Post n°9
Auteur : Kryann
Le combat avait laissé des traces, et pas uniquement sur les murs ou le sol. La violence et la brutalité s'étaient répercutées jusque dans les êtres les plus sensibles, notamment Kryann. A genoux, mains posées sur le sol pour s'empêcher de s'effondrer totalement, la respiration sifflante, le cœur qui battait à toute vitesse, la Cathar cherchait encore à reprendre à la fois son souffle et ses esprits. Lorsque le dernier guerrier avait été perforé, elle avait lâché son arme, le manche glissant de son doigt, éteignant la lame, pour tinter contre les pierres du plancher et rouler à quelques mètres de là. Elle n'en avait cure, à cet instant. Comme à chaque fois, emportée par la soudaineté des duels, elle avait perdu le contrôle, se retrouvant bien souvent à se voir entreprendre des actions plus téméraires que stupides, mais qui auraient très bien pu l'amener à rejoindre la Force. Sarina en était consciente. Si sa relation avec sa padawan était encore très récente, il n'en restait pas moins que la Force les avait liées, sans doute plus que de raison. Et, comme tout Chevalier accompli, elle était capable de ressentir les troubles d'autrui. Alors, lorsque la connexion était si forte... Elle avait ressenti, tout au long du combat, s'immiscer en elle les graines du doute, de la peur, de la colère qui émanaient de Kryann. Bien sûr, sa propre appréhension l'avait prise aux tripes, mais elle parvenait à la garder pour elle, là où l'apprentie n'avait pas encore suffisamment d'emprise sur elle-même pour éviter à son Maître de sentir ses troubles. Le Côté Obscur était si fort en ces lieux, et dans le cœur de la jeune Cathar, qu'il en avait rejailli sur Sarina. A plusieurs reprises, la Chevalière avait bien cru perdre le contrôle d'elle-même, une fraction de seconde, avant de reprendre le fil des combats et de sa stratégie méthodique. Mais ces quelques instants étaient suffisants pour obscurcir son jugement. Tout au long du combat, elle avait senti les craintes de Kryann, sa peur de brandir son arme si particulière, en particulier face à des commandos républicains qui avaient vécu l'Empire Sith. L'angoisse d'être jugée, condamnée pour porter cette lame, conjuguée à son intime conviction qu'elle ne pourrait pas trouver mieux, voilà qui était une posture déstabilisante. Et Maître comme élève s'en était retrouvées confuses. Grâce à la Force, elle récupéra l'arme de son élève. Leur faudrait-il la retourner contre les Républicains ? Que pourrait-elle faire, si c'était le cas ? Préserver les relations naissantes avec la République ? Ou l'honneur de l'Ordre Jedi ? Evidemment, sa famille, son foyer, c'était l'Ordre, et en aucun cas elle ne se voyait abandonner son padawan. Ou pire, la trahir face au jugement de leurs alliés de circonstance. La méfiance des soldats était palpable, de même que leur désorientation. Nombre d'entre eux étaient morts, et il ne suffirait pas de grand chose pour mettre le feu aux poudres. Mais fort heureusement, Sarina n'eut pas à se poser plus la question. Les autres s'étaient rassemblés autour d'un Massassi à peine vivant et l'interrogeaient avec animation. Alors elle s'agenouilla auprès de son élève et lui tendit son arme. -Maître... Aidez-moi. L'humilité et la terreur de la voix de Kryann vinrent se mêler aux larmes de la Cathar. Elle savait qu'elle avait de nouveau échoué face à son mentor. Elle ne le supportait pas. -Aidez-moi à me contrôler. A ne plus... sombrer. -Tout va bien, Kryann... Tout va bien. Elle posa ses mains sur les épaules de la jeune fille. -Tu n'es encore, pardonne moi, qu'une Padawan. Tu as beaucoup à apprendre et je suis là pour ça. Ton... apprentissage est moins reposant qu'il ne pourrait être, mais il est plus que formateur. Tu es confrontée au Côté Obscur et tu ne cèdes pas à la facilité. Tu as peur, c'est une réaction tout à fait normale dans cette situation. Mais continue de me suivre, et je continuerai à t'aider. Nous continuerons à t'entraîner pour qu'un jour tu deviennes un Jedi