Bienvenue sur SWRPG !

Créé en septembre 2006, ce RPG situé dans l'univers Star Wars a démarré à l'aube de la Guerre des Clones. Nous avons cependant pris une trajectoire bien différente de celle de la saga. 18 ans plus tard, nous voilà dans un univers parallèle aux films de George Lucas, un univers unique dans lequel nos propres personnages ont eu (et auront) un impact sur sa destinée.

Contexte: Il n'y a pas si longtemps que ça, dans une galaxie lointaine, très lointaine... L'Ancienne République influençait les quatre coins de la Galaxie, guidée et protégée par les légendaires Chevaliers Jedi, gardiens de la paix et de la justice. De nombreuses années plus tard, on dénombre de nombreux régimes successifs, mais aucun n'a réussi à s'imposer durablement. Empire Démocrate... Empire Sith... Voilà que les différents chemins empruntés nous ramènent donc à une République Fédérale, sans que l'on soit assuré qu'elle parvienne à durer dans le temps. Une République Fédérale qui décide de miser sur la nouvelle Garde Républicaine, vouée à remplacer un Ordre Jedi dont on refuse le dogme si particulier.

Pendant ce temps, Sith, Séparatistes et Chasseurs de Primes ont su se préserver à différentes échelles de l'échec de l'Ancienne République. Tandis que l'Ordre Sith a connu récemment sa fin sur Cathar, laissant la place à différents cultes bien moins influents mais tout aussi dangereux, les Chasseurs de la Guilde de Dantooine n'ont jamais été aussi nombreux, parcourant les mondes à la recherche de primes qui en valent le coup. La Confédération des Systèmes Indépendants, elle, résiste aux fluctuations du temps et se préserve des menaces extérieures en n'hésitant pas à agir lorsqu'il le faut, comme l'en atteste son intervention musclée sur Cathar. La même Cathar qui avait accepté d'accueillir les Vestiges de l'Empire suite à la scission de l'Empire Sith, et qui aujourd'hui se retrouve sous la tutelle des Séparatistes.

Les temps sont sombres, le ciel annonce de mauvais présages comme c'est le cas à chaque nouvelle ère. Les relations entre les grandes puissances ne sont pas au beau fixe, les Sith sont de nouveaux reclus dans l'ombre -là où ils sont les plus menaçants- et les Jedi se terrent sur Endor, bien décidés à ne pas dévoiler leur présence à ceux qui leur sont hostiles et bien décidés à s'en tenir à leur but éternel : l'étude de la Force.

Jamais une ère de SWRPG n'aura été si indécise et pourtant, il y aura toujours quelqu'un pour bouleverser l’échiquier galactique. Comme ce fut le cas ces huit dernières années. Peut-être que tu seras cette personne, qui sait? Notre Galaxie t'attend !

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Star Wars RPG

Ordre Jedi

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  • Entre dettes et survie
    Bertrolen Gil'EadB Bertrolen Gil'Ead

    Le mouvement du Bith fut brutal, désordonné, presque paniqué.

    Mais Bertrolen l’avait vu venir avant même que le blaster n’émerge du coffre. La peur avait changé de densité. Elle s’était contractée en une impulsion unique, désespérée, celle d’un homme acculé qui préfère tenter sa chance plutôt que d’attendre le couperet.

    Le premier tir partit dans un éclair rouge.

    Bertrolen pivota immédiatement sur le côté. Le trait d’énergie frôla son manteau, mordant le tissu sans atteindre la chair, avant d’aller exploser un vieux panneau mural dans une pluie d’étincelles. Le deuxième tir suivit trop vite, mal aligné, arraché par le réflexe plus que par la maîtrise. Bertrolen se jeta contre la table basse qui bascula sous son poids et le trait rouge passa au-dessus de son épaule pour venir brûler une longue balafre noire dans la cloison.

    Le troisième coup fut le plus dangereux.

    Rhapsody, porté par la panique, corrigea instinctivement sa visée. Cette fois, le tir était moins mauvais. Bertrolen sentit la chaleur du plasma lui lécher la joue lorsqu’il s’abaissa d’un mouvement sec. Le trait alla se perdre derrière lui, pulvérisant une partie du cadre de porte dans un craquement sec.

    Le Jedi était déjà en mouvement.

    Le DC-15S surgit de son holster avec une fluidité sèche, sans geste théâtral. Bertrolen tira avant même d’avoir pleinement redressé le bras, pleinement ouvert à la Force pour riposter sans tuer.

    Le premier coup pulvérisa l’arme du Bith.

    Le vieux pistolet éclata entre ses doigts dans une gerbe de métal brûlant et de composants arrachés. Rhapsody poussa un cri de douleur en reculant, serrant instinctivement sa main blessée contre lui.

    Le second tir suivit immédiatement.

    Le trait bleu frappa son genou.

    L’articulation céda sous l’impact dans un bruit écœurant, mêlé à celui de la chair cautérisée et du tissu brûlé. Rhapsody s’effondra au sol en hurlant, entraînant avec lui un meuble branlant qui se renversa dans un vacarme pathétique.

    Puis le silence revint.

    Pas un vrai silence. Nar Shaddaa grondait toujours derrière les murs, mais dans le logement il ne restait que les gémissements du débiteur, le crépitement des circuits fumants et l’odeur âcre du plasma.

    Bertrolen abaissa lentement son arme sans la ranger. Son visage était fermé, presque vidé de toute expression. Il approcha de Rhapsody avec une lenteur volontaire, chaque pas laissant au Bith le temps de comprendre qu’il n’avait plus aucune initiative.

    Rhapsody tenta de reculer en traînant sa jambe blessée sur le sol. Bertrolen lui écrasa la main droite d’un coup de botte sec.

    Le cri qui suivit déchira l’air confiné de l’appartement.

    Le Jedi se pencha légèrement, attrapa l'index de la main immobilisée, puis fixa le Bith droit dans les yeux.

    -Tu as déjà descendu un homme de Jared. Tu savais que quelqu’un finirait par passer cette porte.

    Sa voix était basse. Stable. Plus inquiétante que s’il avait crié.

