Post n°4
Auteur : Atreïs Helcar
Thème musicalLe Prédateur faisait pâle figure à côté des énormes Providences, Munificent et autres vaisseaux de guerre assemblés dans les gigantesques chantiers navals de Raxus Prime. Toute la planète n’était dédiée qu’à un seul objectif, la construction de ces machines surpuissantes capables de réduire à néant une flotte de vaisseaux légers sans même faiblir un instant, dotées d’une chasse surarmée et d’un armement surmultiplié. Oui, la Confédération, depuis des années, se préparait à la guerre. Personne ne savait vraiment contre qui, contre quoi, pourquoi ou quand. Mais tout le monde, dans les hautes sphères, s’attendait à une guerre. Atréïs ne pouvait pas être d’un autre avis. En voyant toutes ces armes de destruction massive, une seule pensée lui venait : de gré ou de force, la CSI ferait la guerre. Mais il ne comptait pas y participer, de son côté. Un autre conflit l’intéressait, et c’était pour cela qu’il accostait sur Prime.La station Prime était le seul et unique endroit qui se voulait habitable, en tout cas pour des êtres civilisés et donc si l’on exceptait les Jawas exploités par la Confédération pour la récupération des métaux locaux. Il n’y avait à bord que très peu d’organiques, un service de sécurité trié sur le volet et des administrateurs soumis au secret professionnel et d’État, et donc sans famille, amis ou accointances. C’était une bulle close de laquelle rien ne devait sortir hormis les commandes des différents systèmes, et les informations de la sous-préfet Becky Katinsale.Celle-ci se remettait difficilement de l’attentat qui l’avait touchée. Physiquement sur pied, elle attendait impatiemment la venue d’Irons, dite Vasburg, dite Helcar. La femme, ou plutôt, l’homme aux nombreux visages. Son dossier avait été empilé sous de nombreux autres, bien à l’abri dans la paperasse administrative confédérée, mais son nom avait fini par ressortir. Becky devait bien admettre que la Générale Suprême avait bien joué ses cartes : user de son influence pour faire du Gurlanin ses yeux et ses oreilles était un coup qui semblait anodin mais pourrait bien se retrouver être un atout majeur dans les conflits qui viendraient. Le désormais Commandant avait fait montre de talents pour l’infiltration, l’assassinat et la déduction qui en faisaient un pion important sur l’échiquier politique dont elle n’avait pourtant que faire. Malheureusement, ses capacités n’avaient pas été à même de lui éviter le pire des sorts, la mort. Ou presque. Et c’était là qu’elle entrait en scène.Lorsque la Corvette Corellienne se posa sur la plate-forme d’atterrissage, ce fut une commandante Irons tirée aux quatre épingles, et seule, qui posa le pied sur la décharge planétaire. Ses hautes bottes claquaient sur le sol métallique, ses cheveux roux dansaient doucement autour de son visage alors qu’elle marchait au devant de deux droïdes B1 qui s’approchaient d’elle, blasters baissés. Ils la saluèrent avec respect, lui faisant signe d’attendre alors que plus loin, un Neimoidien forçait le pas dans sa direction. Les yeux noirs d’Irons se posèrent sur le petit humanoïde qui lui semblait ridicule. Son IA lui indiquait pourtant qu’il s’agissait là de l’un des administrateurs généraux, mais seule Katinsale l’intéressait à cet instant. Focalisé sur son objectif, il avait laissé à ses acolytes le soin de s’occuper du vaisseau et des tâches administratives. Ils auraient largement le temps de savoir ce qui se passait plus tard. -Co… mmandante… Irons…L’alien était essoufflé, lamentable dans ses habits trop chics pour un endroit pareil et ne s’attirait de la part de la militaire qu’un regard condescendant et méprisant alors qu’elle croisa les bras pour attendre qu’il veuille bien reprendre son souffle.-Je vous souhaite la bienvenue… aaah… sur Raxus Prime, chantier naval de la glorieuse Confédération. Soyez assurée de notre pleine coopération et de notre ravissement quant à votre venue. Madame Katinsale vous attend, mais peut-être désirez-vous un rafraîchissement ? Manger quelque chose ? Vous reposer ? Vous seriez notre obligée…-Coupons court aux mondanités, administrateur Neko. Je n’ai guère de temps à perdre.« Contrairement à vous » aurait-elle pu ajouter sans rien risquer. Raxus Prime tournait à la perfection grâce au génie technique des droïdes séparatistes, et ce en dépit des incompétents que l’on plaçait à la tête des usines, des financiers qui n’avaient par pour objectif de faire briller la CSI, mais bien leur compte en banque, et Neko faisait partie de cette caste, comme nombre de ses semblables. Il était d’ailleurs surprenant, pour Atréïs, qu’une race aussi peu habile de ses mains ait pu survivre si longtemps dans le concert galactique. Mais maintenant qu’ils étaient là à faire de la politique, il fallait compter avec et sur eux. Aussi, sans un mot de plus, il fit mine de prendre les devants sans même un regard pour les droïdes, se faisant tout juste devancer par le Neimoidien qui devait aimer s’entendre parler tant il vantait les mérites mille fois connus de la planète et de son efficacité, donnant presque une migraine au Gurlanin qui devait se retenir de lui dire de se taire. Heureusement, la station n’était pas immense et ils furent bientôt au bureau tant attendu. Enfin. Laissé seul, il ferma les yeux. Beaucoup de choses s’étaient passées et il espérait que cette rencontre