Post n°4
Auteur : Sion Kumitomo
L’officier, fraîchement promu au poste tant convoité, affichait une mine légèrement désemparée et aigrie. Cette mission, annoncée comme anodine par ses supérieurs, se présentait comme une opportunité de « faire ses preuves ». Il avait mérité sa promotion, pour sûr! Mais certaines compétences n’étaient vérifiables que dans le feu de l’action. Et l’action, il s’y trouvait à la fois à l’épicentre et loin. D’un côté, une personne pour l’instant relativement inconnue, malgré ses papiers apparemment en règle, lui débitait un flot incessant de vocabulaire juridique. Non pas qu’il était trop stupide pour le comprendre mais sa patience affichait les premiers signe de ses limites. Pourtant, les ordres qu’il avait reçu, quelques dizaines de minutes plus tôt, résonnaient encore dans son esprit. « Le cargo sera rapatrié par les autorités et les passagers gardés sous surveillance active ». Or, autoriser la capitaine face à lui à piloter le vaisseau constituait, suivant son bon sens, une entrave à ces ordres arbitrairement prononcés. Il fallait peser le pour et le contre et vite. Rei Ayanami… Un vaisseau en mauvais état… Deux clones, chose incongrue.- Bien, bien- commença-t-il avec agacement. - Vous allez, vous et vos deux acolytes, passer dans le vaisseau envoyé par Kamino, comme convenu. C’est non négociable. De plus, mes hommes ici présents se chargeront de piloter votre vaisseau à la zone d’atterrissage convenue et resteront en vol derrière la navette durant le voyage. A partir duquel vous pourrez le retrouver après l’entretien avec le diplomate. Est-ce bien clair? Il valait mieux que cela le soit. L’officier gardait une âme de soldat, un esprit vif, actif. Il n’aimait pas se répéter. Rei opina, apparemment d’accord avec les termes proposé et il indiquait, d’un mouvement de main discret, la navette dans lequel ils voyageraient. La demoiselle était une chasseuse de Prime. Fallait s’en méfier de ceux-là. De bons gaillards prompt à vous planter, lentement mais avec assurance, la lame effilée d’un couteau dans le dos. Chacun prit place à la position convenue et l’appareillage s’effectua en douceur. Mis à part le pilote et quelques soldats, les passagers se trouvaient dans une partie distincte de la navette, derrière. L’officier était en face de Rei, les deux clones à ses côtés suivi de deux soldats. Trois soldats, impassibles, clôturaient le côté droit de la jeune femme. L’ambiance était pesante, silencieuse. Personne ne parlait, personne n’avait rien à dire. Le voyage était purement fonctionnel, pas de plaisance. Et c’était mieux pour l’officier. Les voyageurs trop bavards lui mettait un bourdon fou, l’empêchait de se concentrer efficacement. Une bonne quinzaine de minutes passa. Ce fut long pour l’homme. Aucun danger imminent mais un manque d’action. Un homme de terrain restait un homme de terrain. L’officier se félicitait de n’être diplomate. Le sens de la belle parole lui passait largement au-dessus de la tête, bien loin de ses préoccupations normales. Et traiter d’économie, de diplomatie ou de stratégies lui paraissait bien ennuyeux. Lui, il exécutait les ordres pour l’instant. Le reste ne le regardait pas, il avait appris la discipline. Le navette se posait avec un chuintement presque inaudible. Un bon pilote. Une légère secousse, lorsque l’appareil toucha le sol. Les passagers se levèrent. L’officier tendait sa jambe droit, rapidement, afin de rétablir la circulation sanguine coupée par sa position précédente. Lui et ses hommes sortirent, suivi des trois passagers rapatriés. Ils formèrent une ligne au milieu duquel les trois individus pouvaient passer. Au bout de celle-ci se trouvait le diplomate en question, gracieusement envoyé par la hiérarchie. Il était de taille moyenne, légèrement enrobé. Il portait un costume, caractéristique, son coup serré par une chemise. Ses plis étaient impeccable, un homme avec une attention particulière pour le regard des autres. Ses cheveux, plaqué sur son crâne dégarni, luisaient, ayant probablement usé du gel afin de les plier à sa volonté. Il apparaissait là, les mains croisé devant son bas-ventre, un grand sourire sur ses lèvres.- Bienvenue, bienvenue. - Il tendit sa main potelée. - Mon nom est Franck Urckert. Vous pouvez m’appeler Franck. Je suis chargé d’accéder à vos demandes de négociations dont vous avez fait état dans votre message d’arrivée, si je puis m’exprimer ainsi. Je vous prie de me suivre. - dit-il dun ton plaisant. La petite troupe se mit en marche, d’un pas rapide. Le diplomate, Franck, ouvrait la marche, flanqué de Rei et des personnes. A côté de ceux-ci, les bottes de quatre soldats martelaient le sol avec frénésie. Disciplinés. Ils arrivèrent dans une pièce mise à leur disposition, avec boisson et nourriture, comme des invités particuliers. Kamino avait le sens du devoir, sécurité avant tout. Le diplomate pianotait rapidement sur son datapad. Il regarda de nouveau les personnes face à lui, affichant de nouveau son sourire.- Parfait. Je viens d’être informé que votre vaisseau a été posé avec succès, peu loin d’ici. Nous vous y amènerons avec plaisir une fois l’entretien fini. Vous aurez bien sûr libre accès à un périmètre autorisé. Les circonstances actuelles ne nous permettent pas de faire mieux à votre égard. Nous en sommes désolés. - Il reprit, après avoir siroté une gorgée d’eau, d’une voix plus sérieuse. - Bien, je propose de ne pas faire détour et de rentrer directement dans le vif du sujet. En quoi consistait votre demande?