    Puis il tira brutalement.

    Le craquement des phalanges fut net. Rhapsody hurla de nouveau, son corps se tordant inutilement sous la douleur.

    -Je t'ai laissé une chance de régler tout cela à l'amiable.

    Il prit le majeur, et le tordit d'un coup sec. Le hurlement du bith se mua en gargouillis indéfinissable.

    -Le problème avec les gens désespérés, c’est qu’ils finissent par croire que la panique est une stratégie.

    Puis le jedi se pencha et chuchotta

    -En temps normal, je serais venu à ton aide. Mais j'ai moi même des problèmes et je suis obligé de m'occuper de ton cas.

    Son regard glissa alors vers le petit portrait aperçu plus tôt. L’enfant. Il ne s’y attarda qu’une seconde mais assez longtemps pour que Rhapsody suive malgré lui la direction de ses yeux.

    Bertrolen se releva, en conservant sa botte sur la main blessée.

    -Tu vis dans une ville où tout a un prix, Rhapsody. Les objets. Les services. Les silences. Les informations. Les attaches personnelles.

    Il marqua une pause, laissant la phrase descendre lentement là où elle ferait le plus mal.

    -Quand un homme ne paye pas ses dettes, d'autres viennent saisir ses possessions. Pense tu que ton gosse vaut assez pour couvrir ta dette? Je ne connais pas bien le cours du marché aux esclaves ici.

    La peur du Bith changea aussitôt de nature. Elle devint plus profonde, plus viscérale. Ce n’était plus seulement la peur d’avoir mal ou de mourir.

    Bertrolen sentit une pointe de dégoût remonter en lui. Pas pour Rhapsody. Pour ce qu’il venait de faire naître volontairement dans son esprit.

    Il repoussa cette pensée.

    Pas maintenant. Il a une mission, aussi abjecte soit elle. Et il a donné sa parole. Le temps de retrouver les siens, la nécessité ferait loi.

    Il attrapa Rhapsody par le col et le redressa à moitié malgré sa jambe blessée. Le Bith gémit, incapable de soutenir son propre poids, mais Bertrolen le maintint fermement en place.

    -Maintenant tu vas m’écouter très attentivement.

    Le canon du DC-15S descendit lentement, non vers sa tête, mais vers son autre genou.

    -Tu me donnes les deux mille crédits. Ensuite tu vas m’expliquer comment tu va trouver les trois mille restants en une semaine et quelles garanties tu consens à me donner.

    Il inclina légèrement la tête.

    -Et si tu me mens encore, si tu caches encore quelque chose, ou si tu essayes une énième mauvaise idée… je te retrouverais avec beaucoup moins de patience.

    Son regard se porta une dernière fois vers le portrait, puis revint au Bith.

    -Et je regarderai plus attentivement ce qu’il reste à saisir.

    Spacebarn

  • Bataille de Fans
    Bertrolen Gil'EadB Bertrolen Gil'Ead

    C'est difficile de choisir, mais pour ma part je vais choisir la série de livres Le Nouvel Ordre Jedi.

    Il s'agit selon moi de l'apothéose de l'univers. L'arrivée, dans la galaxie de nos personnages préférés, d'une horde d'aliens à ce point étrangère qu'elle n'apparait pas dans la Force, aux moeurs délicieusement SM, et utilisant une technologie exclusivement biologique est une superbe idée que même les petits succès comme KOTOR ne peuvent qu'effleurer.
    Cette menace qui pousse tous nos protagonistes à se dépasser, à trouver de nouvelles façon de piloter, de se battre, d'utiliser la Force...
    Les dilemmes moraux qui doivent être affronté et la remise en question par Jacen de la place de la Force, de l'impact de ses utilisateurs et de la notion d'équilibre.
    Le fait que pour réussir à tuer Chewbacca il a quand même fallu lui faire tomber dessus une lune.
    La mobilisation de toute la galaxie malgré les conflits passés et toutes les tensions du quotidien que cela apporte.
    Les manœuvres insidieuse des espions Yuuzhan Vong tentant des sabotages subtils.
    Etc.
    Tout est grandiose dans cet arc de l'UE.

    Et surtout, Le Nouvel Ordre Jedi a le bon goût de ne pas se contenter de nous resservir éternellement le même conflit Jedi contre Sith, sabre rouge contre sabre bleu, tentation du côté obscur et capuches noires dans des couloirs mal éclairés. Là, on a enfin une menace qui oblige la galaxie à penser autrement. Les Yuuzhan Vong ne sont pas juste “les méchants du mois” avec un sabre laser en plus et une voix grave. Ils arrivent avec leur culture, leur fanatisme, leur rapport au corps, à la douleur, au sacrifice, à la technologie, à la Force, et même leur esthétique absolument immonde mais fascinante. C'est une invasion totale tant sur le plan militaire que spirituelle, biologique et culturelle.

    Et c'est précisément ce qui rend l'arc aussi puissant : les héros ne peuvent pas simplement gagner parce qu'ils sont les héros. Luke ne peut pas juste méditer très fort dans un marais, Han ne peut pas simplement faire trois vannes dans le Faucon, Leia ne peut pas résoudre la crise avec une réunion diplomatique, et les Jedi ne peuvent pas juste agiter leur sabre laser en déclarant que la Force est avec eux. Tout le monde est dépassé. Tout le monde perd quelque chose. Tout le monde doit s'adapter.

    Là où beaucoup d'œuvres Star Wars se contentent de rejouer la chute, la rédemption, la tentation ou la grande bataille spatiale finale avec plus ou moins de talent, Le Nouvel Ordre Jedi a l'audace de demander : qu'est-ce que devient Star Wars quand la Force elle-même ne suffit plus à expliquer l'univers ? Qu'est-ce que font les Jedi quand leur principal outil spirituel, philosophique et militaire est mis en défaut ? Qu'est-ce que fait la Nouvelle République quand elle découvre que renverser l'Empire ne l'a pas magiquement rendue compétente ?

    Et rien que pour ça, ça écrase une bonne partie de la concurrence.