entièrement dévoué à l'Ordre. Mais en attendant ce moment... Nous avons à faire. Elle se releva et tendit une main à l'apprentie. Celle-ci n'hésita pas. Ses muscles répondaient difficilement mais elle saisit la main tendue. Elle avait toute confiance en Sarina. Tout comme elle n'avait aucune confiance en elle-même. Son regard se porta sur l'arène noyée de sang, et sur les Républicains. A leurs gestes, elle pouvait se rendre compte qu’elle était au centre de l’attention… Notamment celle du guerrier blessé, qui la regarda droit dans les yeux, puis pointa un mur du doigt, avant de s’écrouler. Ni une, ni deux, ce qu’il restait de la force républicaine s’y dirigea, cherchant une sortie. Kryann se retourna vers son Maître :-Que devons nous faire, à présent ? C’est… Une impasse, ou presque.-N’en sois pas si sûre. De nombreuses légendes circulent sur les Temples Massassi de Yavin, notamment… A propos des Sith Naga Sadow ou Exar Kun. Des Seigneurs qui vinrent coloniser la planète et y ont laissé de nombreux artefacts et connaissances. Ce n’est pas pour rien que le Côté Obscur est si fort, ici.-Vous voulez dire que… nous sommes sur la bonne piste ?-Je veux dire que si on doit trouver un ancien artefact Sith, j’aurais sûrement commencé par une planète de ce type.Elle lui adressa un clin d’oeil avec un sourire, alors que, dans le même temps, Bal Kany parvenait à ouvrir, enfin, la porte, révélant ainsi un antique chasseur que les compagnons d’infortune des Jedi ne tardèrent pas à aborder.-Maître, comment pouvez vous avoir tant de connaissances sur… les Sith, leur culture, leur passé ?-Connaître son ennemi. La connaissance, c’est le pouvoir. J’ai toujours été persuadée que mon destin était de m’opposer aux Sith, même lorsqu’ils n’étaient encore qu’une légende passée. J’étais jeune, portée par des désirs de duels, mais je n’ai jamais cessé d’apprendre sur eux, tout ce que je pouvais, encore plus lorsque j’ai pu voyager seule. Ca n’a jamais cessé d’être utile. Et si je t’ai prise comme Padawan… C’est également pour m’aider.-Pourquoi ? Je ne connais rien du monde, de la Galaxie, des races, de… rien en fait.-Justement. Ton esprit est pur, vierge, même si il est ballotté entre ton envie de bien et tes désirs de violence, ton animosité. Je ne vais pas te mentir, il faut être exceptionnel pour marcher uniquement dans la Lumière. Nombre de Jedi refoulent leur part sombre, la cachent. Mais ce n’est pas mon enseignement. Tu dois savoir qu’elle existe, et tu dois savoir t’en servir lorsque le moment est propice… Mais pour la cause juste. Et d’ailleurs…Sarina retourna son regard vers les Républicains. Apparemment, ils avaient leur destination suivante grâce à ce vaisseau. Mais au moment où Widow descendait du vaisseau, des hurlements bien connus déchirèrent le silence. Tous levèrent la tête au même instant, alors qu’un essaim de scarabées piranhas surgissait du plafond.-C’est pas vrai, c’est pas vrai ! Vite ! Trouvez l’issue de ce foutu hangar !L’ordre venait d’Andromak et était plus destiné à meubler le silence pesant et à réveiller tout le monde qu’à réellement donner une solution. Bal Kany, dans toute son impuissance, avait trouvé une console antique et s’affairait déjà dessus alors qu’autour de lui, les survivants se regroupaient. Conscients qu’il fallait gagner du temps, ils formèrent un demi cercle autour de lui, sabres dressés et armes levées. Le feu de laser s’abattit sur le horde, alors que les plus téméraires des insectes étaient repoussés soit par la Force, soit par la force. Poussées, coups de sabres ou de toute autre chose qui pouvait s’avérer contondant, les survivants se battaient avec l’énergie du désespoir, guidés uniquement par la conviction que le Nautolan pouvait les sortir de ce mauvais pas.Celui-ci avait heureusement plus d’un tour dans sa poche. Au bout de quelques minutes sous cet assaut continu, le mur devant eux commença à grincer, s’ouvrant à peine, juste de quoi laisser passer deux Humains en largeur.