Promenade à Whitechapel
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Post n°1
Auteur : Maar ShaneElle avait finalement décidé de faire un peu de tourisme. Sans escorte. Malgré les réticences de Pamela Mallow, malgré l’insistance des gardes. Elle avait quitté le bâtiment surprotégé où logeait le président Mufus. Elle était intérieurement amusée. Et dire que sur Cato certains l’accusaient de paranoïa… Oui, enfin, pour être juste elle devait reconnaître que les mesures de sécurité qu’elle avait fait mettre en place dans son propre palais valaient bien celle d’ici.
Bref… tout ça pour dire… dire quoi ? Où en était-elle d’ailleurs ?... Ah oui… une petite promenade à l’aventure dans les rues de la mégalopole corellienne. Avec le caquetage incessant et agaçant de Pamela qui continuait à lui démontrer par A plus B que sa dernière lubie était totalement aberrante et si follement risquée qu’elle mériterait presque de prendre un tir de blaster pour lui apprendre à vivre, et à respecter les plus élémentaires règles de sécurité.
Maar écoutait d’une oreille plus que discrète, voire n’écoutait pas du tout.
Elle allait à la découverte, émerveillée par ce qu’elle voyait.
Il est vrai que, toute préfète qu’elle fût, elle n’avait jamais eu l’occasion de goûter à la joie simple d’une promenade anonyme et solitaire (ou presque) en ville.
Enfant, la Clawdite méprisée des Zolander, rejetée par sa propre famille, passait son temps à fuir les autres, à se cacher, à éviter les ennuis.
Adolescente, elle était maintenue cloîtrée dans une cage dorée par un amuseur qui l’exploitait.
Elle ne lui avait échappé que pour retomber dans une autre sorte de servitude. Depuis son entrée triomphale au palais de Cato, elle ne pouvait pour ainsi dire pas quitter sa chambre sans être accompagnée, suivie, précédée et gardée.
Question paranoïa, le chevalier d’Eon, Ser des Epées, responsable de la sécurité de la préfète surpassait tout le monde.
Maar se mit à chantonner tout bas une rengaine désuète. Un air entendu quelque part, qui lui revenait en mémoire sans crier gare.
« ♪ Je suis tombée par terre, c’est la faute à Voltaire, le nez dans le ruisseau c’est la faute à Rousseau.
Je ne suis pas notaire, c’est la faute à Voltaire, je suis petit oiseau c’est la faute à Rousseau. ♫ »
Elle s’éloignait avec constance du quartier central, celui qui abritait tous les bâtiments officiels, et où on croisait des soldats à tous les coins de rue. Les deux femmes abordaient maintenant des quartiers plus populeux, la foule se faisait de plus en plus dense. Elles tombèrent soudain sur un petit marché. A la grande joie de Maar qui retrouvait une âme d’enfant. Les couleurs, les odeurs des étals, les cris des marchands, le bruit de la foule, tout la plongeait dans un émerveillement sans bornes. Alors que tout cela consternait sa garde du corps. Les étals formaient nombre de cachettes pour un éventuel agresseur, la foule pouvait aussi bien l’abriter, et le brouhaha ambiant couvrirait tout bruit annonciateur d’attentat…
L’agent de Cerberus laissait échapper régulièrement un commentaire agacé à ce sujet. Pourtant, contrairement à ce qu’elle croyait, Maar n’était pas totalement inconsciente, et tout en flânant, elle gardait un œil méfiant sur tout ce qui l’entourait.
Par contre, la préfète avait décidé d’un programme pour la journée qui risquait de fortement déplaire à Pamela. Tout simplement parce qu’elle n’en faisait pas partie.
Maar avançait toujours, se glissant dans la foule avec un certain talent, assez inattendu étant donné qu’elle ne connaissait que peu le monde de la rue. Elle passait d’un étal à l’autre, sans répondre aux nombreuses sollicitations des marchands. Elle se glissa entre deux stands séparés par des tentures, disparaissant un instant à la vue de Pamela. L’instant d’après, Maar Shane était introuvable. Sous une autre apparence, la clawdite, très fière d’elle continuait tranquillement sa balade, son but atteint. Elle s’était débarrassée de son chien de garde.
Elle eut alors un petit rire, ce n’était pas très gentil pour Pamela… mais bon, tant pis, Maar avait trop envie de profiter un peu de la solitude.
Elle marcha pendant une heure ou deux, ou plus peut-être, avant de sentir les débuts de la fatigue. Elle profitait de tous les recoins qu’elle pouvait croiser pour reprendre son apparence et se délasser un peu. Pourtant, elle refusait de se montrer sous son vrai jour, et préférait continuer à endurer les souffrances de la métamorphose pour affronter le regard des autres. Il y avait là une blessure psychologique qui serait longue à guérir, si jamais elle guérissait.
Le temps se couvrait quand la préfète commença à songer au retour. Elle n’avait qu’une vague idée de l’endroit où elle était, et, à y regarder de plus près, ce n’était pas bien fameux. Les promeneurs se faisaient plus rares, et plus pressés. Avec le soir et l’orage qui approchaient, ils se hâtaient de rentrer chez eux.
Maar n’était pas inquiète, pas encore, mais elle prenait lentement conscience du temps passé, et du manque de sérieux de son attitude. Et elle s’en voulait. Il fallait qu’elle rentre le plus vite possible, pour s’excuser auprès de sa collaboratrice d’abord, et ensuite pour vérifier qu’il n’y avait pas eu de nouvelle d’importance pendant son absence.
