Post n°2
Auteur : Tericarax
Le regard de la jeune fille se chargea d'incompréhension et de surprise. Le lieutenant, Tericarax, était mort ? Sans réfléchir, elle prit Nathrin, ce cher ami, entre ses bras alors qu'il continuait à sangloter. Elle n'avait jamais demandé quel était le lien entre le feu cyborg et lui...Ce n'était pas la curiosité qui manquait, mais elle avait toujours trouvé malpoli de poser une question aussi personnelle. Il était clair maintenant que, pour Nathrin, Tericarax avait été bien plus qu'un simple supérieur. Un gros pendule dans un coin de la pièce faisait osciller tranquillement son balancier. Tic. Tac. Tic. Tac. C'était un vieux meuble, que Tabo avait remis en marche après l'avoir acheté sur un marché aux puces. Le balancement régulier aida à apaiser un peu l'esprit de la jeune fille.- Personne ne vit éternellement, murmura-t-elle doucement. Le lieutenant était mal en point Nathrin...Peut-être...Peut-être que ses souffrances sont terminées maintenant. Il...Il est dans la Force...L'homme renifla au creux de ses bras.- Qu'est-ce que je vais faire... ?...Je...Je suis seul...Tout seul...La blonde repoussa son ami délicatement. Elle prit l'un des coussins, lui tendit : c'était celui où l'on avait cousu des yeux. Il le prit sans discuter, le serrant au creux de ses bras. Irina se sentait lasse. Elle n'avait jamais vu Nathrin dans pareil état, et la fatigue de son ami l'accablait autant que la nouvelle qu'il apportait. - Nathrin...Tu nous a nous...Tabo, moi...On est là pour toi. Depuis l'incendie de Markath, pour toujours...Son ami reniflait bruyamment. Il s'était un peu calmé, reprenant le contrôle de lui-même au fur et à mesure, il serrait fermement le coussin entre ses bras. Le contact doux aidait sans doute à l'apaiser autant que les propos d'Irina – elle l'espérait tout du moins. - Je...Je lui dois la vie, dit Nathrin.- Comme moi, risqua Irina en tentant d'accompagner sa phrase d'un sourire rassurant. Même si Tabo dirait que c'est à cause du lieutenant que j'ai risqué ma vie...Il m'a quand même sauvée ensuite...- Tu ne comprends pas. Tu...Tu te souviens de ce que je t'avais dit... ?...Les esclavagistes ?Irina hocha gravement de la tête. C'était une histoire que Nathrin n'avait contée qu'une seule fois, à elle seule. Avant d'être contrebandier, il avait été arraché à son foyer alors qu'il était encore tout petit, enlevé par des esclavagistes de son monde natal. Baladé de maître en maître, il avait oublié jusqu'à son nom, grandi dans une cage. Il avait été libéré par l'intervention inopinée de celui qu'il avait nommé « le négociateur ». Irina l'avait pressé de questions, mais Nathrin n'avait dit qu'une chose : sans ce négociateur, il serait mort à l'heure qu'il était. Mais pourquoi évoquait-il maintenant tout ça... ? À moins que...- C'était lui...Tericarax était le négociateur...J'ai une dette que je ne pourrai jamais rembourser...Irina soupira lourdement. Alors c'était ça...Nathrin avait toujours été endetté auprès du Kaleesh. Peut-être qu'il travaillait à sa solde en gage de gratitude finalement ? Et maintenant...Il était mort. Pas d'éloge, pas de nouvelle sur l'Holonet pour annoncer sa disparition. Le soleil n'avait pas été moins chaud, les étoiles moins brillantes. La galaxie, l'univers entier se fichait de la mort du lieutenant. C'était si injuste...Si rageant. Comme son ami était accablé par le chagrin, elle était accablée par l'impuissance. Elle aurait aimé pouvoir le rassurer, trouver les mots justes pour alléger sa douleur...Mais toutes ces nouvelles...Elle détourna ses yeux verts, les posa sur la table basse où reposaient les deux tasses de thé. Sous les gobelets en céramique, la table en verre était protégée par un rectangle de nappe blanche brodée.