Post n°12
Auteur : Pete Jeabro
Pete jeta le sac sur ses épaules. Il se tenait devant la ferme de Karib et Sylla. Au-dessus de lui, le soleil était déjà haut dans le ciel : c’était le milieu de la matinée. L’ensemble de la famille se tenait sur le pas de la porte, y compris Aspie, leur droïde assistant. Tous étaient venus dire au-revoir au voyageur qu’ils avaient accueilli ces derniers mois. Pete avait effectivement meilleure allure que le jour de son arrivée. Avec le temps -et une alimentation riche- il avait regagné des forces. Le creux de ses joues avait disparu et, lorsqu’il se regardait dans un miroir, ses côtes n’étaient plus visibles. Le Jedi avait aussi beaucoup dormi et médité, lui redonnant une énergie dont il manquait cruellement à son arrivée. Ce long temps de repos et de convalescence lui avait permis d’atteindre un certain niveau de sérénité, d’autant plus que sa querelle avec Karib s’était bien terminée. Passé le choc de la conversation avec Sylla, Pete avait décidé de réunir les deux parents au petit matin pour mettre les choses au clair une bonne fois pour toute. Il avait d’abord présenté ses excuses à Karib, qui s’était en réalité montré très compréhensif. La paysan avait fait part, à son égard, d’un certain emportement qu’il avait mis de côté aussi rapidement qu’il lui était venu. Autrement dit, Pete s’était encore une fois pris la tête sur un soucis imaginaire. Enfin, pas vraiment : le Jedi savait que, contrairement aux dires de Karib qui se voulait apaisant, celui-ci lui en avait voulu pendant plusieurs jours. Il entendait encore les bribes de conversation qu’il avait saisis entre deux moments de fièvre. Quoi qu’il en soit, tous avaient réalisé qu’ils étaient du même avis : hors de question d’éloigner Ugo de sa famille. Surtout qu’il n’était en aucun cas sensible à la Force. Cependant, la question s’était rapidement tournée sur le sujet de Sylla. Même si Pete estimait plus acceptable de l’emmener avec elle, le problème de fond restait le même : pouvait-on réellement priver Ugo de sa mère ? Pour Karib, c’était un « non » ferme et définitif. Pour Pete, c’était à Sylla de prendre la décision. Et pour Sylla... Elle était dans le flou le plus total. Pete comprenait son désarroi : elle venait tout juste de prendre conscience de quelque chose d’immense. Cette différence qu’elle avait toujours perçue en elle était désormais explicable. Outre cette découverte, qui était un choc, elle apprenait disposer de facultés rares et d’un potentiel qu’elle pouvait, si elle le désirait, étoffer. Cette révélation conduisait à une dernière possibilité : celle de rejoindre, en la personne de Pete, un ordre ancestral qui formait les personnes sensitives, comme elle, à mieux comprendre leurs pouvoirs et à les utiliser avec responsabilité. Mais, d’un autre côté, le prix à payer était inenvisageable : se séparer définitivement de son mari, de son fils et de sa vie sur Naboo. Il n’avait donc pas fallu longtemps à Sylla avant de décliner l’offre muette de Pete : non, elle ne viendrait pas avec lui. Elle préférait rester avec sa famille. Bien évidemment, le Jedi s’était montré compréhensif. Il n’avait pas même insisté. D’une part, il se voyait mal arracher Sylla à ses proches. D’autre part, il ne savait pas encore où il allait. Donc il ne préférait pas s’associer à quelqu’un qu’il devrait prendre en charge. Sylla était probablement débrouillarde, mais elle aurait eu affaire à un environnement auquel elle n’était pas familière -pas beaucoup moins que Pete, soit dit en passant. Le jeune homme avait donc accepté la décision du couple, avant d’annoncer son départ. Le voilà donc sur le seuil du foyer qui l’avait si convenablement accueilli. Une dernière fois, Pete regarda ses hôtes, avant de les saluer un à un. À Sylla, il glissa : - N’oubliez pas : Ouinouin Pinedhuitre. Il pourra vous aider. Ouinouin était un contrebandier que Pete avait rencontré lorsqu’il avait fuit l’empire. Les deux comparses avaient sympathisé sur Ilum, alors qu’ils recherchaient des cristaux. Pete, à l’époque, voulait construire son sabre-laser. Ouinouin, quant à lui, agissait pour d’obscures raisons, que Pete ne perça jamais à jour. Le contrebandier avait gagné sa confiance en s’interposant face aux droïdes de la Confédération des Systèmes Indépendants : au péril de sa vie, il avait couvert la fuite de Pete. Heureusement, les choses s’étaient bien terminées et le duo avait pu rejoindre le Sanctuaire Jedi d’Endor. Les deux amis s’étaient séparés à leur arrivée et, pour tout dire, Pete ignorait complètement ce qu’était devenu son compagnon d’infortune. Mais il était sûr d’une chose : si Sylla désirait finalement rejoindre le Sanctuaire d’Endor, c’était bien Ouinouin qui pourrait l’y aider. Car, maintenant que Pete prenait congé de la famille, il doutait de leur capacité à entrer de nouveau en contact. Le jeune homme