Post n°27
Auteur : Tericarax
La salle était à présent complètement déserte. Les cohortes alien disparates qui composaient la caste politique séparatiste s'en étaient allées, bruyantes et animées ; on s'occupait de ses propres affaires, concentrés sur les plans de son futur, car les directives données ne nous concernait pas. Bien entendu, l'envie occupait une place de choix dans le cœur de beaucoup : un nouveau venu, cet Asavar Phocas, nommé pour se présenter aux élections de Corellia ! Un scandale ! Mais les dirigeants économiques les plus modestes de la Confédération n'auraient pas élevé la voix contre Sin Hall, président du Clan Bancaire Intergalactique : dans le monde des affaires, la voix du président Hall était absolue, et même si l'on jalousait Asavar et l'on méprisait Hall, méprisait de ne pas nous avoir choisi nous plutôt qu'un Skakoan sorti de nulle part, on ne pouvait s'empêcher de se demander ce qui avait motivé pareil choix. Sin Hall était un homme d'affaire redoutablement avisé, il ne jouait jamais ses coups au hasard. S'il avait lui-même désigné le nouveau venu comme l'alien de la situation, c'était sans doute que sa fantastique intuition lui avait permis de sentir quelque chose en l'intéressé, quelque chose qui échappait au commun des mortels.Ainsi, malgré la convoitise, nul ne s'était opposé aux propos du muun. Ainsi donc étaient sortis les dirigeants, les représentants, les ambassadeurs économiques, ainsi s'en étaient allés les quelques politiciens conviés. Et maintenant ne demeurait plus dans la grande salle de réunion – alors que le tumulte s'éloignait dans les couloirs – que la figure de Sin Hall. Il était patiemment assis, les bras croisés sur sa poitrine. Nuts, face à lui, le fixait de ses yeux monochromes et sans pupilles. Il savait pertinemment que le président ne partirait pas, oh non, car le président avait un plan en tête ; et Nuts attendait juste de savoir lequel. L'esprit de Hall était affûté, son flair, redoutable. S'il était toujours présent et Bortan absent, cela ne pouvait signifier qu'une chose. La manœuvre de Corellia avait écarté le dirigeant du Techno-syndicat, l'avait éloigné de la salle par la promesse d'un gros lot. Tout ceci pour permettre au Muun, quoi, quelques secondes, minutes peut-être d'entretien avec Hankki Nuts ? Le brouhahah des discussions n'était maintenant qu'un lointain souvenir – de même que Cinder. Ne demeuraient là que ce duo silencieux et les magna gardes muets, et un pesant secret enveloppait toute la pièce ; un mystère qu'entretenait Sin Hall par son mutisme présent. Une minute entière s'écoula ainsi.Une autre minute détalla dans la pièce, marquée seulement parfois par le son lointain de pas dans les couloirs qui venaient s'échouer enfin ici.Alors, le dirigeant du Clan Bancaire, ce muun aux multiples rides et aux yeux de rapace d'un bleu perçant se pencha en avant, comme formulant quelque secret qui ne devait être prononcé qu'à voix basse – mais qu'il énonça pourtant clairement pour que Nuts, plus d'une dizaine de mètres plus loin, puisse l'entendre.- Vous n'avez pas été très clair au sujet de ce meurtre sur Utapau...Pourriez vous partager quelques détails supplémentaires, président Nuts ?- Des...Des détails ?- Tarun Blaum était un personnage précautionneux à l'extrême – presque même paranoïaque. Il était minutieux dans les affaires comme la protection de sa propre vie. Que s'est-il passé, monsieur Nuts ? Il a survécu à l'arrivée de la C.S.I sur son monde lors de la Guerre des Clones, survécu à de nombreux attentats alors que les conflits battaient leur plein, toujours protégé avec ferveur et rigueur les siens. Lui, si attentif à sa propre sécurité et à ses intérêts, ce Tarun Blaum aurait été assassiné, et par une générale républicaine dont il avait toutes les raisons de se méfier qui plus est compte tenu de notre passé avec les républicains ? Hankki Nuts détourna les yeux quelques secondes, fixant le sol comme si les réponses s'y trouvaient – ou comme si les dalles lustrées lui conféraient le moindre courage pour affronter les interrogations du muun inquisiteur.