombre désigna ce qui semblait être des éclaboussures de sang visibles par endroits sur le sol crasseux. Pour être tout à fait honnête, compte tenu de la pénombre, cela aurait pu être n'importe quoi d'autre, mais l'Autre avait suivi la trace sanglante comme un limier, comme s'il en avait reniflé l'odeur et qu'elle l'avait mis en appétit.


      "Tu cours vite, pour un gosse. C'est assez impressionnant, surtout avec une blessure pareille. Mais j'espère que tu as bien conscience que malgré tous tes efforts, tu ne pourras pas m'échapper."

      Le ton était presque compatissant. C'en était glaçant... Le jeune homme n'aurait su alors décrire avec des mots ce que cette voix douce lui inspirait. C'est comme si, derrière l'humanité et l'empathie se dissimulait une bête atroce, une créature immonde tirant du plaisir de la souffrance qu'elle infligeait. Non... Compatissant n'était pas le mot juste... Il n'y avait ni pitié, ni animosité dans ce nom. Il y avait plutôt de la... joie. Une joie de vivre malsaine. Oui, cela correspondait beaucoup mieux à ce qu'il ressentait. Paralysé par la terreur, le jeune garçon se résigna. Il tomba à genou, le regard implorant. Le flux des larmes gagna en intensité sur ses joues et il s'adressa à l'ombre dans un sanglot.

      "Je... Je sais rien... Je vous en supplie... Laissez-moi partir... J'ai une petite sœur à nourrir... Je vous jure que je sais rien ! Je... Je dirai rien, je vous le promets ! Laissez... Laissez-moi juste partir."

      L'Autre prit sa direction, marchant lentement, chacun de ses pas résonnant bruyamment dans la ruelle silencieuse, éloignée du trafic des airspeeders dans les hauteurs de la ville.

      "Dramatique. Sincèrement, c'est à vous fendre le cœur."

      Lorsque l'ombre eut atteint le jeune garçon écroulé, ce dernier put distinguer ses traits clairement malgré l'obscurité ambiante. Bien coiffé, il avait des cheveux blancs, un peu plus clairs que dans ses souvenirs, qui tranchaient avec le brun sombre de ses yeux. Mais ce qui était le plus glaçant chez l'Autre, c'était son expression. Ce sourire joyeux et satisfait, comme si un vieil ami lui avait raconté une bonne blague... Ce regard pétillant d'une malice quasi-enfantine... Cette palette d'émotions était si déplacée, si inattendue dans une telle situation... Il s'amusait. Ce salopard s'amusait.

      "Si tu ne sais rien, mon garçon, reprit alors l'Autre, j'imagine que tu ne saurais pas me dire pour qui tu travailles exactement ?"

      Le jeune homme baissa les yeux et secoua la tête de droite à gauche d'un air résigné. Le patron ne lui avait rien dit. On lui avait présenté ce bienfaiteur sans même lui dire quel était son nom. Il n'aurait pas non plus était capable de le décrire, puisqu'il portait un masque lorsqu'il l'avait rencontré. Il ne savait vraiment rien. L'Autre soupira.

      "C'est bien ce que je pensais..."

      Saisissant une vibrolame dissimulée au niveau de sa ceinture, l'Autre trancha la gorge du jeune homme d'un coup net et précis. Celui-ci bascula en arrière. Il n'était pas encore mort. Il sentait le sang encore chaud se répandre au sol depuis la plaie béante. Il aurait aimé affirmer que l'hémorragie viendrait à bout de lui. Cependant, il mourrait noyé par son propre sang avant cela, il le savait bien. L'Autre resta là quelques instants, regardant sa victime s'accrocher à la vie, jusqu'à ce que la dernière lueur ait disparu de son regard.

