Post n°2
Auteur : Sion Kumitomo
Le petit homme, sautillant agilement ce qui renforça cette pensée de lourdeur à mon égard, fourra une nouvelle fois toutes ses affaires soigneusement pliées dans son sac qui paraissait infini. Il entreposait ses outils dans une poche, elle aussi usée par le temps. Il sortit une première fois du bureau, alors que je partais affablement lui ouvrir la porte, chargé comme il était. Quelques minutes plus tard, après que je l’entendis crier contre son droïde apparemment peu précautionneux, il revenait à la recherche de son piédestal. Celui-ci franchissait une nouvelle fois la porte, paraissant pouvoir s’écrouler si une simple petite brise venait frapper. Il me lançait : - Banh banh, de peut vous dire que votre pièce dera prête dans les prodaines demaines ! Ravi d’avoir fait affaire avec dou, Mondieu Kumiloto. Je le remerciais également, contrarié par ce nouveau nom particulièrement insensé, avec de fermer une bonne fois pour toute la porte comme si je la fermais également sur le chahut alentour. Avec un formidable soupir que je ne m’autorisais que parce que j’étais maintenant seul, je m’affalais sur mon fauteuil, le reste du bureau toujours en désordre et ma canne toujours rongée par sa solitude, dans le coin opposé. Je baissais le ton lumineux, moins agressant pour mes yeux, et entreprenait de me servir un whiskey alors que la bouteille trônait sur le côté supérieur droit du bureau. Le liquide tournait tranquillement dans le fond de la bouteille bientôt terminée avant de tomber lourdement dans mon verre. Le portant à ma bouche, un droïde protocolaire manquait presque de défoncer la pauvre porte alors que je manquais moi-même de renverser le précieux liquide ! - Bonsoir Monsieur. Voici les prévisions météorologiques prévues pour demain. N’oubliez pas de bien vous couvrir, les températures… - SORS DE LÀ, SORS DE LÀ DE SUITE. QUI T’AS PROGRAMMÉ LA POLITESSE ? SI TU N’ES PAS DEHORS DANS DEUX SECONDES, TON CHASSIS ET TOI FINIREZ À LA CASSE ! Oups. J’avais sans doute débordé un peu trop cette fois ce qui ne m’étais pas coutumier. Je m’en rendais progressivement compte grâce à la baisse radicale du son confus habituel à l’extérieur du bureau. Pour éviter d’aggraver la stupeur générale, je lançais un regard fulminant au droïde qui claudiqua vers la sortie avec beaucoup plus d’entrain qu’à l’entrée. Je me justifierai plus tard. Il y a des jours avec et des jours sans, voilà tout ! Cette fois-ci, je pourrais boire mon whiskey, repasser en vue les holo-messages du jour, approuver les dernières dispositions et rentrer chez moi pour mettre un terme à cette journée qui ne cessait de me dépiter. Même l’épisode du tailleur m’avait presque tué. Une petite pression pour sortir le datapad de sa veille, lui qui avait la chance de posséder ce mode et reprenait la lecture du soir, armé de mon fameux whiskey passé à deux doigts d’une mort certaine. Toc – toc – toc.Une vaste blague. Kamino est censé être une planète calme et oubliée. Pourquoi ne pouvait-elle pas l’être précisément aujourd’hui ? Pour UNE fois ! Toc – toc – toc, de manière plus insistante. - Oui ?! Entrez ! Entrez, pardon.Allez, ce serait le moment de me faire pardonner cette excès d’humeur que j’avais eu précédemment. Un jeune homme, vraiment jeune – stagiaire ? – se tenait dans l’embrasure de manière hésitante. D’un signe chaleureux, je lui fis signe de rentrer et désignait une chaise plus loin. - Pardonnez-moi, le bureau a… quelque peu changé aujourd’hui… Je n’ai même pas encore eu le temps de lui redonner de l’allure. – lançais-je avec un rire rassurant. Dites-moi tout ! La lumière était toujours tamisée, ce qui assombrissait le visage de l’invité. Il avait les cheveux clairs légèrement longs, une bouche fine, timide et la tête rentrée dans les épaules. Ses yeux marrons fixaient