- Il était en état de choc, justifia-t-il avec faiblesse. Hall, à cette confidence, fronça les sourcils et se balança en arrière dans sa chaise, contrarié. Blaum avait un mental de fer et une volonté d'acier. Il n'était pas prêt à courber l'échine si facilement que le faisait actuellement le neimoidien qui avait été choisi comme président des préfets séparatistes.- En état de choc ? Les attentats sur Utapau ?Nuts hocha positivement de la tête.- Il était en pleine réunion avec les autres dirigeants du conseil quand l'attentat s'est produit. Son fils a été grièvement blessé puis s'est éteint dans ses bras d'après les rapports.Le muun resta silencieux, profondément dérangé par la nouvelle révélation de Hankki Nuts. Une personne aussi attentive à sa propre défense que Tarun Blaum avait été attaquée au siège de son monde, au cœur de la forteresse minutieuse qu'il avait jusqu'ici bâti et que nul n'avait su outrepasser ? Quelque chose ne collait pas. Quelque chose n'allait vraiment pas dans toute cette affaire. Mais, pour en avoir le cœur net, le dirigeant du Clan Bancaire ne devait pas formuler ouvertement ses doutes. Les murs avaient des oreilles. Par ailleurs, Nuts ne devait pas avoir énormément de détails ; il ne devait pas même savoir combien de Sith avaient attaqué le siège du conseil Utapaun. Qu'à cela ne tienne, il ne restait qu'une seule interrogation pour Hall.- Et l'un des nôtres l'a abattu en profitant de sa faiblesse...Qui, Nuts ? Qui est le traître ?Nuts lorgna avec méfiance les magna à chaque coin de la pièce, comme redoutant des représailles de la part des machines. L'ombre de la peur était sur chaque trait de son visage. La paranoïa est une maîtresse cruelle : ceux qu'elle retient en otage ont toujours le couteau de la peur appuyée à leur gorge, et il n'est de remède à la peur que la confiance ; c'est d'accepter que le fil de la lame vous entaille la peau, c'est de reconnaître que parfois il faut saigner pour enfin être libre. Nuts observait les IG-100, et chaque issue de la pièce était barrée par une paire de ces mortels gardes – d'immobiles statues qui n'attendaient qu'un ordre pour se mettre à nouveau en marche.- Président Nuts, dit posément Sin Hall. Vous n'allez pas contre la volonté du Consulat en précisant qui a trahi la cause confédérée. Ces gardes sont les miens, ces gardes sont les vôtres, ces gardes sont le bouclier de nous, têtes pensantes. Oubliez Cinder. Il est féroce, mais il défend nos intérêts et nos vies ; sa colère est dirigée contre les Sith, même s'il gifle l'Impérium. Mais le professeur n'attire-t-il pas l'attention de l'élève endormi en haussant la voix ? Vous n'avez rien à craindre. La vérité n'est pas un crime dans la Confédération, président Nuts.Le visage vert du neimoidien se tourna vers celui du muun. Les yeux du politicien se plongèrent dans ceux du banquier. Pendant quelques secondes, Sin Hall put observer jusqu'au fond de leur cornée les deux yeux opaques de son interlocuteur. Alors, Nuts ferma les yeux, battit des paupières. Des gouttes de sueur avaient perlé sur son front.- Vous...Vous avez raison. Je ne sais pas ce qui m'a pris. Tous les événements avec ces attentats et ces Sith...- Si nous laissons la peur l'emporter, que nous reste-t-il, Nuts ? Nous valons mieux que ça. Nous sommes la Confédération des Systèmes Indépendants. N'avons-nous pas pris un immense pari en nous séparant de la République il y a quinze ans ? Si nous avions laissé la peur dicter notre conduite à ce moment là, où serions-nous ?Sin Hall pointa le sol de son doigt.- Sous terre, mon cher Nuts, six pieds sous la boue froide où rien ne remue. Ces terroristes sont une nouvelle épreuve, une nouvelle conséquence de nos actes passés. Et la Confédération affrontera ce nouveau défi comme tous les précédents. Comme le général Orguen autrefois, comme le général DH-47, comme le général Mufus, comme le général Gelmir, comme le consulat, comme le colonel Cinder, vous et moi, Nuts, sommes garants de la sécurité de notre Confédération. Et pour assurer sa sécurité, j'ai besoin de savoir quel est l'officier qui a poignardé Tarun Blaum dans le dos. Ne me ferez vous pas cette faveur ?Nuts inspira faiblement. Il hocha de la