    Alors oui, je vois venir les défenseurs de La Revanche des Sith. “Oui mais Anakin devient Vador.” Certes. C'est important. C'est dramatique. Il y a des sabres laser, des regards lourds, des Jedi qui meurent, Palpatine qui fait son numéro de vieux gobelin sous amphétamines, et Obi-Wan qui prend l'ascendant moral depuis une colline de lave. Très bien.

    Mais soyons honnêtes deux minutes: l'Épisode III, c'est surtout deux heures où toute la galaxie décide collectivement de ne pas voir que le vieux politicien le plus louche de Coruscant est littéralement le Seigneur Sith qu'ils cherchent depuis dix ans. Les Jedi, censés être les grands sages de la République, passent le film à avoir le sens de l'observation d'un droïde protocolaire en panne. Anakin, lui, bascule du côté obscur avec la subtilité d'un speeder lancé contre un mur. “Je veux sauver Padmé” devient en quelques scènes “finalement, massacrer des enfants, pourquoi pas”. On a connu descente morale plus nuancée.

    Quant à Dark Vador, oui, sa naissance est iconique, mais elle est précédée par tellement de crises d'adolescent galactique qu'au moment où il met enfin le casque, on a presque envie de remercier Palpatine d'avoir coupé le micro interne. Le Vador mystérieux, tragique et terrifiant de la trilogie originale devient rétroactivement un ancien champion olympique du mauvais choix sentimental. C'est fort, mais pas forcément dans le bon sens.

    Et puis KOTOR 1. Ah, KOTOR 1. Le jeu que tout le monde adore et que je respecte évidemment mais que je vais tout de même piétiner avec l'élégance d'un rancor dans une boutique de porcelaine.

    Oui, c'est un très bon RPG. Oui, l'ambiance fonctionne. Oui, la guerre Sith/République est plaisante. Oui, le twist est célèbre. Mais enfin, à côté du Nouvel Ordre Jedi, KOTOR 1, c'est quand même Star Wars qui se regarde dans un miroir en se disant : “Et si on refaisait tout, mais 4000 ans avant, comme ça personne ne peut nous accuser de copier, même si on copie absolument tout ?”

    Une République menacée, des Jedi dépassés, des Sith en armure noire (et des soldats chromé, l'épisode 7 avant l'heure), un super-méchant masqué, un apprenti torturé, des planètes à visiter une par une, une super-arme ancienne, des choix lumineux ou obscurs tellement discrets qu'on dirait parfois un questionnaire administratif : “Voulez-vous sauver l'orphelin ou lui voler ses chaussures ?” C'est très bien, mais ce n'est pas exactement une révolution conceptuelle à chaque couloir.

    KOTOR 1 a pour lui l'immersion, certes. Mais il reste un RPG Bioware de son époque, donc avec cette structure très subtile où l'on débarque sur une planète, on parle à trois PNJ qui attendent depuis dix siècles au même endroit, on règle le conflit local, on récupère un bout de carte antique, puis on repart comme si la galaxie était une chasse au trésor organisée par un comité touristique Sith. C'est charmant. C'est efficace. Mais enfin, le Nouvel Ordre Jedi te fait sentir l'effondrement progressif d'une civilisation entière sous la pression d'une invasion étrangère à toute sa cosmologie.

    Et je ne dis pas que KOTOR 1 est mauvais. Non. Je dis simplement que c'est le choix des gens qui veulent croire qu'ils ont choisi l'originalité alors qu'ils ont choisi “Star Wars : le best-of interactif”. C'est très bien pour ceux qui aiment se sentir profonds parce qu'ils ont cliqué sur une ligne de dialogue “côté obscur” avant de voler 25 crédits à un pauvre type.

    Pendant ce temps, Le Nouvel Ordre Jedi prend les personnages historiques, leurs enfants, leurs héritages, leurs erreurs, leurs dogmes, leurs certitudes et toute la structure politique de la galaxie, puis jette dessus une civilisation d'envahisseurs fanatiques qui ne rentre dans aucune case connue. C'est un choc de mondes. C'est Star Wars qui sort enfin de son confort, qui accepte de salir ses héros, de leur faire perdre des batailles, des amis, des repères et parfois même leur foi dans ce qu'ils croyaient comprendre de la Force.

    Et franchement, entre “Anakin boude très fort jusqu'à devenir un cyborg” et “Revan découvre qu'il est le centre du scénario parce que Bioware l'a décidé”, je choisis sans hésiter l'arc où la galaxie entière manque de se faire remodeler par des gothiques extragalactiques adepte du bushido

    Le Nouvel Ordre Jedi, c'est excessif, baroque, parfois brutal, parfois maladroit, mais immense. C'est une fresque. Une vraie. Pas seulement un bon film, pas seulement un bon jeu, mais un moment où l'Univers Étendu a tenté quelque chose de gigantesque.

    Bref, vous pouvez garder vos Jedi en robe de chambre qui ne sentent pas venir Palpatine alors qu'il clignote en rouge Sith depuis trois films, et vos cartes stellaires cachées par des architectes antiques qui n'avaient manifestement rien de mieux à faire.

    Moi, je monte sur mon Bantha de bataille génétiquement modifié, douloureux, hérissé de pointes et probablement incompatible avec les normes sanitaires de la République et je pars défendre les Yuuzhan Vong.

    Discussions sur Star Wars

  • Entre dettes et survie
    Bertrolen Gil'EadB Bertrolen Gil'Ead

    Lorsque la porte s'entrouvrit, Bertrolen plongea ses yeux dans ceux du Bith. Ce dernier avait les traits tirés, les yeux cernés. Il transpirait la fatigue, la peur surtout. Une peur ancienne, installée depuis suffisamment longtemps pour avoir commencé à dévorer le reste.

    Le Jedi percevait derrière cette porte un individu qui dormait mal, réfléchissait trop et sursautait au moindre bruit dans le couloir.

    Il laissa le silence s’étirer juste assez pour laisser l’inquiétude monter encore d’un cran.
    Puis il parla enfin, d’une voix basse et calme.

    -Rhapsody.

