L'Agent du Chaos
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Post n°1
Auteur : Asavar PhocasPlusieurs semaines s’étaient écoulées depuis la fin des élections. Le Diktat Phocas, encore inconnu quelques mois auparavant, avait remporté une victoire plus qu’inattendue sur le nationaliste Gabe Narben et instauré un régime nouveau sur Corellia. Au cours de la courte période durant laquelle le chef d’Etat populiste avait occupé le trône présidentiel, il avait réussi à réunir un solide soutien populaire, notamment auprès de certains groupes intellectuels et des classes sociales les plus défavorisées. Après des siècles de joug républicain et le règne des curieux compagnons qu’étaient Mufus et Jinn Fear, une nouvelle aube se levait sur Corellia, pour le meilleur et pour le pire.
Pourtant, Asavar Phocas était loin d’être le seul artisan de cette nouvelle ère ! Certes, il en avait été le visage et l’annonciateur, s’était exposé à la lumière médiatique et avait œuvré dans l’ombre de l'intrigue politique afin d'atteindre en un battement de cil la plus haute fonction de l’Etat, mais tous ses efforts auraient probablement été vains sans le soutien conjoint de plusieurs figures obscures dont Corellia ne connaissait guère le nom et qu’elle ne connaîtrait sans doute jamais. Parmi eux, un espion aux milles visages, exécuteur de la volonté du Consulat malgré lui, avait été à la fois victime et bourreau lors des événements qui conduisirent à l’apothéose de l’Homme d’Acier, et, enfermé et placé sous haute surveillance, il en était désormais l’un des plus curieux témoins. Sa présence en ces lieux était une anomalie, un facteur x qui avait bouleversé l’histoire d’une nation entière, et c’était seulement maintenant qu’il lui était permis de le réaliser.
Ansikt Rajani - car tel était son nom - dissimulé sous les traits de la jeune et charmante Mai’Sa Everkoote, bénéficiait depuis plusieurs semaines du programme de protection des témoins de la CorSec. Du moins, c’était ce que ses surveillants en uniformes beiges à lisière verte ou rouge persistaient à affirmer. Azalyn Engels, le lieutenant-colonel qui avait recueilli le polymorphe le soir où il avait achevé sa mission, n’avait plus refait surface depuis plusieurs jours, et ses subordonnés, chargés de surveiller la jeune victime du candidat Narben, ignoraient tout de la véritable identité de cette dernière. De plus, s’il était fort probable qu’un procès des anciens dirigeants du comité central du Parti - qui s’étaient rendus complices des exactions du dandy tortionnaire et accusés de corruption par le nouveau régime - ne tarderait pas à être organisé, le suicide du principal intéressé avait considérablement nui à la portée médiatique de l’affaire, ce qui avait enlisé la procédure administrative.
Une certaine lassitude commençait ainsi à gagner les surveillants de la chose aux traits de jeune fille, frustrés de perdre leur temps à assurer la protection d’une gamine dont le témoignage n’était désormais plus attendu de qui que ce soit. Mais ce jour-là, leur mission prenait fin, car un nouveau gardien s’apprêtait à avoir le polymorphe entre ses griffes.
Un homme portant un uniforme du département de la Sécurité d’Etat arriva de bon matin à l’appartement servant de résidence au témoin dans l’affaire Narben. Muni de diverses autorisations émanant des hautes autorités des renseignements corelliens, il affirmait agir sur ordre du colonel Romanski lui-même. Un œil attentif aurait remarqué sans peine l’inquiétude qui gagnait les agents de la Sécurité Civile à chaque parole prononcée froidement par l’émissaire en uniforme gris. Des coups d’œil furent jetés en direction de la jeune Mai’Sa, qui semblait être le principal sujet des messes basses échangées entre les militaires.
Après quelques minutes, le jeune sous-officier de la sécurité civile en charge de la surveillance de Mai’Sa Everkoote en l’absence d’Engels s’approcha de la jeune fille et prit la parole.
- Votre séjour dans cette cachette s’arrête ici, mademoiselle. La Sécurité d’Etat a désormais entièrement la charge de votre protection. L’agent ici présent va vous escorter jusqu’à votre prochain lieu de résidence.
Il invita ensuite la jeune fille à rejoindre l’inquiétant agent des renseignements, qui lui suggéra de se faire discrète durant le trajet en lui tendant un foulard pour dissimuler son visage. Il l’accompagna ensuite la jeune femme jusqu’à un airspeeder à vitres teintées et informa en conservant son air sévère que pour des raisons évidentes de discrétion, il serait le seul agent de l’escorte avec qui elle aurait contact, mais qu’elle n’avait pour autant pas à s’inquiéter de sa sécurité.
Après quelques heures durant lesquelles le véhicule avait emprunté bon nombre de détours entre les spires de Coronet, le duo arriva dans les bas-fonds délabrés d’un quartier sensible de la capitale corellienne. Dans ces lieux rongés par la criminalité et la misère que le Diktat avait juré de combattre, l’obscurité était quasiment omniprésente, et seuls les néons des établissements mal famés et les rares rayons de soleil qui parvenaient à se frayer un chemin à travers les tours jusque dans cette fange apportait un peu de chaleur en ce triste lieux. Aussitôt garé, l’agent des renseignements invita sa jeune protégée à pénétrer dans un petit appartement miteux, bien éloigné de ce qu’elle avait connu au cours des dernières semaines. Une fois celle-ci entrée, il referma la porte à clef, la laissant seule. Ou pas tout à fait. Au milieu de l’obscur local, un droïde de protocole 3PO à carcasse dorée… celui qui avait accueilli le polymorphe lors de son arrivée sur Corellia. Il semblait inanimé quand soudain, ses optiques s’allumèrent d’un éclat émeraude et il parla d’une inquiétante voix grave et robotique très éloignée du ton cordial qu’il avait employé auparavant.
- Bienvenue, Billy, ou quel que soit le nom que tu portes réellement. J’ai l’honneur de t’annoncer que le programme de protection des témoins est désormais achevé. Tu pourras très bientôt quitter cette planète, d’une manière ou d’une autre. J’imagine que tu dois avoir quelques questions à poser. C’est bien normal. Mon nom n’a pas la moindre importance. Sache simplement que tu es ici de mon fait, et que je suis disposé à répondre à tes interrogations… le temps que je décide de ton sort, mon jeune ami.
De l’autre côté de la transmission, Dakul, l’imposant Skakoan, esquissa ce qui semblait être un sourire derrière son masque de métal. Ah, comme il aurait aimé étudier ce spécimen en détail !