- Tu...Tu te souviens ce qu'il nous a dit après l'incendie de Markath ? Quand tu m'avais sortie de justesse des flammes et sauvée de la mort ? Quand les médecins couraient partout, et qu'il était inébranlable au milieu de la panique ?Nathrin répondit d'une voix enrouée et faible.- Il m'avait dit que les dernières cibles de sa chasse se trouvaient dans la ville, et que je devais être prêt à faire évacuer dans le cas où ses proies tenteraient quelque chose d'inconsidéré. Je n'avais pas voulu le croire, mais ses cibles...Elles avaient posé des bombes dans les souterrains. Quand les premières flammes se sont répandues, j'ai su qu'il avait eu raison sur toute la ligne...Irina se souvenait douloureusement de cet épisode. Elle déambulait dans les galeries commerciales pour ramener un souvenir de Markath, qui était une ville touristique, quand les premières explosions avaient retentis. La foule en panique l'avait presque piétinée à mort, abandonnée alors que les flammes se répandaient autour d'elles. Elle n'était qu'à moitié consciente lorsque Nathrin – un parfait inconnu alors – l'avait extirpée d'un bâtiment maintenant en ruines et poutres brûlantes. Affolé, il l'avait ramenée en sécurité, près des équipes de secours. Aveuglée par les fumées toxiques, Irina n'avait retenu que ce qu'elle avait entendu. Au milieu des sirènes, des médecins et des pompiers beuglant leurs instructions, Nathrin, à son côté, s'entretenait sur un ton affolé, suppliant son interlocuteur de la sauver. « Elle vous sera redevable », disait-il, « elle aura sûrement des compétences ou des connaissances qui pourront vous être utiles », implorait-il. « Je...Je vous serai endetté, mais s'il vous plaît... » - Te souviens-tu ce qu'il t'avait répondu, quand tu l'avais supplié de me sauver ?Nathrin hocha positivement de la tête. Alors qu'il suppliait, Tericarax l'avait coupé de son timbre glacé, placide au milieu de la catastrophe, un îlot émergé de calme froid au milieu de l'océan brûlant d'affolement causé par l'incendie.- « La mort efface toutes les dettes ».Irina prit sur la table une des tasses – celle la plus pleine – et la tendit à l'homme face à elle. Depuis cet épisode, ils avaient fait connaissance et s'étaient liés d'amitié. Il prit doucement la tasse, alors que notre blonde prenait la sienne et buvait une gorgée pour dénouer sa gorge. Elle se sentait épuisée. Le nœud au milieu de leurs vies respectives avait bel et bien été ce Tericarax hein ? Elle grimaça alors qu'elle avalait son breuvage. Le thé n'avait pas attendu la fin de leur échange et avait refroidi, à présent tiède. Le bref dégoût l'aida pourtant à se remettre encore un peu.- La mort efface toutes les dettes, répéta-t-elle. Elle marqua une longue hésitation, ponctuée seulement par le tic-tac du pendule dans le coin de la pièce et les sons qu'elle faisait en avalant à petites gorgées son thé imbuvable mais pourtant si rafraîchissant. Enfin, elle osa poser sa question :- Nathrin...Tu ne m'as pas dit...Comment est-ce que Tericarax...Enfin...Tu sais ?L'autre ferma les yeux alors que ses traits se crispaient. Il allait à nouveau sombrer ! Irina s'en voulut. Pourquoi diable avait-elle posé cette question, elle savait bien pourtant que Nathrin n'était pas en état de répondre ! Mais, à sa surprise, il réussit à contenir ses émotions et répondre d'une voix nouée :- Je ne sais pas...C'est la générale