Post n°10
Auteur : Baron Rissk
Le baron Rissk aurait presque l’impression d’être à une soirée mondaine. Confortablement installé dans son fauteuil en cuir, il sirote tranquillement son merveilleux verre de whiskey Corellien. En face de lui, la Gossam représentant les intérêts de la Guilde du Commerce a jeté son dévolu sur un jus de juri. Le Koorivar servant d’observateur à l’Alliance des Corporations s’est pour sa part contenté d’un banal vin épicé. L’alcool faisant son effet, le trio de politiciens en vient presque à oublier le colonel Dovchenko, qui s’avère relativement peu bavarde et discrète. Elle ne semble pas vouloir toucher au verre de whiskey que le modèle BD-3000 lui a servi. Les trois compères sont plongés dans leur habituel jeu de faux semblant, s’échangeant de vagues sourires trompeurs. Du point de vue de la jeune femme, ces abrutis ressemblent à des prédateurs regroupés pour l’occasion dans une lutte sans merci. Ils tournent les uns autour des autres, se pavanant fièrement et cherchant une faille dans le dispositif de leurs adversaires. La Corellienne n’a jamais apprécié la politique. Aujourd’hui encore, les habiles manigances de l’élite séparatiste semblent animer en elle une certaine sensation de dégoût… Une sensation de dégoût qui est par ailleurs renforcée par l’infecte odeur du tabac qui vient emplir toute la pièce.- Et bien Baron… Je dois admettre que vous savez accueillir des invités. Je vous conseille toutefois de ne pas organiser de réceptions sans avoir au préalable pris toutes les dispositions qui conviennent à un tel événement… Pour impressionner le gratin séparatiste, il va falloir y mettre les moyens. Avoue la Gossam à l’aide de trilles stridentes et de croassements infâmes. Néanmoins, vous avez le mérite d’être un travailleur acharné… Et nous savons tous que seuls les plus méritants réussissent au sein de notre glorieuse Confédération.- Oui… Oui… En effet. L’Alliance des Corporations se satisfait de vos progrès Baron. Ajoute à sa suite le Koorivar. Du fait de notre bienveillance à votre égard, nous avons décidé de vous vendre à bon prix deux de nos vieux croiseurs de classe Munifex. Nous n’en n’avons plus réellement l’usage et il est, de notre point de vue, bon de vous faire profiter de l’offre. C'est ce que font les bons partenaires n'est-ce pas ?- Il est évident, par les temps qui courent, qu’il faut se préparer à un conflit armé. Les Sith ont prouvé qu’ils pouvaient toujours frapper fort, malgré leur infériorité numérique et leurs nombreuses défaites. Surenchérit la représentante de la Guilde du Commerce en croassant de plus belle. Et il ne faut pas non plus oublier nos épouvantables relations avec la République Fédérale… Qui pourraient nous conduire tout droit vers la guerre. Afin d’éviter un nouveau désastre sur Korriban, la Guilde du Commerce a décidé de vous faire don de quelques uns de ses nombreux modèles droïdes tout droit sortis des usines.- Je vous remersssssie par avansssse pour ces offres généreuses… Indique le sous-préfet entre deux bouffées de cigare, un sourire aux lèvres. Je sssssuis ssssssûr et certain que nous sssssaurons en faire bon usage, n’est-pas Colonel Dovchenko ?L’officier séparatiste, plongée dans ses pensées, sort de sa torpeur.- Oui Monsieur. Nous aurons besoin de tout le matériel militaire disponible pour défendre les intérêts séparatistes sur Korriban. Quelques vaisseaux et droïdes de plus ne seront pas de refus. Lâche froidement la jeune femme.- Levons nos verres pour conclure l’affaire dans ce cas ! Déclare l’observateur de l’Alliance des Corporations. Honorons notre fructueux partenariat !Les quatre individus présents dans la salle quittent leurs fauteuils respectifs pour trinquer. Des paroles malhonnêtes, une attitude sournoise, des gestes hypocrites… C’est tout ce que semble retenir Dovchenko de ces personnages là. Il n’y a qu’à voir l’attitude du Koorivar et de la Gossam, qui tentent de s’arracher les faveurs du Trandoshan… Non pas par altruisme, mais par intérêt. Le principal concerné qu’est le sous-préfet de Korriban est le premier à reconnaître les enjeux politiques et commerciaux qui se cachent derrière cette fausse générosité. Ils veulent