Messes basses dans les ruelles de Base Vergesso.
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Post n°1
Auteur : HivernusPrécédemment.
Une nouvelle nuit tombe sur Base Vergesso. Des milliers d’employés quittent leur lieu de travail, pressés de rentrer chez eux pour retrouver leurs proches. D’autres se précipitent dans les bars et les bordels pour noyer leurs douleurs ou leur chagrin dans l’alcool et les plaisirs de la chair. Quelques-uns se rassemblent autour d’un bon plat chaud, appréciant l’ambiance chaleureuse des camions-restaurants. En l’espace d’une demie heure, la foule s’empare des rues éclairées de la ville spatiale et les silhouettes innombrables des passants se mêlent au va-et-vient incessant des véhicules. Le planétoïde retrouve son âme vivante, un nouveau souffle de vie venant éveiller sa vieille surface rocheuse. Il est aisé de se sentir asphyxié dans ce dédale de rues étroites, de boulevards très fréquentés et de marchés en tout genre baignant dans l’ombre massive d’immeubles colossaux aux façades décorées d’enseignes lumineuses. La plupart des résidents se sont faits à cette vie haute en couleur, où chaque coin de rue cache son criminel de bas étage, son marchand douteux, sa prostituée au regard aguichant ou son drogué en manque de substance. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde…
L’agent Carrv, misérable dans sa combinaison tâchée d’ouvrier, ne peut contrôler les tremblements qui secouent son corps tout entier. Trop de bruit, trop de monde, trop de lumière… Trop de choses à prendre en compte. L’homme semble complètement submergé sous le flot d’informations à assimiler. Le voilà pris de vertiges. C’est peut-être l’alcool qui lui joue des tours… Il faut dire qu’il n’a pas lésiné sur la quantité absorbée ces dernières heures. Foutu boulot. Se flinguer la santé ainsi pour obtenir quelques renseignements… Il finira par y laisser sa peau, à coup sûr.
C’est donc le corps parasité de secousses intempestives qu’il rejoint, comme à son habitude, un petit groupe d’agents en civil réunis autour d’un bon repas chaud devant un stand de nourriture miteux situé sur l’Allée des Pèlerins. Le voyant arriver à leur hauteur ballotté comme une feuille au vent, ses camarades ne peuvent s’empêcher de faire des remarques.
- Bah alors ? On t’as secoué le cocotier ? S’exclame un premier, un sourire aux coins des lèvres.
- J’pencherai plutôt sur le rhume des fesses… Il paraît que c’est très tendance en ce moment. Base Vergesso serait frappée par une véritable épidémie de cas… Avance un autre, amusé.
- Pfff… La ferme. J’viens de m’enfiler quatre ou cinq verres de Quanya avec un contremaître Weequay qui tient bien l’alcool. Murmure le principal concerné en venant s’accouder au stand. Autant dire que ça cogne fort là-haut…
Infiltré depuis plus de trois semaines au sein d’une équipe de manutentionnaires employés sur les quais, Carvv s’est rapidement attiré la sympathie de ses “collègues” par sa simplicité d’esprit et sa discrétion. Jugé fiable, notamment parce qu’il est considéré inoffensif et sot, nombreux sont ceux qui n’ont pas hésité à lui payer des coups à boire… Les langues déliées par l’alcool, il n’a pas été difficile pour notre agent jouant le rôle d’un benêt au grand cœur de récolter ici et là des informations qui n’auraient en temps normal pas pu sortir de la bouche d’employés sur les nerfs. Il faut dire que le meurtre de plusieurs contremaîtres corrompus au cours des derniers mois a largement contribué à installer un climat de méfiance et de terreur au sein des équipes de caristes.
- Cinq verres et tu tiens encore debout ? Bah mon cochon… Ça valait le coup au moins ?
- Pour sûr… Avec ce que j’ai appris, la patronne devrait nous laisser tranquille un moment. Répond Carvv, se massant la peau du front comme pour dissiper son mal de crâne. Le contremaître doit réceptionner de la marchandise pour un contrebandier du coin… Un Corellien avec un nom à la con. Et c’est du lourd à ce que j’ai compris. Des explosifs au baradium.
