Post n°3
Auteur : Hivernus
La salle principale du “Trou Scintillant” est blindée de monde. Un groupe de musique local, célébré d’un bout à l’autre de Nar Shaddaa pour ses concerts débordant d’une énergie affolante, a décidé de faire de la cantina son nouveau terrain de jeu. Le torse nu des musiciens est couvert de sueur. Le maquillage dégouline sur leurs joues déjà rouges d’effort et leurs cheveux colorés se dressent seuls sur leur tête, comme doués de vie. Face à eux, la foule est en délire. Le guitariste du groupe défonce son instrument de prédilection contre un mur lors d’un solo qui n’en finit pas, sous les acclamations de fans enivrés par la musique et l’alcool. Autour de lui, les autres artistes se livrent à des danses aussi étranges que pénétrantes. Les spectateurs sont ravis, lèvent leur verre pour saluer les performances du groupe et acclament leur nom en sautillant sur place. Les jeux de lumière qui traversent les nuages de fumée de quelques pipes hookah consommées sur place achèvent de rendre l’évènement plus festif… Ou plus mystique. Quoi qu’il en soit, on chante à tue-tête et on gesticule dans tous les sens, emporté par une sorte de transe sensorielle d’un genre particulier. Les corps sont mis à rude épreuve et les spectateurs se déshydratent plus vite qu’à l’habitude. Le propriétaire du “Trou Scintillant”, planqué derrière le bar, mordille son cigare fumant en souriant. Les affaires sont bonnes ce soir. Les boissons s’enquillent à toute vitesse et les crédits coulent à flot. C’est le genre de soirées qu’il apprécie… Les quelques ivrognes qui viennent dégueulasser le sol de son établissement ne peuvent en rien entacher sa bonne humeur. Les yeux pétillants, le patron empoche l’argent des clients en se frottant les mains de plaisir. Le voilà plein aux as ! Tirant un coup sur son cigare, crachant sa fumée en l’air, l’homme réfléchit à comment investir ce nouveau pactole de manière intelligente. Plongé dans ses pensées, le propriétaire du “Trou Scintillant” ne fait plus attention à ce qu’il se passe autour de lui, laissant ses serveuses s’occuper des commandes.Installée à sa table habituelle, l’étrange silhouette encapuchonnée observe en silence tout ce remue-ménage. Sirotant son verre dans son coin sombre, la “messagère” surveille les faits et gestes des clients, cherchant probablement à identifier les potentiels fauteurs de trouble, espions ou assassins qui se cachent parmi eux. Quand on bosse dans le milieu criminel avec certaines des pires ordures, il est difficile de mettre en veille ses vieux réflexes de défense. Après tout, il est admis que ceux qui vivent le plus longtemps avec la mort aux trousses sont ceux qui font preuve de prudence et ne baissent jamais leur garde. C’est d’autant plus vrai quand on travaille pour certains des individus parmi les plus puissants de la galaxie. La moindre erreur peut être fatale… Il semble donc nécessaire de ne rien laisser au hasard.Les trois mercenaires Wookies qui partagent la table voisine sont hilares. Si elle ne comprend pas ce qu’ils baragouinent, la mystérieuse figure devine néanmoins le sujet de leurs moqueries. Agitant les bras en direction des artistes, les trois immenses boules de poils grognent à tour de rôle, raillant cette bande de drogués notoires et leur façon de se dandiner sur scène. Un Advozse passant par là leur adresse un regard noir, se sentant probablement visé par leurs commentaires désobligeants. Le plus imposant des Wookies se lève brusquement, prêt à dévisser la tête de l’alien s’il s’approche de trop près. L’autre prend rapidement ses jambes à son cou, disparaissant au milieu de la foule.- Foutus Advozsec… Imbéciles en plus d’être pleutres. Ricane Skippy en venant s’installer à la table de la “messagère”.- Salut Skippy. Tu as mes info’ ? Demande simplement la silhouette énigmatique, sirotant son verre.- J’ai réussi à infiltrer un de mes gars… Et il a plein de choses à raconter. Des choses intéressantes… Qui valent leur pesant d’or. Répond l’homme en commandant un verre d’un signe de main.- Tu auras tes crédits… Une fois les informations en ma possession. Et si celles-ci s’avèrent exactes. Rappelle la mystérieuse figure encapuchonnée.- T’ai-je déjà déçu ? Soupire le gangster, dépité par son manque de confiance. L’autre ne répond rien. Impossible de savoir quelle expression se cache sous cette capuche. Face au mutisme de son interlocutrice, le dénommé Skippy est obligé de céder. Faire poireauter la “messagère” plus longtemps, c’est prendre le risque de se mettre à dos son vaste réseau de contacts. Et pour un criminel de moyenne envergure tel que notre homme, cela signifierait la fin des haricots. Il tire de sa veste une puce de données qu’il remet discrètement à son interlocutrice.- Je suis sûr que ça va te plaire… Indique l’homme, un léger sourire en coin.- Nous verrons bien. Se contente de répondre l’étrange silhouette, glissant une poignée de crédits sur la table. Ceci devrait suffire à couvrir tes frais… Et si les renseignements de ton gars sont bons, je m’arrangerai pour t’en faire apporter une caisse entière.Le gangster esquisse l’ombre d’un sourire.- Je n’ai aucune raison de mentir sur la marchandise… Réplique-t-il, dépité.- C’est ce que disent tous les criminels de ton espèce, Skippy. Fait remarquer l’énigmatique figure.