le forcer à la dépendance. Ils veulent le pousser à les rejoindre d’une manière ou d’une autre, afin de lutter contre l’influence grandissante des autres organisations commerciales et industrielles que sont la Fédération du Commerce, le Clan Bancaire Intergalactique et le Techno-Syndicat. Chaque entité gouvernementale galactique semble avoir des intrigues propres… Des luttes intestines. Au sein de l’Impérium, les officiers s’affrontent dans un combat à mort pour le pouvoir. Dans la Confédération des Systèmes Indépendants, les puissances qui ont formé le mouvement séparatiste cherchent à éliminer leurs rivales en usant de stratagèmes divers et variés… Et la République Fédérale semble être un fameux mélange des deux. Politiciens corrompus et militaires extrémistes se sont déclarés la guerre afin de conserver leurs privilèges. Au final, il n’existe aucune différence entre les puissances qui se partagent la galaxie… Et il n’y a visiblement aucun remède miracle face à ce fléau qu’est l’appât du gain. Quoi qu’il en soit, le baron Rissk sait très bien qu’il aura à faire un choix rapidement. La Guilde du Commerce et l’Alliance des Corporations, sous le couvert de leur bienveillance suspecte, font silencieusement pression sur lui. Bien évidemment, puisqu’ils ne peuvent pas le forcer à l’assimilation en envoyant une armée annexer son monde, du fait de l’intérêt que la CSI a pour la planète nécropole, ces truands cherchent à l’appâter en mettant en avant leur formidable puissance...Les jeux d’alliance, les annexions commerciales ou politiques… Des choses qui font partie du décor depuis la nuit des temps. Par la soumission et les fédérations, de grands empires se sont formés. Parfois, ces événements ont mené à l’effet inverse… Quoi qu’il en soit, l’importance des alliances touche tous les domaines. Par ailleurs, il suffit de jeter un coup d’oeil aux noms des grandes firmes séparatistes pour comprendre en profondeur l’idée même d’association ou d’assimilation. Syndicat, clan, fédération, guilde, alliance… Des mots qui signifient la même chose. Mais pour le T’doshok, il n’est nul question d’être assimilé à une quelconque entité commerciale de grande envergure… Et pour contrecarrer les plans ambitieux de ses camarades, il compte bien développer sa propre entreprise. Cependant, plusieurs questions se posent. Il lui faut trouver un marché juteux et la vente d’artéfacts Sith est loin d’être l’option la plus viable, du fait de la rareté et des dangers qui se présentent politiquement parlant comme physiquement parlant. Le lézard bipède n’a pas besoin d’un scandale qui pourrait venir entacher sa réputation ou pire, ruiner sa carrière. S’il peut éventuellement se permettre de temps à autre de revendre quelques pièces sur le marché noir, il ne doit pas en dépendre. Tout est bon à prendre pour éviter d’attirer l’attention… Du moins… Pour l’instant. Le sous-préfet de Korriban remue son verre, contemple le temps de quelques battements de coeur le liquide qui se déplace sous forme de petites vagues d’un bout à l’autre du contenant. Son regard s’illumine. Mais bien sûr ! La voilà la merveilleuse idée qui pourrait l’enrichir… C’est décidé ! Il se lancera dans la production d’alcool. Un superbe whiskey ou un petit vin d’exception… Ou même les deux. Néanmoins, le sol de Korriban n’étant pas le plus propice à la culture, il faudra sûrement se tourner vers l’une de ses nombreuses lunes. Du moins… Si l’une d’entre elles s’avère propice à la vie... Chose qu’il faudra donc vérifier à l’avance. Ou peut-être pourrait-on créer une immense ferme hydroponique à cet effet. Et dans le pire des cas, on pourrait toujours construire un hôtel de luxe réservé au gratin séparatiste, avec une magnifique vue sur Korriban. Oui, cette idée est bonne à prendre aussi. La seule chose qui compte au final, c’est de faire de l’argent pour ne pas dépendre entièrement des financements des grandes firmes. Les rêveries du Trandoshan s’achèvent lorsqu’une nouvelle question vient le réveiller.- Dites moi Baron… J’ai entendu dire que le Techno-Syndicat finançait une partie de vos recherches archéologiques... Et pourtant, j’ai plutôt l’impression que nos chers amis Skakoans ne vous portent pas dans leur coeur. Remarque soudainement l’observateur de l’Alliance des Corporations. Est-ce que vous avez été en contact avec eux récemment ?