      Le colonel Lorne Romanski retourna alors vers la sortie de la ruelle, l'air satisfait, récupérant au passage l'arme qu'il avait logé dans un des murs noirs de saleté. Ce jeune imbécile... Avait-il sérieusement cru un seul instant que sa filature maladroite était passée inaperçue ? Ce n'était tout de même pas un gamin qui allait espionner avec succès un officier des services de renseignement de la CorSec ! Mais tout cela importait peu. C'était du passé, désormais. Ce qui importait désormais pour Lorne Romanski, c'était de trouver la Cantina la plus proche : cette petite chasse lui avait donné une faim de loup.
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        a écrit sur dernière édition par
        #3

        Post n°3
        Auteur : Asavar Phocas

        Chapitre 3 - Georg Dexter :


        Le soleil s’était couché sur Coronet, la lumière aveuglante de l’astre Corell laissant sa place à ce qui semblaient être des millions d’étoiles étincelantes dans la nuit noire, les multiples lampes éclairant les rues et les immeubles de la capitale corellienne. La circulation se faisait plus intense entre les tours de la mégapole, les travailleurs regagnant leur domicile après une dure journée de labeur. Une à une, les fenêtres des immeubles de l’administration corellienne sombrèrent dans l’obscurité alors que les employés du gouvernement se préparaient à quitter les lieux. Cependant, quelques lumières subsistaient toujours au siège de la CorSec, et ce en toute circonstance. C’était notamment le cas dans le bureau du général Brauwer, éminent chef des forces armées corelliennes. Le vieux militaire veillait toujours, luttant contre le sommeil, dans la crainte que quelque chose de terrible ne vienne frapper sa patrie. Il était une sentinelle vigilante qui s’était illustrée par le passé pour ses états de services exemplaires et son indéfectibles loyauté envers le régime mis en place par Mufus et Jinn Fear.

        Assis dans sa large chaise au dossier de cuir noir, il lisait avec attention des documents transmis plus tôt dans la journée sur un datapad, la lumière verte diffusée par l’écran se reflétant sur ses pupilles noires de jais. Rien de bien intéressant, néanmoins. Quelques rapports sur le taux de criminalité, d’autres sur l’entretien de la flotte, une ou deux notes des SMP laissées par Mufus et Fear…

        Le vétéran corellien fut interrompu dans son étude par un bruit venant de la porte de son lieu de travail.


        - Entrez ! lança-t-il.

        La porte se déroba et un officier approchant de la cinquantaine fit son apparition, exécutant son plus beau salut militaire à l’attention de son supérieur.


        - Ah ! Georg ! Entrez donc, mon ami, je vous en prie.

        Reposant son datapad sur la table, le général de la CorSec invita d’un signe de la main son subordonné à prendre une chaise. Dans un tiroir, il s’empara de deux verres, et d’une bouteille de whisky corellien de premier choix. Il avait une petite préférence pour le vin d’Alderaan, mais devait bien reconnaître à la boisson locale une qualité dont l’alcool alderaani ne disposait pas : elle apportait un réconfort certain après une longue journée de travail. L’officier remplit les deux verres et en tendit au nouveau venu.

        Celui-ci avait un air sévère avec sa mâchoire carrée et ses yeux d’un bleu glacial. Une petite balafre ornait également son visage. Il avait eu de la chance : quelle qu’ait pu être la source de cette cicatrice, elle avait manqué de peu son oeil droit.

        Le colonel Georg Dexter remercia son mentor et leva son verre.


        - A quoi buvons-nous ?

        - A Corellia ! Qu’elle soit grande et victorieuse pour les siècles à venir !


        Les deux militaires savourèrent une gorgée de l’exquis brevage, puis reposèrent leur verre. Brauwer reprit alors d’un air plus sombre.

        - Je trinquerais bien à la nouvelle ère qui attend Corellia, mais je dois avouer ne pas être particulièrement heureux de la tournure des événements.

        Le colonel haussa les sourcils.

        - Vous désapprouvez les élections en cours, général ?

        - Ce que je désapprouve, c’est qu’un opportuniste vienne salir la mémoire de nos leaders à peine disparus. Aucune enquête n’a été menée, pas la moindre, et nous cherchons déjà les remplacer comme s’ils étaient de vulgaires déchets. Peuple ingrat… A-t-il seulement oublié ce que ces hommes ont fait pour Corellia ? Cet incapable, ce foutu opportuniste de Narben… Un décadent égocentrique et notoirement libidineux… Est-ce là ce que le peuple veut pour le guider ? Laissez-moi rire, Georg...


        L’air furieux, Brauwer reprit une gorgée de whisky pour s’apaiser.