    À l’évocation implicite de son nom, Bertrolen sentit immédiatement la crispation dans l’esprit du Bith. Les émotions s’entrechoquaient derrière son regard laissant se succéder la panique le calcul et le déni. Ainsi qu'une envie très fugace de refermer brutalement la porte.

    Le Jedi ne lui en laissa pas le temps.

    D’un mouvement sec mais parfaitement contrôlé, il poussa la porte de la paume et entra dans l’appartement sans demander l’autorisation. Le battant heurta le mur dans un claquement sourd.

    L’intérieur était à l’image du quartier: exigu et mal entretenu. Une odeur de renfermé et d’humidité stagnante flottait dans l’air, mélangée à celle d’appareils électroniques chauffant trop longtemps. Quelques objets traînaient encore sur une table encombrée. Des emballages alimentaires. Des composants démontés. Un logement de quelqu’un qui survivait plus qu’il ne vivait.

    Bertrolen referma calmement la porte derrière lui.

    Le Bith paraissait nerveux, désordonné, presque tremblant.

    Lui se tenait parfaitement droit au milieu de la pièce, manteau sombre encore humide des pluies industrielles de Nar Shaddaa, posture stable, regard clair et fixe. Il n’avait pas besoin d’élever la voix pour imposer une présence. Toute son attitude suffisait.

    -Jared m’envoie.

    Bertrolen observa attentivement la réaction qui suivit. Les épaules qui se tendent. Le regard qui fuit une fraction de seconde. La respiration qui change imperceptiblement.

    Le Jedi fit lentement quelques pas dans la pièce, sans précipitation, comme quelqu’un qui avait déjà décidé qu’il ne partirait pas sans réponse. Son regard glissa brièvement sur les accès secondaires, les fenêtres, les objets pouvant servir d’arme improvisée. Il focalisa sa perception dans la Forcesur les instincts de fuite du Bith, se préparant à réagir instantanément à la moindre velléité, fusse en le retenant d'un coup sec par la son pouvoir.

    Puis il revint vers Rhapsody.

    -Cinq mille crédits.

    Le ton était plus ferme désormais.

    -Et un meurtre.

    Il marqua une légère pause.

    -Tu vois, le problème avec les dettes ici, ce n’est jamais vraiment l’argent. L’argent finit toujours par revenir d’une manière ou d’une autre.

    Son regard ne quittait pas celui du Bith. Le jedi continuait à se déplacer lentement dans la pièce, attrapant un objet au vol et l'examinant avant de le laisser tomber au sol même si ça devait le casser.

    -Le vrai problème, c’est quand les gens commencent à croire qu’ils peuvent ignorer ce qu’ils doivent.

    Le silence retomba un instant dans la pièce. Au loin, derrière les murs fatigués de l’immeuble, on entendait encore le grondement permanent de Nar Shaddaa. Les moteurs. Les voix. Les sirènes lointaines.
    Bertrolen prit un petite bouteille de ce qui pourrait être de l'alcool. L'ouvrit, renifla le goulot et fit la moue. Il vida le contenu sur le canapé. Le jedi continuait son inspection. Les restes de nourriture, à l'aspect putride, faisaient le bonheur d'une faune à la diversité insoupçonnée pour un tel monde. Sur une petite étagère, un portrait attira l'attention. Un être qui semblait être un enfant. Etait-ce celui de sa cible? Probablement, mais cela ne ferait aucune différence. Et même, cela pourrait donner un moyen de pression supplémentaire car le plus désespéré des individus donnerait tout pour protéger sa progéniture.

    -Cette planète entière, cette ville géante vit dans le bruit pour ne jamais entendre sa propre misère. Tu as cru pouvoir te dissimuler dans le fond diffus de l'agitation globale et faire profil bas. Mais les gens à qui tu dois quelque chose n'oublient pas. Jamais.

    Bertrolen s’arrêta finalement à quelques pas du Bith. Quelque chose dans son regard avait changé. Une froideur professionnelle. Contrôlée. Presque militaire. Il posa sa main gauche sur l'épaule du débiteur, de la droite il découvrit son blaster.

    -Je vais être honnête avec toi, Rhapsody. Jared m’a demandé de récupérer son argent. Pas de te tuer.

    Puis il inclina légèrement la tête et sera suffisamment sa poigne pour que la douleur fasse légèrement trembler les jambes du Bith puis exerça une pression pour le forcer à s'asseoir sur le canapé trempé.

    -Mais il ne m’a pas demandé d’être agréable non plus.

    Sa voix demeurait calme. C’était probablement le plus inquiétant.

    -Alors maintenant, tu vas respirer un grand coup et tu vas m’expliquer où sont passés ces cinq mille crédits. Ensuite, on verra combien de problèmes tu essayes réellement d’ajouter à ceux que tu as déjà.
    Je te conseille de faire ce qu'il faut pour ne pas finir en exemple.

    Spacebarn

  • L'horizon est bien loin
    Dayimiyo QoraasD Dayimiyo Qoraas

    À mesure qu’il avançait, d’autres paroles parvenaient à Dayimiyo. Ces mots, il les connaissait déjà. Il les avait déjà entendus à deux reprises auparavant. Ce furent même ces mots qui déclenchèrent son périple. Coruscant, Ilum, et maintenant Dantooine. Encore une fois, il doutait du sens que ceux-ci portaient. Il avait réfléchi maintes et maintes fois, sans parvenir à une conclusion satisfaisante. Mais cette fois, c’était différent. Avant de répéter l’énigme, la « voix » avait prononcé une autre phrase, jusque-là jamais prononcée par les précédents spectres. « À l’origine de toute chose ».  C’était toujours cryptique, mais tout mot de plus était bon à prendre pour enfin comprendre de quoi il en retournait. Cela dit, ce n’était pas la seule différence avec les autres fois.

    La voix qui résonnait derrière lui était plus… froide. Littéralement. C’était comme si un cadavre lui murmurait à l’oreille. Chaque parole lui parcourait l’échine, lui causant de légers frissons. Cette sensation progressait lentement à travers son corps. Bien vite, elle commença à le peser. Il avait un peu plus de mal à marcher correctement, et son souffle s’alourdissait. Quelques gouttes de sueur perlaient sur son front. Ce n’était pas de la fatigue, mais bel et bien ce sentiment presque oppressant qui l’affectait autant.