- Vous n’êtes donc pas au courant ? Le Techno-Syndicat avait plus important qu’une simple visite de Korriban… On dit qu’ils ont joué un rôle important dans la campagne électorale d’un des leurs sur Corellia. Intervient alors la représentant de la Guilde du Commerce dans une nouvelle série de trilles.- Ah oui en effet… Comment s’appelle t-il déjà ? Demande le Koorivar en tripotant machinalement ses mains couvertes d’une peau épaisse et rugueuse.- Asavar Phocas il me semble… Ces deux fripouilles que sont Wambor et Bortant doivent déjà savourer leur victoire… Indique la Gossam en croassant de plus belle. Je suis sûr et certain que la prise officieuse de Corellia va largement profiter à leurs affaires.- Il est vrai qu’il va falloir surveiller de près comme de loin les agissements du Diktat Phocas… Acquiesce l’autre dans un hochement de tête.Asavar Phocas… Un nom familier pour le reptile bipède. Les deux individus se sont croisés sur Géonosis, lors d’une réunion exceptionnelle après une série d’attentats Sith sur les mondes séparatistes. Le Skakoan et le T’doshok se sont affrontés dans une sorte de joute verbale qui a fini par les laisser en statut quo. Quoi qu’il en soit, ils ne s’apprécient guère et Rissk se félicite silencieusement de le savoir loin des affaires séparatistes… Le baron autoproclamé se moque éperdument de Corellia et de ses richesses. Certes, il représente un danger pour les affaires de ses deux comparses, mais de l’avis de l’imposant lézard, il y a une opportunité à saisir.- Vous semblez songeur Baron… Est-ce que cette nouvelle vous a surpris ? - Pas le moins du monde. Un Ssssskakoan en moins dans la Confédération des Ssssystèmes Indépendants est une bonne chose sssssur le court terme. Commente le sous-préfet en mordillant son cigare fumant. Il faut profiter de l’occasion… Vardek Bortan avait sssssûrement de grands projets pour ssssson petit protégé au ssssein de la Confédération des Sysssstèmes Indépendants. L’éloignement de ce dernier doit quelque peu contrarier ssssses plans. Et il ne tient qu’à vous de ssssssaisir cette opportunité pour récupérer du terrain à leur insu...- Vous avez tout à fait raison Baron. Vous feriez un redoutable homme d’affaires… J’en suis sûr ! Répond le représentant de l’Alliance des Corporations, un sourire sournois aux lèvres.- Un redoutable homme d’affaires… Et ssssssurtout… Un asssocié très prometteur ! Rétorque le Trandoshan en tirant une nouvelle bouffée de son cigare. Par ailleurs, puisssssque nous sssssommes réunis, j’en profite pour porter un toast ! Un offissssssier qui dirige une flotte composée de plusieurs vaissssseaux est le plus sssssouvent Amiral… Du moins, ssssi j'ai bien compris comment le monde militaire fonctionne. De sssse fait, j’annonssssse la promossssion du Colonel Dovchenko au rang sssssupérieur. Félicitassssions, Amirale.- Je vous remercie Monsieur le Baron… C’est un réel honneur. Lâche simplement la Corellienne, avec sa froideur habituelle.Les félicitations des deux autres invités ne tardent pas à arriver. Cette soirée semble s’éterniser… Et la désormais amirale Dovchenko n’arrive pas à s'accommoder à ces fausses manières qui doivent plaire aux autres. Elle ne fait pas partie de ce monde étrange et repoussant qu’est celui de l’élite séparatiste. Toutefois, du fait du poste important qu’elle occupe au sein de l’administration de Korriban, il y a fort à parier qu’elle devra se présenter à d’autres événements du genre… Pour le meilleur et pour le pire. Peut-être devrait-elle sérieusement se pencher sur un apprentissage de la politique… Rissk, pour sa part, est dans son élément naturel… Tel un poisson, ou plutôt requin, dans l’eau. Comme à son habitude, il s’en sort toujours bien. La jeune femme ne semble plus étonnée des résultats obtenus par le T’doshok. Elle a appris à côtoyer la fourberie, et surtout la folle créativité, du lézard bipède au quotidien. L’officier ne se doute cependant pas des nouvelles idées de grandeur de ce dernier… Et à tous les coups, elle ne va pas les apprécier.