        - Mon général, si je puis me permettre, la victoire de Narben ne semble plus aussi garantie avec ces rumeurs de nouvelle candidature…

        - Ne soyez pas naïf, Georg ! Un opportuniste a voulu ces élections, il est rejoint par un autre opportuniste, rien de plus !

        - Vous devriez sans doute attendre de découvrir ce nouveau participant avant de vous prononcer de manière si hâtive.


        Le général soupira.

        - Certes… Vous n’avez peut-être pas tort, Georg, mais je ne peux m’empêcher d’en douter. Tenez, si ce nouveau candidat me fait changer d’avis, je vous devrais une bonne bouteille, mais il va avoir du travail. Ses prédécesseurs ont placé la barre très haut !

        Dexter était plus mitigé concernant l’ancien duo présidentiel. Certes, ils avaient accompli de grandes choses pour Corellia, notamment en matière de défense, mais aussi concernant la question sociale. Le colonel corellien avait d’ailleurs activement participé au programme de défense balistique interplanétaire en tant qu’expert de la stratégie de dissuasion. Cependant, ils étaient eux aussi des personnages excentriques et controversés.

        - Georg… Si jamais j’avais tort… Si jamais le nouveau président était effectivement à la hauteur, alors je pense que je vous passerais le flambeau.

        Le colonel eut l’air surpris.

        - Votre considération m’honore, général, mais le colonel Crane semble plus qualifié que moi pour vous succéder compte tenu de l’ancienneté…

        - Au diable l’ancienneté ! Crane est tout à fait compétent, mais je ne vois pas en lui les qualités nécessaires pour diriger l’ensemble des forces armées. Non, ce sera vous.


        Le colonel demeura silencieux quelque instants. La nouvelle était surprenante et il lui faudrait du temps pour réaliser sa véracité.

        - Vous devriez rentrer chez vous, Dexter, il est tard. Votre heure viendra, mais jusqu’à nouvel ordre, c’est moi la sentinelle de la CorSec.

        Le vieux général adressa un sourire à son protégé. Celui-ci le salua respectueusement, puis quitta le bureau. Tout le long du trajet jusqu’à son domicile, il se remémorait les mots de son mentor. Son heure viendrait. Il ne le savait pas encore, mais bientôt, Georg Dexter serait le nouveau visage de l’armée corellienne.

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          #4

          Post n°4
          Auteur : Asavar Phocas

          Chapitre 4 - Elayne Navarr, deuxième partie :


          HRP : Les événements décrits ici se déroulent à Tyrena entre l’officialisation de la candidature d’Asavar Phocas et le débat l’opposant à Gabe Narben.



          Elayne Navarr, politicienne de l’aile progressiste du Parti Corellien


          La journée qu’Elayne Navarr avait passé au siège du Parti, à Coronet, avait été éreintante. Pendant des heures et des heures, le quartier général du groupe assurant la direction de Corellia depuis l’avènement de Mufus et Jinn Fear avait grouillé d’agitation telle une ruche menacée par un prédateur. De toute sa carrière, jamais elle n’avait été témoin d’un tel chaos dans sa famille politique. La panique était palpable. C’était compréhensible ! La victoire du petit protégé du nouveau Comité central semblait être acquise. Ces élections présidentielles avaient été convoquées pour n’être qu’une formalité, une confirmation de l’emprise du Parti sur la vie publique corellienne. C’était mal connaître Corellia.

          Comme tous ses confrères, l’administratrice de Tyrena avait oeuvré pour découvrir l’identité du candidat mystère et éliminer la menace qui pesait sur l’accession au pouvoir de Gabe Narben, mais à la différence de la majeure partie d’entre eux, elle savourait le retournement de situation avec une joie à peine contenue. Néanmoins, le plaisir de voir le candidat issu de l’aile nationaliste se débattre ne gâchait en rien la curiosité qui l’envahissait : qui donc pouvait bien être ce mystérieux sauveur. La question avait trouvé une réponse en fin de journée durant un rassemblement populaire organisé dans son district de Tyrena par l’équipe de campagne engagée par la Corporation Technique Corellienne. Tyrena. SON district. SA ville. La coïncidence était telle que la politicienne - qui se retint toute la journée d’éclater de rire ou de verser une petite larme de joie - en venait à penser que la Force elle-même avait écouté ses prières.