- Bordel… Tu te fous de nous.
- J’ai l’air ?
L’agent infiltré se voit proposer un plat de nouilles qu’il refuse d’un air désolé. Le voilà pris de nausées… Il a peut-être un peu trop forcé avec l’alcool. Les deux vendeurs du stand de nourriture échangent à voix basse, commentant probablement sur l’état déplorable du faux ouvrier. Il ne faudrait pas qu’il se mette à vomir sur le comptoir après tout… Cela ferait fuir les clients.
- Mouais non. C’est du sérieux, vu ta tronche. Mais j’vois mal ce qu’on pourrait faire avec du baradium sur ce foutu planétoïde sans envisager les actes de sabotage ou les attentats… Si tu veux mon avis, ton contrebandier prépare un sale coup.
- Et tu penses, avec de telles info’ que la patronne va nous lâcher la grappe ? Pfff. C’est plutôt le contraire qui va se produire. On va nous demander de mettre les bouchées doubles et y’a fort à parier que le Grand Bleu nous mettra la pression, à nous et à la patronne, pour tirer au clair cette histoire avant qu’un sale truc ne nous explose à la tronche.
- Pas de repos pour les braves, qu’on dit… M’enfin on a signé en connaissance de cause, couillons qu’on est.
Les agents explosent de rire, probablement nerveux à l’idée de retourner au casse-pipe, trinquent à cette déclaration et terminent leur repas avant d’aller faire leur rapport au quartier général des services de renseignements. L’annonce qu’ils s’apprêtent à faire va sûrement créer du remou… Il faut s’y attendre.
Quelques jours plus tard…
Un camion dont l’arrière est remplie de caisses traverse à allure moyenne une rue peu passante puis disparaît entre deux barres d’immeubles. Le véhicule poursuit son chemin sans attirer l’attention sur lui puis finit sa course dans la cour arrière d’un bâtiment à la devanture illuminée de mille couleurs. Les portes s’ouvrent avec fracas. Plusieurs individus habillés en livreurs s’extirpent du transport, commencent à décharger les caisses sur des plateformes sur répulseurs puis pénètrent à l’intérieur du bâtiment.
Planqués dans l’un des immeubles d’en face, les agents du Cœur Ardent observent la scène en silence. Ils retiennent leur souffle. Voilà bien des jours qu’ils surveillent ce foutu contrebandier Corellien dans l’espoir de tomber sur ses potentiels acheteurs… Il semblerait bien que le moment de vérité soit enfin arrivé. Dissimulé derrière le rideau de fer de la baie vitrée de l’appartement, électrobinoculaires en main, Carrv épie les faits et gestes des mystérieux individus.
- Ce ne sont clairement pas de simples livreurs… Enfin je crois. Il ne me semble pas qu’il soit autorisé dans ce métier de se balader avec des blasters planqués dans la combi’ de travail.
- Toujours aussi perspicace à ce que je vois… On a de la chance d’avoir un esprit aussi brillant parmi nous.
- La ferme.
Un raclement de gorge interrompt la conversation avant qu’elle ne termine en dispute puérile.
- Vous êtes sûre de ne pas vouloir de renforts, colonel ? Demande Carvv, perplexe. On pourrait bien avoir besoin de bras supplémentaires… Surtout dans ce type de situation. Les types de l’Unité Tactique d’Intervention Rapide pourraient nous être utiles. Ce sont des pro' pour faire le ménage.
- Vous voulez prendre le risque d’alerter nos suspects en déployant la cavalerie lourde ? S’il y a des guetteurs dans les parages, et je suis certaine qu’il y en a, nous aurions tôt fait de compromettre la mission.