    "Dayimiyo, tout va bien ?"

    Siphra s’était rapprochée de son élève, inquiète de le voir soudainement dans un tel état.

    "Oui, Maître, je… je vais bien. C’est juste…"

    Le jeune homme ne termina pas sa phrase, et se stoppa net. Son regard était porté droit devant lui, face à une vision surréelle, et malgré tout familière. Un fantôme, encore une fois, se tenait face à eux, vêtu de l’habit traditionnel des Jedi. Un autre écho du passé de l’Ordre. C’était la troisième occasion que l’un d’eux se présentait au jeune Jedi, sans compter celui qu’il avait vu discuter avec Pete au Temple Jedi. Mais contrairement à toutes ces apparitions, le spectre en face de lui avait le regard livide. Il en ignorait la raison, mais ses yeux étaient véritablement vides. Lorsque leurs regards se croisèrent, le frisson qu’il ressentait se décupla instantanément. Peut-être parce qu’il ne voyait rien à l’intérieur des iris du fantôme, mais son corps tout entier se mit à trembler de stupeur. Le spectre tendit sa main ouverte vers le jeune homme, semblant essayer de dire quelque chose. Mais si ses lèvres bougeaient, aucun son n’en sortait. Cela rendait la scène d’autant plus glaçante. Était-ce ses mots qu’il avait entendus ?

    Mais avant qu’il puisse faire quoi que ce soit, le fantôme se volatilisa, laissant le Padawan perturbé par ce qui venait de se produire.

    S’était-il encore trompé ? Cela dit, l’énigme était désormais plus complète, donc peut-être était-il sur la bonne voie cette fois-ci ? Mais alors… Pourquoi ? Pourquoi ce fantôme-là était si terrifiant ? D’où venait cette sensation littéralement glaçante que lui inspirait les mots et la vue du spectre ?

    "… miyo..."

    Il y avait forcément une raison. Était-ce une forme d’avertissement ? Ou un simple signe de l’ancienneté de ce spectre en particulier, mort depuis des millénaires ? Ou bien peut-être...

    "Dayimiyo !"

    La voix de Siphra le sortit de ses pensées. Il leva la tête, et croisa le regard sérieux de Siphra. Sans avoir besoin d’un mot, il comprit que quelque chose n’allait pas. À peine alerté, il entendit les cris stridents non loin d’eux. Ce fut clair immédiatement : un danger approchait. Les images de la bête terrifiante d’Ilum lui revenaient en tête, le faisant trembler une seconde. Fort heureusement, il se reprit aussitôt. Ça ne sonnait vraisemblablement aussi gros que la dernière fois. Et puis, Siphra était à ses côtés cette fois. La Jedi n’était pas une guerrière dans l’âme, mais elle savait se défendre si la situation l’exigeait. À eux deux, ils pouvaient affronter n’importe quoi, il en était certain. Les deux Jedi portèrent leur main à leur sabre, prêts à faire face au danger imminent.

    Quelques instants plus tard, deux créatures insectoïdes débarquèrent dans le couloir. Munies de six pattes très pointues, dont deux pattes avant semblables à des faux et dont l’utilité semblait évidente. Elles étaient un peu moins grandes qu’un humain, majoritairement noires avec du rouge le long du centre de leurs corps. Leurs multiples yeux écarlates dépourvus de pupilles semblaient presque scintiller au milieu des ruines délabrées. Malgré l’absence de pupilles, Dayimiyo sentait que leur regard était fixé sur eux. Et ces bêtes n’avaient pas vraiment l’air pacifiques.

    "Reste à mes côtés. N’oublie pas ce que je t’ai appris, et tout se passera bien."

    Le Padawan se contenta d’acquiescer en silence, les yeux rivés sur les animaux. Le danger soudain l’avait surpris, mais il était prêt. Cette fois, il était de taille à lutter. Et il ne faillerait pas. Tant que la menace approchait, le jeune ferma l’œil pour se concentrer, et l’instant qui suivit…

    Une lame violette illumina l’Enclave abandonnée.

    Enclave Jedi abandonnée

  • Entre dettes et survie
    Bertrolen Gil'EadB Bertrolen Gil'Ead

    Le silence s’installa une fraction de seconde après que le chef eut terminé. Pas un silence lourd, un simple temps d’évaluation.

    Bertrolen ne prit pas immédiatement le projecteur. Son regard resta fixé sur l’homme, non pas pour le défier, mais pour mesurer ce qui venait réellement d’être proposé. Un test, oui. Simple en apparence. Classique dans sa forme. Mais jamais anodin dans ce genre d’endroit.

    Il tendit finalement la main et saisit le petit dispositif holographique. Le visage du Bith apparut. Il avait traits allongés, tirés par un travail éreintant et le regard fuyant même dans une image figée. Le genre d’individu qui pense toujours pouvoir négocier jusqu’au moment où il est trop tard.

    Bertrolen observa quelques secondes sans rien dire, mémorisant les détails, puis coupa l’affichage.

    -Dix pourcents, répéta-t-il calmement.

    Il glissa le dispositif dans une poche intérieure de son manteau avant de relever légèrement le menton.

    -Vous voulez votre argent. Et vous voulez que ça se sache.

    Cette fois, une nuance plus concrète passa dans son regard. Il ne posait pas une question. Il validait le cadre.

    Il ne demanda rien de plus. Pas de détail supplémentaire, pas d’excuse pour négocier. Ce n’était ni le lieu ni le moment. Et surtout, ce n’était pas le genre d’impression qu’il voulait laisser.

    Il fit un léger pas en arrière, prêt à se mettre en mouvement, puis s’arrêta une seconde de plus et dit d'un ton neutre.

    -Si je le trouve et qu’il ne peut pas payer immédiatement, je vous préférez que je vous rapporte quel morceau?

    Son regard ne quitta pas celui du chef.
    Une fois la réponse obtenue, il hocha simplement la tête et sans un mot de plus, tourna les talons.