mettrait une réponse sur bon nombre de ses questions, quitte à en ouvrir de nouvelles. Peut-être cet espoir serait-il déçu mais le message qu’avait laissé la sous-préfète en charge de la planète était porteur de cet espoir-là, malgré son ton lugubre. Ce qui n’était guère étonnant de la part de la politicienne. En poste depuis des années, elle n’avait que rarement fait usage de son droit à la parole à l’Assemblée des Préfets, se contentant d’apporter sa voix lors des divers votes ou de donner des indications vagues. En somme, elle était utile, car elle faisait tourner la planète sans faire de remous, laissant la place vide aux ambitieux qui savaient qu’elle ne serait pas dans leurs pattes ni dans les rangs de leurs ennemis. Un pantin, une marionnette que l’on faisait bouger à sa convenance pour les grands groupes et conglomérats qui constituaient la CSI. -Sous-préfète Katinsale. Je suis la Commandante Irons, du Prédateur.Un sourire léger s’étala sur le visage de la femme lorsque la militaire entra. Avec une certaine peine, elle se leva de son siège, se laissant soutenir de ses mains plaquées sur son bureau. On était bien loin de l’image qu’Atréïs pouvait s’en faire, de cette femme distante et discrète, voire distraite.-Commandante Irons. Je vous souhaite la bienvenue sur Raxus Prime, à mon tour. Je vous en prie, asseyez-vous, nous avons beaucoup à nous dire.Atréïs s’exécuta, scrutant la femme, droit dans les yeux, s’attendant clairement au pire.-Je vous remercie d’avoir fait le trajet aussi rapidement, eut égard aux circonstances. J’ai appris votre accident, en même temps que je découvrais votre existence.-Venons en au but, sous préfete, je vous prie. Je doute que vous convoquiez ainsi une militaire sans une bonne raison.Le sourire sur le visage de Katinsale s’élargit. Elle tira un brouilleur d’un tiroir de son bureau et le posa devant elle. Immédiatement, elle perdit son sourire alors qu’elle l’activa.-Puisque vous y tenez. Je sais que vous n’êtes pas ce que vous prétendez être, « commandante ». Pas plus que vous n’êtes un Lieutenant de la Marine, pas plus que vous n’êtes un soldat. Sans offenses.-Il n’y a pas d’offenses tant que c’est justifié, sous-préfète. J’attends la dite justification, désormais.-Celle-ci est assez simple. Je sais que vous êtes un agent du SIS, ou plus précisément, un agent double du SIS et de la Générale Suprême Valkoinen. Inutile d’être surpris : c’est moi qui ai poussé pour vous faire recruter dans la branche du DCRS lorsque j’ai eu vent de vos… capacités. Laissez moi me présenter à nouveau : Kate Beckinsale, directrice du SIS.Les deux se regardèrent pendant une longue minute, se jaugeant du regard. Alors comme ça, elle jouait cartes sur table, directement ? C’était inattendu, mais révélateur de ce qui se passait. La règle d’or au DSP et au DCRS était la discrétion et la confidentialité absolue. Quelque chose se tramait, et c’était plus gros que tout ce qu’il pouvait imaginer.-C’est à moi que vous devez votre réussite sur Utapau, Agent. Quand bien même celle-ci fut toute relative, puisque vous n’êtes pas parvenu à l’exploiter comme il se devait. Oui, c’est bien moi qui vous ai dévoilé le complot ourdi par Eljdurath. Mais cela n’a plus guère d’importance, désormais, car nous sommes arrivés bien trop tard. Vous êtes arrivé bien trop tard. Eljdurath est mort, entraînant ses secrets et ses raisons avec lui dans la tombe.-Pourquoi m’avoir révélé cela, dans ce cas ? Si c’était trop tard ?-Car j’avais besoin que vous gagniez la confiance de la Générale Suprême. Toute intelligente est-elle, il lui manque des informations sur le combat qu’elle mène, car elle n’a placé ses pions que trop tardivement. -Dois-je comprendre que nous sommes tout trois du même bord ?-Pour l’heure. Mais les lignes bougent, à tous les étages, et il nous revient la lourde tâche que de stabiliser l’ensemble.-Pourquoi le SIS ? La menace est-elle extérieure ?-Externe et interne, c’est pour cela que nous sommes concernés, que nous devons utiliser le minimum de moyens pour un maximum de résultats. Vous avez gagné la confiance de la Générale, vous êtes l’un de ses hommes, vous avez les mains libres pour agir, en plus de vos… capacités naturelles. Le danger ne vient pas des morts, mais bien des vivants.-De quels vivants parlons-nous, Directrice ?-De ceux qui rongent l’intérieur de la CSI, Agent. Le Consulat et leurs apostats, leur engeance, l’Assemblée des Préfets Séparatistes. En se tirant dans les pattes et en tirant la couverture à eux, ils en oublient l’essentiel de leur mission, et cela fait d’eux ni plus ni moins que des traîtres. Les mêmes traîtres que ceux que vous a chargé de châtier Valkoinen. Les mêmes traîtres qui ont ordonné votre exécution.-Mon… ?-Qui d’autre aurait pu vous retrouver si facilement, Agent Helcar ? Qui d’autre que la main du Consulat lui-même pour éliminer ses ennemis ? Vous vous êtes fait une némésis puissante en la personne du Colonel Cinder. Lorsqu’il apprendra votre survie, il n’aura de cesse de vous poursuivre tant que sa mission ne sera pas achevée.-Pas plus que je n’aurais de repos tant que je n’aurais pas accompli la mienne, Directrice. Mon devoir envers la CSI m’oblige, et je m’acquitterai de cette mission.-Alors, c’est parfait, commandante. J’espère que vous serez couronnée de succès et que vous aurez à coeur les intérêts de la CSI.-Bien sûr, Directrice.