Lyzs Yvanol qui m'a annoncé la nouvelle. Elle...Elle était en intervention avec lui quand c'est arrivé. Apparemment il...La C.S.I...Il aurait été abattu par la C.S.I et un certain Sharkaran...Je...Je n'en sais pas...Pas plus...Sa voix se brisa. La C.S.I avait toujours rimé avec « Tericarax » pour Irina. Et il avait été abattu par cette dernière ? Elle sentit une boule se former dans son ventre, tandis que Nathrin buvait courageusement une nouvelle gorgée, luttant contre ses émotions qui menaçaient à tout instant de refaire violemment surface. C'était...C'était si injuste. Si inconcevable. Un instant, elle songea à une autre possibilité. Et si...Et si cette Lyzs Yvanol avait menti ? Si jamais c'était elle qui avait tué Tericarax, puis rejeté la faute sur la Confédération... ? Elle entendit Nathrin murmurer « Et je n'ai rien pu faire... ». Peu importait le véritable responsable, songea-t-elle. Tout ce qui comptait maintenant, c'était l'état de Nathrin.- Ce n'est pas important, dit-elle doucement. Viens Nathrin, lève-toi.Elle se remit sur ses jambes pour lui montrer l'exemple et l'encourager, tout en lui tendant une main - qu'il prit mollement.- L'astroport est tellement loin...Tu as marché longtemps pour venir jusqu'ici...Tu dois être affamé. Viens Nathrin, tu dois manger.- Irina, je...Je n'ai pas faim...La jeune femme fronça les sourcils, contrariée.- Ah non hein ! Je vais pas te laisser mourir de faim. Et puis avoir l'estomac plein allège le cœur, on ne te l'a jamais dit ? Allez, fais pas la tête ! Il me reste de la tarte aux filets de Murra, tu vas pas refuser ça, si ?Elle le tira de force vers la cuisine et le fit s'attabler de force alors qu'elle ouvrait le frigo à la recherche de la tarte promise. C'était une recette qu'elle maîtrisait à la perfection la tarte aux filets de Murra. Le plat préféré de Tabo, et grandement apprécié de Nathrin aussi. Alors qu'elle mettait le délicieux met à réchauffer, elle se tourna vers son ami, lui servant sans demander sa permission un cocktail Mufus, spécialité régionale forte, équivalent d'un grog dans d'autres recoins de la galaxie (mais où l'on avait mis un peu plus d'alcool que de miel naturellement). Elle s'en servit également une tasse. Au diable le thé, pour pareilles nouvelles il fallait quelque chose de plus fort. Et puis le thé n'allait pas avec la tarte de toute façon. *Ding * fit le four à inductions ioniques, indiquant que la tarte était prête. Irina déposa une assiette devant le museau de son ami, une devant le sien, puis elle porta sa tasse vers lui, pour trinquer.- Au lieutenant Tericarax et tous les pansements que ses opérations nous ont amenés ! Dit-elle avec autant de légèreté que possible.Elle espérait sincèrement que ce petit numéro aiderait à réchauffer un peu l'atmosphère et améliorer l'humeur de Nathrin. Elle n'arrivait pas à être grave, elle n'aimait pas ça. Depuis Myrkr, Irina savait pertinemment que la vie ne tenait qu'à un fil fragile, qu'un rien pouvait sectionner. Pas le temps pour être grave. C'était bon pour les politiciens ou ceux qui voulaient se grandir d'une importance qu'ils ne possédaient pas. La vie était trop courte pour se pavaner derrière des airs comme ceux-là. Être triste, être joyeux, oui, grave, non.Son ami soupira profondément. Il laissa errer sa main sur la table, referma ses doigts sur la tasse et l'amena à lui. Ses yeux cernés se posèrent sur Irina. La lueur riante qui y dansait habituellement était éteinte. Était-il affecté à ce point ? - À Tericarax, dit-il enfin. Puis il frappa sa tasse contre celle de la blonde.