          “Mais bordel, où est passé cette feignasse de Narben ?! On est dans une merde noire ici !” entendait-elle pester dans le couloir.

          Toute l’agitation dans la ruche du Parti Corellien avait cessé lorsque le géant de métal avait fait son apparition sur la scène. Des regards stupéfaits s’étaient alors levés vers les écrans diffusant en direct Corell Network, la chaîne d’information holonet officielle de Corellia. Elayne n’avait pu contenir un ricanement lorsqu’un des employés de bureau, rendu blanc comme un linge par la surprise avait balbutié d’un air ahuri “C’est… C’est qui celui-là ?”. Ceci dit, la surprise avait été grande pour elle aussi. Dans ses recherches, elle avait tenté de procéder par élimination pour déterminer quelle figure de la vie publique corellienne avait pu déposer une candidature indépendante pour contrer Narben. Elle avait dans un premier temps envisagé une candidature de Kaloo Axan elle-même, mais il semblait peu probable que la dirigeante de la plus prestigieuse corporation du système décide de quitter son poste pour s’engager en politique. Elle avait donc fouillé méticuleusement l’entourage de la Drall au sein et en-dehors de la CTC. Elle pensait avoir identifié le candidat mystère en la personne de Walter Trammer, un économiste besalisk enseignant à l’université de Coronet dont elle savait qu’il entretenait d’excellentes relations avec la duchesse. Elle avait d’ailleurs suivi ses cours lorsqu’elle était étudiante. Sa certitude s’effondra néanmoins face à ce géant inconnu.

          Elle avait déjà vu des représentants de cette curieuse espèce. Elle se souvenait des images du contremaître Wat Tambor défendant le mouvement séparatiste dans les mois précédant la fondation de la CSI. Un Skakoan. Elle était une enfant lorsqu’elle avait vu ces images de Bortan, et elle n’avait plus jamais posé son regard sur un représentant de cette race atypique depuis. Voilà qui était bien étrange…

          Elle avait écouté attentivement le discours du candidat Phocas du début à la fin. C’est lorsqu’il énonça le dernier mot de celui-ci et qu’un tonnerre d’applaudissements éclata que la corellienne décida qu’elle l’aimait bien.

          Corell s’était couché depuis bien longtemps lorsqu’Elayne Navarr arriva enfin à son appartement de Tyrena. Affamée, mais trop épuisé pour se préparer elle-même de quoi dîner, elle commanda un menu copieux à la cantina branchée située en bas de chez elle. Normalement, un établissement de ce standing ne servait que sur place, mais elle avait rendu un grand service au propriétaire par le passé, et celui-ci lui avait offert quelques privilèges en guise de remerciement.


          Elle s’installa devant sa large baie vitrée et se servit un verre de son précieux whisky corellien. Elle n’ouvrait cette bouteille que pour deux types d’occasions : les moments où elle ressentait une détresse intense et ceux qu’elle souhaitait célébrer comme il se devait. Assise confortablement dans son fauteuil, elle savoura quelques gorgées du breuvage avec un sourire de satisfaction. Puis, elle s’empara d’un datapad et ria de bon coeur en découvrant les réactions de la presse, époustouflée par cette journée riche en rebondissements. Quelques minutes plus tard, on sonna à sa porte. Sans prendre le temps de vérifier qui venait lui rendre visite à une heure si tardive, elle se dirigea rapidement vers l’entrée, convaincue qu’on venait lui délivrer son met du soir. Déjà ? Elle ouvrit la porte.

          - Veuillez m’excuser, je ne vous attendais pas si t…

          Elle s'interrompit soudainement et ouvrit de grands yeux quand elle découvrit qui patientait devant sa porte. Asavar Phocas brisa le silence de sa voix métallique.

          - Si tard ? Je comprends, je vous prie de m’excuser de vous importuner à une telle heure, madame Navarr. Malheureusement, j’ai eu fort à faire avec mon équipe de campagne après le meeting, et j’ai n’ai pas pu me libérer plus tôt. Je peux repasser à un autre moment si vous préférez.

          Derrière son masque d’acier, le Skakoan s’amusait de l’air stupéfait de la jeune humaine.

