Post n°5
Auteur : Slice
Durant toute la matinée, le mistral n’avait eu de cesse que de se lever. Il était à présent midi et ce vent dominant Nord-Ouest soufflait maintenant vaillamment sur la côte de Tirée. Dès qu’ils eurent quittés le port, Malik arrêta le moteur annexe du navire pour ne se propulser qu’à la force des voiles. Le vent était dans leur dos et les deux ruffians savaient visiblement bien naviguer. Ainsi, l’embarcation filait sur les flots à une vitesse déconcertante. Le port de Tirée, pourtant le plus grand de tout Varglas, ne tarda pas à devenir qu’un petit point brillant à l’horizon. Mais alors qu’ils faisaient face à une étendue d’eau à perte de vue, ces deux-là savaient exactement où ils allaient. Le couard et sa camarade faisait cap vers un objectif bien précis et pour se faire ils manœuvraient régulièrement leur embarcation. Les instruments étaient archaïques mais encore efficaces. Malik se servait d’une simple boussole pour vérifier sa route tandis que Dibella se fiait à une girouette en haut du mât pour surveiller l’évolution du vent. Lorsqu’ils furent certains qu’ils étaient seuls dans cette partie de la mer de Gilsen, le grand personnage se retourna vers le panier dans lequel était enfermé leur prisonnier. Syrio était resté sage durant toute cette partie du voyage et cela lui avait évité de recevoir bien des coups de la part de ses tortionnaires ... « - Dibella vient me remplacer au gouvernail, je vais m’occuper de notre invité … »Dibella hocha la tête et vint prendre la relève en silence. Les propos que Malik avait proférés au sujet du Rossignol l’avaient visiblement marquée et elle était perdue dans ses propres pensées. N’en ayant que faire, le mystérieux personnage ouvrit le panier et laissa leur prisonnier en sortir. Là, il dégaina de sa ceinture une courte dague en acier et fixa ce dernier de ses yeux malsains. A la vue de la lame, Syrio manqua de s’évanouir. Il était visiblement apeuré et il bougea vainement en essayant de se défaire de l’autochtone. Malik siffla comme à son habitude avant de lui donner une claque. L’originaire d’Azul maîtrisé et calmé, il lui trancha ses liens d’un coup net avec sa lame. Le noble était soit en état de choc, soit il avait compris, quoi qu’il en soit il ne bougeait plus. Satisfait, le ravisseur rengaina son arme et lui ôta le bâillon qu’il avait sur la bouche. « - Tssss. D’un geste sec, Malik désigna à Syrio un endroit où s’asseoir sur le bateau. Reste sagement à ta place et tout se passera bien. Si tu souhaites t’enfuir … libre à toi … tu n’as qu’à rentrer à la nage … »Syrio regarda autour de lui pour ne découvrir qu’une étendue d’eau qui défilait sur des lieux et des lieux. Dépité et pris au piège, il consentit à obéir à « son obligé ». Malik n’en dit d’avantage et il se contentât de s’asseoir non loin de lui. Il ouvrit une petite glacière qui avait été placée sous un des bancs de la barque et en sortit un met enroulé dans un chiffon à carreau. Une douce odeur de viande séchée et de pain frais titilla alors les narines des passagers du voilier. L’attention de Dibella se retourna instinctivement vers son compagnon : c’était l’heure du repas. L’homme enleva le chiffon avec mépris pour dévoiler la pitance : un pain paysan rond, à la viande. C’était là une spécialité d’Angos qui venait d’un Etat plus à l’Ouest. Cette nourriture était l’apanage des gens humbles et des plus pauvres. Elle ni mauvaise ni transcendante. Son seul intérêt résidait dans le fait qu’elle calait l’estomac et donnait quelques précieuses protéines. Malik coupa le pain en trois : un quart pour Dibella, un second quart pour Syrio, puis la moitié restante pour lui. Chacun récupéra son auge et nul ne parla durant tout le repas. Le