Post n°36
Auteur : Larkin Kith
Un seul mot, un simple mot s’imprime dans la tête de Larkin. « Echec ».La navette neimodienne se pose doucement sur le tarmac de la base, soulevant des volutes de poussières et de sable orange. A contre-jour, Larkin reste les yeux dans le vague tandis que son comlink personnel grésille dans son oreille. Cela fait plus de 5 minutes qu’il est branché sur le réseau neutre de l’Académie, réseau que l’on capte aux abords de la base. Et cela fait plus de 5 minutes qu’il sait que la recrue Valeria Demesia sous ses ordres est morte.Lorsque la nouvelle est arrivée pour la première fois, Kith n’y a pas cru, et il a fouillé des yeux désespérément le petit habitacle de leur transport, à la recherche de la recrue en question. Cela bien évidemment en vain, Valeria n’était pas à bord. Elle était restée là-bas, elle s’était faite tuée. Le jeune chef était toujours assis inconfortablement lorsque les derniers membres de son unité sortirent de l’engin, et que des droïdes médicaux venaient s’occuper d’eux. Il se releva sans s’en rendre compte et sortit à l’air libre, aride et sec de la planète confédérée. Il y avait beaucoup d’agitation dans la base, des pelotons d’individus courraient un peu partout, il y avait des classes, des exercices, des manœuvres, et tout ça dans un bazar très rigoureux. Un droïde médical s’approcha de lui, et vaporisa un spray antiseptique sur son dos. La douleur fut comme un électrochoc qui prit le jeune homme par surprise. Agité par une série de spasmes, Larkin injuria la machine médicale qui partait déjà à la rencontre d’autres blessés. Il se rendait compte désormais qu’il était exténué, que son dos le faisait souffrir et que ses poumons brûlaient sa cage thoracique de l’intérieur. Il toussa plusieurs fois, et s’avança hors de la piste d’atterrissage. Un weequay du grade de caporal s’approcha de lui.- Larkin Kith ? Le sergent-instructeur Yago veut vous voir immédiatement.Le caporal s’éloigna rapidement, laissant Larkin se diriger lentement vers la position du sergent. Quelques minutes plus tard il était à côté de lui. Yago avait un visage sévère, et la mine renfrognée.- Bon sang recrue, z’avez vraiment mrdé là-bas. - Je sais monsieur, déclara un Larkin terrassé par la fatigue.- Il y aura une cérémonie dans quelques heures, vous recevrez le drapeau qui lui est dû. Vous êtes aussi chargé de rédiger une lettre pour sa famille sur Coruscant. Ha oui , il fouilla dans le sac à côté de lui et en sortit un brassard noir, vous devrez porter ça aussi recrue, jusqu’à votre prochaine promotion, pour vous rappeler le prix de la perte de ceux qui sont sous vos ordres. Kith attrapa le brassard. Ses traits étaient tirés, et l’amertume rongeait chaque millimètre de son esprit. Il n’avait plus rien à quoi se raccrocher, la douleur, la fatigue, la culpabilité, le sentiment profond d’avoir échoué, d’être un minable.- Enfin, mince quoi recrue. Vous perdez la position, vous pouvez pas débusquer une taupe, et en plus on tue vos soldats. - Attendez , Larkin tiqua, vous avez dit taupe monsieur ? - Oui, la recrue Loïk Runny, camp Blanc, on voulait voir si vous étiez capable de le repérer. Faut croire que non. Vous n’avez pas pensé que toutes ces bourdes étaient possiblement faites exprès ? - Je… Non monsieur, je n’y avais pas pensé, dans le feu de l’action je… - Et bien pensez-y la prochaine fois Kith. Commence à me demander si on devrait pas vous fourguer aux fusiliers à ce train-là. - Monsieur il y a aussi l’aspirant Henry Huit qui… - On sait, on sait. Rompez recrue. Larkin salua et s’éloigna. Il traversa le campement, l’esprit totalement vide. Son mental était à deux doigts de flancher. En moins de deux jours il avait vécu suffisamment de choses pour le traumatiser fortement. Il s’arrêta dans sa marche, et tourna la tête vers la ligne de démarcation, vers la base blanche. Une silhouette familière s’y trouvait, celle de Loïk. Il avança déterminé vers la ligne et hurla :- Loïk ! Recrue Runny ! Il stoppa son avancée, et planta ses yeux dans ceux du clawdite. Loïk… Sale ordure de merd… Encore un silence. Bon courage pour la suite. Larkin tourna les talons, son regard perdu et rejoignit ses baraquements. Quelques aspirants bleus s’y trouvaient, passant leur temps à fumer des cigarillos, ou à jouer au cartes. Un des membres de son équipe, Zak, un duros, était là aussi. Il fixa son chef, l’air dépité, puis reporta son attention sur son datapad. Kith alla prendre une douche, passant quelques longues minutes à réfléchir sous l’eau froide, serrant les dents sous la douleur de ses blessures. Trahi, indigne, incapable, idiot. Voilà ce qui résonnait dans sa tête tandis qu’il contemplait son visage fatigué et marqué dans un des nombreux miroirs de la salle d’eau du baraquement. Puis une cicatrice apparut, sur son pectoral gauche. Le tir qu’il avait reçu d’un ouvrier de Burnin, rendu fou par son activité de dealer, dans une cité minière. Le tir de laser qui l’avait décidé à fuir sa planète, à chercher l’espoir ailleurs. Le tir qui l’avait amené jusque sur Géonosis, jusqu’ici, devant ce lavabo, à contempler sa face, et à pleurnicher