          - Non… Non, vous ne me dérangez absolument pas. Je ne m’attendais simplement pas à vous rencontrer dès aujourd’hui. Entrez, je vous en prie.

          D’un geste de la main, elle invita le colossal alien dans son foyer.

          - Je suis confuse, je ne peux malheureusement pas vous recevoir dignement. On est censé me livrer à dîner dans quelques minutes, mais je ne m’attendais pas à recevoir un invité…

          - Ne vous préoccupez pas de cela, madame, ma constitution m’oblige de toute manière à rester enfermé dans ce scaphandre tant que je ne foule pas le sol de ma planète natale. Notre espèce a développé d’autre manières de se nourrir en prévision des séjours prolongés hors de Skako.

          - Je comprends, mais ça me gêne de dîner seule alors que je reçois une telle visite…

          - Mais non, voyons ! Faites donc, je ne m’en formaliserai pas. Ma candidature a dû vous donner bien du travail au siège du Parti Corellien et vous devez être affamée. D’autant que c’est moi qui frappe à votre porte à l’improviste. S’il y a bien une personne dans cette pièce qui doit présenter des excuses, c’est moi.


          La politicienne corellienne était encore déboussolée, mais elle parvenait peu à peu à retrouver les idées claires et une question émergea dans son esprit : qu’est-ce que le candidat indépendant à l’élection présidentielle pouvait bien lui vouloir ?

          - Je vous pardonne votre irruption à mon domicile, monsieur Phocas… à une seule condition. Vous devez m’expliquer clairement ce que vous me voulez.

          Le Skakoan rit. Ce n’était pas un rire moqueur, non, ce rire exprimait plutôt une certaine surprise.

          - Voyons madame, je pense que vous savez parfaitement ce que je viens faire ici.

          Elayne Navarr demeura silencieuse quelques instants avant d’exprimer sa pensée.

          - Aujourd’hui, vous avez annoncé votre candidature à la présidence de l’Etat corellien. Cette candidature a été faite de manière indépendante avec le soutien financier et médiatique du groupe CTC et de sa dirigeante, la duchesse Kaloo Axan. Cependant, le soutien de la CTC ne suffira que pour la campagne. Si jamais vous étiez amené à prendre le pouvoir, alors il vous faudrait vous entourer d’alliés politiques pour diriger la nation. Et les alliés politiques sont une ressource dont on ne dispose pas lorsqu’on est un candidat indépendant sur Corellia. Toutes les ressources politiques sont détenues par l’unique parti autorisé, le Parti Corellien. Ce même parti que vous affrontez dans ces élections. Ce même parti dont vous savez qu’il est divisé sur la question de l’investiture de Narben. Vous avez donc fouillé dans les rangs du Parti à la recherche de figures politiques aux idées proches des vôtres, réputés pour s’opposer à la ligne directrice de la politique du nouveau Comité central ultraconservateur, et bénéficiant d’une côte de popularité suffisamment conséquente pour en faire des partenaires de poids dans l’exercice du pouvoir. Et vous êtes tombé sur mon nom. Et je suppose que ce n’est pas uniquement pour sa réputation progressiste que vous avez choisi Tyrena pour vous lancer pleinement dans ces élections, mais aussi pour attirer mon attention.

          Un sourire en coin se dessina sur le visage d’Elayne Navarr.

          - Dites-moi si je me trompe, monsieur Phocas.

          Le silence du Skakoan ne fit que confirmer les suppositions de la corellienne.

          - Il semblerait que j’aie fait le bon choix en misant sur vous, madame Navarr. Cependant, une question me torture l’esprit… Pourquoi une jeune femme aussi brillante, ambitieuse et manifestement aussi opposée à la doctrine de Narben que vous ne se présente-t-elle pas elle-même à la présidence de Corellia.

          Ce fut au tour de l’administratrice de Tyrena de rire.

          - Allons, monsieur Phocas… J’espère que vous êtes suffisamment intelligent pour comprendre par vous-même.

          On assista alors à un miroir de la scène précédente. Asavar Phocas se tut à son tour quelques secondes durant avant de raisonner à voix haute.