début d’après-midi fût très calme. Le bateau voguait paisiblement et les deux ravisseurs de Syrio se montraient moins méchants en son encontre. Visiblement ils étaient moins tendus, il fallait dire que leur prisonnier ne pouvait leur fausser compagnie ni appeler à l’aide. Ils alternaient leur rôle à la barre de temps en temps et firent quelques parties d’osselets. D’après les bribes de conversation que put entendre le natif d’Azul, ils n’étaient plus très loin de leur objectif. Alors que tout se passait sans la moindre encombre et que Dibella et Malik était en train de se disputer au sujet d’une hypothétique tricherie de la jeune femme aux dés, Syrio remarqua un scintillement anormal au creux des vagues qui se trouvaient à bâbords. Intrigué, il se pencha en avant pour regarder ce dont il s’agissait. Il fût alors témoin d’un spectacle que peu d’étranger peuvent se vanter d’avoir vu sur Angos : une Guivre Marine nageait en surface, à une dizaine de mètre de l’embarcation. Voyant que Syrio fixait la mer, Malik s’approcha de lui afin de voir ce qu’il faisait. Lorsqu’il aperçut les longs anneaux aux écailles d’argent du mastodonte, il se rua sur Syrio et le jeta à l’intérieur du navire. Sa main sur la nuque de ce dernier, il le plaqua à même le sol en bois de la barque. Voyant ce dont il s’agissait, Dibella ramena énergiquement les voiles sur le mat et se jeta pour rejoindre les deux autres passagers au fond du bateau. L’instant d’après un vrombissement terrible, a moitié étouffé par l’eau, retentit sous eux. « - Un Ushum-Gal ! Vu sa largeur il doit faire dans les 30 mètres ! S’il nous a vus nous sommes foutus ! »La mer, qui avait été très paisible jusqu’alors, se changea du tout au tout. Une forte houle se leva là où se trouvait l’animal. Le bateau était mis à rude épreuve tant les vagues frappaient avec force contre la petite coque. Les remous provoqués par les violents mouvements de la guivre formèrent un large siphon qui était délimité par les sillons de son passage. Chacun de ses mouvements bougeait d’énormes quantités d’eau et le bruit qu’elle faisait était semblable au tonnerre. Elle tourna ainsi autour de l’embarcation durant de longues minutes qui semblèrent être des heures pour ses occupants. Finalement, elle replongea sous la mer et abandonna la surface. Personne ne bougea tant que l’eau ne redevint pas aussi calme qu’elle l’avait été l’origine. Lorsque ce fût le cas, Dibella déploya une nouvelle fois les voiles et Malik reprit sa place sur le banc qu’il avait quitté. Ces gens-là étaient habitués à l’animal et savaient comment réagir, aussi, à la différence de Syrio, ils reprirent leur vie comme si de rien n’était. Mis à part les intrépides chasseurs Uscar de Guivres Marine, les marins qui empruntaient la mer de Gilsen coupaient tous leurs moteurs et rabaissaient leurs voiles lorsqu’ils en rencontraient par mégarde. Le bateau devait paraitre à la créature comme n’étant comme un simple objet qui flottait à la dérive, si elle se rendait compte que ce n’était pas le cas, elle l’attaquait avec véhémence. D’une manière générale, les Guivres terrestres et marines s’attaquaient à tout ce qui bougeait. Sur la mer, c’était les vibrations qui les attiraient. Si elles pensaient la chose vivante, elles la dévoraient. Par chance, la Guivre qu’ils avaient croisée n’était pas très grande mais sa taille aurait été suffisante pour couler bien des chalutiers et des Frégates Varglas. Le voilier continua ainsi sa route. Après une demi-heure de voyage supplémentaire, Syrio put enfin découvrir la nature de sa destination. Perdu en pleine mer et entouré par un épais brouillard, se trouvait là un bateau gigantesque. Le bâtiment faisait dans les 300 mètres de long et il était