    En repassant à hauteur d’Austin et du reste de l’équipe, il ralentit à peine. Juste assez pour glisser, d’un ton plus léger, presque imperceptible sous le bruit ambiant :

    -J’espère que votre “boss” ne m'envoie pas dans un traquenard.

    Puis il quitta la pièce.

    Dès que la porte se referma derrière lui, l’atmosphère du Spacebarn le frappa à nouveau de plein fouet. Le bruit, les odeurs, les mouvements constants. Rien n’avait changé pendant ces quelques minutes. Et pourtant, tout était différent.

    Il n’était plus un passager.

    Il avait une mission.

    Bertrolen s’écarta légèrement de l’entrée, laissant passer deux manutentionnaires chargés, puis s’arrêta un instant dans une zone plus dégagée. Il activa brièvement le projecteur pour revoir le visage du Bith et l’adresse associée.

    Il pouvait s'y rendre à pied.

    Il coupa à nouveau l’hologramme.

    Sa main effleura instinctivement sa manche, là où reposait le sabre, toujours dissimulé. Puis elle redescendit vers son holster. Le blaster était là, plus accessible, plus… adapté à ce genre d’environnement.

    *Sans trop l’amocher.

    Un coin de sa bouche se releva légèrement.

    -On va essayer.

    Il était toujours Jedi, et participer à ce genre de tâche le dérangeait. Mais Bertrolen est aussi un homme de parole. Désormais tiraillé entre ces 2 facettes de sa nature, il lui fallait temporairement mettre de côté son engagement afin de survivre. Aussi longtemps qu'il était sur Nar Shaddaa, il devait enfouir le Jedi au plus profond de lui.

    Il releva la tête, repéra rapidement une sortie latérale menant vers les niveaux inférieurs du secteur indiqué, puis s’engagea dans le flot de Nar Shaddaa sans hésitation.

    En quittant les abords directs du Spacebarn, le flux de travailleurs laissa place à une circulation plus dense, plus désordonnée. Les passerelles se resserraient, les plafonds s’abaissaient par endroits, et les lumières devenaient plus agressives. Néons vacillants, enseignes criardes, projections holographiques saturées de couleurs. Chaque mètre semblait disputé par une activité différente.

    Bertrolen avançait sans précipitation. À la bonne cadence pour ne pas attirer l’attention. Son regard ne s’arrêtait jamais vraiment, mais il tentait de reste attentif à tout. La Force l'y aidait. Le jedi avait dressé autour de lui un champ de quelques pas où aucun mouvement ne lui échappait. Mais au delà, il devait se contenter de sa perception.

    Il ajusta légèrement sa trajectoire à plusieurs reprises, évitant des zones où l’activité changeait subtilement de nature. Ici, un attroupement trop compact. Là, un échange discret entre deux individus qui n’avaient rien de commerçants ordinaires. Plus loin, un couloir presque désert qui sentait l’embuscade.

    Nar Shaddaa ne cachait rien. Elle montrait tout. Il suffisait de savoir lire.

    Il descendit de plusieurs niveaux, empruntant des escaliers métalliques dont les marches vibraient sous le passage constant. L’air devenait plus lourd à mesure qu’il s’enfonçait. Moins filtré. Plus chargé. Plus vrai. Plus toxique. Cela lui rappela l'air des bas fonds de Coruscant, même si ces derniers restaient relativement sain comparé aux pires lieux de Nar Shaddaa.

    L’adresse le mena vers un secteur plus ancien. Les structures y étaient moins entretenues, les panneaux plus usés, les systèmes d’éclairage partiellement défaillants. Les bruits restaient constants, mais plus diffus. Comme étouffés par l’épaisseur des couches supérieures.

    Il ralentit légèrement en approchant.

    La façade était marquée par le temps. La porte, renforcée sans être véritablement sécurisée, montrait des traces d’activité récente. Le logement d'un individu pauvre. Ou qui veut s'en donner l'apparence.

    Bertrolen s’arrêta à quelques pas de l’entrée.

    Il observa une dernière fois les alentours. Les axes de fuite. Les points hauts. Les angles morts. Rien d’alarmant. Rien de rassurant non plus puis il ajusta légèrement son manteau, vérifia d’un geste imperceptible la position de son blaster et avança jusqu’à la porte.

    Sa main se leva.

    Il marqua une courte pause.

    Puis il frappa, vivement, et étendit sa perception par delà le seuil.

    Spacebarn

  • Entre dettes et survie
    Bertrolen Gil'EadB Bertrolen Gil'Ead

    Bertrolen ne suivit pas immédiatement le mouvement lorsque la main d’Alistair vint se poser sur son épaule. Il détourna d’abord une dernière fois le regard vers l’immensité grisâtre du Spacebarn, vers les passerelles suspendues, les silhouettes pressées, les gerbes d’étincelles et les coques éventrées que l’on réparait à même le vide industriel de Nar Shaddaa. Puis il revint à lui et tourna légèrement la tête vers le contrebandier.

    Un très léger sourire passa sur ses lèvres. Fatigué et discret mais présent.

    D’un geste mesuré, il donna à Alistair une petite tape amicale entre les omoplates.

    -Ne t’en fais pas. Ce n’est pas de l’émerveillement.

    Il jeta un nouveau regard autour d’eux, comme pour désigner tout ce capharnaüm d’un simple mouvement du menton.

    -C’est plutôt… de l’étonnement. Je m’attendais à ce que le temps change au moins un peu les choses. Finalement c'est toujours la même rouille, la même tension dans l’air, les mêmes affaires dont il vaux mieux ne pas prêter attention.

    Il inspira lentement. L’odeur n’était pas agréable, mais elle avait quelque chose de rassurant dans sa brutalité.

    -Et puis il y a autre chose. Après avoir passé autant de temps presque seul, retrouver autant de vie d’un coup a quelque chose de… revigorant. Même ici.

    Le terme était choisi avec soin. Il n’idéalisait rien. Il constatait seulement que le vacarme, les voix, les mouvements et jusqu’aux jurons qui fusaient à travers les docks avaient rendu à la galaxie une densité qu’il avait presque oubliée.