-Courez !Toute la troupe emboîta le pas d’Andromak, s’ensuivant une nouvelle course contre la mort et la perte de membres supérieurs, la marche fermée par les Jedi qui repoussaient leurs agresseurs. Sous l’agression des insectes, le duo de sensitifs trouva la résilience pour refermer le hangar par la Force, alors que les Républicains achevaient les monstres qui avaient réussi à passer les portes. -Pas le temps de se reposer ! Au vaisseau, et vite, suivez moi.Cette fois, c’était Widow qui donnait les ordres. Sans se laisser le temps de respirer, tous s’élancèrent à sa suite, au pas de course. Le voyage pénible de l’aller s’était transformé en réel chemin de croix, tant l’épuisement les gagnait tous. Lacérés, griffés, giflés par la végétation qui semblait vouloir les retenir, la progression était aussi difficile que pénible. Pourtant, malgré toutes ces conditions contraires, ils parvinrent au vaisseau trois heures après. Mais ils n’étaient pas au bout de leurs peines. Au pied du vaisseau, un Howler semblait les attendre. D’une taille extraordinaire, il s’étira en les regardant, avant de commencer à grogner.-Il faut s’en débarrasser avant que toute sa meute ne rapplique ! Le cri du coeur d’Andromak fut rapidement suivi d’actes. La salve de lasers qui s’abattit sur la bête ne l’inquiéta pas outre mesure, alors qu’il se faufilait agilement entre les tirs, fonçant sur le petit groupe. Widow prit son comlink :-Freemen, la passerelle, vite ! Ouvre la.Aussitôt dit, aussitôt fait. Alors que tous se jetaient à terre ou sur le côté maladroitement pour éviter la charge de la bestiole, le pont de la navette s’ouvrit, vers laquelle tous s’élancèrent, comme poursuivis par la Mort elle-même. Mais la Mort avait prit la forme d’un Howler bien décidé à ne pas laisser échapper un repas. Il sauta et atterrit sur le dos du Wookiee déjà blessé qui cria de douleur, de surprise et de rage. La patte du prédateur se leva et s’abattit. Mais au bout de la patte, il n’y avait plus de griffes. Ni de patte d’ailleurs.Le Howler hurla. Dans le crépuscule de Yavin IV, un sabre de couleur rouge acheva sa course, tel un boomerang, et revint vers sa propriétaire. Kryann n’avait pas hésité et jeté son sabre pour couper la patte meurtrière. Sans attendre, Sarina effectua une poussée de Force vers la bête, qui vola sur quelques mètres avant de s’écraser au sol. Sous l’encouragement des siens, Kaysaani se releva et se précipita vers le vaisseau, alors que derrière lui, le tueur couinait de douleur. Tous s'écroulèrent dans la cabine principale de la navette. Jedi comme Républicains étaient épuisés à la fois par les combats et les courses successives. Tous regardaient leurs pieds. Le succès de la mission avait un goût amer pour chacun d'entre eux. La perte de tant de personnes restait un échec, tout entraînés soient-ils. Pourtant, ils avaient atteint leur objectif. Sans un mot, Widow transféra la signature énergétique du vaisseau au pilote. Freemen ne fit aucun commentaire. Il avait sans doute vu les signes vitaux de ses camarades s'éteindre au fur et à mesure. Et lui ne pouvait rien y faire. Il ne fit que poser une question : -Que fait-on ? -Nous, on la suit. Je vais demander à nos Jedi ce qu'ils comptent faire. Widow retourna auprès d'Andromak qui avait déjà pris les devants. Sarina était déjà en train de répondre : -On continue. Nous avons notre piste, nous devons la remonter. Je dois juste disposer d'un canal de discussion sécurisé et non enregistré pour envoyer un message au Conseil Jedi. Et lorsque nous arriverons sur place, il faudra que je leur communique notre position au cas où les choses tourneraient mal. -Je dois comprendre que vous nous soutiendrez ? -Vous pouvez comprendre que nous continuons la mission. La discussion n'alla pas plus loin. Sarina eut ce qu'elle désirait et put transférer son message au conseil, alors que Kryann se reposait. Loin de la méditation, elle était parvenue à trouver un sommeil bienvenu et presque réparateur.https://star-wars-rpg.soforums.com/t8692-Au-milieu-de-nulle-part.htm