aussi grand que certains immeubles d’Azul. Sa coque semblait être faite d’ardoise tandis que la zone supérieure, en fer, était d’un blanc cassé. Sa proue avait l’apparence d’une flèche, elle était longue et élancée. A voir le navire depuis la mer, il paraissait être aussi tranchant qu’un couteau et capable de couper les vagues qui se présentaient sous lui. La poupe formait un délicat arrondi tandis que trois hautes cheminées d’ardoise étaient réparties le long du navire. On aurait pu le confondre avec une sorte de paquebot si on n’avait pas remarqué de nombreuses trappes au-dessus de la zone de flottaison. Il s’agissait à coup sûr de l’emplacement de canon lasers. Balloté par le vent, un fanion représentant une plume noire au centre d’un cercle vert émeraude se dressait fier et droit en haut de la plus haute des cheminées du navire. Si Dibella n’en avait que faire, Malik remarqua que Syrio semblait étranger à cet emblème. L’énigmatique personnage inspira profondément avant de lui apporter quelques réponses. Relevant la tête et fixant à son tour le drapeau il s’adressa à sa victime. Il y avait de l’amertume dans sa voix, comme s’il n’aimait pas ce qu’il contemplait. « - La plume et son cercle d’émeraude, ce sont les héraldiques de l’archipel d’Uscar. Syrio le regarda d’un regard dubitatif. Tssss. Ce bateau s'appelle la Rose des Vents, c'est une ambassade mobile de la nation Uscar, voisin de Varglas à l’extrême Orient de la mer de Gilsen. C’est le peuple des chasseurs de Guivre. Je t’expliquerais plus tard mais pour l’instant ne trainons pas d’avantage, nous sommes déjà en retard et l’ambassadeur veut te voir ... Ne regarde jamais un Uscar dans les yeux, reste prêt de moi et de Dibella et tout se passera bien.» Dibella rangea les voiles de leur embarcation tandis que Malik rallumait le moteur annexe de son bateau et manœuvrait de manière à se mettre sous une échelle qui permettait de monter à bord. Ils amarrèrent l’embarcation au géant d’acier avant de se hisser le long de l’échelle. Le mystérieux compagnon de la jeune femme passa le premier, suivit de Syrio puis de Dibella. Une fois sur le pont, qui était fait de bois de fer, il fît signe à sa camarade de s’approcher de leur colis. Elle attrapa la main de Syrio et la serra avec force. « - Hé ducon, ne me lâche pas et ne t’éloigne sous aucun prétexte. »On ne voyait pas grand-chose dans ce brouillard et ce dernier avait gagné en intensité depuis quelques minutes. Déjà plusieurs formes humanoïdes s’approchaient en direction des 3 marins. Lorsque Syrio put voir leur visage ce fût une vision d’horreur qui se présenta à lui : les êtres qui se tenaient devant lui ressemblaient à des cadavres. Spoiler : Glossaire :Bois de Fer : Variété unique d'arbre en fer qui ne pousse que sur l'Archipel d'Uscar. C'est un des matériaux les plus résistants d'Angos mais aussi un des plus chers. (A ne pas confondre avec le Bois de Fer Terrien). Ambassade Mobile : Navire Uscar servant d'ambassade. Les Uscar ayant eut jusqu'à peut encore l'interdiction de poser le pied en terre Varglas, ce sont des navires dans les eaux internationales qui leur servent d’ambassades. Le plus connut de tous est « La rose des vents » dans lequel a été signé le dernier traité de paix entre les deux nations. Pain de viande : Plat du pauvre originaire d'Angos. Il est constitué d'un pain rond paysans qui est fourré avec quelques morceaux de viande séchée. Uscar : Insulaires de l’archipel d’Uscar (situé en pleine mer de Gilsen, à l’Est de Varglas). Ennemi héréditaire des Varglas, il s'agit d'un peuple marin chasseur de guivre.Ushum-Gal : Guivre (aussi bien terrestre que marine). Mot Varglas se traduisant littéralement par « Grand Serpent ». [Voir l'encyclopédie].