          - Vous êtes issue d’un milieu modeste. Il y a fort à parier que ce sont des mécènes faisant actuellement partie des hautes instances du Parti Corellien qui ont financé vos études et vous ont intégré à la scène politique. Si j’arrêtai mon raisonnement ici, je dirais que vous avez une dette morale envers le Parti et que vous refusez de vous opposer aux décisions de votre famille politique… Mais vous êtes bien trop futée pour ça. Je pense donc que ces mêmes mécènes qui vont ont intégré à la vie politique surveillent étroitement leurs jeunes pousses, épiant leurs moindres faits et gestes. Vous étiez donc pieds et poings liés, et incapables de présenter une candidature indépendante à l’élection, car vous saviez que dès lors que vous chercheriez à faire financer votre campagne, les pontes du Parti useraient de leur influence pour vous barrer la route et vous isoler. Cela aurait marqué la mort dans l’oeuf de votre candidature, mais aussi la fin prématurée de votre carrière politique… C’est pour cette raison que personne n’a élevé la voix au sein du Parti, n’est-ce pas ? Par peur. Seul un individu extérieur ayant échappé à la vigilance des laquais du Comité central pouvait s’élever contre la candidature de Narben… une chose que le Comité central croyait inenvisageable jusqu’à aujourd’hui.

          Le natif de Skako marqua une pause.

          - Cependant, un financement a été trouvé, et Narben poursuivra sa campagne en sachant qu’un rival pourrait bien lui rafler une victoire qu’il croyait acquise. Ainsi, vous voici libérée de vos entraves, une voie alternative vers le pouvoir se traçant contre toute attente devant vos yeux… Oh, le Comité central peut toujours essayer de vous isoler politiquement, bien entendu… Mais cela n’aura aucune importance si l’opposition remporte cette élection… Dites moi si je me trompe, madame Navarr.

          Un sourire à la fois amusé et intéressé se dessina sur le visage de la corellienne. D’un haussement de sourcil, elle confirma toutes les suppositions du Skakoan.

          - Que puis-je pour vous, monsieur Phocas ?

          En son for intérieur, Asavar jubila. Il devait reconnaître que cette corellienne lui était plutôt sympathique et qu’il la trouvait remarquablement intelligente… pour une humaine.

          - Un poste de chef de cabinet, ça vous intéresse ?

          - Sans aucun doute.


          Là-dessus, les deux politiciens se serrèrent la main.
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            Auteur : Asavar Phocas

            Chapitre 5 - Lorne Romanski, deuxième partie :


            Colonel Lorne Romanski


            Le colonel Lorne Romanski, fine fleur des services de renseignements corelliens et meilleur limier du régime, déambulait inlassablement dans les rues des quartiers sensibles de Coronet. Malgré ses airs de fonctionnaire inoffensif, il appréciait infiniment plus la crasse et la décadence grandiose des milieux fréquentés par la pègre que l’élégance et la bien pensance hypocrite de la haute société. Ici, il était dans son environnement, son cadre de vie… son terrain de chasse. A chaque carrefour, dans chaque ruelle, il s'enivrait du doux parfum de l’hémoglobine, du délicat arôme métallique qui lui évoquait tant de souvenirs qui lui étaient chers… Romanski afficha son éternel sourire enthousiaste. Il appréciait les plaisirs que la vie lui offrait à leur juste valeur, et se répétait inlassablement qu’il menait une existence qui valait la peine d’être vécue. Une existence qui pour beaucoup aurait été un cauchemar répugnant.

            Il était déjà tard lorsque le limier du régime parvint à trouver sa cible du jour dans une petite cantina vétuste des bas-fonds. L’établissement, dont l’entrée était surmontée d’une enseigne sur lesquels des néons roses fluo formaient les mots “After Hours”, était quasiment vide. Lorsque Romanski pénétra en son sein, il adressa un sourire cordial au tenancier bourru qui grommela en voyant un nouveau client faire son apparition. Sans doute espérait-il pouvoir bientôt fermer la boutique…

            Sans faire attention à l’attitude désinvolte du barman, le colonel se dirigea vers une table au fond de la salle à laquelle était déjà assis un individu que Romanski aperçut de dos, mais qu’il n’eut aucun mal à identifier. Ses pas résonnèrent dans l’établissement silencieux et l’homme releva légèrement la tête, signe qu’il avait senti la présence de l’officier des renseignements corelliens. Celui-ci s’assit face à lui sans effacer son air enjoué, et demeura silencieux quelques secondes, regardant l’homme mystérieux droit dans les yeux avant de prendre finalement la parole.