un point un peu excentré sur mon côté droit. Il était sans doute impressionné. Il était habillé formellement, tel que le supposait sans doute son poste. - Votre habituelle conseillère n’a pas pu se présenter aujourd’hui. On m’a donc… demandé… de venir vous récapituler les nouvelles récentes. - Oh, bien, parfait ! Vas-y, je t’écoute. J’allais une énième fois coller ma main sur la poignée de la porte, dans un geste répété pour la fermer tandis qu’elle ne cessait de s’ouvrir… Et repartais vers mon fauteuil sous les yeux du jeune débutant attendant sans doute pour commencer ce qu’il fit lorsque je fus installé. - Alors euh… La hausse du prix des plats régionaux kaminoans met la population en colère. Et euh… on nous informe d’une pénurie prochaine de… - Hum… Ecoute, je sais que tu dois sans doute débuter. Viens-en aux informations essentielles pour ce soir, veux-tu ? - Oh… euh… Alors, votre dernier dispositif concernant la taxation sur les transactions financières n’a pas plu aux grands groupes déjà installés malgré les recettes maintenant à notre disposition. Ils appellent à retirer prochainement leurs usines. - Eh *****. Oh… Excusez-moi. Je m’emporte souvent en fin de soirée. Faites passer un message à l’Holonet, court pas un truc qui traine en longueur. Exposez que nous serons d’accord de rencontrer uniquement les PDG seulement si leurs propositions sont correctes et bien intentionnées. - Bien noté. Ensuite… euh… De grands chercheurs se plaignent du manque de moyens pour reprendre les recherches de manière efficace. - C’est prévu, faites-en sorte de leur rappeler que tout vient à point à qui sait attendre. - OK. Enfin… Naboo, malgré sa situation politique avec la République, a été victime d’un attentat. Et pas des moindres… euh... excusez moi l’expression… Sur Theed, au sein même du palais royal, une bombe a explosé faisant des victimes.- Eh *****. Décidément… Envoyer un simple mot me paraît hors de propos. Kamino n’a jamais été en froid avec Naboo et ça serait, à juste titre, mal perçu. Bien, arrangez-vous pour avoir un rendez-vous avec le Sénateur O’lonell. Je me déplacerai personnellement ! - Personnell… Oh, c’est noté. C’est tout, Monsieur.- Parfait, bon travail. Bonne soirée à toi. Un attentat mystérieux, des circonstances tout aussi mystérieuses et… Et une situation de choix pour la suite. Oui, cette suite, j’y pensais depuis les derniers mois, alors que le clonage se mettait, et continue, en place. Je faisais preuve d’un grand travail quant à savoir quels seraient les intérêts futurs de la planète, une fois que Kamino serait finalement de nouveau Kamino. Les intérêts d’une vraie puissance et non d’une vieille planète maintenant reléguée au rang de destination « dépaysante » pour les criminels en manque de boulot. Si c’était ce que Kamino méritait, alors je ferais mieux de me jeter dans les océans et mourir à l’instant. Et… une question torturait mon esprit qui se refusait d’y répondre, jour après jour. Est-ce que la République est vraiment le meilleur parti pour Kamino, une fois le clonage opérationnel ? Est-ce que ce régime, nouveau et naïf, pourra répondre à cela ? Mon cerveau fatigué refusait donc d’y poser une réponse définitive, pas encore. Mais les faits, l'histoire, le passé étaient là, juste sous mon nez. Malgré tout, des idées se formaient. Des idées folles – peut-être ? – mais ô combien réalistes. La visite sur Naboo, aussi improbable qu’elle puisse paraître bénéficiait maintenant d’une situation propice. Elle permettrait d’abord de réparer les conneries dont j’avais eu vent d’un précédent Sénateur, une Mell Tinor aussi incompétente que stupide dans ces choix. Cela renforcerait l’aspect concret de cette entrevue finalement diplomatique. Réparer une demande d’argent insensée et nouer des relations. Parfait. Par chance, ce n’était pas tout…