tête, comme pour se convaincre, se convaincre qu'il pouvait faire confiance à Sin Hall. Bien. Enfin il allait lâcher le nom. L'heure de vérité était venue. Les lèvres du neimoidien bougèrent enfin :- Le lieutenant Tericarax, dit-il. C'est lui qui a trahi et brutalement tué Blaum.Tericarax...Les yeux du président Hall s'agrandirent un instant alors que le nom résonnait dans son esprit.Quatorze ans plus tôt, pleine guerre des clones.Un conflit armé avait mené au bombardement orbital par la République d'une petite planète sauvage, une certaine Kalee. Les troupes autochtones ne présentaient aucun intérêt pour la Confédération ; un peuple tribal et sauvage, des clans guerriers qui, bien que légitimes dans leur combat et leurs guerres, n'était ni plus ni moins que des bêtes féroces qu'on aurait à peine pu considérer civilisées.La planète était à présent livrée aux flammes des conflits et de la corruption républicaine ; la modeste civilisation de sauvages avait été abattue, enchaînée pour rembourser les dommages et intérêts, forcée à des années de servitude pour avoir eu l'audace de se défendre. On était en orbite de Géonosis. Notre personnage – un muun au service de la Fédération du Commerce – avançait à grandes enjambées dans les couloirs généreusement éclairés du vaisseau. Ses yeux étaient rivés sur un droïde souris qui filait devant lui, le guidant dans les virage grillagés du grand croiseur Providence – un modèle tout récent et novateur qui sûrement serait décisif dans les affrontements avec la République.Le droïde souris l'amena à une porte de fer noir, puis repartit en sens inverse en glissant sur le sol. Alors que son sifflement s'éloignait, notre muun posait sur une petite console sa main. Un bip sonore retentit, alors que trois grosses lampes passaient au vert sur l'encadrement de la porte ; avec un soupir de vapeur elle se déverrouilla et disparut dans le plafond. Le personnage passa et entra dans la pièce. Une obscurité presque totale y régnait, à une exception près.Au centre de cette chambre trônait une grande cuve, un gigantesque cylindre. Des neimoidiens grouillaient, affairés sur les consoles de contrôle. Parfois, le gros bourdonnement des créatures résonnait, alors que d'un saut disgracieux elles déplaçaient leur corps bedonnant vers un autre appareil à re-régler. Il provenait de la cuve un éclat vairon presque aveuglant qui s'étirait dans toute la pièce en un halo sinistrement synthétique. Et au milieu de la cuve...Flottaient des restes. Ils étaient organiques, certainement. On distinguait ici la forme d'une homoplate, mais on y avait injecté jusqu'à l'os une grosse seringue qui remontait ensuite par des réseaux de tuyaux jusqu'au couvercle de ce bien étrange aquarium. D'autres clous étaient plantés sur ces restes de matière vivante, des sondes noires et étirées si larges qu'elles étaient visibles sous la peau où elles avaient été implantées. Des voyants s'allumaient et s'éteignaient sur celles-ci, à la façon de plusieurs écrans sur les consoles dans les coins de la pièce. Bip, bip, bip, faisait l'un des terminaux. Le muun tourna autour du cylindre. Les restes avaient été maintenus en vie, mais ils n'avaient plus de bassin : leurs jambes manquaient. Leurs bras avaient été amputés. Il ne demeurait là qu'un torse...Et un visage. Un visage de chair et d'os et pas d'acier, respirant par un masque à oxygène. Il était assoupi, pour l'heure, inconscient. Mais les consoles étaient formelles : il était toujours vivant. Son cœur battait toujours, malgré son terrible état.- Obstiné jusqu'au bout, murmura le Muun pour lui-même.Malgré l'état lamentable de la créature face à lui, notre personnage ne pouvait s'empêcher de ressentir une fascination pour ce dernier. Certains périssaient d'un simple tir de blaster dans l'abdomen, incapables de supporter la douleur. Mais lui, ce reste de corps à peine identifiable, s'accrochait avec acharnement au dernier fil d'existence qu'il lui restait. - Aujourd'hui non plus donc...Il avait espéré que notre créature s'éveille. Il avait espéré qu'elle reprenne connaissances et qu'il puisse s'entretenir avec elle...Visiblement, il s'était trompé. Quel dommage. Si cela se trouvait tous ses efforts étaient en vain. La chose allait périr de ses blessures. Après tout, il ne lui restait plus longtemps à vivre. Demain, il reviendrait, et les géonosiens l'accueilleraient pour lui annoncer – navrés et piteux – sa mort. Il soupira, se détourna.