ignorait tout de son avenir, mais il n’était pas certain de revenir de si tôt sur Naboo. Encore moins s’il y était considéré comme un fugitif. Ugo insista pour faire un dernier câlin, que Pete accepta avec son air habituel air gêné. Malgré tout, le temps avait rendu le garçon plus affectueux et Pete, au fond de lui, sentait qu’il s’était vraiment attaché à cette famille. Puis, prenant son courage à deux mains, il desserra l’étreinte d’Ugo, salua Karib, Sylla et Aspie et s’éloigna de la ferme. Il avança ainsi à travers champs, prenant la direction de Theed. Pete n’avait pas de réel plan en tête. Il souhaitait avant tout glaner des informations dans la capitale. À partir de là, peut-être saurait-il ce qu’était advenue Endollorean ? Et peut-être saurait-il comment se faufiler dans l’astroport pour y récupérer le vaisseau avec lequel il était arrivé ? C’était une mission délicate, à n’en pas douter, car il devait être sous bonne garde. Les possibilités étaient grandes et Pete n’avait, pour le moment, pas assez d’informations pour se projeter convenablement. Quoi qu’il en soit, il désirait quitter la planète au plus vite. Malheureusement, avec plusieurs mois de retard, il voyait mal comment résoudre une enquête. D’autant plus que les choses semblaient s’être stabilisées. Karib, Sylla et Ugo ne semblaient pas vivre dans l’inquiétude permanente, bien au contraire. Une fois à bord du vaisseau, où irait-il ? Pete n’avait toujours pas trouvé la réponse à sa question. Le bon sens lui dirait de retourner sur Endor. C’était désormais son foyer et, auprès des Jedi, il trouverait aisément conseil pour se remettre de ce qu’il avait vécu sur Naboo et se projeter vers la suite. En plus, ses proches se trouvaient là-bas : Phyl, Tev, Yae-Wan. Pete savait qu’auprès d’eux, il retrouverait un réconfort évident. Mais, une autre voix, à l’intérieur de lui, laissait entendre que c’était-là la solution de facilité ; qu’il pouvait aspirer à d’autres choses ; que les différentes pièces d’un même puzzle se trouvaient devant lui et qu’il ne parvenait pas à les voir. Cette petite voix, c’était celle du fantôme : « Retourne à l’origine de toutes choses », lui avait-elle dit. Mais qu’était-ce ? À cette question non-plus, Pete n’avait pas la réponse. Il était certain de la trouver dans les songes récents qu’il avait fait, mais il ne parvenait pas encore à les tirer au clair. C’était peut-être ça, les fameuses pièces du puzzle qu’il ne parvenait pas à voir. Aux yeux de Pete, l’« origine de toutes choses » pouvait, justement, recouvrir à peu près tout et n’importe quoi. Était-ce Broh, l’endroit où il avait grandi et où il avait affronté sa mère dans un combat à mort ? Était-ce Coruscant, l’endroit où il avait rencontré Phyl Reez et décidé de quitter l’Empire ? Était-ce la Montagne Noire, l’endroit où il avait assisté à la trahison de Sam ? Où était-ce quelque chose qui n’avait rien à voir avec lui ? Pete nageait dans l’inconnu. Ces trois endroits, il les avait vus en rêve : des rêves étranges, semblables à la réalité mais pourtant différents. Pete s’interrompit soudain, frappé par une pensée surprenante. Il était toujours dans les champs et venait d’arriver à une intersection. Mais ce n’était pas ce qui l’avait interpellé. Est-ce que... ? Non, c’était trop invraisemblable ! C’était trop éloigné de la philosophie Jedi ! Est-ce que... ? Pete n’osait même pas formuler cette pensée, tant elle lui paraissait incongrue. Il repensait à son dernier rêve et à la surprenante rencontre qu'il y avait faite. Est-ce que sa mission était de retrouver Sam ? Pete avait du mal à y croire. Ça lui paraissait absurde ! Les Jedi bannissaient toute forme de dépendance. Donc Pete trouvait vraiment incongru qu’un fantôme définisse sa quête comme étant centrée autour d’une unique personne. Et puis, ça n’avait aucun sens ! C’était inconcevable qu’à l’époque où avait vécu le fantôme, il ait déjà cherché à arrêter Sam. Celui-ci ne devait être qu’un enfant ! Mais, d'un autre côté, le jeune homme ne pouvait nier que l'ombre de Sam n'avait cessé de le hanter depuis sa sortie de la Montagne Noire. Au fond de lui, Pete avait une épouvantable crainte : celle de devenir comme Sam. Celle de basculer à son tour, au moment le plus critique, comme Sam avait fini par faire dans les entrailles de la Montagne Noire. Pete refusait catégoriquement de devenir ce Jedi déchu ! Alors peut-être que le seul moyen d'y parvenir était de se confronter à l'être qui le terrifiait tant ? Encore une fois, Pete était confus. Le fantôme l’avait laissé dans le flou et les messages envoyés par la Force n’étaient pas toujours clairs. À l’instant, il se trouvait à cette intersection, au croisement de deux idées que tout semblait opposer. Devait-il retourner parmi les Jedi ? Ou devait-il chercher à savoir ce qu’était devenu Sam ? Spoiler : À suivre...... La fuite de Naboo !