    Il suivit ensuite le groupe sans davantage ralentir la marche. La demi-heure à travers le Spacebarn ne lui fit rien perdre de sa vigilance. Son regard allait d’un atelier à l’autre, jaugeait les grues, les chaînes, les postes de soudure, les équipes de manutention et les petits attroupements plus douteux où l’on échangeait probablement tout autre chose que des pièces détachées. Il remarqua les trajectoires naturelles des gens du coin, les zones qu’on évitait, les regards trop insistants et les poches d’ombre où il serait facile de faire disparaître quelqu’un. Sans même y penser, il mémorisait déjà une partie des accès, des escaliers et des sorties.

    Lorsque Austin les fit passer par le côté de l’entrepôt, Bertrolen se contenta d’un hochement de tête.

    Plus ils approchaient du cœur des affaires de cette petite équipe, plus il sentait se dessiner la hiérarchie réelle. Austin commandait sur le terrain. Mais ici, il n’était plus le sommet.

    Le bureau du boss confirma cette impression avant même que l’homme ne parle.

    Bertrolen entra sans hésitation mais sans arrogance. Son regard capta d’abord les détails utiles. Le datapad posé. Les mains gantées. L’attitude. La manière de se lever. Le genre d’homme qui ne jouait pas au chef. Il l’était parce qu’il tenait assez bien sa place pour qu’on ne la lui conteste pas trop souvent. C’était différent des ambitieux. Plus sobre. Plus dangereux aussi.

    Bertrolen ne répondit pas immédiatement à la question posée. Il se tint droit, les épaules basses, la posture simple mais tenue. Pas au garde-à-vous. Pas assez rigide pour cela. Mais avec cette droiture tranquille qu’on retrouve chez ceux qui ont longtemps vécu avec des consignes, des ordres et des responsabilités réelles.

    -À être utile, répondit-il d’abord.

    Puis il reprit très vite, plus concrètement.

    -Je sais piloter. Pas comme un as, mais suffisamment bien pour emmener un appareil d’un point à un autre sans le transformer en débris fumants ou réaliser une escorte efficace à bord d'un appareil léger. Je sais aussi me débrouiller au sol. Tir, progression, sécurité de convoi, reconnaissance. Je suis meilleur avec une lame qu’avec un blaster, mais je sais me servir des deux. J'ai une appétence pour les opérations requérant de la discrétion.

    Il laissa une courte pause. Sa voix restait posée, propre, sans exagération. Il n’était pas là pour se survendre comme un mercenaire de bas étage.

    -Je sais me faire discret quand la situation l’exige. Observer. Entrer quelque part, comprendre vite ce qu’il faut regarder et ressortir sans attirer l’attention. Ou au contraire tenir une position quand il faut la tenir.

    Son regard resta fixé sur celui de l’homme en face de lui. Franc, stable.

    -J’ai servi assez longtemps pour savoir suivre une chaîne de commandement, exécuter une mission correctement et ne pas m’effondrer au premier imprévu. Et je sais faire la différence entre une opération propre et une mission suicide déguisée en opportunité.

    Cette fois, une nuance plus vivante traversa son expression. Quelque chose d’un peu plus léger, sans rompre le sérieux général.

    -En résumé, si vous cherchez quelqu’un capable de transporter quelque chose, de retrouver quelqu’un, de surveiller un secteur, d’escorter une cargaison ou d’aller voir discrètement ce qu’un autre essaie de cacher, je peux probablement vous être utile.

    Il inclina très légèrement la tête.

    -Je ne connais pas encore vos méthodes, ni vos besoins exacts. Mais j’apprends vite et je ne suis pas du genre à discuter un ordre en plein milieu de son exécution.

    Le silence qui suivit ne fut pas gêné. Bertrolen ne cherchait pas à meubler. Il avait donné l’essentiel.

    Puis il ajouta, avec une franchise simple qui allait bien avec le ton général de l’échange :

    -Et comme Austin a déjà dû vous le dire, j’ai besoin de travail. Pas d’aumône. Pas d’un toit offert par pitié. Juste d’une place à gagner correctement.

    Il garda le visage ouvert, presque plus vivant qu’à son arrivée sur Nar Shaddaa. Pas chaleureux au sens large, mais présent. Engagé dans l’instant. Quelque soit la tâche qui allait lui être proposé, Bertrolen ne la considèrera pas comme servant à rembourser la dette qu'il a envers Austin et son équipage. Ce sera lui qui demandera une faveur au jedi en temps voulu.

    Spacebarn

  • Entre dettes et survie
    Bertrolen Gil'EadB Bertrolen Gil'Ead

    L’hyperespace s’étirait à l’infini autour du YT-1300, un tunnel bleuté sans début ni fin, presque hypnotique.

    Bertrolen resta un moment immobile dans l’embrasure du cockpit, observant ce flux irréel sans réellement le voir. Son attention s’était déjà détachée du spectacle. L’esprit, lui, travaillait ailleurs.
    Les informations qu’il venait d’entendre tournaient encore dans sa tête. Imperium. CSI. République Fédérale. Des noms, des équilibres instables, des tensions. La galaxie avait continué sans lui, s’était réorganisée, fragmentée peut-être. Rien de surprenant, au fond. Le vide laissé par une chute de régime ne restait jamais vide bien longtemps.

    Rien ne disparaît vraiment. Tout se transforme… souvent en pire.

    Il expira lentement.

    Nar Shaddaa. Un point d’ancrage. Un point de chute. Peut-être un point de départ.

    Mais avant cela, il fallait se préparer.

    Sans un mot de plus, il quitta le cockpit et regagna les couloirs étroits du transport. Le bruit ambiant changea immédiatement. Le bourdonnement du vaisseau devenait presque organique, comme un cœur mécanique battant derrière les cloisons.
    La cale l’accueillit avec sa lumière tamisée et ses lignes brutes. Les caisses arrimées, les filets de sécurité, les parois marquées par le temps. Rien de confortable. Rien de superflu.