- Psshhhhhh... fit le masque à oxygène. Notre muun releva les yeux vers le visage reptilien. Une nuée de bulle s'était échappée de son dispositif respiratoire, remontant vers le couvercle de ce lit d'hôpital liquide. Deux yeux d'ophidien s'ouvrirent dans cette face masquée. Des iris de serpent dorés, glaciaux et droits, affûtés comme des rasoirs se posèrent sur notre muun. Ils étaient cernés et épuisés, mais brillaient néanmoins de curiosité. L'envoyé de la Fédération du Commerce sourit, mais au fond il était tout à fait grisé. Il masqua avec peine son excitation. Il était vivant ! Il était vivant et conscient !- Ah. Bonjour professeur! Vous avez enfin repris connaissances, dit-il avec un trop plein d'enthousiasme qui lui avait échappé.- Que...Pshhhhh...S'est-il passé... ? Réclama faiblement l'autre. Il arrivait à parler ?! Par la Force, quel démon obstiné que voilà ! Un parmi dix milles, non, un parmi cent milles !- Un événement bien malheureux je le crains. Votre laboratoire a été bombardé. Nous vous avons secouru juste à temps, professeur Tericarax.- Votre...Pshhhhh...Nom... ?- Hall, Sin Hall. Je viens vous proposer un marché qui pourrait vous rendre plus parfait que vous n'osez l'imaginer.Quatorze ans plus tôt, Sin Hall travaillait encore pour la Fédération du Commerce. Mais le Clan Bancaire avait repéré son immense potentiel et lui avait proposé une offre plus alléchante ; alors il avait pris sa place, et chaque jour avait grimpé, grimpé par sa compétence, grimpé par son audace. Mais, même maintenant qu'il se trouvait tout en haut de l'empire bancaire, il n'avait jamais oublié le kaleesh qui avait refusé de périr.Ce Tericarax...Avait trahi la Confédération ? Sin Hall se rassit, incapable de parler.Obnubilées par l'incompréhension, ses pensées s'égarèrent.Mais cela...Pour ce Kaleesh brillant et froid...La Confédération n'était-elle pas...Occasion inespérée...Unique...La C.S.I n'avait-elle pas été une chance inouïe pour lui... ?Tericarax, ce docteur brillant avait trahi ce à quoi il avait contribué pendant si longtemps ?Sin Hall souffla pour se calmer et retrouver un air composé et contrôlé. Cela ne faisait qu'un détail étrange de plus dans toute l'histoire. Son intuition lui soufflait que quelque chose de louche se tramait derrière cette affaire. Il se leva de son siège, et avec un air neutre, adressa à Nuts des remerciements polis.Il traversa les rangées de tables, remonta le long des marches, et lorsque enfin il arriva devant la porte, si près de la sortie, lorsque enfin il pouvait apercevoir devant lui les couloirs marbrés et purs du palais préfectoral, il lança une dernière fois ses forces dans la bataille.- Une dernière question, président Nuts.Il se tourna vers son interlocuteur, qui sursauta. Il pensait en avoir fini. Sa mine déconfite trahissait ses pensées.- Euhm, hum, ou-oui ?- Qu'est-ce que le consulat compte faire au sujet de cette générale ?Nuts, à ces paroles, sourit – sans doute pour la première fois depuis le début de la séance.- On m'a assuré que tout était déjà à l'étude. Nul n'échappe à la justice séparatiste.- Vous êtes un neimoidien de courage, président Nuts.C'était un mensonge effronté, mais la seule façon que Sin Hall avait de passer sa frustration présente. Là-dessus il sortit de la pièce. Alors qu'il avançait vivement dans les couloirs, son assistant personnel – un droïde protocolaire de grand talent, un modèle unique – venait à son niveau.- Monsieur Hall. Je vous attendais, vous êtes en retard, votre vaisseau vous attend pour retourner vers Mygeeto.- Prévenez le pilote, nous changeons d'itinéraire.- Monsieur ? Fort bien, mais...Pour aller où ?- Utapau.Il était temps d'aller au fond des choses pour Sin Hall. Et puis, cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas vécu d'aventures. Cela lui rappellerait peut-être sa jeunesse, qui savait ?