Un rapide coup d’œil à son datapad lui indiqua le chemin le plus court. Elle savait qu’un simple appel aurait suffi pour qu’on envoie une escorte la récupérer. Mais elle avait sa fierté. Elle était arrivée seule jusque-là, elle en reviendrait seule aussi.
Un quart d’heure plus tard, elle se retrouva dans des petites rues sombres et désertes. Enfin, désertes, peut-être pas…
Maar pris conscience d’un bruit étrange, qui n’était sans doute pas le simple écho de ses pas.
La certitude se fit rapidement. Quelqu’un la suivait. Etant donné la situation, ça ne pouvait être qu’une mauvaise chose, et quelqu’un de mal intentionné. La Clawdite se força à se remémorer la formation trop brève que Cerberus lui avait donnée sur Kashyyk.
Elle était désarmée, dans une ville inconnue, dans un quartier où personne probablement ne lèverait le petit doigt pour venir à son secours si besoin était.
Elle avait l’apparence d’une frêle jeune femme aux longs cheveux châtains. Une proie idéale pour un malfaiteur ou un détraqué.
Depuis qu’elle avait pris conscience de cette présence derrière elle, elle avait accéléré, lentement mais régulièrement, le pas. Mais l’autre suivait toujours.
Il lui semblait qu’elle allait bientôt rejoindre un quartier un peu plus vivant, où peut-être elle pourrait échapper à son suiveur.
Mais l’autre ne semblait pas décidé à lui laisser cette chance…
Le bruit des pas derrière elle accéléra soudain. Elle se retourna, aperçut une forme noire qui se précipitait vers elle. Et, prise finalement de panique, se mit à courir elle aussi.
Mais Maar n’aurait pas distancé une tortue à la course. En quelques mètres à peine, il l’a rattrapa.
Elle sentit une main se refermer sur son bras, laissa échapper un petit cri, le cri d’un animal aculé, son visage se troubla l’espace d’un instant, avant que les traits qu’elle avait empruntés pour l’occasion ne retrouvent leur netteté. Heureusement, dans la pénombre, et parce qu’il ne lui faisait pas encore tout à fait face, l’homme ne s’en rendit pas compte.
Il la força à se retourner tout en lui plaquant une main sur la bouche pour l’empêcher de crier. Il ne ressemblait pas du tout à ce qu’elle s’attendait à voir.
Grand, bien bâti, propre sur lui. Il donnait l’impression d’un cadre supérieur en vacances. Un cadre aimant les balades en forêt. Ou peut-être même la chasse. En tout cas, on pouvait le penser aux vêtements qu’il portait. On devinait aussi la présence d’un petit pistolaser à sa ceinture.
Par contre, son sourire carnassier, et la lueur mauvaise dans ses yeux ne laissaient rien présager de bon.
Maar était terrifiée. Mais en même temps, une partie de son cerveau étudiait la situation et calculait les chances et moyens de survie. Elle restait immobile.
-C’est vraiment pas de chance, mignonne. J’ai passé une superbe journée, j’ai même fait quelques belles prises, et j’avais pas du tout prévu de m’amuser autrement ce soir… mais il a fallu que tu croises ma route… les jolies petites filles comme toi devraient pas sortir seules le soir… On n’a pas été sage pas vrai ?... mais si tu es gentille, tout se passera bien. Alors ? Tu vas être une bonne pe…
Il ouvrit de grands yeux incrédules, tandis qu’une de ses mains se portait à son ventre. Il ne comprenait pas d’où venait la douleur dans son estomac, dans le trou qui avait été son estomac. Il regarda sa proie devenue chasseur.
Maar avait reculé de quelques pas. Elle tenait à la main le pistolaser de son agresseur. Elle l’avait utilisé, sans trembler une seule seconde. Même sans l’entraînement sur Kashyyk, elle aurait atteint sa cible.
Elle regarda l’homme glisser lentement au sol, les deux mains resserrées sur son ventre maintenant. Son sang rouge gouttait à travers ses doigts. Comme s’il essayait de retenir ce liquide vital.
A ce moment précis, la pluie se mit à tomber, dernier détail parachevant ce tableau macabre.
Maar le contemplait, immobile, silencieuse, statue vivante et inexpressive.
Il se tordait sur le sol, sous les trombes d’eau qui s’abattaient maintenant sur la ruelle. Le sang coulait maintenant à flot lui aussi, emportant chaque fois un peu plus de vie. Pourtant, il mit de longues minutes à mourir. De longues minutes douloureuses. Dont l’horreur était accentuée par la présence imperturbable de Maar.
Elle resta encore là quelques instants après qu’il eut rendu le dernier soupir. Puis elle jeta l’arme sur le cadavre, et reprit tranquillement sa route. Sous la pluie battante. Elle chantonnait :
« ♫ Joie est mon caractère, c’est la faute à Voltaire. Misère est mon trousseau, c’est la faute à Rousseau.
Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire. Le nez dans le ruisseau c’est la faute à Rousseau. ♪»
Bientôt, elle reprenait l’apparence de la préfète cato neimoidienne, puis elle arrivait à l’immeuble présidentiel. Elle fut accueillie par des gardes inquiets, et une Pamela excédée. Sans un mot de son aventure, elle regagna les appartements qu’on lui avait prêté, en s’informant des dernières nouvelles.