- C’est pas faux… La plupart du temps. Mais j’ai des principes, moi. Marmonne Skippy, acceptant le verre que vient lui offrir une serveuse. Et un certain sens des affaires… Entuber ses partenaires, c’est tout sauf bon pour le business. Et franchement, ma p’tite dame, ce foutu arrangement qu’on a tous les deux est particulièrement rentable.- Très bien… Dans ce cas, nous nous reverrons dans quelques jours. Annonce la “messagère” en se redressant doucement.L’homme acquiesce d’un signe de tête puis sirote son verre en silence, l’observant s’évanouir au milieu d’une foule de spectateurs et clients. Il ne comprendra jamais cette foutue femme… Et c’est peut-être mieux ainsi.Il a fallu plus d’une semaine pour faire confirmer, auprès de différents intervenants, les informations partagées par la taupe de Skippy. Isolée depuis quelques jours dans un appartement miteux du Quartier Corellien, la “messagère” examine en silence les moindres détails relevés par les renseignements des uns et des autres. Analysant les plans fournis, vérifiant l’exactitude des rapports, compilant tout élément qui semble digne d’intérêt, la mystérieuse inconnue semble travailler d’arrache-pied. Finalement, après avoir avalé une énième tasse d’une boisson caféinée, la femme achève enfin la rédaction de ses observations personnelles. Elle prend le temps de se relire une dernière fois afin de chasser de potentielles fautes, corrige ce qui doit être rectifié puis se lève afin de dégourdir ses jambes. Faisant les cent pas dans l’espace restreint de son appartement, la “messagère” s’arrête finalement devant la seule fenêtre de la pièce. Divers véhicules aériens circulent tranquillement dans l’horizon, semblables à de petits insectes lumineux, tandis qu’ici et là, d’imposantes enseignes éclairées rappellent à la population que Nar Shaddaa est avant tout le repaire d’impitoyables cartels criminels et de puissantes corporations tout aussi féroces. Un jour, tout ceci disparaîtra… L’ordre établi sera renversé. Et les puissants d’aujourd’hui deviendront les miséreux de demain. Mais en attendant qu’advienne ce jour, il convient de préparer au mieux le terrain. Et il reste encore tant à faire…La mystérieuse silhouette observe une dernière fois les allées et venues des véhicules qui glissent doucement dans l’horizon puis se détourne de la fenêtre afin de rejoindre son bureau. S’installant dans un fauteuil à l’allure misérable, l’énigmatique figure ordonne ses affaires puis se décide enfin à entrer en communication avec son employeur. L’image d’une silhouette en armure d’éclaireur impérial apparaît soudainement sur le plan de travail, tressaute quelques instants puis finit par se stabiliser.- Mon seigneur… Souffle la femme, inclinant doucement la tête en signe de respect.- Messagère… J’en déduis rapidement que vous avez des informations à me communiquer si vous prenez le risque de me contacter. - C’est exact, mon seigneur. Répond la “messagère” en gardant la tête baissée. Il semblerait que vous aviez raison concernant le “Colère de Coruscant”. Le destroyer dispose d’une base d’opérations sur Nar Shaddaa. Selon mes renseignements, il se ravitaille depuis l’orbite à l’aide d’une station entièrement dédiée à cet effet. L’endroit est bien gardé, protégé par un important contingent armé et un escadron de chasseurs.En face, le personnage en armure demeure silencieux, impassible. Sa petite silhouette translucide tressaute à nouveau.- Sait-on à qui appartiennent ces hommes et ces appareils ? Demande finalement l’employeur, croisant les bras sur sa poitrine.- En effet, mon seigneur. Indique la mystérieuse figure. Selon toute vraisemblance, il s’agirait de mercenaires employés par l’Association Natori.- Intéressant… La présence de ces mercenaires, aussi loin de leurs théâtres d’opérations habituels, laisse suggérer que cette station est d’une importance vitale pour le Syndicat Tenloss et ses associés. Pense à voix haute l’inconnu en armure. Une base arrière peut-être… Ou un point de transition entre deux secteurs. Il me faudra plus de renseignements à ce sujet.- Bien entendu, mon seigneur. J’aimerai retenir votre attention sur un autre point. Il se trouve qu’une source interne à la station nous a confirmé le rôle du “Colère de Coruscant”. Il s’agirait avant tout d’un vaste transport de troupes et de marchandises. Notre informateur a réussi à nous partager différents rapports et clichés qui mettent en avant le transfert à bord de cages remplies d’esclaves et de soldats modifiés placés en cuve.- Hmm. Un destroyer de la classe Impériale utilisé en tant que transport de troupes. Un choix curieux… Mais qui peut éventuellement faire sens. Commente l’employeur, perplexe. Félicitations. C’est du bon travail et je n’en attendais pas moins de vous. Une dernière chose toutefois, messagère… Débrouillez-vous pour infiltrer un agent à bord du “Colère de Coruscant”. Je veux connaître ses moindres déplacements, la composition de son équipage, l’identité de son capitaine l'utilité donnée aux esclaves et soldats modifiés et surtout… Sous quelle bannière ce destroyer opère. - Vos désirs sont des ordres, mon seigneur. Affirme l’énigmatique silhouette, inclinant la tête de plus belle.En face, l’autre acquiesce d’un signe de casque. La communication s’achève alors brusquement, la petite figure translucide disparaissant dans un ultime soubresaut. La “messagère” demeure silencieuse le temps d’un instant, plongée dans ses réflexions, puis se redresse subitement. Puisqu’elle a ses nouveaux ordres, il ne lui reste plus qu’à les exécuter… Et c’est bien ce qu’elle compte faire.