            - Bonsoir Hector.

            En guise de réponse, le dénommé Hector se contenta de recracher d’un air las la fumée de sa cigarette. C’était un homme d’une quarantaine d’années à la mâchoire carrée, aux cheveux blonds mi-longs et aux yeux d’un vert sombre. Cependant, le détail le plus marquant de son physique était sans aucun doute son visage à moitié dévasté, comme si les tissus avaient partiellement fondus sous sa peau. Il avait ainsi un air sinistre, ce que n’améliorait pas le regard noir qu’il jeta au nouvel arrivant.

            Lorne Romanski rit de bon coeur.

            - Toujours aussi aimable à ce que je vois, commandant Maknov. Au fait, ça va mieux le visage ?

            Le ton employé était ironique, et il prononça le mot commandant comme s’il s’agissait d’une insulte. Hector Maknov daigna enfin prendre la parole.

            - J’aurais espéré ne jamais avoir à poser mon regard sur cette face de vipère une nouvelle fois. Qu’est-ce qui t’amène, Lorne ?

            - Oooh, vieux frère, je pense que tu sais parfaitement ce qui m’amène.

            Le colonel sortit de son manteau une vibrolame inactive dont la lame était recouverte de sang et la posa délicatement sur la table de la cantina. Hector la regarda quelques instants silencieusement. Romanski reprit.

            - Tu as toujours été un recruteur compétent, Hector. Déjà, au bon vieux temps de la CorSec, c’était une de tes indéniables qualités. Lorne Romanski fit un signe de tête vers la lame ensanglantée. Imagine un peu ma surprise lorsque j’ai découvert que tu n’avais rien trouvé de mieux qu’un gosse sans la moindre expérience de la filature pour me coller aux basques. Tu te fais vieux, l’ami ! Sérieusement, qu’est-ce qui t’est passé par la tête ? Ce gamin n’avait même pas l’air de savoir à qui il avait affaire !

            Maknov soupira. Il avait l’air attristé.

            - Je voulais justement jouer là-dessus pour te prendre au dépourvu. Le but n’était pas d’obtenir des informations pointues, mais juste de me tenir au jus concernant tes activités du moment. Pour ce qui est du petit… il valait mieux pour lui qu’il ne sache rien… Tu n’as fait preuve d’aucune pitié, j’imagine.

            Romanski fit non de la tête.

            - Le sang sur la vibrolame est pas là pour faire joli. J’aimerais te dire qu’il n’a pas souffert… mais ce serait un mensonge.

            Le sourire du colonel était sinistre et le corellien défiguré fut pris d’un profond dégoût pour son interlocuteur. Il le haïssait tellement…

            - C’est drôle, tu sais. Avant cette petite affaire, je m’étonnais justement de la forte baisse d’activité de ton très cher FLR. Normalement, vous, les républicains, vous avez le don pour emmerder le monde. Curieusement, cette filature m’a presque rassuré.

            Hector Maknov tapota le bout de sa cigarette pour se débarrasser des cendres et baissa les yeux sans dire un mot. Le sourire de Romanski se fit plus large et plus macabre.

            - Naaaaaaan ? C’est trop beau ! Me dis pas que c’est vraiment arrivé ! C’est pas croyable, j’ai toujours pensé que c’était une rumeur stupide, mais en fait c’était la vérité. Le Front Libertaire Républicain a été dissous !

            - Satra et moi avons eu… des désaccords. concéda l’homme à la cigarette.

            Lorne Romanski fit signe au barman d’apporter une bouteille et des verres aux deux hommes.

            - Raconte. Qu’on s’amuse un peu.

            Hector Maknov fronça les sourcils, hésitant, puis se décida à parler.





            Précédemment.


            Hector Maknov - Ancien commandant ; FLR


            Satra Albrecht - FLR


            - C’en est trop, Satra. Comment veux-tu que je place mes espoirs dans un régime aussi grotesque.