- Bien compris, colonel. Pas de renforts. Ça va être tendu du slip mais on devrait pouvoir gérer ça…
Enfin en principe. Car dans les faits, foncer tête baissée dans un nid de trafiquants sans le moindre soutien est une sacrée connerie. Nul n’oserait toutefois contredire la terrible directrice des services de renseignements. Wexley ne se distingue pas particulièrement pour sa grande patience et il est même communément admis qu’il est préférable pour un agent ayant commis une faute d’affronter la fureur du seigneur Hivernus lui-même plutôt que celle de sa redoutable subordonnée. La ministre de la sécurité intérieure a en effet la réputation d'une femme qui a tôt fait de punir quiconque oserait la contrarier.
Les agents s’équipent donc en conséquence, vérifiant l’état du matériel et des armes en attendant les instructions de leur supérieure. Carrv, toujours dans son rôle d’observateur, épie les faits et gestes de ceux qu’ils doivent bientôt interpeller.
Les caisses sont débarquées dans la pièce d’un appartement situé en face de la planque. A travers les fenêtres, l’homme croit reconnaître quelqu’un parmi les individus qui supervisent l’opération de déchargement. Il s’agit du Corellien. Le contrebandier est rapidement rejoint par un autre type, un gars d’un certain âge qui semble être l’acheteur potentiel. Le vieux vérifie l’état de la marchandise, discutant visiblement du prix qu’il doit débourser pour obtenir les explosifs. Une arme munie d'un silencieux dépasse de sa veste. Bingo.
- J’ai notre copain contrebandier en visuel… Pris en flagrant délit avec un client. Probablement notre cible vu l'arme qu'il trimballe sur lui. Le même type d'arme dont on s'est servi récemment pour faire taire tout un tas de gens qui avaient des choses à nous dire...
- Alors il n’y a plus de temps à perdre. On y va avant qu’ils ne remballent tout le matériel. Déclare Wexley d’une voix autoritaire.
Vestes tactiques sur le dos et armes au poing, les agents quittent leur cachette pour se ruer vers l’immeuble d’en face. Craignant une quelconque attaque dans l’arrière-cour, les hommes surveillent les fenêtres à la recherche d’un tireur embusqué, avançant rapidement en adoptant la formation classique des escouades d’assaut impériales. Après s’être assurés que le camion est bien vidé de ses occupants, les agents se ruent au sein de l’immeuble. Lorsque l’ascenseur s’arrête finalement à l’étage voulu, le groupe mené par la directrice des services de renseignements s’enfonce dans un couloir étroit, blasters en évidence et prêts à l’usage. C’est calme… Beaucoup trop calme. Pas une seule âme qui vive.
Carrv n’est pas serein. Son cœur bat la chamade. Il sent que quelque chose ne va pas, sans savoir comment l’expliquer. Et il a raison de s’inquiéter.
Plusieurs portes s'ouvrent brusquement. Des grenades sont lancées au sol. Les agents du Cœur Ardent n’ont pas le temps de réagir correctement. Pris au dépourvu, les hommes sont aveuglés par les détonations, sonnés par le fracas des explosions. Ils sont attaqués méthodiquement, à l’arme blanche, et succombent sous les coups d’assaillants inconnus un par un. Carrv tombe à la renverse, bousculé par une ombre. Un corps s’écroule à côté de lui, la gorge tranchée. L’agent cherche à récupérer son arme mais tâte dans le vide, partiellement aveuglé par le flash de la détonation. Il se débat comme un forcené, luttant contre un ennemi qu’il ne distingue qu’à moitié. Une lame vient lui sectionner la carotide. Le sang se met à jaillir, expulsé à l’air libre à gros flot. L’homme porte instinctivement les mains à sa gorge afin de ralentir le saignement mais il est déjà trop tard… Et il le sait.
Il retombe lourdement sur le sol froid du couloir, le regard plongé dans le vide. Sa vision, déjà trouble, s’obscurcit rapidement. Il croit entendre le début d'une conversation. Mais le son des voix est distant, atténué par le sifflement strident qui bourdonne dans les oreilles de notre pauvre agent. Et alors qu’il expire ses derniers souffles de vie, gargouillant lamentablement aux pieds d’individus qu’il ne peut voir, Carvv n’a qu’une seule pensée en tête…
Foutu boulot.