sur son sort. * Est-ce que tu vas rester là, à rien faire, devant cette glace ? Vas-tu continuer à te vautrer dans ton malheur, ta douleur, et ta nostalgie ? Larkin se contracta, les jointures de ses doigts, posés sur le rebord du lavabo, blanchirent. Ses dents se serrèrent, et ses yeux se fermèrent. Soudain, ils s’ouvrent, de nouveau vivants. Non. Non. Non ! NON ! Cette fille a désobéi à un ordre direct, c’était sa responsabilité de charger l’ennemi alors que tu ordonnais le repli. TU as du sauver les autres, parce que c’était TON devoir, celui de prendre le maximum de survivants pour continuer le combat. Alors tu vas te ressaisir put**n de merd*, tu vas te changer, te recoiffer, boire de l’eau, manger cette foutue saucisse à la lentille, et tu vas assister à cette cérémonie. Et que ça te rentre bien dans le crâne Larkin, il y aura toujours des morts, parce que nous sommes tous des soldats !*Le jeune homme sursauta ; cette voix, celle qui parlait dans sa tête, celle qui venait de le faire sortir de l’eau dans laquelle il se noyait depuis tout à l’heure, cette voix n’était pas la sienne. C’était celle de Trent, celle de son frère, c’était le sermon que son frère lui aurait fait s’il était là, lui Trent, le combattant trooper qui était parti. Le souvenir de sa planète natale revint danser dans son esprit. Oui, il reviendrait sur Burnin Konn, il reviendrait, et le changement aura lieu. Mais pour l’heure il devait assister à la cérémonie. Les portes du baraquement claquèrent plusieurs fois, les dernières recrues quittaient les lieux pour se diriger tranquillement vers le cimetière militaire. Larkin se plaça devant sa couchette. Un paquetage neuf, un treillis gris confédéré, une casquette militaire simple, un uniforme de parade, et un blaster E-5 étaient posés dessus. Kith fourra sa combinaison usée et déchirée dans le paquetage, puis enfila le treillis, vissa la casquette, puis pris son E-5 en bandoulière. Avec une attention redoublée, il serra le brassard autour de son bras. Un brassard noir, comme la nuit, un brassard qu’il garderait longtemps. Une marque pour qu’il reste l’un des rares soldats à se souvenir de Valéria Demesia, tombée aux champs d’honneur. Pour qu’il n’oublie pas la leçon de cette bataille, et pour que plus jamais il n’y ait d’autres Valeria mortes sous ses ordres. Il se redressa, le dos droit et sortit du baraquement. Un groupe de soldats discutaient devant, ne l’ayant pas remarqué.- ‘Pensez qu'il va venir ? J’serais lui, je me bourrais la gueule et je sortirais pas. - T’irais à la cantoche toi surtout !Il y eut un éclat de rire, et Larkin passa devant, sans leur décrocher un regard. Le silence s’installa chez les soldats, tandis que le jeune homme marchait vers le cimetière. Rejoignant le rang de son unité réduite à 20% de ses effectifs théoriques, Kith fixa l’horizon, tâchant de paraître tel le soldat moyen, que personne ne remarque les sentiments qui tourbillonnaient en lui. Il voulait que désormais l’on voie un homme froid, dur, et intransigeant. Parce que c’est ce qu’il allait devenir, parce que c’était ce que son frère lui avait dit de devenir, parce que c’était ce qu’il fallait qu’il devienne. Le discours fut long, mais sincère. La descente du cercueil et les tirs passèrent rapidement. Il s’avança, et prit solennellement le drapeau qu’on lui tendait, le regard concentré, et austère. L’hologramme s’activa et Kith contempla une dernière fois le visage figé de Valéria. Désormais elle resterait accrochée à son bras, pour longtemps. Les mots de l’officier restèrent dans sa mémoire. Vous devrez vous rappeler qu’il faut tout faire pour éviter la perte d’un de ses hommes, mais lorsque la situation se présente, il faut avoir le courage suffisant pour prendre les bonnes décisions. Ce choix sera dur, mais vous devrez penser au collectif lorsque vous le ferez ! La bonne décision, la bonne et difficile décision. Sa gorge était redevenue sèche, et son treillis appuyait sur son dos encore à vif. Une sirène stridente retentit, et le chaos submergea la foule. Les ordres tombèrent comme une pluie de flèches. Les soldats se bousculèrent dans tous les sens, courant à leur baraquement. Larkin fut instinctivement suivit par ses anciens compagnons bleus, et se précipita vers sa couchette. Les recrues s’activaient frénétiquement sur leurs paquetages, vérifiant leurs affaires, les cellules de gaz, leur équipement. Kith rangea soigneusement le fanion dans le paquetage, réaffirma sa prise sur son E-5, et sortit de la caserne, rejoignant la compagnie qui lui était affectée. Des navettes descendaient des cieux bleus de la planète confédérée, embarquaient leur chargement de soldats et redécollaient aussitôt pour l’espace.Plus aucune information autre que « rejoignez la piste d’atterrissage pour embarquement » ne circulait sur les canaux radios. La guerre semblait bel et bien avoir débutée. Larkin posa ses bottes sur le sol métallique de la navette, et s’entassa avec une vingtaine d’autres soldats dans le transporteur. La navette décolla dans un rugissement puissant, l’emportant lui, et le souvenir de Valéria, vers le Venator « Cemetery Gates ».