            La corellienne répondit d’un air embêté.

            - La République Fédérale est encore jeune, troublée et imparfaite, mais je t’assure que c’est la seule solution pour ramener la démocratie sur Corellia…

            - Bien sûr. Laissons ces très chers républicains nous prendre notre souveraineté et nous gangréner avec leur corruption. Non, mais tu t’écoutes ?! Une générale républicaine assassine impunément un responsable confédéré, les élections sur Alderaan sont truquées… Combien de temps mettras-tu avant d’ouvrir les yeux ! La république est aussi corrompue que le reste ! Ce n’est pas seulement une question de démocratie, Satra… C’est une question de liberté ! Corellia sera libre ou ne sera pas. Tes grands discours pacifistes ne nous aident pas…

            Satra Albrecht, cofondatrice de l’organisation subversive connue sous le nom de Front Libertaire Républicain, haussa le ton en réaction aux attaques de son camarade.

            - Laissons-leur le temps, Hector. Je crois en la démocratie. Je crois en une transition pacifique. Nous devons continuer notre travail clandestin, le peuple corellien ne pourra être aveuglé éternellement par des fausses promesses d’égalité entre les individus et de puissance nationale. Ainsi sont les corelliens !

            Hector ria d’un air moqueur.

            - “Ainsi sont les corelliens !”... Regarde notre peuple, Satra. La Corellia que nous connaissions est morte. Elle s’est infligée une blessure grave en s’isolant de tout, et ces salopards de Mufus et Fear en ont profité pour abuser d’une nation perdue et déçue par la République qui ne rêvait plus que d’une chose : être souveraine et libre. Pour être honnête, je partage ce rêve, mais la liberté que nous a vendue Mufus est une illusion, un mensonge ignoble… Non, Satra. Le peuple corellien a perdu son âme. Il l’a vendue à ce satané Parti contre de belles promesses. Les mots ne peuvent plus rien y faire. Il est l’heure maintenant de prendre les armes. Puisque nous ne pouvons pas réclamer notre liberté, nous allons la reconquérir.

            Satra Albrecht prit un air résigné.

            - Tu as bien entendu conscience que je ne peux pas te suivre dans la voie sur laquelle tu t’engages ?

            - Je trouve ça regrettable, mais j’en ai parfaitement conscience.

            - Alors ça y est. Le rêve est mort. C’est ainsi que disparaît le FLR. Je continuerai la lutte, Hector, et je sais que toi aussi… mais je ne peux approuver tes méthodes.


            - Je comprends, Satra. Mais un jour viendra où enfin ce régime despotique sera mis à terre, et ce jour-là, tu sauras que j’ai fait le bon choix aujourd’hui.

            Ils se laissèrent sur ces mots, sans prendre un instant pour se dire adieu.




            Hector Maknov occulta ses projets de lutte armée. Il en dit juste assez pour satisfaire la curiosité de l’officier des renseignements, sans pour autant se dévoiler comme un partisan de la guérilla.

            - C’est donc ça… Tu as perdu foi en la République. C’est compréhensible, compte tenu de ton incorrigible idéalisme. Enfin, de là à abandonner ta petite lutte…

            Ce fut au tour d’Hector Maknov de ricaner et Romanski haussa les sourcils.

            - Abandonner la lutte… Après toutes ces années, Lorne, tu me connais bien mal.

            L’homme au visage mutilé éteignit les restes de sa cigarette et vida d’une traite le verre de whisky corellien médiocre qu’on lui avait servi. Il se releva et s’adressa une dernière fois à l’officier des renseignements avant de se diriger vers la sortie.

            - Tu peux finir la bouteille si ça te chante, c’est ma tournée. Je sais que c’est l’un de tes péchés mignons… Disons que c’est un cadeau d’adieu. Nous ne nous reverrons sans doute plus, Lorne. Ou du moins, pas dans de telles conditions.

            Alors que le dissident politique passait la porte de l’établissement, Lorne Romanski se resservit un verre d’alcool et sourit de plus belle. La suite promettait d’être particulièrement distrayante…



            “Le pouvoir ne doit pas être conquis, il doit être détruit.” - Mikhaïl Aleksandrovitch Bakounine


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