Post n°7
Auteur : Erys Talmark
PrécédemmentLes deux sabres-laser à ma taille marquent le mouvement de mes pas et le balancement de mes hanches que je devine délicieux vu les frissons qui me parcourent le dos et la nuque lorsque je passe devant des gros balourds qui ne sont bons qu’à regarder et espérer. Le pendentif tombe sur mon décolleté ouvert, rythmant d’un léger tintement mon déhanché alors que je mesure chacun de mes pas dans cette caserne. Les épaules rejetées en arrière, l’allure fière et altière, le menton redressé et le regard porté vers l’avant : c’est comme ça que marchent les héros dans les holofilms non ? Droit vers l’avenir et vers leur destin, sans peur et sans reproche, la dentition éclatante sous le soleil et… et je suis devant ma chambre, où la réalité se rappelle à moi.Non, je ne suis pas une héroïne de film. Je ne suis qu’une pauvre idiote qui s’en fait, des films, à espérer je ne sais quoi. Alors que je pousse la porte du studio pour la première fois, la vérité me saute au visage : je ne suis qu’un pion qu’on range dans sa boîte quand on a plus besoin d’elle, jusqu’à ce qu’on rejoue, des fois le lendemain, des fois dans 6 mois. Ca a toujours été comme ça, pourquoi ça changerait ? J’y ai cru, aux beaux discours et aux âneries qu’on m’a balancé, mais la vérité est bien là : on m’a transférée d’une prison à une autre. Je laisse tomber ma veste sur le bureau vide et je m’effondre sur le lit sans même prendre le temps de me déchausser. Ridicule. Je suis ri-di-cule.Et en même temps, je suis tellement fatiguée, de tout et de tout le monde… Rien ne va dans mon monde, rien ne va dans ma vie, je me sens étrangère même à ma propre existence. Je lève une main devant mes yeux, affalée dans mon lit, comme pour essayer d’attraper quelque chose d’intangible et d’inatteignable. Puis je ferme les yeux, et je serre le poing. Les migraines me reprennent, encore et toujours, me forçant à essayer de me calmer. Puis, c’est le noir.-Erys. Nous avons à parler, toi et moi.-Non merci, j’ai déjà suffisamment de soucis avec mes cas de conscience.-Je SUIS ta conscience. Et je suis toi, aussi, techniquement, alors cesse de faire l’enfant.-Super drôle, MAMAN, mais je SUIS une enfant, et si tu es ma conscience, tu es drôlement perverse et imaginative vu tout ce qu’on a fait !-Tout ce que NOUS avons fait, c’est te pousser à survivre et à te forger un avenir !-Parce que c’est nous, maintenant ? J’ai pas souvenir de t’avoir entendue me demander mon avis !-Ton avis nous a poussées à devenir des criminelles et des moins-que-rien, et il a fallu que j’intervienne pour que tu ne finisses pas dans la carbonite ou dans une cellule !-Je ne t’ai jamais rien demandé, je m’en sortais très bien sans toi, quoi que tu en dises, je suis vivante !-Tu n’as pas idée de ce que j’ai traversé pour te protéger…-JE N’AI JAMAIS DEMANDE A ÊTRE PROTÉGÉE !Je me réveille en criant, en sueur, dans la chaleur moite de ma chambrette, mon coeur bat la chamade et tambourine à mes tempes, j’ai envie de hurler, encore… C’était un rêve ? Ou c’était la réalité ? Je ne sais plus, vraiment plus… Je ne sais même pas combien de temps j’ai dormi, dehors, la nuit noire est tombée, et l’obscurité a envahi la pièce, m’obligeant à me cogner le doigt de pied contre un meuble en essayant de me repérer. Ah la vache, ça fait un mal de chien, je sautille sur place et les larmes me montent aux yeux… Quelle misère, je ne sais plus ce que je fous là… ;Au moins, j’arrive enfin à poser la main sur l’interrupteur qui diffuse une lumière blanche dans la chambre, presque aveuglante. Je me dirige jusqu’au miroir pour me regarder. Bordel, je ne suis vraiment pas à mon avantage, là, c’est même plutôt l’inverse, débraillée et décoiffée comme je suis. Mais personne n’est là pour me voir, alors bon… Je prends appui sur la vasque et je me regarde dans le miroir. J’ai l’impression de devenir folle, de ne rien comprendre… Et là, mon reflet me fait un clin d’oeil. Quoi ? J’ai rien consommé, pourtant ! Plus depuis Alderaan, je ne dois plus être beurrée à cette heure.-Calme-toi. Inutile de paniquer.-Quoi ? A qui tu parles ? -A toi. A nous. Je te le dis, ce n’est pas la peine de t’agacer, je suis là pour toi.-Mais tu es qui ?-Non, la question importante, c’est qui es-tu, toi ? Je suis là pour t’aider, Erys, ne t’en fais pas, tu n’es pas seule. Je suis là, je t’observe, et je t’aime.Je ferme les yeux, je bouillonne littéralement dans mon cerveau en ne comprenant plus rien, mais je fais un effort et je rouvre les yeux.-Je sais pas ce que je suis.-C’est pas grave. Ca viendra, ne t’en fais pas. N’écoute pas ce que te dit l’autre, elle ne comprendrait pas.-L’autre ? Comment ça, l’autre ? -Eh bien, celle qui se prend pour une grande. Ne t’en fais pas, Erys. Je suis là pour toi, et pour t’aider. Pas te contrôler. Je t’aime.***A nouveau, je me réveille en sueur, haletante. Décidément, ça devient un running-gag, et je n’aime pas ça. J’ai la sensation de passer mon temps à faire des mauvais rêves, et à peine je pose le doigt dessus, ça s’échappe, comme si il me manquait des bouts, des morceaux. Et ça s’efface, progressivement et lentement. Je finis par me laisser retomber sur l’oreiller. J’ai besoin de calme. De sommeil. De repos.Dors, Erys, je prends le relais, que tu le veuilles ou non. Qu’elle me pardonne ou non, ça n’a pas d’intérêt, mais je dois prendre mes responsabilités à un moment. J’ai suffisamment dormi et récupéré de mon côté. En fouillant les poches de ma veste, je retrouve mes médicaments et j’en avale deux. Cela devrait suffire à annihiler toute velléité de contrôle. Le mal de crâne s’estompe rapidement et je peux enfin me préparer. Une douche, des vêtements propres pour faire bonne impression, un peu de maquillage… Ca me prend bien deux heures, mais qui sait quand est ce que je vais revenir sur Coruscant ? Je dois bien admettre que ça me fait bizarre d’être lâchée ainsi dans une mission en solitaire, mais c’est ce que je voulais. Un moyen de prouver ma valeur, de montrer que je peux être autre chose qu’une racaille sans foi ni loi. Et si pour ça, je dois en passer par Arkinnea, alors ainsi soit-il.Mes recherches n’indiquent rien de spécial. Une petite colonie dans la région d’expansion, une population réduite et un intérêt somme toute limité, même pour la République qui a besoin de toutes les ressources possibles. Une milice locale qui régentait la vie planétaire, une situation de neutralité relative, rien de folichon. Pourquoi donc Froome et le commandement visaient une telle planète ? De ce que je peux lire, elle est en plus plutôt hostile globalement à la CSI, alors un coup d’état anarchiste ? Je manque beaucoup trop d’informations pour déceler un début de logique, j’imagine que je verrai sur place. Du coup, je charge Redcask de s’occuper de mon armure et de mes armes pour le transport, de manière à montrer patte blanche à l’arrivée, ce sera un début. Mon speeder, mes affaires et mon sourire : ce sera un bon début. Enfin, j’espère.