    Bertrolen s’assit sur une caisse solidement fixée, puis resta immobile quelques secondes, laissant son corps relâcher une tension qu’il ne s’était même pas rendu compte porter. Le voyage n’avait pas été éprouvant en apparence. Mais l’enchaînement des événements, lui, l’était.

    Sa main glissa lentement sous sa manche. Le manche de bois, discret, presque banal pour un œil non averti. Il le sortit avec précaution. Il observa un instant les lignes irrégulières, les inserts d’ivoire brut, les marques laissées par le temps.
    Puis il activa le petit générateur qu’il avait récupéré.
    Un faible vrombissement accompagna l’activation. Il connecta l’arme avec précision, vérifiant d’un regard les indicateurs. L’énergie afflua progressivement, lente mais stable. Rien à voir avec les installations d’un temple ou d’un croiseur. Mais suffisant.

    Il resta là, à surveiller la charge et le temps s’étira.

    Autour de lui, le vaisseau poursuivait sa route en hyperespace, indifférent à ce rituel discret. Bertrolen ferma finalement les yeux, laissant son souffle ralentir. Il n'entra pas en méditation profonde. Pas ici. Pas maintenant. A peine un recentrage.

    Lorsque le générateur indiqua une charge complète, il déconnecta le sabre et le remit en place sous sa manche avec le même soin. Invisible, silencieux et prêt.

    Il resta encore quelques instants assis, les avant-bras posés sur les cuisses, le regard perdu dans le vide puis il se releva.

    Il regagna le cockpit sans bruit, reprenant sa place en retrait, comme s’il ne l’avait jamais quitté.
    L’hyperespace se déchira comme il l'avait anticipé.
    Un instant, il n’y avait que le flux bleuté et infini qui enveloppait le YT-1300. L’instant d’après, la réalité reprit ses droits avec une brutalité presque physique. Les étoiles revinrent, fixes, froides, familières.

    Et devant eux, Nar Shaddaa.

    Bertrolen se tenait en retrait dans le cockpit, légèrement en arrière des sièges de pilotage. Il ne s’imposait pas, mais il observait. La planète-lune emplissait une large partie du champ de vision, masse grise et saturée de lumière artificielle. Aucune surface naturelle visible. Aucun océan. Aucun continent. Seulement une accumulation infinie de structures, de plateformes, de tours, d’extensions empilées les unes sur les autres comme si la planète avait été construite sans jamais être pensée. Un monde entier transformé en ville.

    Des milliers de points lumineux pulsaient à sa surface, certains fixes, d’autres clignotants, d’autres encore mouvants au gré du trafic aérien. Des couloirs de circulation balisaient des flux constants de vaisseaux, des silhouettes de toutes tailles glissant dans l’orbite basse comme un essaim désorganisé mais étrangement fonctionnel.

    Bertrolen plissa légèrement les yeux.

    L'hostilité de ce monde était différente de celle de la jungle. C’était pire. Un monde indifférent, saturé, où chaque vie pouvait disparaître sans même laisser une trace.

    Le YT-1300 s’inséra dans le trafic sans difficulté apparente. Les gestes d’Alistair restaient précis, efficaces. Quelques corrections, une trajectoire ajustée, et déjà ils plongeaient vers la surface.

    À mesure que l’appareil descendait, les détails devenaient plus nets. Les structures révélaient leur état réel. Métal fatigué. Plaques rafistolées. Conduits exposés. Lumières vacillantes. Certaines zones semblaient abandonnées, d’autres surpeuplées, toutes marquées par une usure constante.

    La descente se poursuivit à travers plusieurs niveaux de circulation. Les couches de la ville se superposaient comme des strates géologiques inversées. Plus ils descendaient, plus l’atmosphère semblait lourde, plus les lumières devenaient crues et plus les vaisseaux croisés étaient marqués par des années d’usage.

    Puis le Spacebarn apparut.

    Une structure massive, ouverte, une immense zone industrielle où docks, plateformes et structures métalliques s’entremêlaient dans un chaos organisé. Des vaisseaux de toutes tailles y étaient amarrés, en réparation, en démontage ou en attente. Des bras mécaniques s’activaient sans relâche. Des étincelles jaillissaient à intervalles réguliers. Le bruit, même filtré par la coque, était constant.

    Le YT-1300 amorça son approche finale.

    L’atterrissage fut sec mais maîtrisé. Les répulseurs s’éteignirent progressivement, laissant place à un bourdonnement résiduel. Le silence relatif du cockpit contrastait violemment avec l’agitation visible à l’extérieur.

    Bertrolen ne bougea pas immédiatement. Il observait.
    Des silhouettes circulaient déjà autour des appareils voisins. Techniciens, récupérateurs, pilotes. Certains pressés, d’autres nonchalants. Tous occupés. Tous indifférents à l’arrivée d’un transport de plus.
    Ici, personne ne regarde deux fois le même visage. Le genre d’endroit où disparaître était facile.

    Ou mourir.

    Il inspira lentement, puis se redressa.
    Sans attendre d’invitation particulière, il quitta le cockpit et descendit à son tour de l’appareil lorsque la rampe s’ouvrit. L’air de Nar Shaddaa le frappa immédiatement. Plus sec que celui de la jungle, mais chargé d’odeurs industrielles. Métal chaud, carburant, ozone, déchets recyclés. Une atmosphère artificielle, filtrée, mais loin d’être propre.

    Le bruit était omniprésent. Marteaux, soudures, moteurs, voix. Un fond constant qui ne laissait aucune place au silence. Bertrolen fit quelques pas, s’écartant légèrement de la rampe du YT pour ne pas gêner. Son regard balayait déjà les environs avec méthode. Les accès. Les hauteurs. Les issues.

    Il ajusta légèrement son manteau encore marqué par son périple, puis posa une main contre la coque du transport qui l’avait amené ici.

    -Un sacré contraste avec ma dernière escale, murmura-t-il pour lui-même.

    Puis il releva la tête.

    Quelque part dans cette structure se trouvait ce fameux “boss”.
    Quelque part dans cette ville se trouvait sa prochaine étape.
    Et pour la première fois depuis longtemps, Bertrolen n’était plus spectateur.

    Il avançait.

    Spacebarn

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